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Le 24 mars 2024, des élections présidentielles ont eu lieu au Sénégal avec un résultat porteur d’espoir. Alain Schaeffer, en mission au Sénégal depuis début 2023, explique dans l’article le contexte. Il vit cette passation de pouvoir comme un signe de guidance divine.

Passer en l’espace de 20 jours du statut de prisonniers politiques à président et premier ministre grâce à une élection historiquement gagnée au premier tour, entendre les mots de réconciliation des cœurs, miracle, espérance lors de l’investiture du nouveau président, voir les semaines précédentes une haute instance diriger avec sagesse le cours des choses en corrigeant les écarts autocratiques qui survenaient, cette institution-là prononçant le mot « miracle » lors de la passation de pouvoir: le Sénégal a vécu ces dernières semaines un rêve imprégné d’idéal soulevant l’enthousiasme avec l’accession à sa tête de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Comment ne pas y voir la main divine, en réponse aux prières formulées intensément dans le pays et en dehors ?

Idéal incarné par des hommes droits.

Le programme des nouveaux dirigeants annonce une rupture à plusieurs niveaux : avec la corruption, avec ce qu’il convient d’appeler le néocolonialisme, avec les anciennes pratiques politiques au Sénégal l’empêchant d’être pleinement une démocratie. Ici se retrouve cette quête d’idéal qui a la dimension d’un changement de régime.
Mais qui sont ces leaders pour relever un tel défi ? Après leurs études à l’Ecole nationale d’administration (ENA sénégalaise) ils travaillent tous deux comme taxateurs à l’administration fiscale de leur pays. A l’inverse des pratiques existantes, ils demeurent blancs comme neige par rapport à la corruption. Ils dénoncent au contraire les procédés observés et fondent un syndicat, pour à la fois demander une amélioration des conditions de travail dans le secteur et donner une identité à la profession autre que l’enrichissement personnel…jusqu’à être radié de la fonction publique par le précédent président Macky Sall pour leurs engagements.
Les premiers pas du nouveau gouvernement donnent le ton dans le choix comme ministre de l’Intérieur de l’ancien chef d’état-major de l’armée qui avait refusé en 2021 l’intervention de l’armée pour réprimer des manifestations d’opposants, ce qui l’avait contraint à se retirer de ses fonctions et se retrouver confiné dans la marge. Le ministre de la Justice est l’ancien procureur qui avait pris en compte une plainte d’Ousman Sonko pour procédés viciés lors de sa mise en accusation pénale dans le but de l’écarter de la sphère politique à quelques mois des élections présidentielles où les tendances le donnaient gagnant ; le procureur avait été muté pour cette raison. Dès les premiers jours suivants la nomination du gouvernement, une lettre présidentielle envoyée à toute l’administration ministres compris contient les mots clés proclamés en wolof (la principale langue locale) : « Jub Jubal Jubanti » soit droiture, probité, exemplarité, avec un encouragement et une protection pour les lanceurs d’alerte1. La direction est donnée, visiblement dans une volonté de cessation immédiate des pratiques de corruption plutôt que progressive.

Rapport à l’Evangile

Nelson Mandela, chrétien méthodiste, était sorti de 27 ans de prison avec la conscience forgée dans cette épreuve et dans la foi que seule la voie du pardon et de la réconciliation pouvait le conduire à une libération intérieure. Ousman Sonko, Bassirou Diomaye, et leur parti ont comme devise « Le don de soi pour la patrie ». Ousman Sonko, emprisonné pour ses idées comme Nelson Mandela a été conduit une fois aux urgences, une autre fois en réanimation, en raison d’une grève de la faim en guise de protestation, et avait, comme leader de l’opposition et candidat naturel aux présidentielles, prévu les options alternatives au cas où il devait disparaître.

La Françafrique et tout ce qu’elle contient, comme influence politique, économique, militaire est quelque chose de lourd à porter pour toutes les anciennes colonies françaises dont le Sénégal. On en entend beaucoup même de la part de chrétiens matures, modérés de charactère, ici au pays où l’auteur de l’article réside. Le travail d’exposé de cette réalité doit se faire dans l’idéal par les Français eux-mêmes : ce sont avant tout aux acteurs de se pencher sur leur comportement, sur les faits pour ensuite espérer un changement de cap, des réparations, demander pardon si une grâce survient dans ce sens ; et la prière est puissante pour cela ! Pour des personnes qui ne sont pas ressortissantes des pays concernés, l’essentiel est de s’informer, écouter. Wikipédia est un bon outil comprenant dans son article en français la mention de 2 livres écrits par des Français décrivant sans complaisance les faits comme documents de référence2.

S’ajoutant à cette problématique celle de la corruption, ou encore de la répression des opposants au système en place par le régime récemment dépassé, l’Evangile est la solution, ici en terres musulmanes : l’amour du prochain, répondre au mal par le bien, ne pas se venger, le pardon, l’amour de l’ennemi, faire aux autres ce que l’on voudrait que l’on fasse à nous-mêmes,3 voilà ce qui attend à être semé. Et ces thèmes évangéliques font écho aux mots entendus le jour de l’investiture du président énoncés plus haut. Le nouveau gouvernement a un immense travail d’exécution de son programme de renouveau ; à nous chrétiens de relever le défi d’annonce de la Bonne Nouvelle de la vie renouvelée par le pardon à traves ses valeurs fortes.

Tous les hommes ou femmes politiques « n’ont pas la chance » d’avoir fait 27 ans de prison comme Mandela, puisque traduisant par là une transcendance de la foi en une cause écartant la motivation au pouvoir ou au profit personnel dans leur engagement. Croyons, prions, agissons pour que le profil de don de soi des nouveaux dirigeants sénégalais, suscitant la mémoire de l’Homme qui à l’origine a donné sa vie en rançon pour la rédemption de l’humanité, puisse conduire à une transformation des cœurs et des mentalités dans ce beau pays, propulsés dans leur nouvelle fonction le lendemain du lundi de Pâques.

