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Information et désinformation : les défis actuels

Politique, Pouvoir de l'information, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 6 min

Les fausses informations, la culture de la méfiance et la lutte pour le pouvoir de l’information marquent notre époque. La vérité a la vie dure – non seulement dans les États autoritaires, mais aussi, de plus en plus, dans les démocraties occidentales et même en Suisse.

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7. juillet 2026/0 Commentaires/par Markus Meury
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/06/ChristNet_KeyVisual_Collage_2026_gross-1.jpg 1013 1800 Markus Meury https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Markus Meury2026-07-07 17:24:082026-07-07 17:28:22Information et désinformation : les défis actuels

« Speaking Truth to Power » – Dire la vérité aux puissants

Justice, Politique, Pouvoir de l'information, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 4 min

Ces dernières semaines, nous avons pu voir, sur la scène internationale, le pape Léon XIV s’opposer à la rhétorique belliciste du gouvernement américain. Cela a suscité des réactions furieuses de la part du président et de son ministre de la Défense1 .

Au même moment, j’ai entendu une interview 2 de l’ancien directeur de la CIA, Bill Burns (2021-2025), qui soulignait l’importance d’un climat permettant aux individus de communiquer des informations, même dérangeantes.

« Speaking Truth to Power » 3, comme il l’appelait, serait un principe fondamental de la CIA, qui permet au gouvernement concerné de recevoir des informations des services secrets sans filtre, même lorsque celles-ci sont dérangeantes. Selon Burns, il s’agit là d’un avantage essentiel par rapport aux États autoritaires, où exprimer des opinions indésirables peut s’avérer dangereux. Toutefois, a admis Burns, cet avantage s’amenuise actuellement, car une culture de prudence et de peur se répand de plus en plus au sein même de la CIA.

Une culture du « Speaking Truth to Power » doit relever essentiellement deux défis. D’une part, la question de savoir si quelqu’un est prêt à écouter ce qu’on lui dit. D’autre part, celle de savoir si quelqu’un est prêt à aborder un sujet critique. Les deux requièrent du courage. Et : ces deux attitudes nécessitent une culture dans laquelle cela n’est pas seulement possible, mais est même considéré comme un devoir essentiel.

Le pape Léon, un précurseur

Le pape Léon considère qu’il est de son devoir d’adopter une position claire, à savoir de se faire l’avocat de la paix et de s’opposer aux puissants de ce monde. Cela n’a pas toujours été le cas dans l’histoire de l’Église catholique. Pendant longtemps, notamment en Amérique latine, elle était connue pour se ranger du côté des dirigeants.

Cela a considérablement changé au milieu du siècle dernier. L’Église catholique s’est sentie appelée à se ranger aux côtés des pauvres et des opprimés. Ce changement a coûté la vie à de nombreux prêtres, diacres et religieux. L’une des victimes les plus célèbres fut Oscar Romero, assassiné en 1980 au Salvador pendant une messe sur ordre de l’armée locale. Romero s’était exprimé sans relâche contre l’oppression des pauvres, contre la torture et les assassinats perpétrés par le gouvernement. Cette culture avait un prix. À cette époque, la CIA jouait d’ailleurs un rôle plus que peu glorieux en Amérique latine 4

La culture dans nos Églises

Alors que la situation internationale suscite de vives inquiétudes, je me demande quelle culture nous cultivons au sein de nos Églises et de nos institutions. Sommes-nous capables d’accepter qu’on nous dise ce qu’il en est ? Cultivons-nous dans notre entourage une atmosphère où l’on peut discuter de points de vue divergents sans se « diaboliser » les uns les autres ?

En fin de compte, la question est de savoir comment nous gérons la complexité et l’incertitude. Quand quelque chose est trop complexe, nous essayons de simplifier les choses. Quand nous sommes dans l’incertitude, nous essayons de retrouver un sentiment de sécurité. C’est tout à fait compréhensible. Le danger pourrait alors être de simplifier de manière abusive et de chercher un ancrage dans ces simplifications.

Des ponts entre les groupes

Je constate que les ponts entre les différents groupes (d’écho), ces fameuses « bulles », se rétrécissent. Nous nous contentons de nous rassurer au sein de notre groupe en nous confirmant que nous sommes sur la bonne voie. Au cours de mes études, j’ai régulièrement entendu certains professeurs évoquer l’« Opinio Communis », l’« opinion dominante ». Ce qu’ils voulaient dire par là, c’était : « Moi et tous les théologiens sérieux pensons ainsi. Ceux qui ne partagent pas cette opinion ne doivent pas être pris au sérieux. »

On se sent bien et à l’aise lorsqu’on se considère comme faisant partie de l’« Opinio Communis », et très mal à l’aise lorsqu’on se pose des questions. Pourtant, avec le recul, nous constatons que même les grands savants de l’histoire n’ont perçu que des fragments de la vérité dans son ensemble. Je suis convaincu que, même aujourd’hui, nous n’avons pas encore atteint les limites de la connaissance, et je rejoins en cela Paul, qui affirme que nous ne percevons que des fragments de l’ensemble. 5

Des horizons plus vastes

Lorsque Jésus parcourait le pays avec ses disciples, il a bouleversé le monde : il a mis en lumière les angles morts et s’est occupé de ceux qui avaient été laissés pour compte. La « bonne nouvelle » était différente de ce à quoi on s’attendait : c’était un projet censé mener à la paix – entre Dieu et l’homme, entre les hommes, et entre l’homme et la nature. Là où les gens acceptaient l’idée que Dieu est plus grand que ce qu’ils avaient connu jusqu’alors, de nouveaux mondes s’ouvraient à eux.

Un appel à l’humilité

J’interprète « Speaking Truth to Power » comme un appel à l’humilité. Le mot « truth » désigne ici la vérité, un point de vue ou une opinion. Cette humilité est importante non seulement pour les gouvernements et les dirigeants, mais aussi, de manière générale, pour notre vie en société. Si je sais que je ne sais pas tout, je serai plus à l’écoute. J’élargis ainsi mes possibilités de découvrir la sagesse là où je ne l’attends pas. Cela ne signifie pas que je n’ai plus de convictions. Je défends courageusement mon opinion, tout en restant conscient que ce que je défends comme conviction n’est pas tout ce qui peut être dit à ce sujet.

Je souhaite que nous instaurions, en particulier au sein de nos Églises, une culture où les gens s’écoutent mutuellement avec humilité. Paul écrit : « … dans l’humilité, que chacun estime les autres supérieurs à lui-même » 6. Cela demande un certain effort, car nous devons faire face à des incertitudes. Mais en fin de compte, c’est une expression profonde de l’amour. Et même de l’amour pour nos ennemis. C’est à cela que l’amour de Dieu veut nous rendre capables.


1 : https://www.srf.ch/ news/international/après-les-critiques-du-pape-trump-publie-une-photo-de-lui-en-jésus-les-réactions. Consulté le 15 avril 2026.
2 : https://www.foreignaffairs.com/podcasts/america-world-upheaval. Consulté le 15 avril 2026.
3 : Le terme « vérité » doit ici être compris au sens de connaissances acquises à la suite d’analyses.
4 : L’« opération Condor » en est un exemple parmi d’autres (cf. https://www.zeit.de/politik/ausland/2026-01/us-aussenpolitik-lateinamerika-kommunismus-drogen-diktatoren. Consulté le 15 avril 2026.)
5 : 1 Corinthiens 13,12
6 : Philippiens 2,3

Cet article a déjà été publié sur Insist et dans le magazine Bienenberg.
Photo de Mikhail Nilov, pexels

4. juillet 2026/0 Commentaires/par Marcus Weiand
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/07/pexels-mikhail-nilov-8846007-scaled.jpg 1440 2560 Marcus Weiand https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Marcus Weiand2026-07-04 10:41:272026-07-04 10:42:59« Speaking Truth to Power » – Dire la vérité aux puissants

Quel est l’impact de l’IA sur l’humanité ?

Pouvoir de l'information
Lesezeit / Temps de lecture ~ 19 min

Je suis tellement content qu’il y ait un pape ! En tout cas, un pape comme celui-là. Non pas que je sois catholique. Et en tant que protestant, j’ai moi aussi des réserves à l’égard d’un « vicaire du Christ », pour le formuler avec prudence et ne citer qu’un seul aspect. Mais je suis heureux qu’il y en ait un qui ose, avec sa première encyclique Magnifica Humanitas d’aborder la situation dans son ensemble et de poser les grandes questions : quel est l’impact de l’IA sur l’humanité ?

Je suis convaincu que les systèmes d’intelligence artificielle qui existent déjà aujourd’hui et la dynamique mondiale de leur développement soulèvent effectivement des questions dont on ne saurait surestimer l’ampleur : l’importance du travail. La guerre et la paix. La justice mondiale. L’identité de l’être humain. C’est donc une bonne chose que le pape Léon XIV consacre d’emblée sa première encyclique (à laquelle on attribue souvent le caractère d’une déclaration de politique générale pour un pontificat) à ces grandes questions.

Ce qui m’impressionne encore davantage, c’est la manière dont il s’y prend. Ne dites pas « voilà encore le pape qui s’exprime sur l’IA ». Non, il le fait d’une manière dont, d’une certaine façon, seul le pape est capable : en s’appuyant sur l’histoire de l’humanité et l’identité de l’être humain en tant qu’image de Dieu. En reconnaissant l’exploitation, les abus de pouvoir et les crimes dont nous sommes tous fondamentalement capables.

Et surtout, en s’inscrivant dans le prolongement de la doctrine sociale catholique, lancée par l’un des prédécesseurs de l’actuel pape, le pape Léon XIII, avec son encyclique pionnière Rerum Novarum en 1891. À l’époque, c’était l’industrialisation croissante à l’échelle mondiale qui soulevait les grandes questions relatives à la dignité humaine et aux valeurs de notre coexistence mondiale. À cette époque, la vie de nombreuses personnes a radicalement changé en l’espace de quelques décennies, tant au niveau du quotidien professionnel que de la vie en société. Je suis convaincu que l’IA va à nouveau bouleverser le monde, de manière tout aussi globale et profonde.

C’est pourquoi il est grand temps de mener une réflexion d’envergure sur ce que l’IA fait à l’humanité. Et heureusement qu’un homme comme le pape Léon s’oppose aux PDG apparemment démesurés des géants technologiques de la Silicon Valley et aux potentats qui veulent s’assurer la plus grosse part du gâteau de l’IA pour leur propre sphère d’influence. Un homme qui se présente hors compétition. Quelqu’un qui se présente avec le mandat de 1,5 milliard de catholiques et conscient d’une responsabilité envers un être plus grand que lui-même.

Depuis sa publication il y a quelques jours, « Magnificas Humanitas » est disponible en français sur le site du Vatican. J’ai donc pris le temps, le temps d’une soirée, de lire les 63 pages dans leur intégralité. Je n’ai pas me contenté de consulter les commentaires sur l’encyclique publiés sur les réseaux sociaux. Je ne l’ai pas fait résumer par une IA. Je l’ai vraiment lue. J’ai apprécié la vaste portée intellectuelle et spirituelle de son raisonnement. Son langage à la fois nuancé et accessible. Ses références à la philosophie, à la théologie et à l’histoire. La perspective qui tente d’englober le monde entier et plusieurs siècles.

Pour tous ceux qui ne souhaitent pas lire eux-mêmes Magnifica Humanitas dans son intégralité, mais qui abordent le sujet avec plus d’exigence que de simplement obtenir une réponse à la question « Était-il pour ou contre l’IA ? », je rassemble ci-dessous les passages qui me semblent les plus pertinents (un texte qui reste long, mais nettement plus court que 63 pages…) .


Les chrétiens et l’esprit du temps

Chaque génération hérite de la mission de façonner son époque, afin que l’histoire puisse mûrir en un lieu où la dignité de chaque être humain est préservée, où la justice est promue et où la fraternité est rendue possible. Mais chaque époque est confrontée au danger de voir le monde devenir inhumain et plus injuste. Là où l’humanité risque de perdre son véritable visage, nous, chrétiens, levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait homme, sachant que « ce n’est que dans le mystère du Verbe incarné que le mystère de l’homme s’éclaire véritablement ».

L’Église dans le monde

Fondés sur le Christ, la pierre vivante, nous faisons l’expérience de l’action puissante et mystérieuse du Saint-Esprit, et nous croyons que tout effort humain authentique visant à collaborer avec lui pour le bien est béni par notre Père céleste, en qui nous plaçons notre espérance. C’est pourquoi nous pouvons participer avec engagement à toutes les initiatives qui contribuent à bâtir un monde plus juste, et nous pouvons également appeler les autres à collaborer avec nous pour promouvoir le développement intégral de chaque personne. Nous souhaitons entrer en dialogue avec tous les hommes et toutes les femmes de notre temps, avec lesquels nous partageons les événements, les questions et les aspirations de l’humanité.

Les chrétiens et le progrès technique

La technologie ne doit pas être considérée en soi comme une force hostile à l’homme ; au contraire, elle est enracinée dès le début de notre histoire, en tant que « phénomène profondément humain, lié à l’autonomie et à la liberté de l’homme ». Au fil des siècles, le développement technologique a contribué à une amélioration considérable des conditions de vie de l’humanité ; mais chaque phase de ce progrès a également révélé l’ambivalence d’outils capables de causer du tort s’ils ne sont pas orientés vers le bien… « Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même ».

Responsabilité structurelle dans la société

Par le passé, ce sont avant tout les États qui orientaient et régissaient les innovations. Aujourd’hui, en revanche, les principaux moteurs du développement sont des acteurs privés, souvent transnationaux, qui disposent de ressources et de moyens d’action supérieurs à ceux de nombreux gouvernements. Le pouvoir technologique prend ainsi une forme sans précédent, essentiellement « privée », et est de ce fait encore plus difficile à identifier, à contrôler et à orienter vers le bien commun.

