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Dans une première partie consacrée au même sujet, publiée le 18 décembre 2025, notre auteur s’est penché, d’un point de vue sociologique, sur la question de savoir pourquoi les chrétiens soutiennent régulièrement des figures autocratiques. Il approfondit désormais le sujet d’un point de vue théologique.

Vu de l’extérieur, ce phénomène semble étrange : c’est précisément dans les milieux religieux, qui prônent l’amour du prochain, la miséricorde et les enseignements de Jésus, que les politiciens autoritaires trouvent souvent leurs plus fidèles partisans. Cela est particulièrement évident aux États-Unis, où une grande partie du mouvement évangélique considère Donald Trump comme un « instrument de Dieu ».
La question n’est pas seulement politique, mais aussi profondément théologique : pourquoi les croyants sont-ils enclins à faire confiance aux dirigeants autoritaires ? Et comment cette tendance peut-elle être examinée d’un point de vue chrétien critique ?

  1. L’attrait de l’autoritarisme : quand le pouvoir inspire confiance sur le plan religieux
    Depuis des années, les théologiens et les sociologues des religions soulignent que certaines images de Dieu influencent le comportement politique. Dans le contexte de l’Ancien Testament en particulier, Dieu apparaît comme un souverain universel, un roi qui combat, juge et exige une loyauté absolue (cf. Ps 2). Cette conception du pouvoir procure un sentiment de sécurité et d’identité – et elle est profondément ancrée dans la tradition chrétienne.
    Pour de nombreux croyants, cela crée une familiarité intuitive avec le pouvoir absolu. Pour ceux qui croient en un souverain souverain, un leader politique fort ne semble pas étrange au premier abord, mais plutôt structurellement familier. Si celui-ci utilise en outre une rhétorique religieuse, il apparaît souvent comme le représentant terrestre de l’ordre divin. Le lien entre autoritarisme religieux et autoritarisme politique n’est donc pas inévitable, mais explicable.
  2. La piété légaliste et la traduction politique de « Law and Order »
    La Torah, un système complexe de commandements, de prescriptions et de normes morales, est au cœur de la conception du monde et de Dieu dans l’Ancien Testament. La vie religieuse d’Israël était marquée par des frontières claires, des exigences morales et une structure normative forte. Le psaume 119 célèbre cet ordre divin dans de nombreux versets. Cette empreinte morale et normative se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux milieux chrétiens conservateurs. Dans ces milieux, l’action politique est évaluée sous l’angle de la préservation de l’ordre moral.
    Lorsqu’un homme politique annonce des règles claires, une application stricte et une discipline morale, il répond à un besoin familier dans le domaine religieux. La complexité et l’ambiguïté, conditions fondamentales d’une société pluraliste, sont en revanche perçues comme menaçantes ou pour le moins dérangeantes. Il en résulte une affinité pour les politiciens qui utilisent une logique manichéenne : ils semblent moralement cohérents, tandis que les politiques nuancées sont souvent perçues comme faibles ou floues.
  3. La peur comme catalyseur théologique
    Les recherches sur l’autoritarisme politique montrent que plus l’incertitude est forte, plus le désir d’ordre est grand. Les chrétiens ne font pas exception à la règle, bien au contraire : les milieux religieux réagissent de manière particulièrement sensible aux changements sociaux qui semblent remettre en question l’orientation morale, les structures familiales ou l’identité culturelle. La migration, la mondialisation, les changements moraux ou l’accélération technologique peuvent être perçus comme une menace. C’est précisément dans ces moments-là que « l’homme fort » devient attrayant. Il ne promet pas le dialogue, mais la décision. Pas des processus, mais des résultats. Pas de complexité, mais de la clarté.
