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Lors de la conférence StopPauvreté du 6 avril 2024, l’étude Justice et Durabilité, qui a examiné les attitudes des chrétiens face à la justice sociale et à la durabilité, a été présentée. Six personnalités de l’Eglise et de la politique ont commenté l’étude. Parmi elles, Steve Tanner, auteur de ChristNet et président de A-Rocha.

Avez-vous déjà vécu votre électro-choc pour le climat ? Ce moment où vous avez réalisé que c’était du sérieux et que vous deviez vous engager et changer vos habitudes ? Que la qualité de vie de nos enfants en dépendait ? Que Dieu lui-même vous appelait à changer ?
J’ai vécu un tel moment le 2 juin 2007, lors d’une conférence sur le climat organisé par l’Alliance Évangélique Suisse, durant laquelle un Professeur de climatologie a fait un exposé magistral sur la science du climat, et un théologien a apporté les bases bibliques pour agir. Cela m’a impacté.

En 2007, tout était déjà clair :

  • Les causes du réchauffement : le CO2 d’origine humaine.
  • Les graves conséquences sur les écosystèmes et les humains.
  • La compréhension de l’appel de Dieu de prendre soin du climat.

Depuis, le monde s’est mis à agir, les chrétiens ont pris ce thème au sérieux. Mais nous n’allons pas assez vite pour sortir des énergies fossiles, parce que nous ne voulons pas renoncer à nos privilèges, et nous avons peur du changement.

Mon objectif ici est de répondre à 3 questions : en tant que chrétiens et église :

  1. Où en sommes-nous dans notre action pour le climat ?
  2. Quels obstacles nous empêchent-ils d’avancer ?
  3. Quels sont les éléments motivateurs pour nous engager davantage ?

L’étude Justice-durabilité donne des informations intéressantes sur notre action pour le climat. Elle a tout d’abord montré que c’est une préoccupation moyenne pour les chrétiens. Quelle signification en donner ? Que le problème n’est pas si grave ? Ou en bonne voie d’être résolu ?

Au niveau des objectifs durables prioritaires, on remarque des différences entre chrétiens pratiquant qui placent le climat au 3ème rang, et très pratiquants, qui le placent au 5ème rang.

Il semble que plus on est pratiquant, moins on fait du climat une priorité. Nous devons chercher à comprendre pourquoi.

L’étude a montré que certaines postures théologiques pourraient freiner l’action climatique.

La première est la suivante : «L’idée de la recréation du monde a un effet négatif sur le comportement durable des personnes interrogées».

L’Evangile, par exemple Luc 15 :11, qui traite de l’argent, nous rappelle que Dieu s’intéresse à notre manière de gérer les choses terrestres, même si ces dernières sont vouées à disparaître. Si nous sommes incapables de prendre soin de cette Terre, le Seigneur va-t-il nous confier sa nouvelle création ?

Un autre résultat théologique de l’étude est intéressant :

«Les chrétiens qui croient en un Dieu qui contrôle les événements dans le monde ont un comportement moins durable et sont moins préoccupés par le changement climatique».

Dieu est tout puissant, mais pourtant il nous commande d’agir en son nom, comme Matthieu 28 :18 le rappelle. Se cacher derrière la toute-puissance de Dieu pour ne pas agir n’est donc pas faire preuve de piété, mais de … désobéissance.

Cela montre l’importance d’une théologie «du soin à la création» prêchée dans nos églises. Si 65 % des protestants ont déjà entendu une prédication sur le thème de la durabilité, seulement 45 % des évangéliques l’ont eu, nous rapporte l’étude.

J’aimerais poursuivre par trois principes que chacun peut adopter pour agir pour le climat.
Une première étape est de faire notre bilan carbone pour identifier les gros contributeurs de CO2 dans nos vies. Cela nous permet de mettre les efforts aux bons endroits.
Deuxièmement, changer d’habitude est autant important que changer de technologie. Passer à la voiture électrique c’est bien, mais il faut aussi moins l’utiliser et choisir une voiture plus petite.
Finalement, nous devons soutenir les actions collectives tout autant que les individuelles, les deux sont nécessaires. Ce n’est pas un acquis dans les milieux évangéliques souvent défenseurs des liberté individuelle au détriment des actions collectives.

Depuis 2007, notre famille a entrepris un processus de réduction d’émissions de CO2.

  • Habitat : remplacé le chauffage au mazout par le solaire et le bois, et isolé la maison.
  • Mobilité : transports publics, forte réduction des vols en avion, voiture électrique.
  • Nourriture : réduction de viande, consommation locale et de saison.

Notre CO2 familial a fortement diminué, passant à moins de 4 tonnes par personne (moyenne suisse 10 tonnes), sans réduire la qualité de vie ni augmenter nos charges. C’est donc possible de réduire nos émissions. La crise climatique est plus facile à résoudre que d’autres problèmes humains comme les guerres ou la corruption. Les efforts nécessaires sont raisonnables, mais l’impact positif sur notre avenir est énorme.

Pour conclure, comme chrétiens nous avons trois puissants moteurs qui nous aident à avancer :

L’amour → il se manifeste par des actes. Jésus dit : tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’obéissance → la responsabilité pousse à agir. Agir n’est pas douter de la puissance de Dieu, mais faire notre part fidèlement, en ayant foi qu’il fera la sienne.
L’espérance → avoir foi en l’avenir mène à l’action. Vivre avec espérance nous fait entrer dans le changement. Il n’y a plus de sacrifices, mais des nouvelles possibilités.

Dans un monde souvent sans espoir, agir pour le climat est pour nous chrétiens une opportunité de montrer quel Dieu nous fait vivre : un Dieu d’espérance et d’amour. Alors : faisons-le !

Vers le streaming du commentaire de Steve Tanner

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~ 6 min La foi fait-elle une différence ? Oui, les chrétiennes et les chrétiens qui peuvent établir un lien entre la théologie, la spiritualité et la justice ainsi que la durabilité ont un comportement plus durable.

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La suite de Jésus, la mission et l’évangélisation sont souvent associées à l’appel « aller vers toutes les nations » (Mt 28,19-20). Parallèlement, le thème de l’écologie est aujourd’hui en vogue. L’ordre de mission s’oppose-t-il en diagonale à l’écologie ? L’écologie relègue-t-elle la mission principale des chrétiens à l’arrière-plan ? Un regard sur le passé peut nous aider à clarifier ces questions.


Qui est Jésus ?

Dès le début, l’Église a lutté pour savoir qui était exactement Jésus, qu’elle suivait et dont elle annonçait le royaume. L’une des premières questions était la suivante : ce Jésus était-il un homme, éventuellement bon, ou était-il Dieu ? Après plus de 400 ans de lutte acharnée, l’Église primitive a dit – pour simplifier – de Jésus de Nazareth : « Il est pleinement Dieu et pleinement homme. Être pleinement humain, cela signifie accepter pleinement et sans concessions les choses d’ici-bas. Mais être pleinement Dieu signifie aussi être totalement différent de ce monde.

De quelle réalité s’agit-il ?

L’Église primitive était en outre fortement axée sur le corps, sans pour autant ne faire qu’un avec le monde d’ici-bas. Des exemples comme les épîtres aux Corinthiens indiquent que la communauté réelle faisait partie de l’être chrétien et que la ‘véritable’ réalité n’était justement pas transférée vers l’avenir. En même temps, le thème de l’espérance, qui est également abordé dans ces lettres (1 Corinthiens 13,13), montre qu’un monde totalement juste ne peut pas être achevé ici et maintenant.

