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Le 24 mars 2024, des élections présidentielles ont eu lieu au Sénégal avec un résultat porteur d’espoir. Alain Schaeffer, en mission au Sénégal depuis début 2023, explique dans l’article le contexte. Il vit cette passation de pouvoir comme un signe de guidance divine.

Passer en l’espace de 20 jours du statut de prisonniers politiques à président et premier ministre grâce à une élection historiquement gagnée au premier tour, entendre les mots de réconciliation des cœurs, miracle, espérance lors de l’investiture du nouveau président, voir les semaines précédentes une haute instance diriger avec sagesse le cours des choses en corrigeant les écarts autocratiques qui survenaient, cette institution-là prononçant le mot « miracle » lors de la passation de pouvoir: le Sénégal a vécu ces dernières semaines un rêve imprégné d’idéal soulevant l’enthousiasme avec l’accession à sa tête de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Comment ne pas y voir la main divine, en réponse aux prières formulées intensément dans le pays et en dehors ?

Idéal incarné par des hommes droits.

Le programme des nouveaux dirigeants annonce une rupture à plusieurs niveaux : avec la corruption, avec ce qu’il convient d’appeler le néocolonialisme, avec les anciennes pratiques politiques au Sénégal l’empêchant d’être pleinement une démocratie. Ici se retrouve cette quête d’idéal qui a la dimension d’un changement de régime.
Mais qui sont ces leaders pour relever un tel défi ? Après leurs études à l’Ecole nationale d’administration (ENA sénégalaise) ils travaillent tous deux comme taxateurs à l’administration fiscale de leur pays. A l’inverse des pratiques existantes, ils demeurent blancs comme neige par rapport à la corruption. Ils dénoncent au contraire les procédés observés et fondent un syndicat, pour à la fois demander une amélioration des conditions de travail dans le secteur et donner une identité à la profession autre que l’enrichissement personnel…jusqu’à être radié de la fonction publique par le précédent président Macky Sall pour leurs engagements.
Les premiers pas du nouveau gouvernement donnent le ton dans le choix comme ministre de l’Intérieur de l’ancien chef d’état-major de l’armée qui avait refusé en 2021 l’intervention de l’armée pour réprimer des manifestations d’opposants, ce qui l’avait contraint à se retirer de ses fonctions et se retrouver confiné dans la marge. Le ministre de la Justice est l’ancien procureur qui avait pris en compte une plainte d’Ousman Sonko pour procédés viciés lors de sa mise en accusation pénale dans le but de l’écarter de la sphère politique à quelques mois des élections présidentielles où les tendances le donnaient gagnant ; le procureur avait été muté pour cette raison. Dès les premiers jours suivants la nomination du gouvernement, une lettre présidentielle envoyée à toute l’administration ministres compris contient les mots clés proclamés en wolof (la principale langue locale) : « Jub Jubal Jubanti » soit droiture, probité, exemplarité, avec un encouragement et une protection pour les lanceurs d’alerte1. La direction est donnée, visiblement dans une volonté de cessation immédiate des pratiques de corruption plutôt que progressive.

Rapport à l’Evangile

Nelson Mandela, chrétien méthodiste, était sorti de 27 ans de prison avec la conscience forgée dans cette épreuve et dans la foi que seule la voie du pardon et de la réconciliation pouvait le conduire à une libération intérieure. Ousman Sonko, Bassirou Diomaye, et leur parti ont comme devise « Le don de soi pour la patrie ». Ousman Sonko, emprisonné pour ses idées comme Nelson Mandela a été conduit une fois aux urgences, une autre fois en réanimation, en raison d’une grève de la faim en guise de protestation, et avait, comme leader de l’opposition et candidat naturel aux présidentielles, prévu les options alternatives au cas où il devait disparaître.

La Françafrique et tout ce qu’elle contient, comme influence politique, économique, militaire est quelque chose de lourd à porter pour toutes les anciennes colonies françaises dont le Sénégal. On en entend beaucoup même de la part de chrétiens matures, modérés de charactère, ici au pays où l’auteur de l’article réside. Le travail d’exposé de cette réalité doit se faire dans l’idéal par les Français eux-mêmes : ce sont avant tout aux acteurs de se pencher sur leur comportement, sur les faits pour ensuite espérer un changement de cap, des réparations, demander pardon si une grâce survient dans ce sens ; et la prière est puissante pour cela ! Pour des personnes qui ne sont pas ressortissantes des pays concernés, l’essentiel est de s’informer, écouter. Wikipédia est un bon outil comprenant dans son article en français la mention de 2 livres écrits par des Français décrivant sans complaisance les faits comme documents de référence2.

S’ajoutant à cette problématique celle de la corruption, ou encore de la répression des opposants au système en place par le régime récemment dépassé, l’Evangile est la solution, ici en terres musulmanes : l’amour du prochain, répondre au mal par le bien, ne pas se venger, le pardon, l’amour de l’ennemi, faire aux autres ce que l’on voudrait que l’on fasse à nous-mêmes,3 voilà ce qui attend à être semé. Et ces thèmes évangéliques font écho aux mots entendus le jour de l’investiture du président énoncés plus haut. Le nouveau gouvernement a un immense travail d’exécution de son programme de renouveau ; à nous chrétiens de relever le défi d’annonce de la Bonne Nouvelle de la vie renouvelée par le pardon à traves ses valeurs fortes.

Tous les hommes ou femmes politiques « n’ont pas la chance » d’avoir fait 27 ans de prison comme Mandela, puisque traduisant par là une transcendance de la foi en une cause écartant la motivation au pouvoir ou au profit personnel dans leur engagement. Croyons, prions, agissons pour que le profil de don de soi des nouveaux dirigeants sénégalais, suscitant la mémoire de l’Homme qui à l’origine a donné sa vie en rançon pour la rédemption de l’humanité, puisse conduire à une transformation des cœurs et des mentalités dans ce beau pays, propulsés dans leur nouvelle fonction le lendemain du lundi de Pâques.