    Cela rappelle fortement les expériences religieuses d’orientation et de guidance – mais sans leur profondeur spirituelle. Le parallèle est toutefois trompeur : alors que l’orientation divine se caractérise par l’amour et le pardon, la politique autoritaire repose généralement sur la peur et la ségrégation.
    Les cultures religieuses, caractérisées par une forte orientation vers la loi, des prétentions à la vérité absolue et une image hiérarchique de Dieu, ont tendance à accepter les structures autoritaires dans le monde entier. C’est pourquoi le phénomène du piège du dictateur est également perceptible dans d’autres religions et cultures, telles que l’islam ou l’hindouisme.
    Le national-socialisme en Allemagne a montré à quel point ce modèle peut être dangereux. Sous la République de Weimar, les chrétiens craignaient non seulement l’instabilité économique et politique, mais aussi la décadence morale et le chaos social. L’attitude autoritaire d’Hitler, sa promesse d’ordre et de restauration nationale ont trouvé un écho favorable auprès de nombreux chrétiens. L’« Église confessante » était minoritaire. La majorité a adhéré, activement ou tacitement, à un régime qui, d’un point de vue chrétien, contredisait sans ambiguïté l’esprit du Christ.
  4. La correction christologique : pourquoi Jésus est le contre-modèle du leader autoritaire
    Le point spirituel décisif est le suivant : l’éthique politique chrétienne ne peut être dérivée du concept de domination de l’Ancien Testament. Elle doit être fondée sur le Christ. Cela signifie que Jésus est au centre de la formation du jugement politique.Le Nouveau Testament présente un Messie
    · qui renonce au pouvoir au lieu de l’instrumentaliser,
    · qui refuse la violence au lieu de la légitimer religieusement,
    · qui recherche les groupes marginaux au lieu de les exclure,
    · qui aime ses ennemis au lieu de les détruire,
    · qui recherche le dialogue au lieu de durcir les fronts,
    · qui renonce au sacrifice au lieu d’exiger des sacrifices.Le nettoyage du temple – souvent utilisé à tort pour justifier la « colère sacrée » – est, d’un point de vue théologique, une exception et non un principe. Le pouvoir de Jésus n’est pas autoritaire, mais doux, non pas dominateur, mais au service des autres. Jésus représente ainsi un contre-modèle radical aux figures autoritaires.
  5. Conséquences pour la formation du jugement politique des chrétiensLes chrétiens sont invités à prendre des décisions politiques non pas par peur, nostalgie ou alarmisme moral, mais par maturité spirituelle. Cela signifie :
  • Auto-évaluation critique
    Quelles sont mes préférences politiques qui sont dictées par la peur ?
Lesquelles sont dictées par mon besoin de contrôle ?
Lesquelles sont dictées par mon image de Dieu ?
  • Le Christ comme clé herméneutique
    Le style de gouvernance et de vie d’un homme politique correspond-il à celui de Jésus ?
Traite-t-il les faibles avec dignité ?
Promouve-t-il la vérité, la miséricorde et la justice ?
  • Sensibilité à l’abus de pouvoir
    La foi chrétienne est fondamentalement critique à l’égard du pouvoir humain.
Quiconque accumule du pouvoir doit donc être évalué avec une attention particulière.
  • Promotion des vertus démocratiques
    Le dialogue, le pluralisme et le compromis ne sont pas des faiblesses, mais le reflet de la dignité humaine. Ils correspondent à la manière dont Jésus prend les gens au sérieux, même ses adversaires.
    Les chrétiens ne tombent pas dans le piège des dictateurs parce qu’ils seraient mauvais ou irréfléchis. Ils y tombent parce que certains modèles religieux peuvent être détournés à des fins politiques : le besoin d’ordre, le désir d’orientation et la peur de l’inconnu. Le moyen de sortir de ce piège ne passe pas par l’idéologie, mais par la théologie. Par Jésus-Christ. Par sa manière de régner. Par sa manière d’être humain. Ceux qui le suivent ne vénèrent pas le pouvoir sans discernement. Ceux qui le contemplent ne font pas de la peur leur référence, mais de l’amour. Et ceux qui le prennent au sérieux voient clair dans toute forme de séduction autoritaire.

