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Dans une première partie consacrée au même sujet, publiée le 18 décembre 2025, notre auteur s’est penché, d’un point de vue sociologique, sur la question de savoir pourquoi les chrétiens soutiennent régulièrement des figures autocratiques. Il approfondit désormais le sujet d’un point de vue théologique.

Vu de l’extérieur, ce phénomène semble étrange : c’est précisément dans les milieux religieux, qui prônent l’amour du prochain, la miséricorde et les enseignements de Jésus, que les politiciens autoritaires trouvent souvent leurs plus fidèles partisans. Cela est particulièrement évident aux États-Unis, où une grande partie du mouvement évangélique considère Donald Trump comme un « instrument de Dieu ».
La question n’est pas seulement politique, mais aussi profondément théologique : pourquoi les croyants sont-ils enclins à faire confiance aux dirigeants autoritaires ? Et comment cette tendance peut-elle être examinée d’un point de vue chrétien critique ?

  1. L’attrait de l’autoritarisme : quand le pouvoir inspire confiance sur le plan religieux
    Depuis des années, les théologiens et les sociologues des religions soulignent que certaines images de Dieu influencent le comportement politique. Dans le contexte de l’Ancien Testament en particulier, Dieu apparaît comme un souverain universel, un roi qui combat, juge et exige une loyauté absolue (cf. Ps 2). Cette conception du pouvoir procure un sentiment de sécurité et d’identité – et elle est profondément ancrée dans la tradition chrétienne.
    Pour de nombreux croyants, cela crée une familiarité intuitive avec le pouvoir absolu. Pour ceux qui croient en un souverain souverain, un leader politique fort ne semble pas étrange au premier abord, mais plutôt structurellement familier. Si celui-ci utilise en outre une rhétorique religieuse, il apparaît souvent comme le représentant terrestre de l’ordre divin. Le lien entre autoritarisme religieux et autoritarisme politique n’est donc pas inévitable, mais explicable.
  2. La piété légaliste et la traduction politique de « Law and Order »
    La Torah, un système complexe de commandements, de prescriptions et de normes morales, est au cœur de la conception du monde et de Dieu dans l’Ancien Testament. La vie religieuse d’Israël était marquée par des frontières claires, des exigences morales et une structure normative forte. Le psaume 119 célèbre cet ordre divin dans de nombreux versets. Cette empreinte morale et normative se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux milieux chrétiens conservateurs. Dans ces milieux, l’action politique est évaluée sous l’angle de la préservation de l’ordre moral.
    Lorsqu’un homme politique annonce des règles claires, une application stricte et une discipline morale, il répond à un besoin familier dans le domaine religieux. La complexité et l’ambiguïté, conditions fondamentales d’une société pluraliste, sont en revanche perçues comme menaçantes ou pour le moins dérangeantes. Il en résulte une affinité pour les politiciens qui utilisent une logique manichéenne : ils semblent moralement cohérents, tandis que les politiques nuancées sont souvent perçues comme faibles ou floues.
  3. La peur comme catalyseur théologique
    Les recherches sur l’autoritarisme politique montrent que plus l’incertitude est forte, plus le désir d’ordre est grand. Les chrétiens ne font pas exception à la règle, bien au contraire : les milieux religieux réagissent de manière particulièrement sensible aux changements sociaux qui semblent remettre en question l’orientation morale, les structures familiales ou l’identité culturelle. La migration, la mondialisation, les changements moraux ou l’accélération technologique peuvent être perçus comme une menace. C’est précisément dans ces moments-là que « l’homme fort » devient attrayant. Il ne promet pas le dialogue, mais la décision. Pas des processus, mais des résultats. Pas de complexité, mais de la clarté.
    Cela rappelle fortement les expériences religieuses d’orientation et de guidance – mais sans leur profondeur spirituelle. Le parallèle est toutefois trompeur : alors que l’orientation divine se caractérise par l’amour et le pardon, la politique autoritaire repose généralement sur la peur et la ségrégation.
    Les cultures religieuses, caractérisées par une forte orientation vers la loi, des prétentions à la vérité absolue et une image hiérarchique de Dieu, ont tendance à accepter les structures autoritaires dans le monde entier. C’est pourquoi le phénomène du piège du dictateur est également perceptible dans d’autres religions et cultures, telles que l’islam ou l’hindouisme.
    Le national-socialisme en Allemagne a montré à quel point ce modèle peut être dangereux. Sous la République de Weimar, les chrétiens craignaient non seulement l’instabilité économique et politique, mais aussi la décadence morale et le chaos social. L’attitude autoritaire d’Hitler, sa promesse d’ordre et de restauration nationale ont trouvé un écho favorable auprès de nombreux chrétiens. L’« Église confessante » était minoritaire. La majorité a adhéré, activement ou tacitement, à un régime qui, d’un point de vue chrétien, contredisait sans ambiguïté l’esprit du Christ.
  4. La correction christologique : pourquoi Jésus est le contre-modèle du leader autoritaire
    Le point spirituel décisif est le suivant : l’éthique politique chrétienne ne peut être dérivée du concept de domination de l’Ancien Testament. Elle doit être fondée sur le Christ. Cela signifie que Jésus est au centre de la formation du jugement politique.Le Nouveau Testament présente un Messie
    · qui renonce au pouvoir au lieu de l’instrumentaliser,
    · qui refuse la violence au lieu de la légitimer religieusement,
    · qui recherche les groupes marginaux au lieu de les exclure,
    · qui aime ses ennemis au lieu de les détruire,
    · qui recherche le dialogue au lieu de durcir les fronts,
    · qui renonce au sacrifice au lieu d’exiger des sacrifices.Le nettoyage du temple – souvent utilisé à tort pour justifier la « colère sacrée » – est, d’un point de vue théologique, une exception et non un principe. Le pouvoir de Jésus n’est pas autoritaire, mais doux, non pas dominateur, mais au service des autres. Jésus représente ainsi un contre-modèle radical aux figures autoritaires.
  5. Conséquences pour la formation du jugement politique des chrétiensLes chrétiens sont invités à prendre des décisions politiques non pas par peur, nostalgie ou alarmisme moral, mais par maturité spirituelle. Cela signifie :
  • Auto-évaluation critique
    Quelles sont mes préférences politiques qui sont dictées par la peur ?
Lesquelles sont dictées par mon besoin de contrôle ?
Lesquelles sont dictées par mon image de Dieu ?
  • Le Christ comme clé herméneutique
    Le style de gouvernance et de vie d’un homme politique correspond-il à celui de Jésus ?
Traite-t-il les faibles avec dignité ?
Promouve-t-il la vérité, la miséricorde et la justice ?
  • Sensibilité à l’abus de pouvoir
    La foi chrétienne est fondamentalement critique à l’égard du pouvoir humain.
Quiconque accumule du pouvoir doit donc être évalué avec une attention particulière.
  • Promotion des vertus démocratiques
    Le dialogue, le pluralisme et le compromis ne sont pas des faiblesses, mais le reflet de la dignité humaine. Ils correspondent à la manière dont Jésus prend les gens au sérieux, même ses adversaires.
    Les chrétiens ne tombent pas dans le piège des dictateurs parce qu’ils seraient mauvais ou irréfléchis. Ils y tombent parce que certains modèles religieux peuvent être détournés à des fins politiques : le besoin d’ordre, le désir d’orientation et la peur de l’inconnu. Le moyen de sortir de ce piège ne passe pas par l’idéologie, mais par la théologie. Par Jésus-Christ. Par sa manière de régner. Par sa manière d’être humain. Ceux qui le suivent ne vénèrent pas le pouvoir sans discernement. Ceux qui le contemplent ne font pas de la peur leur référence, mais de l’amour. Et ceux qui le prennent au sérieux voient clair dans toute forme de séduction autoritaire.

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Un regard sur l’histoire et le présent le révèle : les chrétiens aiment suivre des dirigeants autoritaires. Quelles en sont les raisons ? Martin Benz se penche sur cette question.

Pourquoi les chrétiens aiment-ils tant élire des dictateurs ? Cette question est bien sûr provocatrice, et je ne veux en aucun cas insinuer que tous les chrétiens agissent ainsi. Il est néanmoins intéressant de constater que parmi les croyants conservateurs, nombreux sont ceux qui ont tendance à voter pour des dirigeants forts ou des autocrates, des personnes comme Trump, qui détiennent la vérité et racontent leur propre histoire.

C’est ce que nous observons actuellement aux États-Unis, où Trump bénéficie d’un fort soutien de la part des « évangéliques blancs ». Ce groupe le soutient sans réserve et représente un important potentiel électoral. Nous avons observé le même phénomène aux Philippines avec le président Duterte, un dirigeant très rigoureux et impitoyable qui a été élu dans le pays le plus catholique du monde avec le soutien de la majorité catholique. Au Brésil, le président Bolsonaro a pu compter sur un large soutien des évangéliques pentecôtistes. Il en va de même pour Poutine en Russie, qui est soutenu par l’Église orthodoxe, ou pour le parti conservateur de droite en Pologne, en collaboration avec l’Église catholique. Malheureusement, nous retrouvons également cette tendance en Allemagne, où de nombreux chrétiens sympathisent avec l’AfD ou votent même pour ce parti.

Quelles en sont les causes ?

À quoi cela est-il lié ? Pourquoi les chrétiens sont-ils si vulnérables au « piège du dictateur » ? Voici trois explications possibles :

  1. La conception de Dieu dans l’Ancien Testament
    D’une part, cela a à voir avec notre conception de la souveraineté de Dieu, qui est fortement influencée par l’Ancien Testament. Dans ce dernier, Dieu se présente souvent comme le souverain absolu : le Dieu tout-puissant, le souverain du monde entier, qui se tient devant son peuple et détruit ou destitue les autres peuples ou dieux. Dans les Psaumes en particulier (par exemple le Psaume 2), nous trouvons des passages qui parlent de cette souveraineté illimitée. Même lorsque les peuples se rebellent, Dieu consolide son règne et met fin à la résistance. Tous doivent se soumettre ; sa volonté est absolue.
    Cette image de la souveraineté absolue de Dieu nous est familière et nous procure un sentiment de sécurité : lorsqu’on appartient à ce Dieu, on est du côté des vainqueurs. Cela a des aspects positifs, tels que la sécurité et le soutien. Mais lorsqu’on s’est habitué à cette forme de souveraineté absolue, une souveraineté terrestre qui a ce caractère « militant » ou absolu nous semble également familière. Un chrétien n’est pas aussi réticent face aux structures autoritaires sur terre. Si un dirigeant suggère en plus qu’il agit au nom de Dieu, de nombreux chrétiens se disent : « C’est un homme dont nous avions besoin. » Même si les libertés sont restreintes ou les minorités opprimées, tant que les chrétiens peuvent pratiquer leur religion, cela est accepté.
  2. Le désir de « loi et ordre »
    Une deuxième raison est que, dans l’Ancien Testament, le règne de Dieu repose fortement sur des lois, des commandements et des prescriptions. Il existe une conception morale élevée, définie par des instructions claires (la Torah). Ce principe de « loi et ordre » est loué dans l’Ancien Testament (par exemple dans le Psaume 119). Les règles sont perçues comme positives et les infractions sont sévèrement punies.
    Lorsqu’un dirigeant terrestre met l’accent sur les règles, les lois et « l’ordre public », cela convient parfaitement aux chrétiens conservateurs. Ils se sentent obligés d’élire quelqu’un qui affiche une « position claire » et qui instaure l’ordre. Un dirigeant qui semble « mou » leur inspire de la méfiance.
    C’est également un problème pour l’Église, qui a pris l’habitude de se poser en moralisatrice. Cela explique pourquoi le scandale des abus sexuels dans l’Église catholique pèse si lourd : ceux qui se présentent comme des moralisateurs et prêchent des règles strictes (par exemple en matière de remariage) perdent énormément de crédibilité lorsque des crimes sont commis dans leurs propres rangs.
  3. Le facteur peur
    Le troisième aspect est étroitement lié au deuxième : la peur. Plus nous nous sentons déstabilisés – que ce soit par le pluralisme, la mondialisation ou des conditions incertaines –, plus nous apprécions le retour de « l’ordre public ». Lorsque le monde devient chaotique et que les anciennes certitudes s’estompent, les gens réclament un « homme fort » qui leur offre une orientation. Ils acceptent que d’autres en fassent les frais, l’essentiel étant que leur propre système d’ordre soit rétabli.
    En période de crise, les pays sont particulièrement vulnérables aux dictateurs. Malheureusement, on se rend souvent compte trop tard qu’on a élu la mauvaise personne, c’est-à-dire lorsque nos libertés sont restreintes. Comme les chrétiens sont habitués à ce que Dieu leur donne des repères et une sécurité grâce à des instructions claires, ils sont moins réticents à l’égard des dirigeants qui se montrent tout aussi autoritaires.

