~ 5 min

La force de la non-violence

« Résistez, résistez, Résistez », c’est en scandant ces mots que ceux que les médias nomment le bloc noir, ont encouragé une partie des leurs à casser le long de la manifestation du 1er juin : qui en s’attaquant à un «morceau» de Poste, qui à une façade de bâtiment bancaire, qui à une station d’essence, qui à un arrêt de bus (et tout de suite remis à l’ordre par ses camarades !), qui à un panneau de circulation.

Nous étions parmi eux à marcher ; nous étions avec eux à échanger une parole, à limiter le nombre des munitions (pierres résultant de la destruction d’un muret, morceaux de bois…), à nous interposer entre eux et les bâtiments visés… (tout près d’eux comme des basketteurs !) laissant sprayer, mais tentant de nous interposer quand le projet était de casser. Evidemment, nous étions trop peu. Mais où nous intervenions ? en s’entraidant en cas d’amorce de conflit, les choses se détendaient ! Nous agissions individuellement, mais savoir les autres à proximité était précieux.

Une alternative à la violence répétitive du monde
Parmi ces hommes et ces femmes en partie masqués ou cagoulés, souvent un bâton à la main, pour certains un casque à la ceinture, je me suis toujours sentie en sécurité, même si nos compagnons étaient remplis d’une immense colère, et de haine aussi. L’un d’eux me disant : «Votre non-violence, cela ne sert à rien. Si mon grand-père, travailleur dans les mines, ne s’était pas opposé par la violence, on serait encore dans cet esclavage.». Je mesurais le privilège de ma situation : voir un ad-venir autre que la violence répétitive du monde.

Notre petit groupe hétéroclite ? créé pour l’occasion ? marchait avec ce qu’il me plaît d’appeler le bouclier de la Confiance, soutenu par la prière de beaucoup, les uns à notre permanence de Genève, d’autres ailleurs en Suisse, et bien sûr dans mille lieux du monde. La force de communion est une grâce.

La vue d’appareils photos et de caméras rendaient fou furieux ces manifestants particuliers (un peu différents des 70 000 autres). Quand ils voyaient un appareil trop insistant, ils auraient été prêts à s’en prendre au propriétaire. A cause d’eux, je goûtais un peu ce qu’est la Liberté : marcher à visage découvert en nous affichant avec ces brebis « noires », sans nous préoccuper du fichier policier dans lequel nous tombions en ce jour. Cela avait peu d’importance. L’essentiel était d’être présent avec eux, ici et maintenant.

Quand on observe depuis l’extérieur ces 150 manifestants, on voit un groupe agressif, on imagine la menace qu’ils constituent, la peur qu’ils réveillent en nous. Pourtant, ce jour-là, il aurait suffi de 100 personnes paisibles simplement prêtes à marcher parmi nous au milieu d’eux, avec en plus une quinzaine de manifestants pratiquant ? comme nous tentions de le faire ? le « peace keeping », et la dynamique de violence du groupe aurait été non pas paralysée mais bel et bien dissoute ! Je suis certaine qu’il n’y aurait eu AUCUN DEGAT durant cette manifestation dont la police s’était volontairement écartée. De même, avant la douane de Vallard, la présence entre le cortège et les stations services d’une centaine de personnes, par exemple de gymnasiens sensibilisés à la non-violence, aurait suffi à éviter toute déprédation. La preuve. A la douane de Vallard, alors que tous les bâtiments étaient vitrés. Aucun n’a été cassé, car les autres manifestants, et le service d?organisation, ont constitué la protection la plus efficace.

Une médiation réussie, mais limitée
Notre groupe comptait encore six personnes lorsque nous sommes retournés en ville, du côté de Rive. Là, nous arrivions au milieu d’une confrontation police/manifestants. A plusieurs reprises, avec le service d?organisation bénévole et quelques parlementaires observateurs, nous avons pu nous interposer fructueusement. Ce qui occasionnait une petite bouffée de fierté… avant de se déplacer vers un autre point chaud, et de recommencer le tout avec persévérance et patience.

