El Salvador: un voyage dans l’arrière-cour des USA

~ 14 min

El Salvador se situe en Amérique centrale. Sa population est plus ou moins égale à celle de la Suisse, pour une superficie deux fois plus petite. Pour se donner une idée de l?atmosphère, on pourrait dire que c?est le pays des volcans, avec un paysage très vert et un climat tropical. Cependant, à cause de l?augmentation de la population, la forêt tropicale a disparu. Maintenant, des poules courent dans tous les coins et le maïs est l?aliment de base.

Au cours de l?été et de l?auto

El Salvador se situe en Amérique centrale. Sa population est plus ou moins égale à celle de la Suisse, pour une superficie deux fois plus petite. Pour se donner une idée de l?atmosphère, on pourrait dire que c?est le pays des volcans, avec un paysage très vert et un climat tropical. Cependant, à cause de l?augmentation de la population, la forêt tropicale a disparu. Maintenant, des poules courent dans tous les coins et le maïs est l?aliment de base.

Au cours de l?été et de l?automne 2004, j?ai eu, avec ma femme Carine, la possibilité de partir à la découverte de la vie et de la société de ce pays. Durant la majeure partie de notre séjour, nous avons habité dans la capitale, mais nous avons aussi eu l?occasion de faire de longs voyages dans d?autres parties de l?île. ` ces occasions, nous avons souvent rencontré des Chrétiens avec lesquels nous avons pu avoir de nombreux échanges.

Une histoire sanglante

Tout comme les pays qui l?entourent, El Salvador a d?abord été une colonie espagnole. C?est seulement au XIXe siècle qu?il est devenu indépendant. Depuis l?indépendance, « 14 familles » contrôlent l?île, la plupart d?ascendance aristocratique. Ce sont ces mêmes familles qui possédaient autrefois une grande partie des terres. De fait, la couche favorisée de la population a gardé sa mentalité aristocratique et considère encore aujourd?hui les défavorisés comme une populace sans valeur.

La forte densité de population a causé déjà très tôt des problèmes de partage des terres. Dans les années 30 et 80 du 20ème siècle, les revendications de réforme des paysans sans terre se sont achevées par une forte répression entraînant des dizaines de milliers de victimes. Les blessures de la guerre civile des années huitante ne se sont pas encore refermées. Mais comment en est-on arrivé là ?

` la fin des années septante, les paysans exigent une réforme agraire et le parti chrétien-démocrate au pouvoir élabore un projet allant dans ce sens. Cependant, le général Roberto d?Aubuisson et ses partisans refusent ce projet et fondent le parti ARENA. Ils forment alors des escadrons de la mort avec pour consigne d?exécuter tous les partisans de la réforme. Le célèbre archevêque Romero sera l?une de leurs victimes. Bien qu?ayant tout d?abord refusé de prendre parti, il avait petit à petit commencé à critiquer ouvertement les injustices commises dans le pays. Les violences se sont accélérées pour dégénérer en une guerre civile en 1980. D?Aubuisson devient alors président et les escadrons de la mort ainsi que certaines sections de l?armée tuent environ 70’000 opposants politiques civils. Le bataillon Atlacatl, entraîné aux USA, sera responsable du plus grand massacre, celui de El Mozote, où l?entière population d?un village (1000 habitants), enfants compris, furent exécutés. Les rebelles communistes tuèrent, pour leur part, 5’000 civils. Finalement une paix fut signée au début des années 90 menant à une réforme agraire partielle.

 

Ce qui rend cet épisode d?autant plus tragique est que cette guerre aurait pu être évitée :

–        Si les familles riches avaient entendu les cris des paysans sans terre et ne s?étaient pas opposées par la violence à la réforme agraire, cette dernière étant au demeurant soutenue par une majorité de la population, tout ce sang n?aurait pas été versé et cela aurait aussi tué la rébellion dans l?oeuf. Ceci me rappelle ce passage de la Bible où il est dit que la convoitise est la racine de tous les maux. Elle se retrouve dans beaucoup domaines de notre vie et a eu au Salvador des effets particulièrement pervers. Selon moi, la convoitise cache une peur du manque, qui touche aussi bien les pauvres que les riches. Visiblement, il est difficile de s?en défaire.