Comment cela nous aide-t-il dans la question de la mission, de l’écologie et de l’imitation ? Aujourd’hui, on constate deux tendances : Certaines églises s’occupent avec beaucoup d’engagement de cette création et font des efforts sur le plan écologique. C’est louable. Mais si l’accent est mis exclusivement sur ce monde, l’ancienne Eglise les aurait exclues. Pourquoi ? Parce qu’elles ne mettent l’accent que sur la nature humaine de ce Jésus : L’espérance reste fondée sur l’homme.

La tendance opposée : seul l’au-delà compte, à savoir le salut de l’individu. La création n’a aucune valeur en soi, bien que Dieu se soit fait homme pour que toute la création soit rachetée (Rm 8,22).

Ces deux tendances ont quelque chose de juste et d’attirant, mais dans leur unilatéralité, elles manquent leur but, du moins selon l’ancienne Église. Enfoncer un coin entre la rédemption et la création ne rend pas justice au témoignage biblique.

Un exemple de Thoune

Là où les deux aspects sont affirmés de manière égale, la « plénitude de la vie » s’étend. C’est le cas de la communauté évangélique libre de Thoune, qui met l’accent sur les deux aspects. De par son histoire, elle s’inscrit clairement dans la compréhension traditionnelle de l’imitation et de l’évangélisation. Au fil des années, elle l’a complétée sans perdre ce qui existait jusqu’alors. Elle a par exemple délibérément mis l’accent sur d’autres aspects, comme par exemple un cours annuel sur la justice, un thème étroitement lié à l’écologie. La caractéristique de cette paroisse réside justement dans son équilibre peu spectaculaire. Pour elle, suivre signifie faire face aux besoins de ce monde avec l’espoir du royaume de Dieu. Cet équilibre n’a pas empêché sa croissance numérique.

Un autre exemple : il n’est guère étonnant que le réseau Eco Church en Angleterre, qui compte plus de 5000 paroisses, mais aussi en Suisse romande (EcoEglise) et en Suisse alémanique (Eco Church Network), regroupe des paroisses très différentes. A l’aune de la compréhension biblique et de l’Eglise ancienne, Eco Church est une possibilité de répondre aux questions de notre temps sans nier la succession, mais en la prenant au sérieux. L’idée sous-jacente est la suivante : la protection de la création est centrale, car Dieu n’a pas cessé de trouver cette création bonne et il veut toujours vivre dans cette création, comme il y a 2000 ans, mais la création a aussi besoin de rédemption. Eco Church est une manière d’exprimer la foi et l’espérance par une vie de disciple – et c’est une très bonne nouvelle pour beaucoup de gens.

Liens complémentaires :

stoparmut.ch
ecochurch.ch

Cet article est paru pour la première fois dans IDEA SUISSE le 09 juillet 2023 [Lire l’article original]
Photo de couverture d’Akira Hojo sur Unsplash

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Le 18 juin 2023, le peuple suisse votera sur la loi sur la protection du climat. Selon cette loi, la Suisse ne devra plus produire de gaz à effet de serre évitables d’ici 2050. Pour atteindre cet objectif, des technologies permettant d’éliminer ces émissions de l’air doivent également être mises en œuvre.

En 2015, la Suisse a signé l’Accord de Paris. Le pays alpin s’est ainsi engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre – principalement le CO2 – à zéro net d’ici 2050. Un OUI à la loi sur la protection du climat le 18 juin 2023 accorderait à l’économie et à l’industrie suisses les moyens financiers nécessaires pour atteindre cet objectif. Si l’on lit attentivement le texte de loi à cet endroit, on s’aperçoit que des moyens technologiques doivent être utilisés à cet effet. Ces technologies permettent soit de capter et de stocker le CO2 directement dans les installations industrielles (Carbon Capture and Storage, CCS), soit de l’extraire durablement de l’atmosphère (technologies à émissions négatives, NET)1. L’application de telles technologies est également appelée Carbon Dioxide Removal (CDR)2.

Défis éthiques et juridiques

Il existe une grande diversité de techniques d’élimination du CO2 de la sphère nucléaire. Ainsi, non seulement le CCS et le NET, mentionnés dans la loi sur le changement climatique, font partie de ces technologies, mais aussi le reboisement des forêts. Toutes ces technologies peuvent avoir une influence sur le climat mondial. Enfin, le changement climatique est un phénomène extrêmement complexe et global. Les interventions technologiques sur le climat peuvent avoir des conséquences inconnues, tant pour la Suisse que pour l’étranger. C’est pourquoi l’utilisation de techniques d’élimination du dioxyde de carbone pose un certain nombre de questions éthiques et juridiques aux scientifiques et aux politiques. Comment pouvons-nous par exemple évaluer si une catastrophe environnementale dans d’autres pays est due à une cause naturelle ou à l’utilisation de technologies CDR en Suisse ? Jouons-nous à Dieu lorsque nous essayons de réguler le climat à l’aide de moyens technologiques ? Le risque existe également que les entreprises, les politiciens et la population succombent à l’illusion que les technologies CDR peuvent sauver le climat et qu’ils ne doivent plus eux-mêmes économiser le CO2. Or, les scientifiques s’accordent à dire que les interventions technologiques ne sont qu’une mesure de lutte contre le changement climatique et ne constituent pas la solution.

CDR en Suisse et en Islande

En Suisse, une installation CDR est en service depuis 2017 à Hinwil3. Elle filtre le CO2 de l’air et l’utilise pour gazéifier les plantes dans la serre située à proximité. Les plantes fixent le CO2 et poussent plus vite. Un autre exemple est l’installation ORCA en Islande. Le CO2 aspiré est déposé dans les roches basaltiques de l’île. Le basalte absorbe particulièrement bien le CO2. Grâce à ces installations, il est possible d’effectuer des observations et des mesures précises et d’étudier leurs effets sur le climat local. Il est ainsi possible de tirer des conclusions sur l’influence des technologies CDR sur le climat mondial.
Le principal inconvénient des installations CDR est leur forte consommation d’énergie. Il est donc indispensable de se trouver à proximité de grandes sources d’énergie. Ainsi, l’installation de Hinwil se trouve à proximité du Zweckverband Kehrrichtverwertung Zürcher Oberland (KEZO). Et en Islande, la géothermie est une source d’énergie abondante.

Davantage de recherche CDR

Les deux installations CDR sont le fruit d’une collaboration entre l’EPF de Zurich et l’entreprise Climeworks. L’ETH Zurich est l’une des principales institutions de recherche au monde qui met en œuvre des projets CDR en collaboration avec des partenaires nationaux et étrangers. La loi sur la protection du climat prévoit de permettre le financement de tels projets de recherche. En raison des nombreuses incertitudes liées aux technologies CDR, il semble particulièrement important de faire progresser la recherche sur ces techniques. De mon point de vue, c’est la seule façon de surmonter les défis éthiques et juridiques et de mieux discuter des mesures technologiques relatives au changement climatique et de les optimiser pour une application locale.


1 : Office fédéral de l’environnement OFEV (2023) : https://www.bafu.admin.ch/bafu/de/home/themen/klima/fachinformationen/co2-entnahme-und-speicherung.html (état : 26 mai 2023).

