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Si quelque chose m’a particulièrement manqué durant la période de confinement vécue cette année, c’est la joie de partager de délicieux mets. Se retrouver à table, c’est si bon, à tous les niveaux !

Saine convivialité

Quel ne fut pas mon plaisir lorsque nous avons enfin reçu nos amis! Je me souviens : la table était décorée, nos invités s’étaient faits beaux. Ils avaient apporté des fleurs. Nous nous sommes attablés pour déguster une paella, découvrant avec curiosité les différents composants maritimes de ce plat espagnol. Lorsque nos convives sont repartis, nous nous sentions si détendus et satisfaits !

Nous le devions à l’instant passé à table, convivial. Ce mot nous vient du latin convivium, ‘repas commun’. On l’associe volontiers à une ambiance festive, solidaire, simple et favorisant le partage. Pas étonnant qu’une telle atmosphère trouve son origine dans un repas partagé, lequel prend d’ailleurs une place centrale dans l’Église.

En passant : le terme ‘cène’ renvoie quant à lui au latin cena, ‘repas du soir’. Il y aurait de quoi élaborer sur le partage de la Sainte-Cène. J’opterai ici plutôt pour un autre passage biblique… une (s)cène pouvant en cacher une autre !

« Venez manger »

Lorsque Jésus apparaît pour la troisième fois à ses disciples après sa résurrection, il les attend avec un bon petit-déjeuner : du pain et des poissons grillés (Jean 21). Outre susciter l’agréable sensation que Christ nous rejoint dans le terre à terre, ces versets relatent un moment précieux : Jésus profite de cet instant pour s’occuper de Pierre, l’un des futurs piliers de l’Église.

Quand précisément ? «Après qu’ils eurent mangé » (verset 15, LSG). Souvenez-vous : Pierre le fier avait lamentablement renié son maître par trois fois, et voilà que Jésus le rétablit dans son identité de disciple et lui confie la tâche de prendre soin des fidèles.

Combien de décisions avisées et de conseils décisifs ont suivi un repas ? Un plat partagé n’a-t-il pas souvent rassasié des ventres vides, mais aussi des cœurs souffrant d’isolement et des esprits confus ?

Le repas partagé comme cadre

Le repas est un acte social qui sert de socle sur lequel bâtir des relations, restaurer des cœurs brisés, combattre l’injustice et la faim, proposer une écoute, ou refuser le nombrilisme et la cupidité. Dès lors, la vie peut germer, les bonnes idées fleurir et la paix éclore : le repas sert de dispositif pour le bien d’autrui.

Vous ne savez pas trop comment vous y prendre pour aimer votre prochain ? A vos fourneaux !

 


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1111, Août-Septembre 2020, www.editions-mennonites.fr.

Photo by Stefan Vladimirov on Unsplash

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Christianisme, racisme et protection de l’environnement : à première vue, ces trois grandes questions semblent n’avoir presque rien en commun. Mais quand je regarde le style de gouvernement de Jair Bolsonaro, par exemple, le lien devient très évident – et cela me rend très sensible en tant que chrétien.

Le président brésilien Jair Bolsonaro est une figure très controversée sur la scène politique internationale. D’une part, il assouplit les lois sur la déforestation et discrimine la population indigène, et d’autre part, il proclame sa foi en Jésus-Christ. Il est un modèle pour les chrétiens évangéliques, un cauchemar ambulant pour les écologistes et les militants des droits de l’homme. Pour moi, en tant que chrétien, il est difficile de comprendre comment une personne peut croire en Dieu et en même temps apparaître publiquement comme raciste et hostile à l’environnement. Mais un regard sur le passé révèle que Bolsonaro ne fait pas exception.

L’histoire commence en 1492, lorsque Christophe Colomb, au nom de la couronne espagnole, cherche une route maritime directe vers l’Inde et découvre ainsi l’Amérique. La découverte du « nouveau monde » a également suscité l’intérêt du Pape. Dans le but de faire du christianisme la religion mondiale, le pape Alexandre VI a rédigé la bulle Inter Caetera en 1493, dans laquelle il permettait aux chrétiens de s’emparer de tous les domaines qui n’étaient pas gouvernés par un souverain chrétien. Dès lors, l’Espagne a poursuivi l’objectif de conquérir l’Amérique latine et l’Amérique du Sud, de les missionner et de les intégrer dans la domination espagnole. Les objectifs politiques du pouvoir se mêlent à la pensée que la vision du monde hispano-chrétienne est la plus progressiste et la plus supérieure à toutes les autres. Mais la vision du monde de la population indigène d’Amérique du Sud et d’Amérique latine a été façonnée de manière animiste. Cela a aliéné les conquérants et les missionnaires espagnols. Leurs premiers rapports sur les indigènes étaient donc extrêmement racistes du point de vue actuel. La relation des conquérants et des missionnaires avec la population indigène a été ambivalente dès le début. D’une part, les conquérants avaient besoin de la population locale pour des voyages d’exploration à l’intérieur du pays et pour trouver des matières premières pour le commerce. D’autre part, ils ne traitaient pas les indigènes sur un pied d’égalité, même s’ils s’étaient convertis au christianisme. Ce comportement, cependant, contredit le taureau Inter Caetera et les vues de certains missionnaires qui prônent l’égalité de traitement des convertis. L’un d’eux, Bartolomé de las Casas, a défendu avec véhémence l’égalité des droits des indigènes au Mexique. Il est encore considéré aujourd’hui comme l’un des premiers militants des droits de l’homme. Pour moi, il est une grande lueur d’espoir dans ce triste chapitre de l’histoire européenne et américaine.

Les effets du colonialisme peuvent encore être ressentis globalement aujourd’hui, car le colonialisme n’a pas seulement eu lieu sur les continents de ce monde, mais aussi dans l’esprit des gens. Bien que la vision chrétienne du monde ait été remplacée par une vision naturaliste en Europe et aux États-Unis, l’idée de la « suprématie blanche » est restée au cœur de la démarche. Cette idée de supériorité a longtemps été très répandue, en particulier dans le domaine de la protection de l’environnement. Les populations indigènes ont été chassées de leurs terres pour créer des parcs nationaux. Les connaissances traditionnelles sur les animaux et les plantes ont été dévalorisées par rapport aux sciences naturelles occidentales. Les environnementalistes autochtones recevaient des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues blancs ou n’étaient même pas autorisés à travailler sur des projets de protection des espèces dans leur propre pays. Certains de ces abus existent malheureusement encore aujourd’hui. En réponse au mouvement « Black Lives Matter », des efforts sont faits au sein de la communauté de protection de l’environnement pour éliminer ces abus une fois pour toutes et pour mieux soutenir les projets de protection de l’environnement de la population locale.

