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La terre fit germer de la verdure, chaque espèce d’herbe portant sa semence et chaque espèce d’arbre produisant du fruit, portant chacun sa semence. Dieu vit que cela était bon. Genèse 1 :12

La création de Dieu est diverse, multiple et féconde. En tant qu’apiculteur, c’est toujours un émerveillement de voir à quelle vitesse une colonie d’abeilles se développe au printemps, la reine peut pondre jusqu’à 2’000 œufs par jour. La création est tellement généreuse! Jésus cite un exemple dans la parabole du semeur en parlant d’un épi de blé qui peut produire jusqu’à 100 graines. Il suffit d’observer un tas de terre à côté d’une maison en construction pour voir comment la terre se couvre rapidement de toutes sortes de plantes formant un tapis multicolore.
Cette diversité spontanée ou naturelle ne se reflète pas dans les pratiques agricoles qui se sont développées depuis la mise en place de la mécanisation. On pourrait même parler d’industrialisation agricole. Le processus lui-même peut avoir certains aspects positifs de répartition des tâches et des ressources pour travailler plus rapidement. Même râper des carottes à la main pour une salade peut devenir fastidieux et on est heureux de pouvoir le faire à la machine !

Malheureusement, la mécanisation et la standardisation des processus ont conduit nos paysages à devenir de moins en moins variés, avec une forte baisse de la biodiversité à la clé. Une personne peut aujourd’hui cultiver des surfaces énormes grâce aux machines, mais dans des écosystèmes qui se sont appauvris.

Dans la nature, les animaux de la forêt la transforment petit à petit pour qu’elle leur soit favorable. Un blaireau, par exemple, enterre ses crottes le long des sentiers qu’il parcourt en semant ainsi les graines et noyaux de fruits qu’il apprécie. Petit à petit, la forêt va se transformer et elle sera de plus en plus favorable à l’épanouissement du blaireau.

La diminution du nombre d’espèces de plantes, d’animaux, d’insectes ou de vers de terre dans les espaces habités par l’homme montre par contre que partout où il s’installe, une sorte de « désert » le suit.

Cette situation est-elle réversible ? Pas pour les espèces éteintes malheureusement, mais de façon générale, il est encourageant de voir qu’une prise de conscience se manifeste. L’agriculture biologique progresse en Europe. Je viens de rendre visite à mes amis Augsburger, qui gèrent un domaine agricole près d’Yverdon en Suisse romande. Le couple me disait que c’est une conviction venue de Dieu qui les a poussés à faire le pas vers l’agriculture biologique, plus proche de la nature. Le virage à prendre est énorme, il faut être motivé, mais c’est gratifiant. Et si on habite en appartement, comment peut-on participer à cette magnifique mission « d’augmenter » la vie, de favoriser la biodiversité ? On peut soutenir les personnes qui sont engagées dans une telle démarche, mais aussi, si on a un jardin ou quelques mètres carrés de terre, laisser des espaces en friche, ou remettre dans la nature les noyaux des fruits comme les blaireaux …

La promotion de la vie passe par des relations restaurées avec Dieu et entre humains, bien-sûr, mais aussi avec le reste de la création. Où allez-vous lancer votre prochain noyau de pruneau ?


Photo by Eddie Kopp on Unsplash

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Entre villas et anciennes fermes, au coeur du petit village de Hagenthal-le-Haut et tout près de Bâle et Saint-Louis, se site le cohabitat Mosaïk. Trois familles chrétiennes y vivent depuis bientôt 10 ans, et partagent des liens, du temps et des espaces communs.

Rencontre avec un membre d’une des familles, Michel Sommer, aumônier en insertion sociale et enseignant au Centre de Formation théologique du Bienenberg.

Comment l’idée d’un habitat participatif a germé ?

Une famille de la région a rassemblé des personnes intéressées. Un groupe de réflexion s’est constitué avec 10 foyers qui s’est réduit finalement à trois familles. Pour ma part, lorsque nous vivions à Strasbourg, nous connaissions trois familles habitant le même bâtiment qui, tout en ayant des espaces privés séparés, vivaient un habitat participatif. Quand la possibilité de vivre quelque chose de similaire s’est présentée, nous étions partants. Le projet est devenu réalité en moins de deux ans.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce mode d’habitat différent ?

