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Des voix protestantes se sont élevées pour répondre à l’initiative suisse qui propose un revenu distribué sans condition à chaque personne: elles plaident pour laisser le travail et seulement le travail apporter à chacun les ressources vitales dont il a besoin, et cela alors que les revenus de l’activité économique sont loin d’aller intégralement aux personnes qui les produisent, et alors que des gens particulièrement riches peuvent vivre de leur fortune sans travailler.

Le monde nous est confié

La vision sociale des protestants leur permet heureusement de voter oui et non aux mêmes objets de votation! Mais savent-ils encore bien ce que dit leur foi, notre foi, la confiance qui nous a été offerte? Le protestantisme, est-ce vraiment d’abord notre éthique du travail responsable et créateur, quoi qu’on puisse en dire superficiellement?

Entendre la Bonne Nouvelle comme des réformés, c’est avant tout l’entendre comme une grâce, un cadeau gratuit. On n’est pas réformé parce qu’on sait travailler, mais parce qu’on sait avoir reçu gratuitement de quoi vivre envers et contre tout: si ensuite on peut travailler, c’est parce qu’on est vivant et vivifié. Le monde n’est pas à nous, mais nous est confié pour en vivre et le cultiver selon nos forces.

Une répartition généreuse

Il est donc permis d’imaginer dans les grandes lignes – comme le fait l’initiative sur laquelle les Suisses vont voter – un mode de répartition généreuse des revenus issus de l’activité économique. Ressources offertes gratuitement pour en vivre, dès avant notre travail!

Les salaires versés ne représentent jamais qu’une partie des revenus produits, sans même parler des revenus de fortunes investies. Tous ces revenus seraient donc susceptibles d’une répartition dont la part salariale serait réduite pour une part plus grande aux prestations inconditionnelles, ce que propose l’initiative, dont les détails restent à préciser par des lois.

Certes, sa formulation est donc très générale, au niveau constitutionnel. Certes aussi le texte proposé n’est pas parfait et ne recueille pas encore une majorité en sa faveur. Mais les débats autour des détails de son application éventuelle, d’ailleurs très peu probable, passent souvent totalement à côté des visées de la proposition elle-même. La première question en jeu, c’est de savoir s’il faut défendre une vision fondamentale de l’être humain comme produisant d’abord ses ressources par le travail – or l’Evangile ne nous le laisse pas croire!

Une société inégalitaire et impitoyable

Là se joue le vrai choix éthique: dans une société inégalitaire et impitoyable dont les revenus vont souvent à des bénéficiaires inactifs, ne serait-il pas bon que la Constitution oblige le législateur à attribuer prioritairement à toute personne une part inconditionnelle pour ses besoins vitaux? Tout le reste viendrait par surcroît, salaire du travail accompli, compléments requis par les handicaps, et autres nécessités.

Aucune des objections relatives aux modalités de cette attribution, aussi justifiées soient-elles pour une éventuelle future législation, n’est pertinente au niveau du principe constitutionnel à poser: l’être humain est-il né pour vivre ou pour travailler? Son travail est-il condition de sa survie, ou sa survie condition de son travail? Une société qui ne fournit ni un travail ni un revenu à une forte partie de ses membres est menteuse si elle prétend qu’il suffit de travailler pour avoir accès à la vie. La foi en l’Evangile lui a enseigné le contraire. L’aurait-elle oublié?

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Zurich/Genève, 24 mai 2016 – «Revenu de base inconditionnel – le paradis sur terre?» Voici la question abordée par ChristNet lors de son Forum samedi passé à Zurich. Philipp Hadorn, conseiller national (PS) et chrétien engagé, a revendiqué de meilleurs salaires, tout en défendant les règles du marché libre. Quant à la rappeuse «Big Zis», elle a prôné des valeurs chrétiennes. 

Le 5 juin prochain, l’initiative populaire en faveur d’un revenu de base inconditionnel (RBI) sera soumis au vote. Lors du ForumChristNet, les participants pouvaient déjà anticiper ce scrutin et indiquer, sur un «Thermomètre RBI», leur degré de sympathie ou de scepticisme face à ce sujet. Les positions étaient très dispersées, ce qui représentait des conditions idéales pour garantir un après-midi de débats contradictoires et nuancés.

