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Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne, comme en témoignent de nombreux passages de la Bible. Mais ce n’est un secret pour personne que les préjugés, la méfiance ou la peur sapent cette tradition biblique. Des recherches récentes montrent toutefois que la compétence interculturelle est un processus de développement favorisé par la volonté d’aller à la rencontre de l’autre.

Depuis toujours, les gens perçoivent souvent comme un défi, voire une menace, tout ce qui est étranger, différent de leur propre culture et de leur propre expérience. De telles réactions sont tout à fait compréhensibles, mais elles peuvent notamment favoriser l’injustice envers autrui. Nous savons également aujourd’hui que les gens peuvent être confrontés à des défis non seulement en raison de la différence des étrangers, mais aussi en raison de certains aspects de leur propre personnalité qui leur semblent étrangers. Nous pouvons parfois nous sentir étrangers à nous-mêmes et ne pas comprendre entièrement nos propres traits de caractère, attitudes ou actions. Enfin, certaines personnes, par exemple celles qui ont un tempérament extraverti, ont plus de facilité à aborder les étrangers de manière ouverte et sans préjugés, tandis que d’autres, en raison de leur personnalité et de leur caractère, sont généralement plus réservées dans leurs interactions sociales. En bref, la manière dont nous traitons nos semblables qui nous sont étrangers a beaucoup à voir avec nous-mêmes.

Hospitalité et bienveillance dans la tradition chrétienne

L’exigence d’accueillir les autres avec bienveillance et hospitalité s’inscrit dans une longue tradition judéo-chrétienne. L’Ancien Testament exigeait déjà de traiter avec justice et gentillesse les personnes issues de cultures étrangères, par exemple : « Tu n’exploiteras point l’étranger. Vous savez bien ce que ressent un étranger, car vous avez vous-mêmes été étrangers en Égypte » (Exode 23,9, traduction œcuménique, 2017). Notre propre histoire, faite de fuite, d’étrangeté et de dépendance, doit nous rendre sensibles à la situation des autres. À cela s’ajoute la conviction que chaque être humain, quelle que soit son origine, possède une dignité particulière.

On trouve des exigences similaires dans le Nouveau Testament. Par exemple, les communautés chrétiennes sont exhortées à « pratiquer l’hospitalité sans murmurer » (1 Pierre 4,9, Traduction œcuménique, 2017) ! Dans une lettre adressée à des chrétiens qui subissaient eux-mêmes de fortes pressions en raison de leur foi, il était même dit ou écrit : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que certains, sans le savoir, ont hébergé des anges » (Épître aux Hébreux 13,2, traduction œcuménique, 2017) ! Cela fait notamment écho à des récits de l’Ancien Testament qui racontent des expériences personnelles d’étrangers ou des rencontres entre des hommes et des anges ou des messagers de Dieu. On raconte par exemple qu’Abraham a accueilli trois de ces messagers de Dieu (Genèse 18). L’un des messagers est traditionnellement interprété comme le représentant de Dieu lui-même. Les messagers ont promis à Abraham la naissance de son fils Isaac. L’ouverture d’esprit envers les personnes que nous connaissons, mais aussi envers celles que nous ne connaissons pas, est élevée à un niveau quasi surnaturel et spirituel. Accueillir les étrangers avec hospitalité n’est pas seulement une exigence éthique, mais permet également, dans certaines circonstances, de vivre une expérience particulière de Dieu. Le Nouveau Testament approfondit ce lien et le renforce. Le point de départ est l’amour du prochain envers l’étranger dans le besoin, indépendamment des liens ethniques ou religieux. Beaucoup pensent d’abord à la parabole du bon Samaritain (Évangile selon Luc 10,25-37). L’étranger d’une autre confession aide de manière désintéressée une personne en situation désespérée et contraste ainsi avec ses contemporains religieux qui abandonnent les personnes dans le besoin.

D’autres se souviendront peut-être du texte poignant de l’Évangile selon Matthieu (25,31-46). Là aussi, Jésus utilise l’exemple de l’attention portée aux personnes dans le besoin. L’hospitalité et l’attention deviennent un devoir religieux, car la manière dont on traite l’étranger détermine également la fidélité à Dieu. La manière dont on traite ceux qui ont faim, ceux qui ont soif et les étrangers devient un critère du salut. Le Christ lui-même est présent dans l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (verset 35). Quiconque se montre miséricordieux envers ses semblables, consciemment ou inconsciemment, est invité à entrer dans la communion éternelle avec Dieu. Quiconque donne à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif, habille ceux qui sont dans le besoin, accueille les étrangers avec bienveillance, rend visite aux malades et aux prisonniers, confirme sa foi sincère en Dieu.

L’hospitalité et l’aide apportée à autrui doivent donc être comprises comme une miséricorde envers Dieu lui-même (verset 40). Le comportement miséricordieux envers son prochain est finalement considéré comme une conséquence de la miséricorde de Dieu.

De l’intégration à l’inclusion et à la participation

Les textes bibliques proviennent de cultures dans lesquelles l’hospitalité, les rencontres humaines et les relations interpersonnelles occupent encore aujourd’hui une place importante dans la société. Dans les sociétés occidentales également, le respect du prochain et de l’étranger est considéré comme une valeur fondamentale, en particulier l’aide caritative aux personnes dans le besoin. Cependant, ce n’est un secret pour personne que l’hospitalité et l’amour du prochain peuvent être limités par les préjugés, la méfiance ou la peur des abus. Les recherches actuelles montrent également que les contacts, les rencontres ou même les amitiés avec des personnes issues de (sous-)cultures qui nous sont étrangères peuvent réduire les réserves et les préjugés existants. Dans le débat public, le thème de la migration est traditionnellement associé avant tout à l’intégration. Les personnes issues d’autres cultures doivent apprendre la langue du pays d’accueil et s’y adapter pleinement. Cependant, il est désormais largement reconnu que la véritable participation nécessite « les deux côtés » : la société majoritaire doit également s’ouvrir pour faire place aux minorités.

Le concept d’inclusion met l’accent sur ce processus réciproque et souligne, dans l’esprit des droits humains, que la société elle-même doit se montrer accessible et prête au changement. Une simple optimisation des offres existantes ne suffit pas ; un changement fondamental du système est nécessaire. Il est bien connu que de tels changements ne réduisent pas automatiquement les tensions sociales, mais qu’ils augmentent à long terme les chances d’une participation durable. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la notion d’inclusion soit de plus en plus appliquée aux questions d’asile et de migration. Cette perspective sur l’inclusion et la participation montre clairement que la cohésion sociale ne résulte pas uniquement de réformes structurelles, mais qu’elle repose essentiellement sur l’attitude intérieure des personnes concernées. L’inclusion commence là où les gens sont prêts à remettre en question leur perception de l’autre et à réfléchir à leur propre position dans le cadre de la proximité et de l’étrangeté. C’est précisément à cette intersection que la sensibilité interculturelle entre en jeu.

Utiliser la sensibilité interculturelle

La recherche contemporaine en sciences culturelles (notamment Kumar Yogeeswaran ; Hall) souligne que les individus n’appartiennent pas à une seule culture, mais s’inscrivent simultanément dans plusieurs cadres culturels de référence. Une personne peut se sentir appartenir à une communauté religieuse, être membre d’un club sportif avec ses propres normes et valeurs et faire partie d’une famille avec une identité culturelle forte. En même temps, les individus partagent des appartenances culturelles plus larges, telles que des contextes nationaux et linguistiques. Cette pluralité culturelle constitue une base essentielle pour comprendre la surestimation culturelle et le danger des attributions simplistes. Il n’est pas rare que nous rencontrions des personnes que nous percevons d’abord comme « très différentes » en raison d’une seule caractéristique culturelle – telle que l’origine ethnique – pour constater ensuite que nous vivons dans le même village, participons aux mêmes fêtes et regardons les mêmes films. Ce qui semble étranger à première vue s’avère souvent étonnamment familier dans la vie quotidienne. Une personne peut me paraître « étrangère » en raison de ses caractéristiques physiques, mais je trouve des points communs dans ses valeurs et ses principes. L’expérience montre également que notre propre tolérance à l’égard des différences augmente lorsque nous initions nous-mêmes des rencontres interculturelles ou que celles-ci ont lieu dans des conditions que nous trouvons significatives et enrichissantes. Il en ressort clairement que la sensibilité culturelle n’est pas une caractéristique fixe, mais un processus qui dépend de la situation. Le développement de la compétence interculturelle nécessite donc une perception consciente des moments où notre propre ouverture d’esprit diminue, ainsi qu’une réflexion sur les raisons de ce phénomène. Dans ce contexte, le modèle de développement de la sensibilité interculturelle (DMIS) développé par Milton J. Bennett offre un cadre théorique solide pour comprendre comment les individus perçoivent, interprètent et gèrent les différences culturelles. Le modèle décrit la compétence interculturelle comme un processus de développement dans lequel les visions du monde évoluent progressivement de perspectives ethnocentriques vers des perspectives de plus en plus ethnorelatives. En situant les individus et les groupes le long de ce processus de développement, le DMIS permet de concevoir des processus d’apprentissage et d’intervention ciblés et adaptés au développement. Dans les domaines de l’éducation, du conseil et du développement organisationnel, le modèle peut contribuer à promouvoir systématiquement le développement de formes différenciées, adaptables et inclusives de rencontres interculturelles.

Points importants à retenir

Que pouvons-nous apprendre de la tradition chrétienne et des acquis interdisciplinaires historiques pour notre rapport personnel aux étrangers dans la société ? Nous concluons cette brève incursion par quelques points importants à retenir.

Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne. L’amour du prochain est donc une affaire de cœur, qui s’exprime toutefois par des actes concrets.
Une attitude ouverte et responsable envers les personnes issues de cultures étrangères est l’expression d’une spiritualité vivante et d’une pratique religieuse miséricordieuse, également vécue en communauté. En tant que défenseur des plus vulnérables, l’Église se range également du côté des étrangers, en particulier ceux qui sont dans une situation d’urgence existentielle et sans protection sociale suffisante.
En se référant aux textes bibliques et à la tradition chrétienne, il convient de souligner que les relations avec les étrangers doivent être structurées et responsables. Tous les êtres humains sont, d’une certaine manière, des étrangers. La réconciliation, le respect et des conditions de vie équitables pour les étrangers sont une tâche sociale universelle.