Il faudra probablement attendre un certain temps avant que l’idée de « supériorité blanche » ne disparaisse de l’esprit des gens. Ce que nous pouvons déjà faire aujourd’hui, en tant que chrétiens, c’est de regarder attentivement dès qu’un gouvernement comme celui de Jair Bolsonaro aborde la population indigène de son propre pays avec la même attitude xénophobe qu’autrefois les puissances coloniales européennes. Le président du Brésil peut s’identifier comme un chrétien, mais cela ne lui donne pas le droit de prendre des terres aux indigènes sous le couvert du progrès économique et de saper leurs projets de protection de l’environnement. Tout comme la protection de l’environnement en Occident, le christianisme doit également se demander où, dans ses croyances, l’idée de « supériorité blanche » s’est glissée.

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La crise du covid-19 nous a pris par surprise et a mis en lumière la vulnérabilité de notre société face à ce genre d’épidémie.

Force est de constater qu’à l’heure où j’écris ces lignes, certains États ont été beaucoup moins touchés que d’autres. Si l’impact de la maladie par pays peut s’expliquer par des facteurs dus au contexte (densité de population, pyramide des âges de la population, force du système de santé en place), l’autre aspect déterminant est lié à la réponse politique qui a été donnée et à la réaction de la population.

Des conclusions définitives ne pourront être tirées qu’une fois la crise passée, cependant les aspects suivants m’ont particulièrement frappé et constituent une base de réflexion pour la gestion d’autres crises, en particulier la crise climatique :

La grande difficulté à agir alors que les conséquences de la maladie ne sont pas directement visibles. Dans le cas présent, il y a environ deux semaines de décalage entre les causes et les effets, il est donc extrêmement difficile d’imposer des mesures alors que les effets ne sont pas encore visibles.

Dans le cas de phénomènes où la croissance du nombre de cas est exponentielle, chaque jour compte. Au début de l’épidémie, le nombre de cas doublait tous les trois jours en Suisse. L’impact pour les hôpitaux peut donc passer du simple ou double en agissant 3 jours plus tard. Le Portugal, en prenant très tôt des mesures, a limité l’impact sanitaire, alors que le Royaume-Uni a payé le prix fort de sa difficulté à agir.

Ensuite le niveau de confiance dans la communauté médicale, scientifique et les experts en général. Lors de l’arrivée du covid-19 en Suisse, le virus était très mal connu et les impacts difficiles à évaluer. Il est donc nécessaire d’avoir à disposition un panel d’experts qui puisse analyser les différents aspects de la crise sur la santé publique, le système hospitalier ou encore l’économie afin de faire une juste pesée d’intérêts en tenant compte des incertitudes.

Certains aspects sont difficiles à comprendre pour les « non-initiés », il est donc fondamental d’établir une relation de confiance entre les experts et les décideurs. Notre tendance humaine nous pousse souvent à vouloir écouter l’avis qui arrange le mieux. Il est donc d’autant plus important que les décisions politiques s’appuient sur des faits rationnels et non sur des décisions émotionnelles ou des calculs politiques.

Intimement lié à cela, on peut citer également la confiance de la population dans le gouvernement et le leadership des décideurs. Les pays où la population a suivi les recommandations ont plus facilement contenu l’épidémie. Les politiciens ont été également tiraillés entre impératifs sanitaires et économiques. L’application du principe de précaution s’est apparentée particulièrement dans ce cas à un exercice d’équilibriste.

Notons qu’un gouvernement avec un forte légitimité démocratique est plus en mesure de faire une bonne pesée d’intérêts entre les enjeux sanitaires et économiques. Par ailleurs, il est ardu de prendre des décisions dans l’urgence et il était étonnant de voir le faible degré de préparation de certains gouvernements et de l’OMS alors qu’une telle crise était prévisible.

Finalement je soulignerais le besoin de limiter nos libertés individuelles par solidarité entre les générations et les plus faibles. Il est difficile d’accepter de se limiter, de rester chez soi pour protéger les autres face à un fléau qui est peu perceptible. Nous avons rapidement entendu des voix comme celles d’André Comte Sponville qui appelaient à la liberté individuelle “laissez-nous mourir comme nous voulons”, sans se soucier des effets que pourrait avoir une vague non-maîtrisée sur la surcharge des hôpitaux.

La plupart des gens ont cependant joué le jeu, convaincus que l’on vivait quelque chose de grave qui nécessitait des actions fortes. En Suisse, il est démontré que la population a même anticipé les mesures du gouvernement. Les gens ont réussi à changer leurs habitudes. Cependant il est plus facile de se limiter pour une brève période que sur du long terme.

Il est alors possible de tirer des bonnes leçons de cette crise globale pour les autres défis auxquels nous faisons face et en particulier dans le cadre de la crise liée aux changements climatiques :

  • difficulté à mettre en place des mesures alors que les conséquences ne sont pas directement visibles
  • scepticisme face aux alarmes des scientifiques, remise en cause de l’opinion scientifique majoritaire et difficulté à anticiper la crise

  • défiance dans le gouvernement et freins dès quune mesure touche l’économie

  • limitation de nos libertés individuelles pour protéger les plus faibles

Ce que cette crise montre déjà aujourd’hui, c’est que l’action politique et la réponse de la population font toute la différence. Quelle devrait être notre apport en tant que chrétiens ?

Tout d’abord être attentifs aux nouveaux besoins des laissés pour compte qui apparaissent (Jc 1:27), être prêt à renoncer si nécessaire (Ph 2:7) et ne pas céder à des réponses simplistes, mais chercher une voie qui protège au mieux la vie (Ro 12:2). Et également persévérer dans la prière pour nos autorités (1 Ti 2:1-2).