1. La lettre est reproduite dans les médias, ici au bas de cet article : https://teranganews.sn/2024/04/incarner-les-principes-du-jub-jubal-jubanti-la-lettre-du-president-diomaye-faye-aux-fonctionnaires-et-agents-de-ladministration-document/

2. Article intitulé ‘françafrique’ de Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7afrique

3. Que l’on trouve essentiellement dans la Sermon sur la Montagne (Matthieu chapitres 5 à 7)

Foto von Victor Rutka auf Unsplash

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Lors de la conférence StopPauvreté du 6 avril 2024, l’étude Justice et Durabilité, qui a examiné les attitudes des chrétiens face à la justice sociale et à la durabilité, a été présentée. Six personnalités de l’Eglise et de la politique ont commenté l’étude. Parmi elles, Steve Tanner, auteur de ChristNet et président de A-Rocha.

Avez-vous déjà vécu votre électro-choc pour le climat ? Ce moment où vous avez réalisé que c’était du sérieux et que vous deviez vous engager et changer vos habitudes ? Que la qualité de vie de nos enfants en dépendait ? Que Dieu lui-même vous appelait à changer ?
J’ai vécu un tel moment le 2 juin 2007, lors d’une conférence sur le climat organisé par l’Alliance Évangélique Suisse, durant laquelle un Professeur de climatologie a fait un exposé magistral sur la science du climat, et un théologien a apporté les bases bibliques pour agir. Cela m’a impacté.

En 2007, tout était déjà clair :

  • Les causes du réchauffement : le CO2 d’origine humaine.
  • Les graves conséquences sur les écosystèmes et les humains.
  • La compréhension de l’appel de Dieu de prendre soin du climat.

Depuis, le monde s’est mis à agir, les chrétiens ont pris ce thème au sérieux. Mais nous n’allons pas assez vite pour sortir des énergies fossiles, parce que nous ne voulons pas renoncer à nos privilèges, et nous avons peur du changement.

Mon objectif ici est de répondre à 3 questions : en tant que chrétiens et église :

  1. Où en sommes-nous dans notre action pour le climat ?
  2. Quels obstacles nous empêchent-ils d’avancer ?
  3. Quels sont les éléments motivateurs pour nous engager davantage ?

L’étude Justice-durabilité donne des informations intéressantes sur notre action pour le climat. Elle a tout d’abord montré que c’est une préoccupation moyenne pour les chrétiens. Quelle signification en donner ? Que le problème n’est pas si grave ? Ou en bonne voie d’être résolu ?

Au niveau des objectifs durables prioritaires, on remarque des différences entre chrétiens pratiquant qui placent le climat au 3ème rang, et très pratiquants, qui le placent au 5ème rang.

Il semble que plus on est pratiquant, moins on fait du climat une priorité. Nous devons chercher à comprendre pourquoi.

L’étude a montré que certaines postures théologiques pourraient freiner l’action climatique.

La première est la suivante : «L’idée de la recréation du monde a un effet négatif sur le comportement durable des personnes interrogées».

L’Evangile, par exemple Luc 15 :11, qui traite de l’argent, nous rappelle que Dieu s’intéresse à notre manière de gérer les choses terrestres, même si ces dernières sont vouées à disparaître. Si nous sommes incapables de prendre soin de cette Terre, le Seigneur va-t-il nous confier sa nouvelle création ?

Un autre résultat théologique de l’étude est intéressant :

«Les chrétiens qui croient en un Dieu qui contrôle les événements dans le monde ont un comportement moins durable et sont moins préoccupés par le changement climatique».

Dieu est tout puissant, mais pourtant il nous commande d’agir en son nom, comme Matthieu 28 :18 le rappelle. Se cacher derrière la toute-puissance de Dieu pour ne pas agir n’est donc pas faire preuve de piété, mais de … désobéissance.

Cela montre l’importance d’une théologie «du soin à la création» prêchée dans nos églises. Si 65 % des protestants ont déjà entendu une prédication sur le thème de la durabilité, seulement 45 % des évangéliques l’ont eu, nous rapporte l’étude.

J’aimerais poursuivre par trois principes que chacun peut adopter pour agir pour le climat.
Une première étape est de faire notre bilan carbone pour identifier les gros contributeurs de CO2 dans nos vies. Cela nous permet de mettre les efforts aux bons endroits.
Deuxièmement, changer d’habitude est autant important que changer de technologie. Passer à la voiture électrique c’est bien, mais il faut aussi moins l’utiliser et choisir une voiture plus petite.
Finalement, nous devons soutenir les actions collectives tout autant que les individuelles, les deux sont nécessaires. Ce n’est pas un acquis dans les milieux évangéliques souvent défenseurs des liberté individuelle au détriment des actions collectives.

Depuis 2007, notre famille a entrepris un processus de réduction d’émissions de CO2.

  • Habitat : remplacé le chauffage au mazout par le solaire et le bois, et isolé la maison.
  • Mobilité : transports publics, forte réduction des vols en avion, voiture électrique.
  • Nourriture : réduction de viande, consommation locale et de saison.

Notre CO2 familial a fortement diminué, passant à moins de 4 tonnes par personne (moyenne suisse 10 tonnes), sans réduire la qualité de vie ni augmenter nos charges. C’est donc possible de réduire nos émissions. La crise climatique est plus facile à résoudre que d’autres problèmes humains comme les guerres ou la corruption. Les efforts nécessaires sont raisonnables, mais l’impact positif sur notre avenir est énorme.