Il faut repenser la notion d’« étranger » : ce n’est pas l’appartenance à une ethnie ou à une culture particulière qui rend une personne étrangère, mais l’absence de curiosité, de respect et de volonté de rencontre. La communauté naît là où les gens établissent des liens sur la base de réalités de vie partagées, de pratiques communes et d’une attitude ouverte, et non là où ils s’en tiennent à des attributions culturelles simplistes. Les différences ne sont pas utilisées pour créer des frontières, mais sont comprises comme une invitation à rechercher des points communs dans une curiosité respectueuse.
Une communauté respectueuse repose sur la reconnaissance du fait que les cultures ne sont pas statiques, mais qu’elles changent constamment et qu’elles naissent et évoluent toujours en relation avec les rapports de force sociaux. Quiconque souhaite assumer la responsabilité de la coexistence doit tenir compte de ces dynamiques et être conscient de sa propre position. C’est seulement ainsi que la diversité culturelle ne deviendra pas une source de nouvelles inégalités, mais une ressource pour la justice, la participation et la croissance commune.

Cet article a été publié pour la première fois sur institut inklusiv.

Mark Moser

Auteur: Mark Moser

Mark Moser (*1973) est professeur de communication, de compétences interculturelles et de transformation des conflits à la Haute école d’économie de la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse. Il enseigne également en tant que professeur externe dans diverses autres universités sur les thèmes de la santé et de la culture, du bien-être spirituel dans des contextes culturellement diversifiés et dans d’autres domaines connexes.

Oliver Merz

Auteur: Oliver Merz

Oliver Merz (*1971) est théologien et a obtenu son doctorat en théologie pratique en 2015. Il est fondateur et directeur de l’« Institut Inklusiv ». Il est également conférencier invité, consultant, superviseur, expert et auteur. Ses travaux portent principalement sur la diversité et la différence, l’inclusion et la participation dans l’Église et la société, ainsi que sur la religion, la spiritualité et la santé ou la maladie et le handicap.

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En Suisse et dans le monde occidental, le thème de la politique migratoire est omniprésent. Il est actuellement au cœur du débat politique. L’auteur a cherché dans la Bible des indices permettant aux chrétiens de s’y retrouver dans ces discussions très controversées.

En Suisse et dans le monde occidental, le thème de la politique migratoire est omniprésent. Il est actuellement au cœur du débat politique. L’auteur a cherché dans la Bible des indices permettant aux chrétiens de s’y retrouver dans ces discussions très controversées.

Lorsque j’ai récemment suivi le débat de l’émission SRF Arena sur le thème des féminicides, la discussion s’est progressivement transformée en un débat sur la migration. Que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou autour de la table familiale, rares sont les sujets qui suscitent autant de divergences d’opinions. Mais quelle position les chrétiens doivent-ils adopter dans ce débat ? Ou plutôt, quels enseignements pouvons-nous tirer de la Bible sur ce sujet ? J’ai exploré ces questions dans le cadre de mon travail de maturité. Dans cet article, je présente les principaux résultats de ce travail.

La politique migratoire étant un sujet très vaste, je me concentre sur la politique d’asile. La Suisse accorde protection et refuge aux personnes dont la vie ou l’intégrité physique sont menacées dans leur pays d’origine. Elles obtiennent l’asile et donc un permis de séjour. La conception concrète de la politique d’asile fait l’objet d’intenses discussions. Les principales revendications du camp restrictif comprennent une limitation de l’immigration des réfugiés et une réduction des prestations d’aide aux demandeurs d’asile. Mais cette position est-elle compatible avec les enseignements de l’Évangile ?

Une bonté imméritée : le privilège d’être Suisse

Dans Matthieu 27.46, Jésus rend son dernier souffle et meurt sur la croix. Ce moment symbolise non seulement la fin du calvaire du Christ, mais aussi la bonté de Dieu, qui s’exprime à travers le sacrifice de Jésus sur la croix et la rédemption du péché qui y est associée. Nous n’avons pas mérité cette bonté. C’est un cadeau. Être citoyen suisse est également un cadeau qui témoigne de la bonté de Dieu. Comparée à celle d’autres pays, la situation des Suisses est paradisiaque. Cette situation est un privilège et ne va absolument pas de soi. La question se pose alors de savoir ce qui nous empêche de partager cette bonté imméritée avec d’autres personnes en danger. Est-ce vraiment notre devoir en tant que chrétiens d’aider les demandeurs d’asile ?

Est-ce vraiment notre devoir en tant que chrétiens d’aider les demandeurs d’asile ?

Appel à l’aide dans la Bible : le bon Samaritain

Luc 10 relate une conversation entre Jésus et un docteur de la loi. Ce dernier demande comment obtenir la vie éternelle. Jésus répond à cette question en évoquant le commandement de l’amour. Mais le docteur de la loi veut se justifier et demande : « Qui est mon prochain ? » Jésus lui raconte alors la parabole du bon Samaritain. Le Samaritain aide l’homme juif blessé, bien qu’il existe une profonde hostilité entre les deux peuples. Il prend un risque, car il y a un danger d’être agressé et attaqué physiquement. Le Samaritain reconnaît la situation de la personne blessée et n’hésite pas à la soigner. Plus encore : il l’emmène dans une auberge et paie tous les frais d’hébergement et de soins. Jésus termine la conversation par cette exhortation : « Va, et fais de même. » Nous pouvons tirer de cette parabole les principes suivants :

  • Aide les personnes, quelle que soit leur origine.
  • Sois serviable, même si cela comporte un danger.
  • Adopte une attitude serviable envers les blessés.
  • Sois prêt à apporter un soutien financier.
  • Suis l’exemple du Samaritain.

Il est plausible d’appliquer ces principes à la relation entre les Suisses et les demandeurs d’asile. Tout comme l’homme juif, les demandeurs d’asile sont menacés et en danger de mort. En intervenant en tant que Suisses, nous pouvons, comme dans la parabole, libérer les demandeurs d’asile de cette situation menaçante et les sauver.

Qu’est-ce qui nous empêche d’agir comme le bon Samaritain ?

Mais malgré ces paroles claires de Jésus, qu’est-ce qui nous empêche de suivre sans crainte l’exemple du Samaritain ? Une aide illimitée aux demandeurs d’asile peut être contrebalancée par le risque de difficultés financières personnelles. Mais cet argument est-il valable à la lumière des Évangiles ? Dans Luc 12, Jésus met en garde contre la cupidité : « Gardez-vous avec soin de toute cupidité, car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, même s’il est dans l’abondance. » Comme mentionné ci-dessus, tous nos biens sont l’expression de la bonté de Dieu. Pourquoi ne devrions-nous donc pas partager ces biens ? La parabole du bon Samaritain nous y invite explicitement. Dans la perspective de la vie éternelle, les biens matériels, l’argent et la prospérité sont éphémères et insignifiants par rapport à la gloire que le ciel nous promet. La peur des soucis financiers n’est-elle pas plutôt un attachement aux normes mondaines ? La Bible est claire à ce sujet : notre identité réside en Christ. Dans l’épître aux Philippiens 1.21, Paul écrit : « Car Christ est ma vie, et mourir est mon gain. » Notre regard est tourné vers le Christ, et le Christ nous invite à servir les personnes opprimées, sans défense et vulnérables.

Restreint ou charitable ?

Comme mentionné précédemment, les principales revendications de la position restrictive sont la limitation de l’immigration et la réduction des prestations d’aide aux demandeurs d’asile. Comparons maintenant cette position avec les conclusions tirées ci-dessus : les deux revendications d’une attitude restrictive visent à éviter des dépenses supplémentaires ou des problèmes sociaux en offrant moins d’aide. Au vu des passages bibliques évoqués, qui s’inspirent de la bonté de Dieu et de l’appel à venir en aide, les revendications en faveur de mesures restrictives sont difficilement conciliables avec les Évangiles. Elles sont même problématiques. Elles sont en contradiction avec les principes que nous transmettent les passages bibliques cités et de nombreux autres passages des Évangiles. Ainsi, la position restrictive semble difficilement défendable à la lumière des Évangiles.

Cette position restrictive ne peut donc être attribuée aux Évangiles. Elle repose plutôt sur la crainte de perdre des privilèges en tant que Suisses. À plusieurs reprises, les quatre Évangiles exhortent les hommes non seulement à bénéficier de la bonté de Dieu, mais aussi à la transmettre à ceux qui sont dans le besoin. Cela signifie que, du point de vue des quatre Évangiles, les chrétiens ne devraient pas soutenir une politique d’asile restrictive.

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L’Église et l’État, tiraillés entre leurs missions En Suisse, nous parlons d’une séparation entre l’Église et l’État, qui doit permettre la liberté de religion et la neutralité de l’État. Mais si leurs missions respectives viennent à se confondre, cela peut avoir de graves conséquences pour l’ensemble de la société.

Pour comprendre les relations actuelles entre l’Église et l’État dans le monde occidental, il faut se plonger dans l’histoire de l’Église. En effet, la révolution papale de la fin du XIe siècle a marqué le début d’une lutte sans fin entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel qui, selon Klaus Roth, a accéléré la formation du système étatique européen (2006 : 79). L’idée de l’État est donc le résultat d’attentes non satisfaites, selon lesquelles une coexistence harmonieuse entre l’empereur et le pape permettrait de convertir l’humanité entière à la foi chrétienne et d’instaurer un ordre conforme à la volonté de Dieu (cf. Schmitt 1950, 30, 96f.). Bien que la foi chrétienne ait retrouvé une importance centrale dans la formation des États pendant la Réforme et la Contre-Réforme (Roth 2006 : 89f.), l’État s’est émancipé de la tutelle religieuse du christianisme au cours de la Révolution française et est devenu souverain. Selon Ernst-Wolfgang Böckenförde (1982 : 64), la séparation de l’Église et de l’État n’était pas radicale, mais équilibrée. Ainsi, les deux pouvaient remplir leur mission indépendamment l’un de l’autre et interagir : l’État est le représentant de la loi et de l’ordre et l’Église la proclamatrice de l’Évangile.