Je crois voir l’influence massive de l’individualisme et du consumérisme qui marquent notre société et créent de l’isolement. Nous souhaitions vivre quelque chose de différents, permettant de mieux tisser des liens avec d’autres, et avec notre entourage, de manière réaliste. L’habitat participatif, ou cohabitat, était la forme qui nous semblait la plus adaptée à notre famille et nos aspirations.

Concrètement, comment s’organise votre vie commune ?

Nous partageons un temps commun presque quatre fois par mois : une séance de travail, un temps de prière, un repas ensemble, et nous nous retrouvons au fil de l’année pour l’entretien des lieux communs, une conférence, une excursion, un temps de « paroles libres », etc. Il y a la liberté de ne pas être forcément présent, même si ces temps sont pensés pour être prioritaires dans nos agendas.

Mais une partie des liens se tissent en dehors de ce cadre : par exemple, lorsque l’un des couples invite nos enfants pour aller voir un film au cinéma. De notre côté, nous invitons chaque enfant des autres familles à manger chez nous pour son anniversaire. Un beau temps privilégié !

Partagez-vous une part de vos biens ensemble ?

En dehors de la propriété du bâtiment partagée sous une forme juridique adaptée (Société Civile Immobilière), nos biens sont séparés. Plus symboliquement, nous avons une « boîte de justice » dans laquelle chaque famille dépose 20 euros lors nos repas ensemble. Cela nous permet de soutenir de temps à autres anonymement une personne ou une famille que l’on sait dans le besoin. On espère aussi toucher le coeur de nos enfants sur l’importance de partager nos biens, alors que nous sommes dans une position si privilégiée.

Arrivez-vous à tisser aussi des liens avec le voisinage ?

On essaie ! Pour les familles dont les enfants vont à l’école du village, c’est plus naturel. Un voisin immédiat nous prête un terrain pour y faire du jardinage. Nous avons la chance de disposer d’une grande salle commune qui permet d’accueillir jusqu’à une trentaine de personnes. Nous y organisons des après-midi jeux de société les dimanches en hiver, et parfois une conférence ou un film qui fait réfléchir. Nous avons par exemple projeté le documentaire « Demain ».

Les questions écologiques sont importantes dans votre vie commune ?

Oui, clairement, nous sommes très préoccupés par ces enjeux fondamentaux aujourd’hui, c’est un des points de notre charte. Nous cherchons avant tout à agir à notre niveau, dans notre mode de vie. Nous partageons par exemple l’usage des voitures, et même si ça peut paraître très relatif, ça nous permet au moins de ne pas avoir besoin de plus d’une voiture par famille. Nous avons aussi vu notre quantité de déchets diminuer fortement, refait l’isolation du bâtiment ce qui a amélioré beaucoup son efficacité énergétique, installé des panneaux photovoltaïques et nous achetons une part de notre nourriture auprès de producteurs locaux. Deux d’entre nous vont au travail à Bâle en vélo. Nous nous voyons cependant encore en chemin vers une manière de vivre durable.

Après presque 10 ans de vie partagée, quels aspects positifs retiens-tu ?

Au-delà des aspects écologiques et relationnels, je mentionnerai aussi les services mutuels entre les familles. Par exemple, deux des appartements se trouvent sur le même étage, et sont reliés par une double porte avec un sas. Lorsque l’un des couples doit partir pour la soirée, l’autre peut faire du babysitting simplement en ouvrant la double porte de chaque côté, et entendre si l’un des enfants ne dort pas. On cherche ainsi à développer une liberté de demander une aide, mais aussi d’accepter ou de refuser de la donner si c’est trop compliqué.

Et quels sont les aspects plus négatifs liés à votre mode de vie ?

Il n’y en a pas beaucoup ! Dans une vie partagée, il arrive bien sûr des conflits. Ceux-ci peuvent être difficiles à vivre, mais ça dépend aussi de comment on les gère. Entre nous, le désaccord le plus net a eu lieu autour d’un arbre malade, pas très beau mais faisant de l’ombre. Fallait-il le couper ou pas ? En cultivant un état d’esprit constructif et une attitude bienveillante envers l’autre, nous n’avons pas rencontré jusqu’ici de tensions trop difficiles.