Suisse solidaire ou jalouse?

Heiner Schubert, pasteur réformé, a ouvert les feux avec une impulsion biblique créative. En effet, il a dessiné, en direct, la parabole biblique des ouvriers dans le vignoble avec des traits rapides, pleins d’humour et un calme remarquable. «Dans le royaume de Dieu, la performance n’est pas reine», a précisé M. Schubert. «Tous les ouvriers, qu’ils aient travaillé toute la journée ou uniquement pendant une heure, reçoivent le même revenu de base.»

De même dans la communauté Don Camillo à Montmirail (NE) dont il fait partie, chacun reçoit un revenu de base. Et ça marche. Pourtant, ce revenu n’est pas inconditionnel, temporise-t-il. «Nous nous sommes engagés à vivre ensemble pendant un certain temps et à prendre soin les uns des autres.» Malgré ses sympathies pour le RBI, M. Schubert s’est montré sceptique quant à savoir si la Suisse, en tant que communauté solidaire, serait assez forte et disposerait de la cohésion nécessaire pour éviter qu’une culture de la jalousie se développe.

Une confiance de base pour tous

Ensuite s’est tenu la table ronde avec Franziska Schläpfer, membre du comité d’initiative, qui défend le RBI. Cette rappeuse, connue sous le nom de «Big Zis», est mère de trois enfants. Elle comprend le RBI comme l’expression d’une confiance inconditionnelle à l’instar de l’amour que portent les parents à leurs enfants. Elle a incité le public à se voir comme participant à une communauté de personnes où chacun s’entraide plutôt que de se concurrencer. «Nous avons tous besoin les uns des autres.»

Avec beaucoup de franchise, cette femme de 39 ans a évoqué des périodes de vie où elle s’est retrouvée sur la pente glissante et où elle avait, certes, besoin d’un peu de pression et d’incitation de l’extérieur. «Mais, conclut-elle, le plus important étaient les gens qui me faisaient confiance et qui croyaient en moi.»

Une utopie politiquement insensée

Le socialiste et syndicaliste Philippe Hadorn est d’accord avec l’objectif d’augmenter l’égalité des chances: «Les abus, c’est lorsque le capital génère des profits au dépens de l’emploi.» Selon lui, la justice sociale est une valeur centrale de la foi chrétienne. Quant au RBI, il le perçoit comme une utopie qui peut, certes, engager un débat de société important, mais qui est insensé en tant que projet constitutionnel. M. Hadorn craint que le Parlement actuel, «dominé par les intérêts économiques», risquerait d’abuser du RBI pour démanteler complètement l’Etat social. Il plaide de poursuivre la vision d’un emploi plus juste par des moyens plus pragmatiques, de renforcer les assurances sociales et de promouvoir une répartition plus juste des revenus.

Et Mme Heiniger dans tout ça?

Suite au désistement de la conseillère nationale PLR Doris Fiala, adversaire du RBI, sa place a été mis à disposition du public. Dès lors, plusieurs personnes l’ont occupée spontanément pour amener un point de vue critique. Ainsi, Mme Heiniger, une Zurichoise bénéficiaire de l’AI a témoigné de son inquiétude face au RBI: «2500 francs? Ca ne suffira jamais. Pourtant, je ne peux pas aller travailler», a-t-elle objecté. Sur quoi Daniel Straub, membre du comité d’initiative, a rejoint la table ronde pour assurer que personne ne recevrait moins qu’aujourd’hui. Et d’inciter Madame Heiniger à prendre de l’assurance: «Vous aussi, vous travaillez! Par exemple, en participant à cette table ronde.» Justement, notre conception du travail se bornerait au travail rémunéré. «Voici une vision étroite et démodée», conclut M. Straub.

Ce Forum animé et surprenant s’est terminé avec des discussions en groupe, une prière et un rap spontané de «Big Zis». Pour conclure, les participants ont été appelés à revoir leur position sur le thermomètre du RBI et de l’adapter au cas échéant. Les marques ont évolué globalement vers le haut et illustent ainsi un léger réchauffement des sympathies en faveur du revenu de base inconditionnel.

