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Le vecteur central d’une politique chrétienne doit être de mettre en avant le bien-être des plus vulnérables. Cependant, les réductions d’impôts des 25 dernières années, qui ont principalement profité aux riches, ont réduit les ressources des plus vulnérables. Par exemple, des coupes ont été faites dans les subventions à l’assurance maladie, les centres d’intégration AI, la prévention d’addictions, etc. A l’inverse, les 1% les plus riches de la population suisse possèdent de plus en plus de la richesse totale, soit 43% aujourd’hui. L’augmentation de la richesse provient souvent des gains en capital. Il est donc légitime que les gains en capital soient imposés. Ou bien pensons-nous vraiment que ces sacrifices seraient encore plus grands que les sacrifices des plus faibles ? Des fonds supplémentaires sont nécessaires pour l’amour du prochain. Parce qu’en raison de la pandémie de Corona, les caisses publiques sont vides et les prochains programmes d’austérité sont à portée de main.

Avec l’amour de Dieu, l’amour du prochain est la loi la plus élevée de la Bible. Aimer son prochain signifie que l’on accorde au bien-être de son prochain la même valeur qu’au sien propre. Les membres les plus faibles de la société ont besoin de notre plus grande attention, comme l’explique de manière impressionnante la Bible dans des centaines de passages (voir https://christnet.ch/de/unser-umgang-mit-den-schwachen/). Car toutes les créatures de Dieu sont ses enfants, et nous devons les traiter comme tels. Cela signifie également qu’il faut partager suffisamment pour que leur manque soit comblé (par exemple, Deut. 15.7-8).

Les bas salaires ont stagné au cours des 20 dernières années. Et le salaire médian des employés n’a augmenté globalement que de 1 % au cours des 25 dernières années, malgré une croissance économique réelle de 30 % au cours de la même période.

Dans le même temps, les impôts des riches ont été réduits dans tous les cantons au cours des 25 dernières années, ainsi qu’au niveau fédéral, par exemple par la réduction de l’imposition des dividendes. Cela a laissé des trous dans les caisses de tous les cantons et de la confédération. Par mesure d’économie, les subsides aux primes d’assurance maladie, les aides au logement et les prestations complémentaires ont été réduites, et l’intégration des chômeurs et des bénéficiaires de l’AI a été affaiblie. En outre, des milliards ont été économisés dans les écoles, l’orientation professionnelle, la prévention des addictions et auprès des transports publics, et des hôpitaux ont été fermés (https://christnet.ch/fr/la-crise-fiscale/) . Ainsi, les ménages les plus pauvres, qui comptent un nombre supérieur à la moyenne d’enfants touchés, ont subi une pression encore plus forte.

Pour justifier les réductions d’impôts, on a fait valoir que cela stimulerait l’économie et générerait des emplois et des salaires plus élevés pour les pauvres (« trickle down »). Mais cela a échoué : les pauvres n’ont pas de meilleures opportunités d’emploi : le chômage n’a pas baissé, seulement dans les chiffres officiels. Ceux qui ne trouvent plus de travail se retrouvent maintenant tout simplement à l’aide sociale. Et les salaires les plus bas, même le salaire médian, n’ont pas augmenté non plus, tant aux États-Unis qu’en Suisse, malgré une croissance économique énorme. Le système ne fonctionne pas ainsi. L’écart croissant entre les riches et les pauvres dans le monde a été bien illustré par Oxfam dans un rapport, et même le WEF à Davos a abordé le sujet.

Mais pourquoi la population ne réagit-elle pas ? Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz décrit ce phénomène dans son ouvrage « The Price of Inequality » : La plupart des gens ne sont même pas informés de l’ampleur de l’inégalité, et ceux qui ne veulent pas changer l’évolution actuelle ont le plus grand pouvoir de marketing de leur côté. Cela se voit aussi bien lors de la votation actuelle.

Il est donc urgent d’augmenter les recettes fiscales pour soutenir les plus vulnérables et leur donner des possibilités d’inclusion. En outre, il est prévisible que le secteur public devra faire de nouveaux exercices d’austérité en raison de la pandémie de corona. Mais nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas d’argent pour financer les services et la justice pour les plus pauvres. Par exemple, en Suisse, une voiture neuve sur deux est un SUV. On ne peut donc pas sérieusement dire qu’il n’y a pas d’argent ou qu’il est déraisonnable de partager un peu plus. L’initiative ne demande que l’annulation d’une partie des réductions d’impôts passées, et seulement pour celles qui ne font pas mal. Ici, nous devons garder un œil sur la proportionnalité : Est-ce plus douloureux de n’avoir que 25 000 francs au lieu de 30 000 francs par mois à sa libre disposition ou de ne pas avoir assez d’argent pour les vêtements et les fournitures scolaires des enfants ?