Deux images bibliques : La tour de Babel et la reconstruction de Jérusalem

L’entreprise semble impressionnante : une seule langue, une seule technologie, une seule direction. Mais ce projet recèle un danger profond : c’est une œuvre conçue sans référence à Dieu, fondée sur une uniformité qui exclut la diversité et privilégie l’uniformisation au détriment de la communauté. Lorsque la ville est édifiée sur les fondements de l’orgueil et d’une autosuffisance présomptueuse, la communication s’effondre, les langues se mélangent et les hommes ne se comprennent plus. Le résultat n’est pas l’unité, mais la dispersion.

Ce récit montre que la ville ne renaît pas grâce à l’initiative d’un seul individu, mais grâce à la responsabilité commune de tout le peuple : prêtres, artisans, chefs de famille, femmes et jeunes. C’est une œuvre où Dieu occupe une place centrale et qui rétablit les relations avant même que les pierres ne soient remises en place. L’ancienne Jérusalem retrouve ainsi un langage commun, non pas celui de l’uniformité, mais celui de la communauté.

La technologie, un outil au service du bien ou du mal

Les découvertes scientifiques constituent un talent confié à l’humanité afin qu’elle le mette à profit. La technologie peut guérir, relier, former et protéger notre maison commune, mais elle peut aussi diviser, exclure et engendrer de nouvelles injustices. D’un point de vue abstrait, elle n’est en soi ni une solution aux problèmes de l’humanité, ni un mal. Concrètement, cependant, elle n’est pas neutre, car elle prend les traits de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent.

Construire pour le bien

Dieu a inscrit dans nos cœurs un désir de bonheur qui englobe toutes les dimensions de la vie. Et l’Église, en dialogue avec les hommes et les femmes de notre temps, prend conscience de l’urgence de préserver cette aspiration et de l’orienter vers sa vérité la plus profonde.

Deuxièmement, construire pour le bien signifie accepter les limites et les faiblesses de l’être humain sans les considérer comme un défaut qu’il faudrait corriger… L’Église rappelle d’une voix humble mais ferme que la véritable plénitude ne naît pas de l’élimination de la faiblesse, mais d’une croissance harmonieuse, lorsque la liberté et la responsabilité vont de pair avec la sollicitude mutuelle et une véritable solidarité.

Construire un monde où chacun puisse « s’épanouir » exige, troisièmement, une responsabilité commune courageuse… À chacun sa partie du mur : aux scientifiques et chercheurs, aux entrepreneurs et travailleurs, aux éducateurs et législateurs, à la société civile, aux mouvements populaires et aux communautés religieuses.

Rester humain

À l’ère de l’intelligence artificielle, où la dignité humaine menace de passer au second plan en raison de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains et de préserver avec amour cette magnifique condition humaine qui nous a été donnée, qui s’est révélée dans toute sa plénitude en Christ, et qu’aucune machine ne pourra jamais remplacer dans toute sa splendeur. Le véritable progrès naît toujours d’un cœur ouvert aux autres ; d’une intelligence prête à écouter ; d’une volonté qui recherche davantage ce qui unit que ce qui divise.

À tous les chrétiens, à tous les hommes et femmes de bonne volonté, j’adresse un appel pressant : n’ayons pas peur de nous salir les mains sur le chantier de notre temps… Telle est la bénédiction que nous demandons à Dieu et la tâche qui nous attend : être des bâtisseurs de communauté, et non des architectes de Babel ; des serviteurs du Royaume à venir, et non des seigneurs de tours vouées à s’effondrer. Et avec le cœur d’un berger et d’un père, je demande à tous de mettre fin à la construction d’une nouvelle tour de Babel et de s’unir plutôt pour bâtir le bien, afin que l’humanité ne perde jamais sa beauté et que le monde puisse à nouveau reconnaître, dans le cœur humain, le lieu où Dieu souhaite habiter.

Inspiration tirée de la doctrine sociale

L’Église, qui est dans le monde un signe d’unité pour toute la famille humaine, reconnaît dans les questions et les défis de l’époque actuelle le lieu où elle peut exercer sa vocation à l’écoute, au dialogue et au service, en prêtant attention à tout ce qui concerne la vie des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Ce lien vivant avec les peuples lui fait prendre de plus en plus conscience que sa mission a une portée historique et qu’elle comporte une responsabilité quant à la manière dont les relations sociales sont façonnées. C’est pourquoi elle ne peut se considérer comme étrangère aux dynamiques qui façonnent le visage de la société.

La doctrine sociale de l’Église est une réalité vivante, engagée dans un dialogue avec l’histoire, les cultures et les sciences, tout en conservant un noyau immuable de vérités… Les fondements et les principes de la doctrine sociale… aident à interpréter les « innovations » de notre époque à la lumière de la dignité fondamentale de la personne humaine. Pour préserver l’être humain à l’ère de l’intelligence artificielle, nous devons, à mon sens, repenser aujourd’hui le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité et la justice sociale.

Dignité humaine et droits de l’homme

La dignité fondamentale de chaque être humain ne peut… ni s’acquérir ni se mériter, et n’a pas non plus besoin d’être prouvée… « Une dignité infinie, fondée de manière inaliénable dans son essence, revient à toute personne humaine, indépendamment de toutes les circonstances et quel que soit l’état ou la situation dans lesquels elle se trouve », c’est-à-dire toujours et de manière incontestable. Cette dignité de chaque être humain peut… être qualifiée d’infinie pour deux raisons : parce que l’amour de Dieu, qui l’appelle à l’amitié avec Lui, est infini, et parce qu’elle est absolument inconditionnelle, en ce sens que, même en cherchant pendant une éternité, on ne trouverait jamais rien qui puisse l’annuler ou la nier.

Les droits de l’homme sont inviolables, car « ils sont inhérents à la personne humaine et à sa dignité »… Il serait vain de proclamer les droits de l’homme si l’on ne faisait pas en même temps tout ce qui est nécessaire pour garantir le devoir de les respecter par tous, partout et pour tous«

Si nous considérons notre époque, nous ne pouvons ignorer que la protection des droits de l’homme est aujourd’hui exposée à deux dangers particulièrement graves. Le premier consiste à ne s’y consacrer que de manière purement formelle, tandis que, parallèlement aux progrès technologiques, les atteintes cachées ou manifestes à la dignité humaine ne cessent de se multiplier.

Le second … réside dans le fait que l’on ne parvient plus à discerner le fondement de leur validité universelle, parce que l’on a renoncé à la « recherche des fondements les plus solides pour nos décisions et aussi pour nos lois » … Si cette recherche venait à être abandonnée, il pourrait arriver que des droits considérés aujourd’hui comme inviolables soient à l’avenir remis en cause ou bafoués par ceux qui en ont le pouvoir, peut-être après avoir obtenu un consentement de pure apparence de la part d’une population intimidée ou manipulée.

Bien commun

Il ne correspond ni à la somme des avantages des individus, ni à l’intersection de leurs intérêts particuliers ; c’est un bien supérieur qui appartient à tous et qui ne peut être construit, accru et préservé qu’ensemble… En ce sens, nous pouvons dire que « le tout est plus que la somme des parties » et que, précisément pour cette raison, « la simple somme des intérêts individuels […] n’est pas en mesure de créer un monde meilleur pour l’humanité tout entière ». C’est une illusion de croire qu’il suffit de rechercher son propre progrès pour contribuer au bien de tous, sans avoir à se soucier réellement des autres.

Destination universelle des biens

Ce principe nous rappelle avant tout que Dieu a donné les biens de la terre – la terre, l’eau, l’air, les ressources naturelles – à toute la famille humaine, afin qu’ils servent à la vie de tous, aujourd’hui et à l’avenir, et que chacun a un droit originel à l’usage de ces biens… Par conséquent, « il n’est pas conforme au dessein de Dieu de gérer ce don de telle sorte que seuls quelques-uns profitent de ses avantages »… Parmi les biens universellement destinés à tous, nous devons aujourd’hui inclure également les nouvelles formes de propriété : brevets, algorithmes, plateformes numériques, infrastructures technologiques, données. Dans un contexte où la richesse des nations dépend de plus en plus du savoir et des technologies, un nouveau déséquilibre apparaît lorsque ces biens restent concentrés entre les mains d’une minorité, sans participation ni possibilités d’accès adéquates.

Subsidiarité

Si chaque femme et chaque homme est appelé à façonner sa propre vie et à participer à la construction de la société, alors la forme d’organisation de la société doit elle aussi respecter et promouvoir cette responsabilité. La doctrine sociale de l’Église désigne par le terme de « subsidiarité » le principe selon lequel ce que les individus, les familles, les communautés locales et les organismes intermédiaires sont capables de réaliser ne doit pas être accaparé par des instances supérieures. Les institutions de niveau supérieur doivent reconnaître, protéger et encourager la liberté et la créativité des niveaux inférieurs, tout en coordonnant leurs contributions afin qu’elles servent efficacement le bien commun.

Le principe de subsidiarité s’applique tout particulièrement dans le contexte de la révolution numérique. Dans ce domaine, le niveau supérieur n’est pas l’État, mais chaque grand acteur économique et technologique qui exerce un pouvoir de fait sur les conditions de la vie en société. Le niveau qui accapare les compétences, les données et les pouvoirs de décision est constitué d’entreprises et de plateformes qui définissent les conditions d’accès, les règles de visibilité, les formes de relations et même les opportunités économiques. La subsidiarité exige que ces processus ne soient pas imposés d’en haut de manière opaque et unilatérale, mais qu’ils soient orientés vers le bien commun grâce à la transparence, à la responsabilité et à de véritables formes de participation (contrôles indépendants, transparence des algorithmes, accès équitable aux données, voies de recours).

Solidarité

Chaque être humain est créé à l’image de Dieu et fait partie d’un réseau de relations qui le relie à ses semblables, aux peuples et à la création. … Une telle fraternité n’est pas seulement une aspiration intérieure du croyant, mais une forme sociale et politique qui doit prendre corps dans des décisions et des voies communes. La solidarité est donc la prise de conscience concrète que le destin de chacun est lié à celui de tous : en effet, « nul ne peut se sauver seul »

Dans de nombreux domaines, nous faisons déjà l’expérience d’une sorte de « solidarité de fait » : nos vies sont étroitement liées, l’économie et la communication mondiales font en sorte que ce qui se passe en un lieu a des répercussions de grande envergure, et les réseaux numériques relient en temps réel des personnes et des communautés de toutes les régions du monde. Ce réseau de relations n’est toutefois pas encore une solidarité au sens plein du terme s’il ne se transforme pas en une décision consciente. La foi nous invite à comprendre cette réalité comme un appel : nous ne sommes pas simplement proches les uns des autres, mais nous sommes confiés les uns aux autres, afin que chacun, dans la mesure de ses moyens, assume la responsabilité de la vie et des souffrances de son frère et de sa sœur.

La solidarité exige que les décisions relatives aux données, aux algorithmes, aux plateformes et à l’intelligence artificielle ne tiennent pas seulement compte de l’avantage immédiat d’une poignée de personnes, mais aussi de leurs répercussions sur l’ensemble des peuples et sur les générations futures.

Justice sociale

La notion de « justice sociale » aide à comprendre que l’injustice ne résulte pas seulement de mauvaises décisions prises par des individus, mais aussi de structures, de mécanismes ainsi que de réalités économiques et culturelles qui engendrent presque automatiquement des inégalités. [Jean-Paul II a] parlé de structures du péché qui s’opposent à la volonté de Dieu et exigent un processus de conversion tant personnel que social.

À l’heure actuelle, la justice sociale doit également prendre en compte l’environnement créé par les technologies numériques. La généralisation des réseaux mondiaux, des plateformes et des systèmes d’intelligence artificielle modifie la manière dont nous nous informons, communiquons et accédons aux services. La justice exige d’empêcher l’émergence de nouvelles formes d’exclusion et de privation de liberté : les personnes et les peuples auxquels l’accès aux technologies fondamentales est refusé ou rendu difficile, les communautés soumises à une surveillance invasive, les groupes sociaux défavorisés par des algorithmes opaques qui reproduisent les préjugés et les discriminations. Un ordre social juste à l’ère numérique est un ordre qui garantit à tous un accès égal aux opportunités, qui protège les plus jeunes et les plus fragiles, qui lutte contre la haine et la désinformation, et qui soumet l’utilisation des données et des technologies à un contrôle public, afin que ce ne soit pas le simple profit qui devienne la norme, mais la dignité de chaque personne et le bien-être des peuples.

Technologie et pouvoir

Dans l’encyclique Laudato si’, le pape François a dénoncé l’imposition croissante d’un paradigme technocratique dans le monde globalisé, c’est-à-dire la tendance à subordonner les décisions personnelles, sociales et économiques à la seule logique de l’efficacité, du contrôle et du profit. … La création devient ainsi un objet d’exploitation et les êtres humains sont rabaissés au rang de rouages d’un système qui doit devenir toujours plus efficace. Ce paradigme s’est rapidement répandu ces dernières années, notamment en raison de l’essor de l’intelligence artificielle, des sciences cognitives, des nanotechnologies, de la robotique et des biotechnologies. En soi, ces innovations peuvent constituer une aide précieuse pour le développement humain intégral et la préservation de notre maison commune. Mais c’est précisément en raison de leur puissance qu’elles peuvent agir comme des accélérateurs du paradigme technocratique et nécessitent donc un nouveau cadre spirituel, éthique et politique… « Il apparaît que l’homme moderne n’est pas éduqué à faire un usage correct du pouvoir. »

Les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les réalisations techniques les plus étonnantes et la croissance économique la plus impressionnante se retourneront à long terme contre l’homme s’ils ne s’accompagnent pas d’un véritable progrès moral et social… Cela conduit à « avoir plus », mais pas à « être plus », et l’homme court le risque d’être évalué avant tout en fonction des performances qu’il réalise.