ChristNet ne prend pas position

ChristNet est d’avis que le débat provoqué par le revenu de base inconditionnel est important et pertinent. Celui-ci permet de discuter de sujets chrétiens essentiels tels la justice sociale, la solidarité et la valeur de chacun. Cependant, le laboratoire d’idées ne prend pas position quant à l’iniviative soumise au vote le 5 juin.


Thermomètre RBI après le Forum (chaque PostIt représente une voix).

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Les scandales de la finance, des dettes publiques, le chômage, les guerres et les attentats défrayent la chronique. Aujourd’hui, s’ajoute le défi des réfugiés. En plus des catastrophes écologiques qui mettent en cause les modes de vie de nos sociétés industrialisées. La situation actuelle de notre société paraît plutôt désespérante, et l’avenir incertain.

Voie à suivre

Mais quel regard portent les disciples du Christ sur ces défis contemporains ? Le regard que Jésus a posé sur notre monde est la meilleure option, car en lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Col. 2.3).

Ce que Christ nous montre, c’est la voie à suivre ! Lorsque les docteurs de la loi l’interrogent pour savoir s’il est permis de payer le tribut à César, l’envahisseur païen, Jésus replace ces interlocuteurs dans leur dimension terrestre et limitée, en comparaison avec la grandeur de Dieu : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ! » (Luc 20.21–26)

En fait, Christ ne nous appelle pas à opter pour un comportement de repli ou à une spirale de haine, de violence et de peur. Notre Seigneur nous attend du côté pratique. Ces gestes de solidarité réalisés autour de nous, envers la veuve et l’orphelin, à savoir l’exploité, le pauvre, l’exclus, le malade, le souffrant et l’étranger. « Sois proche d’eux, sois leur prochain », dit Christ dans la parabole du Bon Samaritain ! Si nous laissons le Christ renouveler notre comportement et notre pensée, cela remettra en question fondamentalement l’esprit du monde avec son idole destructrice : le chacun pour soi.

Payer ses impôts avec joie

Comment cela peut se faire ? Voici quelques pistes concrètes : concernant la finance, il s’agit de relever ceux qui ploient sous les dettes en leur venant en aide. Quant aux dettes publiques, payons nos impôts avec joie, tout en sachant que si l’Etat devait faire défaut le secours vient de Dieu et de la solidarité mutuelle. Cherchons des moyens pour épauler les chômeurs dans leurs recherches, tout particulièrement ceux qui contribuent seuls à l’approvisionnement d’un ménage.

Aimer ses ennemis

Pour les guerres et les attentats, le Christ nous dit : « Ne crains pas et continue à aimer, même tes ennemis ! » Il nous appelle à accueillir personnellement le ou la réfugié(e), car Lui-même a payé le prix pour nous accueillir personnellement, malgré notre indignité. Enfin, faisons preuve de grands soins pour la Création de Dieu, car un avertissement nous est donné qui, malheureusement, prend de plus en plus son sens : Dieu « détruira ceux qui détruisent la terre » (Ap. 11.18).

L’auteur

M. Huber, économiste, travaille sur une thèse sur l’histoire des banques centrales et des marchés financiers. Il est membre de l’Eglise évangélique de La Rochette, Neuchâtel. Il est membre de ChristNet.


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1065, mai 2016.

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Une vidéo de la cuvée 2010. Pour vous mettre dans le bain…

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Week-end de la Conférence de jeunesse mennonite

Le dernier week-end de janvier 2015 les deux vétérans de la Journée sans achats, Tom Wieland, également inventeur d’appareils de fitness permettant de moudre de la farine et presser de l’huile, et Samuel Ninck-Lehmann, coordinateur de ChristNet, sont intervenus lors de la Conférence de la Jeunesse mennonite à Bienenberg (BL). Ils ont parlé devant 120 jeunes sur le thème «radicalement simple».