Nous avons maintenant la possibilité de faire beaucoup pour les plus faibles. Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ?

  • « Les riches paient déjà la majorité des impôts aujourd’hui ».
    Oui, c’est vrai, mais cela reflète principalement les énormes inégalités de revenus et de richesses. Et enfin, il faut voir la situation des individus : Est-ce qu’ils doivent payer de leur superflu ou de leur nécessaire? Cela rappelle l’offrande de la pauvre veuve (Luc 21) : aux yeux de Jésus, elle a donné plus que les riches.
  • « La Suisse a déjà une forte redistribution par rapport aux autres pays ».
    Non, le taux d’imposition, par exemple, est l’un des plus bas en comparaison internationale. Selon les chiffres de l’OCDE, les Suisses sont, parmi les pays industrialisés, ceux qui doivent payer la plus grande part des coûts de santé eux-mêmes. Enfin, une étude commandée par l’Administration fédérale des contributions en 2004 a révélé qu’en raison des réductions d’impôts pour les riches et des augmentations de taxes pour tout le monde, la Suisse a déjà un système « flat tax » : tout le monde paie un pourcentage similaire d’impôts sur le revenu : https://www.ecoplan.ch/download/wel_hb_de.pdf .
  • « La hausse d’impôt demandée détruit les PME et donc les emplois ».
    Non, il s’agit des plus gros patrimoines et revenus et donc à peine des emplois. Au contraire, les recettes fiscales garantissent également les emplois : La redistribution aux plus pauvres va directement dans la consommation du plus nécessaire et crée donc des emplois ! Joseph Stiglitz, en particulier, a prouvé qu’un écart élevé entre les riches et les pauvres est destructeur d’emplois.
  • « Attention au piège fiscal des jeunes socialistes ».
    En fait, il est dommage que l’initiative vienne des jeunes socialistes. Parce que c’est facile (bien que malhonnête) de se prendre à un petit groupe en marge du spectre politique au lieu de faire face au contenu. Ici, nous devons appeler à une discussion factuelle ! Le canton de Schwyz vient de démontrer qu’il est possible d’augmenter les impôts des plus riches. En effet, c’est le gouvernement lui-même qui a fait adopter par les urnes un seuil supplémentaire d’imposition pour les plus riches.
  • « Nous ne devons pas dépenser l’argent des autres qui a été gagné grâce à leurs efforts ».
    Les performances d’une personne ont souvent contribué à sa richesse. Pourtant, la plupart des gens font tout ce qu’ils peuvent et beaucoup d’entre eux n’ont toujours pas de quoi vivre. Dieu a évidemment distribué de manière inégale les dons qui peuvent être convertis en salaire. C’est pourquoi chacun a été appelé à partager. Car le système économique, tel qu’il a été démocratiquement mis en place, récompense avant tout la valeur marchande des dons et des capacités de performance. Mais cela exige aussi la solidarité avec les autres. Sinon, le système perd sa justification.

Photo de couverture : Déchirure de l’affiche de campagne

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« Tout est absolument vain dit l’Ecclésiaste, tout est absolument vain, rien n’a de sens », ainsi commence le célèbre livre de sagesse.

Peut-on rapprocher cette affirmation au sens de l’engagement en politique à travers le parcours d’une figure politique née il y a exactement un siècle ? C’est le défi dans lequel je me lance.

Alexandre Dubcek est né dans l’actuelle Slovaquie le 21 novembre 1921 de parents communistes idéalistes, conséquents avec leurs idées. Les Slovaques sont intégrés à un nouvel Etat créé à la fin de la 1ère guerre, la Tchécoslovaquie.

Après la prise de pouvoir par les communistes en 1948, Alexandre Dubcek gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie du parti communiste, à partir du niveau local jusqu’à devenir le premier secrétaire de l’Etat autonome slovaque. Son profil est celui d’apparatchik communiste suffisamment dans le rang pour ne pas être inquiété par les purges staliniennes opérées autour de 1950.

Les choses évoluent dans les années 60 car en tant que secrétaire du parti de Slovaquie, il développe une approche libérale dans cette partie de la Tchécoslovaquie.

Fin 1967 il conteste avec d’autres la gouvernance nationale autocrate d’Antonin Novotni par voie démocratique interne au parti et affirme le besoin en réformes dans le pays. Au péril de leur vie, une équipe de courageux responsables communistes parviennent à porter au pouvoir Alexandre Dubcek comme premier secrétaire en janvier 1968.