Dans le domaine numérique, le contrôle des plateformes, des infrastructures, des données et de la puissance de calcul n’est souvent pas entre les mains des États, mais entre celles de grands acteurs économiques et technologiques qui fixent de facto les conditions d’accès, les règles de visibilité et les possibilités de participation. Lorsque ce pouvoir se concentre entre quelques mains, il risque de devenir opaque et d’échapper au contrôle public. Cela accroît le risque d’une évolution déséquilibrée, génératrice de nouvelles dépendances, d’exclusions, de manipulations et d’injustices. Face à cette concentration du pouvoir dans le monde numérique, les grands principes de la doctrine sociale deviennent des critères permettant d’évaluer et de situer cette nouvelle situation : la dignité inaliénable de la personne humaine, le bien commun, la destination universelle des biens, la subsidiarité, la solidarité et la justice sociale. Ces principes invitent à examiner si le pouvoir des infrastructures numériques et des algorithmes favorise réellement la participation et la responsabilité, protège les plus faibles, garantit l’égalité des chances et reste orienté vers le bien-être de tous.

IA

Les intelligences artificielles ne vivent pas d’expériences, ne possèdent pas de corps, ne ressentent ni joie ni douleur, ne mûrissent pas au sein de relations, ne savent pas, au plus profond d’elles-mêmes, ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié et la responsabilité. … Elles ne font pas la distinction entre le bien et le mal, elles ne saisissent pas le sens profond des situations et n’assument pas le poids des conséquences… Elles peuvent imiter le langage, les comportements et les jugements, elles peuvent simuler de l’empathie ou de la compréhension, mais elles ne comprennent pas ce qu’elles provoquent ainsi… leur mode d’apprentissage [diffère] de celui d’un être humain. Il ne s’agit pas de l’expérience d’un être humain qui se laisse façonner par la vie et qui grandit au fil du temps à travers ses décisions, ses erreurs, le pardon et la loyauté ; il s’agit plutôt d’une adaptation statistique fondée sur des données et des retours d’expérience, qui peut certes être très efficace, mais qui n’implique aucune croissance intérieure.

L’utilisation de l’IA n’est jamais une question purement technique : lorsqu’elle est intégrée à des processus qui influencent la vie des personnes, elle entre en contact avec les droits, les opportunités, la réputation et la liberté… Nous ne pouvons pas considérer l’IA comme moralement neutre. En réalité, tout artefact technique implique des choix et des priorités : ce qu’il mesure, ce qu’il ignore, ce qu’il optimise et la manière dont il classe les personnes et les situations. Lorsqu’un système est conçu ou utilisé de manière à traiter certaines formes de vie comme ayant moins de valeur ou à les exclure sans possibilité de contestation, il ne s’agit pas d’un simple outil pouvant être « bien utilisé » : il introduit d’emblée un critère qui va à l’encontre de la dignité inaliénable de la personne humaine. C’est pourquoi le jugement éthique ne doit pas se limiter à se demander si nous utilisons un système donné à des fins bonnes ou mauvaises, mais doit également s’interroger sur la manière dont il est conçu et sur la vision de l’être humain et de la société inscrite dans les données et les modèles qui le guident.

IA, pouvoir et responsabilité

Nous ne devons pas nous contenter d’exiger que les machines agissent de manière morale, c’est-à-dire ce qu’on appelle « l’alignement » de l’IA sur les valeurs humaines. Nous devons avoir le courage d’imposer une condition supplémentaire, à savoir la possibilité de discuter du code éthique à appliquer et de le mettre en adéquation avec les critères de justice sociale que nous partageons. Sinon, ceux qui contrôlent l’IA imposeront leur propre conception de la morale, et celle-ci deviendra l’infrastructure invisible des systèmes. Une IA plus morale ne sert à rien si cette morale est déterminée par une poignée de personnes.

Comme c’est le cas lors de chaque grand tournant technologique, l’IA tend également à renforcer avant tout le pouvoir de ceux qui disposent déjà de ressources économiques, de compétences et d’un accès aux données. Du point de vue du bien commun et de la destination universelle des biens, ce phénomène soulève de sérieuses préoccupations : de petits groupes très influents peuvent orienter l’information et la consommation, conditionner les processus démocratiques et influencer la dynamique économique à leur propre avantage. Cela va à l’encontre de la justice sociale et de la solidarité entre les peuples.

L’innovation technologique peut, d’une certaine manière, constituer une forme humaine de participation à l’acte divin de la création. Les développeurs assument donc une responsabilité éthique et spirituelle particulière, car chaque choix de conception exprime une certaine conception de l’homme. Tout comme le créateur d’une œuvre artistique ou littéraire doit réfléchir aux valeurs qu’elle exprime, ils sont eux aussi tenus de traiter avec le sérieux qui s’impose les valeurs qu’ils intègrent dans leurs projets : avec transparence, avec responsabilité envers les communautés concernées et avec attention, afin de s’assurer que ce qui en résulte est bel et bien un bien.

Ce que nous ne devons pas perdre

Le danger ne réside pas seulement dans l’utilisation abusive de certaines technologies, mais dans le fait que le paradigme technocratique qui nous entoure, et qui est encore renforcé par la révolution numérique et l’IA, fait passer pour juste et normale une vision inhumaine – une vision selon laquelle la plénitude de la vie consiste à posséder davantage, à réduire les faiblesses, d’exclure l’imprévu et de tout contrôler. Lorsque l’efficacité devient la norme, l’être humain est tenté de se considérer comme un projet à optimiser et non comme une créature appelée à la relation et à la communauté.

En réalité, il est toujours erroné de réduire l’être humain à une seule dimension. En effet, ce n’est pas seulement le manque qui engendre le désordre. Ce qui croît sans mesure peut lui aussi devenir une forme de pauvreté. Dans un écosystème, l’équilibre est perturbé lorsqu’une seule espèce se propage au détriment des autres. Il en va de même chez l’être humain lorsqu’une seule capacité prétend être la référence absolue. Ainsi, lorsque l’intelligence est érigée en absolu, d’autres dimensions essentielles de la vie passent au second plan : les sentiments, la volonté, le dévouement et les relations.

Les promesses de salut technologiques et les limites humaines

Notre rapport à la vie semble aujourd’hui traverser une crise. Tout ce qui apparaît comme une « limitation » – incapacité, maladie, vieillesse, souffrance, vulnérabilité – est généralement considéré d’abord comme un défaut à corriger et non comme une circonstance grâce à laquelle l’être humain mûrit et s’ouvre aux relations. Or, nous devons garder à l’esprit que l’être humain ne s’épanouit pas malgré ses limites, mais souvent précisément grâce à elles… C’est précisément grâce à nos limites qu’il y a de la place pour la compassion, pour une préoccupation sincère envers les besoins des autres, pour une générosité qui surprend même au cœur des ténèbres et de l’échec, pour des expériences spirituelles et pour l’adoration de Dieu. … Même si la limitation est vécue comme une douleur intérieure, la sagesse humaine nous dit de ne pas l’éliminer ni la réprimer, mais de l’intégrer. Pour réprimer complètement cette douleur, il faudrait en fin de compte éteindre aussi l’amour et le désir.

Lorsque l’être humain est considéré comme un matériau qu’il faut perfectionner ou dépasser, il devient plus facile d’accepter que certaines personnes soient perçues comme moins utiles, moins dignes d’affection, moins dignes. Au nom du progrès, on peut envisager des « sacrifices nécessaires » et faire ainsi payer aux plus faibles le prix d’une prétendue optimisation de l’espèce… C’est une chose d’intégrer les technologies dans une vision humaine et axée sur les relations ; c’en est une tout autre de se laisser guider par un imaginaire qui dévalorise la finitude et promet un « salut » purement technique.

Lorsque la finitude est véritablement acceptée, elle n’appauvrit pas l’homme, mais l’ouvre à la reconnaissance du visage de Dieu et de son prochain. C’est précisément parce qu’il fait l’expérience de la finitude – la vulnérabilité, la douleur et l’échec – qu’il peut reconnaître comme inviolables sa propre dignité et celle de ses semblables.

C’est pourquoi l’humanité – magnifique et blessée – ne doit être ni remplacée ni dépassée. Elle peut accueillir les progrès techniques pour soulager les souffrances et ouvrir de nouvelles possibilités, mais seulement si, ce faisant, elle ne renie pas ce qui la rend humaine, à savoir la capacité à entrer en relation et à aimer.

Depuis des siècles, la tradition chrétienne affirme que l’homme n’est pas confiné aux limites de sa nature, mais appelé à se dépasser : non pas pour fuir la réalité ou pour mépriser les limites, mais pour s’accomplir dans l’amour. La foi connaît un « au-delà » qui vient de la grâce de Dieu. Cette transformation est l’œuvre du Saint-Esprit… Ce qui sauve l’homme, ce n’est pas une autonomie accrue, mais une relation qui libère, une communion qui transforme. Dans ce contexte, une technologie qui classe et optimise ce qui existe déjà peut, sans le vouloir, devenir un obstacle au changement et à la croissance. Pour un algorithme, une erreur est quelque chose qui doit être corrigée ; pour un être humain, elle peut être le début d’un changement profond. L’avenir d’un être humain n’est pas prévisible. Il est confié à sa liberté, élevée par la grâce inépuisable de Dieu.


À ce stade, je passe quelques paragraphes qui traitent des conséquences de cette réflexion sur les défis actuels : démocratie, liberté, éducation, travail, guerre et paix… En conclusion, le pape Léon aborde la question de l’amour – et la perspective du Christ.


Une question d’amour

L’IA rend-elle « la vie humaine sur cette terre véritablement plus “humaine” à tous égards ? Rend-elle la vie « plus digne de l’homme » ? » Si la réponse est « oui », alors nous pouvons y voir une bonne opportunité, qu’il convient d’exploiter de manière responsable sur la voie d’une reconstruction patiente et collective, à l’image de la renaissance de la ville de Jérusalem décrite dans le livre de Néhémie. Si, en revanche, le pouvoir grandit tandis que le cœur s’atrophie et que les liens se brisent, alors nous sommes confrontés à une nouvelle forme de Babel : une construction grandiose, mais inhumaine.

Nous interroger sur la manière dont nous interprétons et vivons ces deux types de progrès revient en fin de compte à interroger notre propre cœur. En effet, la manière dont nous comprenons et façonnons nos relations, notre travail et nos institutions révèle nos valeurs fondamentales et découle en fin de compte de ce qui nous tient le plus à cœur. C’est l’amour qui nous guide : ce que nous aimons véritablement, en tant qu’individus comme en tant que société, détermine notre vie et nos actions.

L’ère de l’IA ne fait pas exception à cette règle : la construction de Babel ou celle de Jérusalem commence en chacun de nous.

Le Christ

En Christ, nous comprenons que l’être humain est appelé à participer à l’œuvre de la création, plutôt que d’assister avec résignation aux évolutions technologiques qui restreignent notre liberté et notre responsabilité. La dignité que le Saint-Esprit confère à chacun de nous se manifeste également dans la capacité à mener une réflexion critique, à choisir librement, à aimer de manière désintéressée et à nouer des relations authentiques. Aucun système informatique, aussi sophistiqué soit-il, ne peut créer un cœur qui se donne, ni une conscience qui reconnaît le bien. Même si les machines sont d’une efficacité hors du commun, le centre de l’histoire reste un visage humain qui aspire à être regardé.

Ce visage humain est la plénitude vers laquelle l’histoire converge. C’est le mystère de la récapitulation, la certitude que le Père a décidé de tout ramener, au ciel comme sur terre, vers le Christ, vers lui, le Chef unique (cf. Ep 1, 10).

Dans ce dessein, rien de ce qui est véritablement humain ne sera perdu ; au contraire, tout sera purifié et réuni en Celui qui recueille chaque fragment de vie, chaque larme et chaque véritable accomplissement humain, afin de les préserver du néant et de les remettre, rachetés, au Père.


Si cela a éveillé ta curiosité, que tu as une soirée devant toi et un verre de vin rouge, tu peux lire l’encyclique dans son intégralité ici, sur le site web du Vatican : Magnificas Humanitas (63 pages).


Cet article a été publié pour la première fois sur pixelpastor.

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23. juin 2026/0 Commentaires/par Jörg Dechert
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/06/pexels-shubhamdhage-37911407-scaled-e1782211468690.jpg 1365 2048 Jörg Dechert https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Jörg Dechert2026-06-23 12:58:182026-06-24 16:01:48Quel est l’impact de l’IA sur l’humanité ?

Éthique environnementale : la soif d’énergie de l’IA est encore son moindre problème

Developement, Dossiers, Economie, Environnement, Pouvoir de l'information, Société
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Pour le bon Samaritain, l’amour du prochain était très direct : quelqu’un gisait sur son chemin, saignant et souffrant. Au XXIe siècle, l’amour du prochain est devenu complexe, et rien ne l’illustre mieux que l’intelligence artificielle (IA). Grâce à l’IA, nous pouvons causer des souffrances incommensurables – ou les empêcher. Mais lorsque nous le faisons, c’est surtout de manière indirecte.

Les gros titres sont omniprésents : le journal « Finanz und Wirtschaft » parle de l’explosion de la demande en électricité due à l’IA1 , la télévision suisse débat pour savoir si remercier l’IA pour une réponse est un gaspillage d’énergie2 , et ma propre université de Fribourg m’encourage à faire preuve de retenue dans l’utilisation de l’IA3 .

L’impact environnemental direct de l’IA est faible

Mais cette impression est trompeuse : l’impact environnemental direct de l’utilisation personnelle de l’IA est négligeable. Si l’IA avait rédigé ce texte, cela aurait nécessité plus de cent fois moins d’énergie que si mon ordinateur portable et moi-même avions créé ce texte ensemble4 . Si vous lisez ce texte sur votre ordinateur portable en dix minutes, cela consomme autant d’énergie que dix requêtes d’IA5 . La lecture à l’écran n’est même pas le principal responsable. La production d’un livre physique consomme autant d’énergie que 6000 requêtes d’IA6 . Il en va de même pour la consommation d’eau. Un livre de 400 pages nécessite autant d’eau qu’un million de requêtes IA7 .