Influence de l’Église sur l’État

La mission de l’Église, qui consiste à proclamer l’Évangile, est généralement considérée comme apolitique (Böckenförde 1982 : 82). Mais elle peut exercer une influence politique involontaire par le biais de l’effet de l’Évangile sur la société. C’est le cas, par exemple, lorsque des questions de morale et d’éthique sont soumises au vote et que les chrétiens, en tant que citoyens, utilisent leur voix de manière ciblée sur ces sujets (1982 : 83). Grâce à la neutralité de l’État et à la liberté de religion, le christianisme peut continuer à s’impliquer dans la vie sociale et parfois influencer l’ordre juridique (1982 : 66). En effet, les valeurs du christianisme constituent encore le fondement de l’ordre politique dans de nombreux pays occidentaux (1982 : 67f.). L’Église transmet les valeurs, car l’État ne peut le faire sans renoncer à sa neutralité religieuse. Cependant, une société pluraliste attend de l’Église qu’elle traduise ses valeurs de manière à ce que même les personnes sans lien avec le christianisme puissent les adopter et les intégrer dans leur propre vision du monde. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure l’Église doit assumer son rôle de transmetteur de valeurs. Est-elle en mesure de remplir ainsi sa mission d’annonce de l’Évangile ou bien la dénature-t-elle par la sécularisation de ses valeurs ? Pour Böckenförde, une chose est sûre : « Contribuer à l’intégration d’une société pluraliste par la formation d’un consensus approprié ne fait pas partie de la mission spirituelle de l’Église. {…} La fidélité à sa mission peut la contraindre à tenir des propos et à agir de manière désintégratrice » (1982 : 71). Selon lui, l’Église ne doit pas s’engager en faveur de l’intégration d’un fondement libéral et démocratique qui contredit les principes chrétiens.

Tirer les leçons de l’histoire

Récemment, la démocratie en tant que forme de gouvernement a également été critiquée parce que les valeurs laïques ont gagné en influence dans la société et ont donc été plus souvent inscrites dans la loi (par exemple, le mariage pour tous). Cela a suscité le mécontentement de nombreux chrétiens et chrétiennes et un désir ardent de voir le royaume de Dieu s’instaurer sur terre. Il n’est donc pas surprenant qu’ils se rallient à un dirigeant politique qui défend leurs intérêts, ou du moins qui prétend le faire. C’est actuellement le cas, entre autres, aux États-Unis et au Salvador. On y observe de manière très frappante le mélange des rôles de l’Église et de l’État, qui entraîne un abandon des ordres démocratiques au profit de systèmes totalitaires.

Eric Voegelin et Raymond Aron qualifiaient ces régimes violents de « religions politiques » (Maier 2006 : 18). Ils y voient une tentative de donner une dimension quasi religieuse à l’ordre politique et des parallèles avec les modèles de la culture politique et religieuse unifiée de l’Antiquité. « Les régimes totalitaires modernes sont toutefois aussi le visage déformé d’un christianisme perverti, dont il ne reste que l’ordre extérieur, la contrainte et la discipline (2006 : 18f.). Avec leurs soi-disant « doctrines pures », ils auraient imité des développements problématiques de l’histoire du christianisme.

Il ne semble donc pas fortuit que l’émergence de régimes violents modernes s’accompagne d’une résurgence démesurée du culte de la personnalité, de la déification des dirigeants et des martyrs dans le contexte de la politique totalitaire (Maier 2006 : 19). Les événements actuels aux États-Unis illustrent très clairement cette situation. Ce qui ne devait être qu’un grand service commémoratif pour l’activiste et évangéliste assassiné Charlie Kirk a pris une dimension politique inquiétante avec le discours de Donald Trump, dans lequel il a insisté sur la nécessité de se venger de « la gauche radicale ». Ses déclarations contredisaient également celles d’Erika Kirk, qui avait pardonné au meurtrier de son mari (FOX 9 Minneapolis-St. Paul, 2025).

Au vu de ces événements, il est d’autant plus important de se rappeler pourquoi l’État s’est séparé de l’Église au fil des siècles. La séparation des deux institutions reste absolument nécessaire : premièrement, pour une coexistence pacifique au sein de la société ; deuxièmement, pour une liberté de religion qui nous permette, à nous chrétiens, de vivre notre foi publiquement et en privé sans être persécutés ; et troisièmement, pour que l’État et l’Église puissent chacun remplir leur mission. Dans une démocratie, l’État et l’Église peuvent remplir leurs missions, mais dans un système totalitaire, elles se dissolvent. Comme l’histoire nous l’enseigne, les régimes totalitaires sont souvent pseudo-chrétiens et imprégnés d’hérésies favorables au dirigeant en place. Tirons les leçons de l’histoire et prenons au sérieux l’avertissement de Hermann Heller : « L’État ne peut devenir totalitaire que s’il redevient un État et une Église en un, mais ce retour à l’Antiquité n’est possible que par un rejet radical du christianisme » (1929 : 56).

Engageons-nous donc en faveur d’une démocratie saine, imprégnée des valeurs chrétiennes, en Suisse, afin de pouvoir continuer à remplir notre mission d’annonce de l’Évangile !


Sources

Böckenförde, E-W. (1982) : État, société, Église. Dans : Böckle, F., Kaufmann, F-X., Rahner, K. et Welte, B. (éd.) (1982) : Christlicher Glaube in moderner Gesellschaft. Volume 15. Herder Freiburg. Fribourg-en-Brisgau. pp. 64-83.

FOX 9 Minneapolis- St.Paul (2025) : Cérémonie commémorative complète de Charlie Kirk. Youtube (consulté le 22/09/2025)

Heller, H. (1929) : L’Europe et le fascisme. de Gruyter. Berlin. pp. 56.

Maier, H (2006) : Un État constitutionnel démocratique sans christianisme – qu’est-ce qui serait différent ? Dans : Brocker, M., Stein, T. (éd.) (2006) : Christentum und Demokratie. WGB (Wissenschaftliche Buchgesellschaft). Darmstadt. pp. 18-19.

Roth. K. (2006) : Ordnungskrise von Kirche und Reich und die Genese des modernen Staates. Dans : Brocker, M., Stein, T. (éd.) (2006) : Christianisme et démocratie. WGB (Wissenschaftliche Buchgesellschaft). Darmstadt. pp. 79-92.

Schmitt, C. (1950) : Le nomos de la terre dans le droit international public. Dunker & Humblot. Berlin. pp. 30, 96f.

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L’initiative « Pour une politique climatique sociale – financée de manière fiscalement équitable » (Initiative pour l’avenir), qui sera soumise au vote le 30 novembre 2025, demande l’introduction d’un impôt sur les successions et les donations au niveau fédéral. Toute personne héritant ou donnant plus de 50 millions de francs suisses devrait payer 50 % d’impôts sur le montant excédant cette somme. Les personnes disposant d’une fortune importante devraient ainsi contribuer davantage au financement de la protection du climat et à une transformation socialement équitable de l’économie.

Depuis l’adoption de la loi sur la protection du climat en juin 2023, la Confédération dispose chaque année de 2 milliards de francs pour financer des mesures de protection du climat. Ces mesures comprennent, par exemple, le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables. Le comité d’initiative est convaincu que l’argent provenant d’un impôt sur les successions et les donations au niveau fédéral permettrait de disposer de moyens financiers supplémentaires pour la protection du climat. La modification constitutionnelle vise également à contribuer à une transformation socio-économique et écologique de l’économie dans son ensemble, en particulier dans les domaines du travail, du logement et des services publics. Les recettes de la nouvelle taxe sur les successions et les donations seraient versées pour deux tiers à la Confédération et pour un tiers aux cantons.

Justice sociale, protection du climat et économie

Pour les partisans de l’initiative, le lien entre politique climatique et justice sociale est au cœur de l’initiative. Les personnes très fortunées ont la possibilité de voyager beaucoup à titre privé, disposent souvent de plusieurs résidences et consomment plus de gaz à effet de serre que la moyenne suisse. Du point de vue des initiants, ces personnes devraient donc contribuer davantage à la protection du climat. Grâce aux recettes supplémentaires, la Confédération et les cantons pourraient financer davantage de mesures contre la crise climatique sans alourdir la charge pesant sur les personnes à faibles revenus.

Les opposants à l’initiative soulignent que l’assujettissement à l’impôt des successions et donations importantes pourrait avoir des répercussions négatives sur l’attractivité de la Suisse et entraîner une baisse des recettes pour la Confédération, les cantons et les communes en raison du départ de personnes fortunées. Bien que le projet prévoie d’empêcher l’évasion fiscale par le biais du déménagement, l’initiative prévoit un délai pouvant aller jusqu’à trois ans après son adoption avant que toutes les dispositions nécessaires à sa mise en œuvre n’entrent en vigueur. Les recettes supplémentaires escomptées devraient donc être inférieures à celles espérées par le comité d’initiative : au lieu de 6 milliards, elles ne s’élèveraient qu’à 4,3 milliards.

Le projet soulève donc plusieurs questions : l’impôt sur les successions et les donations au niveau fédéral est-il vraiment le moyen le plus équitable sur le plan social pour financer la protection du climat ? Comment mettre en œuvre ces mesures sans nuire à l’attractivité de la Suisse ? Comment garantir que les recettes seront effectivement utilisées de manière ciblée, alors que c’est finalement le Parlement qui décide de l’affectation des fonds ? Pour répondre à ces questions, il est utile de se pencher sur l’initiative sur l’impôt sur les successions de 2015.