Finalement, souhaitons que ce que nous avons vécu durant ces mois puisse apporter un éclairage nouveau et des arguments solides aux défenseurs de l’environnement. Car ce que l’on constate c’est qu’il est possible de modifier certains comportements pour traverser ensemble le mieux possible une crise et que le rôle des gouvernements est déterminant.

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Entretien avec Florian Glaser, d’Églises pour multinationales responsables

CN : Depuis quand l’église est-elle impliquée dans l’initiative pour des multinationales responsables ?

FG : L’initiative a été lancée conjointement avec les milieux ecclésiastiques, qui la soutiennent encore aujourd’hui. Par exemple, dans le cadre de la Campagne œcuménique 2016 d’Action de Carême et de Pain pour le prochain, la cause et l’initiative ont déjà fait l’objet de discussions et des signatures ont été recueillies. Mais les méthodistes, les adventistes et de nombreuses autres congrégations d’églises étaient aussi déjà actives à cette époque. En 2019, l’Église évangélique réformée de Suisse, la Conférence épiscopale suisse, le Réseau évangélique suisse ont aussi décidé de soutenir l’initiative.

CN : Pourquoi cette initiative est-elle une préoccupation majeure de l’Église ?

Susanne Meier-Fuchs a interviewé Florian Glaser pour ChristNet.

FG : Ce large soutien montre clairement que l’initiative est basée sur des préoccupations qui se situent au coeur du message biblique et de la foi chrétienne : la justice, la charité et le soin de la création. L’Église et ses organisations d’entraide s’engagent sur place dans les pays du Tiers-Monde, où les entreprises suisses sont malheureusement aussi impliquées dans des activités d’exploitation des êtres humains et de la nature. Il est dès lors logique que les Églises et leurs organisations rattachées cherchent non seulement à réduire les souffrances par leur engagement, mais aussi à faire en sorte que les entreprises suisses assument leur responsabilité.

CN : Quels changements positifs attendez-vous de la mise en œuvre de l’initiative ?

FG : Si l’initiative est acceptée, les entreprises ne pourront plus fermer les yeux sur l’impact de leurs activités à l’étranger sur l’être humain et la nature. Et si des entreprises comme Glencore chassent les gens de leurs terres ou empoisonnent les rivières, elles devront en rendre compte à l’avenir. Ainsi, l’initiative a un effet préventif et garantit la réparation des dommages occasionnés.

CN : Depuis la semaine dernière, il est clair que l’initiative ne sera pas retirée et qu’un vote aura lieu à l’automne 2020 ou au printemps 2021. Églises pour multinationales responsables s’attendait-elle à cela ?

FG : Les initiant.e.s étaient prêt.e.s à discuter tout au long du processus, mais sans règles contraignantes pour les entreprises, un retrait de l’initiative était exclu. En fin de compte, le lobby des grandes entreprises a prévalu au Parlement sur tous les points, et le vote va maintenant avoir lieu.

CN : Êtes-vous prêt pour ce vote ?

FG : Oui, la question bénéficie d’un très fort soutien populaire. Il existe plus de 350 comités locaux avec plus de 13 000 bénévoles, ainsi que des comités de représentant.e.s d’entreprises et de politicien.ne.s, qui montrent que la liberté va de pair avec la responsabilité. Et les églises forment derrière cela une large alliance également. Si toutes les personnes soutenant l’initiative la promeuvent autour d’eux, nous pouvons gagner le vote.

CN : Que pouvez-vous déjà dire sur l’engagement actuel et à venir pour l’initiative ?

FG : Les églises, les organisations chrétiennes et les particuliers soutiennent activement l’initiative car cela correspond à leur compréhension de leur foi. Des tracts et des affiches sont placés dans les églises pour exprimer le soutien de l’église, et les paroisses accrochent des banderoles avant le vote pour rendre la cause visible. De nombreuses congrégations et paroisses planifient également des cultes où elles aborderont les thèmes de l’amour du prochain et de la préservation de la création. De plus, de nombreuses organisations chrétiennes publient des lettres de nouvelles ou des articles de magazines pour informer sur l’initiative.

CN : 8 millions ont été mis sur la table par le comité d’opposition pour la campagne de votation. À votre avis, l’initiative a-t-elle une chance ?

FG : La campagne sera difficile. Mais comme dit plus haut, nous disposons d’une autre ressource : un large soutien citoyen. Mais oui, nous avons aussi besoin d’argent pour ne pas rester muet dans une Suisse remplie d’affiches d’opposition au texte, et pouvoir informer les gens.

CN : La place de la politique dans l’Église a été un sujet chaud l’automne dernier. De nombreux membres actifs de l’Église nationale, sont très favorables aux entreprises et donc plutôt opposés à l’initiative. Comment gérez-vous l’équilibre entre votre engagement en faveur de la responsabilité des entreprises et la volonté de ne pas contrarier ces membres ?

FG : L’engagement politique des Églises s’enracine dans leurs propres sources – notamment la Bible et la tradition socio-éthique. La protection des pauvres est une mission chrétienne centrale – et l’Église doit également l’apporter en politique. L’Église évangélique réformée de Suisse l’a exprimé ainsi dans sa déclaration sur l’initiative : « L’économie doit être au service de l’être humain. C’est pourquoi l’Église évangélique réformée de Suisse élèvera toujours la voix pour rappeler la Suisse à sa responsabilité à l’égard des êtres humains dans les pays du Sud ».

CN : L’un des rôles de Christnet est de sensibiliser les différentes églises évangéliques à la justice sociale. L’initiative pour des multinationales responsables est l’un de nos sujets prioritaires jusqu’au vote. Pouvez-vous imaginer un réseau/une coopération avec les églises évangéliques dans les différents cantons ? Ou cela existe-t-il déjà ?

FG : Oui, c’est même très souhaité. Certaines sont déjà actives : l’Église évangélique méthodiste, les mennonites ou encore l’Armée du Salut se sont clairement positionnées et, comme je l’ai dit, le RES également. J’espère vivement que les Églises évangéliques seront encore plus actives. Toute personne venant d’une église évangélique souhaitant devenir active est la bienvenue et peut me contacter.

