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Le développement durable : et le chrétien dans tout ça !

1. Développement durable : définition et enjeux

2. Développement durable : un petit historique

3. Les trois dimensions du développement durable

4. Indicateurs

5. Quelques principes qui guident l'action vers un développement durable

6. Les acteurs du développement durable

7. Le développement durable : une nouvelle valeur ?

Bibliographie

1. Développement durable : définition et enjeux

La définition du développement durable, désormais universelle, nous est donnée par le rapport de la Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement dirigée par Madame Bruntland. Ce rapport stipule « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »[1]. La notion de « besoins » qui concerne les plus démunis des habitants de la planète Terre et celle de « limitation des ressources » que l'état des techniques et de l'organisation sociale et économique impose sur la capacité de l'environnement à répondre aux besoins actuels et à venir sont au c?ur du concept de développement durable[2].

Le développement durable essaie de concilier l'efficacité économique, l'équité sociale et la responsabilité environnementale. Ainsi, il a pour ambition de concilier les intérêts qui jusqu'ici semblaient concurrents. En effet, tout en tenant compte de l'ensemble des besoins, matériels et immatériels, actuels et futurs, il tient compte de la nature et des autres vivants sans lesquels la vie de l'homme sur la Terre est tout simplement impossible. Sa vision et son action sont à la fois globales, spatiales et temporelles. Tout en s'inscrivant dans le présent, qui concerne les humains contemporains et leurs besoins (sociaux, économiques et environnementaux), le développement durable a le long terme comme horizon de ses actions. Ceci, pour assurer les intérêts des générations à venir et prévenir les effets négatifs que pourraient occasionner certaines actions mises en ?uvre par l'activité humaine sur l'environnement. Sa dimension globale ne l'empêche pas de s'intéresser, de manière particulière aux différentes actions réalisées au niveau local. Dans cette perspective, les modes de production et de consommation dans les pays du nord et du sud sont l'objet de cette nouvelle vision du développement dont les actions individuelles sont centrales pour la réussite de toute la démarche.

2. Développement durable : un petit historique

Pourquoi parle-t-on de développement durable et comment cette notion a-t-elle vu le jour ?

Ø         Dans les années 1960, on part de l?idée que chaque être humain a droit à sa juste part de ressources. C'est donc plutôt l?idée d?un développement à tout prix.

Ø         Dans les années 1970 on commence à réaliser et ceci sera particulièrement mis en évidence pendant la conférence de Stockholm (c?était la première conférence mondiale sur l?environnement), que l?écosystème terrestre est limité, et qu?il faut le préserver ; la notion de protection de l?environnement devient alors incontournable.

Ø         Dans les années 1980 on réalise que pour assurer un développement durable il faut prendre en compte non seulement la préservation de l?environnement mais également l?aspect social et économique. Le développement durable voit ainsi le jour. C?est donc la Commission Brundtland qui en 1987 formulera la première définition du DD qui sera ensuite reprise à Rio.[3]

En 1987, la commission pour l'environnement et le développement appelée commission Brundtland part du constat que les ressources s'épuisent à une vitesse telle que cela met en péril la vie humaine. En 1992, les Nations Unies convoquent un sommet mondial qui va réunir plus de 180 pays à Rio de Janeiro. Celui-ci, baptisé « Sommet de la Terre », va élaborer un agenda : c?est l?« Agenda 21 » de Rio qui va être adopté par plus de 180 Etats présents. En référence au XXIe siècle, l'Agenda de Rio propose des mesures qui doivent être prises à l'échelle de la planète afin de parvenir à une convergence et un équilibre durable entre « l'efficacité économique, la solidarité sociale et la responsabilité écologique ». Ce même sommet va définir les principes qui vont guider les différentes actions pour un développement durable que les Etats comme les collectivités publiques vont être encouragés à élaborer et à mettre en ?uvre. En 2002, un deuxième sommet va être organisé en Afrique du Sud pour prendre la mesure du chemin parcouru depuis Rio et ébaucher des perspectives du développement durable.