Ils sont intervenus à trois reprises: 1. exposé théorique avec bases bibliques sur l’argent et les biens matériels, informations sur la société de consommation ainsi que des pistes pour une vie simple; 2. célébration liturgique avec méditation sur Philippiens 2 (Jésus qui quitte sa gloire et s’humilie lui-même), répons et chants de Taizé; 3. interview de Tom et Samuel avec des questions du public via SMS.

Les nombreuses questions critiques, profondes et bien pensées nous ont montré que les jeunes étaient vraiment présents et se sont ouverts à ce thème.

Nous avons aussi distribué la feuille «Ma liste de shopping en question(s)» qui fait réfléchir à la pertinence de nos choix de consommation.

«Premier bénéficiaire du week-end»

«J’étais le premier bénéficiaire de ce week-end», a écrit Samuel aux organisateurs. En effet, cela lui aurait donné l’occasion pour approfondir et structurer son sujet préféré.

Par ailleurs, il aurait saisi à nouveau que la «vie simple» est un chemin dont l’objectif exigeant est, certes, posé par Jésus : «Vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres.» Mais un chemin sur lequel chacun-e se trouve à un autre point et dont le prochain pas est différent pour chacun-e. Il n’y aurait donc pas de raison pour juger l’autre sur la base de son style de vie!

Enfin, toujours selon Samuel, le thème de la vie simple devrait toujours être tourné vers autrui: «Si je vis simplement sans que cela profite à mes relations, je passe à côté d’un aspect essentiel de la foi chrétienne: l’amour du prochain!»

Intéressé-e par un exposé?

Si tu souhaites aborder le sujet de la vie simple dans ton Eglise, ton groupe de jeunes… n’hésite pas à nous contacter.


Ma liste de shopping en question(s)

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Une aide pour (mieux) choisir

Nous achetons tous des choses: certaines sont essentielles, certaines sont pour le plaisir. Nous allons faire nos courses avec des amis: des habits, de la musique, un Smartphone, une console de jeux, des cosmétiques etc.

La publicité, les amis ou les people nous disent ce qu’il faudrait acheter. A quel point laissons-nous nous influencer?

En tant que chrétien-ne-s, nous pouvons nous poser quelques questions. En voici certaines qui te permettront d’en discuter avec tes ami-e-s.

Peut-être, ne trouveras-tu pas de réponse à toutes les questions. Lesquelles? Comment aller plus loin (voir ici)?

1. Pourquoi je veux acheter exactement ça?

  • Mes ami-e-s l’ont aussi.
  • C’est super cool.
  • Mes ami-e-s se moquent de moi si je ne l’ai pas.

2. Qu’en est-il des gens et de l’environnement?

  • Est-ce que les producteurs de l’objet gagnent assez pour vivre?
  • Quelles sont leurs conditions de travail?
  • Et l’environnement? L’eau est-elle préservée? Des gens tombent-ils malades ?
  • Combien d’énergie est utilisée pour produire et distribuer cet objet ?
  • Où est-ce que je trouve ces informations ?

3. Est-ce bon pour mes relations?

  • Cet objet, pourrait-il m’empêcher d’être en relation avec mes ami-e-s, ma famille…? me rendre «asocial»? (p.ex. jeux vidéo, X-Box etc.)
  • Quelle serait une alternative plus «relationnelle»?

4. En ai-je vraiment besoin?

  • Ai-je une ancienne version (portable, iPad…) qui pourrait faire l’affaire?
  • Suis-je sûr que je n’en ai pas déjà assez (habits…)?
  • Combien serait assez?
  • Ai-je le temps pour utiliser l’objet que je veux acheter ?

5. Ai-je l’argent nécessaire?

  • Puis-je payer cet objet?
  • Est-ce que je dois emprunter de l’argent? Si oui, est-ce sensé? Quand et comment vais-je le rembourser?
  • N’y aurait-il rien de plus important/urgent à financer?

6. Est-ce le bon moment?

  • Pourrais-je m’en passer une semaine, un mois de plus?
  • Pourrais-je m’en passer tout court? Du coup, pourrais-je aider quelqu’un avec l’argent économisé (p.ex. enfants de réfugiés syriens, parrainage pour la scolarité d’un enfant, aider une famille dans l’Eglise ou le voisinage…)
  • Pourrais-je mettre de côté cet argent? Dans quel but?