Contact :
Florian Glaser
Églises pour multinationales responsables
https://www.eglisespourmultinationalesresponsables.ch

 

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Le 25 mars dernier, le Président Macron a lancé une opération militaire nommée « Résilience » pour fournir aux préfets un appui militaire sur les domaines sanitaire, logistique et de la protection. Le nom de l’opération n’est pas un hasard, cette notion de résilience des sociétés a récemment pris de l’ampleur dans la recherche en sciences sociales. Cet engouement signale aussi le constat implicite d’une fragilité croissante induite par la complexification de nos sociétés. La résilience se définit comme la capacité d’absorber les chocs et de rebondir. Cette capacité est fondamentale face aux aléas et incertitudes de la vie. À la suite de crises, comme la pandémie du covid-19, nous prenons tous pleinement conscience de notre fragilité et de l’incertitude du lendemain. Presque tous les gouvernements du globe cherchent alors à augmenter la résilience de leur pays ou du moins à en donner l’apparence.

Le paradoxe de la résilience

S’il est une notion paradoxale par excellence, c’est bien la résilience. L’économiste Hyman Minsky montre que la stabilité financière conduit les acteurs de l’économie à un excès de confiance en eux-mêmes. Or, cet excès conduit à prendre des risques de plus en plus inconsidérés jusqu’à créer les conditions favorisant une nouvelle phase d’instabilité. Puis, l’instabilité pousse à une recherche de stabilité qui à la longue se détériore et ainsi de suite. Les sociétés évoluent avec une mémoire qui s’évanouit avec le temps. Quand, tout le monde se croit en sécurité, soudainement le choc ou la crise arrive. Ici, il ne sert de rien de se croire fort, il est plus sage de reconnaître ses limites et faiblesses pour augmenter la résilience. Comment peut-on infuser une conscience durable des limites ? La Bible donne une solution précise à ce paradoxe d’une vulnérabilité cachée sous une fausse stabilité.

Fort dans la faiblesse !

La Bible soutient que « quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2 Cor. 12 :10). Dans la faiblesse, nous avons conscience de qui nous sommes réellement. Est-ce que la résilience se réduit à une prise conscience des faiblesses pour mieux absorber les chocs et rebondir ? Pas seulement ! La pleine conscience de nos limites n’est qu’un premier pas vers plus de résilience, le second consiste à s’ouvrir à l’Espérance. Quand nous prenons conscience qu’il n’est plus possible de compter seulement sur nos propres capacités, tel le fils prodigue, nous pouvons relever la tête vers notre Père. Il est notre Espérance. Il nous offre non seulement une vie après la mort, mais encore de vivre de sa puissance dès ici-bas si nous croyons que Jésus est mort pour nos péchés et en voulant changer de vie pour le suivre en comptant sur son Esprit Saint. Notre joie vient alors de ce que nous pouvons faire nôtre ces paroles du Psaume 62 :6-7 : « Oui, mon âme, repose-toi sur Dieu, car c’est de lui que vient mon espérance. Oui, c’est lui mon rocher et mon salut, ma forteresse : je ne serai pas ébranlé. » Fort de cette Espérance, nous pouvons impacter notre environnement et nos contemporains. Nous sommes porteurs d’espérance par-dessus les épreuves, aucune crise ne pourra enlever notre joie qui demeure sans prétention car nous connaissons notre grande faiblesse et notre grande force en Christ seul. Voilà une résilience durable !

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1109, mai-juin 2020, www.editions-mennonites.fr.

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Quatre thèses suite au ForumChristNet « Que de l’intox !? » du 11 novembre 2017 à Bienne. Il s’agit d’une base de discussion sur notre site web et sera adapté ces prochaines semaines.

Pour participer à la discussion, merci de poster un commentaire en fin de document.

1. La vérité, c’est aimer véritablement.

Etre vrai signifie être sincère et fiable. C’est une condition préalable aux relations véritables. Si nous partons de l’idée que, de toute façon, les autres mentent, la relation n’est pas possible, mais seulement le retrait, la désillusion et une attitude de franc-tireur. En Suisse, la peur de l’égoïsme des autres domine (GfS-Angstbarometer). Nous nous méfions donc de notre prochain. Cela nous pousse à nous isoler des autres et à nous comporter de manière égoïste sur le plan personnel et social.

La vérité est donc décisive pour les relations, personnelles et sociales ! Paul écrit : « [L’Amour] ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité » (1Co 13:6).

2. La vérité, c’est écouter avec discernement.

La recherche de la vérité n’est pas seulement individuelle, mais aussi un travail d’équipe. Elle se fait dans l’échange et dans la confrontation avec d’autres points de vue. Les médias sociaux et les technologies de l’information ont donné lieu à un flot d’informations sans précédent. Bien que la diversité des sources se soit accrue, le grand volume fait que nous devenons de moins en moins critiques à l’égard de l’information. Dès lors, nous privilégions ce qui nous arrange.

Normalement, ce sont les informations qui confirment notre vision du monde dont nous devrions vérifier l’exactitude tout particulièrement. Ceci est aussi vrai pour les informations « chrétiennes ». Paul nous dit : « Examinez tout et retenez ce qui est bon. » (1Th 5:21).

3. La vérité dérange.

Affronter la vérité demande du courage, parce qu’elle peut changer notre façon de penser et nos idéologies. Ce n’est pas aisé pour nous humains. Nous aimons croire ce qui correspond à nos convictions. Or, la publicité en ligne et les médias sociaux nous poussent toujours plus à vivre dans une « bulle sociale » qui éludent les opinions surprenantes, voire antagonistes. Cela vaut également pour de nombreuses bulles « chrétiennes ». Nous avons donc besoin de gens qui sont prêts à se laisser déranger, mais aussi à déranger les autres avec nos conclusions.

Être dérangé exige l’humilité de reconnaître que notre savoir et notre connaissance sont partiels (1Co 13:9). A de nombreuses reprises, Jésus nous encourage à « changer d’attitude », et Paul nous invite à renouveler nos pensées (Romains 12:2).

4. Les chrétiens devraient être des spécialistes de la vérité.

Les chrétiens sont idéalement placés concernant la vérité: ils devraient être particulièrement bien équipés pour promouvoir et revendiquer la vérité. Ils connaissent l’amour inconditionnel de Dieu (thèse 1), ils vivent la communion (thèse 2) et ils vivent la conversion (thèse 3).