 

3. Les trois dimensions du développement durable

Pour satisfaire pleinement les besoins humains, le développement durable stipule aussi que les aspects socio-culturels, économiques et environnementaux doivent cesser d'être considérés comme dissociables. En effet, leurs interactions sont telles que les considérer sur un même pied d'égalité est le seul moyen de les rendre opérationnels et leur permettre de participer intégralement au bien-être de tous. Le développement durable constitue ainsi une base solide pour la résolution des problèmes que rencontrent les différentes sociétés dans leurs tentatives de sortir du mal-développement. A cet effet, trois notions clés, enjeux fondamentaux de la vie quotidienne de chaque être humain, ont été définies comme dimensions du concept de développement durable. Il s'agit de :

Ø         « L'environnement avec comme contenu la sauvegarde des bases existentielles naturelles ;

Ø         L'économie avec comme contenu la sauvegarde des bases existentielles matérielles ;

Ø         La société avec comme contenu la sauvegarde des bases existentielles immatérielles. »[4]

a. L'économie

La plupart d'entre nous pourrait facilement ne pas se sentir interpellée par cet aspect du développement social et économique. Pourtant, vu sous l'angle du développement durable, l?économie ne concerne non seulement les Etats et les petites et grandes entreprises, mais chacun des habitants de notre planète. Les entités économiques de production sont, bien sûr, les premières touchées. Elles doivent donc mettre tout en ?uvre pour assurer une production moins gourmande en énergie et en capital naturel, et faire preuve de facultés d'innovation qui ne vise pas seulement à augmenter le capital et les profits des actionnaires. Le développement de nouvelles technologies doit notamment permettre d'assurer une production moins polluante et moins génératrice de déchets.

En aval de la production, chacun d'entre nous est attendu être consommateur et, par conséquent, producteur de déchets. En effet, pour que l'économie continue à tourner, il faut consommer. La consommation se trouve dès lors au c?ur des processus économiques et certains en font même un indicateur de bien-être des populations, avec ce message : si votre niveau de consommation augmente c'est que tout va bien ! Pourtant, ce genre de consommation que M. Bosquet appelle « ?la consommation opulente?, assure la croissance du capital mais pas la croissance des satisfactions »[5]. Dans cette course à qui consomme le plus et le mieux, une parole de sagesse nous interpelle : « Si tu trouves du miel, n'en mange que ce qui te suffit car si tu en prends trop, tu le rejetteras. » Proverbes 25 :16

Dans une société tournée vers la consommation, il convient de souligner notre pouvoir en tant que consommateur et notre capacité de l'exercer de manière intelligente. A cet effet, les éléments suivants doivent attirer notre attention :

Ø         nous consommons le produit prélevé dans l'environnement (capital naturel),

Ø         ce capital naturel se régénère à l'échelle géologique (rythme très long à l'échelle humaine),

Ø         ce capital naturel doit pouvoir profiter aux générations futures.

b. La société

« Que le droit jaillisse comme une source d'eau, que la justice coule comme un torrent puissant. » (Amos 5.25)

La croissance des richesses et l'efficacité économiques doivent profiter à tous. Dans ce cadre, la satisfaction des besoins de base des plus pauvres est un défi important du développement durable. Il doit permettre et favoriser la solidarité entre les différentes générations ainsi qu'entre les pays riches et les pays pauvres. Mais plutôt que de pauvreté, on peut parler de misère dans certains pays où le minimum vital n'est pas assuré. Le développement durable doit aussi permettre de mieux appréhender et résoudre les questions liées à la santé, à l'éducation et l'emploi, afin de résoudre les inégalités à l'intérieur et entre les pays ; lutter contre l'exclusion tout en respectant les différences culturelles. Pour ce faire, il doit favoriser la participation de tous les groupes sociaux concernés.

c. L'environnement

« Votre pays sera dévasté et vos villes deviendront des monceaux de ruines. Alors la Terre jouira des années de repos durant tout le temps qu'elle sera désolée et que vous serez dans le pays de vos ennemis; enfin elle chômera et jouira de son repos. Durant toute cette période où elle restera dévastée, elle se reposera pour les années de repos dont vous l'aurez frustrée le temps que vous l'aurez habité. » (Lévitique 27.33-35)

L'Eternel ne semble pas satisfait de la manière dont Israël gère la terre qu'il lui a donné. Curieusement, le temps de repos prescrit à l'homme concerne aussi la nature. Ce passage comme tant d'autres dans l'Ancien Testament, par exemple l'histoire de l'arche de Noé, montre que le Créateur se soucie de la nature. Cependant, le Seigneur ne se soucie pas de la nature uniquement pour voir la brousse et les animaux sauvages coloniser l'espace habité par l'homme. Dieu sait que l'homme a besoin de la nature pour mener une vie harmonieuse. La responsabilité environnementale est une chose que le Créateur demande certainement à l'homme. En tant que chrétiens notre responsabilité est engagée à deux niveaux :

Ø         nous savons que cette nature est l'?uvre de Dieu et que toute la création attend le salut de Dieu. A ce titre, notre usage de la nature devrait être guidé par le respect de son auteur.