L’initiative sur l’impôt sur les successions de 2015 comme modèle

Il y a dix ans, les électeurs avaient déjà été appelés à se prononcer sur une initiative relative à l’impôt sur les successions. ChristNet s’était alors fortement engagé en faveur de l’adoption de cette initiative, car elle suivait le principe biblique selon lequel il ne faut pas accumuler des richesses, mais les distribuer généreusement aux nécessiteux (voir l’article Communiqué de presse – L’impôt sur les successions : un impôt biblique ?). Le projet prévoyait principalement une imposition de 20 % sur les très grosses successions afin de lutter contre l’aggravation des inégalités entre riches et pauvres. À l’époque, les deux tiers de l’impôt sur les successions et les donations devaient être versés au fonds de compensation de l’assurance vieillesse et survivants (AVS) et un tiers devait rester aux cantons. Le projet prévoyait également des réductions lorsque des entreprises ou des exploitations agricoles faisaient partie de la succession ou de la donation et étaient reprises par les héritiers ou héritières pour une durée minimale de dix ans. Cela devait permettre de ne pas mettre en péril la pérennité de l’entreprise et des emplois. Les entreprises familiales pouvaient compter sur un abattement de 50 millions, ce qui aurait permis aux PME d’être transmises en franchise d’impôt.

L’initiative sur l’impôt sur les successions de 2015 était dans l’ensemble un projet de votation très soigneusement élaboré, qui soulignait le fait que l’impôt sur les successions doit être considéré comme l’impôt le plus équitable sur le plan social (voir l’article L’impôt le plus équitable – Arguments en faveur de la réforme de l’impôt sur les successions). Malheureusement, elle n’a pas été acceptée par la population. Le vote du 30 novembre 2025 offre donc une bonne occasion de décider de la manière dont les grandes successions devront être réparties et utilisées à l’avenir de manière socialement, écologiquement et économiquement durable, et de donner autant de poids que possible au « oui » du résultat du vote afin qu’un impôt national sur les successions plus équilibré puisse finalement être mis en œuvre à une date ultérieure.


Sources

Chancellerie fédérale CF. Initiative populaire fédérale « Pour une politique climatique sociale et équitable sur le plan fiscal (Initiative pour l’avenir) ». Lien (état au 18.11.2025)

Le Conseil fédéral. Le portail du gouvernement suisse. Votation populaire du 30 novembre 2025. Lien (état au 18.11.2025)

Le Parlement suisse. Pour une politique climatique sociale – financée de manière fiscalement équitable (Initiative pour l’avenir). Lien (état au 18.11.2025)

Comité pour un avenir. Jeunes socialistes suisses. OUI à l’initiative pour un avenir. Lien (état au 18.11.1015)

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Le 30 novembre 2025, la Suisse votera sur l’initiative « Service citoyen ». Il s’agit d’étendre le service militaire et civil à tous les citoyens suisses. ChristNet soutient ce service citoyen général, car il renforce la perspective du bien commun.

Le service citoyen suscite des débats. Ses détracteurs mettent en garde contre la contrainte et la bureaucratie, tandis que ses partisans y voient une chance pour la cohésion sociale. Mais au-delà du débat politique, une question plus profonde se pose : comment une société moderne peut-elle répartir plus équitablement les responsabilités, et quel serait l’impact sur nous tous ?

Une nouvelle conception de la responsabilité

La Suisse vit de l’engagement de ses citoyens. D’innombrables tâches sont assumées par des bénévoles, des proches, des églises, des associations et des organisations sociales. Mais cet engagement repose sur les épaules d’une minorité. Beaucoup profitent d’une infrastructure de solidarité sans y participer eux-mêmes. Le service citoyen permettrait de répartir cette responsabilité de manière plus équitable et de montrer que le bien commun ne va pas de soi.

Les détracteurs craignent la contrainte, l’inefficacité ou la perte du véritable volontariat. Ces préoccupations méritent d’être entendues. Mais elles ne vont pas assez loin. Un service commun ne serait pas l’expression d’une méfiance à l’égard des citoyens, mais une reconnaissance de leur potentiel. Il ne mettrait pas les jeunes sous tutelle, mais leur ferait confiance pour assumer des responsabilités. La liberté ne diminue pas lorsqu’elle inclut la responsabilité, elle gagne en profondeur.

Rencontre contre la polarisation

Un tel service pourrait avoir un effet bénéfique sur la société. La dernière étude sur la polarisation réalisée par Pro Futuris montre à quel point les modes de vie en Suisse divergent. Les gens se rencontrent moins souvent en dehors de leur bulle sociale ou politique. Le Service Citoyen permettrait d’inverser cette tendance. Lorsque des jeunes adultes issus de régions et de milieux différents travaillent ensemble, ils vivent des expériences qui les rapprochent. Agir ensemble crée de la proximité là où la distance s’est installée et de la compréhension là où règnent les préjugés. Ce n’est pas du romantisme, mais de la psychologie sociale : la confiance naît lorsque les gens apprennent à se connaître, et non à travers les commentaires et les gros titres.

La responsabilité comme foi vécue

Du point de vue chrétien également, cette idée est familière. La foi considère l’être humain comme un être relationnel, créé pour se soutenir mutuellement. « Portez les fardeaux les uns des autres » (Galates 6,2) ne décrit pas une exigence morale excessive, mais une conception réaliste de la communauté. Personne ne peut ni ne doit tout porter seul. La solidarité n’est pas une faiblesse, mais l’expression d’une charité vécue. Le service citoyen pourrait contribuer à réinscrire plus fortement cette attitude dans la culture sociale.

Jésus a toujours cherché à se rapprocher des pauvres, des exclus, des étrangers. Son amour du prochain était concret. Il dépassait les frontières au lieu de les renforcer. Une démocratie moderne peut tirer des leçons de cette attitude. Lorsque les jeunes découvrent ce que signifie l’entraide dans le cadre d’un service commun, la confiance s’installe – et la confiance comble les fossés que les débats politiques ne parviennent pas à combler.

Des expériences marquantes

Un service civique de ce type aurait également pour effet de rapprocher les générations. Les jeunes travailleraient avec des personnes âgées qui ont besoin de leur aide. À l’inverse, les personnes âgées verraient que la génération suivante est prête à prendre ses responsabilités. Cette expérience mutuelle de fiabilité peut combler le fossé entre les jeunes et les personnes âgées. Elle crée un respect réciproque, une attitude qui se perd de plus en plus dans le débat politique et social.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes sont en quête de sens, d’appartenance et d’orientation. Le service à la communauté peut leur permettre de vivre de telles expériences. Il les confronte à d’autres réalités de la vie, à des limites, mais aussi à la force de faire bouger les choses ensemble. Les personnes qui découvrent que leur engagement compte perçoivent leur pays, leurs concitoyens et elles-mêmes différemment. À long terme, cela peut façonner une nouvelle génération de citoyens qui considèrent la société non pas comme quelque chose que l’on consomme, mais comme quelque chose que l’on façonne.

Des attentes réalistes, un effet à long terme

Bien sûr, le service citoyen comporte des défis. Son organisation serait complexe, son financement exigeant. Il faut des conditions équitables, des tâches utiles et un bon accompagnement. Mais ceux qui ne voient que les difficultés négligent les avantages réels. Une société dans laquelle les gens se rencontrent, se rendent service et partagent les responsabilités est moins vulnérable. Elle résiste mieux aux tensions, car elle sait ce qui la soude.

Au fond, le Service Citoyen repose sur une idée simple mais profonde : la communauté ne se construit pas avec des mots, mais avec des actes. Dans la perspective chrétienne, il ne s’agit pas d’un luxe politique, mais de l’expression de la foi au quotidien. Assumer ses responsabilités signifie donner forme à sa propre foi – dans les maisons de retraite, sur les chantiers, dans les écoles, dans les forêts. Cela signifie non pas affirmer la valeur de l’autre de manière théorique, mais la rendre visible dans la pratique.

À long terme, un tel service pourrait également changer la culture démocratique. Lorsque les gens ont appris à partager les responsabilités, ils sont plus disposés à écouter, à négocier et à trouver des compromis. Cela protège du cynisme et de la résignation, des attitudes qui sapent les démocraties de l’intérieur. Ceux qui font l’expérience du soutien de la société perdent moins rapidement confiance en elle.

La confiance comme valeur d’avenir

Le Service Citoyen ne serait donc pas un projet moral, mais une forme concrète de solidarité vécue. Il rassemblerait des personnes qui n’auraient autrement guère de contacts entre elles et leur montrerait qu’elles dépendent les unes des autres. À une époque où la méfiance grandit et où beaucoup se replient sur eux-mêmes, cela pourrait faire toute la différence. Partager les responsabilités, c’est partager l’espoir – et c’est peut-être là que commence la guérison sociale.

 

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Quel rapport entre la pauvreté, la justice et les conflits armés ? Le prophète Michée apporte une réponse intéressante à cette question, comme l’écrit Salomé Richir-Haldemann, coordinatrice de StopPauvreté.

À StopPauvreté, quand nous avons choisi le thème de « Transformer les épées en socs de charrue », nous avons reçu quelques retours étonnés. Pourquoi parler tout à coup de paix ? Quel est le rapport avec la pauvreté ? Pourquoi nous éloigner ainsi de notre sujet central ? Mais la question des conflits armés est très liée avec les questions de pauvreté et de justice, et ce depuis des milliers d’années. Il y a plus de 2500 ans, les prophètes bibliques se faisaient déjà l’écho de ce lien :

1 « Un jour viendra où la montagne de la maison du Seigneur sera fermement établie au sommet des montagnes, et elle se dressera au-dessus des collines. Alors des peuples afflueront vers elle. 2 Des foules nombreuses s’y rendront et diront : “En route ! Montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Il nous enseignera ce qu’il attend de nous, et nous suivrons ses chemins.” En effet, c’est de Sion que vient l’enseignement du Seigneur, c’est de Jérusalem que nous parvient sa parole. 3 Il rendra son jugement entre une multitude de pays, il sera un arbitre pour des peuples puissants, même lointains. Avec leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et avec leurs lances ils feront des faucilles. On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. 4 Chacun cultivera en paix sa vigne et ses figuiers sans que personne l’inquiète. » C’est le Seigneur de l’univers lui-même qui parle.