7. Y a-t-il une alternative?

  • Pourrais-je en trouver la même chose en seconde main?
  • Pourrais-je le partager avec des ami-e-s?
  • Pourrais-je le fabriquer moi-même?

Ma liste de shopping en question(s)

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Compte-rendu de la journée des socialistes chrétiens 16.02.13

Samedi 16 février dernier, nos amis des socialistes chrétiens romands se sont réunis à Yverdon pour évoquer le problème de la dette des Etats européens. Cette journée d’étude a été principalement consacrée à une information sur les mécanismes qui ont conduit à la situation actuelle, sans que soit négligée la réflexion sur les solutions que les socialistes peuvent proposer pour rétablir l’équilibre.

Dimitri Andronicos, doctorant en éthique contemporaine et assistant à la faculté de théologie de Genève, a proposé une réflexion sur le caractère prétendument inéluctable de la crise, qui durerait depuis quatre décennies. Une forme de désespoir s’installe donc, avec la tentation de croire que seule l’austérité permettra d’en sortir. Les dettes publiques, qui servent pourtant à construire l’Etat, deviennent honteuses: il faut donc sanctionner, par cette austérité, les citoyens qui ont abusé des bienfaits du parapluie social. N’y a-t-il donc plus d’espérance ? Faut-il vraiment faire confiance aux lois du marché ?

Pour le professeur Paul Dembinski, de l’Université de Fribourg, la financiarisation de l’économie a changé fondamentalement la donne depuis les années 70: on vit dans l’illusion d’une bonne gestion des risques et de profits financiers qui diminuent la nécessité du travail. Mais cela a pour conséquence une fuite en avant avec notamment la volonté de consommer aujourd’hui ce que l’on paiera demain. Le besoin croissant de prestations sociales crée des emplois, mais une illusion de croissance. Les dettes des Etats ne sont plus remboursables. Une inflation pourrait permettre de les effacer, mais elle serait catastrophique pour la classe moyenne. Il faudrait donc oser annuler ces dettes d’un coup de crayon pour repartir sur des bases plus saines.

Député socialiste et économiste, Samuel Bendahan propose un programme d’action excluant que la population européenne indemnise les banques qui ont prêté de l’argent aux Etats très endettés à des taux élevés justement pour financer le risque pris ! Il faut également faire cesser la concurrence fiscale qui prive les Etats de ressources importantes et ne pas craindre les investissements qui rapportent à long terme de l’argent et surtout du bien-être. Il imagine aussi que le capital des sociétés soit progressivement socialisé (1% par année). Et termine en relevant que l’austérité qu’on veut imposer aux Grecs ou aux Portugais n’a aucune chance de les motiver pour construire une nouvelle économie.

Comme la discussion l’a montré, les socialistes chrétiens ne croient pas à l’inéluctabilité de la situation économique, ni à la responsabilité des populations défavorisées à qui on tente de faire payer la crise. Ils appellent les politiciens à assumer leurs devoirs et leurs compétences, au lieu de baisser les bras au prétexte que l’économie mondialisée leur a échappé.

Jean-François Martin, secrétaire de la FRSC

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Les chrétiens sont nombreux à se demander s’il vaut mieux être riche ou pauvre. Il existe une réponse à cette question, qui offre un repère clair : nous ne devons être ni pauvres ni riches, nous devons avoir assez. Voici ce que disent les Proverbes à ce sujet :

Eternel, je te demande deux choses, ne me les refuses pas avant que je meure: garde moi de dire des paroles fausses ou mensongères, ne me donne ni pauvreté ni richesse; accorde-moi seulement ce qui m’est nécessaire pour vivre, car dans l’abondance, je pourrais te renier et dire « Qui est l’Eternel ? » Ou bien, pressé par la misère, je pourrais me mettre à voler et déshonorer ainsi mon Dieu. (30.7-9)

Assez pour partager

Assez, c’est combien ? Assez représente à peu près la même quantité quelle que soit la personne, à savoir le nécessaire pour pouvoir mener une vie décente. Cette notion de l’« assez » comme limite entre le « trop » et le « trop peu » nous amène très vite à une autre notion fondamentale : celle du partage. Pour illustrer les choses, nous pouvons par exemple nous servir de 2 Corinthiens 8.14 comme verset clé : « par votre superflu, vous pouvez venir en aide à ceux qui sont dans le besoin ».