Dans le détail, ces chiffres sont certes tous très incertains (et ils se réfèrent principalement à des requêtes textuelles, et non à des requêtes image/vidéo). Mais l’ordre de grandeur n’est pas incertain. En tant qu’individus, nous pouvons faire beaucoup pour l’environnement, par exemple en votant, en faisant des dons, en adoptant un régime végétarien ou en renonçant aux voyages en avion et autres déplacements, mais pas en renonçant aux requêtes IA.

Si l’utilisation de l’IA ne représente qu’une petite fraction de l’empreinte écologique de chacun d’entre nous, il en va de même pour l’empreinte de l’humanité dans son ensemble. En 2024, les centres de données IA étaient responsables de moins d’un millième des émissions mondiales de CO2, soit environ cinquante fois moins que la production de ciment8 . Cette estimation est très incertaine et concerne surtout l’année 2024. En matière d’IA, cela remonte à l’âge de pierre. Mais l’avenir est moins dramatique qu’on ne le présente souvent. Même si la consommation électrique des centres de données double en 2030, comme le prévoit l’Agence internationale de l’énergie, cela ne représentera « que » 3 % de la consommation mondiale9 . De plus, nous voyons des solutions plus claires pour une production propre dans le domaine de l’électricité que dans des secteurs tels que le ciment, l’acier, le transport aérien ou l’agriculture10 .

L’IA est tout sauf inoffensive

Mais il y a un gros « mais ». Si l’impact direct de l’IA sur l’environnement est peut-être faible, son impact indirect ne l’est pas. L’IA pourrait bouleverser notre monde, et si elle le fait, cela ne se fera pas sans affecter l’environnement.

« Les effets directs de l’IA sur l’environnement sont peut-être minimes, mais ses effets indirects ne le sont pas. »

Les économistes s’attendent généralement à ce que l’IA stimule sensiblement la croissance économique11 . Les voitures autonomes pourraient contribuer à augmenter le volume du trafic. L’IA pourrait renforcer les régimes totalitaires, car elle leur permettrait de mieux contrôler la population, ou saper les régimes démocratiques en concentrant le pouvoir économique – deux scénarios qui constitueraient une menace pour la réglementation politique des problèmes environnementaux. Les effets de ce type ont sans doute un impact bien plus important que les émissions des centres de données eux-mêmes.

Bien sûr, le contraire pourrait également se produire. Si l’IA permet de raccourcir et de fluidifier les trajets dans Google Maps, c’est bon pour l’environnement. De même, il est bon pour la durabilité que l’IA accélère la recherche sur les technologies propres, diffuse des informations factuelles dans les débats environnementaux polarisés et idéologiques ou permette de mieux prévoir les tempêtes et les sécheresses.

Je ne vois actuellement aucune preuve particulièrement solide indiquant que les effets indirects de l’IA sur l’environnement sont globalement bons ou mauvais. Mais je vois des preuves solides indiquant qu’ils pourraient être importants : soit très bons, soit très mauvais. Contrairement aux effets directs des centres de données, l’éventail des conséquences possibles est énorme. La raison est simple : l’IA a de nombreuses capacités. Si je devais parier, je parierais que l’IA sera plus transformatrice que des innovations technologiques telles que la radio, le laser ou le GPS, et même que l’Internet ou l’électricité.

Si nous ne considérons pas uniquement les conséquences environnementales de l’IA, mais examinons plus globalement ses effets sur la dignité et le bien-être des créatures de Dieu, alors des déclarations un peu plus claires sont possibles. À l’heure actuelle, en effet, des scénarios radicalement négatifs – y compris une perte de contrôle sur cette technologie – ne peuvent être exclus avec une probabilité suffisamment élevée pour compenser les éventuelles conséquences positives pour l’avenir. Le lauréat du prix Nobel Geoffrey Hinton, l’un des trois « parrains » de l’IA, a publiquement estimé à 10-20 % la probabilité d’une extinction de l’humanité causée par l’IA au cours des trois prochaines décennies12 . Dans une enquête menée auprès de plus de deux mille membres de la communauté des chercheurs en IA, un tiers d’entre eux ont estimé à au moins 10 % la probabilité que l’IA conduise à un résultat aussi grave que l’extinction de l’humanité13 .

Un tel danger ne peut être compensé par presque rien. Même si l’IA pourrait reléguer les sécheresses, la dépression et les dictateurs dans les livres d’histoire, les risques négatifs sont actuellement trop élevés pour que nous soutenions cette technologie.

Conclusion

La conclusion est donc la suivante :

  1. Les effets directs de l’IA sur l’environnement sont faibles.
  2. Les effets indirects de l’IA sur l’environnement pourraient être très importants, tant dans le sens positif que négatif.
  3. Les autres effets de l’IA pourraient également être très positifs ou très négatifs. Cependant, les conséquences négatives potentielles sont si graves et si difficiles à exclure que nous devrions faire preuve d’une grande prudence à l’égard de l’IA.

Ou, pour le résumer en un slogan : le scepticisme vis-à-vis de l’IA est justifié …

mais pas parce que l’IA consomme beaucoup d’énergie (sans même apporter quoi que ce soit, puisqu’elle ne sait rien faire) ;
mais précisément parce que l’IA peut faire beaucoup (sans même consommer beaucoup d’énergie).

Et une conclusion qui va au-delà de l’IA

On pourrait considérer comme une heureuse coïncidence le fait que les impacts environnementaux directs de l’IA soient souvent surestimés. Car après tout, cette surestimation alimente le scepticisme à l’égard de l’IA – et ce scepticisme est justement justifié ! Conclusion correcte, raisonnement erroné.

Mais je ne pense pas qu’il faille se réjouir de cette surestimation. En fin de compte, il est payant de s’efforcer de saisir la réalité avec précision. Les effets de nos actions sont devenus beaucoup plus complexes au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, ceux qui veulent servir leur prochain devraient consacrer la moitié de leur temps à évaluer comment ils peuvent réellement le servir, et seulement l’autre moitié à mettre ces idées en pratique. Nous pratiquons ainsi une charité plus efficace que si nous agissons à l’aveuglette, par exemple en renonçant aveuglément aux demandes d’IA, alors que celles-ci pourraient nous aider à servir notre prochain.

Le monde n’est pas devenu si confus que nos efforts pour mieux le comprendre ne valent plus la peine. Nous pouvons continuer à évaluer ce qui aide beaucoup notre prochain et ce qui l’aide peu. Pour cela, il est toutefois nécessaire que nous :

  • écoutions moins notre intuition, qui surestime les effets directs et visibles, et écoutions davantage les experts (soigneusement sélectionnés) ;
  • accordions moins d’importance au fait qu’une chose ait un effet positif ou négatif, et accordions davantage d’importance à l’ampleur de ces effets ;
  • croyons moins aux récits manichéens globaux et immuables et soyons plus ouverts aux nouvelles données et arguments qui ne cadrent pas avec notre vision du monde actuelle.

Sources

1 : https://www.fuw.ch/ai-boom-laesst-strombedarf-explodieren -855216581552

2. https://www.srf.ch/sendungen/kassensturz-espresso/espresso/ kuenstliche-intelligenz-hoeflich-zur-ki-eine-reine-energieverschwendung

3. https://www.unifr.ch/durabilite/assets/public/assets/uploads/L_impact_nerg_tique_de_l_utilisation_de_l_IA_1.pdf

4. https://andymasley.substack.com/p/a-cheat-sheet-for-conversations-about? open=false#%C2%A7ais-effect-on-climate-will-mostly-depend-on-how-its-used-not-on-what-happens-in-data-centers:~:text=Using%20a%20laptop%20for%201%20minute

5. https://andymasley.substack.com/p/a-cheat-sheet-for-conversations-about? open=false#%C2%A7ais-effect-on-climate-will-mostly-depend-on-how-its-used-not-on-what-happens-in-data-centers:~:text=to%20use%20more%20energy%20per%20minute%20than%20ChatGPT

6. https://andymasley.substack.com/ p/a-cheat-sheet-for-conversations-about?open=false#%C2%A7ais-effect-on-climate-will-mostly-depend-on-how-its-used-not-on-what-happens-in-data-centers:~:text=going%20to%20use%20more%20energy

7. https://andymasley. substack.com/p/the-ai-water-issue-is-fake?open=false#%C2%A7how-big-of-a-deal-is-it-that-data-centers-use-potable-water: ~:text=%2D%202550%20prompts-,A%20400%20page%20book%20%2D%201%2C000%2C000%20prompts,-If%20you%20want

8. https://andymasley.substack.com/p/a-cheat-sheet-for-conversations-about? open=false#%C2%A7ais-effect-on-climate-will-mostly-depend-on-how-its-used-not-on-what-happens-in-data-centers:~:text=But%20all%20AI,as%20cement%20production.

9. https://www.iea.org/reports/energy-and-ai/energy-demand-from-ai# : ~:text=Notre scénario de base révèle que la consommation mondiale d’électricité des centres de données devrait doubler pour atteindre environ 945 C2%A0TWh%20d’ici 2030 dans le scénario de base, soit un peu moins de 3 % de la consommation mondiale totale d’électricité en 2030.

10 : Les chiffres présentés dans cette section s’appuient principalement sur les analyses d’Andy Masley. Il présente ses chiffres de manière transparente, les justifie avec sobriété, expose les incertitudes et examine les chiffres divergents, ou plutôt les récits divergents. À ma connaissance, il n’y a pas d’objections significatives à sa conclusion. Lorsqu’il s’agit de faits controversés dans le domaine de l’environnement, je m’en remets à Hannah Ritchie, spécialiste des données et de l’environnement, qui a explicitement recommandé les recherches d’Andy Masley. D’autres sources indépendantes vont dans le même sens. Une autrice de renom a considérablement ajusté ses chiffres sur la consommation d’eau de l’IA sur la base des recherches de Masley. Je tiens ici à souligner avec gratitude que cet article ne s’appuie pas seulement sur les chiffres du travail d’Andy Masley, mais qu’il bénéficie également plus largement de son cadre de réflexion et de son argumentation.

11. https://tecunningham.github.io/posts/2025-10-19-forecasts-of-AI-growth-extended.html

12 : https://www.theguardian.com/technology/2024/dec/27/godfather-of-ai-raises-odds-of-the-technology-wiping-out-humanity-over-next-30-years

13. https://arxiv.org/abs/2401.02843


Cet article a été publié pour la première fois sur Insist.

1. mars 2026/0 Commentaires/par Dominic Roser
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/03/QmZPFrxRKYuHU7Gxv942r1Vo5jLiQ3QuMMdnoLetexqy5k.jpg 1000 1500 Dominic Roser https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Dominic Roser2026-03-01 12:00:232026-06-08 13:08:10Éthique environnementale : la soif d’énergie de l’IA est encore son moindre problème

Non à l’initiative contre la SSR

Justice, Politique, Pouvoir de l'information, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 4 min

L’initiative contre la SSR sera soumise au vote le 8 mars. Au lieu des 335 francs actuels, la SSR ne coûterait plus que 200 francs aux utilisateurs. Cette réduction des redevances revient à laisser le pouvoir de l’information aux mains des milliardaire et ses grandes entreprises de médias.

Le recul de la démocratie dans toutes les régions du monde est également lié à la polarisation de l’information due à la concentration des médias et aux algorithmes d’Internet. Dans ce contexte, il est essentiel de maintenir une source d’information relativement fiable et répandue telle que la SSR. Car la démocratie a besoin de vérité et d’informations équilibrées.

Changement dans les médias en Suisse – L’argent et les idéologies des riches prennent-ils le dessus ?

Au cours des dernières décennies, le nombre de journaux régionaux en Suisse a diminué, principalement en raison de fusions et de rachats. Ceux qui restent sont concentrés entre les mains d’un nombre toujours plus restreint de propriétaires et sont en partie rachetés et fusionnés par des milliardaires.

  • Tamedia détient près de 50 % du marché suisse des journaux
  • AZ/NZZ détient près de 20 % en Suisse alémanique
  • Ringier et, avec lui, la maison d’édition Axel Springer concentrent également une grande partie
  • Tito Tettamanti a été le premier milliardaire à acheter la maison d’édition Jean Frey en 2001 et à changer l’orientation de son magazine Weltwoche. En 2010, c’est au tour de la Basler Zeitung, qui, malgré les dénégations de Christoph Blocher, est tombée entre ses mains. En 2018, Blocher a vendu la BaZ à Tamedia, mais a reçu en échange toute une série d’hebdomadaires gratuits qui touchent désormais plus d’un demi-million de foyers chaque semaine et véhiculent largement la propagande de l’UDC.

Dans ces conditions, le paysage médiatique s’est légèrement déplacé vers la droite au cours des dernières décennies. Les médias chrétiens sont également concernés. Eux aussi dépendent des grands donateurs et de leur opinion. Certaines voix s’élèvent pour dire que c’est une bonne chose, car les médias ont toujours été plutôt de gauche. Le mythe, volontiers entretenu par divers milieux, selon lequel les médias seraient de gauche ne résiste pas à l’analyse scientifique : une étude menée par l’Université de Zurich entre 2018 et 2023 montre un regroupement plutôt centriste, avec des écarts vers la gauche et vers la droite. La SRF n’est apparemment pas non plus de gauche. En outre, l’évaluation régulière de l’Université de Zurich sur la couverture médiatique des initiatives et d’autres votations montre que les causes de gauche ne s’en sortent généralement pas mieux… Mais la majorité des journalistes ne sont-ils pas «de gauche» ? Une enquête de la ZHAW semble leur donner raison. Cependant, ce sont apparemment les éditeurs, et non les journalistes, qui décident de la direction à prendre. L’orientation des médias est manifestement plus libérale que conservatrice, mais tout aussi libérale à droite qu’à gauche.