PodcastCet article est basé sur un épisode de podcast datant de 2020.
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Un regard sur l’histoire et le présent le révèle : les chrétiens aiment suivre des dirigeants autoritaires. Quelles en sont les raisons ? Martin Benz se penche sur cette question.

Pourquoi les chrétiens aiment-ils tant élire des dictateurs ? Cette question est bien sûr provocatrice, et je ne veux en aucun cas insinuer que tous les chrétiens agissent ainsi. Il est néanmoins intéressant de constater que parmi les croyants conservateurs, nombreux sont ceux qui ont tendance à voter pour des dirigeants forts ou des autocrates, des personnes comme Trump, qui détiennent la vérité et racontent leur propre histoire.

C’est ce que nous observons actuellement aux États-Unis, où Trump bénéficie d’un fort soutien de la part des « évangéliques blancs ». Ce groupe le soutient sans réserve et représente un important potentiel électoral. Nous avons observé le même phénomène aux Philippines avec le président Duterte, un dirigeant très rigoureux et impitoyable qui a été élu dans le pays le plus catholique du monde avec le soutien de la majorité catholique. Au Brésil, le président Bolsonaro a pu compter sur un large soutien des évangéliques pentecôtistes. Il en va de même pour Poutine en Russie, qui est soutenu par l’Église orthodoxe, ou pour le parti conservateur de droite en Pologne, en collaboration avec l’Église catholique. Malheureusement, nous retrouvons également cette tendance en Allemagne, où de nombreux chrétiens sympathisent avec l’AfD ou votent même pour ce parti.

Quelles en sont les causes ?

À quoi cela est-il lié ? Pourquoi les chrétiens sont-ils si vulnérables au « piège du dictateur » ? Voici trois explications possibles :

  1. La conception de Dieu dans l’Ancien Testament
    D’une part, cela a à voir avec notre conception de la souveraineté de Dieu, qui est fortement influencée par l’Ancien Testament. Dans ce dernier, Dieu se présente souvent comme le souverain absolu : le Dieu tout-puissant, le souverain du monde entier, qui se tient devant son peuple et détruit ou destitue les autres peuples ou dieux. Dans les Psaumes en particulier (par exemple le Psaume 2), nous trouvons des passages qui parlent de cette souveraineté illimitée. Même lorsque les peuples se rebellent, Dieu consolide son règne et met fin à la résistance. Tous doivent se soumettre ; sa volonté est absolue.
    Cette image de la souveraineté absolue de Dieu nous est familière et nous procure un sentiment de sécurité : lorsqu’on appartient à ce Dieu, on est du côté des vainqueurs. Cela a des aspects positifs, tels que la sécurité et le soutien. Mais lorsqu’on s’est habitué à cette forme de souveraineté absolue, une souveraineté terrestre qui a ce caractère « militant » ou absolu nous semble également familière. Un chrétien n’est pas aussi réticent face aux structures autoritaires sur terre. Si un dirigeant suggère en plus qu’il agit au nom de Dieu, de nombreux chrétiens se disent : « C’est un homme dont nous avions besoin. » Même si les libertés sont restreintes ou les minorités opprimées, tant que les chrétiens peuvent pratiquer leur religion, cela est accepté.
  2. Le désir de « loi et ordre »
    Une deuxième raison est que, dans l’Ancien Testament, le règne de Dieu repose fortement sur des lois, des commandements et des prescriptions. Il existe une conception morale élevée, définie par des instructions claires (la Torah). Ce principe de « loi et ordre » est loué dans l’Ancien Testament (par exemple dans le Psaume 119). Les règles sont perçues comme positives et les infractions sont sévèrement punies.
    Lorsqu’un dirigeant terrestre met l’accent sur les règles, les lois et « l’ordre public », cela convient parfaitement aux chrétiens conservateurs. Ils se sentent obligés d’élire quelqu’un qui affiche une « position claire » et qui instaure l’ordre. Un dirigeant qui semble « mou » leur inspire de la méfiance.
    C’est également un problème pour l’Église, qui a pris l’habitude de se poser en moralisatrice. Cela explique pourquoi le scandale des abus sexuels dans l’Église catholique pèse si lourd : ceux qui se présentent comme des moralisateurs et prêchent des règles strictes (par exemple en matière de remariage) perdent énormément de crédibilité lorsque des crimes sont commis dans leurs propres rangs.
  3. Le facteur peur
    Le troisième aspect est étroitement lié au deuxième : la peur. Plus nous nous sentons déstabilisés – que ce soit par le pluralisme, la mondialisation ou des conditions incertaines –, plus nous apprécions le retour de « l’ordre public ». Lorsque le monde devient chaotique et que les anciennes certitudes s’estompent, les gens réclament un « homme fort » qui leur offre une orientation. Ils acceptent que d’autres en fassent les frais, l’essentiel étant que leur propre système d’ordre soit rétabli.
    En période de crise, les pays sont particulièrement vulnérables aux dictateurs. Malheureusement, on se rend souvent compte trop tard qu’on a élu la mauvaise personne, c’est-à-dire lorsque nos libertés sont restreintes. Comme les chrétiens sont habitués à ce que Dieu leur donne des repères et une sécurité grâce à des instructions claires, ils sont moins réticents à l’égard des dirigeants qui se montrent tout aussi autoritaires.

Parallèles historiques et interreligieux

Ce « piège dictatorial » ne concerne pas seulement les chrétiens. D’autres religions ayant une image similaire de Dieu y sont également sensibles, comme l’islam conservateur (par exemple l’État islamique, l’Iran ou la Turquie). Plus les gens sont « pieux », plus ils sont enclins à accepter des formes de gouvernement absolues où la religion et l’État ne font qu’un.

