Pour une compassion durable

Sculptur «Le Bon Samaritain» devant l'Eglise du sauveur à Stuttgart (Allemagne).

Image: «Le Bon Samaritain» (User:Ikar.us, Creative Commons Attribution 3.0 Unported)

BEATRICE VATRON-STEINER[1]

Un Samaritain qui voyageait

Ces derniers mois, la cause des réfugiés syriens a été au cœur de l’actualité médiatique ; elle a ému et suscité un élan de générosité au sein de la population européenne. En France, les dons de nourriture, de vêtements ont afflué dans les associations et les mairies et des milliers de Français se sont dits prêts à ouvrir les portes de leur maison. Les médias ont grandement contribué à cet élan en nous confrontant régulièrement à un flot d’images de réfugiés en train de fuir, voire de mourir. L’émotion suscitée, l’automne dernier, par le petit Aylan, étendu sans vie sur une plage, a d’ailleurs été un des déclencheurs de cet élan de solidarité.

Zapping émotionnel et informationnel...

Dans notre monde hyper-médiatisé, les images vont et viennent et suscitent des élans de sympathie et des sentiments de connivence, eux aussi éphémères. Or, qu’en sera-t-il dans six mois, une année ? Les réfugiés syriens seront toujours là, avec leur besoins et leurs souffrances. Nous serons-nous, quant à nous, tournés vers d’autres peines ? Le risque est en effet grand de se laisser emporter par d’autres causes – également importantes – et, au fil du temps, d’être anesthésiés. Ou alors aurons-nous, pour une raison ou pour une autre, cessé de compatir ? Les récents événements passés à Cologne et le soupçon de violences sexuelles pesant sur des migrants, de même que la crainte de voir les djihadistes emprunter la filière migratoire conduisent certains à fermer la porte de leur cœur et des Etats à barricader leurs frontières…

… ou compassion au quotidien

Comment ne pas se laisser emporter par un zapping émotionnel et informationnel et ne pas se laisser émouvoir et mouvoir de part et d’autre ? Comment entrer dans une véritable compassion ? Un terme à ne pas prendre à la légère puisqu’il nous engage. Compatir, c’est souffrir avec. Un partage qui implique une profondeur et surtout un engagement durable. Le bon samaritain a non seulement vu, il s’est ému, il a agi, mais il a aussi prévu la suite. En même temps, peut-on arguer, le bon samaritain a été confronté à un seul souffrant sur sa route, non pas à des millions. Est-ce possible de passer de l’émotion à la compassion pour tous les êtres souffrants ? Le Seigneur, lui, le peut. Il compatit au sens premier du terme avec chacun d’entre nous. Une compassion à la mesure du monde qui l’a conduit à la Croix. Mais nous, avec notre humanité chevillée au corps et au cœur, nous sommes prompts à nous laisser mouvoir et émouvoir, désireux de faire, tout en étant limités par la fragilité de nos possibles. Nous avons donc besoin de prendre le temps de prier, d’écouter, de réfléchir aux différentes façons d’incarner et d’expérimenter une véritable compassion au quotidien. Une compassion à notre mesure, qui ne nous écrase pas, ne nous place pas sous un joug. Mais une compassion durable, qui ne s’évapore pas au gré des images qui défilent.

Le Bon Samaritain

« …. un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut rempli de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, [à son départ,] il sortit deux pièces d'argent, les donna à l'aubergiste et dit: 'Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le rendrai à mon retour.’ » (Luc 10.33-34)

L’auteure

Béatrice Vatron-Steiner, sociologue, est collaboratrice parlementaire à l’Assemblée nationale à Paris. Elle est présidente de l’Association de soutien ChristNet.

 

[1] Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1063, mars 2016.

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