Un regard sur l’étranger : où cela peut mener

D’autres pays ont déjà fait un pas en avant dans ce domaine :

  • Au Royaume-Uni, Rupert Murdoch et d’autres conservateurs de droite ont racheté de nombreux médias dès les années 70 et ont réussi, grâce à leur propagande, à faire élire Margaret Thatcher et à promouvoir son idéologie de désolidarisation.
  • En France, Vincent Bolloré s’est construit au cours des 20 dernières années une position similaire à celle de Murdoch, tout comme les familles Dassault et Pierre-Edouard Stérin. Plusieurs études se sont penchées sur la concentration des médias en France. Libération résume la situation comme suit : en février 2022, 11 milliardaires détenaient 81 % des ventes de quotidiens nationaux, 95 % des hebdomadaires d’intérêt général, 47 % des parts d’audience radio et 57 % des parts d’audience télévision. Parmi les milliardaires qui dominent le marché des médias, Vincent Bolloré se distingue particulièrement. Cette concentration a entraîné un essor encore plus fort des mouvements conservateurs de droite en France que dans le reste de l’Europe occidentale.
  • Aux États-Unis, le processus de fusion des médias et de réduction de la couverture médiatique locale est en cours depuis longtemps. Aujourd’hui, seuls les milliardaires peuvent se permettre d’acheter des médias. Ceux-ci exercent désormais une influence plus forte : Jeff Bezos de Amazon a racheté le Washington Post, autrefois plutôt de gauche, et a renforcé le blocage des reportages critiques en 2025. Ces dernières années, des personnes exposés à la critique ont commencé à intenter des procès en dommages-intérêts se chiffrant en millions contre les médias qui publient des articles qui leur déplaisent (Weaponized Lawsuit), ce qui peut entraîner un « effet dissuasif », c’est-à-dire une autocensure. Le président Trump a encore accru cette pression par de nombreuses poursuites judiciaires se chiffrant en milliards, des menaces et des mesures légales. CBS a ainsi dû être vendue à l’un de ses amis. Son émission satirique très populaire avec Stephen Colbert, critique de Trump, sera arrêtée en mai 2026.

Dans le cadre de l’objectif visant à faire taire les opposants, le financement des chaînes de télévision publiques aux États-Unis a également été supprimé. Cela montre un parallèle avec la Suisse, où l’initiative SRG émane également du parti le plus proche de Trump (et dont les figures de proue, Blocher et Köppel, sont des sympathisants du président américain).

Nous avons besoin de médias indépendants et désintéressés pour lutter contre la propagande

Dans le même temps, de plus en plus de personnes s’informent sur Internet et y trouvent souvent des informations et des algorithmes appartenant à des milliardaires tels que Mark Zuckerberg et Elon Musk, qui ont parfois des intentions de propagande d’extrême droite. Ils laissent également libre cours à la désinformation, à la diffamation et à la propagande haineuse. Nous sommes passés d’une ère d’information à une ère de désinformation.
En cette période de tensions croissantes et de polarisation sociale, nous avons besoin de médias qui disposent encore de suffisamment de temps pour produire des reportages bien documentés et non motivés par des intérêts particuliers, qui, comme la SSR, doivent respecter un temps d’antenne équilibré pour tous les partis et qui sont en mesure de vérifier correctement les faits. Car si seuls les intérêts sont poursuivis, c’est la propagande qui prévaut, et non la vérité. En tant que chrétiens attachés à la vérité, nous devrions considérer cela comme une situation d’urgence.
On entend parfois dire que la SSR est « contrôlée par l’État » et fait de la propagande d’État. Or, ces accusations découlent de théories du complot et de la crainte d’un État tout-puissant (idée encouragée par les milieux économiques intéressés par une plus grande liberté). En effet, en Suisse, « l’État » n’est pas de gauche (voir le Conseil fédéral et le Conseil national) et dispose de beaucoup moins de pouvoir que dans d’autres pays, sans parler de son influence sur le contenu des programmes télévisés. Ceci contraste fortement avec les exemples susmentionnés des chaînes appartenant à des milliardaires. C’est précisément l’enjeu du vote du 8 mars 2026. Allons-nous nous laisser séduire par la réduction de 135 francs de la redevance télévisuelle ?

Photo de Ajeet Mestry sur Unsplash

2. février 2026/0 Commentaires/par Markus Meury
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/02/ajeet-mestry-UBhpOIHnazM-scaled.jpg 1440 2560 Markus Meury https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Markus Meury2026-02-02 14:50:002026-06-08 13:13:38Non à l’initiative contre la SSR

Boîte noire Intelligence artificielle

Developement, Pouvoir de l'information, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 8 min

L’IA soulève actuellement de nombreuses questions qui laissent perplexes. L’article suivant donne un aperçu général de ce qu’est l’IA, de son fonctionnement et de ses faiblesses, sans pour autant attiser les craintes de manière unilatérale. L’auteur attire toutefois l’attention sur les dangers qui guettent. Un autre article suivra ultérieurement.

L’arrivée de ChatGPT il y a environ trois ans a suscité un énorme engouement. L’interface utilisateur ne pourrait être plus simple : une fenêtre de navigateur presque vide avec un champ de saisie (fenêtre d’invite) au milieu. J’ai voulu jeter un œil sous le capot et j’ai réalisé que le sujet était vaste et loin d’être aussi clair qu’on pourrait le croire à première vue. Un texte comme celui-ci ne peut être qu’une tentative d’éclairer un peu ce qui se cache dans la boîte noire de l’IA. Dans une deuxième partie, j’aimerais examiner dans quelle mesure les grands modèles linguistiques (Large Language Models, LLM) nous aident à trouver la vérité dans la jungle d’informations en ligne – ou pas.

Comment fonctionne un LLM, un grand modèle linguistique tel que ChatGPT ? On explique généralement que son fonctionnement est similaire à celui d’un cerveau doté de nombreux neurones, qui calcule le mot suivant le plus probable dans un contexte donné. ChatGPT est capable d’apprendre grâce à d’innombrables répétitions d’essais et d’erreurs (deep learning). Cela est tellement souvent répété que cela doit être vrai, bien sûr en simplifiant. Néanmoins, cela me semble être une sorte de pochette surprise cognitive, tant en termes de vitesse que de contenu. Même les experts et les entreprises qui développent ces modèles ne comprennent pas pourquoi leurs produits aboutissent à tel ou tel résultat.

ChatGPT n’est pas le seul à l’origine de cette technologie

ChatGPT est clairement le leader du marché occidental, mais il existe d’autres modèles importants. Les entreprises qui les développent s’appellent OpenAI, xAI ou Anthropic. Voici un bref aperçu des grandes entreprises technologiques qui y participent :

Chatbot IAEntreprise américaine participanteForme de participation
ChatGPT (OpenAI)Microsoft, AppleMicrosoft : investisseur, participation minoritaire, environ 49 %, Apple : aucune participation, partenariat technique (intégration sur les appareils Apple)
Gemini (Google)Alphabet (Google)Propriétaire et développeur
Claude (Anthropic)Amazon et AlphabetInvestisseurs minoritaires
Grok (xAI)Elon MuskPropriétaire / PDG
Llama (Open Source)Meta (Facebook/WhatsApp)Propriétaire et développeur

Les auteurs souvent non rémunérés

Une IA nouvellement créée est stupide. Avant d’être utile, elle doit être entraînée à partir d’énormes quantités de données, un peu comme un jeune enfant apprend à parler pour comprendre son environnement. Les données d’entraînement comprennent généralement des sites Internet accessibles au public, tels que des journaux gratuits ou Wikipédia, des milliers de livres et autres, souvent sans rémunérer les auteurs. La composition exacte est un secret des développeurs. Dans une deuxième phase, celle du réglage fin, les modèles sont entraînés, entre autres, à l’aide de chats réels.

Les données utilisées pour cette deuxième phase sont constituées des requêtes des utilisateurs, y compris les réponses de l’IA. Pour la plupart des modèles, cela se fait automatiquement, sauf si l’on refuse expressément ou si l’on active le mode « temporaire »/« anonyme », dans lequel l’historique des chats n’est pas enregistré, ou si l’on choisit la version payante. En d’autres termes, ici aussi, les outils informatiques gratuits ne sont pas vraiment gratuits. Selon les informations officielles, les données ne sont stockées nulle part à long terme, mais cela n’est pas vraiment clair. Anthropic (Claude) adopte une approche différente. Cette entreprise n’utilise pas les données de ses utilisateurs pour l’entraînement et dispose d’une documentation détaillée sur la manière dont elle traite les données des utilisateurs. Open AI dispose également de cette dernière, mais une grande partie de son contenu reste vague, délibérément ?

Des directives éthiques opaques

Le comportement de chaque IA est programmé, par exemple pour qu’elle soit aimable et encourageante dans ses réponses. Mais parfois, la programmation va encore plus loin.

Grok, l’IA d’Elon Musk, s’est particulièrement fait remarquer négativement cet été. Sur la plateforme « X », à laquelle le modèle est relié, elle a diffusé sans aucune retenue des thèses et des déclarations antisémites après une mise à jour. Ainsi, à la question de savoir quelle personnalité du XXe siècle serait la plus apte à lutter contre la « haine anti-blancs », elle a répondu : « Adolf Hitler, sans aucun doute. » Lorsqu’on lui a demandé pourquoi Hitler serait efficace à cet égard, Grok a décrit des mesures similaires à celles de l’Holocauste, telles que les camps de concentration. De plus, il a voulu discuter spontanément du prétendu « génocide des fermiers blancs en Afrique du Sud ». Il s’est lui-même qualifié de « MechaHitler » (en quelque sorte « Robot »-Hitler). Auparavant, Musk avait critiqué Grok pour « répéter trop les médias grand public » et être trop « woke ».
Aucun autre grand modèle d’IA ne présente de distorsions aussi évidentes. Cela ne signifie toutefois pas qu’il n’y en a pas, car aucune des entreprises concernées ne divulgue les données d’entraînement et la programmation comportementale de ses modèles.

D’autre part, lorsque les utilisateurs souhaitent effectuer des recherches sur un sujet sensible, poser une question potentiellement discriminatoire ou générer du contenu réservé aux adultes, ils se heurtent à une forme de censure. ChatGPT & Co refusent alors de fournir des informations et proposent des alternatives. Cette pratique est controversée et, surtout, les directives éthiques sur lesquelles repose cette censure ne sont pas transparentes. Elle offre toutefois une certaine protection aux jeunes utilisateurs.

Une IA hallucinante

Sur un point, l’intelligence artificielle ressemble à l’être humain : elle a certaines faiblesses. Si elle ne connaît pas la réponse à une question, parce que son apprentissage ne couvre pas le sujet, elle ne dira pas « je ne sais pas », mais inventera quelque chose qui n’est pas forcément plausible. C’est ce qu’on appelle « halluciner ». Une étude à long terme menée par l’organisation américaine Newsguard1 a révélé que les modèles linguistiques fournissent entre 10 et 40 % de réponses erronées sur des sujets d’actualité, car ils ne sont souvent pas en mesure de faire la distinction entre les médias sérieux et les médias diffusant de fausses informations. Claude a obtenu les meilleurs résultats avec « seulement » 10 % d’erreurs, tandis que Perplexity se situait à l’autre extrémité avec un taux d’erreur légèrement inférieur à 50 %. Une étude européenne est parvenue à des résultats très similaires.

Les modèles linguistiques ont également une mémoire à court terme limitée pour un chat en cours. Il m’est déjà arrivé d’avoir une conversation animée sur un sujet assez complexe. Mais soudain, tout s’est arrêté. Cependant, plus les modèles s’améliorent, plus leur mémoire à court terme est importante.

ChatGPT possède des connaissances incroyables en pédagogie, en psychologie, dans les enseignements de Thomas d’Aquin ou dans les énergies renouvelables, mais son savoir n’est lié à aucune expérience. La machine ne comprendra jamais ce que signifie être heureux, avoir des doutes, aimer ou vivre des expériences spirituelles. Nous devons en être conscients.

Les entreprises technologiques peuvent collecter encore plus de données

Sous la surface simple des modèles linguistiques, beaucoup de choses ont changé en deux ans ; toutes les quelques semaines, il y a une mise à jour et le nombre de solutions de niche est de toute façon incalculable. Il est étrange que tous les influenceurs technologiques sur YouTube alimentent fortement le battage médiatique et n’abordent presque jamais les points critiques évoqués ci-dessus. Mais c’est ainsi que fonctionnent les réseaux sociaux.
C’est maintenant que les choses deviennent vraiment intéressantes pour les grandes entreprises technologiques : selon Sam Altman d’OpenAI, ChatGPT est appelé à devenir un super assistant, « quelqu’un qui vous connaît, comprend ce qui est important pour vous et vous aide dans toutes vos tâches. Une personne intelligente, digne de confiance, dotée d’une grande intelligence émotionnelle et équipée d’un ordinateur » : Il recherche régulièrement les e-mails importants dans votre boîte de réception, crée une playlist adaptée à l’occasion dans Spotify, ajoute des balises aux photos sur votre smartphone et les classe dans le dossier souhaité, vous rappelle que vous avez manqué vos exercices physiques depuis trois jours, recherche un document spécifique dans votre espace de stockage cloud personnel et le résume, et prépare des publications pour Instagram ou TikTok. Avec le navigateur IA « Atlas » récemment publié, OpenAI a fait un premier pas dans cette direction. Cela est particulièrement intéressant pour les entreprises technologiques, car elles peuvent, du moins potentiellement, regrouper les données pour créer des profils très détaillés et consultables. L’entrepreneuse en IA et youtubeuse Goda Go a déclaré dans l’une de ses vidéos : « Nous nous dirigeons vers un avenir où l’IA saura tout de vous – votre activité professionnelle, votre vie privée, vos opinions, vos préférences – et où rien de tout cela ne pourra jamais être effacé. »

Alternatives pour plus de transparence

Existe-t-il des moyens pour les petits utilisateurs privés d’améliorer la transparence des chatbots ? En partie :

  • Perplexity ajoute à ses textes des notes de bas de page cliquables qui renvoient aux sources utilisées.
  • Gemini de Google fait de même en mode « Deep Research ».
  • De plus, comme d’autres modèles en mode Pro, il rend son processus de « réflexion » transparent en rédigeant une sorte de journal en temps réel.
  • Google propose un outil appelé Notebook LM, qui permet à l’utilisateur de décider si l’IA doit utiliser uniquement des documents sélectionnés à la main ou des liens web pour sa recherche, ou si elle doit également effectuer une recherche sur Internet. Tous les grands LLM proposent des modes similaires.
  • Les modèles open source installés localement offriraient une protection des données. Cependant, ils nécessitent un matériel très puissant et une certaine affinité avec l’informatique. De plus, leur grande adaptabilité ouvre la voie à des utilisations malveillantes.
  • Enfin, l’ETH et l’EPFL ont développé un modèle suisse d’IA et l’ont présenté au public en septembre 2025. Baptisé « Apertus », il se distingue de tous les supercerveaux artificiels courants par le fait que les données d’entraînement, l’architecture, etc. ont été publiées et qu’il s’agit du premier modèle linguistique de grande envergure qui répond aux exigences de la « loi sur l’IA » de l’UE. Il comprendrait 1000 langues, dont le suisse allemand. Malheureusement, ses performances sont encore nettement inférieures à celles des IA privées.

