Migration: Les partis au banc d’essai

MARTIN ZÜLLIG

«Culture de l’accueil»: et si on l’ancrait dans des lois?

Il se passe des choses surprenantes sur notre contient. Tout d’un coup, la misère à nos frontières explose et notre compassion fait de même. L’Allemagne compte cette année quatre fois plus de demandes d’asile qu’en 2014. En même temps, un élan croissant de solidarité et de disponibilité envers les réfugiés s’y développe. La même chose est observée en Suisse et dans bon nombre d’autres pays. Les slogans «Refugees welcome» fleurissent. Difficile à dire cependant si cette culture de l’accueil va perdurer. Espérons que ce sera bien plus qu’un simple effet de mode.

Serait-il possible de pérenniser cette culture de l’accueil en l’ancrant dans les lois régissant la politique migratoire suisse? Il est, en effet, intéressant de constater que tel était le cas pd’Israël.

ChristNet a donc réuni des textes bibliques sur le thème des étrangers et des requérants d’asile. Ces textes se trouvent avant tout dans le Pentateuque (la loi de Moïse). En vue des élections fédérales d’octobre, nous avons recherché les positions des partis gouvernementaux, ainsi que du PEV et de l’UDF concernant la politique migratoire. Ensuite, nous avons déterminé dans quelle mesure ces positions se rapprochent d’une «politique migratoire biblique».

Les commandements bibliques

Dans les lois de l’Ancien Testament, l’attitude envers les étrangers concerne cinq aspects: le droit d’asile, l’intégration juridique, l’intégration dans le monde du travail, la protection face à l’exploitation et naturalisation.

1. Le droit d’asile : une seule disposition concerne le thème de l’asile au sens strict du terme (protection des persécutés), mais celle-ci va très loin: «Si un esclave s'enfuit de chez son maître et cherche refuge dans votre pays, vous ne le ramènerez pas à son maître. Il doit pouvoir s'installer parmi vous, à l'endroit qu'il désire, dans la ville qui lui convient. Vous ne l'exploiterez pas» (Deutéronome 23.16–17).

2. Egalité devant la loi: l’idée que les étrangers doivent avoir les mêmes droits que les nationaux se retrouve dans douze passages: les mêmes lois pour tous, le droit au repos (le sabbat), les mêmes condamnations pénales, les mêmes droits cultuels, le droit à l’aide sociale lorsque quelqu’un tombe dans la pauvreté. Cependant, il existe quelques exceptions, par exemple lorsque les Israélites sont avantagés quant à l’accès au crédit et à l’endettement.

3. Intégration dans le monde du travail: Les étrangers doivent être capables de subvenir à leurs besoins. Pour ceux qui n’y arrivent pas, une forme antique d’aide sociale existait afin que personne ne vive dans le dénuement. Concrètement, on demandait aux propriétaires terriens de ne pas tout récolter pour laisser dans leurs champs, leurs vignobles ou leurs oliviers des produits que les étrangers, les veuves et les orphelins pouvaient ramasser pour subvenir à leurs besoins («glanage»).

4. Protection face à l’exploitation: la loi mosaïque reconnaît que les étrangers courent le risque d’être exploités. En effet, ils ne maîtrisent pas bien la langue, ne connaissent pas les lois et les coutumes du pays et ont donc de la peine à se défendre. Ils ne peuvent pas s’appuyer sur l’aide de la famille ou de la tribu qui jouait un grand rôle à l’époque[1]. Dans le contexte actuel, on pourrait traduire cela par le fait qu’ils n’ont pas de lobby qui défend leurs intérêts. C’est pour cette raison que six dispositions bibliques prévoient une protection explicite contre l’exploitation et les abus.

5. Naturalisations: une disposition mentionne le fait que la nationalité est donnée automatiquement dès la troisième génération.

Au contraire, on peut se demander où il est demandé aux étrangers de se plier aux lois et de s’intégrer sans embrouilles. Ou encore, comment sont sanctionnés les abus de ces lois d’accueil. Il est vrai, dans ces textes de loi, il n’est pas vraiment question d’obligations: les étrangers sont vus comme des semblables pour qui la loi est, en principe, la même, mais qui ont besoin d’une protection particulière. Cependant, le livre de Ruth contient une sorte de «programme d’intégration». La Moabite Ruth qui émigre en Israël avec sa belle-mère juive, s’engage, en effet, à s’intégrer dans son nouveau peuple et à respecter la religion du pays[2].