2 : Meiske, Martin (2021) : La naissance de la géo-ingénierie. Les grands projets de construction aux premiers temps de l’anthropocène

3 : Climeworks (2023) :
https://climeworks.com/news/climeworks-completes-commercial-operations-in-hinwil (état : 26 mai 2023)

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Sur notre frigo, ce petit mot nous rappelle ce que signifie concrètement faire ses courses de manière durable. Il a été rédigé pendant la lecture d’un livre que je vous recommande ici : « 101 réponses pour ton quotidien durable » de Sabina Galbiati. Celui qui consomme plus que les quantités indiquées par personne dépasse son quota de ressources disponibles sur notre planète. J’ai dû constater qu’en tant que famille, nous respectons tout au plus de justesse ces limites. Bien sûr, on peut par exemple consommer moins de viande et plus de fromage. Mais les quantités sont modestes.

Pourquoi ce livre en particulier ?

Nachhaltig einkaufenDans ce livre, il n’est pas seulement question d’achats, mais aussi de logement, de mobilité, de loisirs et de vacances, et même d’astuces psychologiques permettant de modifier durablement son comportement. Pour deux raisons, c’est pour moi l’un des meilleurs livres sur ce thème. Premièrement, les recommandations se basent sur des chiffres et des faits actuels en Suisse. Je trouve souvent difficile d’utiliser des moyennes mondiales et même des chiffres d’Allemagne comme référence pour mes décisions personnelles. Et deuxièmement, cinq grands leviers sont désignés comme étant les plus utiles pour le climat et l’environnement. D’habitude, il n’y en a que trois : mobilité, logement, alimentation. Sabina Galbiati y ajoute l’engagement politique et l’engagement financier ciblé. Ces deux dernières possibilités auraient pu être abordées plus en détail dans le livre.

Qu’est-ce qui en vaut vraiment la peine ?

Une de mes connaissances est passée du film transparent aux toiles cirées par souci de l’environnement. Elle continue à faire ses courses avec son Dodge Durango, qui consomme 12 litres d’essence aux 100 kilomètres. Heureux celui qui peut tromper sa mauvaise conscience aussi facilement.

Mais dans la vie de tous les jours, il y a de nombreuses questions qui ne sont pas si facilement résolues. Voici quelques astuces que j’ai eues en lisant le livre de Galbiati :

  • Faire ses courses sans voiture apporte plus que toutes les mesures réunies sur notre feuille de route. Mais c’est une alimentation végétarienne/végétalienne qui aurait le plus d’impact.
  • Lors du lavage, des microfibres synthétiques sont rejetées dans les eaux usées. Malgré les stations d’épuration, un tiers d’entre elles se retrouvent dans les eaux sous forme de microplastiques.
  • Parmi tous les emballages disponibles, la bière en canette est la moins nocive pour l’environnement.
  • Pour le café, la majeure partie de la pollution est due à la culture – réduire la quantité est donc plus efficace que d’adapter le mode de préparation.
  • Le chauffage (65%) et l’eau chaude (15%) représentent 80% de la consommation d’énergie des ménages privés. En éteignant la lumière, nous ne faisons pas grand-chose.
  • Pour presque tous les appareils ménagers (à l’exception du sèche-linge et du four), une réparation à partir de 10 ans ne vaut plus la peine d’un point de vue écologique (les nouveaux appareils sont plus efficaces sur le plan énergétique).

Superbe collection de liens

Savais-tu qu’il existe diverses offres de covoiturage et d’autopartage ? Ou que l’on peut emprunter ou louer des objets d’usage courant ? Et qu’il existe d’innombrables offres de mode durable, dont plus d’une douzaine de labels de Suisse et des pays voisins ? Sur son site Internet, Sabina Galbiati propose une liste structurée avec des centaines de liens vers des offres, des projets, des boutiques et de l’inspiration sur le sujet – et là aussi, en adéquation avec le contexte suisse. On trouve ainsi diverses offres durables pour presque tous les besoins. Car il y a une chose que j’ai dû admettre : Si l’on veut adopter un mode de vie durable, il est indispensable de s’intéresser de près et en permanence aux effets de sa propre consommation. Sinon, on se préoccupe soudain du film transparent et on perd de vue son SUV.


Le livre peut être commandé sur le site web des auteures :
https://www.sabinagalbiati.ch/buchprojekt

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Le philosophe et économiste Dominic Roser s’intéresse à des questions élémentaires concernant la création, les risques climatiques et la responsabilité environnementale. Cela soulève des questions non seulement politiques, mais aussi éthiques et très pratiques – et finalement aussi des questions de foi.

Le climat change
Les connaissances actuelles sur le climat nous dépassent régulièrement. De nouveaux chiffres, avertissements, déclarations d’intention politiques s’ajoutent sans cesse – il est difficile de garder une vue d’ensemble dans le flot d’informations. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il fut un temps où les informations passaient encore sous le radar du public. Les toutes premières inquiétudes concernant le changement climatique sont apparues dès le début du 20e siècle, sans que le grand public n’y prête attention ; et dès le milieu des années 60, le président américain Lyndon B. Johnson a mis en garde contre le danger de modifier la composition de notre atmosphère. Dans les années 1970, le best-seller « Les limites de la croissance » a sonné le réveil. Le livre suggérait que la forme dominante de notre croissance conduirait à long terme à l’effondrement.

La situation s’est améliorée …
Cet effondrement n’a pas eu lieu à court terme – du moins jusqu’à présent. Au contraire, l’humanité a fait de grands progrès depuis lors. En moyenne, les gens sont plus de deux fois plus riches que dans les années 1970. La proportion d’analphabètes est passée d’environ un tiers à environ un septième. La proportion de personnes en situation d’extrême pauvreté a encore plus diminué ! Rien qu’au cours des 25 dernières années, le nombre d’enfants qui meurent avant leur cinquième anniversaire a diminué de moitié, alors que la population mondiale augmente fortement.

Jusqu’à il y a cinq ans environ, la démocratisation du monde a également enregistré de grands progrès. C’est merveilleux et nous devrions prendre conscience de ces tendances positives et les célébrer. Oui, nous devrions même reconnaître comment ces acquis n’auraient guère été possibles sans tous les développements mis en route par l’industrialisation et ses énergies fossiles.

… mais sans base solide
Toutefois, cette croissance ne s’est pas faite sur des bases solides. L’humanité dans son ensemble est comparable à une personne dans la pauvreté qui a eu la chance de gagner beaucoup d’argent. Une villa est rapidement construite de toutes pièces. Dans la précipitation et face à des possibilités non familières, la maison est construite sur du sable. On économise sur la statique, la protection incendie et la sécurité. La maison risque de s’effondrer. Il en va de même pour l’humanité : tout le salut apporté au monde par le progrès technologique est réel. Mais tout est allé si vite que les acquis sont fragiles. Si nous avons de la chance, l’ascension se poursuit ; si nous sommes malchanceux, la maison s’effondre. Le 21e siècle pourrait être le meilleur ou le pire siècle de notre histoire.