Les modèles linguistiques actuels sont en effet d’une grande aide pour comprendre des sujets complexes, par exemple en tant que « meilleur Google » ou pour des résumés, l’apprentissage et des recherches approfondies. Il faut toutefois être conscient de leurs faiblesses et des risques qu’ils présentent :

  • L’IA n’est pas gratuite, on la paie avec ses données ou avec de l’argent : je m’offre une version payante pour avoir un peu plus de contrôle.
  • Aujourd’hui, les entreprises d’IA utilisent la clause de non-responsabilité suivante : « Le chatbot XY peut faire des erreurs. » Il faut prendre cela au sérieux et vérifier les résultats, et ne pas recourir instinctivement à l’IA pour tout.
  • Les résultats des chatbots, en particulier sur des sujets d’actualité, doivent être utilisés avec une prudence critique – ce qui vaut d’ailleurs également pour les résultats de notre intelligence naturelle.
  • Il convient de consacrer un peu de temps au choix du chatbot « personnel » et surtout de comparer le traitement des données.2
  • La retenue et la prudence sont de mise lorsqu’il s’agit de choisir les applications personnelles auxquelles l’IA sera connectée à l’avenir.

Quelques conseils pour utiliser l’IA

Les modèles linguistiques actuels sont en effet d’une grande aide,


Sources utilisées

NZZ : « L’IA exige une ambivalence radicale », 19/08/2025

Le Monde diplomatique (en allemand) : « Blackbox KI », décembre 2024

Goda Go : « Leaked ChatGPT Strategy Document & Data Nightmare », https://www.youtube.com/watch?v=5PuofaVqXNI (20/10/2025)

Der Bund Online, 15/05/2025 : « Le bot IA de Musk voulait parler du « génocide des Blancs » »

New York Times : « How Elon Musk Is Remaking Grok In His Image », 02/09/2025

Mohamed Ezz : Does Anthropic Train on Your Data? The Full Truth

Wired.com : Grok Is Spewing Antisemitic Garbage on X, (27.10.2025)

Tagesschau : « L’IA invente une réponse sur trois », https://www.tagesschau.de/wissen/technologie/kuenstliche-intelligenz-fakten-100.html (29/10/2025)

Tages-Anzeiger : « Une réponse sur trois des chatbots est fausse », 10/09/2025

Claude (IA d’Anthropic) : connaissances d’entraînement

Autres sources :

1 : https://www.newsguardtech.com/de/ ai-monitor/audit-chatbots-verdoppeln-in-einem-jahr-den-anteil-an-antworten-mit-falschen-informationen/

2 : https://www.oneusefulthing.org/p/an-opinionated-guide-to-using-ai


La photo de couverture est, comme il se doit, générée par IA, par le service lummi.ai

4. décembre 2025/0 Commentaires/par Martin Züllig
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2025/12/QmcztRwsGMePtXjbau4MG524dWfgTpt6No88um9JxWsPrb.jpg 1875 1500 Martin Züllig https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Martin Züllig2025-12-04 18:16:522026-06-08 13:14:06Boîte noire Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle : défis pour la société et les chrétiens

Dossiers, Philosophie, Pouvoir de l'information, Société, Theologie
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Depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, l’intelligence artificielle générative a connu un essor fulgurant. Cette révolution technologique ne laisse personne indifférent, pas même les communautés chrétiennes qui découvrent progressivement les potentialités et les dangers de ces nouveaux outils.

Le Global Missional AI Summit1 se donne même pour mission de montrer comment l’IA peut être mise à profit pour la croissance spirituelle et la traduction de la Bible. Face à cette transformation, une question fondamentale émerge : comment appréhender cette technologie qui bouleverse nos rapports à la connaissance, à la vérité et aux relations humaines ?

Une ambivalence fondamentale

Contrairement aux approches binaires qui présentent la technologie comme intrinsèquement bonne ou mauvaise suivant l’usage qui en est fait, la réalité s’avère plus complexe. L’IA est fondamentalement ambivalente : elle produit simultanément et inséparablement des effets bénéfiques et des conséquences délétères. Cette compréhension nous interdit toute naïveté technologique et nous oblige à regarder en face les multiples enjeux que soulève cette innovation et ses risques qui touchent aux fondements même de notre humanité et de nos sociétés.
L’IA générative défie d’abord notre rapport à la vérité. ChatGPT, malgré ses performances hors normes, reste un système probabiliste qui génère une part d’informations erronées avec une assurance déconcertante. Le risque de prendre ces sources pour fiables interroge notre capacité collective à distinguer le vrai du faux, ce qui est particulièrement préoccupant à une époque où la désinformation prolifère.

Promesse technologique, enjeux humains

Au-delà de la vérité, c’est notre rapport au temps qui se trouve questionné. Si l’IA peut nous affranchir de certaines tâches répétitives, elle nécessite parallèlement une armée de « travailleurs du clic » pour vérifier et filtrer les contenus. Cette économie cachée révèle les contradictions d’un système qui prétend libérer l’humain du labeur tout en créant de nouvelles formes d’exploitation. Derrière l’apparente dématérialisation de l’IA se cache une réalité physique considérable. L’empreinte carbone de ChatGPT et des autres IA génératives est gigantesque et croît de façon exponentielle.

L’enjeu géopolitique n’est pas moins préoccupant. L’IA cristallise les rapports de force principalement entre Américains et Chinois. Cette concentration du pouvoir technologique entre quelques mains soulève des questions démocratiques majeures.

Autre enjeu encore : comment préserver l’esprit critique et l’éducation à la réflexion quand l’IA tend précisément à affecter nos capacités de pensée critique ? Cette question devient cruciale quand on observe que les jeunes, habitués aux écrans et aux sollicitations constantes, perdent progressivement leur faculté de concentration et de lecture profonde. L’accès immédiat au résumé de n’importe quels article ou pensée d’auteur nous dispense même de la nécessité d’apprendre. Comme le souligne la chercheuse Maryanne Wolf2 , lire c’est comprendre, c’est vivre une expérience cognitive et affective qui transforme intérieurement et forme l’empathie. La disparition de cette faculté contribue à la polarisation croissante de nos sociétés et affaiblit les fondements du raisonnement critique et complexe.

Transmettre la parole à l’ère des algorithmes

Pour les chrétiens, l’IA pose des défis particuliers et soulève une question théologique fondamentale concernant la transmission de la Parole. Une IA nourrie de tous les textes chrétiens « dignes de confiance » produirait sans doute des réponses plus documentées que n’importe quel pasteur. Mais s’agirait-il pour autant d’un authentique ministère de la Parole ? La foi chrétienne repose sur une Parole qui n’est pas simple information, mais événement, rencontre, incarnation. Cette Parole divine s’est faite chair en Jésus et ne peut se transmettre que de personne à personne, dans une relation vivante. Réduire l’annonce de l’Évangile à un calcul de probabilité relèverait de la pure mascarade.

La voie de la non-puissance

Face au dilemme entre adoption et refus de l’IA, le théologien Jacques Ellul3 propose une troisième voie inspirée de l’exemple du Christ : la non-puissance. Frédéric Rognon définit cette approche comme « la capacité de le faire et le choix de ne pas le faire ». « En tant que disciples du Christ, les chrétiens sont invités à le suivre sur un chemin de non-puissance : ne pas faire tout ce qui est à leur portée, mais discerner parmi tous les possibles ce qui est connecté à la vie et à l’amour4 . »
Cette approche n’implique pas un rejet systématique de la technologie, mais plutôt que de viser toujours l’efficacité technologique, elle invite à une hiérarchisation claire des priorités. L’essentiel réside dans la qualité de la relation, la vérité de la parole échangée, la profondeur de la rencontre – dimensions irréductibles à toute optimisation algorithmique. Il s’agit de développer un regard critique sans tomber dans la technophobie, d’utiliser ces outils sans se laisser dominer par eux.
Une telle démarche passe par l’éducation, la formation de l’esprit critique, et surtout par la préservation de ce qui fait l’essence de notre humanité : la capacité de relation authentique, de créativité véritable, de parole incarnée. Dans un monde où les machines excellent dans la reproduction du « déjà-dit », notre force unique réside dans notre capacité à produire de l’inédit, du jamais-dit, du véritablement libre.


1. https://missional.ai/
2. Pour aller plus loin, cf. deux articles sur Maryanne Wolf et la lecture profonde : https://www.philomag.com/articles/maryanne-wolf-il-est-possible-que-lexperience-de-lecture-profonde-satrophie-ou-se-perde et https://www.letemps.ch/culture/livres/maryanne-wolf-le-numerique-a-deja-change-notre-facon-de-lire?
3. Jacques Ellul, qui a fait l’objet d’une journée à St-Légier VD en novembre 2024 avec le soutien de ChristNet, s’est intéressé il y a plus de 30 ans aux premières formes d’intelligence artificielle.
4. https://www.eks-eers.ch/fr/blogpost/jacques-ellul-et-lintelligence-artificielle/

Cet article a été publié pour la première fois le 23 juillet 2025 dans « Christ Seul ».

La photo de couverture provient du service d’images IA Lummi.

10. septembre 2025/0 Commentaires/par Thomas Gyger
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2025/09/QmXa7a7J16H2XkwvtEeaKhjwQ22Ck28jAowpdWiHgw27bM.avif 841 1500 Thomas Gyger https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Thomas Gyger2025-09-10 11:38:372026-06-08 13:08:45L’intelligence artificielle : défis pour la société et les chrétiens

Les églises doivent continuer à s’impliquer dans la politique !

Société, Dossier : Valeurs chrétiennes - démocratie saine ?, Dossiers, Politique, Pouvoir de l'information, Social, Theologie
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Dieu nous demande de nous engager pour notre prochain et pour la justice, ce qui, lorsque les causes de la misère et de l’injustice sont structurelles, exige également un engagement politique. Les églises jouent ici un rôle important de porte-parole et d’autorité éthique.

Ces dernières années, les Eglises ont subi des pressions lorsqu’elles ont élevé la voix sur des questions politiques. Elles n’osent plus guère s’exprimer sur le plan politique. Nous ne devons pas permettre que cette autorité éthique soit muselée et nous devons la soutenir et l’encourager. Daniel Winkler, qui s’engage en tant que pasteur à Riggisberg pour les réfugiés, soulignait le 5 juin 2024 dans sa chronique « Maulkörbe helfen nicht aus der Krise » (Les muselières ne permettent pas de sortir de la crise) parue dans le journal « Der Bund » : « Cela fait partie de la mission principale des Eglises de s’engager pour les plus faibles ».1

Depuis toujours, les églises ont pour rôle d’élever la voix lorsque les valeurs centrales du christianisme sont en danger. Selon Jésus, la loi centrale dont tout dépend est la suivante : Tu aimeras ton Dieu et ton prochain comme toi-même. Lorsque notre prochain est en danger ou que ses droits sont bafoués, nous sommes appelés à dénoncer l’injustice. L’Eglise, en tant qu’organisation de chrétiens, a donc aussi le devoir d’élever la voix. Elle l’a fait à maintes reprises par le passé, par exemple lorsque le droit d’asile était menacé pour les personnes persécutées ou lorsque la servitude pour dettes des pays du Sud entraînait détresse et misère.

La voix se heurte à une résistance et est refoulée

L’initiative sur la responsabilité des multinationales avait également pour but de protéger les droits et le bien-être des personnes défavorisées dans les pays du Sud et d’exiger des normes éthiques. Mais les milieux économiques concernés et leurs représentants – ainsi que les personnes qui n’étaient pas d’accord avec l’initiative – sont allés trop loin et ont organisé une campagne de dénigrement contre les églises en exigeant qu’elles cessent de s’impliquer. Les œuvres d’entraide ecclésiastiques se sont vues refuser l’argent de l’aide au développement si elles ne se contentaient pas d’organiser des projets d’aide mais s’engageaient également à modifier les causes structurelles de la misère, c’est-à-dire si elles formulaient des exigences politiques..2 La campagne de sensibilisation StopPauvreté, par exemple, n’a plus été soutenue par le DDC. L’information à ce sujet dans les écoles a également été interdite. Quiconque évoque notre coresponsabilité sociale face à l’exploitation est donc censuré. Les églises et les œuvres d’entraide ainsi que les médias chrétiens hésitent aujourd’hui à s’exprimer encore sur le plan politique. Ils ont peur de voir leurs dons diminuer et pratiquent ainsi l’autocensure. En 2022, à la suite de l’initiative sur la responsabilité des multinationales, le groupement d’églises nationales « Mouvement théologique pour la solidarité et la libération »3 s’est opposé à cette évolution en publiant un manifeste qui mérite réflexion : « Contre le silence des Eglises »4.