Paul nous appelle : « omportez-vous donc comme des enfants de la lumière car ce que produit la lumière c’est tout ce qui est bon, juste et vrai » (Ep 5,8).

Chrétiens, faites donc quelque chose de courageux !

En tant que chrétiens, nous voulons endosser cette position de « spécialistes de la vérité ». Nous voulons apprendre à aimer le monde véritablement, à quitter notre bulle, à écouter ceux qui ont un autre avis, à nous laisser déranger dans notre vision du monde et à déranger les autres.

Interpellé-e ? Ton opinion sur ces thèses nous intéresse.

Tu peux participer à la discussion en postant un commentaire ci-dessous ou en nous écrivant un mail : info@christnet.ch.

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La mondialisation a entraîné des changements culturels et religieux majeurs au cours des vingt dernières années. Egalement en Suisse. Aujourd’hui, de nombreux chrétiens se demandent si la Suisse est (encore) un pays chrétien. Nous sommes d’avis que cela n’a jamais été le cas. Et considérez cela comme une énorme opportunité.

1er critère : « Les Suisses sont chrétiens

Quand un pays est-il chrétien ? Pour beaucoup de gens, la réponse est : s’il y a beaucoup de chrétiens dans ce pays. Ainsi, si tous les habitants sont chrétiens, ou une grande partie, ou plus de la moitié, alors le pays dans son ensemble peut être appelé chrétien. De plus, dans un tel pays, les lois, la culture et « l’air que vous respirez » sont également chrétiens. C’est pourquoi on entend souvent dire qu’un pays qui réalise les valeurs chrétiennes dans la politique et la société est un pays chrétien.

Un premier critère pour un pays chrétien est donc que de nombreux chrétiens vivent ici et que les valeurs chrétiennes jouent un rôle important dans la vie publique.

Dans le présent

La question de savoir si la Suisse est un pays chrétien dépend donc de la définition que nous donnons au fait d’être chrétien. Dans une conception évangélique, être chrétien signifie bien plus que d’assister à un service religieux à Noël. Cela signifie se repentir personnellement, faire l’expérience du pardon de Dieu, laisser les soucis s’en aller, laisser la joie et la libération se donner, traverser la vie quotidienne avec Jésus, son amour et son Esprit et bien plus encore. Des enquêtes montrent que seule une petite minorité de la population suisse est à la hauteur de cette vision 1.

Pour cette raison, et parce que la sphère publique est formée par tous les citoyens ensemble, nos lois, notre société et notre culture ne sont pas non plus guidées par des objectifs chrétiens. Il y a beaucoup d’esprits, bons et mauvais : l’amour de l’argent, l’amertume, l’honnêteté, le souci de la nature, le plaisir, etc. Mais l’Esprit de Jésus souffle au milieu de ces tempêtes comme un fin murmure.

Dans le passé

Mais n’est-ce pas là une nouveauté ? Notre culture actuelle ne s’est-elle pas développée et nourrie sur le sol chrétien du passé ?

D’un point de vue chrétien, il nous semble douteux que la foi de nos ancêtres puisse nous porter : « Dieu n’a pas de petits-enfants », disent-ils. Chaque homme doit trouver son propre chemin vers Dieu. On ne sait pas non plus dans quelle mesure l’époque de Niklaus von der Flüe et de Jeremias Gotthelf affecte encore notre vie au XXIe siècle.

La question se pose également de savoir si ces racines sont vraiment chrétiennes. Qu’est-ce qui a probablement le plus façonné notre « Suisse chrétienne » : des prédicateurs fidèles à la Bible ou une piété populaire imprégnée de superstition ? Quelques mennonites pacifistes ou une armée de nobles belligérants ? Niklaus von der Flüe ou le « prince mercenaire » valaisan Stockalper ? Il nous semble qu’à cette époque, relativement peu de gens pouvaient faire l’expérience de certaines des valeurs que Jésus nous a apportées : Bienveillance, protection des pauvres et des étrangers, non-violence, humilité.

Aujourd’hui, comme par le passé, il semble qu’une grande partie de la population suisse n’ait pas encore reçu l’Évangile. Ainsi, le premier critère, « les Suisses sont des chrétiens », n’est pas rempli.

2e critère : « La Suisse est un pays chrétien ».

Certains chrétiens considèrent que la Suisse est chrétienne parce qu’elle s’est commandée à Dieu dans l’alliance et la constitution. Que Dieu bénisse également la Suisse. Tout comme un individu peut se convertir à Dieu, un pays peut entrer dans une relation avec Dieu. Le fait que la majorité des Suisses n’ont pas de relation personnelle avec Dieu est sans importance.

Ce deuxième critère décrit un pays comme chrétien lorsqu’il a une relation spéciale avec Dieu en tant que pays.

Drapeaux, lettres et préambules

Il semble extrêmement douteux que la Suisse soit un pays chrétien selon ce deuxième critère. On fait souvent référence à la croix de notre drapeau pour soutenir cette idée. Cependant, il faut se demander si, par exemple, le canton de Neuchâtel est vraiment un canton plus chrétien que le canton de Berne, simplement parce qu’une croix est apposée sur son drapeau.

Comme argument supplémentaire, la lettre d’alliance de 1291 est mentionnée, qui commence par « Au nom de Dieu, Amen ». Il reste à savoir comment la Charte fédérale a rapproché la Suisse de Dieu. Il se contente d’énoncer, en bref, quelques principes de droit et une alliance de défense entre trois vallées. Ce n’est pas une alliance avec Dieu. Il était également habituel à cette époque de commencer les documents par une invocation à Dieu. C’est évidemment un cliché.

Le préambule de la Constitution fédérale stipule également : « Au nom de Dieu le Tout-Puissant. Mais la Bible nous enseigne en de nombreux endroits que Dieu ne prête pas attention aux déclarations officielles et aux grands mots en public. C’est plutôt l’attitude du cœur et les actes qui en découlent qui sont importants pour lui (par exemple Am. 5,21-27, Matt. 6,5-6). Outre sa signification purement symbolique, la signification substantielle du préambule est également discutable. Selon la majorité des intervenants dans le débat parlementaire, ce préambule exprime avant tout les limites de notre activité humaine. L’accent a été mis sur le lien avec la tradition et non sur la référence au Dieu des chrétiens.