S’ensuit le Printemps de Prague, une période de libéralisation de la Tchécoslovaquie. A la fois sur le plan politique, des médias, de la culture et sur le plan économique, la société vit un réveil. Une renaissance de la société donne à croire que l’on peut concilier communisme et humanité.

Malheureusement ce vent d’oxygène détonne nettement dans l’empire totalitaire auquel le pays appartient, et après de multiples pressions et tentatives de dialogue, les armées soviétiques et d’autres pays sous leur tutelle envahissent le pays en août 1968. Dubcek et son équipe sont contraints de signer un accord qui enclenche un processus de retour à l’ancien régime. Il reste encore 8 mois au pouvoir dans une dynamique engagée de frein avant de céder la place à une nouvelle équipe qui applique en bon élèves les directives soviétiques. S’ensuivent 20 années appelées du sombre mot de ‘’normalisation’’. Dubcek se retrouve mis au banc de la société, toutes ses relations et ses faits et gestes sont contrôlés par la police politique.

Dès 1985, à la faveur du dégel du régime soviétique de Michaël Gorbatchev qui laisse les pays socialistes jusqu’alors sous entraves s’orienter librement, le Mur de Berlin tombe et quelques semaines plus tard, la Tchécoslovaquie prend le chemin de l’émancipation dans une dynamique d’enchaînement de manifestations appelée la Révolution de Velours.

Notre héros réformateur fait un retour spectaculaire sous les acclamations d’une foule immense en joie le 24 novembre 1989. Sorti du tombeau de la normalisation, il vit une résurrection.

Dans la démocratie enfin retrouvée en Tchécoslovaquie, Alexandre Dubcek deviendra président de l’Assemblée fédérale, soit 2ème dirigeant du pays derrière Vaclav Havel écrivain dissident devenu président de la République. Du socialisme démocratique qu’il incarne depuis la fin des années 60, il était rejeté pour la part démocratique en 1968, et dès 1989 c’est le mot socialisme à l’inverse qui ne colle pas à la société dominante. Il sera largement attaqué et discrédité comme ancien communiste et comme dirigeant ayant -pour ses détracteurs- capitulé lors de l’invasion de 1968 et la signature de l’accord sous contrainte avec les Soviétiques. Ce sera une nouvelle course avec un engagement corps et âme en hypothéquant sa santé, qui se terminera par un accident de voiture dont les blessures s’ajoutant à d’autres maux l’emportent en novembre 1992.

Salomon a pratiqué tous les aspects de l’engagement dans les affaires de ce monde, politiquement et économiquement. Christ a donné un mot d’ordre central dans son Evangile en parlant de prendre sa croix et perdre sa vie pour l’Evangile plutôt que gagner le monde entier (Marc 8,34). L’être, les motivations, le cœur, le profil, les aspirations sont le fondement d’une démarche pour le Royaume. Je n’ai pas d’information sur la spiritualité de Dubcek si ce n’est que sa morale trouvait sa source dans la tradition luthérienne et les principes de ses ancêtres mais il a adopté -comme on qualifie un ancien parrain de la mafia- un comportement de repenti conséquent suite à sa conversion à la démocratie. A 2 reprises après 68 et 89, il a été diffamé, rejeté, il a nagé à contre-courant comme l’est souvent la voie des justes. Il a perdu tout statut pendant 20 ans. L’histoire relève en même temps les apports du Printemps de Prague dans la marche pour la démocratie à l’Est avant 1989 ainsi que le souci -dans la liberté retrouvée après 1989- de maintenir un équilibre entre marché et justice sociale qu’avait Alexandre Dubcek.

A.Dubcek a un parcours emprunt sacrifice, de service, d’humilité au profit d’une aspiration à des valeurs qui le rapproche de personnalités marquantes de la Bible et de l’histoire. Chacun trouvera aisément la réponse à la question du sens profond de son engagement malgré les revers subis dans sa vie.

Pour approfondir : Autobiographie. A.Dubcek « C’est l’espoir qui meurt en dernier » Fayard 1993

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1120, Juillet 2021, www.editions-mennonites.fr.

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Les retours après notre appel du mois de mai est positif, le soutien financier et moral est toujours là. En conséquence, lors de l’assemblée générale du 19 juin, les membres présents ont approuvé le nouveau concept. Maintenant, nous recherchons intensivement une nouvelle direction. Veuillez transmettre l’offre d’emploi aux personnes potentiellement intéressées. Nous sommes également à la recherche d’un nouveau trésorier à moyen terme, car Walter assure l’intérim, mais souhaite être remplacé rapidement. Dans le même temps, nous nous attaquons déjà aux premières tâches, telles que le rétablissement d’un compte Twitter et l’amélioration du fichier d’adresses. Et enfin, de nouveaux articles vont paraître sur le site web. Le vote sur le CO2 nous a donné l’occasion de le faire. N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez écrire quelque chose !