Placés tout près des manifestants et provocateurs (souvent des adolescents), nous avons eu à nouveau des moments privilégiés d’échanges. A ma question du pourquoi de son attitude, l’un d’eux a fait se retourner son copain. Sur son tee-shirt, en anglais, j’ai lu : « Je préfère mourir debout que vivre à genoux. » A quoi, j’ai répondu : « Je suis d’accord avec cela. C’est pourquoi je suis là, en face de toi, debout. » A cause de leur rage meurtrie au c?ur, ils m’ont touchée mes compagnons d’un jour. Et mon éc?urement est allé aux pseudo-badauds juste là en voyeurs, comptant les points et se lavant les mains de la violence à laquelle ils contribuaient par leur présence.

Quand la police anti-émeute (qui se trouvait toujours dans notre dos!) a chargé avec ses bombes assourdissantes, ces balles colorantes, etc. la soirée est passée dans une troisième phase, celle des combats de rue. Nous retrouvant à l’écart, nous avons décidé de repartir pour notre permanence en faisant un crochet par la gare (potentiellement chaud), ne déplorant que quelques éraflures et taches de peinture ! N’ayant plus les moyens de mener une action fructueuse, nous avons abandonné les rues basses à la violence des uns et des autres.

A lire les journaux, entendre les commentaires radio/TV, notre action (et celle des bénévoles de l’organisation) semble n’avoir servi à rien. Elle n’a pas même été mentionnée ! Pourtant, chacun de nous (dix personnes au total) avons pu expérimenter ? les uns pour la première fois, les autres une nouvelle fois ? la FORCE de la non-violence.

Pour moi, le bilan de la journée ne se chiffre ni en millions de francs, ni en tactiques policières, mais en nombre de relations privilégiées tissées de manière personnelle et intense l’espace de quelques instants avec l’un ou l’autre interlocuteur anonyme, effaçant toute autre préoccupation que ce c?ur à c?ur. Notre action se justifie dans l’interpellation (parfois irritée) qu’a suscité notre interposition pacifique, juste par notre corps, les mains nues et le visage découvert. Nous ne saurons jamais ce qui germera de ces moments partagés.

Plus que jamais, il s’agit de Résister? vous aussi, résistez à la violence, et à ce sentiment d’insécurité, d’impuissance que cultive et fait grandir en nous le monde (du pouvoir/des médias) avec le projet occulte de CASSER… l’Elan vital de notre Espérance.

Marie-Laure Ivanov, Lausanne, juin 2003

~ 6 min

Atten. Getter : « En fin de compte, tout ce qui nous reste, c’est ce que nous avons donné ». En gardant cette déclaration à l’esprit, passons au texte :

Contexte :

Le passage que nous lisons appartient probablement de façon indissociable au précédent. Au chapitre 20, 45-47, Jésus attaque massivement la piété des scribes et les accuse, entre autres, d’être des requins de l’immobilier qui s’enrichissent aux dépens des pauvres. Et maintenant, il oppose l’offre insignifiante de cette pauvre veuve, vue sous l’angle de l’argent, aux sommes élevées des riches. Mais juste, au moins depuis Einstein, nous savons que tout est relatif. Jésus le savait bien avant Einstein : le montant des dons est relatif. Pour la veuve pauvre, deux heller c’est relativement beaucoup, c’est-à-dire tout son gagne-pain, pour une autre personne, deux heller ce n’est pas beaucoup, juste 1 ½ % d’un salaire journalier moyen ; et pour une personne riche, c’est quelque chose qu’elle ne ressent même pas.

Sur la base de ce passage, je voudrais faire deux déclarations sur les dîmes et les offrandes pour nous en tant qu’église, puis tirer quelques conclusions :

1. le NT n’a aucun moyen légal de traiter les dîmes ou les offrandes.

