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La crise du covid-19 nous a pris par surprise et a mis en lumière la vulnérabilité de notre société face à ce genre d’épidémie.

Force est de constater qu’à l’heure où j’écris ces lignes, certains États ont été beaucoup moins touchés que d’autres. Si l’impact de la maladie par pays peut s’expliquer par des facteurs dus au contexte (densité de population, pyramide des âges de la population, force du système de santé en place), l’autre aspect déterminant est lié à la réponse politique qui a été donnée et à la réaction de la population.

Des conclusions définitives ne pourront être tirées qu’une fois la crise passée, cependant les aspects suivants m’ont particulièrement frappé et constituent une base de réflexion pour la gestion d’autres crises, en particulier la crise climatique :

La grande difficulté à agir alors que les conséquences de la maladie ne sont pas directement visibles. Dans le cas présent, il y a environ deux semaines de décalage entre les causes et les effets, il est donc extrêmement difficile d’imposer des mesures alors que les effets ne sont pas encore visibles.

Dans le cas de phénomènes où la croissance du nombre de cas est exponentielle, chaque jour compte. Au début de l’épidémie, le nombre de cas doublait tous les trois jours en Suisse. L’impact pour les hôpitaux peut donc passer du simple ou double en agissant 3 jours plus tard. Le Portugal, en prenant très tôt des mesures, a limité l’impact sanitaire, alors que le Royaume-Uni a payé le prix fort de sa difficulté à agir.

Ensuite le niveau de confiance dans la communauté médicale, scientifique et les experts en général. Lors de l’arrivée du covid-19 en Suisse, le virus était très mal connu et les impacts difficiles à évaluer. Il est donc nécessaire d’avoir à disposition un panel d’experts qui puisse analyser les différents aspects de la crise sur la santé publique, le système hospitalier ou encore l’économie afin de faire une juste pesée d’intérêts en tenant compte des incertitudes.

Certains aspects sont difficiles à comprendre pour les « non-initiés », il est donc fondamental d’établir une relation de confiance entre les experts et les décideurs. Notre tendance humaine nous pousse souvent à vouloir écouter l’avis qui arrange le mieux. Il est donc d’autant plus important que les décisions politiques s’appuient sur des faits rationnels et non sur des décisions émotionnelles ou des calculs politiques.

Intimement lié à cela, on peut citer également la confiance de la population dans le gouvernement et le leadership des décideurs. Les pays où la population a suivi les recommandations ont plus facilement contenu l’épidémie. Les politiciens ont été également tiraillés entre impératifs sanitaires et économiques. L’application du principe de précaution s’est apparentée particulièrement dans ce cas à un exercice d’équilibriste.

Notons qu’un gouvernement avec un forte légitimité démocratique est plus en mesure de faire une bonne pesée d’intérêts entre les enjeux sanitaires et économiques. Par ailleurs, il est ardu de prendre des décisions dans l’urgence et il était étonnant de voir le faible degré de préparation de certains gouvernements et de l’OMS alors qu’une telle crise était prévisible.

Finalement je soulignerais le besoin de limiter nos libertés individuelles par solidarité entre les générations et les plus faibles. Il est difficile d’accepter de se limiter, de rester chez soi pour protéger les autres face à un fléau qui est peu perceptible. Nous avons rapidement entendu des voix comme celles d’André Comte Sponville qui appelaient à la liberté individuelle “laissez-nous mourir comme nous voulons”, sans se soucier des effets que pourrait avoir une vague non-maîtrisée sur la surcharge des hôpitaux.

La plupart des gens ont cependant joué le jeu, convaincus que l’on vivait quelque chose de grave qui nécessitait des actions fortes. En Suisse, il est démontré que la population a même anticipé les mesures du gouvernement. Les gens ont réussi à changer leurs habitudes. Cependant il est plus facile de se limiter pour une brève période que sur du long terme.

Il est alors possible de tirer des bonnes leçons de cette crise globale pour les autres défis auxquels nous faisons face et en particulier dans le cadre de la crise liée aux changements climatiques :

  • difficulté à mettre en place des mesures alors que les conséquences ne sont pas directement visibles
  • scepticisme face aux alarmes des scientifiques, remise en cause de l’opinion scientifique majoritaire et difficulté à anticiper la crise

  • défiance dans le gouvernement et freins dès quune mesure touche l’économie

  • limitation de nos libertés individuelles pour protéger les plus faibles

Ce que cette crise montre déjà aujourd’hui, c’est que l’action politique et la réponse de la population font toute la différence. Quelle devrait être notre apport en tant que chrétiens ?

Tout d’abord être attentifs aux nouveaux besoins des laissés pour compte qui apparaissent (Jc 1:27), être prêt à renoncer si nécessaire (Ph 2:7) et ne pas céder à des réponses simplistes, mais chercher une voie qui protège au mieux la vie (Ro 12:2). Et également persévérer dans la prière pour nos autorités (1 Ti 2:1-2).

Finalement, souhaitons que ce que nous avons vécu durant ces mois puisse apporter un éclairage nouveau et des arguments solides aux défenseurs de l’environnement. Car ce que l’on constate c’est qu’il est possible de modifier certains comportements pour traverser ensemble le mieux possible une crise et que le rôle des gouvernements est déterminant.

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