ChristNet est à la recherche d’une nouvelle direction : voici l’offre d’emploi

Trésorier recherché : Une tâche intéressante et importante, sans laquelle ChristNet et son service pour l’amour du prochain ne seraient pas possibles. Quelque chose pour toi ? Ou connais-tu quelqu’un qui pourrait être intéressé ?

Nouveau compte ChristNetTweets : suivez-le maintenant et restez à jour


Et enfin, il se passe aussi quelque chose sur le plan politique. :

1) Multinationales responsables: On reste dessus !
En élaborant les ordonnances, Karin Keller-Sutter a massivement édulcoré le  » contre-projet  » du Conseil fédéral, déjà très maigre, contre l’initiative sur la responsabilité des entreprises. Des entreprises comme Holcim ne sont plus couvertes par la loi, et de nombreuses failles ont été créées qui rendent la loi presque obsolète. Vous pouvez participer au processus de consultation et exprimer votre opinion.

2) CO2 : L’engagement peut continuer avec de l’espoir !
Malgré ou peut-être à cause du vote sur la loi sur le CO2 perdu de justesse, l’engagement contre le réchauffement climatique doit se poursuivre. Parce que le sujet est toujours urgent, il y a évidemment encore un manque de sensibilisation. C’est pour cela que nous sommes là, et le changement lent mais sûr des attitudes conduira à une plus grande protection du climat en Suisse également : Voici un commentaire plein d’espoir :

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À première vue, il semble que l’égoïsme de la population l’ait emporté sur la responsabilité envers les générations suivantes. Nous constatons également que l’industrie pétrolière, à l’aide d’une campagne géante, a produit suffisamment de craintes et de justifications pour le refus à changer de mode de vie, de sorte qu’il est devenu facile de rejeter la loi avec une « bonne conscience ».

Mais la mobilisation massive dans les zones rurales contre les initiatives en matière de pesticides et eau potable a également nui au projet de loi sur le CO2. Et de manière réaliste, il est généralement très difficile de faire payer ou de faire changer de mode de vie aux gens alors qu’ils ne se sentent pas encore personnellement concernés et qu’ils devraient penser 20 ans à l’avenir. Je suppose qu’un tel vote aurait donné un résultat similaire dans d’autres pays. L’inconvénient de la démocratie directe est qu’avec un budget suffisamment important, le populisme et la peur peuvent être alimentés.

Certains commentaires du vote dans les médias estiment que la vague verte a été stoppée. Et certains politiciens pensent que le résultat du vote est le signe que « les Verts » ne doivent plus être accommodés trop. Tout faux : le changement climatique n’a pas été arrêté, le climat se réchauffe chaque année, la gravité du problème va augmenter et les protestations vont continuer. La question restera sur la table, les jeunes y veilleront. La majorité des 18-40 ans a réellement voté en faveur de la loi sur le CO2, et les jeunes, les nouveaux électeurs des années à venir dans les agglomérations bouillonnent. Les mesures en faveur du climat gagnent donc chaque année en popularité auprès de l’électorat. Qui aurait cru, il y a 10 ans, que de telles mesures comme proposées avec la loi sur le CO2 auraient une chance dans les urnes ? C’est pourquoi nous ne devons pas abandonner maintenant, mais au contraire convaincre encore plus de personnes. Il se peut que les clivages deviennent encore plus profonds et qu’une lutte défensive contre le changement apparaisse à la droite de l’échiquier politique, comme aux États-Unis. Mais la tendance sociétale est clairement à une plus grande protection de l’environnement, même dans notre pays.
Alors, allons-y !

Photo by Marcin Jozwiak on Unsplash

 

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Prendre un temps à part pour regarder la crise écologique et sociale dans laquelle nous entrons, écouter nos ressentis et émotions face à ces réalités dures, et les apporter devant Dieu. L’écouter, chercher son regard et sa parole sur ce que nous vivons, et accueillir la transformation qu’il désire susciter en nous et dans ce monde. C’est la démarche qui a été vécue par 200 participant-e-s regroupé-e-s dans une vingtaine de petits groupes. C’était « Détox’ la Terre », un jeûne œcuménique qui a eu lieu du 5 au 20 mars en Suisse romande.