Merci beaucoup pour ce témoignage. Peut-être une dernière question : quel conseil donnerais-tu à une personne ou une famille qui aspirerait également à une nouvelle manière d’habiter ?

Venez nous rendre visite ! Ou allez voir un autre habitat de ce type et discutez avec ses habitants ! Ca permet de lever des craintes éventuelles et d’imaginer des possibilités. Puis, mettez-vous en réseau avec d’autres, des amis, des membres des Eglises, sur Internet, en vue de créer ou de rejoindre un groupe. J’ajoute ceci : les chrétiens ne sont pas spécialement en avance dans ce domaine, mais heureusement, il y a ChristNet qui diffuse ces bonnes idées et pratiques !


Suite au départ l’année passée de l’une des trois familles pour raisons professionnelles, un appartement est libre de suite, en vente voire en location :

 

 

 

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La démission de Nicolas Hulot annoncée le 8 septembre dernier sur les ondes de France Inter a bousculé la société française et même au-delà. On peut l’entendre encore dénoncer une politique insuffisante de « petits pas », déplorer sa solitude au gouvernement et le manque de soutiens citoyens, ou encore présenter la responsabilité collective de la problématique. Les nombreuses « marches pour le climat » qui ont succédé témoignent cependant d’une conscience publique toujours plus forte des enjeux. Malgré cela, l’ampleur des difficultés annoncées restent difficilement supportables.

Le constat d’une injustice climatique

Début octobre les spécialistes du climat du GIEC le rappellent dans un nouveau rapport : les menaces sont non seulement fortes – sécheresses et famines en régions fertiles, chute de la biodiversité, millions de réfugiés climatiques, tensions sociales – mais aussi inégalement réparties. Ceux qui vont le plus en souffrir sont les pays qui ont le moins contribué au réchauffement, le moins bénéficié à l’amélioration des conditions de vie liée au développement industriel, et les plus vulnérables aux instabilités climatiques. C’est le constat pesant d’une injustice climatique1 .

Alors que ces constats semblent si lourds, qu’on peut si facilement basculer dans les sentiments d’impuissance ou d’indifférence face à des défis si globaux, quelles ressources pouvons-nous trouver en Christ pour affronter la situation dans l’amour et la paix ? Comment trouver dans notre foi en lui la part que nous sommes appelés à mettre en œuvre?

Espérance de restauration

Ce contexte peut nous faire recevoir de manière particulièrement forte les paroles de l’apôtre Paul :

« Or nous savons que, jusqu’à maintenant, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’accouchement. Et ce n’est pas elle seule qui soupire, mais nous aussi, qui avons pourtant dans l’Esprit un avant-goût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la libération de notre corps. » (Romains 8:21-22)

Ce passage nous montre non seulement une souffrance partagée entre l’humanité et la Création dans son ensemble, mais aussi une espérance commune : la nouvelle naissance de notre monde, sa restauration, qui concerne l’humanité mais aussi la Création entière. Dieu nous donne ainsi une parole pour nous faire passer de la peur à la paix et même à la joie. Nous pouvons alors être plus disponibles pour chercher et manifester ce monde nouveau déjà initié en Jésus.

Ainsi, luttons contre l’indifférence et le désespoir, et faisons route avec nos contemporains pour plus de solidarité climatique, pour le respect envers la Création, en portant le témoignage d’une espérance en un monde restauré, que toute la Création désire, et qui viendra. Pour cela, demandons chacune et chacun au Seigneur à quelle place et quelles actions concrêtes il nous appelle.

 


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1093, décembre 2018, www.editions-mennonites.fr.

1.  Sur cette même problématique, une « déclaration pour la justice climatique » a été signée à Winterthour en novembre 2018 à l’occasion de la journée annuelle de StopArmut, traduite et publiée en français sur le site de la FREE : https://lafree.ch/index.php?option=com_k2&view=item&id=5258:conference-stoppauvrete-2018-une-declaration-pour-la-justice-climatique-a-lire-ici&Itemid=607

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En septembre dernier, la population suisse était invitée à se prononcer sur la politique agricole de son pays. Deux initiatives populaires visaient à changer la Constitution. Si elles n’ont pas été acceptées, elles témoignent néanmoins de l’actualité des enjeux liés à la production de notre nourriture.

