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RBI: une gratuité sans condition nous est offerte

JEAN-PIERRE THÉVENAZ, théologien

Des voix protestantes se sont élevées pour répondre à l’initiative suisse qui propose un revenu distribué sans condition à chaque personne: elles plaident pour laisser le travail et seulement le travail apporter à chacun les ressources vitales dont il a besoin, et cela alors que les revenus de l’activité économique sont loin d’aller intégralement aux personnes qui les produisent, et alors que des gens particulièrement riches peuvent vivre de leur fortune sans travailler.

Le monde nous est confié

La vision sociale des protestants leur permet heureusement de voter oui et non aux mêmes objets de votation! Mais savent-ils encore bien ce que dit leur foi, notre foi, la confiance qui nous a été offerte? Le protestantisme, est-ce vraiment d’abord notre éthique du travail responsable et créateur, quoi qu’on puisse en dire superficiellement?

Entendre la Bonne Nouvelle comme des réformés, c’est avant tout l’entendre comme une grâce, un cadeau gratuit. On n’est pas réformé parce qu’on sait travailler, mais parce qu’on sait avoir reçu gratuitement de quoi vivre envers et contre tout: si ensuite on peut travailler, c’est parce qu’on est vivant et vivifié. Le monde n’est pas à nous, mais nous est confié pour en vivre et le cultiver selon nos forces.

Une répartition généreuse

Il est donc permis d’imaginer dans les grandes lignes – comme le fait l’initiative sur laquelle les Suisses vont voter – un mode de répartition généreuse des revenus issus de l’activité économique. Ressources offertes gratuitement pour en vivre, dès avant notre travail!

Les salaires versés ne représentent jamais qu’une partie des revenus produits, sans même parler des revenus de fortunes investies. Tous ces revenus seraient donc susceptibles d’une répartition dont la part salariale serait réduite pour une part plus grande aux prestations inconditionnelles, ce que propose l’initiative, dont les détails restent à préciser par des lois.

Certes, sa formulation est donc très générale, au niveau constitutionnel. Certes aussi le texte proposé n’est pas parfait et ne recueille pas encore une majorité en sa faveur. Mais les débats autour des détails de son application éventuelle, d’ailleurs très peu probable, passent souvent totalement à côté des visées de la proposition elle-même. La première question en jeu, c’est de savoir s’il faut défendre une vision fondamentale de l’être humain comme produisant d’abord ses ressources par le travail – or l’Evangile ne nous le laisse pas croire!

Une société inégalitaire et impitoyable

Là se joue le vrai choix éthique: dans une société inégalitaire et impitoyable dont les revenus vont souvent à des bénéficiaires inactifs, ne serait-il pas bon que la Constitution oblige le législateur à attribuer prioritairement à toute personne une part inconditionnelle pour ses besoins vitaux? Tout le reste viendrait par surcroît, salaire du travail accompli, compléments requis par les handicaps, et autres nécessités.

Aucune des objections relatives aux modalités de cette attribution, aussi justifiées soient-elles pour une éventuelle future législation, n’est pertinente au niveau du principe constitutionnel à poser: l’être humain est-il né pour vivre ou pour travailler? Son travail est-il condition de sa survie, ou sa survie condition de son travail? Une société qui ne fournit ni un travail ni un revenu à une forte partie de ses membres est menteuse si elle prétend qu’il suffit de travailler pour avoir accès à la vie. La foi en l’Evangile lui a enseigné le contraire. L’aurait-elle oublié?

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