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Prendre un temps à part pour regarder la crise écologique et sociale dans laquelle nous entrons, écouter nos ressentis et émotions face à ces réalités dures, et les apporter devant Dieu. L’écouter, chercher son regard et sa parole sur ce que nous vivons, et accueillir la transformation qu’il désire susciter en nous et dans ce monde. C’est la démarche qui a été vécue par 200 participant-e-s regroupé-e-s dans une vingtaine de petits groupes. C’était « Détox’ la Terre », un jeûne œcuménique qui a eu lieu du 5 au 20 mars en Suisse romande.


« De fait, la création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. » (Romains 8:19)

La crise écologique n’est plus seulement une projection sur le futur, mais on commence dès à présent à la sentir, et pour des personnes de plus en plus nombreuses, à la subir. Inondations, ouragans, méga-feux de forêts, sécheresses et vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquents. Ces événements provoquent des manques d’eau douce, mettent à mal des économies agricoles déjà vulnérables, et détruisent de nombreuses habitations. En conséquence, des millions de personnes risquent de devoir quitter leur lieu de vie. La biodiversité et les écosystèmes ne sont pas épargnés, au point qu’on parle aujourd’hui d’entrée dans une nouvelle extinction de masse des espèces, comme la Création n’en a pas connu depuis des millions d’années. Tout cela est dû à nos actions d’êtres humains et au fonctionnement de nos sociétés.

Le besoin d’un temps à part

Ces faits sont tellement lourds et ils touchent si profondément nos modes de vie, qu’il est vraiment difficile de les regarder en face sans être écrasé-e et se sentir impuissant-e. Malgré les alarmes de plus en plus nombreuses, nous préférons le plus souvent éviter d’attarder notre regards sur cette réalité violente et complexe. Pour cela nos vies quotidiennes sont pleines d’autres préoccupations importantes.

Quel espace nous reste-t-il pour considérer ce qui se déroule aujourd’hui? Prenons quelques secondes pour entreouvrir notre regard. Imaginons: devoir quitter son foyer avec sa famille pour chercher refuge ailleurs où on est pas sûr d’être accueilli.e : n’est-ce pas une situation dramatique ? Si nous ne changeons pas, il y aura des dizaines de millions de nouvelles personnes dans cette situation d’ici 2050. Une espèce animale ou végétale unique, créée par Dieu, disparaît sous l’action humaine : n’est-ce pas une blessure, une offense envers le Créateur de la vie? Des milliers d’espèces sont éteintes chaque année sous l’action humaine déjà actuellement ; plus de cent fois la normale, et ce nombre augmente encore. On peut encore penser à la forêt si riche et diversifiée qu’est l’Amazonie, également menacée de disparaître dans les prochaines décennies. Et à la génération de nos enfants, qui cherchera sans doute à comprendre comment nous avons pu savoir sans agir…

Une démarche de transformation en profondeur

Quel espace nous reste-t-il pour éprouver ces réalités dures, écouter les émotions qui nous viennent, et apporter tout cela dans la prière devant Dieu? Quel espace avons-nous pour l’écouter Lui et chercher ce qu’Il ressent devant sa Création en souffrance? Quel espace avons-nous pour chercher honnêtement avec d’autres comment Dieu voudrait nous guider à ce que notre vie contribue à une vie durable et juste, et non plus aux injustices et dégradations actuelles ?

Cet espace, nous en avons besoin, et nos vies quotidiennes souvent surchargées ne nous le donneront pas. C’est pourquoi 200 chrétien-ne-s en Suisse romande ressentant ce même besoin ont pris un temps à part, à travers un jeûne alimentaire ou de consommation, pour vivre ensemble un processus de transformation devant Dieu.

Cela s’est vécu dans le cadre de « Détox’ la Terre – mobilisation œcuménique », un événement initié par de jeunes chrétien-ne-s de Suisse romande, qui a eu lieu du 5 au 20 mars 2021. Les participant-e-s ont suivi les méditations quotidiennes d’un carnet de prière commun, vécu 3 à 5 rencontre en petits groupes, et participé à 2 célébrations collectives. La démarche a reçu le soutien de l’EERV, de l’ECVD, et de la FREE, ainsi que de différentes organisations chrétiennes dont ChristNet.

Le carnet de prière du jeûne, contenant une méditation quotidienne sur 2 semaines et permettant de (re)vivre ce temps à part, est disponible en cliquant ici.

Le site web de l’événement: detoxlaterre.ch

 

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Entretien avec Florian Glaser, d’Églises pour multinationales responsables

CN : Depuis quand l’église est-elle impliquée dans l’initiative pour des multinationales responsables ?