Derrière ces textes, le désir de promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement, favorisant les produits locaux et un revenu digne. Dans ce sens, les Français connaissent les Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP)1 , essaimant depuis quelques années dans tout le pays et destinées à relier directement producteurs et consommateurs.

 

Des pratiques plus durables

Face au constat d’une crise écologique aux impacts sociaux colossaux, il n’est pas surprenant qu’un secteur tel que l’agriculture soit concerné. Olivier de Schutter, ancien Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, avançait en 2014 : « notre modèle agricole, fondé sur des intrants intensifs (engrais et pesticides) et dépendant de l’industrialisation toujours plus poussée de l’agriculture, est à bout de souffle. Il faut donc changer de cap et aller vers l’agroécologie »2 . La promotion de l’agriculture paysanne, résolument tournée vers le local et le biologique, est une tentative parmi d’autres d’adopter des pratiques plus durables.

A partir de là, une quête d’amour et d’équité inspirée de Dieu peut alimenter ces raisonnements et les choix de vie en conséquence. Les engagements pris par certains paysans chrétiens de Suisse romande servent d’exemple. Dans le cadre de mes recherches3 , j’ai eu l’occasion de rencontrer quelques professionnels de la terre désireux de se mettre en réseau pour allier foi et agriculture.

 

Une transition qui compte sur la prière

Comment la foi affecte-t-elle leur comportement ? Loin de chercher une action idéologiquement uniforme, ils s’engagent pour une agriculture qui aime son prochain, reflète le royaume de Dieu, témoigne de la Bonne Nouvelle et invite à la réconciliation avec la création. Ils expriment le désir de produire une alimentation saine qui prenne soin de son prochain et du sol, sans oublier que l’essentiel se trouve dans l’Évangile. L’un d’eux évoque la richesse de pouvoir orienter la transition de sa ferme en comptant sur la prière et l’écoute de Dieu entre chrétiens. Ainsi, leur foi sert de toile de fond pour appréhender les alternatives agricoles et de catalyseur pour motiver leur action « ici et maintenant », tout en étant portés par une espérance qui va au-delà.

Et vous, dans votre quotidien, comment votre foi nourrit-elle votre action ?


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1095, février 2019, www.editions-mennonites.fr.

1. AMAP : http://www.reseau-amap.org/.

2. 2014, 29 avril.Le Monde. Olivier De Schutter : « Notre modèle agricole mondial est à bout de souffle ». url : https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/29/olivier-de-schutter-notre-modele-agricole-est-a-bout-de-souffle_4408689_3244.html.

3. Recherches effectuées pour le mémoire de Master en Anthropologie et sociologie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève. Travail intitulé : Agriculture réconciliée et paysans évangéliques reliés : comment concilier foi et agriculture ? Ethnographie d’un réseau informel ‘chrétien’ et ‘permacole’.

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Dans la campagne genevoise, « Maison Neuve », un projet d’habitat communautaire chrétien voit le jour : deux petits immeubles, neuf logements privatifs, des locaux communs, un quotidien partagé, une envie d’accueil, une ouverture inter-dénominationnelle, des temps spirituels communs.

Alexandre Winter, l’un des initiateurs du projet et sympathisant de ChristNet, a répondu à nos questions.1

1. En quoi, le projet de la Maison Neuve répond-il à la philosophie du développement durable ?

Notre projet dépend de notre conscience de ne pas être à l’origine de nous-mêmes. En choisissant comme texte fondateur les versets de l’Evangile de Matthieu qui décrivent Jésus-Christ comme le roc sur lequel la maison est sûre de tenir (Matthieu 7:24-27), nous confessons une dimension de Dieu et du monde qui toujours nous précède. Cette capacité à la reconnaître est, je crois, celle qui motive en profondeur les engagements chrétiens ou seulement humanistes en faveur du développement durable : croire que les sociétés, les systèmes naturels ou économiques ne se maintiennent qu’à la condition que soit reconnue une forme de lien avec le passé, comme d’ailleurs avec l’avenir.