Tous les risques que nous acceptons
Les progrès réalisés jusqu’à présent étaient réels, mais ambigus, car ils ont eu pour effet secondaire d’engendrer des gaz à effet de serre nuisibles au climat. Depuis l’industrialisation, la Terre s’est déjà réchauffée d’environ un degré et ce seul degré s’est déjà accompagné de graves dommages. Les glaciers suisses ont diminué d’un tiers au cours des 40 dernières années. Mais aussi proéminents que soient les glaciers dans la sélection d’images des médias, les effets les plus pertinents ne concernent pas la glace, mais les personnes et les animaux touchés par la fonte. Et comme le changement climatique se produit avec un certain retard, les plus gros dégâts ne se produiront que dans plusieurs décennies. Et parce qu’il n’agit pas principalement là où il est provoqué, mais particulièrement dans le Sud, les personnes vivant dans la pauvreté sont particulièrement sous pression. Et comme l’ampleur du changement climatique est entachée d’une grande incertitude, ce ne sont pas les scénarios les plus probables qui font le plus peur, mais la petite chance que nous perdions complètement le contrôle de l’expérience avec notre atmosphère. Le changement climatique n’est pas non plus le seul domaine dans lequel nous avons réalisé de grands progrès au prix d’effets secondaires néfastes : L’intelligence artificielle, la pollution de l’air, l’exploitation des animaux, les bombes nucléaires, etc. sont également gravés sur l’autre face de la médaille de la fuite des hommes hors de la pauvreté au cours des 200 dernières années. Il est difficile de garder à l’esprit toutes ces tendances lentes de notre croissance – positives et négatives – en une seule fois.

Le navire doit faire demi-tour
Cette situation appelle à un revirement. La moitié de l’humanité qui a déjà réussi à échapper à la pauvreté ne devrait pas mettre l’accent sur un luxe supplémentaire, mais permettre à l’autre moitié de s’échapper également, et ce d’une manière qui ne comporte pas de risques dramatiques comme effet secondaire. Ce n’est pas ce qui se passe actuellement : depuis le début du millénaire, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont encore augmenté de plus d’un tiers et les aéroports suisses accueillent plus de 50 pour cent de passagers supplémentaires. Pourtant, l’objectif ne serait pas seulement de mettre fin à la croissance des émissions, mais de les réduire de moitié d’ici 2030, puis de les ramener rapidement à un niveau net de zéro. L’humanité n’est pas près de tenir les promesses de l’accord de Paris de 2015.

Les nouvelles technologies sont indispensables
Mais il y a de l’espoir ! L’une des raisons est que le défi climatique étant mondial, il nous oblige également à collaborer à l’échelle mondiale. Nous pouvons utiliser le changement climatique pour pratiquer cette coopération, l’améliorer et la rendre positive, de sorte que la communauté mondiale puisse relever d’autres défis dans le pipeline – comme l’intelligence artificielle ou la résistance aux antibiotiques – plus rapidement et plus efficacement que le changement climatique. Une deuxième raison d’espérer est qu’il existe des chances de trouver des solutions – il suffit de les saisir. Le potentiel des technologies propres est celui qui donne le plus d’espoir. Par rapport à d’autres solutions, les technologies propres ont l’avantage de protéger le climat tout en permettant aux personnes vivant dans la pauvreté (ainsi qu’à celles qui sont accros à la prospérité) de se développer. Les technologies propres ont en outre l’avantage de pouvoir être promues sans qu’il faille d’abord chercher des majorités dans le monde entier pour la protection du climat : Les pays et les individus de bonne volonté peuvent aller seuls de l’avant. De plus, il est possible de faire de grands bonds en avant. Le photovoltaïque, par exemple, est devenu 80% moins cher en l’espace d’une décennie.

Toutefois, l’énergie solaire représente encore moins de deux pour cent de la consommation mondiale d’énergie primaire. C’est pourquoi il convient de promouvoir sans œillères les technologies propres sur toute la ligne : Les technologies qui éliminent les émissions dans l’atmosphère ; la viande et le lait propres ; les nouvelles formes d’énergie nucléaire, etc. Dieu nous a donné notre créativité et notre sagesse non seulement pour préserver la création, mais aussi pour la façonner. Un monde de dix milliards de personnes qui ont échappé à la pauvreté a besoin d’une économie différente de celle du monde rural et peu peuplé de l’époque de la Bible.

Justice climatique – un grand mot
Pour que la fuite de la pauvreté ne nous soit pas réservée à nous, les premiers pays industrialisés, nous devons d’une part réduire nos propres émissions à zéro net. Mais plus important encore : nous devons mettre à la disposition des pays pauvres les technologies propres qui leur permettront également de fuir la pauvreté sans pour autant détruire le climat. Pour ce faire, nous ne devrions pas nous soucier de savoir si d’autres pays riches, comme les États-Unis, s’engagent aussi fermement, mais si nécessaire, nous devrions aussi faire preuve de courage et avancer seuls. La justice climatique ne consiste toutefois pas seulement à bien préparer l’avenir, mais aussi à réparer les injustices passées. Ainsi, Zachée s’est exclamé après sa rencontre avec Jésus : « Regarde, Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres. Et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je le lui rends au quadruple ». De la même manière, nous devons non seulement réduire les émissions futures, mais aussi aider les pays en situation de pauvreté à faire face au changement climatique, qui ne peut plus être stoppé en raison des émissions passées.

Un monde nouveau pour l’éternité ?
Nous, chrétiens, avons parfois une vision trop « statique » de l’idéal : nous croyons que Dieu a créé le monde et que nous devons maintenant veiller à le préserver dans son état d’origine, jusqu’à ce que notre monde actuel laisse un jour la place à un modèle entièrement nouveau. Mais nous ne devons pas nous contenter de préserver le monde actuel dans son état déchu, ni espérer un remplacement futur. Nous devons faire évoluer le monde avec courage et travailler dès maintenant au nouveau monde : En toute humilité et avec l’élan de Dieu, il s’agit de façonner notre monde de manière à ce qu’il s’épanouisse, lui et toutes les créatures auxquelles Dieu l’a donné pour maison.


Ce texte est tiré de l’ERF Medien Magazin 01/2023, le magazine imprimé mensuel de l’ERF Medien. http://www.erf-medien.ch/magazin

Photo de Gabriel Garcia Marengo a Unsplash

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Une large palette d’organisations s’est réunie pour former la coalition « Christ:innen für Klimaschutz » et soutenir la loi sur la protection du climat (contre-projet indirect à l’initiative sur les glaciers), qui sera soumise au vote le 18 juin 2023. ChristNet a également rejoint la coalition.

Les « Chrétiens pour la protection du climat » sont convaincus que chacun peut contribuer à la protection de la Création – par des actions ou des omissions conscientes. La loi sur la protection du climat fournit à cet effet un cadre légal contraignant et aide la Suisse à mettre en œuvre les objectifs de l’accord de Paris sur le climat. La coalition voit dans la loi sur la protection du climat une voie socialement acceptable vers une plus grande protection du climat, qui renforce également l’économie nationale.

La création est en danger. La crise climatique causée par l’homme est scientifiquement prouvée sans équivoque par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et se manifeste par des vagues de chaleur, des incendies de forêt, la fonte des glaciers, des sécheresses, des inondations, l’élévation du niveau de la mer et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes. Les moyens de subsistance de millions de personnes sont ainsi menacés. La population reconnaît les faits scientifiques et souhaite un changement rapide de la politique climatique.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est le plus grand organe scientifique de recherche sur le climat. Sur son mandat, des experts du monde entier rassemblent en permanence l’état actuel des connaissances sur le changement climatique et l’évaluent d’un point de vue scientifique. Le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) d’octobre 2018 a montré : Avec un réchauffement global de 2 degrés, les conséquences négatives sont déjà bien plus graves qu’avec un réchauffement de 1,5 degré (le réchauffement actuel est de 1 degré). Or, à l’heure actuelle, la plupart des États – dont la Suisse – s’orientent vers un réchauffement de 3,4 degrés ou plus.