Ce court passage est commun aux livres d’Ésaïe (2.2-4) et de Michée (4.1-5). Les deux prophètes étaient quasiment contemporains et prophétisaient à la même époque : celle des invasions assyriennes (environ 740 à 690 av. J.-C.). Ils n’ont en revanche pas le même public. Ésaïe est un citadin et s’adresse plutôt au roi, à la cour, tandis que Michée vient de la campagne et parle aux bourgeois et au peuple.1

Michée dépeint une vision d’espérance, un avenir radieux où toutes les nations vont à la montagne du Seigneur pour qu’il leur enseigne ce qu’il attend d’elles. Et quand les nations vivent selon ce que Dieu leur a enseigné, deux marqueurs apparaissent : les peuples (même puissants) transforment leurs armes de guerre en outils agricoles, et chacun cultive en paix sa vigne et ses figuiers.

Les deux paix

Ces deux marqueurs conjuguent une vision de paix politique, mondiale : « On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. » Et une vision de paix intime, quotidienne : « Chacun cultivera en paix sa vigne et ses figuiers sans que personne l’inquiète. ». Cultiver en paix sa vigne et ses figuiers, c’est l’espoir le plus fondamental d’Israël. On le retrouve dans plusieurs autres passages de la Bible (1R 5.5, 2R 18.31, Za 3.10)

« On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. »

Ce que dit ce texte, c’est que la paix politique et la paix personnelle dépendent l’une de l’autre. Qu’il n’y aura pas de bien-être personnel sans mettre fin à la militarisation. La poursuite de la sécurité par la guerre, la quête de ressources énergétiques pour les armes, tout cela doit être démantelé pour que les rêves personnels de paix puissent se réaliser. En effet, la guerre est avide de ressources, d’argent, de nourriture, et elle ne peut exister qu’en confisquant les biens personnels qu’elle dit protéger. Et à l’inverse, les armes ont besoin d’inégalité pour être légitimes : elles servent avant tout ainsi à garantir un arrangement inéquitable, à renverser ce même arrangement, ou simplement à prendre ce qui appartient aux autres. Pour pouvoir abandonner les armes, il faut que l’arrangement de base soit équitable. Il faut donc aussi abandonner les appétits surgonflés.

Interroger la consommation

Le désarmement n’est pas le seul processus qui permet la paix. Il est également nécessaire de réduire nos attentes économiques. Le texte décrit un mode de vie simple, où chacun a ce qu’il lui faut (mais pas plus), et respecte la production agricole de son voisin. Cela implique d’être prêt à se satisfaire de son raisin et de ses figues, sans essayer de récupérer les raisins et les figues que les autres ont produits. Le prophète sait que les vignes et les figuiers de chacun ne seront hors de danger que lorsque les puissants sauront se contenter des raisins et des figues qu’ils ont eux-mêmes produits. La vision radicale de Michée comprend que détricoter nos systèmes militaires implique forcément de revoir aussi nos valeurs consuméristes.

C’est pour cela que notre plaidoyer jongle entre ces trois thèmes : revoir notre consommation (se contenter de sa vigne), soutenir la coopération internationale (permettre à d’autres de cultiver) et résister à la fausse promesse de la sécurité armée (transformer les épées en socs de charrue).

Beaucoup d’entre nous rêvent de vivre en paix sous notre vigne et nos figuiers. Dans notre société, nombreux sont ceux qui veulent essayer de conjuguer ces rêves de vie tranquille à l’ombre des figuiers avec la protection d’un système guerrier. Michée montre l’opposition profonde et irrévocable entre les épées et les lances d’un côté, et les vignes et les figuiers de l’autre.

Une promesse à double fonction

C’est vrai, cette promesse poétique de Michée décrit un futur impensable. Celles et ceux qui l’entendent (tout comme j’imagine, Michée et Ésaïe qui la transmettent), n’ont aucune idée de comment ils pourraient arriver à la réalité qui est dépeinte. Il n’y a pas de plan stratégique, pas de marche à suivre. La promesse surgit sans prévenir. Elle vient comme une interruption du présent. Et le tableau que décrit cette promesse est magnifique. Il vient toucher le cœur de ceux qui l’entendent, répondre à leurs aspirations les plus profondes : la présence de Dieu, la paix, le repos.

Cette promesse poétique a une double fonction : la première c’est qu’elle crée une bulle de liberté. Elle nous libère des calculs, des expériences de ce qui marche ou pas, de ce qui est possible ou pas, et cette libération nous permet de penser aux avenirs inexplicables que Dieu peut faire advenir. Des futurs qui vont bien au-delà de ce que les humains peuvent créer ou construire.

L’autre fonction de la promesse c’est de renverser le présent. Cette promesse, cet exercice d’imagination de ce que l’avenir pourrait être, annonce aussi que les choses peuvent changer. Le système actuel n’est pas absolu. Pour les contemporains de Michée, l’invasion de l’Assyrie, la corruption des magistrats d’Israël, la rapacité des puissants, ne sont pas absolues. Pour nous aujourd’hui, les gouvernements avec des envies d’expansion et de domination, les menaces de guerre, les inégalités grandissantes, ne sont pas absolus non plus. Ni le roi d’Assyrie, ni les dirigeants corrompus de Jérusalem, ni les présidents russe, américain ou chinois n’auront le dernier mot, et leurs puissances réunies ne pourront jamais contrôler toutes les forces à l’œuvre dans le monde.2

Puisse cette promesse nous donner de l’espérance pour demain, et un regard critique pour aujourd’hui.3


1. Est-ce que le « grand prophète » Ésaïe a emprunté l’oracle du « petit prophète » Michée ? Est-ce le petit prophète qui a plagié le grand ? Ou encore, ont-ils tous les deux puisé dans un chant plus ancien ? Il n’y a pas de consensus parmi les biblistes et personnellement j’aime cette dernière option, celle d’une origine commune.

2. J’emprunte la double fonction de la promesse poétique à BRUEGGEMANN, WALTER. « Vine and Fig Tree : A Case Study in Imagination and Criticism. » The Catholic Biblical Quarterly 43, no. 2 (1981): 188–204.

3. Cette réflexion est en partie basée sur le travail que j’ai fait autour du livre de Michée en collaboration avec le podcast bibletunes fr. J’enregistre actuellement pour bibletunes une série de podcasts hebdomadaires de 10 minutes sur Michée (le prophète qui a inspiré le « réseau Michée » auquel StopPauvreté appartient). Le premier épisode sortira le 8 septembre 2025 sur toutes les plateformes.

Cet article a été publié pour la première fois en français le 23 juillet 2025 sur www.stoppauvrete.ch.

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Les partisans de la suppression de la valeur locative affirment à tort que les pertes fiscales qui en résulteraient seraient compensées. Une fois de plus, le projet sur lequel nous voterons fin septembre constitue une baisse d’impôts cachée dont profiteront en premier lieu les personnes fortunées, et dont les personnes qui sont en besoin paieront encore les frais. ChristNet s’oppose donc à la suppression de la valeur locative.

Le 28 septembre 2025, un projet intitulé « Arrêté fédéral du 20 décembre 2024 sur les impôts cantonaux sur les immeubles secondaires » sera soumis au vote. Il ne s’agit toutefois pas en premier lieu de l’introduction éventuelle d’un nouvel impôt foncier dans les cantons, mais de la suppression de la valeur locative. Un projet de loi correspondant est lié à l’arrêté fédéral susmentionné et n’entrera en vigueur que si l’arrêté fédéral est également accepté par le peuple.

La suppression d’un impôt « fictif » et donc injustifié, la simplification du système et la déduction des intérêts passifs pendant les premières années suivant l’acquisition d’un logement sont les arguments avancés en faveur du projet. Les porteurs du projet promettent que la perte fiscale résultant de la suppression de la valeur locative sera compensée par la suppression simultanée des déductions fiscales pour les intérêts passifs, l’entretien et la rénovation. Mais cela n’est pas vrai : selon des estimations actualisées (état : mai 2025), les pertes fiscales attendues pour la Confédération et les communes s’élèvent à environ 2 milliards de francs par an avec un taux hypothécaire de 1,5 %. 1 Plus les taux hypothécaires baissent, plus cette perte de substance fiscale est importante. Il n’est donc pas étonnant que la Conférence des gouvernements cantonaux (CdC) ait décidé en juin 2025 de s’opposer publiquement à ce changement de système. Markus Heer, directeur des finances du canton de Glaris, déclare à ce sujet : « L’argent manquera pour financer la santé et l’éducation. C’est pourquoi les cantons s’opposent clairement à ce changement de système inutile. » 2

L’injustice s’accentue

En l’espace de 20 ans, les loyers ont augmenté de près de 25 % en Suisse, tandis que les taux hypothécaires ont baissé.3 Les propriétaires profitent de la situation des taux d’intérêt, tandis que les locataires souffrent des loyers élevés. La suppression de la valeur locative et le maintien de plusieurs possibilités de déduction, notamment cantonales, pour les propriétaires immobiliers renforcent cet effet. Il en résulte une inégalité de traitement encore plus marquée entre les 2,3 millions de ménages locataires et les 1,4 million de ménages propriétaires de leur logement. 4

Projet de réduction d’impôts pour les riches

Ce qui choque particulièrement dans la suppression de la valeur locative, c’est qu’il s’agit d’un projet de redistribution du bas vers le haut. Les personnes aisées profitent du changement de système en matière d’impôts fonciers, car elles vivent principalement dans leurs propres murs. Et ce d’autant plus s’ils n’ont pas besoin de rénover leur logement ou s’ils ont remboursé leur hypothèque. Ils bénéficient d’avantages fiscaux, tandis que les personnes à faibles revenus ne sont souvent pas propriétaires de leur logement et sont en même temps touchées de manière disproportionnée par les mesures d’austérité prises par les pouvoirs publics. Si des augmentations d’impôts s’avèrent nécessaires, ce ne sont pas seulement ceux qui profitent de la suppression de la valeur locative qui devront payer, mais aussi tous les autres.

Certes, la réglementation actuelle de la valeur locative n’est pas parfaite. Les retraités propriétaires de leur logement, en particulier, supportent une charge fiscale plus élevée en raison de la valeur locative. Cependant, le changement de système actuellement en discussion est mal pensé et prématuré. Non seulement la gauche et les Verts, mais aussi des bourgeois du PLR, de l’UDC, du centre et du PVL ainsi que les professionnels de l’immobilier rejettent le projet. 5

L’acquisition d’un logement en propriété ne sera pas facilitée

Si le projet est accepté, l’UBS craint, sur la base d’une étude, que les prix de l’immobilier continuent d’augmenter : il deviendra plus intéressant d’investir son patrimoine dans l’immobilier, ce qui entraînera à son tour une hausse des prix. Pour les jeunes familles en particulier, le rêve d’accéder à la propriété s’éloignera encore davantage.
Dans un rapport, le Conseil fédéral montre également que le changement de système en matière d’impôt foncier profitera en premier lieu à ceux qui pourraient déjà acquérir un logement aujourd’hui. 6

Valeur locative ?