1. La lettre est reproduite dans les médias, ici au bas de cet article : https://teranganews.sn/2024/04/incarner-les-principes-du-jub-jubal-jubanti-la-lettre-du-president-diomaye-faye-aux-fonctionnaires-et-agents-de-ladministration-document/

2. Article intitulé ‘françafrique’ de Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7afrique

3. Que l’on trouve essentiellement dans la Sermon sur la Montagne (Matthieu chapitres 5 à 7)

Foto von Victor Rutka auf Unsplash

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Lors de la conférence StopPauvreté du 6 avril 2024, l’étude Justice et Durabilité, qui a examiné les attitudes des chrétiens face à la justice sociale et à la durabilité, a été présentée. Six personnalités de l’Eglise et de la politique ont commenté l’étude. Parmi elles, Steve Tanner, auteur de ChristNet et président de A-Rocha.

Avez-vous déjà vécu votre électro-choc pour le climat ? Ce moment où vous avez réalisé que c’était du sérieux et que vous deviez vous engager et changer vos habitudes ? Que la qualité de vie de nos enfants en dépendait ? Que Dieu lui-même vous appelait à changer ?
J’ai vécu un tel moment le 2 juin 2007, lors d’une conférence sur le climat organisé par l’Alliance Évangélique Suisse, durant laquelle un Professeur de climatologie a fait un exposé magistral sur la science du climat, et un théologien a apporté les bases bibliques pour agir. Cela m’a impacté.

En 2007, tout était déjà clair :

  • Les causes du réchauffement : le CO2 d’origine humaine.
  • Les graves conséquences sur les écosystèmes et les humains.
  • La compréhension de l’appel de Dieu de prendre soin du climat.

Depuis, le monde s’est mis à agir, les chrétiens ont pris ce thème au sérieux. Mais nous n’allons pas assez vite pour sortir des énergies fossiles, parce que nous ne voulons pas renoncer à nos privilèges, et nous avons peur du changement.

Mon objectif ici est de répondre à 3 questions : en tant que chrétiens et église :

  1. Où en sommes-nous dans notre action pour le climat ?
  2. Quels obstacles nous empêchent-ils d’avancer ?
  3. Quels sont les éléments motivateurs pour nous engager davantage ?

L’étude Justice-durabilité donne des informations intéressantes sur notre action pour le climat. Elle a tout d’abord montré que c’est une préoccupation moyenne pour les chrétiens. Quelle signification en donner ? Que le problème n’est pas si grave ? Ou en bonne voie d’être résolu ?

Au niveau des objectifs durables prioritaires, on remarque des différences entre chrétiens pratiquant qui placent le climat au 3ème rang, et très pratiquants, qui le placent au 5ème rang.

Il semble que plus on est pratiquant, moins on fait du climat une priorité. Nous devons chercher à comprendre pourquoi.

L’étude a montré que certaines postures théologiques pourraient freiner l’action climatique.

La première est la suivante : «L’idée de la recréation du monde a un effet négatif sur le comportement durable des personnes interrogées».

L’Evangile, par exemple Luc 15 :11, qui traite de l’argent, nous rappelle que Dieu s’intéresse à notre manière de gérer les choses terrestres, même si ces dernières sont vouées à disparaître. Si nous sommes incapables de prendre soin de cette Terre, le Seigneur va-t-il nous confier sa nouvelle création ?

Un autre résultat théologique de l’étude est intéressant :

«Les chrétiens qui croient en un Dieu qui contrôle les événements dans le monde ont un comportement moins durable et sont moins préoccupés par le changement climatique».

Dieu est tout puissant, mais pourtant il nous commande d’agir en son nom, comme Matthieu 28 :18 le rappelle. Se cacher derrière la toute-puissance de Dieu pour ne pas agir n’est donc pas faire preuve de piété, mais de … désobéissance.

Cela montre l’importance d’une théologie «du soin à la création» prêchée dans nos églises. Si 65 % des protestants ont déjà entendu une prédication sur le thème de la durabilité, seulement 45 % des évangéliques l’ont eu, nous rapporte l’étude.

J’aimerais poursuivre par trois principes que chacun peut adopter pour agir pour le climat.
Une première étape est de faire notre bilan carbone pour identifier les gros contributeurs de CO2 dans nos vies. Cela nous permet de mettre les efforts aux bons endroits.
Deuxièmement, changer d’habitude est autant important que changer de technologie. Passer à la voiture électrique c’est bien, mais il faut aussi moins l’utiliser et choisir une voiture plus petite.
Finalement, nous devons soutenir les actions collectives tout autant que les individuelles, les deux sont nécessaires. Ce n’est pas un acquis dans les milieux évangéliques souvent défenseurs des liberté individuelle au détriment des actions collectives.

Depuis 2007, notre famille a entrepris un processus de réduction d’émissions de CO2.

  • Habitat : remplacé le chauffage au mazout par le solaire et le bois, et isolé la maison.
  • Mobilité : transports publics, forte réduction des vols en avion, voiture électrique.
  • Nourriture : réduction de viande, consommation locale et de saison.

Notre CO2 familial a fortement diminué, passant à moins de 4 tonnes par personne (moyenne suisse 10 tonnes), sans réduire la qualité de vie ni augmenter nos charges. C’est donc possible de réduire nos émissions. La crise climatique est plus facile à résoudre que d’autres problèmes humains comme les guerres ou la corruption. Les efforts nécessaires sont raisonnables, mais l’impact positif sur notre avenir est énorme.