Cause de la faim et des conflits sociaux
De nombreux changements dus au réchauffement climatique sont d’ores et déjà irréversibles pour des siècles, voire des millénaires. La crise climatique est aiguë, c’est une catastrophe naturelle et humaine d’une ampleur inconnue dans l’histoire de l’humanité jusqu’à présent. La faim et les conflits sociaux augmentent en raison des phénomènes météorologiques extrêmes. Les pays industrialisés n’assument que partiellement leurs responsabilités et continuent de faire avancer le changement climatique.

La crise climatique et environnementale constitue un défi pour les Églises et les organisations chrétiennes, car elle soulève des questions fondamentales de justice, d’amour du prochain, de conception chrétienne de l’être humain et de concepts d’une vie bonne et réussie pour tous. Le monde et tout ce qui y existe est la création de Dieu. Dans une conception chrétienne, nous sommes des cocréatures. En tant que partie de la création et sujets moraux et éthiques, nous, les êtres humains, avons le devoir de traiter la nature et l’environnement avec respect et responsabilité. Toute prétention privilégiée sur le monde doit être rejetée par principe. La protection du climat est l’expression de cette responsabilité, et pour les chrétiens, elle fait partie d’une responsabilité globale envers la création. Il s’agit de protéger les bases de la vie pour tous les êtres vivants – aujourd’hui et à l’avenir. Nous avons trop longtemps vécu aux dépens de l’environnement et du climat.

Le Sud mondial porte le fardeau principal
La crise climatique est aussi une crise sociale. Causées par la surconsommation, les conséquences de ce problème environnemental nous concernent tous. Et pourtant, ce sont les personnes vivant dans la pauvreté, surtout celles du Sud, qui en portent le plus lourd tribut, sans pour autant être à l’origine du problème. Elles n’ont pas les moyens de s’adapter aux nouvelles réalités climatiques. Les conséquences sont la faim, les conflits et la pression migratoire.

Prendre ses responsabilités
Dans une perspective d’éthique sociale, chaque être humain a droit à un environnement propre et intact ainsi qu’à une vie dans la dignité. D’un point de vue chrétien, cette conception se fonde sur le fait que tous les êtres humains sont à l’image de Dieu, écrivent les « Chrétiens pour la protection du climat ». De plus, la crise climatique met en danger la survie de l’humanité et de la vie sur notre planète. C’est pourquoi, d’un point de vue socio-écologique, il est essentiel que nous assumions notre responsabilité dans la protection de l’équilibre écologique fragile et diversifié.
Les Eglises et les organisations chrétiennes sont appelées à agir de manière plus convaincante et engagée et à participer à la modification des conditions politiques. En ce sens, il est décisif que les organisations ecclésiastiques et chrétiennes s’expriment en matière de politique climatique.
En tant qu’organisations ecclésiastiques et chrétiennes, nous sommes appelés à nous engager résolument contre le réchauffement climatique, tant en paroles (confirmation de l’urgence et des mesures nécessaires) qu’en actes, soulignent les « Christ:innen für Klimaschutz ».
Un oui clair à la loi sur la protection du climat (contre-projet indirect à l’initiative sur les glaciers) constitue une telle action.

Une politique climatique responsable pour la Suisse En 2015, les Etats membres de l’ONU ont adopté l’accord de Paris sur le climat. Il s’agit maintenant de mettre en œuvre ce qui a été convenu dans les différents États : D’ici 2050, les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites à zéro au niveau mondial afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré. D’ici là, l’ère des énergies fossiles doit également être terminée. C’est l’objectif de l’accord de Paris et c’est la revendication centrale de l’initiative Glacier.
La Suisse met en œuvre sa politique climatique dans la loi sur le CO2, qui régit les mesures à prendre pour atteindre les objectifs climatiques suisses. Après l’échec de la révision de la loi sur le CO2 (votation populaire pour le référendum en juin 2021), une nouvelle tentative doit être faite. Cette deuxième révision actuelle concerne une loi avec des mesures pour la période de 2025 à 2030. Jusqu’à présent, un objectif net zéro n’a été mentionné que dans la stratégie climatique à long terme de la Confédération – il n’y a pas encore eu de loi pour la mettre en œuvre.

La loi sur la protection du climat concrètement
La nouvelle loi sur la protection du climat exige que toutes les émissions nationales de gaz à effet de serre atteignent un niveau net zéro d’ici 2050. Les objectifs doivent être atteints par des réductions d’émissions dans le pays, dans la mesure où cela est techniquement possible et économiquement supportable. La transformation nécessaire est également une chance pour l’économie et la société.

La loi fédérale indique à la Suisse la voie à suivre pour se libérer de sa dépendance aux énergies fossiles. Elle vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique et à s’en protéger, ainsi qu’à orienter les flux financiers vers un développement à faibles émissions et résilient au changement climatique. La loi sur le changement climatique fixe en premier lieu des objectifs de réduction des émissions de CO2 et les étapes intermédiaires correspondantes. D’ici 2050, les émissions de gaz à effet de serre de la Suisse doivent atteindre un niveau net de zéro, et d’ici 2040, elles doivent être inférieures de 75% à celles de 1990. La manière dont les objectifs seront atteints (mesures) doit être définie dans le cadre de lois ultérieures.

Les mesures suivantes sont déjà définies dans le contre-projet :

  • Feuille de route « zéro net » pour les entreprises et promotion de l’innovation (200 millions par an sur une période de six ans).
  • Programme d’impulsion pour le remplacement des chauffages et l’efficacité énergétique (200 millions par an sur une période de dix ans).

L’initiative sur les glaciers a conduit le Parlement à élaborer un contre-projet indirect au niveau législatif. Celui-ci a été adopté lors de la session d’automne 2022. L’UDC a lancé un référendum contre ce contre-projet indirect.

Après l’échec de la votation sur la révision de la loi sur le CO2 en juin 2021, la loi sur la protection du climat est une étape décisive pour que la Suisse aille enfin de l’avant. Cette étape est nécessaire si la justice climatique et la préservation de la création nous tiennent à cœur.

Nous rejetons résolument le référendum lancé contre le contre-projet à l’initiative sur les glaciers, affirment les « Chrétiens:ennes pour la protection du climat ». Avec eux, ChristNet dit OUI à la loi sur la protection du climat.

L’article de fond des « Chrétiens pour la protection du climat » peut être consulté ici. Réductions et rédaction : Barbara Streit-Stettler


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Il y a un an, on parlait déjà de la menace d’une « pénurie d’électricité », et maintenant de la menace d’une « situation de pénurie ». Pourtant, même les pires scénarios ne prévoient que quelques heures de pénurie d’électricité. Est-ce si grave pour notre vie ? Où en sommes-nous ?

Intérêts politiques et financiers

On ne sait pas non plus quelle est la part de calcul politique derrière tout cela. On prétend qu’il n’y a plus assez d’énergie à cause du tournant énergétique. Certains cercles ont organisé un tir de barrage contre le « bouc émissaire » Sommaruga, qui ne pouvait apparemment plus se sauver qu’en démissionnant. Ces groupes d’intérêts ont ainsi atteint leur objectif et espèrent sans doute maintenant pouvoir modifier le département de l’environnement et de l’énergie avec Albert Rösti selon leurs propres désirs et intérêts. Parallèlement, cette « situation de pénurie » a permis d’instiller dans la population la peur du contre-projet à l’initiative sur les glaciers, dont le vote est imminent en raison d’un référendum. Le tournant énergétique, qui devrait être mis en œuvre de toute urgence, risque ainsi d’être retardé.