–        La politique américaine de « l?ennemi de mon ennemi est mon ami » a été appliquée ici aveuglément. Pour protéger leurs arrières face à la menace communiste, les USA ont apporté leur soutien inconditionnel à la classe dirigeante sans se soucier de leurs actes. ` l?époque, une aide militaire allant jusqu?à 500 millions de dollars par année a été accordée au Salvador. C?est seulement à la fin des années huitante, lorsque des citoyens américains furent exécutés par les escadrons de la mort, que le président Bush senior a retiré sa confiance au gouvernement du Salvador. C?est ce qui permit la paix. ` mon avis, la leçon à tirer de cela est qu?à la place de diviser le monde entre bons (en fermant les yeux sur leurs agissements) et méchants, il suffirait de mieux prendre les besoins des défavorisés en considération. Une telle attitude aurait évité tout ce sang versé.

Les droits de l?homme aujourd?hui

Bien que la force ne soit presque plus utilisée à des fins politiques, les pauvres sont encore opprimés. Leur principale préoccupation aujourd?hui est le droit à la vie (l?accès à l?eau, au système de santé et à la terre) et au dialogue politique. Ce qui implique aussi de permettre à la population l?accès à un système d?éducation dans un pays où un tiers des gens ne sait ni lire ni écrire et ne peut presque pas s?exprimer. Dans les années huitante, El Salvador était à la sixième place des pays au plus bas taux d?éducation. Et ceci parce que la couche dirigeante n?avait (et encore quelques fois aujourd?hui) pas d?intérêt à permettre à la couche défavorisée de suivre une éducation.

Au cours de notre travail pour la commission des droits de l?homme, nous avons été confrontés à différents cas de violation des droits de l?homme. Voici deux exemples :

Dans la partie est du pays, sur la côte pacifique à la Punta del Jaguey, se trouve le village « las Mueludas ». La colonisation de cet endroit auparavant désert a commencé dans les années 70. Deux tiers des 250 familles vivent de la pêche et le reste de l?agriculture. En face de l?endroit où habitent ces 1500 habitants, sur la plage, se trouvent une douzaine de villas appartenant à des familles richissimes, qui ont établi leur résidence secondaire dans ce coin de paradis.

Dans les années 70, l?armée a construit près du village une piste d?atterrissage militaire. En 2001, elle a prévu d?agrandir cette piste pour « protéger la souveraineté de l?Etat ». En réalité ce projet fait partie du « plan Colombia » initié par les Américains pour combattre le trafic de drogue en Amérique de Sud et en Amérique centrale. Toute la population de Las Mueludas (à l?exception des habitants des villas) reçut l?ordre d?évacuer le village sous prétexte d?occupation illégale des terres. Et ceci malgré la loi salvadorienne permettant aux colons de garder leur terre si, après trente ans, personne n?a fait valoir son droit de propriété. La plupart des habitants de Mueludas étaient installés depuis plus de trente ans sur ces terres sans déranger personne.

 

Vu que les habitants avaient refusé de partir, ils furent terrorisés par l?armée : en envoyant des avions passer en rase-mottes sur le village, en tirant des coups de feu en direction des maisons et en envoyant des officiers visiter brutalement les villageois. Les habitants s?adressèrent finalement à la commission indépendante des droits de l?homme (Comision de los Derechos Humanos de El Salvador, CDHES) afin de faire connaître leur problème. Miguel Montenegro, le directeur de la commission des droits de l?homme explique : « Nous avons rapporté le cas à la commission interaméricaine des droits de l?homme et à l?ONU. En même temps nous avons contacté les médias ainsi que toutes les ambassades présentes au Salvador. Des avocats sont intervenus à notre demande. Soudainement, les intimidations ont cessé. » L?armée a attaqué le village en justice pour « occupation illégale de la terre » et le tribunal tranchera prochainement. Mais les tribunaux salvadoriens, qui suivent souvent l?avis du plus fort, ne sont pas toujours du côté de la justice. Les habitants du Jaguey veulent continuer à se battre même si le combat semble perdu. « Ils ne nous expulseront pas vivant de nos terres. Où pourrions-nous aller de toute façon ? », comme l?affirme Don Mariano avec un ton résolu. « La commission des droits de l?homme constitue pour nous un soutien décisif et le fait que notre problème soit connu à l?étranger nous donne de l?espoir. »