Parallèles historiques et interreligieux

Ce « piège dictatorial » ne concerne pas seulement les chrétiens. D’autres religions ayant une image similaire de Dieu y sont également sensibles, comme l’islam conservateur (par exemple l’État islamique, l’Iran ou la Turquie). Plus les gens sont « pieux », plus ils sont enclins à accepter des formes de gouvernement absolues où la religion et l’État ne font qu’un.

Nous avons également fait cette expérience en Allemagne. Après la Première Guerre mondiale, l’instabilité économique et politique a conduit de nombreux chrétiens à tomber dans le piège du dictateur et à voter pour Adolf Hitler. Seule une minorité au sein de l’Église confessante a compris cela. Pour la plupart, l’idée d’un pouvoir absolu et d’une « ligne claire » n’était pas étrangère.

Je peux facilement dire cela aujourd’hui depuis mon bureau. Je ne sais pas comment j’aurais agi à l’époque et si je n’aurais pas suivi le mouvement. Il est donc d’autant plus important que nous réfléchissions aujourd’hui et que nous comprenions ces mécanismes afin de ne pas retomber dans ce piège.

Jésus comme modèle politique

Je pense que pour notre éducation politique, nous n’avons pas besoin de l’Ancien Testament, mais de Jésus-Christ. Jésus a vécu un tout autre type de règne. Il était modeste, doux et humble de cœur. Son attitude envers les marginaux, les faibles et les pécheurs est pour moi programmatique. Sa critique de l’establishment religieux, qui cherchait à se rapprocher du pouvoir, est également novatrice.

Certains objecteront : « Mais Jésus a chassé les marchands du temple à coups de fouet ! » C’est vrai, mais cette scène est une exception, elle ne reflète pas le programme de sa vie. Ceux qui sont fortement influencés par l’image du souverain de l’Ancien Testament se précipitent sur cette scène, car elle correspond à leur propre vision du monde. Mais en Jésus, nous rencontrons un homme doux qui rejette toute forme de domination violente. Il n’appelle pas des légions d’anges, il ne riposte pas. Il est le pivot de notre éducation politique.

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L’Église et l’État, tiraillés entre leurs missions En Suisse, nous parlons d’une séparation entre l’Église et l’État, qui doit permettre la liberté de religion et la neutralité de l’État. Mais si leurs missions respectives viennent à se confondre, cela peut avoir de graves conséquences pour l’ensemble de la société.

Pour comprendre les relations actuelles entre l’Église et l’État dans le monde occidental, il faut se plonger dans l’histoire de l’Église. En effet, la révolution papale de la fin du XIe siècle a marqué le début d’une lutte sans fin entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel qui, selon Klaus Roth, a accéléré la formation du système étatique européen (2006 : 79). L’idée de l’État est donc le résultat d’attentes non satisfaites, selon lesquelles une coexistence harmonieuse entre l’empereur et le pape permettrait de convertir l’humanité entière à la foi chrétienne et d’instaurer un ordre conforme à la volonté de Dieu (cf. Schmitt 1950, 30, 96f.). Bien que la foi chrétienne ait retrouvé une importance centrale dans la formation des États pendant la Réforme et la Contre-Réforme (Roth 2006 : 89f.), l’État s’est émancipé de la tutelle religieuse du christianisme au cours de la Révolution française et est devenu souverain. Selon Ernst-Wolfgang Böckenförde (1982 : 64), la séparation de l’Église et de l’État n’était pas radicale, mais équilibrée. Ainsi, les deux pouvaient remplir leur mission indépendamment l’un de l’autre et interagir : l’État est le représentant de la loi et de l’ordre et l’Église la proclamatrice de l’Évangile.

Influence de l’Église sur l’État

La mission de l’Église, qui consiste à proclamer l’Évangile, est généralement considérée comme apolitique (Böckenförde 1982 : 82). Mais elle peut exercer une influence politique involontaire par le biais de l’effet de l’Évangile sur la société. C’est le cas, par exemple, lorsque des questions de morale et d’éthique sont soumises au vote et que les chrétiens, en tant que citoyens, utilisent leur voix de manière ciblée sur ces sujets (1982 : 83). Grâce à la neutralité de l’État et à la liberté de religion, le christianisme peut continuer à s’impliquer dans la vie sociale et parfois influencer l’ordre juridique (1982 : 66). En effet, les valeurs du christianisme constituent encore le fondement de l’ordre politique dans de nombreux pays occidentaux (1982 : 67f.). L’Église transmet les valeurs, car l’État ne peut le faire sans renoncer à sa neutralité religieuse. Cependant, une société pluraliste attend de l’Église qu’elle traduise ses valeurs de manière à ce que même les personnes sans lien avec le christianisme puissent les adopter et les intégrer dans leur propre vision du monde. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure l’Église doit assumer son rôle de transmetteur de valeurs. Est-elle en mesure de remplir ainsi sa mission d’annonce de l’Évangile ou bien la dénature-t-elle par la sécularisation de ses valeurs ? Pour Böckenförde, une chose est sûre : « Contribuer à l’intégration d’une société pluraliste par la formation d’un consensus approprié ne fait pas partie de la mission spirituelle de l’Église. {…} La fidélité à sa mission peut la contraindre à tenir des propos et à agir de manière désintégratrice » (1982 : 71). Selon lui, l’Église ne doit pas s’engager en faveur de l’intégration d’un fondement libéral et démocratique qui contredit les principes chrétiens.

Tirer les leçons de l’histoire

Récemment, la démocratie en tant que forme de gouvernement a également été critiquée parce que les valeurs laïques ont gagné en influence dans la société et ont donc été plus souvent inscrites dans la loi (par exemple, le mariage pour tous). Cela a suscité le mécontentement de nombreux chrétiens et chrétiennes et un désir ardent de voir le royaume de Dieu s’instaurer sur terre. Il n’est donc pas surprenant qu’ils se rallient à un dirigeant politique qui défend leurs intérêts, ou du moins qui prétend le faire. C’est actuellement le cas, entre autres, aux États-Unis et au Salvador. On y observe de manière très frappante le mélange des rôles de l’Église et de l’État, qui entraîne un abandon des ordres démocratiques au profit de systèmes totalitaires.

Eric Voegelin et Raymond Aron qualifiaient ces régimes violents de « religions politiques » (Maier 2006 : 18). Ils y voient une tentative de donner une dimension quasi religieuse à l’ordre politique et des parallèles avec les modèles de la culture politique et religieuse unifiée de l’Antiquité. « Les régimes totalitaires modernes sont toutefois aussi le visage déformé d’un christianisme perverti, dont il ne reste que l’ordre extérieur, la contrainte et la discipline (2006 : 18f.). Avec leurs soi-disant « doctrines pures », ils auraient imité des développements problématiques de l’histoire du christianisme.

Il ne semble donc pas fortuit que l’émergence de régimes violents modernes s’accompagne d’une résurgence démesurée du culte de la personnalité, de la déification des dirigeants et des martyrs dans le contexte de la politique totalitaire (Maier 2006 : 19). Les événements actuels aux États-Unis illustrent très clairement cette situation. Ce qui ne devait être qu’un grand service commémoratif pour l’activiste et évangéliste assassiné Charlie Kirk a pris une dimension politique inquiétante avec le discours de Donald Trump, dans lequel il a insisté sur la nécessité de se venger de « la gauche radicale ». Ses déclarations contredisaient également celles d’Erika Kirk, qui avait pardonné au meurtrier de son mari (FOX 9 Minneapolis-St. Paul, 2025).

Au vu de ces événements, il est d’autant plus important de se rappeler pourquoi l’État s’est séparé de l’Église au fil des siècles. La séparation des deux institutions reste absolument nécessaire : premièrement, pour une coexistence pacifique au sein de la société ; deuxièmement, pour une liberté de religion qui nous permette, à nous chrétiens, de vivre notre foi publiquement et en privé sans être persécutés ; et troisièmement, pour que l’État et l’Église puissent chacun remplir leur mission. Dans une démocratie, l’État et l’Église peuvent remplir leurs missions, mais dans un système totalitaire, elles se dissolvent. Comme l’histoire nous l’enseigne, les régimes totalitaires sont souvent pseudo-chrétiens et imprégnés d’hérésies favorables au dirigeant en place. Tirons les leçons de l’histoire et prenons au sérieux l’avertissement de Hermann Heller : « L’État ne peut devenir totalitaire que s’il redevient un État et une Église en un, mais ce retour à l’Antiquité n’est possible que par un rejet radical du christianisme » (1929 : 56).

Engageons-nous donc en faveur d’une démocratie saine, imprégnée des valeurs chrétiennes, en Suisse, afin de pouvoir continuer à remplir notre mission d’annonce de l’Évangile !


Sources

Böckenförde, E-W. (1982) : État, société, Église. Dans : Böckle, F., Kaufmann, F-X., Rahner, K. et Welte, B. (éd.) (1982) : Christlicher Glaube in moderner Gesellschaft. Volume 15. Herder Freiburg. Fribourg-en-Brisgau. pp. 64-83.

FOX 9 Minneapolis- St.Paul (2025) : Cérémonie commémorative complète de Charlie Kirk. Youtube (consulté le 22/09/2025)

Heller, H. (1929) : L’Europe et le fascisme. de Gruyter. Berlin. pp. 56.

Maier, H (2006) : Un État constitutionnel démocratique sans christianisme – qu’est-ce qui serait différent ? Dans : Brocker, M., Stein, T. (éd.) (2006) : Christentum und Demokratie. WGB (Wissenschaftliche Buchgesellschaft). Darmstadt. pp. 18-19.

Roth. K. (2006) : Ordnungskrise von Kirche und Reich und die Genese des modernen Staates. Dans : Brocker, M., Stein, T. (éd.) (2006) : Christianisme et démocratie. WGB (Wissenschaftliche Buchgesellschaft). Darmstadt. pp. 79-92.

Schmitt, C. (1950) : Le nomos de la terre dans le droit international public. Dunker & Humblot. Berlin. pp. 30, 96f.

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Il existe un dicton selon lequel toute fête peut être gâchée dès lors que l’on commence à débattre de politique ou de religion. Mieux vaut donc éviter de mélanger les deux. Mais cela vaut-il également pour notre époque mouvementée ?

Nous vivons une période troublée sur le plan politique. Cela soulève la question suivante : être chrétien de manière crédible exige-t-il aujourd’hui une conscience et un engagement politiques accrus ? La profession de foi en un Dieu qui se présente à nous comme le créateur du monde nous oblige en fait à avoir une relation consciente avec ce qui se passe dans ce monde. Et le commandement de l’amour du prochain est aussi automatiquement une question politique. Car nous ne vivons pas pour nous-mêmes, mais sommes intégrés dans une société dont la forme est toujours négociée politiquement.

Négocier le cadre politique

Pour les chrétiens, le thème de la foi et de la politique reste néanmoins un terrain miné. Nous ne pouvons nier que l’interaction entre l’Église et le pouvoir politique a engendré de la violence et souvent déformé l’Évangile de manière grotesque. Et aujourd’hui encore, la question « Que dirait Jésus à ce sujet ? » pourrait facilement donner lieu à une discussion critique sur le rôle d’un nationalisme chrétien chez des présidents tels que Poutine ou Trump.
L’espace politique décrit la diversité des processus par lesquels nous organisons notre coexistence en tant qu’êtres humains. Comme les êtres humains ne sont pas automatiquement libres, égaux et dotés d’un discernement mature, les divergences d’opinion et les déséquilibres de pouvoir sont inévitables. La négociation de ces conflits, qui n’est pas toujours pacifique, donne naissance à un système politique qui institutionnalise les rapports de force et cherche à les préserver. Les conflits se déroulent alors dans le cadre du processus politique. Si celui-ci échoue, la violence peut reprendre.