Pour conclure, comme chrétiens nous avons trois puissants moteurs qui nous aident à avancer :

L’amour → il se manifeste par des actes. Jésus dit : tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’obéissance → la responsabilité pousse à agir. Agir n’est pas douter de la puissance de Dieu, mais faire notre part fidèlement, en ayant foi qu’il fera la sienne.
L’espérance → avoir foi en l’avenir mène à l’action. Vivre avec espérance nous fait entrer dans le changement. Il n’y a plus de sacrifices, mais des nouvelles possibilités.

Dans un monde souvent sans espoir, agir pour le climat est pour nous chrétiens une opportunité de montrer quel Dieu nous fait vivre : un Dieu d’espérance et d’amour. Alors : faisons-le !

Vers le streaming du commentaire de Steve Tanner

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~ 6 min La foi fait-elle une différence ? Oui, les chrétiennes et les chrétiens qui peuvent établir un lien entre la théologie, la spiritualité et la justice ainsi que la durabilité ont un comportement plus durable.

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Il est souvent dit que vouloir changer le monde est utopique, une belle idée irréaliste. Nous avons pourtant vécu dans les pays occidentaux une transformation complète de la société depuis les années 60, avec un renversement dans la quasi-totalité des domaines de la vie.

J’aurai toujours comme référence pour ma vie le film américain « le Cercle des poètes disparus »1 : faire sauter les verrous, les carcans pour entrer dans un chemin de liberté propre à soi ; vivre la vie en se centrant sur l’essentiel, quitte à déranger.

La révolution de la Contre-culture

Nous étions auparavant, avant les années 60, dans une société autoritaire où la position de l’élu dès l’échelon de maire ou syndic, de l’enseignant, du médecin, du pasteur ou prêtre, de l’officier militaire, du chef de famille, du juge, du policier et des institutions en rapport les plaçaient sur un piédestal. La femme mariée avait un statut équivalent à une personne sous curatelle dans le droit matrimonial de cette époque depuis des générations. Les églises exerçaient un rôle de conduite morale reconnu dans la société en Suisse et il valait mieux être de la confession de son canton de résidence pour ne pas être l’objet de rejet, en particulier dans les villages. Il valait mieux ne pas discuter longtemps face aux personnes en charge des responsabilités qui présentaient la réalité comme étant tel qu’ils l’énonçaient et pas autrement … même quand ils se trompaient. C’était une société caractérisée par un ordre établi peu contestable.

Provenant du Siècle des Lumières (18ème siècle), les libertés fondamentales s’étaient pourtant établies progressivement dans les Etats européens depuis le 19ème siècle : libertés politiques d’expression, de presse, de réunion, d’association, l’idée d’égalité.2 Depuis la Renaissance et la Réforme déjà, le courant pluraliste s’ouvre : retour aux auteurs et à l’architecture de l’Antiquité, plusieurs confessions chrétiennes présentes coexistant désormais si on compte les luthériens, les anglicans, les anabaptistes en plus des réformés et des catholiques ; accès à l’éducation.
A partir des années soixante s’amorce progressivement un renversement de la société autoritaire. C’est une véritable révolution réussie, durable dans ses effets et sans violence à laquelle on assiste. En Europe Mai 68 en est l’origine, aux Etats-Unis on parle de la Contre-culture. En effet on va faire l’inverse d’avant dans quantité de domaines : émancipation et affirmation de l’égalité des droits des femmes, des noirs, des minorités sexuelles, pluralisme spirituel avec l’ouverture aux spiritualités orientales et à l’ésotérisme, démocratisation de l’enseignement, des études, de la police (son rapport aux citoyens changé), prise de conscience écologique, réforme et diminution des effectifs de l’armée en Suisse avec introduction du service civil. La même époque voit l’indépendance des pays colonisés par les puissances européennes 3 et une plus grande considération des peuples autochtones non blancs et des pays du Sud du globe.

Sur le plan de la famille, le nombre de divorce augmente considérablement, l’avortement est légalisé et s’étend, la norme pénale sur l’adultère est abolie en Suisse en 19904.
En 1989 les pays d’Europe centrale et de l’Est sous domination communiste se libèrent à la chute du Mur de Berlin, autre étape clé du processus de libéralisation : 90% des pays d’Europe vivent ou aspirent à être des démocraties libérale l’année même des festivités du bicentenaire de la Révolution française.

La relation avec la foi

La foi chrétienne est associée à la culture que l’on veut contrer et mettre derrière, ce qui entraîne l’engouement pour les spiritualités alternatives à partir de ces années-là5. En lisant Luc Ferry, philosophe français, une notion fondamentale en ressort : Mai 68 va tendre à effacer dans la pensée l’idée de vérité et d’objectivité. Cette thèse est soutenue en affirmant que dans la pensée de Mai 68, une opinion, une conviction ou un exposé théorique partent d’une origine, d’un profil, d’un arrière- plan. C’est l’influence par contacts avec tels milieux et idées, l’historique et la culture propre, voire de l’inconscient de la personne ou groupe de personnes qui définissent le positionnement. Donc il y a déconstruction de l’idée d’objectivé et de la vérité et par là de l’absolu. On ne conçoit ou cerne plus par la question « qu’est-ce que » (c’est) ? mais de « qu’est-ce qui » (est derrière) ? … « D’où tu parles ? » était souvent entendu lors de Mai 68 …6

Pour nous chrétiens c’est par là même la notion de foi qui est contestée puisque la foi repose justement partiellement sur l’invisible (Hébreux 11), le mystère, de même que sont mises en doute la notion de Vérité, et celle des vérités dans les divers domaines de la vie en fonction d’un référentiel modèle qui est la révélation biblique. Cela explique le développement à l’extrême du pluralisme en politique, en éthique, en spiritualité, sur Internet, on pourrait même dire jusqu’aux fakes news et au complotisme. Tout se vaut et se défend. La notion de vrai ou de faux s’estompe. Avec les nouvelles spiritualités, toutes sortes de systèmes et types de spiritualités apparaissent.