FG : L’initiative a été lancée conjointement avec les milieux ecclésiastiques, qui la soutiennent encore aujourd’hui. Par exemple, dans le cadre de la Campagne œcuménique 2016 d’Action de Carême et de Pain pour le prochain, la cause et l’initiative ont déjà fait l’objet de discussions et des signatures ont été recueillies. Mais les méthodistes, les adventistes et de nombreuses autres congrégations d’églises étaient aussi déjà actives à cette époque. En 2019, l’Église évangélique réformée de Suisse, la Conférence épiscopale suisse, le Réseau évangélique suisse ont aussi décidé de soutenir l’initiative.

CN : Pourquoi cette initiative est-elle une préoccupation majeure de l’Église ?

Susanne Meier-Fuchs a interviewé Florian Glaser pour ChristNet.

FG : Ce large soutien montre clairement que l’initiative est basée sur des préoccupations qui se situent au coeur du message biblique et de la foi chrétienne : la justice, la charité et le soin de la création. L’Église et ses organisations d’entraide s’engagent sur place dans les pays du Tiers-Monde, où les entreprises suisses sont malheureusement aussi impliquées dans des activités d’exploitation des êtres humains et de la nature. Il est dès lors logique que les Églises et leurs organisations rattachées cherchent non seulement à réduire les souffrances par leur engagement, mais aussi à faire en sorte que les entreprises suisses assument leur responsabilité.

CN : Quels changements positifs attendez-vous de la mise en œuvre de l’initiative ?

FG : Si l’initiative est acceptée, les entreprises ne pourront plus fermer les yeux sur l’impact de leurs activités à l’étranger sur l’être humain et la nature. Et si des entreprises comme Glencore chassent les gens de leurs terres ou empoisonnent les rivières, elles devront en rendre compte à l’avenir. Ainsi, l’initiative a un effet préventif et garantit la réparation des dommages occasionnés.

CN : Depuis la semaine dernière, il est clair que l’initiative ne sera pas retirée et qu’un vote aura lieu à l’automne 2020 ou au printemps 2021. Églises pour multinationales responsables s’attendait-elle à cela ?

FG : Les initiant.e.s étaient prêt.e.s à discuter tout au long du processus, mais sans règles contraignantes pour les entreprises, un retrait de l’initiative était exclu. En fin de compte, le lobby des grandes entreprises a prévalu au Parlement sur tous les points, et le vote va maintenant avoir lieu.

CN : Êtes-vous prêt pour ce vote ?

FG : Oui, la question bénéficie d’un très fort soutien populaire. Il existe plus de 350 comités locaux avec plus de 13 000 bénévoles, ainsi que des comités de représentant.e.s d’entreprises et de politicien.ne.s, qui montrent que la liberté va de pair avec la responsabilité. Et les églises forment derrière cela une large alliance également. Si toutes les personnes soutenant l’initiative la promeuvent autour d’eux, nous pouvons gagner le vote.

CN : Que pouvez-vous déjà dire sur l’engagement actuel et à venir pour l’initiative ?

FG : Les églises, les organisations chrétiennes et les particuliers soutiennent activement l’initiative car cela correspond à leur compréhension de leur foi. Des tracts et des affiches sont placés dans les églises pour exprimer le soutien de l’église, et les paroisses accrochent des banderoles avant le vote pour rendre la cause visible. De nombreuses congrégations et paroisses planifient également des cultes où elles aborderont les thèmes de l’amour du prochain et de la préservation de la création. De plus, de nombreuses organisations chrétiennes publient des lettres de nouvelles ou des articles de magazines pour informer sur l’initiative.

CN : 8 millions ont été mis sur la table par le comité d’opposition pour la campagne de votation. À votre avis, l’initiative a-t-elle une chance ?

FG : La campagne sera difficile. Mais comme dit plus haut, nous disposons d’une autre ressource : un large soutien citoyen. Mais oui, nous avons aussi besoin d’argent pour ne pas rester muet dans une Suisse remplie d’affiches d’opposition au texte, et pouvoir informer les gens.

CN : La place de la politique dans l’Église a été un sujet chaud l’automne dernier. De nombreux membres actifs de l’Église nationale, sont très favorables aux entreprises et donc plutôt opposés à l’initiative. Comment gérez-vous l’équilibre entre votre engagement en faveur de la responsabilité des entreprises et la volonté de ne pas contrarier ces membres ?