Le deuxième exemple se passe dans une région située sur la partie opposée du pays, à San Fransisco au bord du Lago de Guija. Depuis 60 ans, des pêcheurs se sont installés sur une presqu?île située sur un lac pittoresque, bordant la frontière avec le Guatemala. Sur la colline, se trouvent de nombreuses tombes et objets datant de la période maya : des têtes en terre cuite, des outils ou encore des bijoux : assez pour attirer un investisseur du Honduras avec l?intention de construire un hôtel. Pour ce faire, il acheta au gouvernement salvadorien les droits de propriété de cet endroit, malgré le fait que les habitants qui s?y trouvaient avaient déjà acheté le terrain (l?Etat n?a en fait jamais issu les actes de propriété). Vu que les habitants refusaient de quitter leurs terres, l?investisseur envoya des bandes armées pour chasser les pêcheurs. « Ils nous ont menacé de tuer nos enfants si nous ne disparaissions pas tout de suite. Don Leon qui est en chaise roulante a aussi été menacé de mort », raconte Raul, un vieux combattant rempli de fougue. Déjà une des 17 familles est partie, mais les autres veulent continuer à se battre. La commission des droits de l?homme a décidé d?intervenir. Elle a mis des avocats à disposition, pour soutenir les villageois dans le procès que l?Etat leur a intenté pour « occupation illégale des terres ».

 

Grâce au travail de la commission des droits de l?homme, les gens sont mieux respectés au Salvador. Des réseaux se créent entre les gens lésés et aussi avec des commissions des droits de l?homme d?autre pays latino-américains qui connaissent des cas similaires. Dans les deux cas décrits auparavant, c?est la pression internationale sur le gouvernement du Salvador qui a permis de faire appliquer les principes des droits de l?homme.

La fracture sociale

L?économie du Salvador s?est très rapidement relevée après la guerre civile. Des mesures ultralibérales ont permis une croissance accélérée et de grands centres commerciaux apparaissent partout. Cependant seule la classe aisée et une classe moyenne (qui n?augmente que faiblement) profite de cette croissance. Les pauvres restent pauvres et vivent à la campagne ou dans d?énormes bidonvilles. Encore aujourd?hui, la moitié des enfants souffre de malnutrition, la plupart de gens n?ont pas accès à la médecine de base et une grande partie n?ont reçu aucune formation.

On peut se demander si les gens ne pourraient pas changer cela en utilisant leurs droits démocratiques. Ce serait théoriquement possible, mais dans la pratique les choses sont différentes :

–        Le parti au pouvoir ARENA a arrangé les arrondissements de vote de telle manière que même avec une majorité des voix, l?opposition ne possède que 40% des sièges.

–        En période électorale et à l?aide de l?argent des familles riches, ARENA procède à un lavage de cerveau de la population sans précédent. Le pays entier se recouvre de couleurs bleu blanc rouge. Et ça marche !

–        En cas d?urgence il y a aussi la possibilité de se faire aider de l?extérieur : au cours des dernières élections présidentielles, les USA ont menacé de renvoyer au pays les émigrants salvadoriens (qui soutiennent financièrement leurs familles restées au pays) si le candidat socialiste était élu.

Le manque d?espoir en l?avenir d?une partie de la population a pour conséquence une recrudescence de la criminalité. Le fait que les armes soient largement répandues et le peu de valeur donnée à la vie humaine pendant la guerre nourrit aussi cette criminalité, une situation qui se retrouve dans des pays ébranlés par la guerre. Les gens aisés réagissent en se barricadant derrière du fil barbelé et de portes de fer et en engageant des gardes à chaque coin de leurs quartiers résidentiels. L?idée que l?on pourrait résoudre le problème en modifiant les relations sociales n?a pas encore fait son chemin?