Lorsqu’il s’agit de dîmes ou d’offrandes dans la Bible, nous sommes confrontés à des déclarations extrêmement réalistes. Dans l’Antiquité, c’était très simple : les lévites sont responsables du culte et du temple, et le reste du peuple est responsable de la vie des lévites. Malachi s’en prend alors aussi au peuple de Dieu et lui fait des reproches : parce qu’ils ne paient pas la dîme, les lévites doivent négliger leur service pour subvenir à leurs besoins.

Dans le Nouveau Testament, nous trouvons des déclarations similaires : ceux qui travaillent pour l’Evangile doivent aussi en vivre. Mais nulle part la dîme n’est préconisée comme une approche juridiquement obligatoire ; nulle part on ne nous donne un pourcentage, un montant minimum ou une somme obligatoire pour tous. Le NT ne connaît aucune approche légale concernant l’argent, les dîmes ou autres offrandes, bien que le NT s’inspire clairement du principe de l’OT selon lequel le peuple de Dieu paie pour l’argent nécessaire à l’accomplissement efficace du ministère de l’église.

Mais comme l’église sait que même les sacrifices et les offrandes sont relatifs, elle n’en a jamais fait un droit ferme. Pour quelqu’un qui gagne Fr. 4000.?net et qui a trois enfants, 10% de prélèvement est relativement important, quelqu’un qui gagne Fr. 12’000.?et qui a trois enfants remarque 10% nettement moins, et quelqu’un qui gagne 6 millions de francs par mois comme Michael Schuhmacher ne ressent même pas les 10%. Et comme le NT ne connaît pas de moyen légal de traiter la dîme, nous ne le savons pas non plus.

2. Le NT a une attitude généreuse envers les dons et l’argent.

Contrairement à un quota, un pourcentage ou un montant minimum légal, le NT ne connaît qu’une attitude généreuse en matière d’argent et de dons. Paul rapporte, à partir de la collecte en Macédoine, que les églises ont donné au-delà de leurs moyens, Jésus parle de la veuve qui a donné tout son gagne-pain et Zachée a donné une grande partie de sa richesse par reconnaissance et joie du salut qu’il a connu.

Un pourcentage prescrit permet seulement à nous, les humains, de dire : j’ai fait mon devoir, le reste est à moi. Mais Jésus ne connaît pas le devoir dans ce sens. Notre vie appartient à Dieu, comme nous l’avons entendu la dernière fois. Il ne peut jamais être question que nous ayons fait notre devoir en ce sens. Toutes les opérations de dons qui visent à faire son propre devoir puis à disposer librement du reste, sans être liées à Dieu, passent à côté de l’objet de ce que Jésus aborde ici.

Ce n’est pas le pourcentage ou le montant qui fait la différence, mais l’attitude généreuse. Ni pour Jésus ni pour l’église primitive, les dons n’ont jamais été une question d’obligation, mais ils étaient des expressions tout à fait naturelles de leur relation avec Dieu. Tout comme Dieu a été généreux avec eux, ils ont été généreux les uns envers les autres en matière d’argent. Le récit de l’église après la Pentecôte ne fait que le souligner.

En ce sens, le NT est encore plus radical que l’OT sans jamais tomber dans une posture légaliste. Pour l’un, une dîme peut être littéralement trop élevée, mais pour un autre, trop faible. Mais les deux sont généreux. Que quelqu’un du NT ait donné 5% ou 20%, tous deux l’ont fait d’un coeur joyeux et en sachant que leur vie entière appartenait à Dieu de toute façon.

Conclusion

Je voudrais en tirer quelques conclusions.

1. sans dons, nous ne pouvons pas, en tant qu’église, exercer pleinement notre ministère. Cela n’a pas changé depuis la plainte de Malachi concernant le manque de dîme et le manque de ministère des lévites dans le temple qui en résulte. C’est aussi simple et aussi clair que le 1 + 1 = 2.