2. En quoi, le projet de la Maison Neuve répond-il aux principes du développement durable (viabilité économique, justice sociale et préservation de l’environnement) ?

Notre projet se veut responsable face à la société comme face à la nature, c’est-à-dire que nous souhaitons autant que possible pouvoir répondre de nos choix et de nos orientations en vue d’une durabilité, ou je dirais d’une viabilité. En matière économique par exemple, nous avons adopté un principe de non-lucrativité en maintenant un équilibre entre charges et coûts, les unes devant permettre seulement de couvrir les autres. Pour ce qui concerne le respect de l’environnement, nous travaillons avec un bureau d’architectes spécialisé dans la recherche de solutions écologiques, certaines innovantes, tant au niveau des matériaux que des techniques (p.ex. isolation en paille). Nous avons également posé les bases d’une dynamique de groupe participative et consensuelle où nous acceptons que les processus décisionnels puissent être parfois lents.

3. Pensez-vous que la dimension de la foi renforce la durabilité du projet ? Merci d’expliquer.

Dans notre vision, nous exprimons le vœu que Dieu soit au centre de notre projet. Dire que c’est Dieu qui est au centre, c’est dire alors que rien ni personne ne prendra cette place : aucun membre du groupe aux idées plus affirmées, aucune idéologie, aucune croyance même la plus pieuse. Dieu au centre, c’est maintenir toujours vive en nous cette capacité à nous remettre en question, à écouter, à nous ouvrir à l’« Autre Dieu », non pas l’image, l’idole mais la Présence vivante. Je crois que ces principes spirituels – ils guident l’Eglise par l’Esprit Saint depuis 2000 ans – sont en effet des repères pour un développement dans la durée et dans le respect de la vie.

4. Quelle est votre motivation personnelle d’opter pour un projet si « compliqué » ?

Il n’y a rien de plus passionnant que l’humain et l’humain rencontré par Dieu en particulier : je me réjouis de ce projet où nous cherchons à vivre la rencontre les uns des autres et la rencontre de Dieu en Jésus-Christ, où nous risquons notre quotidien, où nous fêtons l’hospitalité et l’accueil et où nous tentons humblement d’imaginer un futur possible pour nos enfants et notre famille humaine.


Samuel Ninck-Lehmann est coordinateur de ChristNet et membre-fondateur du projet «Maison Neuve».

1. Texte paru dans Perspective, magazine de la Conférence Mennonite Suisse, n° 10, octobre 2017.

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Selon différentes sources sur Internet, à partir du 2 août 2017, l’humanité vit à crédit car elle a consommé l’intégralité des ressources que la Terre peut produire et renouveler pendant un an. Ainsi, en dépit des efforts déployés depuis plus de quatre décennies, la situation s’empire.

En effet, depuis Stockholm, en 1972 où s’est tenue la première conférence des Nations Unies sur l’environnement humain, les nations vont de sommets en sommets sans résultats notoires : Nairobi en 1982, Rio de Janeiro en 1990, Johannesburg en 2002 et Rio+20 à Rio de Janeiro en 2016. Le bilan sur la situation globale de l’état de la planète montre que la capacité des nations à maîtriser la situation est limitée1 .

Responsabilité et justice

Ce qui est certain pour tous c’est que la planète Terre est unique et qu’il faut la conserver dans le meilleur état possible. Ce qui l’est moins ou plus difficile à appréhender c’est que la communauté humaine qui l’habite est également unique. Ayant les mêmes origines – « issue d’un seul homme » (Actes 17.26) – et une même destinée – « après la mort le jugement » (Hébreux 9.27). Ainsi, est-il illusoire de vouloir éradiquer, d’un côté de la planète, la faim, réduire la pauvreté, vivre en paix, alors que, de l’autre, on jette la nourriture, on s’enrichit à tout prix ou on fait la guerre. Vouloir trouver des solutions aux problèmes qui assaillent la Terre et ses habitants tout en ignorant ces injustices revient « à poursuivre du vent » (Ecclésiaste 1.14).