Il est toutefois inutile de se mettre la tête dans le sable : Le climat continue de se réchauffer impitoyablement. Un nouveau retard nous ferait perdre un temps précieux et nous exposerait à des dommages encore plus importants. Il est révélateur de voir avec quelle force une partie de la population et des représentants de certains secteurs économiques s’accrochent aux affirmations des derniers négationnistes du climat ou à d’autres excuses pour éviter l’amère réalité. Comment se fait-il que l’avertissement de dizaines de milliers de scientifiques ne soit pas pris en compte de ce côté ?

Quand en aurons-nous assez ?

Avec notre « prospérité » croissante, nous avons besoin de toujours plus d’énergie. Des appareils supplémentaires, des voitures toujours plus nombreuses et plus grandes, des voyages en avion plus fréquents, des habitations plus grandes que nous devons chauffer en sont la cause. Les statistiques montrent certes une stagnation de la consommation d’énergie en Suisse depuis 20 ans et une baisse de la consommation depuis 2010 (avec une chute pendant la pandémie), mais cela est dû en grande partie à la désindustrialisation : Nous provoquons ainsi simplement une augmentation de la consommation d’énergie dans d’autres pays (Europe de l’Est, Chine, Inde) et importons toujours plus d’énergie grise.
Avons-nous vraiment besoin de tout cela ? Une tablette de plus ? Un presse-agrumes électrique, parce que nous ne pouvons plus presser et tourner nous-mêmes les moitiés d’orange ? Ou de la brosse à dents électrique ? Ou encore plus de jouets pour enfants à piles ? Ou avons-nous vraiment besoin d’une voiture ? Pourquoi préférons-nous baisser les impôts plutôt que de développer les transports publics comme une véritable alternative ?

Étions-nous vraiment si mal lotis auparavant ? Est-ce que c’était mal de ne pas prendre l’avion pour partir en vacances ? Ou est-ce que le shopping à Londres nous a vraiment manqué ?

Pourquoi avons-nous besoin de tout cela ? Et surtout : quand est-ce que ça suffit ? De combien d’énergie supplémentaire avons-nous réellement besoin ?

Notre chère liberté est-elle en danger ?

Il est difficile de renoncer à l’infinité de nos possibilités ou de ne pouvoir en réaliser qu’une partie. Face aux propositions de se restreindre pour ne pas compromettre l’avenir, nous voyons très vite notre liberté en danger. Ou alors, nous craignons pour les facilités techniques de notre quotidien en période de stress. Concernant ce dernier point, il faut également se demander pourquoi nous avons créé une économie et une société qui génèrent autant de stress. Peut-être devrions-nous nous attaquer aux causes de notre consommation. Car notre mode de vie, qui consomme toujours plus de ressources et émet toujours plus de CO2, a de graves conséquences. Les prédictions de la science se sont malheureusement toutes réalisées jusqu’à présent ou étaient même encore trop optimistes.

Les conséquences du réchauffement climatique ne sont pas encore vraiment perceptibles pour nous, ici en Suisse. C’est pourquoi nous avons du mal à nous mobiliser pour réagir, bien que dans les baromètres de l’anxiété de gfs.bern, établis chaque année jusqu’en 2015, le réchauffement climatique apparaissait régulièrement comme l’une des plus grandes craintes. Ce qui est encore irréel pour nous est pourtant inéluctable et a bêtement un temps d’avance de plusieurs décennies. Nos enfants devront faire les frais d’énormes problèmes si nous ne réagissons pas maintenant. Mais le renoncement est si difficile.

Nous préférons insister sur la liberté de pouvoir continuer à détruire la vie de nos proches et la création de Dieu. Mais cette liberté n’est pas acceptable, il n’y a pas de droit au vandalisme (de la nature) et à la mise à mort d’êtres humains (par des sécheresses et des inondations). Serions-nous d’accord pour que ces délits soient supprimés du code pénal et autorisés ? Ce n’est pas parce que notre responsabilité personnelle ne peut pas être attribuée aussi directement aux conséquences que nous n’en sommes pas responsables. Nous avons tous une part de responsabilité à plusieurs niveaux. Pointer du doigt ceux qui détruisent encore plus que nous n’est pas valable.

La modération est indispensable.

Nous ne manquons donc pas d’énergie, mais nous en consommons trop. Il n’y a pas d’autre solution que de réduire nos exigences et notre consommation, car avec des centrales nucléaires risquées et coûteuses, nous nous exposons tout simplement à de nouveaux problèmes. Les éoliennes et les barrages ont également leurs limites. Ce n’est pas pour rien que la société à 2000 watts a été prônée dès le début des années 1990 : Nous ne pouvons pas éviter de limiter la consommation d’énergie par personne dans le monde à 2000 watts. Est-ce si grave ? La vie n’a-t-elle pas tellement plus à offrir ? Sommes-nous encore tellement prisonniers du matérialisme ? Ce défi de mener une vie épanouie avec moins de biens et de consommation n’est-il pas justement une belle invitation pour nous, chrétiens ? Ne devrait-ce pas être une distinction pour les chrétiens que d’être moins soumis à la société de consommation ?

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A première vue, la boussole, la poudre à canon et le chemin de fer n’ont pas grand-chose en commun. Un deuxième regard le montre : Toutes ces inventions et découvertes ont eu un impact décisif sur notre histoire européenne. Elles ont marqué le début d’une nouvelle étape couronnée de succès. Du moins pour une partie de l’humanité. Mais en chemin, nous avons perdu quelque chose : l’étalon d’une mobilité saine.

La mobilité n’est pas une invention de l’époque moderne. Ainsi, l’Empire romain permettait une mobilité inédite à l’intérieur de ses frontières grâce à ses routes fortifiées. Les forces armées romaines pouvaient partir de Rome et atteindre Jérusalem en suivant la côte en 22 jours environ1 . Elles parcouraient ainsi plus de 3400 km. On peut aussi penser à ce que l’on a appelé plus tard la migration des peuples germaniques entre le 2e et le 6e siècle. Des fédérations entières de peuples se sont alors déplacées pendant plusieurs siècles : Ils ont été déplacés ou ont été contraints de prendre la fuite.

Il est frappant de constater que les exemples bibliques de mobilité ont généralement une connotation positive. Abraham a été invité à se mettre en route « vers le pays que je te montrerai ». Le peuple d’Israël s’est mis en route vers la terre promise. L’ordre de mission du Nouveau Testament est lié à l’invitation à y aller. Enfin, le ciel est souvent compris comme un lieu lointain dans l’au-delà où l’on se rend2 .

Bref, être mobile n’est pas une invention de notre époque. Toutefois, les possibilités de le faire sont aujourd’hui devenues presque illimitées. C’est pourquoi la question de savoir comment nous gérons ces possibilités illimitées de mobilité se pose avec plus d’acuité que jamais. La réponse dépend de l’échelle à laquelle nous nous plaçons. C’est pourquoi je ne souhaite pas remettre en question la mobilité en tant que telle, mais plutôt la ligne directrice avec laquelle nous l’évaluons. Pour cela, un regard sur l’histoire nous aide.

Boussole, poudre à canon et nouvelle vision du monde

La boussole utilisée par les marins a marqué le début d’une nouvelle ère technique : elle est le symbole du passage de la fin du Moyen Âge aux temps modernes. Les navires naviguant sur les mers pouvaient désormais atteindre leur destination lointaine malgré les tempêtes. C’est à cette époque qu’a eu lieu la grande découverte d’un monde que nous n’avions pas encore exploré : Christophe Colomb voulait aller aux Indes et a rencontré l’Amérique, Vasco de Gama a trouvé la voie maritime vers les Indes quelques années plus tard. Ces nouvelles possibilités de mobilité ont permis aux uns de faire de gros butins, tandis que les autochtones étaient exploités sans pouvoir revendiquer leur continent.

