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En politique, vivre l’espérance sans idéologie

Emmanuel Macron

Image : Emmanuel Macron, portrait officiel (29.6.2017).

BÉATRICE STEINER-VATRON[1]

La cote de popularité d’Emmanuel Macron serait en train d’opérer une rapide descente… 58%... 56%... 54%... Avec une régularité quasi métronomique, les médias n’ont de cesse de rappeler que l’aura du jeune président, si brillante lors de sa traversée de la place du palais du Louvre le 7 mai dernier, est en train de se ternir…

Mais doit-on vraiment s’en étonner ? N’est-ce pas le contraire qui aurait été surprenant ?

Un régime politique qui influence le regard

C’est en vivant en France et en suivant de près les débats politiques que je me suis rendue compte combien le régime politique dans lequel nous grandissons informe notre façon de penser la politique et plus généralement l’expression de la vie en société. Elevée en Suisse, au chant de la proportionnalité, et du consensus, bercé par le rythme mesuré et lent du changement, dans un contexte de débats politiques pragmatiques, la confrontation avec le système présidentiel français m’a inspiré tout une gamme de sentiments contradictoires.

De l’admiration tout d’abord des possibilités de changement qu’offre ce système dès lors que le président dispose d’une majorité à l’Assemblée. Mais aussi du scepticisme face aux promesses dithyrambiques des candidats aux élections. De l’étonnement également de l’espoir que suscitent, malgré tout, ces promesses. De l’énervement enfin vis-à-vis de l’empressement manifesté par les représentants de la nouvelle majorité à détruire le travail de leurs prédécesseurs.

Oser croire sans illusions

Dans une perspective plus spirituelle, les différentes facettes de ce régime me semblent porteuses d’un défi, stimulant, mais néanmoins difficile : celui de croire et de s’engager pour le changement, tout en évitant de succomber au chant des sirènes du « Grand soir »[2].

La réticence manifestée par certains chrétiens vis-à-vis de l’engagement politique, au principe que celui-ci risquerait de perturber les plans de Dieu et que la paix n’aurait pas vocation à être de ce monde, m’a toujours attristée, quand ce n’est pas fâchée. En même temps, l’histoire a montré combien les visions et projets révolutionnaires, prônant les promesses de changements radicaux, ont pu s’avérer vains, voire dangereux.

Le Christ au service d’un nouveau monde

Le Christ, qui a su emprunter le chemin de l’espérance et d’une certaine radicalité sans tomber dans le creuset de l’idéologie, reste notre meilleur guide. Toute sa vie, il s’est employé à faire « bouger les lignes » de force, sociales, politiques, économiques, au profit de la justice et de la paix. Des femmes, des pauvres, des malades, des Samaritains… il s’est approché. Il les a « re-levés » au sens propre et figuré du terme et leur a redonné un statut. En arguant que les derniers seront les premiers et vice versa (Matthieu 20.16) et que le plus grand est celui qui se met au service d’autrui (Matthieu 23.11), il pose les prémices d’un « monde nouveau », au sens quasiment utopique du terme (cf. Thomas More).

Pour autant, le Christ s’en est toujours remis à son Père ; il lui est resté soumis. Par ailleurs, il savait que son engagement mené sur terre, ne connaîtrait sa pleine et entière actualisation que dans l’au-delà. Et que ce n’est qu’à ce moment qu’il n’y aura définitivement – au sens de la disparition de l’inégalité dont sont porteurs les termes de ces rapports– « ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme » (Galates 3.28).


[1] Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1079, octobre 2017, www.editions-mennonites.fr.

[2] À la fin du 19e siècle, le « Grand Soir » est une notion qui exprime l’espoir d’un bouleversement violent et radical de l’ordre social existant.

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