Pour conclure, comme chrétiens nous avons trois puissants moteurs qui nous aident à avancer :

L’amour → il se manifeste par des actes. Jésus dit : tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’obéissance → la responsabilité pousse à agir. Agir n’est pas douter de la puissance de Dieu, mais faire notre part fidèlement, en ayant foi qu’il fera la sienne.
L’espérance → avoir foi en l’avenir mène à l’action. Vivre avec espérance nous fait entrer dans le changement. Il n’y a plus de sacrifices, mais des nouvelles possibilités.

Dans un monde souvent sans espoir, agir pour le climat est pour nous chrétiens une opportunité de montrer quel Dieu nous fait vivre : un Dieu d’espérance et d’amour. Alors : faisons-le !

Vers le streaming du commentaire de Steve Tanner

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La popularisation mondiale d’Internet dans les années 90 a été un véritable exploit. Le courrier électronique permettait soudain de joindre facilement des amis et de leur transmettre des documents ; les sites web permettaient de diffuser le message de son entreprise ou de son institution auprès d’un public plus large. Avec les médias sociaux, l’IA et la falsification des images et des sons, ce monde fascinant de l’information a perdu son innocence. Aujourd’hui, une société de désinformation menace et devient un danger croissant pour nous tous. Existe-t-il des issues ?

En tant que journaliste, j’ai participé dès le début à la mise à disposition d’Internet pour tous. Le sifflement et le bourdonnement lors de l’établissement d’une connexion ne fascinaient pas que moi, mais aussi mes enfants. Je les ai introduits peu à peu dans ce monde fascinant. Au début, cela allait de pair avec une limite de temps stricte. Ceux qui voulaient rester plus longtemps sur Internet devaient le payer avec leur propre argent de poche.

Pour la diffusion du message chrétien, de nouvelles possibilités s’ouvraient d’un coup, en particulier dans les régions peu développées de notre monde. Dès que les connexions Internet étaient disponibles, le missionnaire ne devait plus nécessairement être présent en personne. Il pouvait facilement transmettre ses textes – comme les traductions de la Bible – par voie numérique. Il est devenu possible de proposer des cours numériques à une large population, même dans le Sud du monde. Un nouveau monde de l’information !

L’âge d’or de Facebook

Pour l’étudiant Mark Zuckerberg et ses amis, Facebook n’était au départ qu’un gag destiné à attiser la concurrence pour attirer les jolies étudiantes. Mais il a rapidement senti qu’il était possible de faire plus avec les médias sociaux. Finalement, le tout pouvait être associé à la publicité et ainsi être financé. En 2007, le CEO de Facebook, âgé de 23 ans, était déjà milliardaire. En bourse, la jeune entreprise attirait de plus en plus l’attention des capitalistes. En peu de temps, Facebook valait 15 milliards de dollars.

Au début, il n’y avait pas encore de fonction « J’aime », « personne ne pouvait mesurer sa valeur personnelle aux pouces cliqués par les autres « 1 . Le défilement infini n’existait pas non plus.Une fois que l’on avait lu toutes les réactions de ses connaissances, la contribution saisie – le post – était arrivée à sa fin. »Aucun algorithme ne contrôlait les messages, ils apparaissaient simplement dans l’ordre dans lequel ils avaient été publiés ».

Jessica King décrit ainsi cette période faste de Facebook : « Il ne s’agissait pas non plus de plonger dans un monde parallèle manipulé dans lequel toutes les autres personnes mènent des vies apparemment plus passionnantes.Au lieu de cela, nous utilisions la plate-forme pour participer au quotidien banal des autres, … créer des groupes avec des noms amusants, … se souhaiter un bon anniversaire et rechercher les profils de personnes que l’on ne voyait habituellement que de loin à l’université. C’était un outil pour créer et intensifier les liens ».Donc un effet similaire à celui qui avait été amorcé avec l’introduction d’Internet.

Le début de la fin

Le 9 février 2009, Facebook a introduit le bouton Like.
Jessica King a réagi en publiant le message suivant : « Ceux qui aiment ce post sont stupides ».La réaction a été immédiate : « Plusieurs personnes ont déjà cliqué sur le petit pouce, et pour la première fois, j’ai ressenti le petit coup de dopamine de l’affection numérique. Bientôt, je me suis demandé pourquoi certains posts fonctionnaient mieux que d’autres, j’ai essayé d’optimiser mes performances.Je me comparais aux autres et ressentais une légère pointe de honte lorsque j’obtenais moins de likes que mes camarades d’études ».
Parallèlement au lancement du bouton « Like », Facebook a atteint un million d’utilisateurs en Suisse.Désormais, la plateforme était de plus en plus dirigée. Jessica King constate que Facebook associait de plus en plus souvent d’autres formats à ses propres contributions, avec « des publicités, des actualités et des contributions de pages jusqu’alors inconnues, ‘qui pourraient me plaire' ». En 2011, Facebook a décidé de ne plus lister les contributions étrangères par ordre chronologique, mais sous le contrôle d’algorithmes.C’est ainsi qu’a commencé le défilement interminable à la recherche d’une contribution encore plus passionnante sur le sujet.Jessica King décrit ainsi son expérience : « Je restais désormais de plus en plus longtemps assise devant l’écran, faisant défiler et défilant, prise dans le monde du géant bleu ».

Mark Zuckerberg a alors commencé à développer son entreprise. Il a avalé des concurrents comme Instagram et Whatsapp et a payé respectivement 1 et 19 milliards de dollars pour cela. « Le fait que le profit devienne de plus en plus important, nous le ressentions au quotidien », explique Jessica King à ce sujet. »Alors qu’au début Facebook diffusait encore une esthétique austère, la plateforme a été de plus en plus bardée de publicités tapageuses, de flux déroutants et de sidebars incontrôlables ».

Lorsque le printemps arabe a éclaté en 2011, Facebook et son concurrent Twitter ont porté les protestations de Tunisie dans le monde entier. Jessica King se réjouit : « On croyait de plus en plus au pouvoir politique de Facebook – on pouvait même renverser des dictateurs avec lui ! Nous avons posté notre soutien, utilisé pour cela à partir de 2013 des hashtags2 que Facebook avait introduits, et nous pensions avoir aidé les opprimés du monde entier grâce à cet activisme numérique ».