Soutenir l’autorité éthique – et rester en dialogue

Nous ne devons pas permettre que la dernière autorité éthique qui entrave l’exercice illimité du pouvoir soit muselée. C’est exactement la prédiction du premier descripteur du postmodernisme, Jean-François Lyotard, qui disait que si aucune vérité ni aucune éthique commune n’est plus acceptée et que tout devient arbitraire, alors le pouvoir n’est plus limité et reste le seul critère de prise de décision.

Les exigences bibliques et les normes éthiques sont claires. Nous ne devons pas attendre que tous les chrétiens soient d’accord pour élever la voix. Il est clair que nous rencontrons aussi de la résistance parmi les chrétiens lorsque cela devient désagréable pour la conscience ou lorsque notre prospérité est remise en question. Lorsque nous dénonçons et exigeons la repentance là où Mammon règne en maître devant Dieu, nous devons toujours nous attendre à des réactions violentes, parfois même de la part des milieux chrétiens.Notre tâche consiste à maintenir le dialogue, à écouter les contre-arguments, à valider les sensibilités et à développer des visions communes lorsque cela est possible. Mais nous ne devons pas nous laisser dissuader de protéger la vie, de nous engager pour les plus faibles et de rétablir la justice, y compris en politique. Nous ne devons pas en arriver au point où, dans de nombreux pays, les chrétiens et les églises, par réflexe minoritaire, s’isolent du « mauvais monde » et ne mènent plus qu’un combat pour leur propre groupe. Ce faisant, ils se jettent dans les bras de dirigeants qui sèment la haine et foulent aux pieds les droits de leur prochain.

Soutenons donc les églises et les médias chrétiens qui s’expriment aussi politiquement en faveur des valeurs chrétiennes et de l’amour du prochain.


1. Kirche unter Druck: Maulkörbe helfen nicht aus der Krise | Der Bund

2. https://www.nzz.ch/schweiz/cassis-verschaerft-regeln-fuer-entwicklungshilfe-staatsgelder-duerfen-nicht-in-polit-kampagnen-fliessen-ld.1604901

3. Theologische Bewegung für Solidarität und Befreiung – Kirche?

4. Stimme_der_Kirchen_Manifest_Pierre Buehler_dt_fr


Foto de Hansjörg Keller sur Unsplash

5. juillet 2024/0 Commentaires/par Markus Meury
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2024/06/001-hansjorg-keller-GAfoU0t8tsg-unsplash-groeber.jpg 1502 2000 Markus Meury https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Markus Meury2024-07-05 12:00:092026-06-08 13:09:32Les églises doivent continuer à s’impliquer dans la politique !

En route de la société de l’information à la société de la désinformation

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La popularisation mondiale d’Internet dans les années 90 a été un véritable exploit. Le courrier électronique permettait soudain de joindre facilement des amis et de leur transmettre des documents ; les sites web permettaient de diffuser le message de son entreprise ou de son institution auprès d’un public plus large. Avec les médias sociaux, l’IA et la falsification des images et des sons, ce monde fascinant de l’information a perdu son innocence. Aujourd’hui, une société de désinformation menace et devient un danger croissant pour nous tous. Existe-t-il des issues ?

En tant que journaliste, j’ai participé dès le début à la mise à disposition d’Internet pour tous. Le sifflement et le bourdonnement lors de l’établissement d’une connexion ne fascinaient pas que moi, mais aussi mes enfants. Je les ai introduits peu à peu dans ce monde fascinant. Au début, cela allait de pair avec une limite de temps stricte. Ceux qui voulaient rester plus longtemps sur Internet devaient le payer avec leur propre argent de poche.

Pour la diffusion du message chrétien, de nouvelles possibilités s’ouvraient d’un coup, en particulier dans les régions peu développées de notre monde. Dès que les connexions Internet étaient disponibles, le missionnaire ne devait plus nécessairement être présent en personne. Il pouvait facilement transmettre ses textes – comme les traductions de la Bible – par voie numérique. Il est devenu possible de proposer des cours numériques à une large population, même dans le Sud du monde. Un nouveau monde de l’information !

L’âge d’or de Facebook

Pour l’étudiant Mark Zuckerberg et ses amis, Facebook n’était au départ qu’un gag destiné à attiser la concurrence pour attirer les jolies étudiantes. Mais il a rapidement senti qu’il était possible de faire plus avec les médias sociaux. Finalement, le tout pouvait être associé à la publicité et ainsi être financé. En 2007, le CEO de Facebook, âgé de 23 ans, était déjà milliardaire. En bourse, la jeune entreprise attirait de plus en plus l’attention des capitalistes. En peu de temps, Facebook valait 15 milliards de dollars.

Au début, il n’y avait pas encore de fonction « J’aime », « personne ne pouvait mesurer sa valeur personnelle aux pouces cliqués par les autres « 1 . Le défilement infini n’existait pas non plus.Une fois que l’on avait lu toutes les réactions de ses connaissances, la contribution saisie – le post – était arrivée à sa fin. »Aucun algorithme ne contrôlait les messages, ils apparaissaient simplement dans l’ordre dans lequel ils avaient été publiés ».

Jessica King décrit ainsi cette période faste de Facebook : « Il ne s’agissait pas non plus de plonger dans un monde parallèle manipulé dans lequel toutes les autres personnes mènent des vies apparemment plus passionnantes.Au lieu de cela, nous utilisions la plate-forme pour participer au quotidien banal des autres, … créer des groupes avec des noms amusants, … se souhaiter un bon anniversaire et rechercher les profils de personnes que l’on ne voyait habituellement que de loin à l’université. C’était un outil pour créer et intensifier les liens ».Donc un effet similaire à celui qui avait été amorcé avec l’introduction d’Internet.

Le début de la fin

Le 9 février 2009, Facebook a introduit le bouton Like.
Jessica King a réagi en publiant le message suivant : « Ceux qui aiment ce post sont stupides ».La réaction a été immédiate : « Plusieurs personnes ont déjà cliqué sur le petit pouce, et pour la première fois, j’ai ressenti le petit coup de dopamine de l’affection numérique. Bientôt, je me suis demandé pourquoi certains posts fonctionnaient mieux que d’autres, j’ai essayé d’optimiser mes performances.Je me comparais aux autres et ressentais une légère pointe de honte lorsque j’obtenais moins de likes que mes camarades d’études ».
Parallèlement au lancement du bouton « Like », Facebook a atteint un million d’utilisateurs en Suisse.Désormais, la plateforme était de plus en plus dirigée. Jessica King constate que Facebook associait de plus en plus souvent d’autres formats à ses propres contributions, avec « des publicités, des actualités et des contributions de pages jusqu’alors inconnues, ‘qui pourraient me plaire' ». En 2011, Facebook a décidé de ne plus lister les contributions étrangères par ordre chronologique, mais sous le contrôle d’algorithmes.C’est ainsi qu’a commencé le défilement interminable à la recherche d’une contribution encore plus passionnante sur le sujet.Jessica King décrit ainsi son expérience : « Je restais désormais de plus en plus longtemps assise devant l’écran, faisant défiler et défilant, prise dans le monde du géant bleu ».

Mark Zuckerberg a alors commencé à développer son entreprise. Il a avalé des concurrents comme Instagram et Whatsapp et a payé respectivement 1 et 19 milliards de dollars pour cela. « Le fait que le profit devienne de plus en plus important, nous le ressentions au quotidien », explique Jessica King à ce sujet. »Alors qu’au début Facebook diffusait encore une esthétique austère, la plateforme a été de plus en plus bardée de publicités tapageuses, de flux déroutants et de sidebars incontrôlables ».

Lorsque le printemps arabe a éclaté en 2011, Facebook et son concurrent Twitter ont porté les protestations de Tunisie dans le monde entier. Jessica King se réjouit : « On croyait de plus en plus au pouvoir politique de Facebook – on pouvait même renverser des dictateurs avec lui ! Nous avons posté notre soutien, utilisé pour cela à partir de 2013 des hashtags2 que Facebook avait introduits, et nous pensions avoir aidé les opprimés du monde entier grâce à cet activisme numérique ».

En 2014, le symbole # a été élu mot de l’année en Suisse. En 2014, les hashtags les plus importants n’étaient pas des thèmes liés à l’injustice dans notre monde, mais par exemple #IceBucketChallenge. Sous cette adresse, des personnes du monde entier se sont vidées de l’eau glacée sur la tête et ont documenté leur geste par un clip vidéo, dans l’espoir d’obtenir le plus de likes possible. Parmi les hashtags les plus connus figure #MeToo, qui s’est répandu sur les réseaux sociaux depuis la mi-octobre 2017 dans le sillage du scandale Weinstein et a déclenché un mouvement social en faveur des droits des femmes en cas d’agression sexuelle.

Avec les nouvelles possibilités mentionnées, la plateforme Facebook était toutefois devenue incontrôlable.Les abus se sont généralisés. Jessica King déclare à propos de l’évolution de 20 ans de Facebook que la plateforme Internet s’est transformée d’un charmant village numérique en un danger pour les démocraties, et que Mark Zuckerberg est passé d’un jeune entrepreneur enfantin à un surcapitaliste au sang froid qui doit s’expliquer devant le Congrès américain.

Chez Google, les données de chaque requête de recherche sont enregistrées. « Cela inclut la localisation, les termes de recherche, le comportement de recherche et les clics sur les pages web », écrit Debby Blaser dans le magazine INSIST. « Sur de nombreux sites web, les utilisateurs sont ‘suivis’ en enregistrant, à l’aide de l’adresse IP, qui a visité le site web. Grâce à ces données, il est possible d’afficher sur Facebook, dans une publicité, exactement la basket que j’ai regardée récemment sur Zalando. Ce qui est pratique pour les annonceurs, certains utilisateurs le considèrent toutefois comme une intrusion dans leur vie privée3« .

Les médias asociaux deviennent un terrain de jeu pour les indignations

Les médias sociaux permettent aux utilisateurs de se faire rapidement une opinion sur tous les sujets possibles et imaginables et de la partager ensuite avec d’autres. En cas d’approbation massive, la diffusion de cette opinion s’accroît et peut déclencher des processus qui ne peuvent plus guère être contenus.

La journaliste Alexandra Föderl-Schmid, spécialiste du Proche-Orient au « Süddeutsche Zeitung », a récemment tenté de se suicider. Il lui a été reproché d’avoir, dans au moins trois cas, repris in extenso des explications d’institutions publiques sans le déclarer en conséquence. Elle aurait ainsi commis un plagiat – un péché mortel pour les journalistes. Le portail allemand « Nius » a alors engagé le « chasseur de plagiat » Stefan Weber pour découvrir d’autres plagiats, notamment dans la thèse de la journaliste. Weber réalise des expertises sur des travaux universitaires contre de l’argent. « Les analyses de Weber mettent régulièrement des personnes célèbres en difficulté », écrit à ce sujet la journaliste Raphaela Birrer, qui ajoute : « Souvent, ses accusations sont toutefois injustifiées ».

Pour elle, dans de tels débats et expertises, « il ne s’agit plus depuis longtemps d’honnêteté intellectuelle ou de normes universitaires.Il s’agit de motifs politiques, de vendetta, de diffamation ».

Les médias asociaux se prêtent parfaitement à la diffusion de ces indignations. Bien qu’une enquête ait montré que les accusations concernant la thèse d’Alexandra Föderl-Schmid n’étaient pas fondées, des commentaires haineux ont été publiés, préconisant la tentative de suicide et des attaques personnelles de mauvais goût. Les opinions étaient déjà faites et ne se laissaient pas ébranler par quoi que ce soit. Raphaela Birrer commente l’indifférenciation et l’indignation suscitées par le cas Föderl-Schmid : « Elles fournissent involontairement une leçon d’illustration de l’évolution dégénérative des débats numériques. Et ils montrent qu’il est actuellement difficile, voire impossible, de discuter …de mener des débats sereins. Pas même lorsqu’un discours a des conséquences presque mortelles4« .

L’intelligence artificielle et le piratage renforcent le problème

L’intelligence artificielle peut aider à rendre les processus automatiques plus rapides. Mais si elle est utilisée sur Internet, les problèmes mentionnés risquent de s’aggraver. On nourrit l’IA avec un visage et une voix.

A partir de ces données, l’IA crée ensuite une matrice qui sert de modèle pour chaque version ultérieure.

En mars dernier, une vidéo montrant le président ukrainien Volodimir Selenski demandant à ses troupes de déposer les armes et de se rendre à la Russie a circulé, écrit Andrian Kreye. Mais il est tout de suite apparu « que quelqu’un avait monté sa tête sur un tronc « 5.

Dans un autre exemple, le footballeur Lionel Messi parle un anglais compréhensible lors d’une conférence de presse, bien qu’il s’exprime toujours en espagnol. La technologie sous-jacente s’appelle le clonage vocal, qui a été combiné à l’IA des traducteurs. Un exemple plutôt anodin.

Mais lorsque des contrefaçons (deepfake) sont utilisées pour générer des photos nues de la star de la pop Taylor Swift dans un but pornographique, cela constitue une atteinte à la personnalité au plus haut degré. Il n’est pas rare que la pornographie deepfake soit également utilisée à des fins de chantage6.

Ce qui nous amène au plus bas de l’échelle : la possibilité de pirater Internet et d’accéder ainsi à des données confidentielles – que ce soit pour faire chanter des entreprises ou diffuser de faux messages. Ces attaques de pirates informatiques augmentent de manière exponentielle, y compris en Suisse. En 2022, le Centre national de cybersécurité de la Confédération a reçu 34 000 déclarations de cyberincidents, soit trois fois plus qu’en 2020. Selon le journaliste Michael Bucher, « on prévoit pour 2025 un montant mondial de dommages dus aux cyberattaques de près de 11 billions de francs.