FG : L’engagement politique des Églises s’enracine dans leurs propres sources – notamment la Bible et la tradition socio-éthique. La protection des pauvres est une mission chrétienne centrale – et l’Église doit également l’apporter en politique. L’Église évangélique réformée de Suisse l’a exprimé ainsi dans sa déclaration sur l’initiative : « L’économie doit être au service de l’être humain. C’est pourquoi l’Église évangélique réformée de Suisse élèvera toujours la voix pour rappeler la Suisse à sa responsabilité à l’égard des êtres humains dans les pays du Sud ».

CN : L’un des rôles de Christnet est de sensibiliser les différentes églises évangéliques à la justice sociale. L’initiative pour des multinationales responsables est l’un de nos sujets prioritaires jusqu’au vote. Pouvez-vous imaginer un réseau/une coopération avec les églises évangéliques dans les différents cantons ? Ou cela existe-t-il déjà ?

FG : Oui, c’est même très souhaité. Certaines sont déjà actives : l’Église évangélique méthodiste, les mennonites ou encore l’Armée du Salut se sont clairement positionnées et, comme je l’ai dit, le RES également. J’espère vivement que les Églises évangéliques seront encore plus actives. Toute personne venant d’une église évangélique souhaitant devenir active est la bienvenue et peut me contacter.

Contact :
Florian Glaser
Églises pour multinationales responsables
https://www.eglisespourmultinationalesresponsables.ch

 

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Le 25 mars dernier, le Président Macron a lancé une opération militaire nommée « Résilience » pour fournir aux préfets un appui militaire sur les domaines sanitaire, logistique et de la protection. Le nom de l’opération n’est pas un hasard, cette notion de résilience des sociétés a récemment pris de l’ampleur dans la recherche en sciences sociales. Cet engouement signale aussi le constat implicite d’une fragilité croissante induite par la complexification de nos sociétés. La résilience se définit comme la capacité d’absorber les chocs et de rebondir. Cette capacité est fondamentale face aux aléas et incertitudes de la vie. À la suite de crises, comme la pandémie du covid-19, nous prenons tous pleinement conscience de notre fragilité et de l’incertitude du lendemain. Presque tous les gouvernements du globe cherchent alors à augmenter la résilience de leur pays ou du moins à en donner l’apparence.

Le paradoxe de la résilience

S’il est une notion paradoxale par excellence, c’est bien la résilience. L’économiste Hyman Minsky montre que la stabilité financière conduit les acteurs de l’économie à un excès de confiance en eux-mêmes. Or, cet excès conduit à prendre des risques de plus en plus inconsidérés jusqu’à créer les conditions favorisant une nouvelle phase d’instabilité. Puis, l’instabilité pousse à une recherche de stabilité qui à la longue se détériore et ainsi de suite. Les sociétés évoluent avec une mémoire qui s’évanouit avec le temps. Quand, tout le monde se croit en sécurité, soudainement le choc ou la crise arrive. Ici, il ne sert de rien de se croire fort, il est plus sage de reconnaître ses limites et faiblesses pour augmenter la résilience. Comment peut-on infuser une conscience durable des limites ? La Bible donne une solution précise à ce paradoxe d’une vulnérabilité cachée sous une fausse stabilité.

Fort dans la faiblesse !

La Bible soutient que « quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » (2 Cor. 12 :10). Dans la faiblesse, nous avons conscience de qui nous sommes réellement. Est-ce que la résilience se réduit à une prise conscience des faiblesses pour mieux absorber les chocs et rebondir ? Pas seulement ! La pleine conscience de nos limites n’est qu’un premier pas vers plus de résilience, le second consiste à s’ouvrir à l’Espérance. Quand nous prenons conscience qu’il n’est plus possible de compter seulement sur nos propres capacités, tel le fils prodigue, nous pouvons relever la tête vers notre Père. Il est notre Espérance. Il nous offre non seulement une vie après la mort, mais encore de vivre de sa puissance dès ici-bas si nous croyons que Jésus est mort pour nos péchés et en voulant changer de vie pour le suivre en comptant sur son Esprit Saint. Notre joie vient alors de ce que nous pouvons faire nôtre ces paroles du Psaume 62 :6-7 : « Oui, mon âme, repose-toi sur Dieu, car c’est de lui que vient mon espérance. Oui, c’est lui mon rocher et mon salut, ma forteresse : je ne serai pas ébranlé. » Fort de cette Espérance, nous pouvons impacter notre environnement et nos contemporains. Nous sommes porteurs d’espérance par-dessus les épreuves, aucune crise ne pourra enlever notre joie qui demeure sans prétention car nous connaissons notre grande faiblesse et notre grande force en Christ seul. Voilà une résilience durable !