2. le pourcentage ou le montant de l’argent que nous donnons est basé sur notre cœur et notre capacité Il s’agit toujours des deux. Qu’ils soient pauvres ou riches, qu’ils soient petits ou grands, les dons sont toujours faits avec un cœur reconnaissant et généreux, et alors peu importe que quelqu’un donne 10 centimes ou Fr. 1 000.

Cette conclusion est peut-être la plus critique : ce qui vaut quelque chose pour moi, je le laisse me coûter quelque chose. Ou en d’autres termes : je vous montre à quoi je dépense mon argent et vous me dites ce qui signifie quelque chose pour moi. – Que nous puissions donner 10 % ou non n’a pas d’importance, mais si l’église a un sens pour nous, si elle est importante pour nous parce que nous y puisons de la nourriture pour notre vie spirituelle, parce qu’elle nous aide dans le développement de notre personnalité, parce que nous rencontrons Dieu à travers elle, parce que nous l’aimons avec toutes les personnes colorées qui la composent, alors nous trouverons toujours un moyen de la soutenir, parce que pour les choses qui sont importantes pour nous, nous trouvons souvent un moyen de les financer.  C’est comme ça avec tous les gens, riches ou pauvres. Je remarque qu’avec moi, si je tiens vraiment à quelque chose, je trouve un moyen de le financer. Je peux aussi regarder nos garçons et voir à quoi sert l’argent de poche et à quoi il ne sert pas…. Alors je sais parfaitement ce qu’ils ont à cœur.

4) Ce qui est vrai sur le plan personnel l’est également pour les finances de l’église. Parce que nous mettons un prix sur ce que nous apprécions, mon désir et mon objectif sont d’exprimer cela dans le budget de notre église. Nos valeurs en tant qu’église se reflètent dans les postes budgétaires, mais pas nécessairement dans le montant. C’est pourquoi nous avons déplacé la collecte de la mission vers le dimanche, plus au centre de la vie de l’église. Et parce que nous sommes sérieux quant au fait que Jésus est venu pour les pauvres et les impuissants de ce monde, même nous, en tant que petite congrégation avec une situation financière plutôt serrée, trouvons toujours des moyens d’utiliser l’argent à des fins sociales ; que ce soit en donnant une fois de plus quelque chose aux mères célibataires de la région, ou en soutenant les enfants pour le camp de jeunes à l’automne, ou les familles pour le camp familial.  Nous trouvons des moyens, et alors peu importe que nous ne puissions pas investir autant que les autres pour le moment, mais nous investissons. L’amour rend inventif et créatif. Et si nous n’avons pas d’argent, alors il y a peut-être d’autres moyens. Pourquoi ne pas offrir l’automne prochain à toutes les femmes célibataires du village de monter gratuitement les pneus d’hiver ?


Photo by Claudio Schwarz | @purzlbaum on Unsplash

~ 6 min

Qui aime payer des impôts ? Exactement ! C’est pourquoi nous avons tendance à demander et à accepter des réductions d’impôts lorsque cela est possible….

Que devrait faire la politique fiscale chrétienne ?

  • Financement des tâches communes
  • Un équilibre équitable, car il existe effectivement différentes possibilités et capacités de subsistance parmi les personnes. Ces dernières années, la peur des « profiteurs de notre État providence » est de plus en plus acceptée politiquement, au détriment de la solidarité avec les faibles.
  • Le partage : cet aspect est souvent négligé, même par les chrétiens.

Clair : l’efficacité de l’État doit être, et aussi la prudence qu’il dépense l’argent avec sagesse et équité

Cadre du débat fiscal actuel

Ces dix dernières années, en Suisse, les riches sont devenus massivement plus riches et les pauvres plus pauvres. Le 1% le plus riche de la population a pu doubler sa richesse, et les cadres ont augmenté leurs revenus de 20 à 50%. Dans le même temps, les salariés des secteurs à bas salaires ont subi une perte de revenus de 5 % en moyenne. Cela n’inclut pas encore l’augmentation des primes d’assurance maladie et la réduction des paiements et prestations de l’État.