La Contre-culture serait-elle de droite ?

Jusque-là on acceptait qu’une part des entreprises relevaient de l’Etat et qu’une réglementation limitée était fixée comme condition- cadre à l’économie, en prenant ici comme exemple la Suisse. A partir des années 90 et la chute du Mur de Berlin, on assiste à des privatisations comme celle de Swisscom ou des Chemins de Fer Fédéraux et à une déréglementation visant à ‘’fluidifier l’économie’’ (comme la libéralisation du travail du dimanche). Le Livre blanc de David de Pury en partie réalisé est un bon illustrateur de ce phénomène des années 90 7 dans la vague de l’Uruguay Round de l’OMC et de la mise en place de la libre circulation des biens, capitaux, services et personnes dans l’Union européenne.

Luc Ferry déclare même que le changement de société n’est pas dû à Mai 68 et ses leaders comme Daniel Cohn-Bendit mais induit par le libéralisme économique qui a cassé les codes (comme en architecture moderne)…thèse intéressante : « En réalité, ‘les contestataires’ revendiquaient le droit au plaisir et aux loisirs, en quoi Mai 68 s’est inscrit dans la longue histoire de la révolte libérale- libertaire des individus contre ces autorités et ces valeurs traditionnelles qui avaient l’inconvénient majeur de freiner l’accès à la jouissance et à la consommation. (…) Il fallait que les valeurs traditionnelles fussent liquidées pour que le capitalisme mondialisé pût s’épanouir. Si nos enfants avaient conservé les mœurs de nos arrière-grands-parents, il est clair qu’ils ne courraient pas après les gadgets qu’on leur fourgue à jet continu sur Amazon. En d’autres termes, sous les pavés, il n’y avait pas de plage8, mais les exigences de l’économie libérale. »9

Comment se positionner face à Mai 68

Beaucoup de changements peuvent être encouragés voire portés par les chrétiens en fonction de la Bible comme le changement de statut des femmes, des noirs, la prise de conscience écologique, les verrous d’autoritarisme qui sautent dans les rapports dans la société, voire la lutte contre l’homophobie. Un vent de liberté a soufflé et on peut reconnaître comme bon et c’est profitable d’être dans une société libre pour vivre sa foi, donner son opinion, avoir son identité personnelle et de groupe respectée.

Maintenant pour ce qui est du Mariage pour tous, la pleine reconnaissance des identités LGBT, l’avortement, la théorie du genre, il y a contradiction avec l’éthique biblique.
L’affirmation souvent exprimée que nous assistons à une perte des valeurs est à relativiser, les luttes et les revendications qui trouvent racine dans les années 60 et 70 portent encore une fois des valeurs souvent positives comme la préservation de la Création ou la lutte contre le racisme. On peut en revanche admettre cette affirmation par exemple concernant l’avortement : « Pro choice » veut dire que la conséquence de la liberté sexuelle n’est pas d’assumer la responsabilité de l’enfant qui peut être conçu et ouvre ainsi à une nouvelle liberté individuelle de choisir ou non de garder un enfant en gestation, or la liberté bibliquement parlant c’est entrer dans une responsabilité envers autrui (Galates 5,13 et suivants). Nous sommes dans une société post Mai 68 où l’individu ou un groupe peut déterminer ses propres valeurs comme à la suite des Lumières c’était l’Etat et la société dominante qui les définissait et progressivement de moins en moins Dieu et la Bible. Ce qui conduit à vivre avec une multitude d’opinions, de théories, de références, phénomène accru avec Internet.
La démocratie libérale est en effet un système politique qui porte bien son nom : à la fois sur le plan politique et économique, nous disposons de beaucoup de libertés.

Nous replacer face à notre origine.

En tant qu’enfants de Dieu, nous vivons dans la révélation que l’être humain tend intérieurement à une totale indépendance depuis l’accès à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, le tentateur lui indiquant qu’il sera comme un dieu (Genèse 3). Par les facultés que Dieu a donné à l’humain, celui-ci peut en effet aller loin par la réflexion, les choix, un mode de vie et l’exercice de toutes les activités existantes dans la société et donc en conséquence établir un monde qui fonctionne. Nous pouvons l’observer au regard de l’évolution de nos nations occidentales depuis plus de 2 siècles (depuis les Lumières et l’industrialisation) qui ont même atteint un degré de développement matériel, scientifique et d’influence plus important que l’ère plus « spécifiquement chrétienne » précédente, du moins jusqu’au début de ce siècle. L’homme et la femme de foi en cultivant la relation avec Jésus-Christ par son Esprit, par sa Parole et d’autres supports vivants cherchent – individuellement et en collectif- en toute choses ce qui est juste (1 Thessaloniciens 5,21 ; 1 Corinthiens 2, Psaume 1), même dans une démarche humaine restant très imparfaite. Nous devons sans cesse à nouveau relever le défi de nous aligner à la pensée de Dieu malgré nos limites dans ce domaine. Nombres de textes mettent l’accent sur la justice et s’opposent à la domination et à l’exploitation (ex. Jérémie 22,3). Notre mission est de poursuivre ce désir de justice sans perdre de vue le Seigneur, et sa folie à lui la croix avec ce qu’elle établit comme valeurs du Royaume qui sont aimer ses ennemis, bénir ceux qui nous persécutent (Matthieu 5), considérer les autres comme supérieurs à nous-mêmes et leurs intérêts avant les nôtres (Philippiens 2), sans déni de l’écart relevé dans la pratique entre cet idéal fou avec ce que nous sommes.
J’aurai toujours en tête le film « le Cercle des poètes disparus », dans ce désir fou de libération de ce qui nous entrave institutionnellement et de par les mentalités ambiantes, mais dans une recherche de conserver les yeux sur Dieu révélé en Christ et malgré les écarts dans la progression à son image.