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1109, mai-juin 2020, www.editions-mennonites.fr.

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D’après un article du Monde en ligne, 3,2 millions de Français sont en risque élevé de burn-out, c’est-à-dire plus de 13% de la population active occupée1. Ces gens sont en train de dépasser leurs limites et risquent de tomber dans un état d’épuisement total, laissant parfois des traces pour le restant de leur vie. De l’autre côté, Christian Bourion, économiste spécialisé dans le domaine du travail, estime que 30% des employés sont atteints de bore-out, à savoir la démotivation totale et la maladie par l’ennui au travail. Si à cela on ajoute encore le mobbing, les conflits, les harcèlements sexuels, le workaholisme, les dénigrements, les inégalités salariales, le monde du travail ne ressemble plus à forcément à un eldorado regorgeant d’opportunités mais à une jungle vraiment dangereuse. Les chrétiens ne sont bien sûr pas épargnés.

De gros espoirs puis la désillusion ?

Et notre société aussi exige beaucoup, note le chercheur Christian Bourion : « Aujourd’hui, les gens veulent que l’emploi soit source d’épanouissement. Nous éduquons nos enfants comme cela, nous leur faisons faire de longues études. Mais lorsque ces derniers arrivent sur le marché de l’emploi, c’est la grosse désillusion. Résultat : il y a encore plus de souffrance. » Il y a une inadéquation entre les aspirations et la réalité. La réalité est la suivante : Dieu a créé l’homme et lui a confié une responsabilité consistant à prendre soin du jardin d’Eden. Or sa chute, sa révolte contre Dieu en Eden, a transformé les conditions de ce travail.

Obéir à un chef bienveillant

Comment vivre alors notre engagement dans le monde du travail en tant que chrétiens à la suite du Christ ? Voici quelques points qui me semblent essentiels.

Notre seul vrai chef, c’est le Christ ! Et il nous dit que son fardeau est léger car il le porte avec nous. Il ne veut sans doute pas nous guider ni au burn-out, ni au bore-out. Si on se sent surchargés ou en perte de sens dans notre travail, nous pouvons parler à notre chef pour obtenir son soutien et sa direction pour comment améliorer cette situation.

La dureté du travail est associée dans la Bible à l’arrivée du péché dans le monde (Genèse 3:17). On peut s’attendre à ce que nous ayons des difficultés à affronter dans ce domaine.

Initier l’espérance à venir

Mais même dans ces difficultés, notre travail peut produire un beau fruit, qui témoigne de l’amour de Dieu au service du monde. Et nous pouvons travailler aussi à ce que le respect et la dignité et de meilleures conditions de travail soient mieux garantis dans ce secteur souvent sans merci.

Et surtout, souvenons-nous qu’un jour Christ viendra supprimer les larmes, la souffrance et la frustration liées au travail !

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Comment la foi peut-elle influencer notre gestion financière ? Samuel partage son expérience. Témoignage.

Attendre sur Dieu…

Avant de travailler en tant que traducteur indépendant, j’ai été employé. Pour des raisons économiques, on m’a congédié après cinq ans. Pendant les deux années suivantes, j’ai eu le privilège de toucher aux prestations de l’assurance chômage. Lorsque je suis arrivé en fin de droit, je ne me voyais pas entrer dans un emploi de solidarité qui m’aurait amené à travailler dans un tout autre domaine sans véritable perspective de pouvoir un jour revenir à la traduction. Je me suis donc décidé de me lancer en tant qu’indépendant.

Mais face à la difficulté d’acquérir mes premiers clients, quels soucis, quelles ruminations nocturnes, quelles craintes existentielles – oui, j’avais carrément peur de mourir ! Face à cette tourmente, j’ai découvert le passage dans Proverbes 30.8 : « Ne me donne ni pauvreté ni richesse, mais accorde-moi le pain qui m’est nécessaire. » J’ai commencé à prier Dieu qu’il me donne la confiance qu’il va pourvoir à mes besoins (ni plus, ni moins). Au fil des semaines, mes peurs se sont petit à petit estompées. Parallèlement, l’acquisition de nouveaux clients rencontrait les premiers succès.