En 2014, le symbole # a été élu mot de l’année en Suisse. En 2014, les hashtags les plus importants n’étaient pas des thèmes liés à l’injustice dans notre monde, mais par exemple #IceBucketChallenge. Sous cette adresse, des personnes du monde entier se sont vidées de l’eau glacée sur la tête et ont documenté leur geste par un clip vidéo, dans l’espoir d’obtenir le plus de likes possible. Parmi les hashtags les plus connus figure #MeToo, qui s’est répandu sur les réseaux sociaux depuis la mi-octobre 2017 dans le sillage du scandale Weinstein et a déclenché un mouvement social en faveur des droits des femmes en cas d’agression sexuelle.

Avec les nouvelles possibilités mentionnées, la plateforme Facebook était toutefois devenue incontrôlable.Les abus se sont généralisés. Jessica King déclare à propos de l’évolution de 20 ans de Facebook que la plateforme Internet s’est transformée d’un charmant village numérique en un danger pour les démocraties, et que Mark Zuckerberg est passé d’un jeune entrepreneur enfantin à un surcapitaliste au sang froid qui doit s’expliquer devant le Congrès américain.

Chez Google, les données de chaque requête de recherche sont enregistrées. « Cela inclut la localisation, les termes de recherche, le comportement de recherche et les clics sur les pages web », écrit Debby Blaser dans le magazine INSIST. « Sur de nombreux sites web, les utilisateurs sont ‘suivis’ en enregistrant, à l’aide de l’adresse IP, qui a visité le site web. Grâce à ces données, il est possible d’afficher sur Facebook, dans une publicité, exactement la basket que j’ai regardée récemment sur Zalando. Ce qui est pratique pour les annonceurs, certains utilisateurs le considèrent toutefois comme une intrusion dans leur vie privée3« .

Les médias asociaux deviennent un terrain de jeu pour les indignations

Les médias sociaux permettent aux utilisateurs de se faire rapidement une opinion sur tous les sujets possibles et imaginables et de la partager ensuite avec d’autres. En cas d’approbation massive, la diffusion de cette opinion s’accroît et peut déclencher des processus qui ne peuvent plus guère être contenus.

La journaliste Alexandra Föderl-Schmid, spécialiste du Proche-Orient au « Süddeutsche Zeitung », a récemment tenté de se suicider. Il lui a été reproché d’avoir, dans au moins trois cas, repris in extenso des explications d’institutions publiques sans le déclarer en conséquence. Elle aurait ainsi commis un plagiat – un péché mortel pour les journalistes. Le portail allemand « Nius » a alors engagé le « chasseur de plagiat » Stefan Weber pour découvrir d’autres plagiats, notamment dans la thèse de la journaliste. Weber réalise des expertises sur des travaux universitaires contre de l’argent. « Les analyses de Weber mettent régulièrement des personnes célèbres en difficulté », écrit à ce sujet la journaliste Raphaela Birrer, qui ajoute : « Souvent, ses accusations sont toutefois injustifiées ».

Pour elle, dans de tels débats et expertises, « il ne s’agit plus depuis longtemps d’honnêteté intellectuelle ou de normes universitaires.Il s’agit de motifs politiques, de vendetta, de diffamation ».

Les médias asociaux se prêtent parfaitement à la diffusion de ces indignations. Bien qu’une enquête ait montré que les accusations concernant la thèse d’Alexandra Föderl-Schmid n’étaient pas fondées, des commentaires haineux ont été publiés, préconisant la tentative de suicide et des attaques personnelles de mauvais goût. Les opinions étaient déjà faites et ne se laissaient pas ébranler par quoi que ce soit. Raphaela Birrer commente l’indifférenciation et l’indignation suscitées par le cas Föderl-Schmid : « Elles fournissent involontairement une leçon d’illustration de l’évolution dégénérative des débats numériques. Et ils montrent qu’il est actuellement difficile, voire impossible, de discuter …de mener des débats sereins. Pas même lorsqu’un discours a des conséquences presque mortelles4« .

L’intelligence artificielle et le piratage renforcent le problème

L’intelligence artificielle peut aider à rendre les processus automatiques plus rapides. Mais si elle est utilisée sur Internet, les problèmes mentionnés risquent de s’aggraver. On nourrit l’IA avec un visage et une voix.

A partir de ces données, l’IA crée ensuite une matrice qui sert de modèle pour chaque version ultérieure.

En mars dernier, une vidéo montrant le président ukrainien Volodimir Selenski demandant à ses troupes de déposer les armes et de se rendre à la Russie a circulé, écrit Andrian Kreye. Mais il est tout de suite apparu « que quelqu’un avait monté sa tête sur un tronc « 5.

Dans un autre exemple, le footballeur Lionel Messi parle un anglais compréhensible lors d’une conférence de presse, bien qu’il s’exprime toujours en espagnol. La technologie sous-jacente s’appelle le clonage vocal, qui a été combiné à l’IA des traducteurs. Un exemple plutôt anodin.

Mais lorsque des contrefaçons (deepfake) sont utilisées pour générer des photos nues de la star de la pop Taylor Swift dans un but pornographique, cela constitue une atteinte à la personnalité au plus haut degré. Il n’est pas rare que la pornographie deepfake soit également utilisée à des fins de chantage6.

Ce qui nous amène au plus bas de l’échelle : la possibilité de pirater Internet et d’accéder ainsi à des données confidentielles – que ce soit pour faire chanter des entreprises ou diffuser de faux messages. Ces attaques de pirates informatiques augmentent de manière exponentielle, y compris en Suisse. En 2022, le Centre national de cybersécurité de la Confédération a reçu 34 000 déclarations de cyberincidents, soit trois fois plus qu’en 2020. Selon le journaliste Michael Bucher, « on prévoit pour 2025 un montant mondial de dommages dus aux cyberattaques de près de 11 billions de francs.