Toute personne qui loue une maison ou un appartement doit déclarer les revenus locatifs comme revenu imposable. Mais même ceux qui utilisent leur propre logement doivent payer des impôts sur le revenu, qu’il s’agisse de leur résidence principale ou d’une simple résidence secondaire. L’impôt est prélevé sur ce qu’on appelle la valeur locative. En termes simples, la valeur locative correspond au loyer que les propriétaires pourraient demander s’ils n’habitaient pas eux-mêmes leur maison ou leur appartement. Ce montant doit être déclaré comme revenu imposable. En contrepartie, les propriétaires peuvent déduire leurs investissements et leurs dettes hypothécaires de leur revenu imposable.

Quelle: Postfinance Was bedeutet der Eigenmietwert für Ihre Steuern? | PostFinance

1. Aktualisierte Schätzung der ESTV

2. EMW_DE_250721.pdf

3. LIK, Mietpreisindex auf allen Indexbasen. [MPI MULTIBASIS] – 1.8.1939-31.7.2025 | Tabelle

4. Nein zum Bundesbeschluss über die kantonalen Liegenschaftssteuern auf Zweitliegenschaften – KdK – Konferenz der Kantonsregierungen

5. Eigenmietwert: Scheitert Abschaffung am Röstigraben?

6. BBl 2021 2076

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Dans chaque canton, la population est appelée à voter sur des réductions d’impôts. Les projets semblent tous séduisants et promettent plus d’argent à la « classe moyenne ». Mais qui en profite réellement ? Et qui en souffre le plus ? À qui la politique fiscale devrait-elle réellement servir ?

Avec l’augmentation du niveau de vie général, beaucoup de gens ont quelque chose à défendre. C’est pourquoi ils sautent généralement sur l’occasion lorsqu’un projet de loi prévoit une réduction d’un impôt individuel quelconque : impôt sur le revenu, taxe automobile, taxe sur les loteries, etc. Il n’y a toutefois aucun concept identifiable permettant de déterminer quels sont les impôts raisonnables et équitables. L’essentiel, c’est de réduire les impôts !

Partout dans le monde, y compris en Suisse, des réductions d’impôts sont promises ou proposées. La tentation est grande. Les moteurs de cette tendance sont

  • Notre avarice : j’ai quelque chose à défendre.
  • Notre fierté : c’est ma fortune, je l’ai gagnée grâce à mes propres efforts. C’est exactement dans cette veine que s’inscrit le FDP, qui nous persuade que la richesse ne s’acquiert qu’en se levant tôt et en travaillant dur, alors qu’il est prouvé que les héritages et la commercialisation des talents sont tout aussi déterminants.
  • Les idéologies qui justifient le refus de partager :
    1.) L’État est mauvais, trop puissant et dépense trop (tout le monde trouve une dépense qui ne lui convient pas…).
    2.) Ceux qui ont besoin de l’aide de l’État sont simplement paresseux.

Une aide pour les mauvaises personnes

La majorité des votants ne se formalise pas non plus du fait que la réduction de l’impôt sur le revenu profite généralement à ceux qui en ont le moins besoin. En effet, les impôts sur le revenu sont généralement réduits en pourcentage, ce qui profite davantage aux revenus élevés.

Si baisse d’impôt il y a, alors qu’elle profite à ceux qui en ont le plus besoin !

Si une baisse d’impôt doit vraiment profiter à ceux qui ont de faibles revenus, elle doit se faire par le biais d’une déduction fiscale identique pour tous. Ce montant – par exemple une déduction pour enfants – aurait alors beaucoup plus d’importance pour les bas salaires que pour les hauts salaires. En revanche, si les déductions sont retirées du revenu imposable, seuls ceux qui ont un revenu imposable suffisamment élevé pour bénéficier de ces déductions en profiteront pleinement.

Si baisse d’impôt il y a, alors qu’elle profite à ceux qui en ont le plus besoin !

Même le centre, qui se présente comme le « parti des familles », souhaite que les primes d’assurance maladie pour les enfants ne soient déductibles que du revenu imposable et non de la facture fiscale. Il n’aide donc pas les familles qui auraient le plus besoin de ces déductions.

Quelle souffrance, quel fardeau ?

Il y a plus de 20 ans, le conseiller fédéral Villiger affirmait déjà que ceux qui se plaignent le plus de la charge fiscale élevée sont ceux qui peuvent le mieux payer leurs impôts. Pourquoi continuons-nous à croire que les impôts sont toujours un fardeau ? Et quand ne le sont-ils plus ? Nous devons commencer à ne plus nous concentrer sur le montant des impôts à payer, mais sur ce qui reste aux gens pour vivre après déduction de toutes les dépenses obligatoires telles que les impôts, les cotisations sociales et les primes d’assurance maladie, c’est-à-dire sur leur revenu disponible. Certains affirment que les riches paient déjà la part du lion des impôts. Mais c’est une vision erronée, car ce fait reflète uniquement les énormes différences de revenus et, par conséquent, les capacités très différentes de payer des impôts. Et il ne s’agit pas ici de groupes de revenus, mais d’individus : dans quelle mesure est-il pénible pour les individus de payer des impôts ?

« Redonner quelque chose aux gens » – et laisser les personnes dans le besoin sous la pluie

Le Grand Conseil zurichois a décidé de réduire les recettes fiscales à partir de 2023 « afin de redonner quelque chose aux gens après la pandémie de coronavirus », alors que tout le monde sait que les groupes défavorisés ont davantage souffert des conséquences de la pandémie que les autres. Or, ce sont précisément eux qui sont les plus touchés par les mesures d’économie qui suivent généralement une baisse des impôts.

Ces baisses d’impôts ne sont donc pas seulement un « principe de l’arrosoir » absurde, mais une redistribution ciblée vers les mauvaises personnes : les communes ont moins d’argent pour l’aide sociale et les mesures d’intégration, et les écoles suisses ont fait l’objet d’économies au cours des 20 dernières années. Ces dernières ont souvent conduit à des classes plus nombreuses et, dans de nombreux cas, à une moins bonne intégration des enfants sans formation. Les prestations complémentaires pour les personnes âgées sans ressources et les subventions pour les primes d’assurance maladie des familles à faibles revenus ont été supprimées. De nombreux hôpitaux ont été fermés et les transports publics sont devenus plus chers. Les baisses d’impôts permettent aux consommateurs lambda d’économiser quelques dizaines de francs, mais elles détruisent une partie du service public.

Course vers le bas

En Suisse notamment, la concurrence fiscale entre les cantons conduit à une « course vers le bas », une course destructrice à la baisse des impôts : les cantons déjà riches réduisent encore davantage leurs impôts, ce qui entraîne l’exode des personnes et des entreprises fortunées vers les cantons voisins. Les cantons plus pauvres sont donc également contraints de réduire leurs impôts, ce qui entraîne à son tour des mesures d’austérité. Un autre problème est que les impôts qui ont été réduits ne peuvent plus être augmentés.

Aujourd’hui, Zoug réduit à nouveau ses impôts, ce qui entraîne des difficultés supplémentaires pour ses voisins comme Lucerne et nuit encore plus aux personnes pauvres. La péréquation fiscale entre les cantons n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Le problème fondamental est la concurrence fiscale, qui est hors de contrôle et qui a fait l’objet d’un vote il y a environ 15 ans dans le cadre d’une initiative sur la justice fiscale visant à la limiter. Mais après une campagne de peur massive menée par les opposants, qui affirmaient à tort que l’acceptation de l’initiative entraînerait des augmentations d’impôts pour tous, celle-ci a été rejetée. C’est pourquoi la « course vers le bas » se poursuit ! En raison de cette réduction des impôts individuels, notamment de la progressivité fiscale, et de l’augmentation des taxes et des cotisations sociales, la Suisse dispose en réalité d’un impôt à taux unique depuis (en allemand) 2001 : en pourcentage, les pauvres et les riches paient le même montant d’impôts et de cotisations obligatoires (par exemple, les primes d’assurance maladie).

En matière fiscale, on entend souvent l’argument selon lequel on ne peut pas toujours faire payer les riches. La réalité montre plutôt le contraire.

« L’argent, c’est le nerf de la guerre »

Dans les années 70, Ronald Reagan a rencontré l’économiste Milton Friedman. Ils ont réfléchi à la manière dont ils pourraient réduire le pouvoir de l’État en général par rapport à celui de l’économie et des riches, ainsi que la redistribution. Ils étaient d’accord sur le fait qu’il était impossible de faire accepter aux gens un démantèlement de l’État providence et donc des prestations dont ils bénéficiaient. Cela devait se faire sous la contrainte, c’est-à-dire plutôt par une réduction des moyens financiers. Ils ont donc élaboré une stratégie consistant à promettre aux citoyens une réduction des impôts. Le démantèlement de l’État suivrait automatiquement, car « soudainement » les moyens financiers ne seraient plus suffisants. Après l’élection de Reagan à la présidence, cette stratégie a été appliquée dans le monde entier et est aujourd’hui considérée comme faisant partie de la révolution néolibérale.

Oxfam a montré que cette révolution fiscale depuis le tournant néolibéral sous Reagan et Thatcher est une cause importante de l’élargissement du fossé entre riches et pauvres dans le monde. Ces différences sociales ont également un impact sur le pouvoir de l’information : en Suisse aussi, de plus en plus de médias sont créés ou achetés par des milliardaires. Ils revendiquent ainsi le monopole de l’interprétation des conditions sociales et poussent les électeurs dans leur direction.

À quoi ressemble une politique fiscale judicieuse ?