… et faire ce que je peux

Après cette phase de fondation vint celle de la prospérité : mon carnet de commandes se remplissait, mes finances s’équilibraient. Le défi consistait maintenant, toujours fidèle au verset des Proverbes, de ne pas avoir trop, de crainte de me surmener et de m’épuiser, mais d’être content avec ce qu’il me faut pour vivre. Je priais donc Dieu de « fermer le robinet » quelque peu. Ainsi, j’arrivais à un rééquilibrage qui doit toujours à nouveau être trouvé jusqu’à ce jour. Le défi reste donc d’attendre sur Dieu et, en même temps, de faire ce que je peux pour changer ma situation financière.

Paru, de façon abrégé, dans Christianisme aujourd’hui, juillet-août 2018, sous le titre « Ni trop, ni trop peu » (p. 19).

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Samuel Ninck-Lehmann, co-fondateur et ancien coordinateur de ChristNet, co-auteur de La Suisse, Dieu et l’argent (éd. Je sème), revient sur une approche chrétienne de gérer l’argent. 1

Richesse et pauvreté : le principe de l’égalité

A de nombreux endroits, la Bible parle de l’argent, de richesse et de pauvreté. Depuis des millénaires, l’argent existe et la Bible ne ferme pas ses yeux sur cette réalité humaine. Cependant, Dieu ne préfère pas la richesse à la pauvreté ou vice versa. Il a une prédilection pour les gens. Et parmi les gens, il chérit particulièrement les pauvres. C’est pour cela que Jésus, en venant sur Terre, « s’est dépouillé lui-même » (Philippiens 2.7) et est né dans une étable.

Dans la Bible, l’argent, qui fait partie d’une prospérité intégrale englobant tout l’être humain – relations, santé mentale, physique, spirituelle, biens matériels… –, n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Quant à Jésus, il nous le présente comme un maître qui demande notre obéissance totale : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Luc 16.13). A nous de maîtriser l’argent et de l’utiliser d’une manière qui réponde au commandement de l’amour (Luc 10.27).

Comment donc aimer Dieu, nous-mêmes et notre prochain avec notre argent ? Selon Paul, c’est le trop-plein des uns qui doit servir à combler le manque des autres et vice versa : « Il n’est pas question de vous réduire vous-mêmes à l’extrémité pour que d’autres soient soulagés, il s’agit simplement de suivre le principe de l’égalité… » (2 Corinthiens 8.13). La prospérité des uns prend donc tout son sens si elle est utilisée pour lutter contre la pauvreté des autres. A contrario, la pauvreté des autres peut trouver un certain sens lorsqu’elle permet de susciter la générosité des uns.

Faire confiance à un Dieu qui pourvoit

La Bible parle d’un Dieu qui pourvoit. Elle raconte des histoires dans lesquelles Dieu montre sa fidélité, aussi dans le domaine matériel. Pensons au peuple d’Israël dans le désert : chaque jour, il reçoit assez pour manger. Evidemment : si Dieu a créé le ciel et la terre et qu’il nous aime et veut que nous allions bien, il se souciera aussi de notre bien-être matériel.

C’est dans ce contexte que Jésus dit : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez pour vivre, ni de ce dont vous habillerez votre corps » (Matthieu 6.28). Si Dieu pourvoit, nous sommes appelés à lui faire confiance. Cela nous libérera de nos peurs, en particulier de la peur de manquer. Il est notre défi de soigner cette relation confiante avec Dieu, autrement dit de chercher son royaume et sa justice. Il pourvoira alors à nos besoins, même matériels. Cherchons donc des situations dans lesquelles nous sommes obligés de faire confiance à Dieu.

Des grâces et de bénédictions à partager

Nous vivons dans une société de surabondance : selon l’Office fédéral de la statistique, un Suisse sur deux gagne plus de Fr. 6’502.-. Sur cette base, le comparateur des revenus en ligne « Global Rich List » permet de déterminer notre position en comparaison mondiale : la moitié de la population suisse fait partie du 0,31% les plus riches du monde. Dans le village global, nous vivons donc dans le coffre-fort de la banque !

Quant à l’origine de notre richesse, elle est ambigüe : n’est-il pas vrai que notre fortune est, entre autres, due à notre exploitation des ressources dans les pays du Sud ? à la fuite de capitaux d’autres pays, en particulier pauvres, vers nos banques ? la pollution engendrée par la fabrication des produits de notre luxe ? au gaspillage et au consumérisme érigé en religion de nos sociétés « développées » ? C’est ce pouvoir inique que Jésus dénonce lorsqu’il parle des « richesses injustes » (Luc 16).