Ø         en tant que collaborateur avec Dieu notre comportement vis-à-vis de la création devrait être exemplaire.

4. Indicateurs

Depuis que le développement durable est entré dans les politiques publiques ou d'entreprises, plusieurs types d'indicateurs ont été élaborés. Cependant, deux indicateurs d'application générale peuvent être retenus pour cette présentation. Il s'agit d'indicateurs qui permettent une évaluation globale des problèmes environnementaux et de développement socio-économique en général.

a. L'empreinte écologique

Orienté vers l'environnement, l'empreinte écologique est un indicateur synthétique capable à la fois de mesurer les impacts d'une société en terme d'utilisation des ressources et de pollution. L'unité retenue : la surface de la Terre biologiquement productive exprimée en hectare globaux (un hectare global étant un hectare de sol ayant une productivité moyenne au niveau mondial. Les auteurs (Mattias Wackernagel et William Rees) qui ont développé la méthode suivante : « Il faut penser une économie comme ayant un métabolisme industriel. A cet égard, elle est semblable à une vache dans un pré. L'économie a besoin de manger des ressources et, finalement toute cette consommation deviendra déchet et devra quitter l'organisme - l'économie. La question devient donc, combien de sol faut-il pour maintenir durablement l'actuel niveau de vie d'une économie spécifique. » La surface ainsi évaluée est ensuite ramenée à l'habitant (ha/habitant) [6].

Cet indicateur a la qualité d'être à la foissynthétique et pédagogique. En effet, il attribue l'impact écologique au consommateur et permet à celui-ci de mener une réflexion sur son mode de vie.

b. L'Indice de développement humain (IDH)

Les experts du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont compris les limites de la mesure du Produit Intérieur Brut (PIB) utilisé comme indicateur de développement dans les années 1990. Ils ont alors proposé un nouveau concept de type qualitatif appelé « Indice de développement humain » (IDH). Il s'agit d'un indice composite qui mesure l'évolution d'un pays selon trois critères de base du développement humain :

Ø         La santé et longévité (mesurée d'après l'espérance de vie à la naissance),

Ø         Le savoir (mesuré par le taux d'alphabétisation des adultes et le taux brut de scolarisation combiné du primaire, du secondaire et du supérieur)

Ø         Un niveau de vie décent (mesuré par le PIB par habitant en parité au pouvoir d'achat en dollars US)[7].

5. Quelques principes qui guident l'action vers un développement durable

Après le sommet de Rio, des principes, des engagements et des codes de conduites ont été élaborés, ici et là, par les collectivités publiques et les entreprises. Mais le texte de référence du fait de sa portée politique reste celui des principes rédigés à l'occasion de la conférence de Rio en 1992. Celle-ci en a défini vingt-sept principes sur lesquels la mise en ?uvre du développement durable doit s'appuyer. Ci-après quelques-uns des principes-clés du développement durable :

O       Le principe de solidarité : le développement durable repose sur le principe de solidarité (dans le temps) entre les générations et (dans l'espace) entre les peuples pour préserver le patrimoine humain et réduire le fossé entre les riches et les pauvres, entre le nord et le sud.

O       Le principe de participation qui suppose que l'ensemble des acteurs de la société (entreprises, ONG, collectivités publiques, citoyens, etc.) s'implique dans le processus de décision. La réussite des projets de développement durable repose en grande partie sur ce principe.

O       Le principe de précaution qui pousse à la prudence là où le doute existe quant aux dommages irréversibles que l'environnement peut subir suite à l'activité de l'homme.

D'autres principes comme le principe de responsabilité, le principe d'équité, etc. sont détaillés dans l'Agenda 21 de Rio.[8]

6. Les acteurs du développement durable

Plusieurs groupes d'acteurs ont également été défini par la Conférence des Nations Unies. Nous avons retenu les cinq principaux ainsi que leurs différents rôles (mais la liste n'est pas exhaustive):

a. Les gouvernements

Ø         Mettre en place un cadre légal qui favorise la mise en place des Agendas nationaux et locaux ;

Ø         Mette en place des politiques de développement en accord avec les principes du développement durable ;

Ø         Mettre sur pied une bonne coordination entre les acteurs au niveau des différents ministères ou départements ;

Ø         Adopter des pratiques exemplaires dans l'administration.