1. Le Cercle des poètes disparus, de Peter Weir, avec Robin Williams, Robert Sean Leonard, Kurtwood Smith, Ethan Hawke, 1989 https://www.imdb.com/title/tt0097165/?ref_=fn_al_tt_1
2 Mais il y a en début de processus une résistance aux idées libérales avec pour exemple le refus par référendum en Suisse en 1866 de la liberté de conscience, du droit de vote en matière communale et cantonale pour confédérés résidant en dehors de leur canton d’origine, avec du bout des lèvres l’autorisation d’établissement (immigration) de personnes de confession juive. https://www.slatkine.com/fr/index.php?controller=attachment&id_attachment=5543-p.5–7
3 Mettant partiellement fin au colonialisme toutefois
4 Genève avait déjà supprimé le délit d’adultère en 1874 (avant l’unification du code pénal sur le plan fédéral). Ce qui n’empêche que le Code civil suisse exige toujours de nos jours la fidélité en époux (art. 212) et conçoit la relation conjugale comme exclusive, faisant encore de l’adultère un acte illicite même que non condamnable pénalement. Parler sans fondement de quelqu’un comme ayant commis un adultère reste considéré sur le plan pénal comme une atteinte à l’honneur (diffamation). https://www.20min.ch/fr/story/l-adultere-reste-un-acte-illicite-en-suisse-246498216429
A noter encore que jusqu’en 1965 en Suisse seules les femmes ayant commis l’adultère étaient condamnables … et non les hommes ! On était encore 2000 après dans le récit évangélique de la femme adultère (Jean 8).
5 Le Livre des sagesses, sous la direction de F. Lenoir, Bayard 2002, article sur l’ésotérisme occidental.
6 Luc Ferry, Alain Renaut, La Pensée 68, Gallimard, 1988, p.43 à 49 sur la généalogie et la dissolution de l’idée de vérité
7 https://fr.wikipedia.org/wiki/David_de_Pury_(%C3%A9conomiste)
8 Un des slogans de Mai 68 était « Sous les pavés … la plage »
9 Luc Ferry « Penser enfin Mai 68 », article paru dans le Figaro du 15 février 2018; faisant référence à son ouvrage « La Pensée 68 » op.cit.

Photo © Donation Gilles Caron, Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie

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Comment voter ? C’est la question que se posent les électeurs ces jours-ci face à une enveloppe de vote qui n’a jamais été aussi épaisse. Nous suggérons des lignes directrices et des conseils concrets..

Un scribe a demandé à Jésus quel était le plus grand commandement. Jésus répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée ». C’est le plus grand et le premier commandement. Mais le deuxième lui est égal : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est à ces deux commandements qu’est suspendue toute la loi et les prophètes. (Matthieu 22.35-40).

L’amour de Dieu et de notre prochain doit être le fil conducteur de toutes nos actions, donc aussi de nos actions politiques. Le bien-être de notre prochain doit être dans notre champ de vision au même titre que notre propre bien-être. Car chaque être humain est créé et aimé par Dieu, chaque personne a la même valeur aux yeux de Dieu. Mais tout le monde n’a pas les mêmes capacités, tout le monde ne peut pas s’imposer de la même manière dans notre monde et veiller lui-même à son bien-être.

Qui doit être soutenu en particulier ?

Qui a particulièrement besoin de notre amour du prochain ? L’Ancien Testament ne cesse d’appeler avec insistance à la protection des veuves, des orphelins, des pauvres, des miséreux, des petits, des étrangers, etc. Aux yeux de Dieu, ils ont particulièrement besoin de protection. Souvent, leur situation est liée à l’impuissance ou à l’esclavage pour dettes. Les prophètes accusent le peuple d’Israël de ce que les forts tentent de faire plier les droits des pauvres et invitent à les aider à faire valoir leurs droits. Ils doivent être nourris par la dîme et l’esclavage pour dettes doit être supprimé à intervalles réguliers.

Dans le Nouveau Testament, Jésus se tourne lui aussi spécialement vers les marginaux et les sans-pouvoir. Il n’a toutefois pas formulé de revendications à l’égard du système politique, car cela n’était guère possible à l’époque.

Assumer notre responsabilité envers les personnes défavorisées

Ici et aujourd’hui, nous avons la possibilité, par le biais d’élections et de votations, de participer à la définition des conditions sociales. Nous avons ainsi une coresponsabilité à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire. Les décisions que nous prenons en tant qu’électeurs et les lois qu’édicte un parlement ont des conséquences concrètes pour nos prochains. La Bible nous conseille de ne pas prendre nos décisions en pensant uniquement à notre propre bien, mais aussi à celui de notre prochain.

Mais qui sont aujourd’hui ceux qui ont le plus besoin de notre voix ? Qui sont les impuissants, les vulnérables, les misérables, ceux qui vont le plus mal ? Les personnes en situation de pauvreté, dont le nombre ne cesse d’augmenter ? Les enfants qui sont plus touchés par la pauvreté que la moyenne, qui ressentent de plus en plus de pression à l’école et qui sont ballottés ? Les migrants, considérés comme un danger ? Les personnes handicapées ? Les moins instruits, qui ont du mal à suivre ? Ou tout simplement les moins performants ? Il est de notre devoir d’aider ces personnes défavorisées à obtenir des chances de vie équitables. Cela peut se faire par la redistribution, par l’empowerment, par un accès simplifié à la justice, etc.