La religion, avec une interprétation sur mesure, a souvent été utilisée comme un instrument de pouvoir afin de garantir, en invoquant un « ordre divin », non seulement les sources du pouvoir – « par la grâce de Dieu » –, mais aussi la docilité des dominés. Seule la sécularisation a séparé ces sphères. Dans la mesure où les systèmes politiques garantissent la liberté de croyance et de conscience, les croyants devraient aujourd’hui non seulement respecter cela, mais aussi l’apprécier. L’interdépendance avec le pouvoir politique n’a jamais été bénéfique au message de l’Évangile.

Qu’est-ce que la politique chrétienne ?

Mais le fait de reléguer la foi dans la sphère purement privée crée une tension. La foi chrétienne n’est pas une promesse individuelle de bonheur et de salut. Elle débouche sur une éthique sociale qui découle de l’appel à une relation d’amour avec son prochain et donc aussi avec le monde. Le fait que des personnes comme Martin Luther King Jr., Dietrich Bonhoeffer, Dorothy Day et bien d’autres se soient engagées avec passion pour changer le monde, portées par leur foi, et aient parfois payé de leur vie cet engagement, en fait à juste titre des modèles. Mais la foi elle-même est souvent source de conflits politiques et de violence.

Le nombre d’interprétations contradictoires des Écritures et d’orientations théologiques rend difficile l’esquisse d’une position politique pouvant être clairement qualifiée de « chrétienne ». Dans certaines formes de ce qu’on appelle « l’évangile de la prospérité », la richesse personnelle est considérée comme une bénédiction divine et la pauvreté des autres comme un manque de bénédiction. D’autres s’inspirent de Matthieu 25,40 : « En vérité, je vous le dis, dans chaque fois que vous avez servi l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Certains chrétiens considèrent les ressources fossiles comme un don divin et leur consommation effrénée comme la volonté de Dieu. D’autres s’inspirent du commandement de préserver la création. Certains déduisent de la Bible une « solidarité inconditionnelle avec Israël », d’autres encore leur engagement en faveur des droits humains des Palestiniens.

Sans vouloir juger de la pertinence théologique respective : nous avons tendance à transposer notre vision du monde et de l’humanité, qui est souvent déjà teintée de politique, dans la Bible, puis à la laisser nous confirmer dans nos convictions. Pour justifier notre engagement politique, nous utilisons alors de manière sélective les passages qui nous conviennent.

Faut-il donc renoncer à la politique chrétienne et choisir plutôt la voie proposée par la laïcité, celle d’une foi purement privée ?

La politique de Jésus nous interpelle

Or, l’invitation à suivre le Christ ne se limite pas à une formule de confession. La vie de Jésus ne doit pas seulement nous permettre de découvrir les traits de caractère de Dieu, mais aussi, à travers son exemple, de déterminer comment nous voulons façonner notre relation à Dieu, à notre prochain et au monde. La question bien connue « Que ferait Jésus ? » ne nous fournit bien sûr pas de réponses concrètes pour toutes les situations de la vie quotidienne, y compris les questions politiques. Mais tout comme le Christ lui-même utilise souvent des paraboles et nous laisse jusqu’à aujourd’hui le soin d’en comprendre le sens profond, une foi sérieuse implique toujours de se laisser interpeller par le Christ.

Se laisser interpeller par le Christ signifie remettre en question ses propres préjugés de manière critique. La manière dont Jésus lui-même a vécu et traité ses semblables nous enseigne une éthique sociale qui devient inévitablement politique. Selon la situation, cela amènera les gens à adopter certaines positions politiques et à s’engager en conséquence. Il est possible que cela ne corresponde pas toujours à ce que d’autres en déduisent.

Éviter les durcissements

On peut le regretter, mais cette diversité exprime peut-être quelque chose de la liberté et de la vivacité de la foi. Car le défi reste de ne pas laisser une position politique fondée sur la foi se transformer en idéologie ou en programme politique rigide. Chaque fois que le christianisme l’a permis, le Christ lui a fait échec à un moment ou à un autre. Le Christ ne peut être accaparé : c’est nous qui devons être accaparés ! Cela signifie que, quelle que soit la force avec laquelle je crois être parvenu à une position politique définitive grâce à ma foi, je dois sans cesse me confronter à la nature de Dieu révélée dans le Christ. C’est un processus vivant qui ne s’arrête jamais, tout comme dans un mariage, le « oui » ne se prononce pas une seule fois lors de la cérémonie, mais doit être répété sans cesse dans la pratique.
Cela est d’autant plus vrai que la politique motivée par la religion d’autres personnes, qui ne nous convient pas, nous montre qu’il existe de nombreuses interprétations et que la probabilité que nous seuls ayons raison est plutôt faible.

La politique chrétienne n’est pas arbitraire

Même si la gauche comme la droite, la monarchie, la dictature et même les démocraties peuvent parfois se référer à la Bible, cela n’entraîne pas pour autant un relativisme politique. Avec l’humilité de savoir que nous n’avons peut-être pas toujours clairement la vérité de Dieu de notre côté, nous sommes en accord avec les passages clés de notre tradition : nous « luttons avec Dieu » comme Jacob. Nous admettons, comme Job, que beaucoup de choses nous laissent perplexes. Nous désespérons avec le Christ à Gethsémani : « Que ta volonté soit faite. » Et pourtant, Dieu ne reste pas un mystère insondable lorsqu’il s’agit de notre attitude envers le monde et notre prochain. Suivre le Christ, c’est s’inspirer autant de ses actes envers son prochain que de ses enseignements.

Un christianisme compris de manière holistique ne peut pas se soustraire aux questions politiques. Mais il ne peut pas non plus ignorer que le mélange de la foi et de la politique a souvent eu des conséquences désastreuses au cours de l’histoire, et que nous avons encore aujourd’hui tendance à choisir nos convictions politiques en fonction de notre foi. Mais s’il existe une ligne directrice qui nous corrige sans cesse, c’est bien une personne centrale : Jésus-Christ lui-même.

Cet article a été publié pour la première fois sur Insist.

Photo de couverture par Lummi.ai

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À la recherche de boucs émissaires plutôt que de disciples de Jésus

Cet article fait suite à « Nationalisme de droite chez les chrétiens en Suisse ? » publié le 24 septembre 2025. Cette fois-ci, trois courants de pensée répandus dans la sphère chrétienne suisse sont présentés et examinés d’un œil critique.

Les chrétiens américains ne sont pas les seuls à risquer de se laisser séduire par les promesses de salut de l’extrême droite. Les chrétiens suisses entretiennent eux aussi des mythes historiques qui n’ont rien à voir avec la foi biblique en Jésus. Voici trois thèses de ce type largement répandues parmi les chrétiens suisses :

« La Suisse est unique et privilégiée par Dieu. C’est pourquoi la souveraineté populaire est garante de liberté et de prospérité. »

Jusqu’à la fin du XXe siècle, l’opinion selon laquelle la démocratie directe suisse était la meilleure gardienne des droits humains, car les citoyens déterminaient leur ordre juridique, était presque unanimement partagée. Elle constituait donc également la meilleure protection contre les abus de pouvoir et la corruption, car les politiciens ne pouvaient pas se permettre d’agir à leur guise sans être remarqués.

La démocratie directe est un remède universel contre la méchanceté humaine et le « peuple » est élevé au rang de garant transcendantal de la vérité et de la justice. Cette opinion est également partagée par les chrétiens. En effet, Dieu aurait protégé notre pays pendant deux guerres mondiales et son importance découlerait de sa création, de sa situation au centre de l’Europe, de son drapeau avec la croix, de sa structure politique, de ses valeurs et de sa culture nationales, de sa prospérité et de son impact humanitaire mondial. C’est pourquoi la Suisse aurait une destinée et une vocation unique.

Il n’existe aucune justification biblique à cette définition ethnique et nationale de la vocation. La communauté du Nouveau Testament a abandonné toute identité nationale et se considère comme le « royaume de Dieu », dans lequel toutes les frontières sont abolies (Éphésiens 2,11-22).

Cette conception fatale de la nation doit être remise en question, tout comme le slogan des Lumières « La voix du peuple – la voix de Dieu ». Depuis sa proclamation en 1789, celui-ci s’est souvent révélé être une illusion tragique.

De plus, nous savons depuis longtemps que le cœur suisse n’est pas un sanctuaire et qu’il peut donc être manipulé. Les limites de la démocratie directe font depuis longtemps l’objet de débats

(a) parce que nous perdons notre code de valeurs commun
(b) parce que l’instrument des référendums et des initiatives populaires peut être détourné
(c) parce que la formation de l’opinion est livrée sans défense à la séduction et à la stimulation des médias. Comment distinguer encore le mensonge de la vérité ?

Les chrétiens ne sont ni des nationalistes ni des idéologues, mais des disciples de Jésus. C’est pourquoi, en tant que citoyens critiques et réalistes, ils mettent sans cesse en garde contre une idéalisation aveugle de la « souveraineté populaire ». Ils obéissent toujours davantage à Dieu qu’à la volonté de la majorité ! L’adoration de Dieu empêche l’adoration des structures politiques ou des formes d’État créées par les hommes !

Les disciples de Jésus-Christ observeront d’un œil extrêmement critique les prétentions absolues des faiseurs d’opinion égocentriques, les intérêts cognitifs de certaines personnes et les lobbyistes avides de pouvoir, et les rejetteront précisément lorsqu’ils cachent leur nature de loups sous une peau de mouton.

« Des forces extérieures et intérieures menacent la Suisse et planifient la désintégration nationale ! »

Le pouvoir des théories du complot

Les scénarios catastrophes et les théories du complot ne sévissent pas seulement sur les réseaux laïques, ils sont également colportés et relayés dans les milieux chrétiens. Les populistes nationalistes de droite s’en servent pour attiser l’égoïsme national et social. Ceux qui connaissent les complots centraux et universels sont toujours du bon côté.

Les thèmes suivants sont actuellement populaires :

  • L’islam utilise délibérément les flux de réfugiés pour conquérir l’Europe.
  • Les migrants, les étrangers et les étrangers infiltrent la culture dominante de la Suisse.
  • La politique de gauche et verte encourage toujours une révolution culturelle radicalement laïque.
  • Le Vatican, le pape et le catholicisme veulent régner sur le monde entier.
  • Les médias diffusent des fausses nouvelles et manipulent l’opinion publique.
  • Les « élites » (Conseil fédéral, juges fédéraux, politiciens) gouvernent sans tenir compte du peuple.
  • La bureaucratie laïque de l’UE veut soumettre la Suisse.
  • Le mensonge du changement climatique causé par l’homme sert l’économie et la finance mondiales.
  • Les juifs riches, les francs-maçons et les sociétés secrètes aspirent à la domination mondiale.

Demandes :

  • Pourquoi les différences, la diversité et la différence deviennent-elles un problème ?
  • Pourquoi les chrétiens en Suisse ont-ils encore tendance à adopter une pensée d’apartheid cachée selon laquelle « nous sommes meilleurs et tous les autres sont inférieurs » ?
  • Pourquoi les étrangers sont-ils toujours, par définition, « pires et plus méchants » que nous ?
  • Pourquoi certains chrétiens ont-ils si peu développé leur capacité à réfléchir de manière nuancée, à mener des recherches approfondies et à réaliser des analyses complexes ?
  • Pourquoi ne fait-on souvent qu’attiser les peurs, les sentiments négatifs et les images hostiles ?

Il serait nécessaire de montrer

  • que le dualisme (vision manichéenne) en tant que mode de vie appartient au paganisme spéculatif [gnose orientale hellénistique].
  • que le terme « nation » n’apparaît pas dans la Bible, mais que l’on y trouve les termes « peuple » ou « peuples – ethnies ».
  • que les caractéristiques essentielles des chrétiens sont l’humilité, l’amour et la tolérance, précisément parce que notre connaissance n’est pas encore parfaite !
  • que l’État-nation n’existe en Europe que depuis le XIXe siècle et que la Suisse n’est une nation volontaire composée de membres de différentes ethnies/peuples que depuis 1815/1848. En 1291, ce n’est pas une nation suisse qui a été fondée, mais une confédération, comme cela a été le cas ailleurs à l’époque (par exemple la « Hanse »).
  • que le « mythe suisse » et les attributs souvent clichés qui y sont associés doivent être démystifiés – non seulement par les historiens, mais aussi par les chrétiens dans leurs communautés.
  • que « personne n’a toujours été là » (Holenstein André et al., Schweizer Migrationsgeschichte. Von den Anfängen bis zur Gegenwart. Baden 2018).