Le regard du Nouveau Testament

Jésus ne s’est pas souvent exprimé sur la question des étrangers. Les quelques fois où le thème est abordé, son message est pourtant sans appel. Ainsi, dans la parabole du bon Samaritain, c’est le Samaritain qui montre l’exemple aux Juifs[3]. Dans la parabole du Jugement Dernier, il s’identifie même avec les plus petits de la société dont font partie les étrangers: «Ceux qui ont fait la volonté de Dieu lui répondront alors: ‹Seigneur, quand t'avons-nous vu affamé et t'avons-nous donné à manger, ou assoiffé et t'avons-nous donné à boire? Quand t'avons-nous vu étranger et t'avons-nous accueilli chez nous, ou nu et t'avons-nous habillé? Quand t'avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous allés te voir?› Le roi leur répondra: ‹Je vous le déclare, c'est la vérité: toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.›»[4]

Quant aux premiers disciples, ils ont fait des expériences avec des étrangers qui les rappellent des rencontres avec Dieu. La description dans l’épître aux Hébreux en est impressionnante: «Ne négligez pas de pratiquer l'hospitalité. Car plusieurs, en l'exerçant, ont accueilli des anges sans le savoir.»[5]

Les partis à l’épreuve

Nous avons donc étudié les positions des quatre partis gouvernementaux (PDC, PLR, PS et UDC) et des deux partis chrétiens (UDF et PEV), en nous basant sur les cinq aspects bibliques décrits ci-dessus. Le résultat se trouve dans le tableau comparatif ci-dessous (cliquer sur l’image pour afficher tout le tableau):

Conclusions

Il n’étonnera guère de constater que l’UDC considère l’immigration comme une menace et prône la ligne la plus dure concernant l’asile et la politique des étrangers. Par là, ses positions sont les plus éloignées des principes bibliques évoqués ci-dessus.

Quant aux positions des autres partis du bloc bourgeois, ainsi que du PEV et de l’UDF, elles sont étonnamment proches. Le PDC est à la traîne avec un programme politique assez aride et très généralisant: des procédures d’asile plus courtes, mais plus équitables, la lutte contre les abus. Pour obtenir le droit de séjour, respectivement la naturalisation, des efforts importants et l’intégration reconnue sont demandés. C’est surtout le thème de l’asile qui est abordé, contrairement au cadre de vie des étrangers en Suisse qui est laissé de côté. Le PEV veut en plus augmenter la contribution de la Suisse à l’aide au développement.

C’est le PS qui amène la réflexion la plus fouillée sur cette thématique. Il a constitué un document de 100 pages, un peu aride mais avec des revendications et des préoccupations détaillées. La politique de la migration y est présentée comme faisant partie d’une politique sociale générale. Ceci représente largement une mise en œuvre fidèle des principes bibliques dans le contexte actuelle en Suisse.

Les principes de base sont une chose, leur application en est une autre. Il faudra observer comment les partis respecteront leur programme et dans quelle mesure ils seront prêts au compromis lors des débats parlementaires à venir.

 

[2] Ruth 1.16–17.

[3] Luc 10.25–37.

[4] Matthieu 25.37–40.

[5] Hébreux 13.1–2.

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Comments

Dommage que l'on ne retrouve pas les Verts dans votre ranking. Ils ont pourtant longtemps été le seul contre-poids à l'UDC sur la question des réfugiés, avant même que le PS se positionne.

Alors que le Pape François viens de sortir une encyclique consacrée à l'environnement rappelant aux Chrétiens leurs responsabilités envers la Création que leur responsabilité sociale envers les plus pauvres, on ne peut qu'être surpris... Surtout lorsque l'on connait le poids électoral insignifiant du PEV et de l'UDF!

http://www.verts.ch/gruene/fr/positions/politique_internationales/migrat...

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