De qui la politique s’occupe-t-elle aujourd’hui ?

La politique peut créer des conditions générales qui aident les personnes défavorisées ou alors qui leur nuisent encore plus. Qu’en est-il aujourd’hui, pour qui fait-on de la politique ? La majorité des partis disent faire de la « politique pour la classe moyenne » – donc pas pour ceux qui ont le plus besoin de soutien. La voix des personnes réellement défavorisées n’est pas entendue. C’est la seule façon d’expliquer,

  • pourquoi les parlements cantonaux et fédéral proposent chaque année de nouvelles baisses d’impôts qui profitent avant tout aux plus aisés et qui sont ensuite économisées sur les aides au logement, les prestations complémentaires à l’AVS et les subsides aux primes de caisse maladie des personnes aux bas revenu,
  • pourquoi il y a un projet parlementaire au niveau fédéral de vider les droits des locataires contre les hausses de loyer
  • pourquoi le Parlement fédéral veut interdire une grande partie des salaires minimums cantonaux, ce qui touche particulièrement les couches les plus pauvres.
  • pourquoi l’idée de créer des caisses-maladie bon marché est propagée, dans lesquelles les personnes à bas revenu seraient poussés, tout en recevant de moins d’accès au système de santé.

Comment faire le bon choix ?

Politik muss denjenigen nützen, die es am meisten brauchen. Sie müssen unsere Aufmerksamkeit erhalten.
La politique doit être utile à ceux qui en ont le plus besoin. Ils doivent bénéficier de notre attention. Mais cela implique d’accorder à chaque personne la même valeur devant Dieu et donc la même attention et les mêmes chances de vie. Or, aujourd’hui, on dit trop vite que chacun doit se débrouiller seul. En certains endroits, les plus faibles dans la société sont même considérés comme un fardeau ou ils sont carrément dévalorisés. Dans les églises, nous entendons parfois dire que les personnes défavorisées devraient simplement se tourner vers Dieu et que « l’État » ne devrait pas assumer les tâches de Dieu. Or, Dieu nous demande de protéger le droit des pauvres et de nous occuper d’eux ! Saisissons donc l’occasion de ces élections fédérales pour soutenir avant tout ceux qui ont le plus besoin de notre aide. Comment le savoir ? Sur le site web indépendant www.smartvote.ch , il est possible d’indiquer ses propres priorités politiques sur un questionnaire, après quoi le site affiche les partis et les candidats individuels qui se rapprochent le plus de l’orientation politique indiquée. Il n’y a donc plus d’excuses. Votez maintenant !

Photo de Kelly Sikkema sur Unsplash

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Touchés par la crise syrienne et encourages par leur foi, Anne-Sylvie et Kim Giolo ont décidé en 2015 de se lancer dans l’aventure de l’accueil de réfugiés à la maison.

Samira*, une jeune Erythréenne est arrivée dans notre famille en 2016, puis, après son départ, Aicha*, d’origine iranienne, et aujourd’hui Fatima, qui vient de l’Afghanistan.

Une expérience quotidienne

Pendant ces différentes périodes, nous avons accueilli ces jeunes femmes au quotidien, partage nos repas et fait des activités ensemble. Ces temps ont donné lieu a beaucoup d’explications, de rires, de bons repas exotiques, et j’ai pu réaliser à quel point le français est une langue souvent pas très logique ! L’accueil en famille est une merveilleuse façon d’aller à la rencontre de l’autre et de s’ouvrir à d’autres cultures. Cela a été très formateur pour nos deux filles qui ont pu réaliser que la vie est très différente ailleurs. Les personnes que nous avons accueillies ont pu comprendre comment fonctionne la culture suisse et apprendre plus vite la langue. Notre famille a servi de pont entre leur origine et la Suisse.

Un ancrage et un tremplin

Cependant, ce que ces expériences nous montrent aussi, c’est qu’il faut éviter d’avoir des exigences de succès ou de rentabilité, mais qu’il faut plutôt aborder l’accueil dans une optique d’accompagnement, pour porter la personne un peu plus loin et témoigner de notre soutien. En effet, les refugies sont souvent passes par des situations de vie très traumatisantes, ce qui les rend fragiles. Avoir des personnes de référence leur permet de trouver un point d’ancrage dans le pays hôte. En habitant avec nous, Fatima a pu se retrouver dans un environnement sûr, stable et tranquille par rapport à la vie en foyer, et se concentrer sur l’apprentissage du français qui constitue la clé de l’intégration. N’ayant fait que trois ans d’école, les cours de français étaient trop durs pour elle au début, mais sont rapidement devenus trop faciles. Elle est récemment passée au niveau A2 et espère pouvoir commencer un apprentissage. Une nouvelle vie commence pour elle, loin des difficultés de son pays d’origine, et c’est une grande chance de pouvoir contribuer à notre manière à ce nouveau départ.

* Noms modifié

Cet article est paru pour la première fois dans le numéro de mars 2023 de la revue « Christ seul« .

Photo de Priscilla Du Preez sur Unsplash

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Aux Philippines, une personne sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. La capitale Manille compte plus de 20 millions d’habitants. De nombreuses personnes vivent dans des quartiers pauvres et des bidonvilles. Plus de 100 000 enfants vivent dans la rue. Beaucoup d’entre eux trouvent moins d’affection et d’acceptation dans leurs familles, également brisées par la pauvreté et le chômage, que dans les gangs de rue, où la lutte pour la survie, les abus, la violence et la fuite dans les substances génératrices de dépendance font partie du quotidien. Jusqu’à présent, le gouvernement philippin n’a offert à ces enfants que la répression et la mort. Onesimo montre de manière exemplaire comment l’amour concret du prochain est une issue plus fructueuse.