Nous avons également fait cette expérience en Allemagne. Après la Première Guerre mondiale, l’instabilité économique et politique a conduit de nombreux chrétiens à tomber dans le piège du dictateur et à voter pour Adolf Hitler. Seule une minorité au sein de l’Église confessante a compris cela. Pour la plupart, l’idée d’un pouvoir absolu et d’une « ligne claire » n’était pas étrangère.

Je peux facilement dire cela aujourd’hui depuis mon bureau. Je ne sais pas comment j’aurais agi à l’époque et si je n’aurais pas suivi le mouvement. Il est donc d’autant plus important que nous réfléchissions aujourd’hui et que nous comprenions ces mécanismes afin de ne pas retomber dans ce piège.

Jésus comme modèle politique

Je pense que pour notre éducation politique, nous n’avons pas besoin de l’Ancien Testament, mais de Jésus-Christ. Jésus a vécu un tout autre type de règne. Il était modeste, doux et humble de cœur. Son attitude envers les marginaux, les faibles et les pécheurs est pour moi programmatique. Sa critique de l’establishment religieux, qui cherchait à se rapprocher du pouvoir, est également novatrice.

Certains objecteront : « Mais Jésus a chassé les marchands du temple à coups de fouet ! » C’est vrai, mais cette scène est une exception, elle ne reflète pas le programme de sa vie. Ceux qui sont fortement influencés par l’image du souverain de l’Ancien Testament se précipitent sur cette scène, car elle correspond à leur propre vision du monde. Mais en Jésus, nous rencontrons un homme doux qui rejette toute forme de domination violente. Il n’appelle pas des légions d’anges, il ne riposte pas. Il est le pivot de notre éducation politique.

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Cet article est basé sur un épisode de podcast datant de 2020.
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En Suisse et dans le monde occidental, le thème de la politique migratoire est omniprésent. Il est actuellement au cœur du débat politique. L’auteur a cherché dans la Bible des indices permettant aux chrétiens de s’y retrouver dans ces discussions très controversées.

En Suisse et dans le monde occidental, le thème de la politique migratoire est omniprésent. Il est actuellement au cœur du débat politique. L’auteur a cherché dans la Bible des indices permettant aux chrétiens de s’y retrouver dans ces discussions très controversées.

Lorsque j’ai récemment suivi le débat de l’émission SRF Arena sur le thème des féminicides, la discussion s’est progressivement transformée en un débat sur la migration. Que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou autour de la table familiale, rares sont les sujets qui suscitent autant de divergences d’opinions. Mais quelle position les chrétiens doivent-ils adopter dans ce débat ? Ou plutôt, quels enseignements pouvons-nous tirer de la Bible sur ce sujet ? J’ai exploré ces questions dans le cadre de mon travail de maturité. Dans cet article, je présente les principaux résultats de ce travail.

La politique migratoire étant un sujet très vaste, je me concentre sur la politique d’asile. La Suisse accorde protection et refuge aux personnes dont la vie ou l’intégrité physique sont menacées dans leur pays d’origine. Elles obtiennent l’asile et donc un permis de séjour. La conception concrète de la politique d’asile fait l’objet d’intenses discussions. Les principales revendications du camp restrictif comprennent une limitation de l’immigration des réfugiés et une réduction des prestations d’aide aux demandeurs d’asile. Mais cette position est-elle compatible avec les enseignements de l’Évangile ?

Une bonté imméritée : le privilège d’être Suisse

Dans Matthieu 27.46, Jésus rend son dernier souffle et meurt sur la croix. Ce moment symbolise non seulement la fin du calvaire du Christ, mais aussi la bonté de Dieu, qui s’exprime à travers le sacrifice de Jésus sur la croix et la rédemption du péché qui y est associée. Nous n’avons pas mérité cette bonté. C’est un cadeau. Être citoyen suisse est également un cadeau qui témoigne de la bonté de Dieu. Comparée à celle d’autres pays, la situation des Suisses est paradisiaque. Cette situation est un privilège et ne va absolument pas de soi. La question se pose alors de savoir ce qui nous empêche de partager cette bonté imméritée avec d’autres personnes en danger. Est-ce vraiment notre devoir en tant que chrétiens d’aider les demandeurs d’asile ?

Est-ce vraiment notre devoir en tant que chrétiens d’aider les demandeurs d’asile ?