Nous devons enfin développer un véritable concept définissant les impôts les plus judicieux et les plus équitables, et mener une politique fiscale qui serve ceux qui ont vraiment besoin d’un allègement fiscal et/ou qui dépendent réellement des pouvoirs publics ! Ce concept doit

  • garantir des ressources suffisantes pour les tâches communes, c’est-à-dire publiques
    être équitable
  • réduire les énormes différences entre les personnes en termes de chances dans la vie et de pouvoir social

Qu’est-ce que cela pourrait impliquer ?

  1. Des recettes fiscales suffisamment élevées
    · Des impôts diversifiés afin que l’ensemble du système soit moins vulnérable aux crises.
    · Une réduction de la concurrence fiscale, qui provoque une fuite des capitaux ou une « course vers le bas ».
  2. Moins le revenu ou la richesse provient d’un effort personnel, plus l’imposition est élevée.
    · Renforcer l’impôt sur les successions.
    · Lutter contre le mythe « salaire = performance » : le salaire correspond à la valeur marchande de l’activité/du poste, qui est également déterminée, par exemple, par des aptitudes innées. Chacun peut certes y contribuer, mais seulement en partie.
  3. Assurer une forte progressivité : le critère est ce qu’une personne peut payer tout en restant riche. De quel revenu disponible dispose-t-elle ?

Liens pour approfondir le sujet :

Impôt sur les successions : L’impôt le plus juste – argumentaire en faveur de l’impôt successoral
Une politique fiscale biblique : Un impôt biblique ?– Réflexions fondamentales

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Dans les évangiles de la Bible, l’amour pour Dieu et pour les autres sont les plus grands commandements. Lorsque nous parlons de valeurs chrétiennes, celles-ci sont donc centrales. L’amour du prochain peut paraître un peu poussiéreux aux oreilles d’aujourd’hui, mais il est très actuel. Qu’est-ce que cela pourrait signifier pour la société actuelle et pour notre démocratie ?

Dans Luc 10.29-37, un docteur de la loi a demandé qui était son prochain. Jésus lui répondit par la parabole du bon Samaritain. Les prêtres et les lévites, considérés comme correctement religieux, passèrent à côté de l’homme agressé, mais un Samaritain proscrit eut pitié de lui. Il était le seul à vivre l’amour du prochain.

Hiérarchie de la charité ?

Qui sont nos prochains aujourd’hui ? Pour moi, ce sont tous ceux que nous rencontrons, avec qui nous avons affaire. Mais aussi tous ceux envers lesquels nous avons une possibilité d’action. Car dans Matthieu 25, il est aussi question de ce que nous n’avons pas fait. Aujourd’hui, nous avons aussi des possibilités d’action vis-à-vis des « plus pauvres » du monde.

Cela signifie également que l’idée, selon laquelle nous devons d’abord s’occuper de nous-mêmes ou du bien-être de la Suisse, est fausse. Chaque personne dans le monde a la même valeur. S’occuper d’abord des nôtres, ou même établir une hiérarchie de l’amour du prochain, c’est de l’égoïsme : car, regarder d’abord pour « les siens » nous apporte finalement des avantages à nous-mêmes. Regarder d’abord pour sa propre nation, c’est du nationalisme. Comme si nous avions plus de valeur que les autres nations! Aujourd’hui justement, avec la misère croissante dans le monde, les nations prospères ne peuvent pas dire qu’elles doivent d’abord regarder pour elles-mêmes. La conséquence en est par exemple la faim et la mort.

Chaque être humain dans le monde a la même valeur.

Nous avons également la possibilité d’agir vis-à-vis de la génération de nos enfants et petits-enfants. Comme ils ont eux aussi besoin de bases vitales intactes, nous sommes invités à préserver la Création.

Une révolution des valeurs

Rechercher le bien de son prochain en même temps que son propre bien, tel était le message révolutionnaire. Il signifie aussi le rejet de l’égocentrisme et de l’égoïsme. Et c’est une épine dans le pied du courant dominant et de l’économie qui – très librement inspirée d’Adam Smith – affirme qu’il est préférable pour tous que chacun poursuive d’abord ses propres intérêts.

Or, nous projetons souvent nos propres désirs sur nos proches, même si ceux-ci ont peut-être d’autres priorités. L’amour du prochain signifie ici regarder de plus près, connaître vraiment les gens et leurs joies et leurs besoins. Ou alors, nous pensons en termes de groupes et d’idées préconçues. Il peut s’agir de préjugés empreints de méfiance. Là aussi, il s’agit de regarder de plus près, sans préjugés, et d’établir, lorsque c’est possible, de véritables relations. L’amour du prochain signifie ici d’être réellement à l’écoute de son prochain.

Cela implique également de se poser la question du pourquoi : D’où viennent les opinions, les comportements et les besoins de nos proches ? Ces derniers peuvent être basés sur des conditions inégales ou avoir des causes structurelles, ce qui peut rendre un examen plus attentif désagréable. Car cela peut remettre en question notre propre position et notre prospérité. Sommes-nous prêts à le faire ? C’est la conséquence du verset : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Donc pas moi d’abord, et si cela suffit, le prochain aussi. C’est pourquoi Dieu nous demande de protéger le droit des pauvres et de prendre soin d’eux. Il n’y a donc pas de « ou bien ou bien » !

Mais nous sommes passés maîtres dans l’art de construire des idéologies de justification pour ne pas devoir aider ou partager : « Il est paresseux », « C’est de sa faute », « C’est mieux pour lui si je n’aide pas ». Tout cela peut être vrai dans certains cas, mais nous l’utilisons très souvent. Les préjugés sont agréables, car ils nous soulagent.

Qui a particulièrement besoin de notre amour ?

Qui a particulièrement besoin de l’amour du prochain ? L’Ancien et le Nouveau Testament ne cessent d’appeler avec insistance à la protection des veuves, des orphelins, des pauvres, des miséreux, des petits, des étrangers, etc. Aux yeux de Dieu, ils ont particulièrement besoin de protection. Dans l’Ancien Testament, il est régulièrement fait référence au fait que des personnes se retrouvent endettées et donc en situation d’esclavage pour dettes en raison des circonstances. Ils sont ainsi à la merci des « forts ». Les prophètes ont accusé le peuple d’Israël de voir les forts tenter de faire plier le droit des faibles au lieu de les aider à faire valoir leur droit.

Une attention particulière a été portée aux pauvres, en faveur desquels de nombreux appels ont été lancés (par exemple : « Il ne devrait absolument pas y avoir de pauvre parmi vous » 15.15.4). Bien sûr, Jésus dit dans le Nouveau Testament qu’il y aura toujours des pauvres. Mais il s’agit là d’une affirmation descriptive et non de ce que Dieu souhaite. C’est pourquoi, dans l’ancien Israël, la dîme était aussi utilisée pour les pauvres et ceux-ci avaient droit au glanage et, tous les sept ans, au fruit d’un champ. Des dispositions structurelles – même si elles n’étaient que rarement appliquées – devaient également assurer la justice et la redistribution, afin que les familles puissent se débarrasser de leur servitude pour dettes et se prendre à nouveau en charge. Il s’agit ici aussi d’éradiquer les désavantages et de donner les mêmes chances de vie.

Faire entendre sa voix

L’amour du prochain signifie aussi s’engager en faveur des défavorisés : « Ouvre ta bouche pour le muet, pour le droit de tous les faibles ! Ouvre ta bouche, juge avec justice, fais droit au malheureux et au pauvre ». (Proverbes 31.8-9)

Qui sont aujourd’hui ceux qui ont le plus besoin de notre voix ? Qui sont les impuissants, les plus vulnérables, les plus misérables, ceux qui vont le plus mal ? Les personnes vivant dans la pauvreté ? Les enfants qui sont plus touchés par la pauvreté que la moyenne, qui ressentent de plus en plus de pression à l’école et qui sont ballottés ? Les migrants, considérés comme un danger ? Les personnes handicapées ? Les moins instruits, qui ont du mal à suivre le rythme ? Ou tout simplement moins performants ? Il est de notre devoir d’aider ces personnes défavorisées à faire valoir leurs droits et à obtenir des chances de vie équitables. Cela peut se faire par exemple par une redistribution, par un renforcement, par un accès égal à la justice, etc. Ils ne sont certes pas totalement privés de voix, mais ils ne sont tout simplement plus entendus dans notre système, où la taille du mégaphone et la position de pouvoir sont déterminantes pour l’influence. Car là où un milliardaire peut s’acheter un média, il a bien plus d’influence que des dizaines de milliers de personnes.

Qu’est-ce que cela pourrait signifier concrètement ?

Par exemple dans le domaine matériel : veiller à ce que les salaires et les allocations familiales soient suffisants pour faire vivre une famille. Dans le cadre de l’aide sociale, ne pas se contenter de verser aveuglément de l’argent aux personnes concernées, mais regarder de plus près et évaluer ce dont la personne a besoin pour se remettre sur pied : Reconversion professionnelle ? D’un soutien psychologique ? Un meilleur réseau ? A Winterthur et à Lausanne, on a donc engagé davantage d’assistants sociaux pour qu’ils aient le temps de trouver des solutions avec les personnes concernées. Le succès pour les personnes concernées et la baisse des coûts donnent raison à ce point de vue. On s’en tient ici à la responsabilité individuelle attendue également dans la Bible, mais on crée les conditions pour qu’elle puisse même être assumée.

Nous devrions également accorder une attention particulière aux enfants : « Chacun peut se débrouiller » n’est pas valable pour eux. Les mauvaises situations entravent leur bon développement. Il faut investir dans le dépistage et l’intervention précoces, pour leur avenir et, en fin de compte, pour réduire les problèmes sociaux futurs et les coûts qui en découlent. Nous devons veiller à ce que les conditions soient bonnes et les soutenir en particulier là où les parents ne peuvent pas (ou plus) assumer leurs responsabilités – par exemple lorsqu’ils développent une addiction.

« L’État ne doit pas »

Dans les églises, nous entendons parfois dire que les personnes défavorisées devraient simplement se tourner vers Dieu et que l’État ne devrait pas assumer des tâches de Dieu.