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Le numérique est de plus en plus présent dans les relations que nous entretenons avec l’administration. Vous souhaitez obtenir une prime d’activité ? Passez par la « case » virtuelle ! Vous souhaitez entrer en lien avec la CAF ? Commencez par vous créer une adresse email ! En quelques années, la France a fait de rapides « avancées » dans la digitalisation de son administration, le Gouvernement actuel étant bien décidé à passer au « tout numérique » d’ici 2022. Il est poussé/porté par un double objectif : celui d’une part de simplifier – et d’améliorer l’efficacité – des démarches administratives et, par-delà, de faire des économies. Celui, de l’autre, de renforcer l’accès des dispositifs au plus grand nombre. Or, contrairement à ce qui est souhaité, pour de plus en plus de personnes, cette virtualisation de l’administration n’est pas synonyme d’égalité, mais bien de mise à l’écart.

E-exclusion ?

Certaines voix – travailleurs sociaux, représentants associatifs, etc. – se font aujourd’hui entendre pour alerter sur les risques de précarisation induits par la digitalisation accrue – et contrainte – des relations administratives. Les personnes en situation de fragilité cumulent souvent des difficultés d’accès, d’usage et de cognition (littéracie) dans leurs démarches administratives. Elles peinent à accéder au dispositif, à trouver les informations souhaitées de même qu’à entrer en contact et communiquer avec les professionnels. Ces nouvelles injonctions/obligations représentent ainsi autant de nouvelles barrières qui se dressent devant elles, les conduisant parfois à abandonner leurs démarches. Pour peu qu’elles ne disposent pas dans leur réseau de personnes capables de leur servir d’intermédiaire et de les accompagner dans ce dédale technologique, elles peuvent alors se retrouver privées de leurs droits (Défenseur des droits, 2017).

Vers une solidarité numérique ?

Cette situation nous amène à prendre conscience, en tant que chrétiens, des nouveaux visages de la précarité et nous sensibilise aux besoins grandissant d’accompagnement numérique que rencontrent un certain nombre de nos Prochains. Un encouragement à développer et pratiquer l’entraide, également sur la Toile… Plus largement, cette situation nous incite également à réfléchir sur la place et le rôle que notre société – et nous-mêmes – confère à la technologie ; elle représente en cela une invitation à la « prudence » et un appel à la sagesse pour éviter de succomber aux chants de la toute-puissance technologique et pour se garder de lui déléguer de manière irréfléchie de trop grands pans de notre existence. Veillons ainsi à ce que ces technologies ne fassent figure ni de tour de Babel, ni de veau d’or dans nos vies, mais que celles-ci soient de plus en plus des outils au service du plus grand nombre. Et continuons à remettre la conduite de notre existence en premier lieu aux mains de notre Seigneur.

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1092, novembre 2018, www.editions-mennonites.fr.

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Voici une liste de littérature et de liens internet sur la justice mondiale compilée par ChristNet et publiée dans le magazine Insist (octobre 2008 N02, Justice, www.insist.ch).

Littérature

> Gordon, Graham : C’est ce que vous m’avez fait. Le christianisme engagé dans un monde injuste. Brunnen Verlag et TearFund, 2004

> Shane Claiborne : Je dois être fou pour vivre comme ça. Brunnen Verlag, Giessen, 2007 (voir aussi www.thesimpleway.org).

> Justice pour tous ! Equipped 3/2005, Vineyard Magazine, août 2005 (à commander à l’adresse suivante : www.vineyardmusic.com/dach/schweiz/scripts/prodView.asp?idproduct=258)

> Gerster, Richard : Mondialisation et justice. Maison d’édition HEP ; Zurich 2005

> Chester, Tim, et al : Justice, Mercy and Humility. Paternoster ; Carlisle 2002 (anglais, on integral mission)

Liens Internet en allemand

a) Dénominationnel

> www.stoparmut2015.ch : StopArmut est la campagne de l’Alliance évangélique suisse visant à mobiliser pour les pauvres dans le monde.

> www.micha-initiative.de : L’Initiative Micha Allemagne veut inciter les chrétiens à s’engager contre la pauvreté et pour la justice dans le monde.

> www.ChristNet.ch : ChristNet est un forum de chrétiens qui fait campagne pour plus de charité dans la société et la politique.

> www.wjforum.org : Le Forum mondial sur la justice aborde les questions économiques et politiques mondiales afin que la prospérité, la paix et la sécurité soient restaurées sur la base de la loi et de la justice de Dieu.

> www.oikoumene.org/de (Programme à Justice) : Le Conseil œcuménique des Églises cherche à réunir de façon nouvelle les engagements en faveur de la justice et de la diaconie et de l’intégrité de la création.

> www.bfa-ppp.ch : Pain pour le prochain œuvre, entre autres, pour le respect des droits de l’homme et le développement durable dans le Sud.

> www.bethlehem-mission.ch : Bethlehem Mission Immensee est une organisation d’aide chrétienne qui ouvre également sa bouche pour aider les personnes défavorisées.

> www.acat.ch : L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture milite pour un monde sans torture et sans peine de mort.

b) Non confessionnel

> www.evb.ch : La Déclaration de Berne œuvre pour la justice mondiale dans les domaines de la responsabilité des entreprises, de la politique commerciale, de l’agriculture et du commerce équitable.

> www.swisscoalition.ch : Le groupe de travail des six principales agences d’aide suisses fournit des informations détaillées sur la politique de développement et les questions de mondialisation.