Appel à l’aide dans la Bible : le bon Samaritain

Luc 10 relate une conversation entre Jésus et un docteur de la loi. Ce dernier demande comment obtenir la vie éternelle. Jésus répond à cette question en évoquant le commandement de l’amour. Mais le docteur de la loi veut se justifier et demande : « Qui est mon prochain ? » Jésus lui raconte alors la parabole du bon Samaritain. Le Samaritain aide l’homme juif blessé, bien qu’il existe une profonde hostilité entre les deux peuples. Il prend un risque, car il y a un danger d’être agressé et attaqué physiquement. Le Samaritain reconnaît la situation de la personne blessée et n’hésite pas à la soigner. Plus encore : il l’emmène dans une auberge et paie tous les frais d’hébergement et de soins. Jésus termine la conversation par cette exhortation : « Va, et fais de même. » Nous pouvons tirer de cette parabole les principes suivants :

  • Aide les personnes, quelle que soit leur origine.
  • Sois serviable, même si cela comporte un danger.
  • Adopte une attitude serviable envers les blessés.
  • Sois prêt à apporter un soutien financier.
  • Suis l’exemple du Samaritain.

Il est plausible d’appliquer ces principes à la relation entre les Suisses et les demandeurs d’asile. Tout comme l’homme juif, les demandeurs d’asile sont menacés et en danger de mort. En intervenant en tant que Suisses, nous pouvons, comme dans la parabole, libérer les demandeurs d’asile de cette situation menaçante et les sauver.

Qu’est-ce qui nous empêche d’agir comme le bon Samaritain ?

Mais malgré ces paroles claires de Jésus, qu’est-ce qui nous empêche de suivre sans crainte l’exemple du Samaritain ? Une aide illimitée aux demandeurs d’asile peut être contrebalancée par le risque de difficultés financières personnelles. Mais cet argument est-il valable à la lumière des Évangiles ? Dans Luc 12, Jésus met en garde contre la cupidité : « Gardez-vous avec soin de toute cupidité, car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, même s’il est dans l’abondance. » Comme mentionné ci-dessus, tous nos biens sont l’expression de la bonté de Dieu. Pourquoi ne devrions-nous donc pas partager ces biens ? La parabole du bon Samaritain nous y invite explicitement. Dans la perspective de la vie éternelle, les biens matériels, l’argent et la prospérité sont éphémères et insignifiants par rapport à la gloire que le ciel nous promet. La peur des soucis financiers n’est-elle pas plutôt un attachement aux normes mondaines ? La Bible est claire à ce sujet : notre identité réside en Christ. Dans l’épître aux Philippiens 1.21, Paul écrit : « Car Christ est ma vie, et mourir est mon gain. » Notre regard est tourné vers le Christ, et le Christ nous invite à servir les personnes opprimées, sans défense et vulnérables.

Restreint ou charitable ?

Comme mentionné précédemment, les principales revendications de la position restrictive sont la limitation de l’immigration et la réduction des prestations d’aide aux demandeurs d’asile. Comparons maintenant cette position avec les conclusions tirées ci-dessus : les deux revendications d’une attitude restrictive visent à éviter des dépenses supplémentaires ou des problèmes sociaux en offrant moins d’aide. Au vu des passages bibliques évoqués, qui s’inspirent de la bonté de Dieu et de l’appel à venir en aide, les revendications en faveur de mesures restrictives sont difficilement conciliables avec les Évangiles. Elles sont même problématiques. Elles sont en contradiction avec les principes que nous transmettent les passages bibliques cités et de nombreux autres passages des Évangiles. Ainsi, la position restrictive semble difficilement défendable à la lumière des Évangiles.

Cette position restrictive ne peut donc être attribuée aux Évangiles. Elle repose plutôt sur la crainte de perdre des privilèges en tant que Suisses. À plusieurs reprises, les quatre Évangiles exhortent les hommes non seulement à bénéficier de la bonté de Dieu, mais aussi à la transmettre à ceux qui sont dans le besoin. Cela signifie que, du point de vue des quatre Évangiles, les chrétiens ne devraient pas soutenir une politique d’asile restrictive.

Photo de Salah Darwish sur Unsplash

 

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L’IA soulève actuellement de nombreuses questions qui laissent perplexes. L’article suivant donne un aperçu général de ce qu’est l’IA, de son fonctionnement et de ses faiblesses, sans pour autant attiser les craintes de manière unilatérale. L’auteur attire toutefois l’attention sur les dangers qui guettent. Un autre article suivra ultérieurement.