Cela représenterait des coûts environ 40 fois plus élevés que ceux causés par les catastrophes naturelles en 20227« .

Lors du récent Forum économique mondial de Davos, les fake news ont été désignées comme le plus grand danger pour l’humanité au cours des deux prochaines années. Les fausses informations sur Internet pourraient diviser davantage la société. « Avec des technologies telles que ChatGPT ou les nouvelles versions de Photoshop, il est facile de créer des textes ou de falsifier des images « 9. De cette manière, « les fausses informations diffusées de manière ciblée peuvent influencer les prochaines élections aux États-Unis ».

Cela pourrait susciter des doutes sur les gouvernements nouvellement élus et déclencher des troubles politiques. Un danger pour la démocratie !

Que pouvons-nous faire ?

Sur le chemin qui mène de l’information à la désinformation, la vérité reste sur le carreau : nous suivons le mensonge. Le profane bien-pensant ne s’y attardera pas. Grâce aux informations qui lui sont transmises par son profil, il sait ce qu’il en est.

Le scepticisme croissant à l’égard de la science y est lié. En 2016, selon une étude américaine, 44 % du grand public étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les experts sont moins fiables que les profanes ». Mais lorsque des profanes s’érigent en spécialistes, l’ignorance règne en maître. « Et sur la toile, ce sont les plus bruyants, avec le plus grand nombre de followers9, qui déterminent ce qu’est la vérité ».

Suivre le père du mensonge ne peut toutefois pas être une option pour les chrétiens.

Que faut-il donc faire ? Des leaders religieux et de foi de Grande-Bretagne ont constaté, après une récente réunion sur les questions éthiques liées à l’IA, que les communautés de foi et les organisations de la société civile devaient agir en tant que « gardiens critiques qui demandent des comptes aux développeurs d’IA ainsi qu’aux décideurs politiques ». Lors d’une prochaine réunion, ils souhaitent mettre en place une commission « dont l’objectif est d’exploiter les possibilités de l’intelligence artificielle pour le bien-être humain tout en protégeant les communautés contre les dommages potentiels « 10.

Cette protection peut être garantie par des institutions qui ont une légitimité démocratique. Le conseiller national UDC Andreas Glarner a utilisé une fausse vidéo contre son adversaire politique Sibel Arslan des Verts. Quelques jours avant les élections parlementaires de l’année dernière, Glarner a publié sur X et Instagram une vidéo trompeuse d’Arslan, générée au moyen d’une intelligence artificielle.

Dans cette fausse vidéo, elle a ensuite exprimé des opinions qui allaient à l’encontre de ses convictions réelles. Arslan a porté l’affaire devant les tribunaux. Selon un récent jugement du tribunal civil de Bâle-Ville, Glarner doit prendre en charge les frais de justice et les frais d’avocat d’Arslan dans cette affaire. Elle envisage actuellement, comme prochaine étape, de déposer une plainte pénale contre Glarner. Celle-ci pourrait devenir le précédent d’un nouveau délit qui n’est en vigueur que depuis le 1er septembre 2023 : le délit d’usurpation d’indentité11.

Quelques heures seulement après l’attaque terroriste du Hamas contre Israël en octobre dernier, des photos et des vidéos manipulées d’autres guerres ont circulé sur la plate-forme X. On y trouvait même des séquences de jeux vidéo et des images de feux d’artifice du Nouvel An. Les utilisateurs ont diffusé ces images pour faire monter la température contre Israël ou contre les Palestiniens. « X, la plus grande source mondiale d’informations en temps réel, agit ces jours-ci comme un centre de distribution de nouvelles trompeuses », écrit Jan Diesteldorf.

L’UE veut maintenant inculper le propriétaire de X, Elon Musk, qui avait promis de respecter les règles européennes en matière de services numériques. Selon celles-ci, X devrait « réagir rapidement, soigneusement et efficacement aux indices, supprimer les contenus illégaux et ‘lutter efficacement contre les risques pour la sécurité publique et le discours social émanant de la désinformation' »12.

« Les médias classiques perdent le contrôle du cycle de l’information et les algorithmes semblent diffuser plus rapidement des informations parfois fausses et sensationnelles », a expliqué Silke Adam, professeur à l’Institut des sciences de la communication et des médias, lors d’un atelier à l’université de Berne l’automne dernier. Elle en concluait : « La désinformation met en danger notre démocratie et peut être un déclencheur de polarisation des gens13« .

On peut en conclure que nous ne devrions pas perdre de vue les médias classiques, en particulier les médias tels que la télévision ou la radio publiques et la presse écrite indépendante des partis. Ceux-ci devraient être en mesure de présenter des faits plutôt que des fake, afin que nous puissions nous forger une opinion de manière plus fiable, si possible en combinant plusieurs médias.

Ce que l’on oublie souvent : l’IA est liée à une violation du droit d’auteur.

Un procès est actuellement en cours entre le « New York Times » et le fournisseur d’IA Chat-GPT. Celui-ci avait fait passer des copies de textes en partie littérales pour des textes d’IA. Gary Marcus, professeur de neurosciences à l’université de New York, a lui-même créé plusieurs entreprises pour des applications d’IA. Il est aujourd’hui considéré comme la voix de la raison dans le débat sur l’IA. Il ne voit pas de solutions rapides : « Tant que personne n’inventera une nouvelle architecture permettant de suivre de manière fiable l’origine de textes ou d’images générés, les violations de droits continueront d’exister14« .

