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CHRONIQUE D'UNE PSEUDO-MANIFESTATION (ChristNet était à Davos samedi 25.01.03)

Décors : La forteresse du Forum Economique Mondial est une fois de plus bien gardée par toute une armée de policiers, policiers militaires et militaires. La mission de cette dernière : filtrer les manifestants en fouillant les voitures, en contrôlant les identités...

1er acte, la tension monte :

11 h : Nos sept ?terroristes? se retrouvent à Thusis (Grisons). Petite photo de famille avec les pencartes au cas où notre armement serait confisqué, puis nous nous lançons à l?abordage.

11 h 30 : Premier contrôle de la police. Tendue mais correcte, elle ouvre nos coffres et regarde notre armement. Mes béquilles ne sont pas confisquées, ouf ! Des journalistes font déjà quelques photos et jouent peut-ëtre le rôle d?observateurs.

11 h 45 : Deuxième contrôle policier. On se croirait en plein film : nos voitures sont entourées de quatre ?rambos? protégés d?une armure de la tête aux pieds et qui nous empêchent d?ouvrir les portes. Nous sommes sur une place avant l?entrée d?un tunnel au milieu de tout un régiment (sans observateurs cette fois-ci). Les fumigènes sont prêtes. Ouverture des coffres ?bis? puis contrôle des identités au quartier général. Nos casiers ont l?air vierges (peut-être plus maintenant), car nous pouvons repartir un quart d?heure après, avec mes cannes, ouf ?bis? ! A quand le troisième contrôle ? (certains ont pu en ?bénéficier?).

12 h 30 : Après un voyage sans histoire, escortés devant nous par une voiture de police, cinq fourgonettes (elles n?étaient pas de la police, mais l?image était forte !), survolés par un ou deux hélicoptères, nous arrivons sain et sauf à Davos. La police est toujours très présente, la ville est morte.

13 h : Nous mangeons dans un des seuls établissements ouverts (même les stations services sont fermées car on a peur que les manifestants y mettent le feu !). A la sortie, la patronne nous prie de rester calme durant la manif...

14 h : Nous partons pour rejoindre d?éventuels manifestants. Mais où sont-ils ? On nous indique de suivre à pied une route pendant environ 30 minutes. Nous appercevons 3 ou 4 manifestants. Nous sortons notre matériel et effectuons notre petit défilé privé.

14 h 30 : Enfin, nous rejoignons sur une place un millier de manifestants hétéroclites qui attendent depuis un bon moment (la manifestation était prévue pour 13 h 30). Il y a des syndicalistes, des anarchistes, des zapatistes, des pacifistes, des particuliers... et beaucoup de journalistes. La moyenne d?âge est en dessous de 25 ans. Le style est assez alternatif.

15 h 30 : Après quelques interviews et rencontres, quelques personnes prennent la parole à tour de rôle. On nous annonce qu?il y a environ 4000 manifestants bloqués à Landquart et qui refusent d?entrer dans le jeu des contrôles. Certains d?entre eux, excédés, ont fait quelques petit dégâts. La tension monte. Nous attendons. Quelques instants plus tard, on nous dit qu?un accord a été conclu pour des contrôles volants dans le train. Landquart est débloquée...mais pas pour longtemps car tout le monde est finalement contrôlés une fois à l?intérieur !

Un train arrive, hourra !..., mais en fait il est vide ! La tension monte d?un cran. On nous annonce que personne ne nous rejoindra finalement. Une décision est prise, nous allons rendre le droit de manifester et les rejoindre solidairement à Landquart ! La police risque bien de se retrouver prisonnière et piègée par son propre jeu (prise en sandwich par deux foules de manifestants). La tension augmente encore et nous proposons aux organisateurs de lancer un appel au calme.

2e acte, vous avez dit manifester ? :

16 h : Début du cortège, enfin ! Nous levons nos pancartes vers le ciel ainsi que quelques slogans : ?A ceux qui veulent dominer le monde , le monde répond RESISTANCE?, ?Solidarité anti-internationale?, ?Débarrassez le Forum?... Un magnifique veau d?or se promène et se fait arroser de dollars par des politiciens déguisés (Bush...). Nous passons néanmoins devant le Forum barricadé. Quelques boules de neige sont lancées. Le public se résume presque aux montagnes. Le droit de manifester est brûlé devant la mairie car toutes les conditions pour une réelle manifestation ne sont pas respectées.

17 h : Finalement, nous ne savons pas pourquoi, la manifestation prend fin en queue de poisson. Nous n?allons pas à Landquart. Tout le monde rentre... Nous apprenons qu?il n?y a plus personne là-bas. La police a réussi à nous diviser et a retarder, voir empêcher la manifestation.

3e acte, une bombe à retardement :

23 h : Nous regardons les nouvelles dans un monastère près de Coire : les manifestants de Landquart se sont repliés à Zürich pour manifester, mais la police était là. Certains sont allés jusqu?à Berne et quelques extrëmistes anarchistes (?) ont affrontés la police et sacagés des vitrines.

Bilan :

Notre action a permis de contribuer à une pression extérieure sur l?économie actuelle (il faut que la population se mobilise plus!), à faire connaître ChristNet (ainsi que ses revendications à Davos) et à créer des liens. Cette pression doit s?accompagner d?une pression intérieure, plus politique, si on espère voir de grands changements. ChristNet a aussi certains contacts.

Nous sommes persuadés que la violence n?est pas un moyen. Au contraire, elle nous discrédite et fait la ?une? des médias à défaut des vraies problématiques. Alors, à l?année prochaine ? Peut-ëtre que nous pourrons cette fois-ci véritablement manifester...et encore plus pacifiquement !

Epilogue, comment la majorité des médias font ils de la désinformation ? :

Lundi 27.01.03, j'ouvre le journal. Voici ce que je peux lire comme titre dans le Matin : 'mille manifestants contre 400 policiers'. Ce titre est très ambigü car le lecteur moyen va penser que ce sont mille manifestants qui ont fait des dégats. L'article quant à lui n'est pas plus précis. Je retrouve le même genre de discours dans le 24 heures? Par contre, en lisant le Courrier de Genève (journal indépendant et critique face à la mondialisation néolibérale que je profite de vous recommander) j'apprends que : '?quelques dizaines de cagoulés s'en sont pris aux vitrines des banques et des grands hôtels environnants', et que la police avait immédiatement chargé quant un manifestant a lancé une fusée. J'ai aussi appris que la police avait tiré des balles en caoutchouc sur un train qui quittait Landquart, blessant un manifestant ! Le journal parle même de ChristNet ! Dis moi ce que tu lis et je te dirais de quel côté de la mondialisation tu es?

(Vincent Léchaire)

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