D’ailleurs, la Bible nous met en garde, en soulignant que notre richesse comporte une part de malédiction : celle d’avoir déjà goûté aux plaisirs de l’abondance (Luc 6.24) et d’être éloignés du Royaume de Dieu. Pensons à la parole de Jésus concernant le chameau et le trou d’aiguille (Luc 18.25). Nous sommes mis devant le défi de détacher activement notre cœur de l’argent et de nous attacher à Dieu et à notre prochain, entre autres, par le partage de notre temps, de notre amour, de nos compétences et… de nos biens matériels.

Pas de pauvres parmi nous ?

Encore faut-il que nous soyons prêts à partager. Ceci est étroitement liée à notre capacité au contentement : lorsque je suis content avec un certain budget, le surplus qui m’est donné est libéré pour une autre utilisation. Paul savait être content : « Je sais vivre dans la pauvreté et je sais vivre dans l’abondance » (Philippiens 4.12). Le plus grand obstacle au contentement est l’envie et la jalousie : nous nous comparons à ceux et celles qui sont mieux lotis que nous-mêmes. Cette tendance humaine est grandement renforcée, dans notre société, par la publicité et le culte des célébrités.

Afin de fortifier notre esprit de contentement, rappelons-nous que nous ne pourrons rien « emporter du monde » (1 Timothée 6.7), pratiquons la reconnaissance de ce qui nous est confié, établissons un budget de base qui couvre nos besoins élémentaires en décidant que cela nous suffit et en étant prêts à renoncer au surplus. Jésus invite plusieurs personnes à tout vendre et à le donner aux pauvres. Par là, il fait écho au commandement biblique de base concernant l’utilisation des biens matériels : « En fait, il ne doit pas y avoir de pauvres parmi vous » (Deutéronome 15.4).

Implications sur la politique

La France a le cinquième PIB au monde, et la Suisse se situe au 10e rang mondial. Depuis 1990, le PIB par habitant a plus que doublé. Nous devenons donc toujours plus riches ! Cependant, la pauvreté persiste : env. 10% des Suisses adultes ont de la peine à joindre les deux bouts et, en France, les aides sociales ont coûté EUR 755 milliards en 2016 tout en laissant beaucoup de gens pauvres.

Et que donc penser du fait qu’au niveau mondial, 50% de la population détient moins que 1% de la fortune? Certes, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a fortement diminué (1981-2012 : de 1100 à 147 mios.). C’est un sujet de reconnaissance. Mais trop de personnes restent dépendantes d’une aide extérieure pour pouvoir simplement vivre.

Dans ce contexte, la Suisse et la France ont de la peine à mettre en place des politiques de redistribution qui permettraient un rééquilibrage: au niveau national, les politiques de baisses d’impôts et d’austérité grèvent les budgets du social, de l’éducation et de la santé publique. Au niveau international, l’aide publique au développement est sous pression : au lieu de s’approcher des 0,7% du PIB prônés par l’ONU pour éliminer la pauvreté, celle-ci a baissé, en Suisse à son plus bas niveau depuis 2013 (0,46%).

Voilà de vrais défis pour les chrétiens: comment être témoins de Jésus, amis des pauvres ? Commençons par aborder le sujet dans nos Eglises et de soutenir des pétitions qui traitent de ces questions. En tant que citoyens, les chrétiens peuvent poser la lutte contre la pauvreté comme critère lors des élections. De même, lorsque nous votons sur des sujets touchant à la politique fiscale ou la coopération internationale. Pour cela, il est essentiel de s’informer. Quant aux politiques chrétiens, prions pour leur engagement sans compromis en faveur du principe de l’équité. Pour que notre « surplus serve à combler le manque des autres ».

Lectures

  • La Suisse, Dieu et l’argent, dossier Vivre n° 36, Je sème, St-Prex, 2013.
  • Roser Dominic, Suffisance – Réflexions sur une gestion chrétienne de l’argent. ChristNet, Genève, 2007.
  • Jacques Blandenier, Les pauvres avec nous, dossier Vivre n° 26, Je sème, Genève, 2006.
  • www.stoppauvrete.ch – mouvement évangélique de lutte contre la pauvret

1. Article paru, légèrement modifié, dans Christianisme aujourd’hui, juillet-août 2018, sous le titre « Un portefeuille géré à la lumière de la Bible » (pp. 18-19).

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Lors de la crise financière de 2007, il était surtout question de crise du crédit avec les banques qui faisaient faillites ou étaient sauvées par les Etats. Pourtant, ce problème soulève une autre question. En effet, la fortune des banques s’accroît lorsque la société, l’Etat ou les privés, s’endette. Or cette dette qui se trouve au cœur du fonctionnement de nos économies modernes n’a cessé d’augmenter depuis les années 1970.

