« Panama Papers » : se servir ou servir ?

Image: le quartier des banques de Panama (Dronepicr, CC BY 3.0).

M. Huber[1]

En avril 2016, un an après avoir reçu, par un informateur, 2,6 téraoctets de renseignements sur les activités d’un cabinet d’avocats du Panama spécialisé dans les montages financiers en tous genres, le journal allemand Süddeutsche Zeitung a publié une série d’articles dénonçant la fraude fiscale, ainsi que des détournements de fonds par les plus puissants, et par plusieurs grands groupes. Des membres ou proches de gouvernements dans plus de 40 pays sont directement incriminés par ces révélations. En France également, plusieurs procédures pour fraude fiscale sont ouvertes et les demandes de régularisation d’«exilés fiscaux» affluent.[2] Suite à ces révélations, la surprise est grande. Mais déjà aujourd’hui, le public oublie, tellement il s’est habitué aux scandales de la finance…

Chrétiens pas surpris

Les chrétiens, quant à eux, ne devraient pas être surpris par ces révélations. Jésus, dans la lignée des prophètes qui dénonçaient des pouvoirs arbitraires, nous met en garde contre de telles pratiques. Ainsi, dit-il aux disciples dans l’Evangile selon Marc : « Vous savez que ceux qui sont réputés gouverner les nations dominent sur elles, et que les grands d’entre eux usent d’autorité sur elles ; mais il n’en est pas ainsi parmi vous, mais quiconque voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et quiconque d’entre vous voudra devenir le premier, sera l’esclave de tous. Car aussi le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (10.42–45).

En effet, dans toute l’histoire de l’humanité l’exploitation des plus faibles par les puissants est une réalité qui a la vie dure. Dans le cas des « Panama Papers », nous ne pouvons que regretter qu’au moment où les Etats, endettés par des trains de vies au-dessus de leurs moyens, ont besoin de recettes fiscales, de telles affaires ne s’éventent que tardivement.

Quant à Jésus, à ses yeux n’est grand non pas celui qui se sert, à l’instar des protagonistes des « Panama Papers », mais celui qui sert les autres.

Une attitude anticonformiste

Que faire donc en tant que chrétien ? Prions et laissons Dieu nous transformer. Mais encore: rappelons-nous que l’Eglise n’est pas là pour réformer le monde, car le monde ne peut pas être réformé. Mais que l’Eglise et tout chrétien est là pour annoncer la Bonne nouvelle à des hommes aveuglés par l’appât du gain et soumis à la domination du dieu argent. Ecoutons donc l’enseignement de Paul qui nous incite à développer une attitude véritablement anticonformiste : ne suivons pas le modèle de ce monde, mais laissons-nous transformer par une nouvelle manière de penser et cherchons la volonté de Dieu, aussi en matière de finances (d’après Rom. 12.2).

Ainsi, nous chrétiens deviendrons des modèles pour ce monde : des hommes et des femmes qui servent avec leur argent et qui incitent ainsi leur entourage à servir plutôt que de se servir.

 

[1] Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1069, octobre 2016, www.editions.mennonites.fr.

[2] Wikipedia.org, «Panama Papers», fr.wikipedia.org/wiki/Panama_Papers, consulté le 15 août 2016.

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