Ainsi, même selon le deuxième critère, « la Suisse est un pays chrétien », il n’y a aucune raison de considérer la Suisse comme un pays chrétien.

Conclusion et grande opportunité : une Suisse non chrétienne

L’examen des deux critères mentionnés ci-dessus montre donc que la Suisse n’est pas un pays chrétien. Nous n’avons donc pas besoin de maintenir une façade chrétienne. Cette vérité est bénéfique et libératrice.

Un nouveau lieu pour les chrétiens

En même temps, ce changement de perspective nous confronte aussi, en tant que chrétiens, à la question de la place que nous devons prendre dans la société. Après tout, nous ne sommes pas les représentants d’une identité originelle prétendument vraie et chrétienne de la Suisse. Au lieu de cela, nous vivons comme une minorité parmi d’autres dans un État pluraliste et libéral. L’église n’est pas au milieu du village, mais en marge de la société, loin des centres de pouvoir. Une consolation de poids : c’est exactement là que Jésus exerce son ministère.

Les changements culturels et religieux qu’entraîne la mondialisation ne doivent pas nous inciter, nous les chrétiens, à nous glisser dans le rôle de gardiens d’un soi-disant « Occident chrétien ». Nous ne voulons pas consacrer nos énergies au maintien de privilèges institutionnels et culturels, qui ont souvent peu de choses à voir avec le charpentier et le Fils de Dieu Jésus.

Une nouvelle voix

Notre pays n’a jamais été et n’est toujours pas évangélique. Mais ce qui n’est pas, peut toujours être ! La minorité chrétienne de Suisse ne devrait pas essayer de restaurer quelque chose de frustré ou se considérer comme le porte-parole de l’âme suisse, qui est « réellement » chrétienne. Non, la petite voix chrétienne parmi les nombreuses voix de la Suisse moderne devrait être une voix qui apporte quelque chose de nouveau. Une voix qui change la vie des individus et du public au milieu d’une catastrophe. Une voix qui montre à la Suisse le chemin du Christ et de ses valeurs.

Jésus n’a pas prêché la préservation, mais la repentance. Une partie de cette conversion consiste également à témoigner de l’amour de Dieu sur le plan social et à signaler prophétiquement les griefs. Politiquement, nous ne devrions pas donner des avantages aux églises et aux chrétiens, mais servir nos semblables, surtout les plus faibles : les pauvres, les criminels et les étrangers (selon Matt. 25).


Article publié dans l’hebdomadaire protestant Idea Spektrum « Zur Lage der Nation » (n° 29/30, 20 juillet 2016)

1 : Pratiques religieuses et spirituelles et formes de croyance en Suisse. Premiers résultats de l’enquête sur la langue, la religion et la culture 2014, OFS Statistique suisse, Neuchâtel 2016.

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Seev Levy, un travailleur social à la retraite, un juif très lié à Jésus, a parlé du conflit entre Israéliens et Palestiniens au Séminaire théologique-diaconal (TDS) d’Aarau le 23 janvier 2015. Une journée avec un homme de réconciliation – sur le mur de la méfiance.

« Ensuite, nous parlerons du travail pour la paix… » A plusieurs reprises, Seev Levy a repoussé les 16 participants au séminaire à la deuxième partie thématique. Il est particulièrement impatient, a dit M. Levy au début, de présenter les initiatives de paix d’Israël et de la Palestine, l’autre, le côté optimiste du conflit épuisant entre les deux peuples. Seule la matinée du séminaire devait être consacrée aux causes des conflits et des guerres et à l’histoire de la « Terre promise ».

Mais la matinée s’est prolongée dans l’après-midi : il a fallu poser des questions et y répondre, les sensibilités respectives des parties en conflit se sont également reflétées chez les participants au séminaire, cela est devenu controversé, voire émotionnel. Seev Levy a d’abord dû montrer sur place comment fonctionne la paix. Qui, sinon lui ?

Le dilemme d’Israël

Levy préfère se dire un homme « d’origine juive, pour qui Jésus est très important ». Pendant 27 ans, il a été responsable de l’aide aux « passants » de l’église à Berne et s’est fait un nom en tant qu’assistant social pastoral. La Terre Sainte lui a toujours tenu à cœur et, depuis sa retraite, il s’implique de plus en plus dans la perspective palestinienne. Levy n’a laissé aucun doute sur le fait que les Palestiniens ont subi de nombreuses souffrances autour de la colonie juive de Palestine au 20e siècle, et surtout après la fondation de l’État israélien en 1948, qui continue à avoir un impact à ce jour.

En même temps, Levy compatit avec tous les Juifs qui ont cherché un foyer sûr après l’Holocauste et jusqu’à aujourd’hui. « Je suis heureux qu’Israël occupe les hauteurs du Golan », a admis Lévy, par exemple, en ce qui concerne certaines parties des territoires occupés. « Les zones frontalières montagneuses sont trop bien adaptées pour qu’Israël soit attaqué. » Besoin de sécurité ici, désir de paix là-bas – le dilemme d’Israël se reflète également dans l’attitude de Seev Levy.

Les Palestiniens comme frères

Le matin, un interlocuteur a voulu savoir comment Lévy comprenait l’histoire biblique du livre de Josué, dans laquelle Dieu dit au seigneur de la guerre de détruire les indigènes de la Terre Promise afin qu’ils ne puissent jamais se soulever contre le peuple d’Israël. La question a suscité le mécontentement, Lévy est resté calme et s’est clairement positionné : « Nous vivons à une époque complètement différente, une époque après Jésus. Il a enseigné comment traiter avec les « ennemis » : Pour leur faire du bien, pour leur souhaiter du bien. Je suis convaincu qu’aujourd’hui les Israéliens sont également appelés à considérer les Palestiniens comme leurs frères.

Dans l’affaire Martin Buber, Levy a apporté un témoin clé à ce poste. De 1900 jusqu’à la fondation de l’État israélien, le philosophe a défendu l’égalité des droits pour les deux peuples qui considéraient le même pays comme leur foyer. Buber a proposé un État binational qui mettrait fin au « fratricide ». « Le test décisif de la juiverie en tant que race humaine est ses relations avec les Arabes. … Leur hostilité devrait être une raison pour que nous nous comportions de manière d’autant plus humaine », Buber cite Aharon Gordon, un autre philosophe juif.