Le partage et la péréquation seraient donc plus urgents que jamais, mais c’est exactement le contraire qui se produit actuellement : le partage devient de plus en plus impopulaire : ce sont précisément les impôts qui créent la péréquation qui sont réduits.

Il est vrai qu’au cours des dix dernières années, les impôts ont globalement fortement augmenté. Il s’agissait principalement de la TVA (principalement pour l’AVS), des déductions de salaire pour l’AI et de l’assurance chômage. En outre, il y a eu de nombreuses augmentations de taxes ainsi que des augmentations des impôts directs, en particulier dans les municipalités et les cantons. Il s’agissait donc, pour l’essentiel, d’impôts non progressifs qui touchaient tous les payeurs de la même manière en pourcentage, parfois même avec un plafond comme dans le cas de l’assurance chômage. Dans le même temps, les prestations de l’État pour les particuliers ont été réduites.

Des réductions d’impôts néanmoins principalement pour les riches

Depuis quelques années, les politiciens réclament une baisse des impôts. Le conseiller fédéral Villiger lui-même a déclaré dans son discours du 1er août, il y a un an et demi, que ceux qui crient le plus fort sont ceux qui peuvent payer le plus d’impôts…

En septembre, le Conseil national a donc adopté un paquet de réduction d’impôts qui va bien au-delà de ce qui avait été proposé par le Conseil fédéral et fonctionne selon la devise « celui qui a sera donné » :

  • une réduction de 300 millions d’euros de l’impôt sur les sociétés, même si nous avons déjà le taux d’imposition des sociétés le plus bas des pays occidentaux
  • environ 400 millions aux propriétaires, qui ne doivent plus payer d’impôts sur la valeur locative imputée de leur propre propriété
  • 760 millions d’euros aux entreprises de la bourse, qui n’ont plus besoin de payer le droit de timbre sur les transactions boursières
  • et surtout 1,3 milliard pour les couples et les familles riches. Sous le titre de soutien familial, les familles doivent être soulagées. Toutefois, dans sa forme actuelle, les trois quarts des montants sont épargnés par les couples mariés et les familles dont le revenu du ménage est supérieur à 90 000 francs. Et les familles très pauvres ne paient déjà presque pas d’impôt fédéral, si bien qu’elles ne tirent pratiquement rien des réductions d’impôts. Dans l’ensemble, ce projet de loi sur la famille n’a aucun sens, car il aide principalement les familles riches, pour lesquelles les enfants représentent une charge financière bien moindre, que les pauvres, où, comme le montrent les études, les enfants sont de plus en plus exposés au risque de pauvreté. Ce projet de loi fiscale, qui comme les autres doit encore passer par le Conseil des Etats, prévoit une déduction de 11.000 à 14.000 francs du revenu net, de sorte que les personnes mariées, et surtout les familles, doivent payer un taux d’imposition moins élevé. Le Conseil national a refusé de faire une déduction directement sur la facture d’impôt à payer, ce qui aurait profité à tous les contribuables de manière égale, et dont les pauvres auraient bénéficié autant que les riches. Dans la version actuelle, cependant, les riches en profitent beaucoup plus en pourcentage….

Dans le même temps, dans un canton après l’autre, les droits de succession diminuent, ce qui profite aux héritiers des familles riches. Et en même temps, la dernière révision de l’AVS continue à faire des économies, car il n’y a pas assez d’argent…

À mes yeux, ce sont là des exemples flagrants de l’affirmation accrue du pouvoir de l’argent en politique.

Au début, j’ai énuméré des exemples de ce que devrait faire la politique fiscale.