Il existe des boucs émissaires pour les problèmes sociaux et culturels

On entend régulièrement dire que les personnes « inférieures » – étrangers, migrants, demandeurs d’asile, bénéficiaires de l’aide sociale, bénéficiaires de l’AI – sont généralement en partie responsables des problèmes, de la baisse du niveau de vie, du déclin culturel, qu’il y ait des troubles sociaux, que la paix intérieure du pays soit menacée, que la criminalité reste élevée, que le logement se raréfie et devienne inabordable, etc.

Il y a effectivement toujours et partout des « brebis galeuses », plus ou moins nombreuses. C’est pourquoi la politique sociale doit s’attaquer à ces défis, c’est-à-dire aux conséquences de la mondialisation, du néocapitalisme et de la multiplication des conflits armés. Car c’est l’absence de justice distributive générale qui génère de nombreux problèmes, y compris dans notre pays !

Cependant, la vision globalisante et généralisatrice des populistes, qui déclarent « tous ceux-là » coupables, est particulièrement discutable. Stigmatisation des personnes vulnérables, plans de réémigration pour les étrangers, discrimination des personnes dans le besoin, réduction des mesures d’aide sous prétexte « C’est de leur faute ! Ils n’ont qu’à s’aider eux-mêmes ! » Il est scandaleux de justifier tout cela par une dévalorisation indigne de certaines personnes. Mais ceux qui défendent ces idées sur le plan politique remportent malheureusement les élections, acquièrent du pouvoir sur les gens, tombent amoureux de leur popularité et jouent ensuite les « sauveurs pseudo-divins ».

Remarques critiques

  • Quiconque a besoin de boucs émissaires et d’ennemis pour sa politique succombe à une stratégie de projection et se disqualifie lui-même. Le discours politique n’est pas facile avec ces personnes. En aucun cas, de telles thèses et affirmations ne doivent être citées dans les médias.
  • Il faut absolument adopter une attitude critique face à la pensée populiste manichéenne : non pas en condamnant précipitamment les personnes, mais en exprimant une contradiction critique sur le fond. Il n’est pas possible de s’opposer dans le dialogue et la discussion sans examiner de plus près, vouloir comprendre et remettre en question. Si cela est possible de part et d’autre, c’est déjà un grand pas en avant.
  • Le fait qu’un évangélisme national-conservateur blanc et populiste de droite soit en partie responsable de la politique mondiale disruptive actuelle est déjà devenu un fardeau coûteux. Néanmoins, il a des partisans dans notre pays.
  • Le populisme politique de droite ne peut guère être surmonté par des faits, des arguments et des raisonnements logiques. La montée mondiale de l’irrationalité, de l’égocentrisme situationnel et de la spontanéité subjective en politique est effrayante. Les politologues constatent le passage d’un ordre mondial unipolaire fondé sur des règles à un ordre mondial multipolaire sans règles. La Suisse doit trouver sa place dans un ordre mondial en décomposition.
  • Le message de Jésus apporte un contrepoint lorsqu’il oppose le service de la réconciliation à l’exercice du pouvoir par les plus forts et les plus riches. Cela indique clairement ce qu’il faut faire (voir la proclamation des chrétiens américains de 2018, « Reclaiming Jesus »).
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En Europe et en Amérique, l’influence des partis populistes de droite dirigés par des personnalités autocratiques connaît une croissance d’une intensité inattendue. Les idées autocratiques gagnent également du terrain parmi les chrétiens. Qu’en est-il en Suisse ?

Depuis le XIXe siècle, d’innombrables chrétiens ont développé, sur la base de la Bible et de leur foi en Christ, une pensée et une action chrétiennes spécifiques, jusqu’alors inexistantes, en matière de responsabilité sociale mondiale.

Les chrétiens sont aussi des citoyens du monde et de leur pays et ont le droit de s’exprimer sur le plan politique et surtout sociopolitique. En effet, quiconque étudie la Bible de manière approfondie ne peut que se sentir interpellé, voire obligé, par le message des prophètes de l’Ancien Testament, de Jésus et des apôtres à s’engager en faveur de la justice sociale, de la paix et de la sauvegarde de la création.
Toutefois, cela ne doit pas avoir pour objectif de domestiquer la société, la politique et l’économie dans un sens chrétien au sens d’une théocratie, mais plutôt d’être l’expression normale d’une suite concrète de Jésus, afin de servir avec justice, amour du prochain, respect et paix.

Les chrétiens sont de plus en plus actifs dans le nationalisme de droite

En Europe et en Amérique, l’influence des partis populistes de droite dirigés par des personnalités autocratiques connaît une croissance d’une intensité inattendue. Les démocraties ne sont plus des acquis automatiques. Elles sont actuellement transformées en démocraties illibérales par un affaiblissement subtil de la séparation des pouvoirs, de la justice et des parlements. Les forces autocratiques et nationalistes imposent leur programme et laissent les structures démocratiques mourir à petit feu. Les événements récents aux États-Unis et en Europe montrent à quelle vitesse la démocratie peut être démantelée et atteindre les limites de sa capacité de défense.

Les multiples causes de cette évolution font l’objet de discussions, d’évaluations et d’analyses controversées dans tout le pays. Parmi celles-ci, on cite la migration, la perte d’identité nationale, le désenchantement politique, le démantèlement social, le mécontentement à l’égard des élites politiques et scientifiques. Certaines préoccupations sont sans aucun doute justifiées. Mais que se passe-t-il lorsque la perte de confiance manifeste est exploitée pour gagner du pouvoir ? Lorsque les patriotes aiment trop leur pays et que leur nationalisme devient insupportable ? Lorsque la démocratie, les sciences et les politiciens sont discrédités de manière générale et que des mensonges démagogiques sont utilisés pour appeler à la destitution des dirigeants ?

Les polarisations politiques ont depuis longtemps fait leur apparition dans le milieu chrétien. C’est ce que montre la récente publication de Peter Hahne « Ist das euer Ernst? Aufstand gegen Idiotie und Ideologie » (2024). Depuis des années, il se considère comme la voix éminente des citoyens déçus et mécontents et alimente sans relâche ce mouvement de contestation dans les médias, dans ses publications et lors de ses interventions publiques. Ce mouvement compte parmi ses membres de nombreux chrétiens engagés issus d’Églises et d’Églises libres, qui travaillent avec foi et fidélité dans leurs communautés, assistent assidûment et avec enthousiasme aux offices religieux, apprécient la communion ecclésiale, pratiquent l’amour du prochain et prient tout particulièrement pour la Suisse. Ils se considèrent comme conservateurs et nationalistes et votent plutôt pour le centre-droit/la droite que pour le centre-gauche/la gauche.

Cependant, le fait qu’ils adhèrent sans réserve aux idées populistes de droite s’explique par leur conservatisme en matière de valeurs, qui est tout à fait légitime. À cela s’ajoute le fait que de nombreux « orthodoxes fidèles à la Bible » pensent savoir exactement ce que dit la Bible pour résoudre les défis actuels. Beaucoup argumentent avec une « théologie sélective » discutable, qui confirme leur sensibilité et leurs sentiments spirituels ainsi que leurs intérêts subjectifs et leurs convictions pieuses. L’histoire biblique dans son ensemble est décomposée en éléments individuels faciles à manipuler, dont on prend ce qui convient. Des promesses et des engagements sont transférés à la Suisse, alors que dans leur contexte, ils ne concernent que le peuple d’Israël.

La Bible est ainsi fragmentée en petits morceaux faciles à digérer et en éléments idéologiques, et les « thèmes favoris » sont propagés de manière évocatrice.

Ce type de lecture sélective de la Bible n’est pas nouveau pour ceux qui connaissent l’évolution de l’herméneutique, c’est-à-dire l’histoire de l’interprétation de la Bible. L’intérêt pour la connaissance est si fort que de nombreuses, voire très nombreuses déclarations de l’Ancien et du Nouveau Testament sont systématiquement ignorées. C’est précisément pour cette raison que l’on s’inquiète actuellement de savoir si cette pensée et cette action de droite, résultant d’une interprétation restrictive de la Bible, n’ont pas le potentiel de séduire à nouveau les chrétiens sur le plan idéologique. Ceux qui connaissent l’histoire récente de l’Allemagne craignent une répétition fatale. En Europe, sous l’influence négative de Donald Trump, un populisme de droite transnational se profile pour les années à venir.

On observe ici un paradoxe : alors que, par exemple, le sociologue Hartmut Rosa et le politicien de gauche Gregor Gysi sont convaincus1 que seule la religion peut encore sauver la démocratie – « Je ne crois pas en celui qui est là-haut, mais je crains une société sans Dieu », dit Gysi –, depuis le coronavirus, trop de chrétiens se sont retournés contre l’État de droit démocratique actuel. Cela ne doit pas être !

Quiconque étudie la Bible de manière approfondie, systématique et contextuelle est amené à développer une pensée critique, créative et ouverte dans la perspective du royaume de Dieu ! La parole et l’esprit de Dieu triomphent de la crédulité commode qui tombe dans les bras de tout prédicateur itinérant pieux !

Protection systématique de la liberté d’expression

Pendant longtemps, la Suisse a semblé évoluer politiquement vers la droite. Mais entre-temps, des pays comme la Hongrie, la France, l’Allemagne et la Pologne, et surtout les États-Unis, nous ont dépassés sur notre droite.
Dans notre pays, en revanche, les coups de tambour populistes se sont quelque peu atténués. Grâce à une culture de la modestie, du dialogue et du compromis, notre démocratie consensuelle continue de protéger contre le populisme. Le système suisse ne laisse pas de place aux autocrates flamboyants ou aux leaders politiques charismatiques capables de séduire les masses. Lorsque le rédacteur en chef de la Weltwoche tisse des liens avec les autocrates et les nationalistes européens, de la Géorgie à la Grande-Bretagne, cela reste pour l’instant sans importance sur le plan politique, mais pourrait avoir un effet stimulant à plus long terme.
En effet, la Suisse défend systématiquement la liberté d’expression. C’est pourquoi certaines personnes peuvent souvent tenir des propos et adopter des comportements populistes de droite, voire limites. Au sein des partis, cela peut susciter des critiques, mais leurs mandats ne sont pas remis en question.

Ce n’est que lorsque les partis populistes de droite auraient la majorité au Parlement que cela deviendrait problématique. Lorsque le populisme nationaliste de droite accède au pouvoir politique, il exclut systématiquement les dissidents et les minorités et s’en prend aux institutions telles que les médias ou les tribunaux. Actuellement (août 2025), cela se produit aux États-Unis à un rythme sans précédent, qui rappelle l’Allemagne nazie de 1933/34.

La Suisse est encore loin de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Serbie. Il est toutefois déconcertant que les partis conservateurs de droite d’autres pays, comme l’AfD allemand, s’enthousiasment pour le « modèle suisse » et souhaitent mener une politique « proche du peuple ». Ils sont fascinés par la souveraineté populaire dans une « démocratie directe » parce qu’elle permettrait d’activer un fort potentiel de mobilisation populiste. En effet, beaucoup dans ce pays sont fiers de la souveraineté populaire. Elle seule protégerait et défendrait la liberté, l’indépendance et l’autodétermination de la Suisse. Et ceux qui revendiquent le monopole politique pour garantir tout cela provoquent et polarisent régulièrement. Mais nous nous y sommes en quelque sorte habitués, car les forces politiques s’équilibrent encore.


1. Hartmut Rosa, Demokratie braucht Religion (La démocratie a besoin de religion). Kösel 2023.

La suite de ce thème sera abordée dans un autre article.

Photo de engin akyurt sur Unsplash.

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Quelle forme de gouvernement est privilégiée dans la Bible ? Dans son article, le pasteur Simon Grebasch invite les lecteurs à un tour d’horizon de la Bible et esquisse ses réponses.