Tout au long du conflit

Puis, dans le courant de l’après-midi, le discours a finalement porté sur le travail de paix que Seev Levy affectionne tant : il a été question de « Neve Shalom », le village en Israël où Juifs et Arabes vivent ensemble, apprennent ensemble et se disputent ensemble. Ou le projet scolaire « Main dans la main », entre-temps six écoles bilingues en Israël pour les enfants des deux nations. Ou les « Rabbins pour les droits de l’homme » : les rabbins défendent courageusement les droits des Palestiniens dans les territoires occupés. Lors de la fête de Tu biSchevat, qui a été célébrée lundi dernier et au cours de laquelle les Juifs plantent classiquement un arbre, les rabbins pratiquent la même chose dans les territoires palestiniens, pour les agriculteurs dont les arbres ont été déracinés par les colons.

Certains visages parmi les participants du cours TDS se sont à nouveau illuminés dans l’après-midi, quand, en plus de toute l’obscurité du conflit, quelques rayons d’espoir sont apparus. Mais la matinée avait été tout aussi claire : la paix tant attendue entre Palestiniens et Israéliens ne peut être obtenue que par ceux qui s’engagent dans le conflit et le traversent. La route vers la Terre promise ne mène pas au-delà du conflit.

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Un « petit groupe sur mesure » 1 du Vignoble de Berne a traité le thème des réfugiés lors de six réunions sous le titre « A Happy Bo(o)tschaft – Die Flüchtlinge und wir Christen ». Un rapport (13.11.2015)

Remarques préliminaires

Au cours de l’été 2015, les rapports sur les flux de réfugiés du Moyen-Orient et de l’Afrique vers l’Europe m’ont fait comprendre que je devais en faire un sujet pour notre congrégation. J’ai rencontré le responsable de l’aide aux réfugiés de l’Armée du Salut dans le canton de Berne. Il m’a donné de précieux conseils pour une approche significative du sujet avec des conclusions pratiques.

Ainsi, de septembre à novembre 2015, environ 8 personnes se sont réunies à six reprises pour se rapprocher des réfugiés et de leurs problèmes.

1. ChristNetForum sur la question des réfugiés

Lors du forum du 12 septembre 2015 « A happy Bo(o)tschaft ?! Les réfugiés, la Suisse et les chrétiens » 2 a été l’objet d’un rapprochement politique lors d’une table ronde avec le réfugié syrien Feras Shamas, le conseiller national de l’UDC Erich von Siebenthal, la conseillère nationale du PPE Maja Ingold et le pasteur Daniel Frei. « Il était controversé de savoir si les chrétiens devaient bénéficier d’un traitement préférentiel en Suisse. Il y a eu un accord sur le fait que l’aide humanitaire au Moyen-Orient devrait être augmentée et que les obstacles bureaucratiques pour les réfugiés désireux de travailler devraient être réduits » 3.

Le père Frei a précisé que la « fuite » et la rencontre avec des étrangers ont toujours été un thème dans la Bible. Jésus lui-même a quitté sa position privilégiée auprès du Père céleste, s’est humilié jusqu’à la mort et s’est élevé au-dessus de toutes les masses (cf. Ph. 2, 5-11). Shamas, un chrétien réformé, s’est montré extrêmement disposé à s’intégrer : « Je veux servir la Suisse », a-t-il déclaré.

Erich von Siebenthal, conseiller national de l’UDC, a reconnu en Shamas un de ces réfugiés chrétiens auquel il veut accorder un traitement prioritaire, comme il l’a demandé dans un postulat au Conseil fédéral. « C’est un fait que les chrétiens peuvent être mieux intégrés », a déclaré von Siebenthal. Il a également déclaré que l’accès aux camps de réfugiés au Moyen-Orient était plus difficile pour les chrétiens.

Maja Ingold, conseillère nationale du Parti populaire évangélique (PPE), a réagi à cette demande, qui est également populaire parmi de nombreux chrétiens protestants, en faisant part de ses expériences lors d’un voyage qui l’avait conduite au Liban. Les chrétiens ne se trouvaient pas dans les grands camps parce qu’ils étaient souvent mieux lotis matériellement que les musulmans. Ingold n’est pas favorable à un traitement inégal en Suisse : « Devant la loi, toutes les personnes doivent être traitées de la même manière, indépendamment de leur sexe, de leur race et de leur religion. Nous devons accepter les personnes qui sont menacées dans leur vie et leur intégrité physique et qui viennent en Europe » 4.

2. étude biblique et examen de nos problèmes

La parole de Jésus est devenue fondamentale pour nous : « Tout ce que vous voulez que les gens vous fassent, faites-le-leur ; c’est là que se résume le sens de toute la Bible » (Mat.7,12). En outre, il y a la parabole de la séparation dans le Jugement dernier entre « le bien et le mal » (Mat. 25, 31-46), avec le mot bien connu « Tout ce que vous avez fait à l’un des plus petits de ces frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (et le contraire). Nous sommes ici sensibilisés à l’attitude de Jésus-Christ envers les personnes dont la vie est menacée.

Nos problèmes : l’insécurité ; la question de savoir comment nous allons résoudre ce problème qui se pose avec les réfugiés (par exemple, les islamistes cachés, l’attitude de revendication, la mentalité arrogante, l’attitude de demande) ; la crainte de ne pas pouvoir faire face aux demandes à l’avenir et d’être envahis par les étrangers. Nous voulons contrecarrer cette tendance par une meilleure connaissance du contexte.

3. les questions juridiques concernant les réfugiés et les demandeurs d’asile

Elias et Nadine nous ont donné un aperçu intéressant du domaine juridique. En même temps, on nous a montré pourquoi le système des réfugiés dans notre pays semble si compliqué.