b. La société civile

Ø    S'impliquer activement dans les questions environnementales ;

Ø         Epauler et interpeller les pouvoirs publics sur les questions de développement incompatibles avec le développement durable ;

Ø         Influencer l'opinion et stimuler les débats sur les questions en rapport avec le développement durable.

c. Les entreprises :

Ø         Encourager la production propre et moins gourmande en énergie ;

Ø         Etre socialement responsable ;

Ø         Encourager les employés à des comportements durables (transport par exemple).

d. Les municipalités

Ø         Agir en exemple pour la population ;

Ø         Informer et sensibiliser sur les questions de développement durable et mettre à la disposition des consommateurs des guides ;

Ø         Mettre en place des agendas 21 locaux ;

Ø         Promouvoir le développement durable en imposant des critères écologiques dans l'attribution des marchés ou dans l'octroi des subsides aux projets.

e. L'individu

Ø         Honorer le Créateur ;

Ø         Faire attention à sa consommation (acheter des produits durables, équitables, etc.) ;

Ø         Eviter le gaspillage des ressources (énergie, eau, etc.) ;

Ø         Adopter les moyens de déplacement les moins polluants ;

Ø         Répandre le bonheur et la foi autour de soi, etc.

7. Le développement durable : une nouvelle valeur ?

Avec la médiatisation du concept de développement durable, d'aucun pensent qu'une nouvelle religion est née. Dans une société en quête constante de nouveautés et de nouvelles références, tout est possible. Cependant, aussi innovant et intéressant qu'est le concept de développement durable, il ne pourrait prétendre remplacer, voire compléter ce qui manquait jusqu'ici à l'église. La communauté chrétienne possède depuis la nuit des temps des valeurs et des principes immuables qui donnent une large place à la protection de la nature, ?uvre du Créateur. « Par ailleurs certaines recommandations bibliques sont prescrites en vue de satisfaire les besoins d'existence commune. »[9] Et si nous entendons par éthique « la prise en compte dans l'agir, des valeurs sociales, morales et spirituelles fondamentales propres à une société »[10], l'évangile nous donne des éléments essentiels pour que le séjour de l'homme sur la Terre se fasse dans l'harmonie avec lui-même, son prochain, ainsi qu?avec son environnement physique et par-dessus tout, son Créateur.

 

 

Jean Hategekimana

Spécialiste environnement et développement

Collaborateur scientifique

Unité Agenda 21 Ville de Genève

 

Genève, juillet 2005

Bibliographie

Brodhag, C. et al, Développement durable : leçons et perspectives, In Actes du colloque scientifique de Ouagadougou

Jakubec J., Le développement durable, approche scientifique, sociale et éthique. In Le développement durable, un bilan multisectoriel provisoire. Georg, Genève 2004

Marejko J., A quelles conditions le concept de développement durable serait-il crédible ? In Le développement durable, un bilan multisectoriel provisoire. Georg. Genève 2004

Bosquet M., Ecologie et liberté. Galilée, Paris 1977

La Bible, la Genèse

La Bible, le Lévitique

La Bible, Amos

Häberli et al., Objectif qualité de vie. Développement durable, une exigence écologique, une stratégie économique, un processus social. Georg, , Genève 2002

Rapport Bruntland, Notre avenir à tous, rapport de la commission mondiale sur l'environnement et le développement. Les Editions du Fleuve, Montréal 1987

Sites Internet

Programme des Nations Unies pour le Développement, http://hdr.undp.org/reports/global/2004/francais/

http://www.actu-environnement.com/ae/dossiers/dd/dd_27principe.php4

 



[1] Comission mondiale sur l'environnement et le développement : Rapport Bruntland, Notre avenir à tous. Editions du Fleuve, Montréal, 1987

[2] D'après Brodhag, C., Délégué Interministériel au Développement Durable

[3] D'après Brodhag, C., Délégué Interministériel au Développement Durable

[4] Häberli et al.; Objectif qualité de vie. Développement durable, une exigence écologique, une stratégie économique, un processus social. p 31

 

[5] Bosquet, M. Ecologie et liberté. P.44

[6] Brodhag, C. et al, Développement durable : leçons et perspectives, In Actes du colloque scientifique de Ouagadougou. pp 113-120

[7] Programme des Nations Unies pour le Développement, http://hdr.undp.org/reports/global/2004/francais/

[9]Jakubec J., Le développement durable, approche scientifique, sociale et éthique. p. 32

[10] Ibidem, p. 31

 

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