Le poids de la dette

D’après l’Institut National de la Statistiques et des Etudes Economiques (INSEE), la dette des ménages français s’élevait en 2016 à 56,4 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que les dettes des entreprises et du domaine public se montaient à respectivement 89,7% et 96,5% du PIB. L’endettement total en France se portait ainsi à 242,6 % du PIB, à savoir 5’407,3 milliards d’euros. La charge est lourde, et à la prochaine crise, beaucoup chercheront à réduire leur endettement, en diminuant la consommation et en vendant leurs avoirs. Ce mouvement général contribuera à brader les prix et risquera de paralyser toute l’économie. L’expérience de remise à flots en renflouant les banques se renouvellera, c’est-à-dire en accroissant leurs capacités à vendre de la dette. En fin de compte, est-ce que soutenir la dette est économiquement viable à long terme ? Nous avons des raisons d’en douter, surtout que ce phénomène accroît les inégalités et qu’il accable quasiment toutes les économies du monde.

La remise des dettes

Dans l’Ancien Testament, les Hébreux avaient institutionnalisé l’effacement des dettes et des différentes sortes d’asservissements tous les 50 ans, limitant, par là, l’exploitation de l’Homme par l’Homme. « Celui qui emprunte est l’esclave de celui qui prête », comme il est dit dans Proverbes 22.7. Autant dire que notre société soutient ouvertement une sorte d’esclavage dont les conséquences deviendront très certainement de plus en plus évidentes en termes d’inégalités.

Notre vraie dette !

La vraie liberté pour les Juifs était l’absence d’esclavage, la sortie d’Egypte. Le Christ dans la synagogue de Nazareth a déclaré qu’il était « consacré pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres, pour proclamer aux prisonniers la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés. » (Luc 4.18-19). Or, Jésus nous apprend aussi que nous sommes tous esclaves du refus d’obéir à Dieu (Romains 11.32). Ici, encore la plus grande remise de dette vient de Christ, mort et ressuscité pour nous. De son modèle Jésus, le chrétien retient qu’il cherche la libération de ceux qu’il côtoie, il n’attend rien en retour lorsqu’il prête de l’argent, il ne cherche pas à se placer sous le joug de la dette en désirant des choses matérielles qui sont au-dessus de ses moyens, mais il partage plutôt son superflu avec ceux qui en ont besoin (2 Corinthiens 8.14).

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1087, juin 2018, www.editions-mennonites.fr.

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Comme chaque année à la fin du mois de janvier, nous avons le droit, aussitôt notre poste de télévision ou de radio allumé, de suivre un nouvel épisode du feuilleton « Davos » et du WEF1 . Arrivée de tel président, discours de tel autre, bourdes devant la presse d’un troisième, etc. Nous scrutons ainsi de près les faits et gestes des représentants de cette petite élite, hyper-formés et privilégiés. Faits et gestes mais surtout les dires : évaluation de la situation économique du monde ; recommandation quant aux pistes à emprunter pour pallier à ses crises, positionnements et desiderata de chaque Etat etc.

Pendant ce temps, loin des bruissements de ce petit « îlot », le monde continue sa marche inégale. Les Vénézuéliens patientent toujours de longues heures devant les boulangeries pour obtenir un sachet de pain, tandis que les migrants africains poursuivent leur quête d’un monde meilleur en s’embarquant sur de frêles embarcations.

Les discours évoluent…

A priori, les propos des chefs d’Etat semblent évoluer au fil des années et des crises économiques successives. Est ainsi désormais rappelée la nécessité d’humaniser la mondialisation et de favoriser une « croissance inclusive », pour reprendre les termes de Klaus Schwab, fondateur du forum de Davos. La 48ème édition du forum a d’ailleurs pour thème : « Construire un avenir commun dans un monde fracturé ».

Sans dénier à certains une réelle envie de changement et un engagement sincère de certains, on ne peut qu’être frappé par l’aspect discursif, platement conceptuel de ces vœux (« pieux » ?). N’a-t-on pas à faire à des oxymores, à savoir à un assemblage de termes contradictoires ? Mondialisation – humain…. Croissance – inclusive ?

La montagne pour trouver l’inspiration

Cet appel au retour de l’humain nous encourage, nous chrétien, à faire LE pas de plus et à convoquer la présence du Seigneur. Sans tomber dans une interprétation littérale des textes bibliques, ceux-ci peuvent – doivent – nous servir de guide, de boussole pour nous repérer dans les phénomènes complexes auxquels nous sommes confrontés et nous positionner en tant que citoyens et chrétiens engagés.