Principes fondamentaux de l’interprétation biblique
Dans l’interprétation biblique, il faut distinguer entre description et jugement. La Bible décrit beaucoup plus souvent qu’elle ne juge. Ainsi, il n’est pas clair si les tromperies de Jacob envers son frère Ésaü sont considérées comme acceptables ou non. Il est simplement décrit que Jacob a agi de la sorte. Parfois, la manière dont la description est faite (avec prudence et réserve) permet de déduire une éventuelle tendance à porter un jugement. C’est le cas, par exemple, du mépris d’Ésaü pour son droit d’aînesse (Genèse 25,34). Cependant, le livre de la Genèse se contente largement de décrire le frère de Jacob. L’auteur de l’épître aux Hébreux dans le Nouveau Testament est quant à lui sans ambiguïté dans son jugement (négatif) (Hébreux 12,16).
Le plus simple pour l’évaluation est bien sûr lorsque les prédicats opposés « bon » ou « mauvais », ou leurs synonymes, apparaissent explicitement. Une autre difficulté se pose lorsqu’il s’agit de savoir qui est à l’origine du texte et qui l’a évalué. Moïse n’aurait peut-être pas été du même avis que Paul concernant la « bonne » forme de gouvernement. Et en ce qui concerne l’inspiration de la Bible par l’Esprit de Dieu (cf. 2 Tm 3,16), il pourrait s’avérer difficile de faire la distinction entre l’opinion de l’auteur et la parole de Dieu. Un seul auteur biblique déclare clairement ce qui vient de lui et ce qui a été dit par le « Seigneur » lui-même (1 Co 7,10-12).

Dans le cadre de cet article, je ne peux procéder que de manière sélective, mais je vais essayer de le faire de manière exemplaire. Commençons par le premier couple humain biblique dans le jardin paradisiaque de la Création. Certains interprètes considèrent l’état antérieur à la chute comme un état idéal qui doit être rétabli dans le futur royaume de Dieu. Quelle(s) forme(s) de gouvernement pouvons-nous déduire de Genèse 1-3 ? L’État n’existait pas encore. À petite échelle, on peut dire qu’il s’agit d’une forme théocratique : Dieu donne un commandement fondamental et confie des missions. L’homme est responsable devant Dieu. Dans ce cadre, l’homme est très libre et peut décider lui-même. À l’exception d’un seul arbre, il peut consommer toutes les plantes. L’ordre au sein de cette théocratie est donc également libéral et démocratique. On ne constate pas de domination de l’homme sur la femme.

Dans Genèse 10, Nimrod représente pour la première fois une autocratie, un pouvoir humain absolu. Le fait qu’il ait été « le premier tyran sur terre » n’est pas directement évalué, mais l’utilisation du terme « violence » suggère peut-être une tendance. En raison également de sa localisation entre le déluge et la tour de Babel – un autre jugement punitif de Dieu –, on peut déduire une tendance à l’évaluation négative. Par ailleurs, la domination autocratique (arbitraire) est généralement mal vue dans la suite de la Bible.

Lors de la constitution du peuple d’Israël, il y avait le gouvernement du presbytère – le conseil des 70 anciens, qui faisaient également office de juges – avec Moïse à sa tête (Nb 11). Après la formation des 12 tribus d’Israël, on décrit une situation anarchique, sans gouvernement. Des juges sont parfois appelés pour rétablir l’ordre (critarchie).

Comme la situation ne s’améliore pas de manière significative avec les juges, le peuple réclame un roi. Ce souhait se heurte expressément à la volonté de Dieu, mais selon l’auteur du premier livre de Samuel, il est néanmoins accepté par Dieu lui-même, de sorte que la monarchie est finalement instaurée (1 Sa 8+9). C’est un exemple typique de la manière dont le règne de Dieu dans l’Ancien Testament n’est pas décrit comme dictatorial, mais comme dialogique et démocratique. Les monarques eux-mêmes étaient relativement libres d’appliquer la loi mosaïque, qui était considérée comme la loi de Dieu. Ceux qui régnaient de manière impie et arbitraire étaient mal jugés (cf. 1 Rois 16,30 : « Et Achab fit ce qui déplaisait au Seigneur »). À l’inverse, ceux qui régnaient selon les normes de Dieu étaient jugés positivement (1 Rois 15,11 : « Et Asa fit ce qui plaisait au Seigneur »). Les « bons » rois devenaient des modèles du roi du monde promis, le Messie. Des contrepoids critiques au pouvoir royal se formaient dans le sacerdoce et la fonction de prophète, qui étaient toutefois subordonnés au roi.

Après la domination assyrienne et babylonienne et la période d’exil, il n’est plus question de royauté en Israël. À la place, un État religieux est établi par les prêtres (hiérarchie ou théocratie hiérarchique).

Nouveau Testament

Si nous passons au Nouveau Testament, nous trouvons une situation relativement compliquée en raison de la domination étrangère romaine, qui était indésirable : le préfet romain, en tant que gouverneur de l’empereur de Rome, était le plus haut responsable en Judée, où le tétrarque Hérode Antipas régnait également sur les Juifs qui y résidaient. Le pouvoir religieux (sacerdotal) et judiciaire – subordonné au gouverneur romain et au tétrarque (à moitié juif) – émanait du Sanhédrin, un conseil juif composé de 71 membres, dont des prêtres, des scribes et des anciens. Le peuple n’avait aucun droit de participation, sauf s’il était consulté par les dirigeants.

On sait que Jésus acceptait les impôts pour le roi Hérode (Mt 17,27) et l’empereur romain, mais qu’il relativisait en même temps le système existant en postulant qu’il fallait rendre non seulement à César ce qui est à César, mais aussi « à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21). Il s’est attribué le titre de « Kyrios ». Il a également accepté sans contradiction d’autres titres politiques honorifiques tels que Messie, Fils de Dieu ou Roi (des Juifs). Si nous nous basons également sur une compréhension synchrone du texte, Jésus a même revendiqué la domination du monde (Mt 26,63f).

Cependant, on cherche en vain chez lui des déclarations systématiques sur les formes de gouvernement politique. Il ne s’intéressait pas à une forme particulière d’État, mais à la réalisation du royaume de Dieu avec l’éthique de l’amour au centre. Cette éthique a toutefois entraîné une démocratisation : ses disciples suivaient Jésus librement, par consentement, et non par succession, argent ou statut. Nous y trouvons d’autres traits démocratiques tels que l’égalité, les droits individuels, la participation et l’autonomisation. Jésus se définit lui-même comme un « leader serviteur » (cf. Jn 13). Cela n’exclut pas en soi les ordres hiérarchiques. Jésus lui-même a montré l’exemple en tant que leader et est attendu comme le Messie et le roi qui établira le royaume de Dieu.

Les apôtres poursuivent les tendances démocratiques de Jésus. Voici quelques mots-clés et exemples illustratifs :

  • La communauté des biens (Actes 2,42 ss), les concepts importants
  • « Koinonia » (= communauté et participation de la diversité plutôt qu’unité uniformisée)
  • « Ekklesia », le nom que se donne l’Église, qui renvoie à l’assemblée populaire démocratique grecque – à la différence près que chez les chrétiens, tous les croyants, y compris les femmes, les esclaves, les étrangers et même les enfants, en faisaient partie, ce qui était révolutionnaire à l’époque.
  • l’image du « corps du Christ », où le Christ, en tant que tête, se relie à ses membres et où tous ont besoin les uns des autres
  • l’action et le règne de l’Esprit de Dieu dans tous les croyants (Rm 8,14, 1 Co 12,4-7).

Cette dernière peut être qualifiée de « théocratie intérieure ». Il ne s’agit pas ici de soumission. D’un point de vue historique, les théocraties ont toujours eu tendance à déboucher sur la dictature. Ce n’est pas le cas du règne biblique de Dieu : la conception d’un Dieu « pluripersonnel » ou trinitaire (cf. Gn 1,26 ; 18 ; Mt 28,19 ; 2 Co 13,13) rappelle un principe démocratique inhérent à la divinité elle-même. Et la conception de l’état final dans le royaume de Dieu accompli peut être qualifiée de « monarchie démocratique ou théocratie » – avec Dieu ou le Christ-Roi à sa tête (cf. Ph 2,9-11 ; Ap 21+22).

Conclusion

Bien qu’aucun système politique particulier ne puisse être privilégié dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, je pense néanmoins que l’on peut conclure que, du début à la fin de la Bible, les formes socio-démocratiques de coexistence et de gouvernement sont privilégiées, sous la supervision simultanée du bon Dieu et de son Messie ou Christ (théocratie christocentrique). Les formes autocratiques sont mal vues. Ce n’est toutefois pas le cas des ordres hiérarchiques, s’ils sont structurés de manière compétente et s’engagent à respecter l’éthique de l’amour et de la dignité égale de tous les êtres humains (cf. Gn 1,27 ; 9,6), « afin que tous en bénéficient » (1 Co 12,7).

 

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Dans les évangiles de la Bible, l’amour pour Dieu et pour les autres sont les plus grands commandements. Lorsque nous parlons de valeurs chrétiennes, celles-ci sont donc centrales. L’amour du prochain peut paraître un peu poussiéreux aux oreilles d’aujourd’hui, mais il est très actuel. Qu’est-ce que cela pourrait signifier pour la société actuelle et pour notre démocratie ?

Dans Luc 10.29-37, un docteur de la loi a demandé qui était son prochain. Jésus lui répondit par la parabole du bon Samaritain. Les prêtres et les lévites, considérés comme correctement religieux, passèrent à côté de l’homme agressé, mais un Samaritain proscrit eut pitié de lui. Il était le seul à vivre l’amour du prochain.

Hiérarchie de la charité ?

Qui sont nos prochains aujourd’hui ? Pour moi, ce sont tous ceux que nous rencontrons, avec qui nous avons affaire. Mais aussi tous ceux envers lesquels nous avons une possibilité d’action. Car dans Matthieu 25, il est aussi question de ce que nous n’avons pas fait. Aujourd’hui, nous avons aussi des possibilités d’action vis-à-vis des « plus pauvres » du monde.

Cela signifie également que l’idée, selon laquelle nous devons d’abord s’occuper de nous-mêmes ou du bien-être de la Suisse, est fausse. Chaque personne dans le monde a la même valeur. S’occuper d’abord des nôtres, ou même établir une hiérarchie de l’amour du prochain, c’est de l’égoïsme : car, regarder d’abord pour « les siens » nous apporte finalement des avantages à nous-mêmes. Regarder d’abord pour sa propre nation, c’est du nationalisme. Comme si nous avions plus de valeur que les autres nations! Aujourd’hui justement, avec la misère croissante dans le monde, les nations prospères ne peuvent pas dire qu’elles doivent d’abord regarder pour elles-mêmes. La conséquence en est par exemple la faim et la mort.

Chaque être humain dans le monde a la même valeur.

Nous avons également la possibilité d’agir vis-à-vis de la génération de nos enfants et petits-enfants. Comme ils ont eux aussi besoin de bases vitales intactes, nous sommes invités à préserver la Création.

Une révolution des valeurs

Rechercher le bien de son prochain en même temps que son propre bien, tel était le message révolutionnaire. Il signifie aussi le rejet de l’égocentrisme et de l’égoïsme. Et c’est une épine dans le pied du courant dominant et de l’économie qui – très librement inspirée d’Adam Smith – affirme qu’il est préférable pour tous que chacun poursuive d’abord ses propres intérêts.

Or, nous projetons souvent nos propres désirs sur nos proches, même si ceux-ci ont peut-être d’autres priorités. L’amour du prochain signifie ici regarder de plus près, connaître vraiment les gens et leurs joies et leurs besoins. Ou alors, nous pensons en termes de groupes et d’idées préconçues. Il peut s’agir de préjugés empreints de méfiance. Là aussi, il s’agit de regarder de plus près, sans préjugés, et d’établir, lorsque c’est possible, de véritables relations. L’amour du prochain signifie ici d’être réellement à l’écoute de son prochain.