L’arrivée de ChatGPT il y a environ trois ans a suscité un énorme engouement. L’interface utilisateur ne pourrait être plus simple : une fenêtre de navigateur presque vide avec un champ de saisie (fenêtre d’invite) au milieu. J’ai voulu jeter un œil sous le capot et j’ai réalisé que le sujet était vaste et loin d’être aussi clair qu’on pourrait le croire à première vue. Un texte comme celui-ci ne peut être qu’une tentative d’éclairer un peu ce qui se cache dans la boîte noire de l’IA. Dans une deuxième partie, j’aimerais examiner dans quelle mesure les grands modèles linguistiques (Large Language Models, LLM) nous aident à trouver la vérité dans la jungle d’informations en ligne – ou pas.

Comment fonctionne un LLM, un grand modèle linguistique tel que ChatGPT ? On explique généralement que son fonctionnement est similaire à celui d’un cerveau doté de nombreux neurones, qui calcule le mot suivant le plus probable dans un contexte donné. ChatGPT est capable d’apprendre grâce à d’innombrables répétitions d’essais et d’erreurs (deep learning). Cela est tellement souvent répété que cela doit être vrai, bien sûr en simplifiant. Néanmoins, cela me semble être une sorte de pochette surprise cognitive, tant en termes de vitesse que de contenu. Même les experts et les entreprises qui développent ces modèles ne comprennent pas pourquoi leurs produits aboutissent à tel ou tel résultat.

ChatGPT n’est pas le seul à l’origine de cette technologie

ChatGPT est clairement le leader du marché occidental, mais il existe d’autres modèles importants. Les entreprises qui les développent s’appellent OpenAI, xAI ou Anthropic. Voici un bref aperçu des grandes entreprises technologiques qui y participent :

Chatbot IAEntreprise américaine participanteForme de participation
ChatGPT (OpenAI)Microsoft, AppleMicrosoft : investisseur, participation minoritaire, environ 49 %, Apple : aucune participation, partenariat technique (intégration sur les appareils Apple)
Gemini (Google)Alphabet (Google)Propriétaire et développeur
Claude (Anthropic)Amazon et AlphabetInvestisseurs minoritaires
Grok (xAI)Elon MuskPropriétaire / PDG
Llama (Open Source)Meta (Facebook/WhatsApp)Propriétaire et développeur

Les auteurs souvent non rémunérés

Une IA nouvellement créée est stupide. Avant d’être utile, elle doit être entraînée à partir d’énormes quantités de données, un peu comme un jeune enfant apprend à parler pour comprendre son environnement. Les données d’entraînement comprennent généralement des sites Internet accessibles au public, tels que des journaux gratuits ou Wikipédia, des milliers de livres et autres, souvent sans rémunérer les auteurs. La composition exacte est un secret des développeurs. Dans une deuxième phase, celle du réglage fin, les modèles sont entraînés, entre autres, à l’aide de chats réels.

Les données utilisées pour cette deuxième phase sont constituées des requêtes des utilisateurs, y compris les réponses de l’IA. Pour la plupart des modèles, cela se fait automatiquement, sauf si l’on refuse expressément ou si l’on active le mode « temporaire »/« anonyme », dans lequel l’historique des chats n’est pas enregistré, ou si l’on choisit la version payante. En d’autres termes, ici aussi, les outils informatiques gratuits ne sont pas vraiment gratuits. Selon les informations officielles, les données ne sont stockées nulle part à long terme, mais cela n’est pas vraiment clair. Anthropic (Claude) adopte une approche différente. Cette entreprise n’utilise pas les données de ses utilisateurs pour l’entraînement et dispose d’une documentation détaillée sur la manière dont elle traite les données des utilisateurs. Open AI dispose également de cette dernière, mais une grande partie de son contenu reste vague, délibérément ?

Des directives éthiques opaques

Le comportement de chaque IA est programmé, par exemple pour qu’elle soit aimable et encourageante dans ses réponses. Mais parfois, la programmation va encore plus loin.