  • Le financement des tâches communes : aujourd’hui, celles-ci sont de plus en plus privatisées.
  • Un juste équilibre : malgré l’élargissement de l’écart salarial dans les années 1990, c’est le contraire qui se produit en matière de politique fiscale
  • Partager ? Est de moins en moins populaire…

L’argument consistant à payer moins d’impôts peut gagner chaque vote aujourd’hui. C’est pourquoi les gens mentent parfois tellement dans cette zone que les poutres se fissurent. Souvenons-nous du vote sur la taxe sur le CO2, qui a été calomniée par le lobby des entreprises comme étant une nouvelle taxe. Dans le cas des initiatives visant à abolir les droits de succession et des projets de réduction des impôts directs progressifs sur le revenu, il est aussi régulièrement affirmé que cela profitera aux pauvres, bien que ce ne soit guère vrai. Et dans le cas de l’impôt actuel sur les gains en capital, les opposants affirment également que les petits citoyens devront le payer, bien qu’en Suisse, ce soient principalement les personnes fortunées qui possèdent des actions et que les petits actionnaires avec la limite d’exonération des bénéfices de 5 000 francs par an n’aient presque jamais rien à payer.

Impôt sur les plus-values

Dans les conditions décrites et la redistribution actuelle du bas vers le haut, l’impôt sur les plus-values offre une opportunité de rétablir une certaine justice.

– Rappelons qu’en 1997, les revenus provenant de gains en capital ont été plus importants en Suisse que les revenus salariaux.

– Le marasme boursier actuel est temporaire, car même aujourd’hui, les gestionnaires d’actifs maintiennent qu’à moyen terme, les actions offrent le meilleur rendement de toutes les possibilités d’investissement.

– Le modeste impôt sur la fortune déjà en place ne remplace pas l’impôt sur les plus-values ; tout autre revenu peut également devenir une richesse et être imposé….

– Le coût et le rendement de l’impôt sur les plus-values sont bien proportionnés. Sinon, tous les autres pays occidentaux n’auraient pas déjà l’impôt sur les plus-values. D’ailleurs, les États-Unis ont pu combler leur déficit budgétaire principalement grâce à l’impôt sur les plus-values.

Mieux vaut une solidarité volontaire que des impôts ?

On dit souvent dans les milieux chrétiens qu’il vaut mieux que les gens fassent le bien volontairement que de payer des impôts forcés. Le problème est que même dans les pays où les impôts sont faibles, les dons volontaires ne représentent qu’une petite partie de la différence par rapport aux pays où les impôts sont plus élevés. Le calcul ne tient pas debout.

On dit aussi parfois que l’État doit se tenir à l’écart des tâches sociales telles que l’aide sociale et l’AVS, et que les églises doivent prendre le relais. De telles idées sont totalement mal conçues, car où les églises sont-elles censées trouver ces milliards ? Nous risquons que de nombreuses personnes soient dans le besoin et que personne ne les aide, et surtout que les églises, qui sont déjà à leur limite financière, manquent d’argent pour l’évangélisation. Ce faisant, ils auraient rendu un mauvais service au royaume de Dieu….

La progression fiscale équitable qui existe encore aujourd’hui sera supprimée en la rendant volontaire. Le partage, cependant, est un devoir biblique pour tous, et pas seulement de l’abondance. Le milliardaire qui donne gracieusement un million n’a fait que donner de son abondance (voir aussi Luc 21 et Marc 12 sur l’acarien de la pauvre veuve). Ceux qui ont de l’argent s’empressent de montrer du doigt leurs propres gains, même dans les milieux chrétiens, même si c’est Dieu qui pourvoit à nos besoins et qui nous donne aussi la force et la motivation nécessaires pour réaliser des performances de haut niveau dans les affaires. Ou bien les différences de salaire entre 2500 francs et 200 000 francs par mois sont-elles justifiées par un effort personnel ? L’argent ne rend pas les gens heureux, mais ceux qui n’en ont pas sont exclus dans la société actuelle.


Photo by Dmitry Demidko on Unsplash

~ 3 min

« C’est à moi ! » – une petite phrase que chaque enfant en bas âge acquiert à un âge précoce. La société occidentale est pratiquement « obsédée » par l’idée de la propriété privée. Il semble que ce soit un passe-temps courant d’utiliser toutes sortes d’astuces pour remplir sa déclaration d’impôts afin de ne pas avoir à mettre un franc de trop dans les caisses générales.