Et pourtant, la politique est une partie de la solution. Car l’amour du prochain ne signifie pas seulement des pansements et des aumônes, mais aussi aborder et modifier les causes structurelles de la détresse et de la misère, comme le demandait également l’Ancien Testament. Nous participons nous-mêmes à la définition de la politique, nous établissons les règles et les structures équitables qui ont un impact sur le bien-être de notre prochain. Nous sommes donc coresponsables des circonstances de notre prochain.

Oui, la miséricorde ne peut pas être simplement déléguée à la politique, mais la miséricorde des seuls chrétiens et églises ne suffit manifestement pas. Nous serons également jugés sur ce que nous n’aurons pas fait (Matthieu 25), et si nous savons qu’une organisation globale – donc aussi par le biais de la politique – peut faire beaucoup plus de bien à notre prochain, alors nous devrions le faire. Il est vrai que beaucoup de gens délèguent malheureusement la miséricorde à l’État, mais en même temps, il existe chez de nombreux chrétiens une tendance à ne se préoccuper que de leur propre salut et à déléguer simplement à Dieu le bien-être de leur prochain.

Chaque être humain est créé par Dieu et a la même valeur.

L’amour du prochain signifie également reconnaître que chaque être humain est créé par Dieu et aimé de la même manière. Cela exige d’accorder à chaque être humain la même valeur et donc la même attention, le même respect et les mêmes chances dans la vie.

Dans nos relations personnelles, Matthieu 7.12 nous offre un bon guide : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux ! C’est la loi et les prophètes ». Dans les relations sociales, cela signifie également traiter les autres groupes et nations comme nous attendons d’eux qu’ils soient traités. Mais cela est très souvent occulté par la peur des « autres » et des « étrangers ». C’est pourquoi nous devrions veiller à ne pas nous déchaîner contre eux en leur attribuant des choses malveillantes dont nous n’avons en fait aucune idée. C’est toujours l’origine de la persécution. C’est pourquoi Jésus parle aussi d’amour des ennemis. Or, c’est précisément de cela que nous semblons nous éloigner aujourd’hui plus que jamais : nous évoluons dans nos bulles Internet et sommes de plus en plus confortés dans nos « vérités » et dans notre pensée de groupe. Les « autres » nous deviennent ainsi de plus en plus incompréhensibles et représentent un danger pour nous.

Vers la loi du plus fort ?

La justification de sa propre prérogative concerne tous les groupes de la société. Mais ce sont les plus forts qui ont le plus de chances de s’imposer. Aux États-Unis, sous la présidence de Trump, nous assistons aujourd’hui à un déchaînement des « forts ». De nombreux puissants en matière d’argent ou d’énergie ne sont plus disposés à se laisser limiter au profit des prochains. Dans le cadre des inégalités de pouvoir croissantes, les coûts d’opportunité leur semblent trop élevés : les restrictions (légales) les empêchent de déployer pleinement leurs ressources. Les idéologies libertaires et l’élimination des « empêcheurs » de la voie libre des forts, comme l’État et la démocratie, ont donc le vent en poupe. De plus en plus, on prône une méritocratie sans égalité des chances et on justifie cela par l’affirmation d’une « supériorité morale » : Ceux qui « se lèvent tôt » s’opposent aux « profiteurs ».

Les défenseurs de ces tendances, comme Elon Musk ou Donald Trump, ont déjà déclaré ouvertement qu’ils n’avaient aucune empathie pour les « perdants ». L’amour du prochain, l’observation attentive et la compréhension qui en découle ne sont pas des options pour eux. Le seul critère pour eux, c’est la force. Cela transparaît dans toutes les déclarations sur leurs opposants. Elon Musk est également un partisan de l’élevage de surhommes qui formeront une future caste dirigeante.

Il n’est donc que logique qu’aux États-Unis, tous les programmes de compensation des désavantages soient affaiblis, voire supprimés. Dans leur idéologie de la force, les dirigeants actuels y attachent une telle importance qu’ils imposent également aux entreprises étrangères qui souhaitent travailler aux États-Unis la suppression de ces programmes et interdisent aux universités de mener des recherches ou d’enseigner sur les inégalités. La logique du « survival of the fittest » est l’une des raisons pour lesquelles toutes les aides aux pays pauvres, l’aide humanitaire, le soutien aux organisations internationales et les programmes de vaccination ont été supprimés par Musk et Trump, ce qui a même mis en colère le ministre conservateur des affaires étrangères Rubio, qui a été écarté de ces décisions. En raison de l’absence d’aide, on peut s’attendre à des centaines de milliers de décès d’enfants et d’adultes. L’hécatombe a déjà commencé.

Les plus forts doivent régner, une idée qui était déjà répandue dans les années trente du 20e siècle. Aujourd’hui déjà, les personnes les plus faibles de la société sont dévalorisées dans certains cercles et même considérées comme un fardeau. L’euthanasie n’est plus très loin. Entre-temps, aux Etats-Unis, les droits électoraux sont limités, la diffusion d’idées et de faits désagréables par les universités est interdite, de nombreux hommes et femmes politiques sont achetés par Elon Musk et rendus dépendants, et de plus en plus de médias sont mis au pas (comme le Washington Post, CBS, etc.).

Sommes-nous encore, nous chrétiens, les représentants de l’amour du prochain ?

Dans les milieux chrétiens, les personnes défavorisées ou plus faibles sont souvent simplement renvoyées vers Dieu (« Dieu va les aider, ils n’ont qu’à prier »). Comme s’ils méritaient la misère s’ils ne prient pas assez ! En revanche, la Bible nous invite à veiller nous-mêmes à la justice, à l’aide et au partage de nos richesses.

Devant Dieu, ce n’est pas le droit du plus fort qui prévaut, mais la valeur égale de chaque être humain et le droit égal d’être entendu, de participer aux décisions et de prendre part. Le droit du plus fort est donc le contraire de l’amour du prochain. Comment pouvons-nous la décrire pour qu’elle soit comprise par le public ? Par exemple avec des aspects qui y sont inclus : Empathie, compassion, miséricorde, respect, altruisme, etc. Elle est pour les gens et non contre les gens. Elle est contre le règne du plus fort, des intérêts et du « tout est à vendre ». C’est le sens d’être le sel de la terre. Le sommes-nous encore ?

Liens pour lire la suite :

– Politique de l’amour du prochain : https://christnet.ch/fr/appel-electoral-de-christnet-votons-pour-lamour-du-prochain/

– Politique familiale : https://christnet.ch/fr/permettre-a-la-famille/

– Traitement des plus faibles : https://christnet.ch/fr/notre-attitude-envers-les-plus-faibles/

Photo de fond du collage de Marlis Trio Akbar sur Unsplash

Lesezeit / Temps de lecture ~ 3 min

Les demandeurs d’asile déboutés qui ne peuvent pas retourner dans leur pays d’origine sont en quelque sorte jetés dans des centres de retour. Leur sort est ainsi comparable à celui des anciennes victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance, que la Suisse a récemment indemnisées.

Plusieurs milliers de victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance vivent encore aujourd’hui en Suisse, la plupart dans le canton de Berne. Jusqu’en 1981, il existait, sur la base de l’ancien droit civil, deux formes de ces mesures de contrainte : Les enfants placés, qui étaient placés hors de leur famille, et les personnes placées administrativement, qui étaient envoyées sans jugement dans des établissements, des foyers de travail ou des prisons. L’injustice subie par ces personnes est reconnue par l’Etat : Jusqu’à fin 2023, l’Office fédéral de la justice a versé une indemnisation à plus de 10 600 personnes concernées. C’est réjouissant, mais il est tout aussi important que la Suisse tire les leçons de ce chapitre sombre de son histoire.

Mais cela ne semble pas être le cas, car dans les centres de retour de notre pays, des personnes – enfants, femmes et hommes – sont parquées pendant des mois et des années. Il s’agit de demandeurs d’asile renvoyés qui ne peuvent pas être contraints de retourner dans leur pays d’origine en raison des conditions politiques précaires qui y règnent. Ils restent donc dans les centres de retour et y sont en quelque sorte éliminés. L’histoire se répète-t-elle ici ?

Le sociologue Zygmunt Bauman, aujourd’hui décédé, disait déjà en 2015 à propos des camps de réfugiés tels que nos centres de retour : « Être placé dans un tel camp signifie être expulsé du monde et de l’humanité … Les chemins du retour vers la patrie perdue sont barrés. Les occupants des camps sont privés de toutes les caractéristiques de leur identité, à une exception près : le fait qu’ils sont des réfugiés. Sans État, sans maison, sans fonction, sans papiers. Ils sont durablement marginalisés et se trouvent également hors la loi … »


L’histoire se répète-t-elle ?


On a du mal à l’imaginer, mais c’est une réalité : en Suisse, des familles entières vivent pendant de longues périodes dans des centres de retour, enfermées dans un espace très restreint. Elles vivent dans une forme de semi-détention : si elles font un pas hors du centre de retour, elles risquent à tout moment une amende, voire une incarcération pour séjour illégal. Ils vivent dans la crainte permanente de la répression des autorités.

Nos autorités cantonales en matière d’asile sont confrontées à une tâche quasiment insoluble lorsqu’il s’agit de requérants d’asile renvoyés qui ne peuvent pas être renvoyés sous la contrainte, car personne ne retourne actuellement de son plein gré en Érythrée, en Iran ou au Tibet.

Dans les milieux politiques, cette pratique condamnable du point de vue des droits de l’homme est connue, mais personne ne veut se brûler les doigts avec la politique d’asile. Après tout, une politique d’asile restrictive est un gage de voix électorales. Même nos Eglises nationales ne s’engagent pas publiquement et courageusement dans cette affaire : on ne veut pas effrayer les contribuables de l’Eglise et on agit depuis peu de la manière la plus neutre possible sur le plan politique. Il semble que notre Eglise agisse de la même manière que la Suisse politique sur les thèmes brûlants des droits de l’homme. L’argent passe avant la morale. La brutalité avec laquelle ces personnes sont traitées laisse des traces dans notre société. Il faut prendre au sérieux les paroles de Karl Kopp, militant allemand des droits de l’homme : La dignité humaine et les droits de l’homme, réponses civilisationnelles à la barbarie, doivent être défendus.

Des images : Centres de retour | AAZZ