Aujourd’hui, la fragilité de cette nature qui pourvoit à nos besoins physiologiques est largement reconnue, mais les solutions proposées manquent trop souvent la cible. Pour le chrétien, la réponse au problème réside dans sa responsabilité vis-à-vis de la nature dans laquelle son Créateur l’a placé2 . C’est le respect et l’amour dus à l’Auteur de cette création qui dictent sa conduite. Que d’encre a coulé et d’arbres ont été abattus (pour fabriquer du papier) afin d’expliquer le développement durable. Pourtant, les différentes politiques n’arrivent pas à influencer significativement le style de vie en termes de production, consommation, etc. Le rôle du chrétien est donc décisif dans la mesure où c’est toute sa vie qui doit être engagée pour ce qui est juste et ceci selon la volonté de Dieu dans sa création.

Une double fragilité

« Nous n’avons rien apporté dans le monde et nous ne pouvons rien en emporter » (1 Timothée 6.7). Par ces paroles de l’apôtre Paul, nous sommes au clair sur le fait que ce que nous avons présentement est uniquement pour notre séjour terrestre. Ceci est le code de conduite du chrétien pendant son pèlerinage sur la Terre : prendre de la nature ce dont nous avons besoin, tout en prenant soin d’elle et aussi des autres. En effet, comme le dit le philosophe chrétien Paul Ricœur, « il y a un fragile physique et un fragile humain et la responsabilité c’est de se reconnaître en charge de la protection de ce qui nous est confié »3 .

Cette double fragilité est une conséquence de la désobéissance à la loi divine et ne peut être ré-établie que dans l’obéissance. En effet, d’où peuvent venir les dégâts que nous observons autour de nous, sinon de la cupidité et l’avidité des uns et des autres qui font rage dans l’âme ? Ainsi, c’est l’opulence chez nous, pendant qu’ailleurs même le nécessaire fait défaut. Cela n’est simplement pas juste. Le message chrétien, dans sa simplicité, donne la réponse à la question qui occupe les politiciens, les scientifiques et les intellectuels de tous bords : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas et que celui qui a de quoi manger, fasse de même » (Luc 3.11).

Qui pourrait prétendre qu’avec un tel principe la Terre et ses habitants n’iraient pas mieux ? Mais la mise en pratique concrète de cette parole ne peut se faire qu’à partir du moment où l’invitation suivante a été entendue et que l’âme humaine y ait répondu favorablement : « Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif » (Jean 6.35). Il faut d’abord être soi-même rassasié et désaltéré pour faire de même pour les autres. Ceci nous montre combien le chemin pour atteindre les fameux objectifs de développement durable sera long et laborieux. Cependant, sur ce long chemin, le chrétien connaît sa responsabilité et doit être prêt pour le jour où chacun devra rendre des comptes à Dieu (Romains 14.12).

Une conversion « durable »

La solution humaine pour sauver la planète est problématique dans la mesure où ce qui paraît bon aujourd’hui peut ne plus l’être demain. Les bonnes intentions ne suffiront pas. Ce qu’il faut pour chaque génération c’est un changement radical dans la manière de voir, de penser, de faire, bref de vivre. C’est ce que La Bible appelle la conversion et qui, hélas, n’a pas encore été comprise par tous. En effet, elle n’est pas seulement la voie pour le salut des âmes pour l’éternité, mais aussi pour ici et maintenant vis-à-vis de notre prochain et de la création dans son ensemble.

Cas pratique : partager le jeu et le savoir

Au canton de Genève on dénombre 31 ludothèques. Ce sont des lieux privilégiés pour le partage des jeux, des jouets et du temps avec nos enfants et les autres. Avec la possibilité d’emprunter gratuitement, on peut tester les jeux sur place avant de les emmener à la maison. Les enfants se lassent vite des jeux ou des jouets. Dès lors, quelle meilleure idée que de leur acheter un jeu qu’ils ont déjà apprécié ? Ceci évite des jeux qui, du magasin, transitent à la cave et finissent parfois à la déchèterie. Le même principe vaut pour les bibliothèques et les médiathèques dont la plupart des municipalités disposent.