Le forum de Davos n’est ainsi pas sans présenter certains parallèles avec les montées de Moïse au Mont Sinaï. Tout comme les chefs d’Etat, Moïse était confronté à des enjeux, à des crises, politiques, sociales. Tout comme eux, il a gravi une montagne pour se mettre à l’écart et trouver l’inspiration pour y faire face.

Mais le parallèle s’arrête là. Car loin des joutes égotique et nationalistes – « La France est de retour… » « America first » … – dont Davos est le terrain, la posture de Moïse est toute autre : humble de cœur et d’esprit, il est monté à la rencontre de son Dieu pour l’écouter, se laisser inspirer et connaître Ses lois et préceptes…

Seigneur, que ton Esprit touche le cœur de ces chefs d’Etat. Qu’humbles de cœur ils se retrouvent devant toi. Que ton inspiration ils demandent pour chercher, « de meilleures bases pour construire des sociétés inclusives, justes et solidaires, capables de rendre leur dignité à ceux qui vivent dans une profonde incertitude et ont perdu l’espoir d’un monde meilleur »2 .

1. World Economic Forum.

2. Pape François dans le courrier adressé à Klaus Schwab. https://fr.weforum.org/agenda/2018/01/le-message-du-pape-francois-a-davos-2018-dans-son-integralite

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À la suite de plusieurs élections et votes, que ce soit en Suisse, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou encore peut-être bientôt en France, une tendance vers le nationalisme se fait sentir. D’où provient-elle ? Il est bien possible que ce sont les inégalités grandissantes au sein des pays avancés qui poussent les gens à soutenir des programmes nationalistes.

En effet, ceux qui ont beaucoup de richesses les voient augmenter toujours plus, alors que les travailleurs voient leurs revenus stagner, voire régresser, accentuant les inégalités. Finalement, la classe moyenne des pays occidentaux a l’impression de payer les pots cassés de la mondialisation et sent poindre la précarité.

S’effrayer ou se réjouir ?

Cette impression se manifeste, certes, de manière bien réelle sur le porte-monnaie. Mais elle est aussi réductrice. En effet, la mondialisation a permis l’essor des classes moyennes dans de nombreux pays en développement. Celles-ci ont obtenu l’accès à la santé, à l’éducation et à des infrastructures pour voyager. Paradoxalement, l’émergence de nouveaux milieux aisés a contribué à mettre en lumière les inégalités criantes de ces pays.

Faut-il s’effrayer de la précarité croissante ou se réjouir d’un nombre plus grand de gens aisés au niveau mondial ? Il n’y a pas de réponse simple. Et il ne semble pas y avoir d’issue à la régression de nos classes moyennes. La croissance permanente de l’endettement privé et public en témoigne.

Deux solutions radicales sont proposées en Occident : plus de mondialisation ou plus de nationalisme. Cependant, on a l’impression de choisir entre la peste et le choléra. L’histoire se répète comme après la crise de la fin des années 1920 entre le rêve égoïste d’impérialisme du capital et les aspirations nauséabondes du fascisme de Mussolini et du national-socialisme d’Hitler. Donc, rien de nouveau sous le soleil.

Une troisième voie

Y-a-t-il une troisième voie ? Oui. Elle s’appelle le contentement. A ce sujet, Paul écrit : « J’ai appris à me contenter de l’état où je me trouve. Je sais vivre humblement comme je sais vivre dans l’abondance » (Philippiens 4.11b–12). Il est question d’un apprentissage où l’essentiel est dans le détachement des richesses terrestres. En effet, Dieu ne pourvoit pas à nos désirs, mais à nos besoins. Jésus a quitté sa gloire en venant à nous pour nous enrichir. Il nous appelle à suivre son exemple à nous contenter de peu, même si nous sommes dans le superflu, afin d’aller au-devant des autres, et d’être généreux envers les nécessiteux.

Les répercussions du contentement sont importantes. Nous ne perdons plus de temps à désirer des choses nouvelles et souvent futiles. Quant au niveau de la société, cela conduit à valoriser tout forme de partage et d’entraide au détriment d’une recherche égoïste du profit. Cela implique de payer des prix qui rémunèrent le travail effectué, d’avoir une justice forte capable de contrer l’exploitation. Cela signifie aussi de taxer raisonnablement les revenus du capital.

Notons que la « foi devient une grande source de richesse quand on se contente de ce que l’on a » (1 Timothée 6.6), donc votons le contentement au jour le jour !


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1074, avril 2017, www.editions.mennonites.fr.