En conclusion

En dépit de toutes les difficultés qu?ils rencontrent, les habitants de ce pays nous sont parus très accueillants. Ils ont essayé de nous montrer que El Salvador a d?autres choses à offrir que la violence et la misère. Nous sommes restés liés avec eux et nous continuons à soutenir des groupes qui, comme la commission des droits de l?homme, s?engagent activement à changer le pays.

mne 2004, j?ai eu, avec ma femme Carine, la possibilité de partir à la découverte de la vie et de la société de ce pays. Durant la majeure partie de notre séjour, nous avons habité dans la capitale, mais nous avons aussi eu l?occasion de faire de longs voyages dans d?autres parties de l?île. ` ces occasions, nous avons souvent rencontré des Chrétiens avec lesquels nous avons pu avoir de nombreux échanges.

 

Une histoire sanglante

Tout comme les pays qui l?entourent, El Salvador a d?abord été une colonie espagnole. C?est seulement au XIXe siècle qu?il est devenu indépendant. Depuis l?indépendance, « 14 familles » contrôlent l?île, la plupart d?ascendance aristocratique. Ce sont ces mêmes familles qui possédaient autrefois une grande partie des terres. De fait, la couche favorisée de la population a gardé sa mentalité aristocratique et considère encore aujourd?hui les défavorisés comme une populace sans valeur.

La forte densité de population a causé déjà très tôt des problèmes de partage des terres. Dans les années 30 et 80 du 20ème siècle, les revendications de réforme des paysans sans terre se sont achevées par une forte répression entraînant des dizaines de milliers de victimes. Les blessures de la guerre civile des années huitante ne se sont pas encore refermées. Mais comment en est-on arrivé là ?

` la fin des années septante, les paysans exigent une réforme agraire et le parti chrétien-démocrate au pouvoir élabore un projet allant dans ce sens. Cependant, le général Roberto d?Aubuisson et ses partisans refusent ce projet et fondent le parti ARENA. Ils forment alors des escadrons de la mort avec pour consigne d?exécuter tous les partisans de la réforme. Le célèbre archevêque Romero sera l?une de leurs victimes. Bien qu?ayant tout d?abord refusé de prendre parti, il avait petit à petit commencé à critiquer ouvertement les injustices commises dans le pays. Les violences se sont accélérées pour dégénérer en une guerre civile en 1980. D?Aubuisson devient alors président et les escadrons de la mort ainsi que certaines sections de l?armée tuent environ 70’000 opposants politiques civils. Le bataillon Atlacatl, entraîné aux USA, sera responsable du plus grand massacre, celui de El Mozote, où l?entière population d?un village (1000 habitants), enfants compris, furent exécutés. Les rebelles communistes tuèrent, pour leur part, 5’000 civils. Finalement une paix fut signée au début des années 90 menant à une réforme agraire partielle.

 

Ce qui rend cet épisode d?autant plus tragique est que cette guerre aurait pu être évitée :

–        Si les familles riches avaient entendu les cris des paysans sans terre et ne s?étaient pas opposées par la violence à la réforme agraire, cette dernière étant au demeurant soutenue par une majorité de la population, tout ce sang n?aurait pas été versé et cela aurait aussi tué la rébellion dans l?oeuf. Ceci me rappelle ce passage de la Bible où il est dit que la convoitise est la racine de tous les maux. Elle se retrouve dans beaucoup domaines de notre vie et a eu au Salvador des effets particulièrement pervers. Selon moi, la convoitise cache une peur du manque, qui touche aussi bien les pauvres que les riches. Visiblement, il est difficile de s?en défaire.