Certains chrétiens considèrent le commandement « Tu ne voleras pas » comme un plaidoyer en faveur de la propriété privée. Certains vont même jusqu’à considérer l’État-providence actuel comme quelque chose de non chrétien – un voleur qui cherche à s’emparer de nos biens privés. De même, plus d’un chrétien appelle à un « État allégé ».

Or, en ce qui concerne les récits bibliques, on trouve effectivement de nombreux exemples de propriété privée. Mais nous devons veiller à déclarer qu’il s’agit du seul système social adéquat. Et le commandement « tu ne voleras pas » n’est pas vraiment limité au niveau privé.

En fait, on trouve déjà dans le judaïsme ancien des institutions qui sont très similaires à l’État-providence d’aujourd’hui. Il y avait divers impôts (comme la « dîme ») ainsi que d’autres prélèvements en argent et en nature. En outre, tous les 50 ans, toutes les terres étaient redistribuées et tous les esclaves étaient libérés (l’année de la rémission). Il est donc étonnant que les chrétiens croyants d’aujourd’hui soient anti-étatiques et anti-fiscales.

Le livre des Actes nous donne une image tout à fait radicale. À Jérusalem, tout l’argent de l’église était mis en commun. Les riches ont vendu leur propriété et ont donné l’argent à l’église. L’argent était ensuite redistribué à tous ceux qui étaient dans le besoin (Actes 4:32-37).

« Tu ne voleras pas » était plutôt compris dans le contexte de la propriété collective, c’est-à-dire que le vol consistait à tricher et à soustraire une partie de son argent à la communauté (Actes 5:1-11).

Aussi inimaginable que cela puisse paraître, la première communauté chrétienne a volontairement vécu dans une société collective. Plus tard, dans les églises où Paul s’est rendu, de l’argent a été collecté en solidarité avec l’église mère de Jérusalem (Jérusalem accueillait un nombre de pèlerins pauvres supérieur à la moyenne, ce qui a conduit à l’état d’urgence pendant la grande famine). Ainsi, la solidarité internationale et la redistribution existaient déjà à l’époque.

Une liste simplifiée des développements bibliques internes :

 

Temps des patriarches Loi mosaïque Première communauté chrétienne Christianisme d’aujourd’hui.
vers 2000 avant J.-C. à partir de 1200 avant J.-C. vers 30 après J.-C. 2001 après J.-C.
propriété privée / patriarches, clans propriété privée, introduction d’impôts ; personnes en tant qu' »administrateurs » de propriétés » vente de propriétés privées, société collective vivante, soutien d’autres communautés ?

Le diagramme très simplifié montre une évolution dans la compréhension biblique de la propriété privée et collective. Je suis conscient que le modèle de la société collective ne peut pas être simplement transféré 1 à 1. Nous ne devrions certainement pas forcer une société collective de manière dictatoriale, comme c’était le cas dans les États soviétiques. Mais cela devrait quand même nous donner matière à réflexion. Se pourrait-il que l’Esprit Saint veuille nous remplir, nous les chrétiens, afin que nous puissions surmonter notre société occidentale individuelle ? Se pourrait-il que nous devions revoir notre attitude à l’égard des impôts, par exemple ? On peut certainement discuter du montant et de l’utilisation de l’argent des impôts. En principe, les impôts et la redistribution sont cependant largement ancrés dans la Bible, de sorte que Paul aborde également ce sujet dans le chapitre 13 de Romains: :  » … c’est pourquoi vous payez également des impôts ; car les pouvoirs de l’État sont les serviteurs de Dieu, qui sont continuellement employés à cette fin. Donnez à tous ce qui leur est dû : l’impôt à qui l’impôt est dû, le devoir à qui le devoir est dû, la révérence à qui la révérence est due, l’honneur à qui l’honneur est dû (Romains 13, verset 6+7).


Photo by Tierra Mallorca on Unsplash