« De fait, la création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. » (Romains 8:19)

La crise écologique n’est plus seulement une projection sur le futur, mais on commence dès à présent à la sentir, et pour des personnes de plus en plus nombreuses, à la subir. Inondations, ouragans, méga-feux de forêts, sécheresses et vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquents. Ces événements provoquent des manques d’eau douce, mettent à mal des économies agricoles déjà vulnérables, et détruisent de nombreuses habitations. En conséquence, des millions de personnes risquent de devoir quitter leur lieu de vie. La biodiversité et les écosystèmes ne sont pas épargnés, au point qu’on parle aujourd’hui d’entrée dans une nouvelle extinction de masse des espèces, comme la Création n’en a pas connu depuis des millions d’années. Tout cela est dû à nos actions d’êtres humains et au fonctionnement de nos sociétés.

Le besoin d’un temps à part

Ces faits sont tellement lourds et ils touchent si profondément nos modes de vie, qu’il est vraiment difficile de les regarder en face sans être écrasé-e et se sentir impuissant-e. Malgré les alarmes de plus en plus nombreuses, nous préférons le plus souvent éviter d’attarder notre regards sur cette réalité violente et complexe. Pour cela nos vies quotidiennes sont pleines d’autres préoccupations importantes.

Quel espace nous reste-t-il pour considérer ce qui se déroule aujourd’hui? Prenons quelques secondes pour entreouvrir notre regard. Imaginons: devoir quitter son foyer avec sa famille pour chercher refuge ailleurs où on est pas sûr d’être accueilli.e : n’est-ce pas une situation dramatique ? Si nous ne changeons pas, il y aura des dizaines de millions de nouvelles personnes dans cette situation d’ici 2050. Une espèce animale ou végétale unique, créée par Dieu, disparaît sous l’action humaine : n’est-ce pas une blessure, une offense envers le Créateur de la vie? Des milliers d’espèces sont éteintes chaque année sous l’action humaine déjà actuellement ; plus de cent fois la normale, et ce nombre augmente encore. On peut encore penser à la forêt si riche et diversifiée qu’est l’Amazonie, également menacée de disparaître dans les prochaines décennies. Et à la génération de nos enfants, qui cherchera sans doute à comprendre comment nous avons pu savoir sans agir…

Une démarche de transformation en profondeur

Quel espace nous reste-t-il pour éprouver ces réalités dures, écouter les émotions qui nous viennent, et apporter tout cela dans la prière devant Dieu? Quel espace avons-nous pour l’écouter Lui et chercher ce qu’Il ressent devant sa Création en souffrance? Quel espace avons-nous pour chercher honnêtement avec d’autres comment Dieu voudrait nous guider à ce que notre vie contribue à une vie durable et juste, et non plus aux injustices et dégradations actuelles ?

Cet espace, nous en avons besoin, et nos vies quotidiennes souvent surchargées ne nous le donneront pas. C’est pourquoi 200 chrétien-ne-s en Suisse romande ressentant ce même besoin ont pris un temps à part, à travers un jeûne alimentaire ou de consommation, pour vivre ensemble un processus de transformation devant Dieu.

Cela s’est vécu dans le cadre de « Détox’ la Terre – mobilisation œcuménique », un événement initié par de jeunes chrétien-ne-s de Suisse romande, qui a eu lieu du 5 au 20 mars 2021. Les participant-e-s ont suivi les méditations quotidiennes d’un carnet de prière commun, vécu 3 à 5 rencontre en petits groupes, et participé à 2 célébrations collectives. La démarche a reçu le soutien de l’EERV, de l’ECVD, et de la FREE, ainsi que de différentes organisations chrétiennes dont ChristNet.

Le carnet de prière du jeûne, contenant une méditation quotidienne sur 2 semaines et permettant de (re)vivre ce temps à part, est disponible en cliquant ici.

Le site web de l’événement: detoxlaterre.ch

 

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Si quelque chose m’a particulièrement manqué durant la période de confinement vécue cette année, c’est la joie de partager de délicieux mets. Se retrouver à table, c’est si bon, à tous les niveaux !

Saine convivialité

Quel ne fut pas mon plaisir lorsque nous avons enfin reçu nos amis! Je me souviens : la table était décorée, nos invités s’étaient faits beaux. Ils avaient apporté des fleurs. Nous nous sommes attablés pour déguster une paella, découvrant avec curiosité les différents composants maritimes de ce plat espagnol. Lorsque nos convives sont repartis, nous nous sentions si détendus et satisfaits !

Nous le devions à l’instant passé à table, convivial. Ce mot nous vient du latin convivium, ‘repas commun’. On l’associe volontiers à une ambiance festive, solidaire, simple et favorisant le partage. Pas étonnant qu’une telle atmosphère trouve son origine dans un repas partagé, lequel prend d’ailleurs une place centrale dans l’Église.