Cela implique également de se poser la question du pourquoi : D’où viennent les opinions, les comportements et les besoins de nos proches ? Ces derniers peuvent être basés sur des conditions inégales ou avoir des causes structurelles, ce qui peut rendre un examen plus attentif désagréable. Car cela peut remettre en question notre propre position et notre prospérité. Sommes-nous prêts à le faire ? C’est la conséquence du verset : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Donc pas moi d’abord, et si cela suffit, le prochain aussi. C’est pourquoi Dieu nous demande de protéger le droit des pauvres et de prendre soin d’eux. Il n’y a donc pas de « ou bien ou bien » !

Mais nous sommes passés maîtres dans l’art de construire des idéologies de justification pour ne pas devoir aider ou partager : « Il est paresseux », « C’est de sa faute », « C’est mieux pour lui si je n’aide pas ». Tout cela peut être vrai dans certains cas, mais nous l’utilisons très souvent. Les préjugés sont agréables, car ils nous soulagent.

Qui a particulièrement besoin de notre amour ?

Qui a particulièrement besoin de l’amour du prochain ? L’Ancien et le Nouveau Testament ne cessent d’appeler avec insistance à la protection des veuves, des orphelins, des pauvres, des miséreux, des petits, des étrangers, etc. Aux yeux de Dieu, ils ont particulièrement besoin de protection. Dans l’Ancien Testament, il est régulièrement fait référence au fait que des personnes se retrouvent endettées et donc en situation d’esclavage pour dettes en raison des circonstances. Ils sont ainsi à la merci des « forts ». Les prophètes ont accusé le peuple d’Israël de voir les forts tenter de faire plier le droit des faibles au lieu de les aider à faire valoir leur droit.

Une attention particulière a été portée aux pauvres, en faveur desquels de nombreux appels ont été lancés (par exemple : « Il ne devrait absolument pas y avoir de pauvre parmi vous » 15.15.4). Bien sûr, Jésus dit dans le Nouveau Testament qu’il y aura toujours des pauvres. Mais il s’agit là d’une affirmation descriptive et non de ce que Dieu souhaite. C’est pourquoi, dans l’ancien Israël, la dîme était aussi utilisée pour les pauvres et ceux-ci avaient droit au glanage et, tous les sept ans, au fruit d’un champ. Des dispositions structurelles – même si elles n’étaient que rarement appliquées – devaient également assurer la justice et la redistribution, afin que les familles puissent se débarrasser de leur servitude pour dettes et se prendre à nouveau en charge. Il s’agit ici aussi d’éradiquer les désavantages et de donner les mêmes chances de vie.

Faire entendre sa voix

L’amour du prochain signifie aussi s’engager en faveur des défavorisés : « Ouvre ta bouche pour le muet, pour le droit de tous les faibles ! Ouvre ta bouche, juge avec justice, fais droit au malheureux et au pauvre ». (Proverbes 31.8-9)

Qui sont aujourd’hui ceux qui ont le plus besoin de notre voix ? Qui sont les impuissants, les plus vulnérables, les plus misérables, ceux qui vont le plus mal ? Les personnes vivant dans la pauvreté ? Les enfants qui sont plus touchés par la pauvreté que la moyenne, qui ressentent de plus en plus de pression à l’école et qui sont ballottés ? Les migrants, considérés comme un danger ? Les personnes handicapées ? Les moins instruits, qui ont du mal à suivre le rythme ? Ou tout simplement moins performants ? Il est de notre devoir d’aider ces personnes défavorisées à faire valoir leurs droits et à obtenir des chances de vie équitables. Cela peut se faire par exemple par une redistribution, par un renforcement, par un accès égal à la justice, etc. Ils ne sont certes pas totalement privés de voix, mais ils ne sont tout simplement plus entendus dans notre système, où la taille du mégaphone et la position de pouvoir sont déterminantes pour l’influence. Car là où un milliardaire peut s’acheter un média, il a bien plus d’influence que des dizaines de milliers de personnes.

Qu’est-ce que cela pourrait signifier concrètement ?

Par exemple dans le domaine matériel : veiller à ce que les salaires et les allocations familiales soient suffisants pour faire vivre une famille. Dans le cadre de l’aide sociale, ne pas se contenter de verser aveuglément de l’argent aux personnes concernées, mais regarder de plus près et évaluer ce dont la personne a besoin pour se remettre sur pied : Reconversion professionnelle ? D’un soutien psychologique ? Un meilleur réseau ? A Winterthur et à Lausanne, on a donc engagé davantage d’assistants sociaux pour qu’ils aient le temps de trouver des solutions avec les personnes concernées. Le succès pour les personnes concernées et la baisse des coûts donnent raison à ce point de vue. On s’en tient ici à la responsabilité individuelle attendue également dans la Bible, mais on crée les conditions pour qu’elle puisse même être assumée.

Nous devrions également accorder une attention particulière aux enfants : « Chacun peut se débrouiller » n’est pas valable pour eux. Les mauvaises situations entravent leur bon développement. Il faut investir dans le dépistage et l’intervention précoces, pour leur avenir et, en fin de compte, pour réduire les problèmes sociaux futurs et les coûts qui en découlent. Nous devons veiller à ce que les conditions soient bonnes et les soutenir en particulier là où les parents ne peuvent pas (ou plus) assumer leurs responsabilités – par exemple lorsqu’ils développent une addiction.

« L’État ne doit pas »

Dans les églises, nous entendons parfois dire que les personnes défavorisées devraient simplement se tourner vers Dieu et que l’État ne devrait pas assumer des tâches de Dieu.

Et pourtant, la politique est une partie de la solution. Car l’amour du prochain ne signifie pas seulement des pansements et des aumônes, mais aussi aborder et modifier les causes structurelles de la détresse et de la misère, comme le demandait également l’Ancien Testament. Nous participons nous-mêmes à la définition de la politique, nous établissons les règles et les structures équitables qui ont un impact sur le bien-être de notre prochain. Nous sommes donc coresponsables des circonstances de notre prochain.

Oui, la miséricorde ne peut pas être simplement déléguée à la politique, mais la miséricorde des seuls chrétiens et églises ne suffit manifestement pas. Nous serons également jugés sur ce que nous n’aurons pas fait (Matthieu 25), et si nous savons qu’une organisation globale – donc aussi par le biais de la politique – peut faire beaucoup plus de bien à notre prochain, alors nous devrions le faire. Il est vrai que beaucoup de gens délèguent malheureusement la miséricorde à l’État, mais en même temps, il existe chez de nombreux chrétiens une tendance à ne se préoccuper que de leur propre salut et à déléguer simplement à Dieu le bien-être de leur prochain.

Chaque être humain est créé par Dieu et a la même valeur.

L’amour du prochain signifie également reconnaître que chaque être humain est créé par Dieu et aimé de la même manière. Cela exige d’accorder à chaque être humain la même valeur et donc la même attention, le même respect et les mêmes chances dans la vie.

Dans nos relations personnelles, Matthieu 7.12 nous offre un bon guide : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux ! C’est la loi et les prophètes ». Dans les relations sociales, cela signifie également traiter les autres groupes et nations comme nous attendons d’eux qu’ils soient traités. Mais cela est très souvent occulté par la peur des « autres » et des « étrangers ». C’est pourquoi nous devrions veiller à ne pas nous déchaîner contre eux en leur attribuant des choses malveillantes dont nous n’avons en fait aucune idée. C’est toujours l’origine de la persécution. C’est pourquoi Jésus parle aussi d’amour des ennemis. Or, c’est précisément de cela que nous semblons nous éloigner aujourd’hui plus que jamais : nous évoluons dans nos bulles Internet et sommes de plus en plus confortés dans nos « vérités » et dans notre pensée de groupe. Les « autres » nous deviennent ainsi de plus en plus incompréhensibles et représentent un danger pour nous.

Vers la loi du plus fort ?

La justification de sa propre prérogative concerne tous les groupes de la société. Mais ce sont les plus forts qui ont le plus de chances de s’imposer. Aux États-Unis, sous la présidence de Trump, nous assistons aujourd’hui à un déchaînement des « forts ». De nombreux puissants en matière d’argent ou d’énergie ne sont plus disposés à se laisser limiter au profit des prochains. Dans le cadre des inégalités de pouvoir croissantes, les coûts d’opportunité leur semblent trop élevés : les restrictions (légales) les empêchent de déployer pleinement leurs ressources. Les idéologies libertaires et l’élimination des « empêcheurs » de la voie libre des forts, comme l’État et la démocratie, ont donc le vent en poupe. De plus en plus, on prône une méritocratie sans égalité des chances et on justifie cela par l’affirmation d’une « supériorité morale » : Ceux qui « se lèvent tôt » s’opposent aux « profiteurs ».

Les défenseurs de ces tendances, comme Elon Musk ou Donald Trump, ont déjà déclaré ouvertement qu’ils n’avaient aucune empathie pour les « perdants ». L’amour du prochain, l’observation attentive et la compréhension qui en découle ne sont pas des options pour eux. Le seul critère pour eux, c’est la force. Cela transparaît dans toutes les déclarations sur leurs opposants. Elon Musk est également un partisan de l’élevage de surhommes qui formeront une future caste dirigeante.

Il n’est donc que logique qu’aux États-Unis, tous les programmes de compensation des désavantages soient affaiblis, voire supprimés. Dans leur idéologie de la force, les dirigeants actuels y attachent une telle importance qu’ils imposent également aux entreprises étrangères qui souhaitent travailler aux États-Unis la suppression de ces programmes et interdisent aux universités de mener des recherches ou d’enseigner sur les inégalités. La logique du « survival of the fittest » est l’une des raisons pour lesquelles toutes les aides aux pays pauvres, l’aide humanitaire, le soutien aux organisations internationales et les programmes de vaccination ont été supprimés par Musk et Trump, ce qui a même mis en colère le ministre conservateur des affaires étrangères Rubio, qui a été écarté de ces décisions. En raison de l’absence d’aide, on peut s’attendre à des centaines de milliers de décès d’enfants et d’adultes. L’hécatombe a déjà commencé.

Les plus forts doivent régner, une idée qui était déjà répandue dans les années trente du 20e siècle. Aujourd’hui déjà, les personnes les plus faibles de la société sont dévalorisées dans certains cercles et même considérées comme un fardeau. L’euthanasie n’est plus très loin. Entre-temps, aux Etats-Unis, les droits électoraux sont limités, la diffusion d’idées et de faits désagréables par les universités est interdite, de nombreux hommes et femmes politiques sont achetés par Elon Musk et rendus dépendants, et de plus en plus de médias sont mis au pas (comme le Washington Post, CBS, etc.).

Sommes-nous encore, nous chrétiens, les représentants de l’amour du prochain ?

Dans les milieux chrétiens, les personnes défavorisées ou plus faibles sont souvent simplement renvoyées vers Dieu (« Dieu va les aider, ils n’ont qu’à prier »). Comme s’ils méritaient la misère s’ils ne prient pas assez ! En revanche, la Bible nous invite à veiller nous-mêmes à la justice, à l’aide et au partage de nos richesses.

Devant Dieu, ce n’est pas le droit du plus fort qui prévaut, mais la valeur égale de chaque être humain et le droit égal d’être entendu, de participer aux décisions et de prendre part. Le droit du plus fort est donc le contraire de l’amour du prochain. Comment pouvons-nous la décrire pour qu’elle soit comprise par le public ? Par exemple avec des aspects qui y sont inclus : Empathie, compassion, miséricorde, respect, altruisme, etc. Elle est pour les gens et non contre les gens. Elle est contre le règne du plus fort, des intérêts et du « tout est à vendre ». C’est le sens d’être le sel de la terre. Le sommes-nous encore ?

Liens pour lire la suite :

– Politique de l’amour du prochain : https://christnet.ch/fr/appel-electoral-de-christnet-votons-pour-lamour-du-prochain/

– Politique familiale : https://christnet.ch/fr/permettre-a-la-famille/

– Traitement des plus faibles : https://christnet.ch/fr/notre-attitude-envers-les-plus-faibles/

Photo de fond du collage de Marlis Trio Akbar sur Unsplash

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Lors de l’assemblée des délégués de l’Alliance évangélique suisse (AES) du 16 mai 2025, les cinq participants à la table ronde sur le thème « Nation sacrée ! Un examen critique de la politique nationaliste sous couvert chrétien » : la loyauté envers Dieu devrait toujours être plus grande que celle envers sa propre nation.