La poudre à canon, autre grande découverte de l’époque, a permis de créer des armes plus efficaces. Avec l’imprimerie et la lunette astronomique, elle fait partie des grandes découvertes du 15e siècle3.  La poudre à canon a changé la position de la chevalerie médiévale et a marqué le début d’une transformation sociale, tandis que l’imprimerie et surtout la lunette astronomique ont marqué un tournant dans la vision du monde de l’époque.

Mais l’impact du nouveau paradigme philosophique depuis le 14e siècle, qui a rendu les sciences naturelles possibles par la suite, a probablement été encore plus fort que ces découvertes techniques du 15e siècle. Il est fort probable que ce nouveau mode de pensée ait ouvert la voie aux grandes découvertes qui ont été associées plus tard aux noms de Nicolas Copernic (1473-1543), Johannes Kepler (1571-1630), Galileo Galilei (1594-1641), mais aussi à Isaac Newton (1643-1727) : Ils ont tous, à leur manière, scellé la percée de la vision scientifique du monde. A l’époque moderne, l’homme, ses possibilités techniques et les connaissances scientifiques étaient désormais au premier plan. Une vision du monde qui nous caractérise encore aujourd’hui4. .

Tout marche comme sur des roulettes !

Le principal moteur de l’industrialisation naissante était la machine à vapeur. On pouvait désormais gagner beaucoup d’argent dans l’industrie, d’abord en Angleterre à la fin du 18e siècle, puis dans d’autres pays européens au début du 19e siècle. Cela a changé toute la vie sociale. Des usines ont été construites et le travail manuel a été remplacé par des machines ; le chômage et la pauvreté ont évolué au même rythme que la croissance des villes. Dans le domaine de la mobilité, c’est surtout le chemin de fer qui a ouvert de nouvelles possibilités. Il était très important pour le transport du charbon et du fer, mais il nécessitait lui-même une grande quantité de fer pour sa fabrication. Grâce aux nouvelles possibilités de mobilité, les prix des marchandises ont pu être réduits, ce qui a stimulé la production.

Le chemin de fer a toutefois été développé en tenant compte de l’industrie et de ses possibilités de production. L’idée de loisirs, de vacances et de voyages à travers le monde était encore impensable à l’époque. Seuls quelques individus, comme Alexander von Humboldt, partaient à la découverte du monde et de ses nouvelles possibilités. L’homme du commun restait fidèle à sa terre. Ou bien il était désormais lié à l’usine du capitaliste au sommet, si toutefois il trouvait encore du travail et pouvait ainsi survivre sur place.

La mobilité s’est également développée sous le signe du nouveau paradigme scientifique : l’ancien monde devait être dépassé par le progrès. Parallèlement et malgré tout entremêlée, la liberté de l’individu est devenue de plus en plus centrale, du moins dans un premier temps au sein de l’élite des nouveaux riches. Aujourd’hui, nous le savons avec le recul : Le réchauffement climatique a fortement augmenté avec l’industrialisation. Parallèlement, les nouvelles possibilités techniques et l’autonomie de l’homme ont acquis une valeur quasi religieuse, y compris au sein de la population en général.

Trouver la bonne mesure

Est-ce condamnable ou non ? La réponse à cette question dépend de l’échelle avec laquelle nous mesurons. Quelle possibilité de mobilité est normale pour nous ? Le pôle opposé de l’état normal, qui est peut-être loin d’être bon, serait l’état anormal. Notre mobilité relève-t-elle donc davantage de la normalité ou de l’anormalité ?

Ce que nous pouvons dire : Comme toujours, le progrès est considéré comme un atout. Toutefois, ce ne sont plus aujourd’hui de nouveaux continents qu’il s’agit d’ouvrir, mais de nouvelles planètes5 . Pour que l’échelle habituelle de la mobilité puisse continuer à être maintenue sans conscience, la voiture à essence est peu à peu remplacée par la voiture électrique. Parallèlement, les ventes de voitures lourdes augmentent, comme si la création était une machine remplaçable6 . Bref, la mobilité est restée, elle est même devenue plus luxueuse, plus différenciée et a encore augmenté. Compte tenu de l’énorme destruction de la nature depuis l’industrialisation, la question se pose aujourd’hui de savoir s’il existe des solutions pour sortir de ce schéma. « Grâce » à l’industrie, des régions entières et des eaux sont devenues inutilisables, de nombreuses personnes ont perdu leur emploi7 .

Dans cette situation, les Églises proposent-elles des réponses alternatives ou donnent-elles simplement un vernis théologique à la problématique ? Reprennent-elles même la philosophie sous-jacente et bricolent-elles le paradigme de la croissance ecclésiale à partir du progrès humain ?

Les Eglises feraient bien de s’appuyer sur leur riche tradition biblique et ecclésiale et de se remettre en question, mais aussi de remettre en question la société. Il ne s’agit pas d’idéaliser le monde passé, mais de se demander comment – dans une perspective chrétienne – nous pouvons nous rapprocher de nous-mêmes, de notre prochain et, en fin de compte, de Dieu.

Pour ce faire, les Eglises ne doivent pas attendre les grands leviers de la politique. Elles doivent faire les pas qu’elles peuvent déjà faire, même s’ils semblent insignifiants. A titre d’exemple, l’Eco Church Network8 montre de nombreuses voies simples qu’une Eglise peut emprunter avec ses membres. Ainsi, la fiche D4 – Mobilité montre des étapes concrètes pour chercher de nouvelles voies dans le domaine de la mobilité – et ainsi peut-être retrouver la mesure perdue de la mobilité.


1. cf. Orbis, The Standford Geospatial Network Model of the Roman World, mai 2022 (en ligne)

2. Genèse 12,1 ; Exode 1-15, Matthieu 28,19

3. Störig, Die kleine Weltgeschichte der Philosophie (2000), p. 318-322

4. Ruffing, Introduction à l’histoire de la philosophie (2007), p. 119

5. cf. t3n, Mission sur Mars : Elon Musk met en garde contre un « Armageddon nucléaire », mai 2022 (en ligne)

6. cf. UPSA, Les SUV dominent l’offre, mai 2022 (en ligne)

7. Ruth Valerio cite différents aspects de la destruction de la création, qui touchent souvent l’homme.  Les mers partiellement vidées de leurs poissons, qui empêchent les pêcheurs locaux de gagner leur vie, en sont un exemple.

8. https://ecochurch.ch

Bibliographie

UPSA, Les SUV dominent l’offre : https://t3n.de/news/mars-mission-elon-musk-warnt-1429807, consulté le 20 mai 2022

Orbis, The Standford Geospatial Network Model of the Roman World, en ligne sur https://orbis.stanford.edu, consulté le 22 mai 2022

Ruffing, Reiner : Introduction à l’histoire de la philosophie, Paderborn, 2007

Störig, Hans Joachim : Kleine Weltgeschichte der Philosophie, Stuttgart, 2000

t3n, Mars-Mission : Elon Musk met en garde contre un « Armageddon nucléaire », en ligne sur https://t3n.de/news/mars-mission-elon-musk-warnt-1429807, consulté le 20 mai 2022

Valerio, Ruth : Saying Yes to Life, Londres, 2020

Cet article a été publié pour la première fois le 01 juin 2022 sur INSIST.