En passant : le terme ‘cène’ renvoie quant à lui au latin cena, ‘repas du soir’. Il y aurait de quoi élaborer sur le partage de la Sainte-Cène. J’opterai ici plutôt pour un autre passage biblique… une (s)cène pouvant en cacher une autre !

« Venez manger »

Lorsque Jésus apparaît pour la troisième fois à ses disciples après sa résurrection, il les attend avec un bon petit-déjeuner : du pain et des poissons grillés (Jean 21). Outre susciter l’agréable sensation que Christ nous rejoint dans le terre à terre, ces versets relatent un moment précieux : Jésus profite de cet instant pour s’occuper de Pierre, l’un des futurs piliers de l’Église.

Quand précisément ? «Après qu’ils eurent mangé » (verset 15, LSG). Souvenez-vous : Pierre le fier avait lamentablement renié son maître par trois fois, et voilà que Jésus le rétablit dans son identité de disciple et lui confie la tâche de prendre soin des fidèles.

Combien de décisions avisées et de conseils décisifs ont suivi un repas ? Un plat partagé n’a-t-il pas souvent rassasié des ventres vides, mais aussi des cœurs souffrant d’isolement et des esprits confus ?

Le repas partagé comme cadre

Le repas est un acte social qui sert de socle sur lequel bâtir des relations, restaurer des cœurs brisés, combattre l’injustice et la faim, proposer une écoute, ou refuser le nombrilisme et la cupidité. Dès lors, la vie peut germer, les bonnes idées fleurir et la paix éclore : le repas sert de dispositif pour le bien d’autrui.

Vous ne savez pas trop comment vous y prendre pour aimer votre prochain ? A vos fourneaux !

 


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1111, Août-Septembre 2020, www.editions-mennonites.fr.

Photo by Stefan Vladimirov on Unsplash

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Christianisme, racisme et protection de l’environnement : à première vue, ces trois grandes questions semblent n’avoir presque rien en commun. Mais quand je regarde le style de gouvernement de Jair Bolsonaro, par exemple, le lien devient très évident – et cela me rend très sensible en tant que chrétien.

Le président brésilien Jair Bolsonaro est une figure très controversée sur la scène politique internationale. D’une part, il assouplit les lois sur la déforestation et discrimine la population indigène, et d’autre part, il proclame sa foi en Jésus-Christ. Il est un modèle pour les chrétiens évangéliques, un cauchemar ambulant pour les écologistes et les militants des droits de l’homme. Pour moi, en tant que chrétien, il est difficile de comprendre comment une personne peut croire en Dieu et en même temps apparaître publiquement comme raciste et hostile à l’environnement. Mais un regard sur le passé révèle que Bolsonaro ne fait pas exception.

L’histoire commence en 1492, lorsque Christophe Colomb, au nom de la couronne espagnole, cherche une route maritime directe vers l’Inde et découvre ainsi l’Amérique. La découverte du « nouveau monde » a également suscité l’intérêt du Pape. Dans le but de faire du christianisme la religion mondiale, le pape Alexandre VI a rédigé la bulle Inter Caetera en 1493, dans laquelle il permettait aux chrétiens de s’emparer de tous les domaines qui n’étaient pas gouvernés par un souverain chrétien. Dès lors, l’Espagne a poursuivi l’objectif de conquérir l’Amérique latine et l’Amérique du Sud, de les missionner et de les intégrer dans la domination espagnole. Les objectifs politiques du pouvoir se mêlent à la pensée que la vision du monde hispano-chrétienne est la plus progressiste et la plus supérieure à toutes les autres. Mais la vision du monde de la population indigène d’Amérique du Sud et d’Amérique latine a été façonnée de manière animiste. Cela a aliéné les conquérants et les missionnaires espagnols. Leurs premiers rapports sur les indigènes étaient donc extrêmement racistes du point de vue actuel. La relation des conquérants et des missionnaires avec la population indigène a été ambivalente dès le début. D’une part, les conquérants avaient besoin de la population locale pour des voyages d’exploration à l’intérieur du pays et pour trouver des matières premières pour le commerce. D’autre part, ils ne traitaient pas les indigènes sur un pied d’égalité, même s’ils s’étaient convertis au christianisme. Ce comportement, cependant, contredit le taureau Inter Caetera et les vues de certains missionnaires qui prônent l’égalité de traitement des convertis. L’un d’eux, Bartolomé de las Casas, a défendu avec véhémence l’égalité des droits des indigènes au Mexique. Il est encore considéré aujourd’hui comme l’un des premiers militants des droits de l’homme. Pour moi, il est une grande lueur d’espoir dans ce triste chapitre de l’histoire européenne et américaine.