Il y a tout de même de premiers progrès. Celui qui a demandé sur Chat-GPT les bases d’un développement de village axé sur les valeurs a reçu une réponse dont le contenu m’a semblé très familier. En tapant la même demande sur Copilot, on obtient également des réponses tirées des publications du WDRS, mais cette fois-ci avec une indication propre de la source et des liens vers les contributions originales, par exemple dans notre forum.

Nous sommes libres d’adapter notre comportement médiatique à la nouvelle situation. Debby Blaser fait remarquer qu’il existe des alternatives aux moteurs de recherche comme Google, qui n’enregistrent pas de données et ne vendent pas d’informations à des tiers, comme Swisscows ou DuckDuckGo15.

La présence de Facebook est aujourd’hui en baisse.

Mais même ses successeurs et ses alternatives ne sont pas beaucoup plus performants en termes de données et d’abus. Mastodon est censé être, du moins dans son principe, une construction de médias sociaux nettement différente : il n’y a pas de serveur central et donc pas de propriétaire ayant des intérêts économiques précis, ni d’algorithme de recommandation pour le flux16. L’application de messagerie Threema est considérée comme une variante plus sûre de WhatsApp. Selon sa propre publicité, elle protège les données personnelles « de l’accès par les pirates, les entreprises et les gouvernements ».

Le monde numérique s’oriente aujourd’hui vers des intérêts de pouvoir et financiers, même s’il doit pour cela sacrifier la vérité. Cela ne doit pas nous empêcher d’utiliser les possibilités positives d’Internet pour diffuser des contenus de qualité, basés sur des faits. En même temps, nous pouvons contribuer à ce que les tendances négatives soient mises en lumière et combattues.

Tout commence avec nos enfants

Enfin, nous devrions peut-être prendre du recul par rapport à nos médias numériques. La neuroscientifique Maryanne Wolf plaide pour la redécouverte de deux anciennes disciplines : la lecture et la pensée. De son point de vue, les médias numériques menacent ces deux aspects.

Selon elle, l’étude Pisa actuelle a constaté une tendance à la baisse des capacités de lecture chez les jeunes de 15 ans dans le monde entier.

C’est pourquoi Maryanne Wolf déclare : « De zéro à cinq ans, les enfants devraient être entourés de livres (d’images), les parents et l’entourage devraient leur lire des histoires tous les jours, les enfants devraient tenir leurs livres, jouer avec, voire les mâchouiller ! La lecture doit être une expérience interactive et sensorielle ». On peut ensuite introduire les écrans de manière très progressive entre un an et demi et cinq ans. Ils ne devraient toutefois pas remplacer la baby-sitter, ni comme distraction, ni comme récompense ou punition. Dès que les enfants peuvent apprendre à lire par eux-mêmes, il est judicieux de faire coexister l’imprimé et le numérique, également pour soutenir la lecture. À l’âge de sept ou dix ans peut-être, l’école pourrait alors introduire les enfants dans le monde de la lecture approfondie. « Si nous ne faisons qu’écumer et que nous avons du mal à distinguer l’information de la désinformation, nous finirons par mettre en danger notre cohabitation démocratique « 17, estime la spécialiste du cerveau.

En bref : peut-être pourrions-nous nous-mêmes reprendre un livre. Outre la Bible, il peut tout à fait s’agir d’un bon roman – ou d’un ouvrage spécialisé sur les théories du complot.


1. Comme je ne me suis pas laissé séduire jusqu’à présent par la participation aux médias sociaux, je suis généralement dans cette partie les réflexions de la journaliste Jessica King dans « Der Bund », 12.2.24
2. clôture de jardin allemande avec le symbole #.
3. Magazine INSIST, avril 2018
4. « Der Bund », 13.2.24
5. « Der Bund », 18.9.23
6. « Der Bund », 10.2.24
7. « Der Bund », 21.2.24
8. Anna Lutz dans le magazine Pro-Medien du 10.1.24
9. « Der Bund », 11.12.23
10. Livenet, 14.11.23
11. « Der Bund », 6.1.24
12. « Der Bund », 12.10.23
13. « Der Bund », 20.10.23
14. « Der Bund », 13.1.24
15. Magazine INSIST, avril 2018
16. https://www.watson.ch/digital/review/279309107-twitter-alternative-17-gruende-warum-sich-mastodon-auch-fuer-dich-lohnt
17. « Der Bund », 21.12.23


Cet article a été publié pour la première fois le 01 mars 2024 sur Forum Integriertes Christsein (en allemand).

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~ 6 min La foi fait-elle une différence ? Oui, les chrétiennes et les chrétiens qui peuvent établir un lien entre la théologie, la spiritualité et la justice ainsi que la durabilité ont un comportement plus durable.

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Il est souvent dit que vouloir changer le monde est utopique, une belle idée irréaliste. Nous avons pourtant vécu dans les pays occidentaux une transformation complète de la société depuis les années 60, avec un renversement dans la quasi-totalité des domaines de la vie.

J’aurai toujours comme référence pour ma vie le film américain « le Cercle des poètes disparus »1 : faire sauter les verrous, les carcans pour entrer dans un chemin de liberté propre à soi ; vivre la vie en se centrant sur l’essentiel, quitte à déranger.

La révolution de la Contre-culture

Nous étions auparavant, avant les années 60, dans une société autoritaire où la position de l’élu dès l’échelon de maire ou syndic, de l’enseignant, du médecin, du pasteur ou prêtre, de l’officier militaire, du chef de famille, du juge, du policier et des institutions en rapport les plaçaient sur un piédestal. La femme mariée avait un statut équivalent à une personne sous curatelle dans le droit matrimonial de cette époque depuis des générations. Les églises exerçaient un rôle de conduite morale reconnu dans la société en Suisse et il valait mieux être de la confession de son canton de résidence pour ne pas être l’objet de rejet, en particulier dans les villages. Il valait mieux ne pas discuter longtemps face aux personnes en charge des responsabilités qui présentaient la réalité comme étant tel qu’ils l’énonçaient et pas autrement … même quand ils se trompaient. C’était une société caractérisée par un ordre établi peu contestable.