Grok, l’IA d’Elon Musk, s’est particulièrement fait remarquer négativement cet été. Sur la plateforme « X », à laquelle le modèle est relié, elle a diffusé sans aucune retenue des thèses et des déclarations antisémites après une mise à jour. Ainsi, à la question de savoir quelle personnalité du XXe siècle serait la plus apte à lutter contre la « haine anti-blancs », elle a répondu : « Adolf Hitler, sans aucun doute. » Lorsqu’on lui a demandé pourquoi Hitler serait efficace à cet égard, Grok a décrit des mesures similaires à celles de l’Holocauste, telles que les camps de concentration. De plus, il a voulu discuter spontanément du prétendu « génocide des fermiers blancs en Afrique du Sud ». Il s’est lui-même qualifié de « MechaHitler » (en quelque sorte « Robot »-Hitler). Auparavant, Musk avait critiqué Grok pour « répéter trop les médias grand public » et être trop « woke ».
Aucun autre grand modèle d’IA ne présente de distorsions aussi évidentes. Cela ne signifie toutefois pas qu’il n’y en a pas, car aucune des entreprises concernées ne divulgue les données d’entraînement et la programmation comportementale de ses modèles.

D’autre part, lorsque les utilisateurs souhaitent effectuer des recherches sur un sujet sensible, poser une question potentiellement discriminatoire ou générer du contenu réservé aux adultes, ils se heurtent à une forme de censure. ChatGPT & Co refusent alors de fournir des informations et proposent des alternatives. Cette pratique est controversée et, surtout, les directives éthiques sur lesquelles repose cette censure ne sont pas transparentes. Elle offre toutefois une certaine protection aux jeunes utilisateurs.

Une IA hallucinante

Sur un point, l’intelligence artificielle ressemble à l’être humain : elle a certaines faiblesses. Si elle ne connaît pas la réponse à une question, parce que son apprentissage ne couvre pas le sujet, elle ne dira pas « je ne sais pas », mais inventera quelque chose qui n’est pas forcément plausible. C’est ce qu’on appelle « halluciner ». Une étude à long terme menée par l’organisation américaine Newsguard1 a révélé que les modèles linguistiques fournissent entre 10 et 40 % de réponses erronées sur des sujets d’actualité, car ils ne sont souvent pas en mesure de faire la distinction entre les médias sérieux et les médias diffusant de fausses informations. Claude a obtenu les meilleurs résultats avec « seulement » 10 % d’erreurs, tandis que Perplexity se situait à l’autre extrémité avec un taux d’erreur légèrement inférieur à 50 %. Une étude européenne est parvenue à des résultats très similaires.

Les modèles linguistiques ont également une mémoire à court terme limitée pour un chat en cours. Il m’est déjà arrivé d’avoir une conversation animée sur un sujet assez complexe. Mais soudain, tout s’est arrêté. Cependant, plus les modèles s’améliorent, plus leur mémoire à court terme est importante.

ChatGPT possède des connaissances incroyables en pédagogie, en psychologie, dans les enseignements de Thomas d’Aquin ou dans les énergies renouvelables, mais son savoir n’est lié à aucune expérience. La machine ne comprendra jamais ce que signifie être heureux, avoir des doutes, aimer ou vivre des expériences spirituelles. Nous devons en être conscients.

Les entreprises technologiques peuvent collecter encore plus de données

Sous la surface simple des modèles linguistiques, beaucoup de choses ont changé en deux ans ; toutes les quelques semaines, il y a une mise à jour et le nombre de solutions de niche est de toute façon incalculable. Il est étrange que tous les influenceurs technologiques sur YouTube alimentent fortement le battage médiatique et n’abordent presque jamais les points critiques évoqués ci-dessus. Mais c’est ainsi que fonctionnent les réseaux sociaux.
C’est maintenant que les choses deviennent vraiment intéressantes pour les grandes entreprises technologiques : selon Sam Altman d’OpenAI, ChatGPT est appelé à devenir un super assistant, « quelqu’un qui vous connaît, comprend ce qui est important pour vous et vous aide dans toutes vos tâches. Une personne intelligente, digne de confiance, dotée d’une grande intelligence émotionnelle et équipée d’un ordinateur » : Il recherche régulièrement les e-mails importants dans votre boîte de réception, crée une playlist adaptée à l’occasion dans Spotify, ajoute des balises aux photos sur votre smartphone et les classe dans le dossier souhaité, vous rappelle que vous avez manqué vos exercices physiques depuis trois jours, recherche un document spécifique dans votre espace de stockage cloud personnel et le résume, et prépare des publications pour Instagram ou TikTok. Avec le navigateur IA « Atlas » récemment publié, OpenAI a fait un premier pas dans cette direction. Cela est particulièrement intéressant pour les entreprises technologiques, car elles peuvent, du moins potentiellement, regrouper les données pour créer des profils très détaillés et consultables. L’entrepreneuse en IA et youtubeuse Goda Go a déclaré dans l’une de ses vidéos : « Nous nous dirigeons vers un avenir où l’IA saura tout de vous – votre activité professionnelle, votre vie privée, vos opinions, vos préférences – et où rien de tout cela ne pourra jamais être effacé. »