Le partage est quelque chose de fantastique : si ceux qui ont trop partagent avec ceux qui n’ont pas assez, les deux sont gagnants. D’une part, le partage est utile à ceux qui ont plus qu’assez car il les libère du surplus et les rend davantage aptes à suivre Jésus1 . Même les économistes sont parvenus à cette conclusion: la croissance économique et l’accumulation de richesses ne rendent pas les citoyens des pays riches plus heureux.2 D’autre part, le partage est évidemment utile à ceux qui ont moins qu’assez et sont ainsi les bénéficiaires du partage. Enfin, soulignons que le partage crée un lien entre ces deux groupes.

La motivation

Nous pouvons partager par souci de justice, parce que la portion donnée en partage est une dette à proprement parler ; par exemple, lorsque la Suisse profite de règles du commerce international injustes au détriment des pays du Sud. Nous pouvons également partager par miséricorde, sans chercher à savoir qui est responsable de la pauvreté. A titre d’exemple, on peut trouver ces deux motivations simultanément chez Zachée3 .

Nous pouvons mettre en pratique le principe de l’ « assez » sur le plan personnel (voir projet Cukup), ou sur le plan politique en faisant de la lutte contre la pauvreté la priorité absolue. Pour ce faire, nous devons combattre la racine de la pauvreté des pays du Sud et leur conférer davantage de pouvoir dans le système économique mondial.

Dominic Roser, économiste et co-fondateur de cukup

De : ChristNetInput n°10/Mars 2007.


1. comparer Matthieu 6.24 ; 1 Timothée 6.6-10 ; Marc 10.21 ; Hébreux 13.5

2. voir Easterlin, R. (édité par): Happiness in Economics, Cheltenham 2002

3. voir Luc 19.8.

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Pétition « Assez pour partager » 2007

Des réflexions fondamentales autour des thèmes suivants : la Bible et la pauvreté, le contentement, la croissance économique, la redistribution.


Une charité mandatée par l’État ?

Assez pour vivre ? Assez pour partager !

Que dit la Bible sur le partage et la pauvreté ?

Le partage ? une alternative à la croissance économique ?

La pauvreté dans la Bible

 

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La croissance économique : une notion relative

La croissance économique désigne la progression de la production et de la consommation de biens, c’est-à-dire l’augmentation mais aussi la diminution de ce « produit national ».

Il ne s’agit que de chiffres qui ne s’avèrent en fait pas aussi précis qu’il n’y paraît. Ils mesurent quelque chose de façon très précise mais partielle. Ils ne recouvrent que ce qui est réellement payé. C’est ainsi que le travail bénévole en famille, à la maison ou dans une association n’est pas pris en compte. Il en va de même pour les dégâts causés à l’environnement et l’économie grise. La croissance économique ne rend pas non plus compte de la sécurité dans laquelle nous vivons, ni de notre degré de liberté, de satisfaction ou de stabilité.

Ce « produit national » est ensuite divisé par le nombre d’habitants afin de servir à des comparaisons internationales, ce qui n’indique en rien comment il se répartit entre les habitants. Les chiffres de la croissance économique en Chine le montrent aujourd’hui clairement. Une petite minorité s’y enrichit tandis que l’immense majorité reste les mains vides.

La croissance économique inspire souvent de la méfiance. De quoi s’agit-il et d’où vient-elle ? Je ne suis pas économiste mais il me semble évident que la croissance économique ne tombe pas du ciel. Elle repose sur le travail d’hommes. Il est dans la nature de l’homme de toujours vouloir aller de l’avant et faire de nouvelles expériences. Cela permet d’augmenter la productivité de l’économie. Derrière la notion de croissance économique se cache donc le désir inhérent à l’homme d’aller de l’avant.