Avec le nationalisme chrétien, l’AES a choisi un thème d’actualité brûlante pour son Assemblée des délégués. Dans un exposé, Jeff Fountain, directeur du Schuman Centre for European Studies, a défini le nationalisme chrétien comme « l’idée que sa propre nation doit être fondée sur le christianisme et régie par des principes chrétiens ». La sécularisation croissante dans les pays occidentaux affaiblit la voix chrétienne. De nombreux chrétiens et chrétiennes seraient victimes de discrimination. De cette détresse naît le souhait d’un retour des valeurs chrétiennes dans l’État national et dans les lois. L’idée d’un État-nation chrétien est certes séduisante, selon Fountain. Mais le nationalisme est en nette contradiction avec l’enseignement de Jésus « Aime ton prochain comme toi-même » (Mc 12,31) et avec l’amour des ennemis (Mt 5,44).

Le nationalisme signifie s’identifier à un groupe culturel spécifique qui s’oppose aux « autres ». Cette idéologie est donc tout sauf chrétienne. Elle viserait plutôt à placer les chrétiens dans des positions de pouvoir et de domination. « Le danger est d’utiliser le pouvoir pour sa propre idéologie. « Pour Fountain, il est clair que les chrétiens doivent se demander de manière critique à qui va leur loyauté ultime : à Dieu ou à leur propre nation ? Il a demandé que le nationalisme soit jugé à l’aune de ses fruits. La mission biblique n’est pas de reconquérir par la force et le pouvoir ce qui était autrefois considéré comme une nation chrétienne. La Bible nous appelle plutôt à servir.

Podium an der SEA-DV (von links): Moderator Andi Bachmann-Roth, Christian Scheidegger, Marc Jost, Samuel Kullmann, Kati Rechsteiner, Peter Schneeberger.

Nationalisme ou impérialisme ?

Après l’intervention de Jeff Fountain, Samuel Kullmann, député UDF au Grand Conseil bernois, et Marc Jost, conseiller national PEV, ont pris position sur les déclarations. Kullmann a fait une distinction utile entre le nationalisme et l’impérialisme. Pendant des millénaires, il n’y a eu que des empires, ce qui a entraîné une guerre permanente. Ce n’est qu’avec l’État-nation qu’est apparue une forme d’État dans laquelle la paix a pu être établie à long terme. Dans Actes 17,26, il est fait référence au fait que Dieu a établi des États-nations avec des frontières fixes. Il a qualifié le style de gouvernement de Donald Trump d’impérialiste, car il s’agit pour lui d’une expansion au-delà de ces frontières nationales. Il voit également des dangers si les chrétiens obtiennent trop de pouvoir. Il a toutefois plaidé pour l’introduction de valeurs chrétiennes dans les lois où la moralité est en jeu (p. ex. la protection des mineurs).

Comme Fountain, Marc Jost a mis en garde contre un amalgame entre la patrie et Dieu le Père. Pour lui, c’est de l’idolâtrie si la première loyauté va à la nation et non à Dieu. Peu importe l’idéologie dont il s’agit. Du point de vue de Kullmann, l’État ne doit pas imposer d’idéologie. Un État conforme à la Bible reste neutre et veille à la justice publique.

Valeurs chrétiennes et démocratie suisse

L’historien Christian Scheidegger, la pasteure réformée Kati Rechsteiner et le président de l’association faîtière Freikirchen.ch, Peter Schneeberger, se sont joints à Samuel Kullmann et Marc Jost pour la table ronde qui a suivi. Andi Bachmann-Roth, co-secrétaire général de l’AES, a assuré la modération. Scheidegger a clairement expliqué que la Suisse est certes un pays marqué par le christianisme, mais qu’elle n’est pas une nation chrétienne. Pour Kati Rechsteiner, la nation chrétienne transcende le temps et l’espace. Elle ne se limite pas aux frontières nationales.

Selon Kullmann, Dieu a confié beaucoup de choses à la Suisse. La démocratie directe est bien accueillie au niveau international et est considérée comme un modèle. Les participants étaient d’accord pour dire que la démocratie est un système de gouvernement particulièrement stable, même s’il a aussi ses points faibles (par ex. la lenteur de la bureaucratie). Jost voit dans la démocratie l’avantage de limiter le pouvoir des hommes et des femmes politiques, dans la mesure où ceux-ci doivent toujours se remettre en question et se corriger mutuellement. Le système est équilibré et ne comporte guère de risques. Il salue en outre la concurrence entre les différentes idées et opinions. Il est convaincu que les valeurs chrétiennes peuvent résister à cette concurrence.

Église et pouvoir

Peter Schneeberger estime que le mélange de l’Eglise et du pouvoir dans l’histoire suisse est très dangereux. Selon lui, il faut une séparation claire des compétences de l’Etat et de l’Eglise. L’Eglise a pour mission principale d’apporter la lumière et le sel dans le monde. Mais les églises locales doivent avoir la liberté d’exprimer leur opinion et de vivre leur foi à leur manière.

Les engagements sociaux font partie de la mission de la chrétienté et les individus croyants peuvent occuper des positions de pouvoir. Mais dans les deux cas, il faut réfléchir à la manière dont l’engagement est conçu et dont la fonction politique est exercée. Schneeberger attribue un rôle central à la prière pour les hommes et les femmes politiques. Selon lui, elle représente le mandat principal de la participation politique.

Les participants à la table ronde étaient d’accord pour dire que l’Eglise ne doit pas se laisser instrumentaliser au profit d’une idéologie ou d’une personne politique. Kati Rechsteiner a conclu en disant que chaque être humain devait être considéré comme une créature de Dieu. Cela aide à résister au nationalisme chrétien.

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Quel rôle jouent les valeurs dans notre vie ? Que signifient-elles pour les chrétiens et les chrétiennes ? Comment les valeurs chrétiennes sont-elles reconnaissables ? Cet article répond à ces questions et à d’autres dans ce contexte.


En bref

  • Les valeurs évoluent au cours de l’histoire et s’orientent aussi bien en fonction des circonstances sociales que des besoins individuels. Il en résulte différentes hiérarchies de valeurs.
  • Les sources des valeurs sont multiples : culturelles, psychologiques, philosophiques et, pour les chrétiens, particulièrement marquées par la Bible, la tradition et l’action du Saint-Esprit.
  • Dans la foi chrétienne, les valeurs ne servent pas seulement à l’orientation morale, mais ont des fonctions importantes : elles doivent refléter la nature de Dieu, promouvoir la communauté, motiver à suivre et agir comme un témoignage pour le monde.
  • L’amour – pour Dieu et pour le prochain – devrait être compris comme la valeur suprême et centrale d’où découlent toutes les autres valeurs et par laquelle elles prennent leur sens. Les communautés chrétiennes devraient se distinguer avant tout par l’amour qu’elles vivent et réfléchir sans cesse à la manière dont cette valeur directrice peut s’exprimer concrètement à notre époque.

Au cours de l’histoire de l’humanité, mais aussi au cours de l’histoire des religions, les valeurs ont constamment évolué et changé. Au début de l’histoire de l’humanité, la cohésion, la loyauté, le partage et un lien étroit avec la nature étaient des valeurs élevées, ce qui répondait à un souci immédiat de survie. Dans les civilisations antiques, il s’agissait plutôt de valeurs telles que l’ordre, la loi, la sagesse et la vertu. Et dans notre société actuelle, ce sont des valeurs comme l’individualisme, la liberté, la tolérance, la santé ou la performance qui dominent. Mais les valeurs ne sont pas seulement soumises à des changements à travers les époques changeantes de l’histoire de l’humanité, mais aussi en raison des différents besoins de l’individu. Pour celui qui a été perdu sur une île déserte pendant de nombreuses années, la communauté, la coexistence et la communication deviennent quelque chose d’extrêmement précieux. Et pour celui qui a dû vivre longtemps dans une zone de guerre, la sécurité, la paix et la non-violence – ou alors le désir de vengeance – deviennent des valeurs essentielles. Et pour ceux qui sont nés esclaves ou qui ont dû effectuer des travaux forcés pendant de nombreuses années, la liberté, la participation et la dignité deviennent des valeurs essentielles. Un système de valeurs dépend donc toujours de l’état d’une société et des besoins d’un individu.

C’est ainsi que des hiérarchies de valeurs différentes apparaissent selon le contexte. Pour le naufragé sur l’île déserte, la liberté et l’autonomie sont précieuses, mais la communauté et le vivre-ensemble sont probablement bien plus élevés pour lui. Ainsi, les valeurs situées au sommet de cette hiérarchie bénéficient d’une attention particulière, alors que les valeurs situées nettement plus bas risquent d’être oubliées plus rapidement.

Mais que sont les valeurs ?

Les valeurs sont des convictions, des principes ou des qualités de base qui sont considérés comme importants, souhaitables ou désirables pour une personne, un groupe ou une société. Elles servent de critères et de points de repère pour notre comportement, nos objectifs, notre motivation, nos jugements et notre identité. Lorsque les valeurs nous imprègnent, nous intériorisons ces critères et ces points de repère. Et plus cette imprégnation est forte, plus il nous est difficile d’aller à l’encontre de ces valeurs ou de les modifier.

Dans la foi chrétienne – comme dans toutes les religions – les valeurs jouent un rôle très particulier. Elles ne sont pas seulement des idéaux abstraits, mais doivent marquer consciemment la vie de l’individu et de la communauté. Elles remplissent ainsi différentes tâches :

  1. éthique et boussole morale
    Les valeurs chrétiennes servent de guide pour la pensée, les sentiments et l’action. Elles aident les croyants à distinguer ce qui est bon, juste et désirable dans l’esprit de Dieu. Elles offrent un critère pour prendre des décisions dans la vie quotidienne, face à des dilemmes éthiques et par rapport à des objectifs de vie. Elles expliquent pourquoi certaines actions sont requises ou interdites. Les valeurs aident à examiner et à évaluer de manière critique les priorités personnelles, les courants sociaux, les normes culturelles et même les enseignements religieux. Elles permettent un « discernement des esprits » – c’est-à-dire de reconnaître ce qui est conforme à la volonté de Dieu et ce qui ne l’est pas.
  2. Expression de la nature de Dieu :
    Pour les chrétiens, ces valeurs reflètent quelque chose de l’essence de Dieu. Une action et une vie déterminées par ces valeurs reflètent la volonté et les intentions de Dieu.
    En essayant de vivre selon les valeurs de Dieu ou en les proclamant, les chrétiens veulent rendre visible dans le monde quelque chose de l’essence et du caractère de Dieu.
  3. Définition de l’objectif et motivation (suivre le Christ) :
    Les valeurs chrétiennes décrivent le but de la vie chrétienne : honorer Dieu, lui ressembler davantage (sanctification, imitatio Christi), produire du fruit de l’Esprit (Galates 5,22-23) et participer à la venue du Royaume de Dieu. Elles motivent les croyants à aller au-delà de leurs intérêts égoïstes. Les valeurs deviennent un point d’orientation important de la transformation personnelle.
  4. formation de la communauté :
    Les valeurs vécues en commun créent l’identité, l’unité et la cohésion au sein de la communauté chrétienne (Eglise, paroisse). Elles peuvent aussi servir à se démarquer de ce qui est en contradiction avec ces valeurs ou qui s’y oppose.
  5. Témoignage pour le monde (dimension missionnaire) :
    Une vie visiblement marquée par des valeurs chrétiennes telles que l’amour, le pardon, la justice et l’espérance peut être un témoignage puissant pour d’autres personnes et indiquer la crédibilité du message chrétien.

La source de nos valeurs

La question passionnante est de savoir d’où se nourrissent les valeurs. Comment se fondent-elles ou qu’est-ce qui les provoque ?

Il existe des sources sociales et culturelles telles que le foyer parental ou l’éducation, les normes sociales imposées, notre groupe de pairs, les médias sociaux, l’environnement religieux dans lequel nous grandissons ou notre système éducatif, qui transmettent également des valeurs.

Mais il existe aussi des sources psychologiques comme nos besoins personnels, nos expériences, nos succès et nos échecs. Notre tempérament et notre maturité cognitive jouent un rôle important à cet égard.

En outre, la philosophie a toujours été une source de valeurs. Les gens pensent aux valeurs, réfléchissent à la réalité, tentent de résoudre les contradictions et fondent les valeurs sur des théories éthiques (l’utilitarisme, l’éthique du devoir de Kant ou l’éthique de la vertu d’Aristote).

