Dialogue avec des athées : et si les chrétiens n’avaient pas réponse à tout ?

Image: Temple de Montluçon (03).

GEORG SCHMID[1]

Pour préparer notre première table ronde entre athées et chrétiens à Montluçon (03), nous avions eu de la peine à trouver des athées.[2] Aujourd’hui, la situation s’est inversée : les athées veulent continuer à dialoguer alors que certains chrétiens ne le souhaitent plus.

Pour préparer notre première table ronde avec des athées de la région de Montluçon (03), il a été facile de trouver un groupe de chrétiens de différentes Églises ouverts au dialogue. Mais il était difficile de trouver des athées prêts à discuter avec des chrétiens.Ceci jusqu’au moment où un protestant engagé ayant d’excellentes relations avec des communistes, ainsique le président des libres-penseurs ont invité leurs amis au dialogue. Finalement,les participants athées étaient plus nombreux que les chrétiens.

Comme il se doit pour un dialogue…

Les athées ont parlé de leurs expériences négatives avec des Églises. Quant aux chrétiens, ils ont souligné combien leur foi enrichit leur vie. En particulier, un personnage irritant de l’histoire de l’athéisme a été évoqué : le premier athée radical des temps modernes, Jean Meslier (1664-1729), était en fait un abbé français. Celui-ci a servi durant toute sa vie les membres de sa communauté en tant que prêtre, tout en révélant son athéisme impitoyable dans un testament détaillé.

Bien sûr, cette première discussion est partie dans tous les sens, mais dans une ambiance conviviale et polie. Comme il se doit pour les dialogues véritables, personne n’a gagné et personne n’a perdu.Après cette première rencontre, nous avons été face à un retournement de situation : maintenant, les athées veulent continuer le dialogue, tandis que certains chrétiens ne le souhaitent plus. Que s’est-il passé ?

Prouver la (non) existence de Dieu ?

Certains athées ont salué le fait de pouvoir, enfin,parlerdans une église de ce qui les dérangeait au sujet des Églises et de la foi chrétienne. Mais certains chrétiens avaient espéré une issue moins ouverte à notre discussion. Un ami chrétien très convaincus’est montré déçu que personne n’ait réussi à prouver l’existence ou la non-existence de Dieu. Je lui ai répondu : « As-tu attendu autre chose ? Un Dieu qui a besoin que nous prouvions son existence, serait un Dieu bien étrange. Il se révèle lui-même, où il veut et quand il veut. »

D’autres discussions ont eu lieu. Par exemple suite à l’objection d’une athée qui estimait que nous croyions à un Dieu brutal étant donné qu’il demande le sacrifice de son fils pour expier les péchés des hommes. Je lui ai donné raison sur ce point : le sacrifice de Jésus ne colle pas aux raisonnements modernes,il ressemble plutôt à unancien rite sacrificiel.Mais peut-être que, de nos jours, le message du sacrifice nous aide à accepterdes sacrifices a priori incompréhensibles. Autrement, si nous évitions tous les sacrifices qui ne nous paraissent pas plausibles, que deviendraient nos familles, nos Églises, notre monde ?

A la recherche de réponses

J’aimerais bien poursuivre ce dialogue avec des athées cet automne. C’est justement parce qu’elles soulèvent des questions difficiles, que ce genre de discussions nous aideà questionner davantagenotre foi chrétienne. Et peut-être que cela montrera aux athées que les chrétiens ne sont pas des donneurs de leçon. Mais qu’ils se laissent interroger et qu’eux aussi sont à la recherche de réponses, comme tant d’autres.


[1] Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1077, juillet 2017, www.editions-mennonites.fr.

[2] Voir «Eglise cherche: athées…», Christ Seul, n°1073, mars 2017.

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