Voici un extrait de leurs explications :

Le statut de réfugié selon la Convention de Genève sur les réfugiés (GFK)

  1. Quitter le pays d’origine
  2. Citoyenneté étrangère
  3. Rupture des relations avec l’État persécuteur
  4. Poursuite :
    1. De graves inconvénients
    2. Pas de protection par le pays d’origine
    3. Des inconvénients ciblés
    4. Motif de la persécution
    5. La justification de la crainte de persécution
    6. Absence d’alternatives d’évasion ou de protection interne
  5. Aucun motif d’exclusion dans le cadre du CCA :
  6. Crimes de guerre
  7. les crimes de droit commun
  8. Actions contre les objectifs des Nations unies

= Protection selon la Convention sur les réfugiés

Octroi de l’asile

  1. Le statut de réfugié est rempli
  2. Aucun motif d’exclusion du droit d’asile
    1. L’indignité de l’asile
      1. Actions répréhensibles
      2. Menace pour la sécurité de la Suisse
  3. Raisons subjectives de l’après-vol
  4. Situation d’urgence

= octroi d’un statut juridique spécial par l’État

Source : Wikipedia, « Ausländerausweis », inspecté le 12.1.2016 (https://de.wikipedia.org/wiki/Ausl%C3%A4nderausweis).

4. exemple d’hospitalité vécue

Urs, Susi et Regula vivent dans une ancienne fromagerie. Ils accueillent deux demandeurs d’asile avec des enfants qui, après un certain temps, trouvent et emménagent dans leur propre appartement. À Meiers, les femmes d’Éthiopie et du Nigeria s’habituent à la mentalité suisse, apprennent l’allemand (dans des cours d’allemand à Köniz et à Berne respectivement) et apprennent à traiter avec les autorités responsables.

L’Office des migrations de la municipalité leur apporte un soutien optimal. Ils ont également des relations directes avec les centres d’asile des environs.

Pour eux, c’est un avantage qu’ils aient eux-mêmes vécu et travaillé en Afrique pendant quatre ans, ce qui leur permet de bien connaître la mentalité des Africains. Ils étaient très disposés à répondre à toutes nos questions, de sorte qu’une approche émotionnelle de la question des réfugiés a également été faite ici.

5. responsable de site d’un centre d’asile

Le responsable d’un centre d’asile de l’Armée du Salut nous a rendu visite. Il avait auparavant travaillé au centre d’asile de Riggisberg. Il s’est ensuite rendu au pied levé dans un centre qui a été ouvert pour 37 personnes. Il avait auparavant travaillé pendant cinq ans et demi dans le domaine du travail pour les enfants des rues à Brooklyn. Cela lui a permis d’acquérir une grande expérience des situations difficiles et de la manière d’y faire face, ce qui est très utile pour son travail actuel.

Il a notamment posé la question suivante : « Comment gérer les conflits ? Il a répondu : « D’abord, nous essayons de rétablir la paix, et nous prenons d’autres mesures si les choses deviennent collantes ». Les relations avec la communauté locale et l’église sont très bonnes. « Nous recevons beaucoup de soutien, y compris des bénévoles et d’autres personnes dans d’autres endroits. »

6. employé du Secrétariat d’État aux migrations

Lors de notre dernière soirée, nous rencontrerons un membre du personnel du Secrétariat d’État aux migrations (SEM), l’autorité fédérale suisse pour les étrangers à Wabern.

Nous avons un simple dîner. Ensuite, nous prions une prière que ChristNet a publiée dans le cadre de la prière de 40 jours « Pray+Elect 2015 » 5 Exode 3:7 : « Et l’Éternel dit : J’ai vu l’affliction de mon peuple en Égypte… et je suis descendu pour le sauver… Et la prière : « Père céleste, lorsque nous parlons à des personnes de pays lointains, il est très clair pour nous que nous sommes égaux les uns aux autres… ».

L’entretien répond à nos questions et donne un aperçu intéressant sur le contexte d’un emploi chez SEM. Le SEM vérifie les antécédents linguistiques des demandeurs d’asile s’il existe un besoin interne et évalue les performances des candidats interprètes.

Enfin, le groupe envisage les engagements supplémentaires suivants :

  1. Centre fédéral pour les réfugiés à l’Hôpital Ziegler, Berne, dont l’ouverture est prévue au printemps 2016 :
    1. Marche de prière dans la région
    2. Le bénévolat
  2. Restaurant : à la recherche de contacts avec les réfugiés
  3. Invitez une famille de réfugiés de Syrie à dîner.
  4. Proposez une infirmière pour conseiller les réfugiés dans les cas médicaux mineurs.
  5. Proposer le programme du petit groupe dans une nouvelle édition.

Enfin, nous portons tout ce qui nous concerne devant notre Dieu dans la prière, car nous croyons qu’Il a la vue d’ensemble et que tout est sous contrôle.

En fin de compte

Tout au long du processus, la parole de Jésus nous a accompagnés : « Tout ce que vous voulez que les gens vous fassent, faites-le leur ; c’est là que se résume le sens de toute la Bible » (Mat.7,12).

Les paires de termes suivantes sont devenues importantes pour nous :

  1. Culture défensive/culture d’accueil
  2. Orienté vers les problèmes/solutions
  3. Vue du déficit/vue des ressources

Aujourd’hui, nous ne devons pas seulement dire : « Le système d’asile est compliqué » et ensuite continuer à nous défendre ou à chercher des solutions simples. Nous pouvons maintenant dire que nous comprenons mieux pourquoi le système d’asile est compliqué. Nous pouvons donc l’aborder de manière significative et contribuer à des solutions à petits pas.

Jésus nous a montré que tout ce qui est nouveau commence par de petits pas, comme le grain de moutarde qui pousse au-delà de toute idée. Là, nous voyons le royaume des cieux venir.

Aujourd’hui, notre motivation s’est accrue pour nous tourner plus activement vers les réfugiés.


1 : Le petit groupe fait sur mesure est un navire du Vignoble de Berne ; voir http://www.vineyard-bern.ch/angebote/kleingruppen/kleingruppen-nach-mass/.

2 : Voir ChristNet, http://www.christnet.ch/de/content/forum-eine-frohe-bootschaft-die-fl%C3%BCchtlinge-die-schweiz-und-die-christen.

3 : Ibid.

4 : Ibid.

5 : ChristNet, Beten+Wählen 2015, « Woche 6 – Flüchtlingspolitik » ; voir www.christnet.ch/de/content/betenw%C3%A4hlen-2015-0.