–        La politique américaine de « l?ennemi de mon ennemi est mon ami » a été appliquée ici aveuglément. Pour protéger leurs arrières face à la menace communiste, les USA ont apporté leur soutien inconditionnel à la classe dirigeante sans se soucier de leurs actes. ` l?époque, une aide militaire allant jusqu?à 500 millions de dollars par année a été accordée au Salvador. C?est seulement à la fin des années huitante, lorsque des citoyens américains furent exécutés par les escadrons de la mort, que le président Bush senior a retiré sa confiance au gouvernement du Salvador. C?est ce qui permit la paix. ` mon avis, la leçon à tirer de cela est qu?à la place de diviser le monde entre bons (en fermant les yeux sur leurs agissements) et méchants, il suffirait de mieux prendre les besoins des défavorisés en considération. Une telle attitude aurait évité tout ce sang versé.

Les droits de l?homme aujourd?hui

Bien que la force ne soit presque plus utilisée à des fins politiques, les pauvres sont encore opprimés. Leur principale préoccupation aujourd?hui est le droit à la vie (l?accès à l?eau, au système de santé et à la terre) et au dialogue politique. Ce qui implique aussi de permettre à la population l?accès à un système d?éducation dans un pays où un tiers des gens ne sait ni lire ni écrire et ne peut presque pas s?exprimer. Dans les années huitante, El Salvador était à la sixième place des pays au plus bas taux d?éducation. Et ceci parce que la couche dirigeante n?avait (et encore quelques fois aujourd?hui) pas d?intérêt à permettre à la couche défavorisée de suivre une éducation.

Au cours de notre travail pour la commission des droits de l?homme, nous avons été confrontés à différents cas de violation des droits de l?homme. Voici deux exemples :

Dans la partie est du pays, sur la côte pacifique à la Punta del Jaguey, se trouve le village « las Mueludas ». La colonisation de cet endroit auparavant désert a commencé dans les années 70. Deux tiers des 250 familles vivent de la pêche et le reste de l?agriculture. En face de l?endroit où habitent ces 1500 habitants, sur la plage, se trouvent une douzaine de villas appartenant à des familles richissimes, qui ont établi leur résidence secondaire dans ce coin de paradis.

Dans les années 70, l?armée a construit près du village une piste d?atterrissage militaire. En 2001, elle a prévu d?agrandir cette piste pour « protéger la souveraineté de l?Etat ». En réalité ce projet fait partie du « plan Colombia » initié par les Américains pour combattre le trafic de drogue en Amérique de Sud et en Amérique centrale. Toute la population de Las Mueludas (à l?exception des habitants des villas) reçut l?ordre d?évacuer le village sous prétexte d?occupation illégale des terres. Et ceci malgré la loi salvadorienne permettant aux colons de garder leur terre si, après trente ans, personne n?a fait valoir son droit de propriété. La plupart des habitants de Mueludas étaient installés depuis plus de trente ans sur ces terres sans déranger personne.

 

Vu que les habitants avaient refusé de partir, ils furent terrorisés par l?armée : en envoyant des avions passer en rase-mottes sur le village, en tirant des coups de feu en direction des maisons et en envoyant des officiers visiter brutalement les villageois. Les habitants s?adressèrent finalement à la commission indépendante des droits de l?homme (Comision de los Derechos Humanos de El Salvador, CDHES) afin de faire connaître leur problème. Miguel Montenegro, le directeur de la commission des droits de l?homme explique : « Nous avons rapporté le cas à la commission interaméricaine des droits de l?homme et à l?ONU. En même temps nous avons contacté les médias ainsi que toutes les ambassades présentes au Salvador. Des avocats sont intervenus à notre demande. Soudainement, les intimidations ont cessé. » L?armée a attaqué le village en justice pour « occupation illégale de la terre » et le tribunal tranchera prochainement. Mais les tribunaux salvadoriens, qui suivent souvent l?avis du plus fort, ne sont pas toujours du côté de la justice. Les habitants du Jaguey veulent continuer à se battre même si le combat semble perdu. « Ils ne nous expulseront pas vivant de nos terres. Où pourrions-nous aller de toute façon ? », comme l?affirme Don Mariano avec un ton résolu. « La commission des droits de l?homme constitue pour nous un soutien décisif et le fait que notre problème soit connu à l?étranger nous donne de l?espoir. »