Les effets du colonialisme peuvent encore être ressentis globalement aujourd’hui, car le colonialisme n’a pas seulement eu lieu sur les continents de ce monde, mais aussi dans l’esprit des gens. Bien que la vision chrétienne du monde ait été remplacée par une vision naturaliste en Europe et aux États-Unis, l’idée de la « suprématie blanche » est restée au cœur de la démarche. Cette idée de supériorité a longtemps été très répandue, en particulier dans le domaine de la protection de l’environnement. Les populations indigènes ont été chassées de leurs terres pour créer des parcs nationaux. Les connaissances traditionnelles sur les animaux et les plantes ont été dévalorisées par rapport aux sciences naturelles occidentales. Les environnementalistes autochtones recevaient des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues blancs ou n’étaient même pas autorisés à travailler sur des projets de protection des espèces dans leur propre pays. Certains de ces abus existent malheureusement encore aujourd’hui. En réponse au mouvement « Black Lives Matter », des efforts sont faits au sein de la communauté de protection de l’environnement pour éliminer ces abus une fois pour toutes et pour mieux soutenir les projets de protection de l’environnement de la population locale.

Il faudra probablement attendre un certain temps avant que l’idée de « supériorité blanche » ne disparaisse de l’esprit des gens. Ce que nous pouvons déjà faire aujourd’hui, en tant que chrétiens, c’est de regarder attentivement dès qu’un gouvernement comme celui de Jair Bolsonaro aborde la population indigène de son propre pays avec la même attitude xénophobe qu’autrefois les puissances coloniales européennes. Le président du Brésil peut s’identifier comme un chrétien, mais cela ne lui donne pas le droit de prendre des terres aux indigènes sous le couvert du progrès économique et de saper leurs projets de protection de l’environnement. Tout comme la protection de l’environnement en Occident, le christianisme doit également se demander où, dans ses croyances, l’idée de « supériorité blanche » s’est glissée.

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S’il s’agit vraiment de familles, il faut autre chose

Pour aider les familles qui en ont vraiment besoin, différentes mesures peuvent être prises : Augmenter les allocations familiales, subventionner plus efficacement les crèches, construire des logements moins chers, subventionner les primes d’assurance maladie ou accorder aux parents le temps nécessaire après la naissance et pour s’occuper de leurs enfants. Il n’y a en fait aucune raison d’aider les familles par le biais de déductions fiscales. En effet, grâce à la progression de l’impôt, les déductions aident ceux qui gagnent le plus. En d’autres termes, c’est exactement le contraire de ce qui doit être réalisé. Même la classe moyenne, qui n’a jusqu’à présent que peu bénéficié de subventions, ne s’en tire pas mieux avec des déductions qu’avec des subventions. Les politiciens ont tendance à se battre contre « la politique de l’arrosoir ». La proposition est encore pire : la majorité des voix va à ceux qui n’en ont pas du tout besoin, et ceux qui ont vraiment du mal à s’en sortir n’ont rien du tout … sauf peut-être encore moins si les prestations doivent être réduites en raison de la perte de recettes fiscales. Car les 380 millions de francs de pertes fiscales doivent être compensées en fin de compte.

Étonnamment, les partisans trouvent cette somme d’argent, dont la majeure partie a été jetée par la fenêtre, tolérable, contrairement au congé de paternité « inusable », qui ne coûte à la Suisse que 230 millions de francs. Contrairement au projet de loi fiscale, le congé de paternité donne l’air, juste après la naissance, nécessaire pour que le délai strict accordé aux parents prenne un bon départ. Ce n’est pas sans raison que Katja Schönenberger de Pro Juventute a déclaré dans l' »Arena » que les mères sont soumises à une énorme pression après la naissance. Ils ont en fait besoin de soins pour eux-mêmes pendant cette période. « Et en ce moment même, ils devraient être les seuls responsables d’un nourrisson ? ».

Il est grand temps de discuter de la manière dont la politique familiale fonctionne réellement. Parce que ceux qui parlent de la famille ne sont pas toujours ceux qui aident vraiment les familles.

Photo by Irina Murza, Unsplash

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La crise du covid-19 nous a pris par surprise et a mis en lumière la vulnérabilité de notre société face à ce genre d’épidémie.

Force est de constater qu’à l’heure où j’écris ces lignes, certains États ont été beaucoup moins touchés que d’autres. Si l’impact de la maladie par pays peut s’expliquer par des facteurs dus au contexte (densité de population, pyramide des âges de la population, force du système de santé en place), l’autre aspect déterminant est lié à la réponse politique qui a été donnée et à la réaction de la population.