Satisfaire l’envie des enfants en termes de jeux, jouets et livres est difficile pour les parents. Sitôt achetés, sitôt inintéressants. Dès lors, plutôt que de remplir des étagères de DVD, CD, livres, etc., pourquoi ne pas utiliser les ressources existantes ? Les ludothèques et bibliothèques municipales offrent l’opportunité de faire des économies, préserver les ressources naturelles et éviter des déchets. De tels gestes nous permettent de satisfaire pleinement nos besoins du présent sans compromettre ceux du prochain et des générations futures.


Texte paru dans Perspective, magazine de la Conférence Mennonite Suisse, n° 10, octobre 2017.

1. Van Kote G. ; Rio+20 Le développement durable à l’heure du bilan, www.fnh.org

Faraco B.  ; L’économie verte déraille à Rio+20, http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/06/19/l-economie-verte-deraille-a-rio-20_1721030_3244.html#iK1MIPfZuAmcFAV1.99

2. Hategekimana J. ; Le développement durable : et le chrétien dans tout ça ?, Actes du congrès européen d’éthique, P 290.

3. Ricœur P. ; Le tragique et la promesse, In Dialogues, P. 34

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Dans cet ouvrage, Dave Bookless, directeur théologique de A Rocha, nous fait découvrir avec enthousiasme le message biblique concernant Dieu, sa création et la place de l’être humain en son sein.

Dave met le doigt sur les véritables causes de notre comportement destructeur envers la planète, et nous donne surtout les clés pour réformer notre vie de disciple, notre louange, notre style de vie et notre mission. Afin d’honorer Dieu en répondant pleinement à son appel à prendre soin du monde merveilleux qu’il a créé.

Informations

Dave Bookless, Dieu, l’écologie et moi, Dossier Vivre 37, traduction française de Anne Emmett, Saint-Prex, Je Sème, 2014, 208 p.

Plus d’infos: Site de la FREE.

Commandes: info@stoppauvrete.ch. Prix: CHF 15.- (+ 3.- frais de port).

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Témoignage de Roger Zürcher, ingénieur agronome actif dans la coopération internationale, texte tiré de son blog Titunaye.

Une histoire renversante

J’ai eu le privilège inattendu de participer à une formation à l’agriculture de conservation au Zimbabwe en novembre 2014, pays que je n’avais jamais visité et où je ne connaissais personne. Ce voyage a été renversant sur plusieurs points. J’ouvre ici une petite parenthèse: J’ai toujours aimé les renversements qui existent dans le Royaume de Dieu, « The Upside-Down Kingdom », comme on dit en anglais.

La formation était organisée par Foundations for Farming (appelé auparavant « Farming God’s Way »). Cette structure a été fondée par un paysan Zimbabwéen, Brian Oldreive, d’origine anglaise, qui a un parcours tout à fait atypique et « renversant ». Il était un grand producteur de tabac (sur plusieurs milliers d’hectares), qu’il cultivait de manière conventionnelle (c’est à dire en utilisant les techniques les plus courantes, avec labour et produits chimiques). Un jour, il a décidé de devenir disciple de Jésus-Christ. Lors d’une nuit d’insomnie, il a compris que son travail n’était plus en adéquation avec sa nouvelle vie. Il ne voulait plus produire du tabac, un produit qui asservit les gens. Il décida donc de cultiver du maïs.

Être fidèle à la terre

Malheureusement, il n’avait pas d’expérience dans cette culture, et les récoltes étaient mauvaises. A tel point qu’il a dû demander aux banques de lui prêter plus d’argent. Ces dernières étaient d’accord, à condition qu’il revienne à la production de tabac, la culture pour laquelle il était compétent, selon elles. Il a refusé et a finalement tout perdu: sa ferme et ses terres. Il a ensuite cherché du travail à Harare et finalement trouvé une ferme à louer, mais dont les terres étaient dans un état catastrophique, totalement érodées. Il a essayé tout de même de faire du maïs dans ces conditions, mais les rendements étaient faibles et il produisait à perte. La situation était critique à nouveau. Dans son désespoir il s’est alors tourné vers Dieu en lui demandant de lui enseigner comment cultiver. Etrange requête pour un paysan de génération en génération.