Le deuxième exemple se passe dans une région située sur la partie opposée du pays, à San Fransisco au bord du Lago de Guija. Depuis 60 ans, des pêcheurs se sont installés sur une presqu?île située sur un lac pittoresque, bordant la frontière avec le Guatemala. Sur la colline, se trouvent de nombreuses tombes et objets datant de la période maya : des têtes en terre cuite, des outils ou encore des bijoux : assez pour attirer un investisseur du Honduras avec l?intention de construire un hôtel. Pour ce faire, il acheta au gouvernement salvadorien les droits de propriété de cet endroit, malgré le fait que les habitants qui s?y trouvaient avaient déjà acheté le terrain (l?Etat n?a en fait jamais issu les actes de propriété). Vu que les habitants refusaient de quitter leurs terres, l?investisseur envoya des bandes armées pour chasser les pêcheurs. « Ils nous ont menacé de tuer nos enfants si nous ne disparaissions pas tout de suite. Don Leon qui est en chaise roulante a aussi été menacé de mort », raconte Raul, un vieux combattant rempli de fougue. Déjà une des 17 familles est partie, mais les autres veulent continuer à se battre. La commission des droits de l?homme a décidé d?intervenir. Elle a mis des avocats à disposition, pour soutenir les villageois dans le procès que l?Etat leur a intenté pour « occupation illégale des terres ».

 

Grâce au travail de la commission des droits de l?homme, les gens sont mieux respectés au Salvador. Des réseaux se créent entre les gens lésés et aussi avec des commissions des droits de l?homme d?autre pays latino-américains qui connaissent des cas similaires. Dans les deux cas décrits auparavant, c?est la pression internationale sur le gouvernement du Salvador qui a permis de faire appliquer les principes des droits de l?homme.

La fracture sociale

L?économie du Salvador s?est très rapidement relevée après la guerre civile. Des mesures ultralibérales ont permis une croissance accélérée et de grands centres commerciaux apparaissent partout. Cependant seule la classe aisée et une classe moyenne (qui n?augmente que faiblement) profite de cette croissance. Les pauvres restent pauvres et vivent à la campagne ou dans d?énormes bidonvilles. Encore aujourd?hui, la moitié des enfants souffre de malnutrition, la plupart de gens n?ont pas accès à la médecine de base et une grande partie n?ont reçu aucune formation.

On peut se demander si les gens ne pourraient pas changer cela en utilisant leurs droits démocratiques. Ce serait théoriquement possible, mais dans la pratique les choses sont différentes :

–        Le parti au pouvoir ARENA a arrangé les arrondissements de vote de telle manière que même avec une majorité des voix, l?opposition ne possède que 40% des sièges.

–        En période électorale et à l?aide de l?argent des familles riches, ARENA procède à un lavage de cerveau de la population sans précédent. Le pays entier se recouvre de couleurs bleu blanc rouge. Et ça marche !

–        En cas d?urgence il y a aussi la possibilité de se faire aider de l?extérieur : au cours des dernières élections présidentielles, les USA ont menacé de renvoyer au pays les émigrants salvadoriens (qui soutiennent financièrement leurs familles restées au pays) si le candidat socialiste était élu.

Le manque d?espoir en l?avenir d?une partie de la population a pour conséquence une recrudescence de la criminalité. Le fait que les armes soient largement répandues et le peu de valeur donnée à la vie humaine pendant la guerre nourrit aussi cette criminalité, une situation qui se retrouve dans des pays ébranlés par la guerre. Les gens aisés réagissent en se barricadant derrière du fil barbelé et de portes de fer et en engageant des gardes à chaque coin de leurs quartiers résidentiels. L?idée que l?on pourrait résoudre le problème en modifiant les relations sociales n?a pas encore fait son chemin?

En conclusion

En dépit de toutes les difficultés qu?ils rencontrent, les habitants de ce pays nous sont parus très accueillants. Ils ont essayé de nous montrer que El Salvador a d?autres choses à offrir que la violence et la misère. Nous sommes restés liés avec eux et nous continuons à soutenir des groupes qui, comme la commission des droits de l?homme, s?engagent activement à changer le pays.


Photo by Federico Alegría on Unsplash

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N'hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.