Provenant du Siècle des Lumières (18ème siècle), les libertés fondamentales s’étaient pourtant établies progressivement dans les Etats européens depuis le 19ème siècle : libertés politiques d’expression, de presse, de réunion, d’association, l’idée d’égalité.2 Depuis la Renaissance et la Réforme déjà, le courant pluraliste s’ouvre : retour aux auteurs et à l’architecture de l’Antiquité, plusieurs confessions chrétiennes présentes coexistant désormais si on compte les luthériens, les anglicans, les anabaptistes en plus des réformés et des catholiques ; accès à l’éducation.
A partir des années soixante s’amorce progressivement un renversement de la société autoritaire. C’est une véritable révolution réussie, durable dans ses effets et sans violence à laquelle on assiste. En Europe Mai 68 en est l’origine, aux Etats-Unis on parle de la Contre-culture. En effet on va faire l’inverse d’avant dans quantité de domaines : émancipation et affirmation de l’égalité des droits des femmes, des noirs, des minorités sexuelles, pluralisme spirituel avec l’ouverture aux spiritualités orientales et à l’ésotérisme, démocratisation de l’enseignement, des études, de la police (son rapport aux citoyens changé), prise de conscience écologique, réforme et diminution des effectifs de l’armée en Suisse avec introduction du service civil. La même époque voit l’indépendance des pays colonisés par les puissances européennes 3 et une plus grande considération des peuples autochtones non blancs et des pays du Sud du globe.

Sur le plan de la famille, le nombre de divorce augmente considérablement, l’avortement est légalisé et s’étend, la norme pénale sur l’adultère est abolie en Suisse en 19904.
En 1989 les pays d’Europe centrale et de l’Est sous domination communiste se libèrent à la chute du Mur de Berlin, autre étape clé du processus de libéralisation : 90% des pays d’Europe vivent ou aspirent à être des démocraties libérale l’année même des festivités du bicentenaire de la Révolution française.

La relation avec la foi

La foi chrétienne est associée à la culture que l’on veut contrer et mettre derrière, ce qui entraîne l’engouement pour les spiritualités alternatives à partir de ces années-là5. En lisant Luc Ferry, philosophe français, une notion fondamentale en ressort : Mai 68 va tendre à effacer dans la pensée l’idée de vérité et d’objectivité. Cette thèse est soutenue en affirmant que dans la pensée de Mai 68, une opinion, une conviction ou un exposé théorique partent d’une origine, d’un profil, d’un arrière- plan. C’est l’influence par contacts avec tels milieux et idées, l’historique et la culture propre, voire de l’inconscient de la personne ou groupe de personnes qui définissent le positionnement. Donc il y a déconstruction de l’idée d’objectivé et de la vérité et par là de l’absolu. On ne conçoit ou cerne plus par la question « qu’est-ce que » (c’est) ? mais de « qu’est-ce qui » (est derrière) ? … « D’où tu parles ? » était souvent entendu lors de Mai 68 …6

Pour nous chrétiens c’est par là même la notion de foi qui est contestée puisque la foi repose justement partiellement sur l’invisible (Hébreux 11), le mystère, de même que sont mises en doute la notion de Vérité, et celle des vérités dans les divers domaines de la vie en fonction d’un référentiel modèle qui est la révélation biblique. Cela explique le développement à l’extrême du pluralisme en politique, en éthique, en spiritualité, sur Internet, on pourrait même dire jusqu’aux fakes news et au complotisme. Tout se vaut et se défend. La notion de vrai ou de faux s’estompe. Avec les nouvelles spiritualités, toutes sortes de systèmes et types de spiritualités apparaissent.

La Contre-culture serait-elle de droite ?

Jusque-là on acceptait qu’une part des entreprises relevaient de l’Etat et qu’une réglementation limitée était fixée comme condition- cadre à l’économie, en prenant ici comme exemple la Suisse. A partir des années 90 et la chute du Mur de Berlin, on assiste à des privatisations comme celle de Swisscom ou des Chemins de Fer Fédéraux et à une déréglementation visant à ‘’fluidifier l’économie’’ (comme la libéralisation du travail du dimanche). Le Livre blanc de David de Pury en partie réalisé est un bon illustrateur de ce phénomène des années 90 7 dans la vague de l’Uruguay Round de l’OMC et de la mise en place de la libre circulation des biens, capitaux, services et personnes dans l’Union européenne.

Luc Ferry déclare même que le changement de société n’est pas dû à Mai 68 et ses leaders comme Daniel Cohn-Bendit mais induit par le libéralisme économique qui a cassé les codes (comme en architecture moderne)…thèse intéressante : « En réalité, ‘les contestataires’ revendiquaient le droit au plaisir et aux loisirs, en quoi Mai 68 s’est inscrit dans la longue histoire de la révolte libérale- libertaire des individus contre ces autorités et ces valeurs traditionnelles qui avaient l’inconvénient majeur de freiner l’accès à la jouissance et à la consommation. (…) Il fallait que les valeurs traditionnelles fussent liquidées pour que le capitalisme mondialisé pût s’épanouir. Si nos enfants avaient conservé les mœurs de nos arrière-grands-parents, il est clair qu’ils ne courraient pas après les gadgets qu’on leur fourgue à jet continu sur Amazon. En d’autres termes, sous les pavés, il n’y avait pas de plage8, mais les exigences de l’économie libérale. »9

Comment se positionner face à Mai 68

Beaucoup de changements peuvent être encouragés voire portés par les chrétiens en fonction de la Bible comme le changement de statut des femmes, des noirs, la prise de conscience écologique, les verrous d’autoritarisme qui sautent dans les rapports dans la société, voire la lutte contre l’homophobie. Un vent de liberté a soufflé et on peut reconnaître comme bon et c’est profitable d’être dans une société libre pour vivre sa foi, donner son opinion, avoir son identité personnelle et de groupe respectée.

