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La Technique à tout prix ?

M. HUBER [1]

En se retirant de l’accord COP21, les Etats-Unis ont tourné le dos aux questions du changement climatique. C’est un exemple qui démontre à quel point les conséquences négatives de nos sociétés industrielles sont parfois niées. Ce dernier siècle a cependant vu se développer de multiples techniques[2].

Celles-ci visent non seulement à améliorer l’efficacité de la production, mais aussi à faciliter nos tâches et à agrémenter notre quotidien. Au niveau professionnel, nous n’avons plus le choix : les techniques les plus efficaces s’imposent. Finalement, les avancées techniques s’immiscent dans tous les aspects de notre vie. Mais pouvons-nous avoir confiance en la technique ?

Réfléchir ou en rester aux réflexes

Plus généralement, la société parle de ces avancées techniques comme d’un progrès qui devrait aider les êtres humains, et qui est associé à la science. Et le chrétien peut se réjouir des bonnes choses que cela peut apporter dans la médecine, l’éducation, ou encore l’agriculture par exemple. Il y a toujours des avancées, permettant plus d’efficacité, plus de puissance, un affranchissement des limites… Ainsi, l’espoir d’un monde meilleur passe par la science et se réalise concrètement par le progrès technique qui permet l’abondance.

Dans nos sociétés, aucune protestation contre l’efficacité de la technique est possible et même désirable puisque nous sommes fascinés par l’utopie du monde meilleur qu’elle offre, nous dit Jacques Ellul.[3] La promesse est la suivante : si nous acceptons les exigences de l’efficacité technique, elle comblera notre espoir de richesse, de plaisir et d’abondance, à savoir le paradis sur terre. Elle s’impose comme un nouveau domaine sacré à l’instar des religions dans les sociétés traditionnelles. Si la technique nous confère de la puissance, elle créé aussi une dépendance oppressante. Et finalement, les moyens sont devenus les fins de notre progrès.

Mammon ou la liberté ?

Quelle réponse chrétienne face à cette nouvelle utopie ? Nous pouvons reconnaître que le progrès technique a du bon, qu’il nous permet de découvrir bien des choses sur la Création de notre Dieu. Mais il importe encore plus de nous protéger de ce nouveau Mammon qui semble avoir toutes les réponses et qui phagocyte notre environnement naturel, notre temps, nos relations, notre santé et notre psychisme, au nom de l’efficacité. C’est que la science ou le progrès se placent en dieu lorsqu’ils nous promettent la liberté et un avenir certain.

Quelles seront les conséquences pratiques de ce constat ? En effet, il faut prendre du temps pour réfléchir à cela, s’arrêter et revoir de manière critique notre mode de vie et de consommation. Ne nous laissons pas submerger par le style de vie prôné par la publicité et les médias. De nombreux passages bibliques appellent à se contenter de ce que nous avons, à chercher « plus de liens et moins de biens » comme le dit l’adage altermondialiste. C’est cela aussi, « chercher Son royaume et Sa justice » (Mat. 6.33).


[1] Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1078, août-septembre 2017, www.editions-mennonites.fr.

[2] J’utilise le terme « technique » dans le sens de Jacques Ellul : tous les procédés qui visent à améliorer l’efficacité du travail et de l’effort humain dans tous les aspects de la vie (Le système technicien, Paris, Le Cherche Midi, 2012).

[3] Jacques Ellul, ibid.

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