Pour les chrétiens, la source de leurs valeurs est en premier lieu la Bible, avec ses commandements, ses textes narratifs et ses enseignements. En outre, les chrétiens orientent leurs valeurs en fonction du caractère de Dieu, qui se manifeste le plus clairement en Jésus-Christ et donc dans les évangiles. Mais l’action directe de l’Esprit Saint, qui veut nous conduire dans toute la vérité, peut également devenir la source de jugements moraux et donc de valeurs centrales. En outre, pour les chrétiens, leur tradition et leur enracinement dans leur communauté religieuse jouent également un rôle important dans la formation de valeurs centrales.

Changement de valeurs

De nombreux chrétiens se plaignent actuellement d’un net changement de valeurs. Certains parlent même d’une érosion ou d’une perte totale des valeurs chrétiennes essentielles. Pour eux, chaque domaine de la société devrait être imprégné de valeurs bibliques. Là où ces valeurs sont affaiblies ou même rejetées, on considère qu’une société est en danger sur le plan moral et dans sa cohésion. Dieu peut-il encore bénir une telle société ou son jugement l’atteint-il ? Parfois, le non-respect des valeurs chrétiennes est ressenti comme un affront personnel. Comment pouvez-vous traîner dans la boue ce qui est si central et précieux pour moi ?

Dans le même temps, tout semble être renégocié dans une grande partie du monde occidental. Le domaine de la normalité, où les valeurs étaient apparemment clarifiées et prédéfinies, semble se réduire de plus en plus. Que peut-on encore dire ? Faut-il utiliser le genre ? Qu’est-ce que l’appropriation culturelle ? Mon enfant peut-il encore aller à l’école maternelle déguisé en indien ? Faut-il renommer des produits ou des noms de rue pour être politiquement correct ? En Allemagne, il existe depuis peu un délit de harcèlement sur les trottoirs. Le personnel ou les femmes enceintes ne peuvent plus être abordés par des opposants à l’avortement devant les cliniques de grossesse ou les centres de consultation pour l’interruption de grossesse. Et plus d’un chrétien se demandera si tout ce qu’il considérait jusqu’ici comme sacré et précieux sera aboli ?

L’indignation chrétienne se focalise en particulier sur des valeurs et des thèmes moraux très spécifiques. La plupart du temps, il s’agit de sujets tels que la morale sexuelle, le sexe avant le mariage, la pornographie, l’homosexualité, le genre ou la transsexualité. Dans la hiérarchie des valeurs, ces thèmes sont placés tout en haut, de sorte que d’autres valeurs chrétiennes sont souvent reléguées au second plan ou ne sont même plus prises en considération. Et bien sûr, la question se pose en même temps de savoir si « l’ancienne normalité » était vraiment aussi précieuse et propice à la vie qu’elle donne l’impression à certains, ou si les tendances à la persistance visent surtout à garantir sa propre vision et son propre mode de vie avantageux.

Pour protéger les valeurs les plus importantes, des règles et des commandements sont sans cesse établis. Les commandements doivent protéger ce qui nous est précieux. Ainsi, les dix commandements protègent le culte monothéiste de Dieu, mais aussi la vie, la propriété, le mariage ou la véracité. Mais les règles et les commandements ont un sérieux problème. Ils ne soutiennent les valeurs que de l’extérieur. Ils n’ont pas vraiment de force formatrice, mais maintiennent les valeurs par la menace de punition et de conséquences. Dans le judaïsme, 613 commandements et interdictions ont ainsi vu le jour dans la Torah. À côté de cela, il y a eu à un moment donné des centaines de prescriptions sur le sabbat, d’innombrables statuts sur la pureté et l’impureté et des commandements alimentaires sans fin. Mais en réalité, l’idée de Dieu a toujours été d’inscrire ses valeurs dans nos cœurs et non sur des tables de pierre. Ce n’est pas la peur qui doit inciter les enfants de Dieu à agir avec valeur, mais la conviction profonde qu’il n’y a rien de mieux et que nous atteindrons notre but précisément lorsque nous refléterons les valeurs du ciel dans ce monde par notre vie. Les prophètes de l’Ancien Testament ne se lassent pas d’insister sur cette nécessaire intériorisation des valeurs.

Existe-t-il une valeur suprême ?

Un jour, un scribe désespéré a également demandé à Jésus ce qui comptait vraiment dans la loi. Parmi tous les commandements, y a-t-il quelque chose qui soit le plus important, le plus significatif, le plus précieux ? Quelque chose qui, d’une certaine manière, résume toute la loi en tant que valeur fondamentale ? Y a-t-il quelque chose qui se trouve au sommet de la hiérarchie des valeurs ?

L’évangile de Marc écrit : « L’un des scribes avait écouté cette discussion et avait vu combien Jésus avait bien répondu aux sadducéens. Il s’approcha alors et lui demanda : « Quel est le plus important de tous les commandements ? » Jésus répondit : « Le plus important des commandements est : ‘Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton dévouement, de toute ton intelligence et de toute ta force’. En deuxième position se trouve le commandement : « Aime ton prochain comme toi-même » ! Aucun commandement n’est plus important que ces deux-là ». (Mc.12,28-31 NGÜ)

Pour Jésus, l’amour de Dieu et l’amour des autres sont donc au sommet de toutes les valeurs.

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus décrit cette valeur de l’amour par la phrase bien connue : « Agissez envers les autres comme les autres doivent agir envers vous ». La loi et les prophètes sont résumés dans cette phrase ». (Matthieu 7,12 NL).

Mais Jésus n’est pas le seul à faire de l’amour la mesure et le critère d’une foi authentique et d’un véritable suivi, d’autres auteurs du Nouveau Testament soulignent également l’importance de l’amour comme fondement de toutes les valeurs et de toute existence chrétienne.

L’apôtre Paul écrit :

  • Rm.13,8 Ne devez rien à personne, si ce n’est l’amour que vous vous devez toujours les uns aux autres. Car celui qui aime l’autre a ainsi accompli la loi de Dieu.
  • « Vous connaissez les commandements : « Ne commettez pas d’adultère, n’assassinez pas, ne dépouillez personne, ne portez pas un regard de convoitise sur ce qui appartient à autrui ». Ces commandements et tous les autres sont résumés dans une seule phrase : « Aime ton prochain comme toi-même ». Celui qui aime ne fait pas de mal à son prochain. Ainsi, par l’amour, toute la loi est accomplie ». (Romains 13,9f GNB).
  • Vous êtes appelés à la liberté, chers frères et sœurs ! Seulement, n’utilisez pas la liberté comme une carte blanche pour votre propre moi, mais servez-vous les uns les autres dans l’amour. Car toute la loi est accomplie si vous observez ce seul commandement : « Aime ton prochain comme toi-même ».  (Gal.5,13-15)
  • Mais la chose la plus importante de toutes, c’est l’amour qui, comme un lien, entoure tout et rend parfait. (Col.3,14)

Et l’apôtre Jacques écrit : « Si vous accomplissez la loi royale selon l’Écriture « Aime ton prochain comme toi-même », vous agissez avec justice ». (Jacques 2,8 LUT 2017).

Il existe donc une loi royale, une loi principale, une loi directrice dont découlent tous les autres commandements : l’amour du prochain. C’est la valeur unique qui donne leur légitimité à toutes les autres valeurs !

Le père de l’Église, Augustin, a poussé cette réflexion à l’extrême en disant : « Aime et fais ce que tu veux ». Par cette parole, Augustin invite ses auditeurs à se laisser guider par l’amour divin dans toutes leurs actions, à reconnaître la primauté de l’amour désintéressé et bienveillant dans toutes leurs actions. En dernière analyse, il part du principe que les personnes qui ont fait de l’amour leur valeur suprême et leur principe directeur n’ont pas besoin de se soucier davantage des commandements, règles et valeurs quotidiens, car l’amour dans leur cœur règle tout le reste.

L’amour donne sa valeur à tout le reste

Pour Jésus, l’amour n’est pas un joli appendice ou un ingrédient de plus sur l’étagère à épices de la foi. La valeur de l’amour est l’ingrédient décisif qui donne son orientation à toutes les autres valeurs. Paul l’exprime ainsi : « Quand je parlerais les langues de tous les hommes et même la langue des anges, si je n’ai pas l’amour – je ne suis alors qu’un gong qui résonne ou un tambour qui fait du bruit. Si j’ai des inspirations prophétiques, si je connais tous les secrets célestes et si je possède toute la connaissance, si j’ai une foi si forte que je peux déplacer des montagnes, mais que je n’ai pas d’amour – alors je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens et que je me chargerais de mourir dans les flammes, mais que je n’aurais pas d’amour – cela ne me sert à rien ». (1.Cor.12,1-3 GNB). Il est impressionnant de voir à quel point Paul souligne l’inutilité et l’absence de valeur des dons spirituels, du dévouement et de la piété sacrificielle si l’attitude intérieure d’amour fait défaut. La logique du Nouveau Testament est saisissante : tout – y compris toute autre valeur – perd sa valeur s’il n’est pas imprégné d’amour.

Par amour, il n’est pas question de bons sentiments ou d’arbitraire, mais de l’agapè divine. Il s’agit d’une qualité d’amour bien précise, qui correspond entièrement à l’essence de Dieu, car Dieu est amour. Avec l’amour, on ne se facilite pas non plus la tâche, car il n’y a guère de choses plus exigeantes qu’une vie, une attitude et un comportement qui ont pour valeur suprême l’amour du prochain. Le Cantique des cantiques de l’épître aux Corinthiens (1 Corinthiens 13.4-8) décrit de manière impressionnante les caractéristiques de l’amour. Au sommet de toutes les valeurs, de tous les principes directeurs, de tout ce qui doit nous marquer profondément, il y a l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Pour que tout cela ne paraisse pas trop banal, je vais essayer de donner une définition moderne de ce que signifie réellement la valeur de l’amour du prochain. L’amour du prochain n’est en fait rien d’autre que le désir de faire fleurir la vie de l’autre. Par quels mots, par quelle action, par quel comportement, par quel soutien, par quelle attitude, par quelle motivation puis-je contribuer à faire fleurir la vie de l’autre ? De cette réflexion découlent ensuite toutes les autres valeurs telles que l’honnêteté, la fidélité, la sincérité, le dévouement, la considération, l’estime, la miséricorde, la compassion, le courage civil, la liberté, la non-violence, et bien d’autres encore.

Pour quelles valeurs voulons-nous être connus ?

Les chrétiens veulent-ils vraiment être connus pour leur morale sexuelle stricte, leur sainteté, leur ségrégation ou leur supériorité morale ? En tant que chrétiens du monde entier, nous aurions dans l’amour une base décisive pour nos relations, pour notre subsistance, pour notre solidarité, pour notre intersection et pour notre témoignage. Jésus n’avait-il pas dit : « A l’amour que vous aurez les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples ». (Jean 13,35 NGÜ). Mais malheureusement, l’amour joue souvent un rôle secondaire dans nos relations chrétiennes.  Les questions dogmatiques, théologiques, eschatologiques ou morales sont bien plus importantes pour nos relations. Et si tout cela convient, alors l’amour peut aussi s’y ajouter. Nous renversons ainsi la logique de Paul : l’amour est important, mais sans la bonne compréhension de la Bible, sans la bonne morale, sans la bonne vision de la croix, sans l’accent mis sur la justice et le jugement, l’amour est inutile.  Chez Paul, en revanche, sans amour, tout le reste est inutile.  Je le dis très clairement : notre religion est l’amour, parce que Dieu est l’amour ! Et c’est pourquoi notre question centrale sur la vie n’est pas : est-ce que c’est biblique, est-ce que c’est juste, est-ce que c’est orthodoxe ? La question centrale est plutôt : est-ce que c’est aimant ? Nous replaçons ainsi l’amour tout en haut de notre hiérarchie des valeurs et, de là, il peut guider et gouverner nos cœurs. Il reste de notre devoir, en tant qu’Église et enfants de Dieu, de souligner sans cesse la mise en œuvre et la réalisation de cet amour comme notre valeur directrice, de le négocier et de le traduire à notre époque.