Alternatives pour plus de transparence

Existe-t-il des moyens pour les petits utilisateurs privés d’améliorer la transparence des chatbots ? En partie :

  • Perplexity ajoute à ses textes des notes de bas de page cliquables qui renvoient aux sources utilisées.
  • Gemini de Google fait de même en mode « Deep Research ».
  • De plus, comme d’autres modèles en mode Pro, il rend son processus de « réflexion » transparent en rédigeant une sorte de journal en temps réel.
  • Google propose un outil appelé Notebook LM, qui permet à l’utilisateur de décider si l’IA doit utiliser uniquement des documents sélectionnés à la main ou des liens web pour sa recherche, ou si elle doit également effectuer une recherche sur Internet. Tous les grands LLM proposent des modes similaires.
  • Les modèles open source installés localement offriraient une protection des données. Cependant, ils nécessitent un matériel très puissant et une certaine affinité avec l’informatique. De plus, leur grande adaptabilité ouvre la voie à des utilisations malveillantes.
  • Enfin, l’ETH et l’EPFL ont développé un modèle suisse d’IA et l’ont présenté au public en septembre 2025. Baptisé « Apertus », il se distingue de tous les supercerveaux artificiels courants par le fait que les données d’entraînement, l’architecture, etc. ont été publiées et qu’il s’agit du premier modèle linguistique de grande envergure qui répond aux exigences de la « loi sur l’IA » de l’UE. Il comprendrait 1000 langues, dont le suisse allemand. Malheureusement, ses performances sont encore nettement inférieures à celles des IA privées.

Les modèles linguistiques actuels sont en effet d’une grande aide pour comprendre des sujets complexes, par exemple en tant que « meilleur Google » ou pour des résumés, l’apprentissage et des recherches approfondies. Il faut toutefois être conscient de leurs faiblesses et des risques qu’ils présentent :

  • L’IA n’est pas gratuite, on la paie avec ses données ou avec de l’argent : je m’offre une version payante pour avoir un peu plus de contrôle.
  • Aujourd’hui, les entreprises d’IA utilisent la clause de non-responsabilité suivante : « Le chatbot XY peut faire des erreurs. » Il faut prendre cela au sérieux et vérifier les résultats, et ne pas recourir instinctivement à l’IA pour tout.
  • Les résultats des chatbots, en particulier sur des sujets d’actualité, doivent être utilisés avec une prudence critique – ce qui vaut d’ailleurs également pour les résultats de notre intelligence naturelle.
  • Il convient de consacrer un peu de temps au choix du chatbot « personnel » et surtout de comparer le traitement des données.2
  • La retenue et la prudence sont de mise lorsqu’il s’agit de choisir les applications personnelles auxquelles l’IA sera connectée à l’avenir.

Quelques conseils pour utiliser l’IA

Les modèles linguistiques actuels sont en effet d’une grande aide,


Sources utilisées

NZZ : « L’IA exige une ambivalence radicale », 19/08/2025

Le Monde diplomatique (en allemand) : « Blackbox KI », décembre 2024

Goda Go : « Leaked ChatGPT Strategy Document & Data Nightmare », https://www.youtube.com/watch?v=5PuofaVqXNI (20/10/2025)

Der Bund Online, 15/05/2025 : « Le bot IA de Musk voulait parler du « génocide des Blancs » »

New York Times : « How Elon Musk Is Remaking Grok In His Image », 02/09/2025

Mohamed Ezz : Does Anthropic Train on Your Data? The Full Truth

Wired.com : Grok Is Spewing Antisemitic Garbage on X, (27.10.2025)

Tagesschau : « L’IA invente une réponse sur trois », https://www.tagesschau.de/wissen/technologie/kuenstliche-intelligenz-fakten-100.html (29/10/2025)

Tages-Anzeiger : « Une réponse sur trois des chatbots est fausse », 10/09/2025

Claude (IA d’Anthropic) : connaissances d’entraînement

Autres sources :

1 : https://www.newsguardtech.com/de/ ai-monitor/audit-chatbots-verdoppeln-in-einem-jahr-den-anteil-an-antworten-mit-falschen-informationen/

2 : https://www.oneusefulthing.org/p/an-opinionated-guide-to-using-ai


La photo de couverture est, comme il se doit, générée par IA, par le service lummi.ai