Des conclusions définitives ne pourront être tirées qu’une fois la crise passée, cependant les aspects suivants m’ont particulièrement frappé et constituent une base de réflexion pour la gestion d’autres crises, en particulier la crise climatique :

La grande difficulté à agir alors que les conséquences de la maladie ne sont pas directement visibles. Dans le cas présent, il y a environ deux semaines de décalage entre les causes et les effets, il est donc extrêmement difficile d’imposer des mesures alors que les effets ne sont pas encore visibles.

Dans le cas de phénomènes où la croissance du nombre de cas est exponentielle, chaque jour compte. Au début de l’épidémie, le nombre de cas doublait tous les trois jours en Suisse. L’impact pour les hôpitaux peut donc passer du simple ou double en agissant 3 jours plus tard. Le Portugal, en prenant très tôt des mesures, a limité l’impact sanitaire, alors que le Royaume-Uni a payé le prix fort de sa difficulté à agir.

Ensuite le niveau de confiance dans la communauté médicale, scientifique et les experts en général. Lors de l’arrivée du covid-19 en Suisse, le virus était très mal connu et les impacts difficiles à évaluer. Il est donc nécessaire d’avoir à disposition un panel d’experts qui puisse analyser les différents aspects de la crise sur la santé publique, le système hospitalier ou encore l’économie afin de faire une juste pesée d’intérêts en tenant compte des incertitudes.

Certains aspects sont difficiles à comprendre pour les « non-initiés », il est donc fondamental d’établir une relation de confiance entre les experts et les décideurs. Notre tendance humaine nous pousse souvent à vouloir écouter l’avis qui arrange le mieux. Il est donc d’autant plus important que les décisions politiques s’appuient sur des faits rationnels et non sur des décisions émotionnelles ou des calculs politiques.

Intimement lié à cela, on peut citer également la confiance de la population dans le gouvernement et le leadership des décideurs. Les pays où la population a suivi les recommandations ont plus facilement contenu l’épidémie. Les politiciens ont été également tiraillés entre impératifs sanitaires et économiques. L’application du principe de précaution s’est apparentée particulièrement dans ce cas à un exercice d’équilibriste.

Notons qu’un gouvernement avec un forte légitimité démocratique est plus en mesure de faire une bonne pesée d’intérêts entre les enjeux sanitaires et économiques. Par ailleurs, il est ardu de prendre des décisions dans l’urgence et il était étonnant de voir le faible degré de préparation de certains gouvernements et de l’OMS alors qu’une telle crise était prévisible.

Finalement je soulignerais le besoin de limiter nos libertés individuelles par solidarité entre les générations et les plus faibles. Il est difficile d’accepter de se limiter, de rester chez soi pour protéger les autres face à un fléau qui est peu perceptible. Nous avons rapidement entendu des voix comme celles d’André Comte Sponville qui appelaient à la liberté individuelle “laissez-nous mourir comme nous voulons”, sans se soucier des effets que pourrait avoir une vague non-maîtrisée sur la surcharge des hôpitaux.

La plupart des gens ont cependant joué le jeu, convaincus que l’on vivait quelque chose de grave qui nécessitait des actions fortes. En Suisse, il est démontré que la population a même anticipé les mesures du gouvernement. Les gens ont réussi à changer leurs habitudes. Cependant il est plus facile de se limiter pour une brève période que sur du long terme.

Il est alors possible de tirer des bonnes leçons de cette crise globale pour les autres défis auxquels nous faisons face et en particulier dans le cadre de la crise liée aux changements climatiques :

  • difficulté à mettre en place des mesures alors que les conséquences ne sont pas directement visibles
  • scepticisme face aux alarmes des scientifiques, remise en cause de l’opinion scientifique majoritaire et difficulté à anticiper la crise

  • défiance dans le gouvernement et freins dès quune mesure touche l’économie

  • limitation de nos libertés individuelles pour protéger les plus faibles

Ce que cette crise montre déjà aujourd’hui, c’est que l’action politique et la réponse de la population font toute la différence. Quelle devrait être notre apport en tant que chrétiens ?

Tout d’abord être attentifs aux nouveaux besoins des laissés pour compte qui apparaissent (Jc 1:27), être prêt à renoncer si nécessaire (Ph 2:7) et ne pas céder à des réponses simplistes, mais chercher une voie qui protège au mieux la vie (Ro 12:2). Et également persévérer dans la prière pour nos autorités (1 Ti 2:1-2).

Finalement, souhaitons que ce que nous avons vécu durant ces mois puisse apporter un éclairage nouveau et des arguments solides aux défenseurs de l’environnement. Car ce que l’on constate c’est qu’il est possible de modifier certains comportements pour traverser ensemble le mieux possible une crise et que le rôle des gouvernements est déterminant.