La forêt respecte le sol

Dieu lui a alors dit (ou lui a inspiré l’idée) d’aller en forêt. Priant dans la nature il a eu le sentiment que Dieu lui disait d’observer ce qu’il voyait. Il a réfléchi au fonctionnement de la forêt, un écosystème naturel ou « divin ». Deux principes lui sont alors apparus qu’il désignera comme les « principes de respect du sol » :

  1. Non-labour : les arbres poussent sans labour, la terre n’a pas besoin d’être retournée pour que les graines poussent.
  2. Couverture permanente du sol : la terre est couverte en permanence par des feuilles mortes et du matériel végétal en train de sécher ou se décomposer.

Brian a alors tenté d’appliquer ces principes dans ses champs. Le principe du non-labour existe depuis les années 1930 en agriculture sous le nom « d’agriculture de conservation » (approche aujourd’hui promue par la FAO1 ). Mais la méthode développée par Brian va plus loin que ce qui est généralement compris sous ce terme.

Des principes à partager

Il a commencé par un seul hectare et, encouragé par les résultats, s’est lancé ensuite dans deux hectares de maïs cultivés sans labour et avec du mulch (litière végétale). Les résultats étaient tellement bons qu’il réussissait à faire des bénéfices qui compensaient les pertes faites sur le reste de la ferme. Il a ensuite étendu sa méthode à l’ensemble du domaine et a même racheté des terres aux voisins pour finalement cultiver 3’500 hectares sans labour.

C’est là que Dieu lui a dit : « Je ne t’ai pas montré cela pour que tu t’enrichisses, mais pour que tu le partages avec tout le monde, et les pauvres en particulier ». Brian a donc commencé à organiser des cours pour les paysans et mis en place des champs de démonstration. Les résultats étaient excellents : les rendements dépassaient les 10 tonnes par hectare, alors que souvent les paysans récoltent dix fois moins, – mais ne duraient pas quand les équipiers de l’organisation quittaient la zone. Quel était le problème?

Apprendre à faire du bénéfice

L’équipe de Foundations for Farming s’est rendu compte que les paysans ne manquaient pas de connaissances techniques, mais du savoir permettant d’implanter ces connaissances pour en faire une activité rentable. Brian demanda alors à Dieu de lui révéler comment sortir de là, et la réponse était: « Apprendre à faire du bénéfice ». Pour cela, quantre principes sont à respecter:

  1. on time : faire les choses à temps, non pas en retard ; c’est particulièrement important pour le semis et le sarclage.
  2. at standard : respecter les normes de qualité ; par exemple, la plante doit pouvoir se développer correctement.
  3. without wastage : la pratique des feux de brousse, par exemple, est un gaspillage incroyable de ressources qui partent en fumée, sans parler de la destruction de la structure du sol.
  4. with joy : la joie permet de dégager l’enthousiasme ; elle vient aussi d’une attitude reconnaissante et permet de rester en communion avec le Créateur.

En apparence, ces principes sont assez simples, mais ils sont tout aussi révolutionnaires que les principes de respect du sol.

Imiter la nature, respecter la Création

J’ai été émerveillé de constater à quel point les participants des différents pays africains présents à la formation étaient enthousiasmés par la méthode « Farming God’s Way ». Plusieurs d’entre eux ont même témoigné qu’ils vont démissionner un jour de leur poste dans leur organisation pour se consacrer à l’agriculture! Cela ne va pas forcément faire plaisir à leur employeur actuel, mais quel renversement! Dans un contexte où les emplois à durée indéterminée sont rares, il est vraiment surprenant d’entendre ce discours! Moi-même d’ailleurs, j’ai ma petite idée derrière la tête concernant la culture d’un lopin de terre…

Je suis étonné par la sagesse ou la façon de faire de Dieu. Depuis toujours, l’imitation de la nature a été un moteur pour l’innovation. Dans cet exemple au Zimbabwe, c’est par cette méthode qu’un « simple » paysan, conduit par Dieu, a compris comment être fidèle à la terre et comment restaurer des sols qui avaient été maltraités.

Lectures

Pour plus de renseignements, voyez le site suivant: http://www.foundationsforfarming.org.

D’autres méthodes existent, qui imitent aussi la nature, comme la permaculture : http://www.permaculture.ch/la-permaculture/.


1. Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (« Food and Agriculture Organization of the United Nations »).