La croissance économique sert à la redistribution

La Bible ne parle pas explicitement de croissance économique. Mais on voit par exemple qu’Israël a prospéré sous Salomon, c’est-à-dire que la croissance économique était là. Cet épisode se déroula sous la protection et la bénédiction de Dieu. Nous savons que dans les économies nationales modernes, nous pouvons agir à plusieurs niveaux : enseignement, impôts, politique monétaire, recherche. La question de la répartition de ce bien-être y est essentielle.

Dans un monde où la population ne cesse de croître, la croissance économique est indispensable. Soyons réalistes : lorsque l’économie est en pleine croissance, c’est-à-dire à chaque fois que le gâteau s’agrandit, chacun reçoit un peu plus et tout le monde est satisfait, sans que ne se pose la question de la répartition et de l’équité. Au contraire, si l’économie décroît, alors cette astuce ne marche plus, les salaires stagnent, le taux de chômage augmente et l’on commence à se battre pour répartir le gâteau.

En tant que secrétaire syndicale, je constate quotidiennement que l’AVS dépend de la croissance économique. La dernière augmentation des primes remonte à trente ans ! Elle a été possible uniquement grâce à cette croissance.

Les limites de la croissance

Y a-t-il des limites à la notion de croissance économique ? Oui, bien sûr. Nous exploitons des ressources qui ne sont pas renouvelables. Nous consommons une quantité énorme de ressources et portons donc atteinte à notre environnement. Des méthodes de développement durable existent mais leur part dans la croissance économique est limitée. Tout le monde est d’accord sur le fait que l’économie mondiale ne peut croître de manière illimitée. Le « peak oil » est-il déjà atteint ? Cette question occupe aujourd’hui une place essentielle dans tous les journaux.

Nous constatons qu’une croissance économique modérée conduit à des problèmes sociaux et il est tentant de miser sur une hausse de celle-ci. Mais le système a ses limites car avant même d’avoir épuisé nos ressources, c’est notre propre existence que nous mettons en danger. La lutte de répartition conduit à des guerres, et plus les ressources s’amenuiseront, plus les conflits qui nous attendent deviendront graves.

Aujourd’hui, la question de la répartition ne se pose pas uniquement entre les pays pauvres et les pays riches mais aussi entre les générations. Ce que nous gaspillons aujourd’hui ne sera plus à la disposition de nos enfants.

Un complément important : le partage

La croissance économique ne peut pas être la seule solution pour répondre à toute une série de problèmes. En Suisse, société relativement égalitaire, il y a de nombreux « laissés pour compte », et leur nombre ne fait qu’augmenter. Evidemment, plus la croissance économique que nous affichons est basse, plus ces chiffres augmentent. Nous constatons aussi que notre croissance économique ne règle aucun des problèmes des pays pauvres.

Le partage est donc absolument indispensable. Nous ne pouvons pas y échapper. Cela concerne la Suisse et l’Europe mais également le reste du monde.

Nous sommes ici confrontés à des problèmes qui impliquent de très grosses sommes d’argent. La dimension caritative que Jacques Blandenier a mentionnée au cours de son intervention représente l’aide à l’échelle « microscopique ». Il faut également une dimension sociale politique, c’est-à-dire un partage organisé qui se traduit par la redistribution et la solidarité. En général, nous nous contentons d’observer de manière relative où se trouvent les situations de détresse. Mais pour ensuite pouvoir partager de manière organisée, il faut des lois, car tous ne sont pas disposés à apporter leur contribution.

La redistribution et le partage ont mauvaise presse. L’avarice est à la mode et dans certains milieux, le mot solidarité est utilisé comme une insulte. Dans cette même logique, le président d’UBS Ospel a qualifié d’irresponsables les critiques visant les hauts salaires que perçoivent les cadres.

On parle volontiers de responsabilité individuelle. On accuse souvent les pauvres d’être responsables de leur pauvreté. Lorsqu’ ensuite ces pauvres assument leur responsabilité et volent pour survivre, on les punit. On se moque fréquemment de moi lorsque je parle de partage et de redistribution.

Si nous écrivons au Conseil fédéral, alors il nous faut faire des propositions concrètes sur la manière de redistribuer car les membres du Conseil ne se pencheront pas d’eux-mêmes sur la question.