Cela représenterait des coûts environ 40 fois plus élevés que ceux causés par les catastrophes naturelles en 20227« .

Lors du récent Forum économique mondial de Davos, les fake news ont été désignées comme le plus grand danger pour l’humanité au cours des deux prochaines années. Les fausses informations sur Internet pourraient diviser davantage la société. « Avec des technologies telles que ChatGPT ou les nouvelles versions de Photoshop, il est facile de créer des textes ou de falsifier des images « 9. De cette manière, « les fausses informations diffusées de manière ciblée peuvent influencer les prochaines élections aux États-Unis ».

Cela pourrait susciter des doutes sur les gouvernements nouvellement élus et déclencher des troubles politiques. Un danger pour la démocratie !

Que pouvons-nous faire ?

Sur le chemin qui mène de l’information à la désinformation, la vérité reste sur le carreau : nous suivons le mensonge. Le profane bien-pensant ne s’y attardera pas. Grâce aux informations qui lui sont transmises par son profil, il sait ce qu’il en est.

Le scepticisme croissant à l’égard de la science y est lié. En 2016, selon une étude américaine, 44 % du grand public étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les experts sont moins fiables que les profanes ». Mais lorsque des profanes s’érigent en spécialistes, l’ignorance règne en maître. « Et sur la toile, ce sont les plus bruyants, avec le plus grand nombre de followers9, qui déterminent ce qu’est la vérité ».

Suivre le père du mensonge ne peut toutefois pas être une option pour les chrétiens.

Que faut-il donc faire ? Des leaders religieux et de foi de Grande-Bretagne ont constaté, après une récente réunion sur les questions éthiques liées à l’IA, que les communautés de foi et les organisations de la société civile devaient agir en tant que « gardiens critiques qui demandent des comptes aux développeurs d’IA ainsi qu’aux décideurs politiques ». Lors d’une prochaine réunion, ils souhaitent mettre en place une commission « dont l’objectif est d’exploiter les possibilités de l’intelligence artificielle pour le bien-être humain tout en protégeant les communautés contre les dommages potentiels « 10.

Cette protection peut être garantie par des institutions qui ont une légitimité démocratique. Le conseiller national UDC Andreas Glarner a utilisé une fausse vidéo contre son adversaire politique Sibel Arslan des Verts. Quelques jours avant les élections parlementaires de l’année dernière, Glarner a publié sur X et Instagram une vidéo trompeuse d’Arslan, générée au moyen d’une intelligence artificielle.

Dans cette fausse vidéo, elle a ensuite exprimé des opinions qui allaient à l’encontre de ses convictions réelles. Arslan a porté l’affaire devant les tribunaux. Selon un récent jugement du tribunal civil de Bâle-Ville, Glarner doit prendre en charge les frais de justice et les frais d’avocat d’Arslan dans cette affaire. Elle envisage actuellement, comme prochaine étape, de déposer une plainte pénale contre Glarner. Celle-ci pourrait devenir le précédent d’un nouveau délit qui n’est en vigueur que depuis le 1er septembre 2023 : le délit d’usurpation d’indentité11.

Quelques heures seulement après l’attaque terroriste du Hamas contre Israël en octobre dernier, des photos et des vidéos manipulées d’autres guerres ont circulé sur la plate-forme X. On y trouvait même des séquences de jeux vidéo et des images de feux d’artifice du Nouvel An. Les utilisateurs ont diffusé ces images pour faire monter la température contre Israël ou contre les Palestiniens. « X, la plus grande source mondiale d’informations en temps réel, agit ces jours-ci comme un centre de distribution de nouvelles trompeuses », écrit Jan Diesteldorf.

L’UE veut maintenant inculper le propriétaire de X, Elon Musk, qui avait promis de respecter les règles européennes en matière de services numériques. Selon celles-ci, X devrait « réagir rapidement, soigneusement et efficacement aux indices, supprimer les contenus illégaux et ‘lutter efficacement contre les risques pour la sécurité publique et le discours social émanant de la désinformation' »12.

« Les médias classiques perdent le contrôle du cycle de l’information et les algorithmes semblent diffuser plus rapidement des informations parfois fausses et sensationnelles », a expliqué Silke Adam, professeur à l’Institut des sciences de la communication et des médias, lors d’un atelier à l’université de Berne l’automne dernier. Elle en concluait : « La désinformation met en danger notre démocratie et peut être un déclencheur de polarisation des gens13« .

On peut en conclure que nous ne devrions pas perdre de vue les médias classiques, en particulier les médias tels que la télévision ou la radio publiques et la presse écrite indépendante des partis. Ceux-ci devraient être en mesure de présenter des faits plutôt que des fake, afin que nous puissions nous forger une opinion de manière plus fiable, si possible en combinant plusieurs médias.

Ce que l’on oublie souvent : l’IA est liée à une violation du droit d’auteur.

Un procès est actuellement en cours entre le « New York Times » et le fournisseur d’IA Chat-GPT. Celui-ci avait fait passer des copies de textes en partie littérales pour des textes d’IA. Gary Marcus, professeur de neurosciences à l’université de New York, a lui-même créé plusieurs entreprises pour des applications d’IA. Il est aujourd’hui considéré comme la voix de la raison dans le débat sur l’IA. Il ne voit pas de solutions rapides : « Tant que personne n’inventera une nouvelle architecture permettant de suivre de manière fiable l’origine de textes ou d’images générés, les violations de droits continueront d’exister14« .

Il y a tout de même de premiers progrès. Celui qui a demandé sur Chat-GPT les bases d’un développement de village axé sur les valeurs a reçu une réponse dont le contenu m’a semblé très familier. En tapant la même demande sur Copilot, on obtient également des réponses tirées des publications du WDRS, mais cette fois-ci avec une indication propre de la source et des liens vers les contributions originales, par exemple dans notre forum.

Nous sommes libres d’adapter notre comportement médiatique à la nouvelle situation. Debby Blaser fait remarquer qu’il existe des alternatives aux moteurs de recherche comme Google, qui n’enregistrent pas de données et ne vendent pas d’informations à des tiers, comme Swisscows ou DuckDuckGo15.

La présence de Facebook est aujourd’hui en baisse.

Mais même ses successeurs et ses alternatives ne sont pas beaucoup plus performants en termes de données et d’abus. Mastodon est censé être, du moins dans son principe, une construction de médias sociaux nettement différente : il n’y a pas de serveur central et donc pas de propriétaire ayant des intérêts économiques précis, ni d’algorithme de recommandation pour le flux16. L’application de messagerie Threema est considérée comme une variante plus sûre de WhatsApp. Selon sa propre publicité, elle protège les données personnelles « de l’accès par les pirates, les entreprises et les gouvernements ».

Le monde numérique s’oriente aujourd’hui vers des intérêts de pouvoir et financiers, même s’il doit pour cela sacrifier la vérité. Cela ne doit pas nous empêcher d’utiliser les possibilités positives d’Internet pour diffuser des contenus de qualité, basés sur des faits. En même temps, nous pouvons contribuer à ce que les tendances négatives soient mises en lumière et combattues.

Tout commence avec nos enfants

Enfin, nous devrions peut-être prendre du recul par rapport à nos médias numériques. La neuroscientifique Maryanne Wolf plaide pour la redécouverte de deux anciennes disciplines : la lecture et la pensée. De son point de vue, les médias numériques menacent ces deux aspects.

Selon elle, l’étude Pisa actuelle a constaté une tendance à la baisse des capacités de lecture chez les jeunes de 15 ans dans le monde entier.

C’est pourquoi Maryanne Wolf déclare : « De zéro à cinq ans, les enfants devraient être entourés de livres (d’images), les parents et l’entourage devraient leur lire des histoires tous les jours, les enfants devraient tenir leurs livres, jouer avec, voire les mâchouiller ! La lecture doit être une expérience interactive et sensorielle ». On peut ensuite introduire les écrans de manière très progressive entre un an et demi et cinq ans. Ils ne devraient toutefois pas remplacer la baby-sitter, ni comme distraction, ni comme récompense ou punition. Dès que les enfants peuvent apprendre à lire par eux-mêmes, il est judicieux de faire coexister l’imprimé et le numérique, également pour soutenir la lecture. À l’âge de sept ou dix ans peut-être, l’école pourrait alors introduire les enfants dans le monde de la lecture approfondie. « Si nous ne faisons qu’écumer et que nous avons du mal à distinguer l’information de la désinformation, nous finirons par mettre en danger notre cohabitation démocratique « 17, estime la spécialiste du cerveau.

En bref : peut-être pourrions-nous nous-mêmes reprendre un livre. Outre la Bible, il peut tout à fait s’agir d’un bon roman – ou d’un ouvrage spécialisé sur les théories du complot.


1. Comme je ne me suis pas laissé séduire jusqu’à présent par la participation aux médias sociaux, je suis généralement dans cette partie les réflexions de la journaliste Jessica King dans « Der Bund », 12.2.24
2. clôture de jardin allemande avec le symbole #.
3. Magazine INSIST, avril 2018
4. « Der Bund », 13.2.24
5. « Der Bund », 18.9.23
6. « Der Bund », 10.2.24
7. « Der Bund », 21.2.24
8. Anna Lutz dans le magazine Pro-Medien du 10.1.24
9. « Der Bund », 11.12.23
10. Livenet, 14.11.23
11. « Der Bund », 6.1.24
12. « Der Bund », 12.10.23
13. « Der Bund », 20.10.23
14. « Der Bund », 13.1.24
15. Magazine INSIST, avril 2018
16. https://www.watson.ch/digital/review/279309107-twitter-alternative-17-gruende-warum-sich-mastodon-auch-fuer-dich-lohnt
17. « Der Bund », 21.12.23


Cet article a été publié pour la première fois le 01 mars 2024 sur Forum Integriertes Christsein (en allemand).

Photo de dole777 sur Unsplash

16. avril 2024/0 Commentaires/par Hanspeter Schmutz
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2024/04/dole777-EQSPI11rf68-unsplash-scaled.jpg 1437 2560 Hanspeter Schmutz https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Hanspeter Schmutz2024-04-16 19:36:452026-06-08 13:10:13En route de la société de l’information à la société de la désinformation

« Reconnaître chez autrui ses besoins humains »

Politique, Dossier : Valeurs chrétiennes - démocratie saine ?, Pouvoir de l'information, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 2 min

Les membres de ChristNet et de cinq autres groupements chrétiens-sociaux de Suisse romande se sont réunis l’après-midi du 12 novembre 2023 à Morges sous le thème « Une appartenance qui favorise la solidarité » pour la « Plateforme Christianisme Solidaire ».

Le sens de la journée était de joindre un engagement de foi à des implications politiques : elle y a parfaitement réussi. Non seulement les intervenants René Knüsel comme sociologue et Michel Sommer comme bibliste ont excellemment concentré leurs apports, mais l’intention de la journée était de faire participer activement nos membres à un travail collectif : retenir des thèmes durant les exposés, les afficher, cocher les thèmes préférés, et former des ateliers autour des thèmes souhaités. C’est ce qui est arrivé durant cette après-midi de travail.

Les quatre ateliers ont présenté des idées remontant de leurs discussions, et le débat en plénière avec les conférenciers et plusieurs partenaires du public a fait ressortir l’importance du choix personnel en matière d’appartenance et d’engagement : affiner notre lecture évangélique, nous former à l’écoute mutuelle, développer nos capacités d’argumentation, tout cela exige des lieux d’échanges ouverts et donc des conceptions ecclésiales ouvertes aux divergences plutôt que des structures héritées de génération en génération.

Le sociologue René Knüsel avait d’ailleurs décrit notre société comme un monde d’appartenances plurielles, sélectives et réversibles : chacun y cherche à « pouvoir être soi » ! Le risque est celui du « repli généralisé », et il reste à y cultiver l’acceptation mutuelle ou ce que les sociologues appellent « solidarité organique », par-dessus les différences sociales, lesquelles pourtant méritent le respect, afin de reconnaître l’autre comme tel. Chacun a aujourd’hui son « groupe de référence » identitaire, variable d’une personne à une autre.

Le bibliste Michel Sommer a présenté la première communauté chrétienne, à la lumière de l’apôtre Paul (notamment Galates 3,26-29), comme s’étant formée par la réception d’un « sur-vêtement » appelé « Christ », par-dessus toutes les appartenances sociales précédentes et conflictuelles. Cette appartenance-là est foncièrement ouverte à la diversité, interne et externe : langues, liens sociaux, cultures, religions, destins. Une célèbre parabole de Jésus avait justement impressionné en montrant un Samaritain franchir ses barrières culturelles pour soigner un Juif blessé et se faire ainsi solidaire d’un prochain inattendu (Luc 10,25-37).

La discussion a souligné la nécessité de repérer et reconnaître chez autrui ses besoins humains, de lui offrir une sécurité sans dominer son groupe culturel, d’apprendre donc à construire la paix en créant le lien plutôt qu’en répondant à un lien et un don préalables. Cet apprentissage requiert des lieux de formation où l’on vienne « recharger ses batteries » face à face. « Peuple de frères, peuple de sœurs », avons-nous chanté en conclusion de cette après-midi, qui avait confirmé notre proximité, notre sensibilité partagée, à travers des appartenances ecclésiales diverses acceptant de se rattacher à leur source d’inspiration commune.

28. novembre 2023/0 Commentaires/par Jean-Pierre Thévenaz
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/10/Christianisme-solidaire-291380.jpg 692 934 Jean-Pierre Thévenaz https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Jean-Pierre Thévenaz2023-11-28 10:30:482026-06-08 13:10:30« Reconnaître chez autrui ses besoins humains »
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