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Mots pour maux

Myriam El Khomri, ministre du Travail, porte le projet de loi au nom du gouvernement.

Image: Myriam El Khomri, ministre française du Travail (Chris93, CC BY-SA 4.0)

BEATRICE VATRON-STEINER[1]

Ces dernières semaines, les manifestations se sont multipliées en France, portées par différents mouvements, notamment les syndicats les plus radicaux et le collectif Nuit debout. Au fil des jours, la violence a monté crescendo et l’on a régulièrement entendu parler de déprédations et d’altercations musclées entre des membres des forces de l’ordre et des manifestants. Faisant résonnance à ces manifestations, les grèves ont fleuri, entraînant divers blocages.

Le feux aux poudres

L’étincelle qui a mis « le feu aux poudres » : la loi dite travail ou encore El Khomri du nom de la Ministre qui la porte. Cette contestation cristallise divers mécontentements et craintes par rapport à la situation professionnelle, sécuritaire et sociale de notre pays. Mais elle peut également être interprétée comme un sentiment de ras le bol face au trop plein de paroles. La radio, la télévision, Internet nous confrontent, en effet, quotidiennement à des flots de mots. Des mots pour légitimer, assurer une politique qui commence à prendre l’eau : la France va mieux. Des mots pour assommer, faire tomber l’adversaire. Pour se préparer à regagner les ors de la République lors des prochaines élections présidentielles : la France va mal.

Trop plein de paroles

L’usage des mots à des fins de pouvoir n’est-il pas le propre de toute communication, à fortiori politique ? A fortiori en France où la rhétorique est élevée au rang d’art et se pratique avec brio par les élites ?  Certes, le fait n’est pas nouveau. Toutefois, le paroxysme que l’on atteint aujourd’hui, le sentiment de décalage que l’on peut ressentir en entendant les duels quotidiens entre les acteurs politiques ne manque pas de nous interroger sur les potentielles dérives du rapport à la parole qui nous concernent tous.

Les proverbes au secours

Comment entretenir un rapport sain, sensé à la parole ? En tant que chrétiens, ne devrions-nous pas ouvrir une réflexion éthique et spirituelle sur le « bon usage des mots » ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’une bonne parole ? Le livre des Proverbes nous donne quelques pistes :

Une bonne parole est vrai et juste : « Car ma bouche proclame la vérité. … [Mes paroles] n’ont rien de faux ni de détourné » (8.8). Elle est mesurée : « Celui qui retient ses lèvres est un homme prudent » (10.19). Elle nous préserve : « Celui qui veille sur sa bouche garde son âge. Celui qui ouvre de grandes lèvres court à sa perte » (13.3). Elle est apaisante : « Une réponse douce calme la fureur. Mais une parole dure excite la colère » (15.1).

Autant de préceptes qui nous invitent à réfléchir en tant que chrétien sur la façon de mener le débat et de porter une parole juste et mesurée, au sens de la Parole, dans le climat social surchauffé qui est le nôtre actuellement.

L’auteure

Béatrice Vatron-Steiner, sociologue, est collaboratrice parlementaire à l’Assemblée nationale à Paris. Elle est présidente de l’Association de soutien ChristNet.


[1] Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1067, juillet 2016.

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