> www.aktionfinanzplatz.ch : Aktion Finanzplatz Schweiz suit l’argent en Suisse grâce à des recherches, des analyses et des campagnes.

> www.attac.org : Attac lutte contre la domination des marchés financiers mondiaux et travaille sur des modèles économiques alternatifs plus équitables dans le monde entier.

Liens Internet Anglais

> www.speak.org.uk : Speak est un mouvement chrétien de prière et d’action pour la justice sociale en Angleterre.

> www.sojo.net : Sojourners est un mouvement chrétien aux États-Unis qui cherche à mettre en œuvre l’appel biblique à la justice dans l’église et la société (co-fondateur : Jim Wallis).

> www.calltorenewal.com : Call to Renewal est une organisation chrétienne contre la pauvreté et l’injustice, fondée par Jim Wallis.

> www.micahchallenge.org : Le Défi Michée est la plate-forme internationale de l’Appel Michée (voir ci-dessus StopArmut).

> www.bread.org : Bread for the World est un lobby chrétien pour la lutte contre la pauvreté aux États-Unis et dans le monde.

> www.jubilee-centre.org : Jubilee Centre est une organisation chrétienne anglaise de réforme sociale basée sur l’année jubilaire de l’Ancien Testament.

 

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« D’où vient votre farine ? »

Samedi 21 avril, un Forum organisé par ChristNet et StopArmut a eu lieu à Berne. Il traitait du sujet « Partage équitable : chrétiens responsables ? Réponses personnelles, économiques et politiques à la pauvreté. »

Réponse personnelle : commerce équitable

Lors de son intervention, Peter Weidmann de teartrade.ch posa une question provocatrice : « Savez-vous d’où vient votre farine ? » Et d’y répondre aussitôt : « 60% de la farine qu’utilise mon boulanger vient de l’Inde. » Grâce à l’exemple du café il démontre que souvent les prix payés aux producteurs ne sont pas suffisants pour survivre. Il cite alors Jacques : « Vous n’avez pas payé leur juste salaire aux ouvriers qui ont moissonné vos champs. » (5.4) Selon lui, le commerce équitable traiterait le problème à la racine puisqu’on paierait ainsi « le juste salaire » aux plus pauvres, les paysans du sud. Ce qui, en plus, ne nous coûterait pas bien cher : si nous déboursons pour du café équitable un surplus de 20%, cela se traduirait pour le paysan par un dédoublement du montant reçu. En tant que consommateurs, nous aurions le pouvoir d’influencer par nos choix les grands groupes agroalimentaires et les grandes surfaces. « Nous partageons avec les plus pauvres du monde. Ce sont nos prochains » dixit Weidmann.

Réponse économique : la microfinance

Karl Rechsteiner, Oikocredit, montra, exemples à l’appui, comment des microcrédits de quelques dollars peuvent représenter l’apport nécessaire à la création de petites entreprises en Afrique et en Amérique du sud. C’est le cas de cette orpheline de 22 ans à Accra (Ghana) qui doit nourrir son frère et sa sœur. Grâce à une banque de microfinances, elle a pu ouvrir un salon de coiffure qui compte aujourd’hui 10 employés. Ou encore ce village dans les montagnes du Pérou où la création d’une usine de vinaigre artisanal devint ainsi possible. M. Rechsteiner appela les chrétiens et les Eglises à placer leurs réserves selon des critères éthiques et de préférer les instituts de microfinances ou les petites banques locales aux grandes banques.

Réponse politique : des règles justes pour le commerce international

Markus Meury, coordinateur de StopArmut et membre de ChristNet, releva le déséquilibre politique du commerce international. D’une part, les pays pauvres n’auraient pas les ressources pour obtenir les informations et les conseils nécessaires lors de négociations d’accords commerciaux. D’autre part, la libéralisation continue du commerce international nuirait à l’économie de ces mêmes pays puisqu’elle ne serait pas assez forte pour être exposée à la concurrence internationale. D’ailleurs les économies américaine, européenne et asiatique aussi se seraient d’abord construites à l’abri de la concurrence. M. Meury appela la Suisse d’abandonner sa politique des intérêts propres afin de promouvoir des règles du commerce international qui sont en faveur des pays les plus faibles.

Limites du partage

La table ronde fut introduite par Christian Waber, conseiller national UDF, qui soutint qu’au vu des dettes de la Confédération à hauteur de 133 milliards de francs, on ne pouvait pas dire que la Suisse était dans le superflu, mais plutôt dans une consommation au-dessus de ses moyens. Il a été répondu qu’en Suisse le revenu moyen était de 400 fois plus élevé que dans les pays pauvres.

Un participant suggéra que la meilleure réponse à la pauvreté serait la conversion des cœurs et la promotion des valeurs chrétiennes. On y répondit : « Il faut l’un et l’autre : un engagement spirituel et pratique ; nous pouvons acheter équitable, placer notre argent dans des institutions de microfinance et nous engager pour des règles du commerce international plus justes. » La discussion vive fut appréciée pour sa franchise et son ton constructif.

Une participante se réjouit : « Ce Forum fut pour moi une découverte : maintenant je sais qu’à travers mes achats quotidiens je peux faire une différence. »

 

ChristNet est un Forum chrétien traitant du social, de l’économie, de l’environnement, de la culture et du développement. En vue des élections nationales 2007, ChristNet lance une pétition qui demande au Conseil fédéral de placer le partage au centre de la politique suisse (www.assez-pour-partager.ch).

StopArmut2015 est la campagne de l’Alliance évangélique suisse pour promouvoir la réalisation des objectifs du millénaire de l’ONU et travaille depuis plusieurs années afin que les chrétiens s’engagent à combattre la pauvreté dans le monde. En Suisse romande, la campagne s’appelle StopPauvreté.