Maintenant pour ce qui est du Mariage pour tous, la pleine reconnaissance des identités LGBT, l’avortement, la théorie du genre, il y a contradiction avec l’éthique biblique.
L’affirmation souvent exprimée que nous assistons à une perte des valeurs est à relativiser, les luttes et les revendications qui trouvent racine dans les années 60 et 70 portent encore une fois des valeurs souvent positives comme la préservation de la Création ou la lutte contre le racisme. On peut en revanche admettre cette affirmation par exemple concernant l’avortement : « Pro choice » veut dire que la conséquence de la liberté sexuelle n’est pas d’assumer la responsabilité de l’enfant qui peut être conçu et ouvre ainsi à une nouvelle liberté individuelle de choisir ou non de garder un enfant en gestation, or la liberté bibliquement parlant c’est entrer dans une responsabilité envers autrui (Galates 5,13 et suivants). Nous sommes dans une société post Mai 68 où l’individu ou un groupe peut déterminer ses propres valeurs comme à la suite des Lumières c’était l’Etat et la société dominante qui les définissait et progressivement de moins en moins Dieu et la Bible. Ce qui conduit à vivre avec une multitude d’opinions, de théories, de références, phénomène accru avec Internet.
La démocratie libérale est en effet un système politique qui porte bien son nom : à la fois sur le plan politique et économique, nous disposons de beaucoup de libertés.

Nous replacer face à notre origine.

En tant qu’enfants de Dieu, nous vivons dans la révélation que l’être humain tend intérieurement à une totale indépendance depuis l’accès à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, le tentateur lui indiquant qu’il sera comme un dieu (Genèse 3). Par les facultés que Dieu a donné à l’humain, celui-ci peut en effet aller loin par la réflexion, les choix, un mode de vie et l’exercice de toutes les activités existantes dans la société et donc en conséquence établir un monde qui fonctionne. Nous pouvons l’observer au regard de l’évolution de nos nations occidentales depuis plus de 2 siècles (depuis les Lumières et l’industrialisation) qui ont même atteint un degré de développement matériel, scientifique et d’influence plus important que l’ère plus « spécifiquement chrétienne » précédente, du moins jusqu’au début de ce siècle. L’homme et la femme de foi en cultivant la relation avec Jésus-Christ par son Esprit, par sa Parole et d’autres supports vivants cherchent – individuellement et en collectif- en toute choses ce qui est juste (1 Thessaloniciens 5,21 ; 1 Corinthiens 2, Psaume 1), même dans une démarche humaine restant très imparfaite. Nous devons sans cesse à nouveau relever le défi de nous aligner à la pensée de Dieu malgré nos limites dans ce domaine. Nombres de textes mettent l’accent sur la justice et s’opposent à la domination et à l’exploitation (ex. Jérémie 22,3). Notre mission est de poursuivre ce désir de justice sans perdre de vue le Seigneur, et sa folie à lui la croix avec ce qu’elle établit comme valeurs du Royaume qui sont aimer ses ennemis, bénir ceux qui nous persécutent (Matthieu 5), considérer les autres comme supérieurs à nous-mêmes et leurs intérêts avant les nôtres (Philippiens 2), sans déni de l’écart relevé dans la pratique entre cet idéal fou avec ce que nous sommes.
J’aurai toujours en tête le film « le Cercle des poètes disparus », dans ce désir fou de libération de ce qui nous entrave institutionnellement et de par les mentalités ambiantes, mais dans une recherche de conserver les yeux sur Dieu révélé en Christ et malgré les écarts dans la progression à son image.


1. Le Cercle des poètes disparus, de Peter Weir, avec Robin Williams, Robert Sean Leonard, Kurtwood Smith, Ethan Hawke, 1989 https://www.imdb.com/title/tt0097165/?ref_=fn_al_tt_1
2 Mais il y a en début de processus une résistance aux idées libérales avec pour exemple le refus par référendum en Suisse en 1866 de la liberté de conscience, du droit de vote en matière communale et cantonale pour confédérés résidant en dehors de leur canton d’origine, avec du bout des lèvres l’autorisation d’établissement (immigration) de personnes de confession juive. https://www.slatkine.com/fr/index.php?controller=attachment&id_attachment=5543-p.5–7
3 Mettant partiellement fin au colonialisme toutefois
4 Genève avait déjà supprimé le délit d’adultère en 1874 (avant l’unification du code pénal sur le plan fédéral). Ce qui n’empêche que le Code civil suisse exige toujours de nos jours la fidélité en époux (art. 212) et conçoit la relation conjugale comme exclusive, faisant encore de l’adultère un acte illicite même que non condamnable pénalement. Parler sans fondement de quelqu’un comme ayant commis un adultère reste considéré sur le plan pénal comme une atteinte à l’honneur (diffamation). https://www.20min.ch/fr/story/l-adultere-reste-un-acte-illicite-en-suisse-246498216429
A noter encore que jusqu’en 1965 en Suisse seules les femmes ayant commis l’adultère étaient condamnables … et non les hommes ! On était encore 2000 après dans le récit évangélique de la femme adultère (Jean 8).
5 Le Livre des sagesses, sous la direction de F. Lenoir, Bayard 2002, article sur l’ésotérisme occidental.
6 Luc Ferry, Alain Renaut, La Pensée 68, Gallimard, 1988, p.43 à 49 sur la généalogie et la dissolution de l’idée de vérité
7 https://fr.wikipedia.org/wiki/David_de_Pury_(%C3%A9conomiste)
8 Un des slogans de Mai 68 était « Sous les pavés … la plage »
9 Luc Ferry « Penser enfin Mai 68 », article paru dans le Figaro du 15 février 2018; faisant référence à son ouvrage « La Pensée 68 » op.cit.

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