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Suite à la guerre en Ukraine, nous avons tous pris conscience que la sécurité de l’approvisionnement en énergie était soudain remise en question. Les coûts ont grimpé en flèche, la structure habituelle des prix s’est dissoute. Face à la menace d’une pénurie d’énergie, la politique fédérale s’engage à un rythme effréné pour la promotion des énergies renouvelables et prend en très peu de temps les décisions nécessaires à cet effet. Il s’agit toutefois d’un retard accumulé au cours des trois dernières décennies. Ou y a-t-il un calcul derrière tout cela ? Sous la pression, des décisions radicales peuvent soudainement être prises, sans tenir compte des conditions cadres désagréables et restrictives de la durabilité ou de la protection de la nature ?

 

Dans le débat public, l’importance omniprésente de l’énergie dans notre vie quotidienne est perçue comme jamais auparavant : Finalement, ce ne sont pas seulement l’électricité et la chaleur qui deviennent plus chères, mais aussi les aliments, les appareils et les machines. Il y a partout beaucoup d’énergie auxiliaire. Il est utile que nous en prenions conscience une fois de plus. Sans pression, il est évident que rien ne change. Cela vaut également pour notre attitude selon laquelle seul le moins cher est assez bon.

Des prix de l’énergie trompeurs

Il faut le dire clairement ici : Les prix avantageux de l’énergie auxquels nous étions attachés jusqu’à présent n’étaient pas adaptés à la réalité. Poussés par les prix bas, les fournisseurs d’énergie n’avaient jusqu’à présent que peu de marge de manœuvre pour investir ou même innover. La production d’énergie décentralisée doit par exemple être raccordée au réseau de distribution plus important. Ce défi n’est que partiellement relevé. Du côté des consommateurs, le gaspillage et l’inefficacité n’avaient jusqu’à présent pas d’impact économique – il n’y avait pas d’incitation à une utilisation économe de l’énergie.

Dans certains domaines, les coûts totaux de la production d’énergie sont loin d’être couverts. Ainsi, les coûts dits externes, c’est-à-dire les coûts consécutifs pour la santé et l’environnement qui résultent de l’utilisation actuelle de l’énergie et qui ne cessent d’augmenter, ne sont pris en compte que dans une très faible mesure. Ces conséquences devraient être compensées par le prix de l’énergie. Les débats à venir sur la durabilité, la protection du climat et de l’environnement montreront l’ampleur des besoins financiers nécessaires pour éviter et réparer les dommages.

L’approvisionnement de base ne supporte pas la spéculation

L’énergie – c’est désormais clair – constitue une part importante de notre approvisionnement de base quotidien. Les discussions montrent sans ambiguïté qu’en cas de pénurie, chaque nation regarde d’abord pour elle-même. Et qu’il ne faut pas compter sur les accords internationaux.

Les biens ou les services de base ne sont pas des biens commerciaux normaux que l’on peut avoir ou ne pas avoir. Les débats internationaux actuels montrent clairement que même avec un grand pouvoir d’achat, l’approvisionnement en énergie n’est pas garanti. Il faut donc en conclure que le système actuel des bourses internationales de l’électricité doit être considéré comme un échec. L’approvisionnement de base n’est pas compatible, à mon avis, avec un commerce motivé par la spéculation.

De nombreux acteurs de la bourse de l’électricité n’ont rien à voir, dans leur activité commerciale, avec la production ou la distribution réelle d’énergie. Ils font des opérations à terme. En d’autres termes, ils spéculent, comme ils le font avec n’importe quelle autre matière première. Le cas d’AXPO montre que les producteurs d’électricité se laissent eux aussi entraîner à accorder plus d’importance au négoce qu’à leur mission première, qui est d’approvisionner l’économie et la population en électricité. Ce comportement n’est plus dans l’intérêt public, mais sous le diktat de l’économie financière.

Cela n’a pas grand-chose à voir avec l’économie réelle. Il n’est tout de même pas possible qu’actuellement, un total de 1 500 milliards d’euros doivent être déposés rien qu’en tant que garanties commerciales pour de futurs contrats de fourniture d’énergie. Cela correspond à environ 8% de la performance économique européenne d’une année1. Et cela se fait sans que l’approvisionnement de base soit garanti dans le propre pays. Des corrections sont indispensables à cet égard.

Renforcer les relations entre producteurs et consommateurs

Faut-il revenir en arrière ? Non, mais il s’agit de couper court aux dérives identifiées ! Il est temps de revenir aux solides expériences de relations directes entre producteurs et consommateurs. Grâce à la technique et à la communication modernes, ces relations peuvent également répondre aux exigences actuelles. Certaines entreprises communales, comme Walenstadt SG, montrent comment cela fonctionne2.

L’exemple d’innombrables réseaux de chaleur au bois-énergie en Suisse montre que la relation directe entre le fournisseur d’énergie et l’économie forestière régionale en tant que fournisseur de combustible a très bien fonctionné et a permis d’obtenir des prix stables. Parallèlement, cette relation directe garantit que les ressources naturelles de la région sont utilisées de manière durable et ne sont pas exploitées3.

Il ne faut pas oublier que le potentiel de bois énergie est limité en Suisse. Il doit être soigneusement réparti. Le fait que tout le monde stocke soudain du bois de chauffage, comme il y a deux ans pour le papier hygiénique, ne mène à rien. Mais nous savons aussi, au moins depuis l’été dernier, que les possibilités d’exploitation de l’énergie hydraulique sont limitées.

Changer de mentalité : utiliser l’énergie en connaissance de cause

Le message sur les économies publié par le Conseil fédéral présente de nombreuses possibilités d’économies pour les particuliers, les entreprises et le public. Ces listes exhaustives sont utiles et peuvent être mises en œuvre immédiatement. Désormais, la règle n’est plus : je ne sais pas comment ni où. J’espère volontiers que le plus grand nombre possible de personnes se laisseront convaincre par ces messages.

Que ce soit pour nous, particuliers ou entreprises, la situation actuelle de pénurie et de coûts élevés nous oblige à adopter une nouvelle attitude dans notre rapport à l’énergie.

Des questions se posent, telles que :

Qu’est-ce qui est nécessaire pour couvrir les besoins de base, fournir les prestations requises et fabriquer les produits ?
En quoi souhaitons-nous un confort ciblé – plus que nécessaire – afin de rendre notre vie ou notre travail plus agréable et nos tâches plus simples ?
Dans quel but faut-il utiliser consciemment le luxe – l’énergie en abondance – et pourquoi ?
Le gaspillage est-il inconscient ou dû à une négligence qui peut être stoppée ?

Utiliser l’énergie avec parcimonie signifie préserver les ressources. Et c’est le premier commandement de la protection du climat et de l’environnement. En ce sens, le choc actuel en matière de prix et d’approvisionnement peut être salutaire et porteur d’avenir. Un tel changement de cap aura également un impact global, puisque plus de 80% de la population mondiale suit notre exemple.

1 fritz.fessler@gemeinwohl.coop

www.gemeinwohl.coop

2 www.walenstadt.ch

3 www.renercon.ch

(Image: Myriams-Fotos, Pixabay)

Cet article est initialement paru le 01 novembre 2022 sur https://www.insist-consulting.ch/forum-integriertes-christsein/22-11-4-energie-ein-heilsamer-schock-geht-um-die-welt.html