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Alors que les réseaux sociaux favorisent la polarisation et les bulles d’opinion, les Églises hésitent à aborder des sujets controversés par crainte de divisions. Dans cet article, Jean-David Knüsel, membre de longue date de ChristNet, propose aux chrétiens des pistes pour retrouver le plaisir d’échanger leurs opinions avec leurs frères et sœurs.

Parmi les crises que nous traversons se trouve une crise du dialogue. Elle se manifeste d’un côté par les bulles d’information, le fait de côtoyer principalement du contenu ou des personnes partageant nos opinions. On découvre alors beaucoup moins des points de vue ou vécus qui pourrait déstabiliser et faire grandir notre positionnement. D’un autre côté, contradictoire en apparence seulement, on assiste à des prises de positions polarisées, tranchantes, excluantes, catégorisant les personnes sur des opinions: woke – antiwoke, végan, antivax, complotiste, fasciste, … On se retrouve alors à expérimenter principalement un dialogue improductif voire violent entre personnes de bulles différentes, cela régulièrement en ligne, mais parfois aussi dans nos interactions. On perd donc de plus en plus goût et foi au dialogue humain, qui est pourtant parmi les plus belles choses à vivre pour des relations fécondes pour nos parcours et nos liens, comme pour la santé d’une démocratie.

Lors de la journée de la Plateforme du Christianisme Solidaire de 2024, un groupe de travail s’est constitué avec l’objectif de promouvoir le dialogue humain direct. Il a élaboré un flyer à imprimer chez soi, qui thématise l’enjeu et donne quelques pistes et outils pour mieux vivre le dialogue là où il est menacé. Il est disponible ici. Un outil à lire et partager pour retrouver et redonner goût au dialogue.

Impulsions données par une émission de télévision

Dans la même visée, le groupe de travail a été encouragé par une démarche audacieuse et plutôt bien réussie entreprise par une équipe de production de la RTS: la série d’expériences de téléréalité « Week-end »: « Weekend à la ferme » (sur le véganisme), « Guerre des sexes au chalet » (féminisme), et « Weekend entre ennemis » (wokisme). Chaque fois quatre personne dans chaque camps, aux profils très différents, vivent ensemble un weekend, en partageant les repas, animations et temps d’échange, pour expérimenter et donner à voir un dialogue humain. On n’y découvre pas que des arguments, mais surtout des personnes, avec leur histoire, et parfois un respect profond ou des liens innattendus qui peuvent se tisser.

Peur des divisions

Cette menace posant sur le vécu du dialogue dans la société pose aussi la question du vécu du dialogue dans l’église. La plupart des églises évitent d’évoquer directement dans les temps communs les sujets sensibles, par crainte de créer des divisions. La crainte est sans doute légitime, mais ne pas en parler est-ce une solution? Le risque n’est-il pas d’empêcher que des sujets de préoccupations importants dans la vie des fidèles ne soient pas exposés à la lumière que peut porter dessus l’évangile? D’arriver au final à une foi très abstraite, en exprimant ensemble que des mots dont le sens est déconnecté des principaux enjeux actuels? De favoriser la vulnérabilité des fidèles à toutes les idéologies circulantes?

Les Églises sont appelées à vivre l’unité dans la diversité

Pourtant les églises ont un réel potentiel de témoigner d’un dialogue fécond dans une société qui en a cruellement besoin aujourd’hui. En effet, l’église est appelée à réunir des générations différentes, des milieux sociaux et des cultures différentes, autour de la personne du Christ. Jésus a donné des bases si belles et solides pour vivre l’unité dans la diversité pour celles et ceux qui se sont mis à sa suite. En brassant des sensibilités divergentes dès la première communauté de disciples, Jésus appelle son église à expérimenter et témoigner d’une unité qu’on pourrait qualifier de surnaturelle. Pour cela il enseigne l’humilité en exigeant de demander et d’accorder quotidiennement le pardon. Il met l’amour qui se met librement au service de l’autre au-dessus de toute autre valeur. Et surtout il se donne lui-même par son Esprit à vivre dans l’intimité en communion à chaque croyante et croyant. On peut alors expérimenter dans nos relations, à travers les cultures et les générations, ce même Christ qui habite en l’autre et nous relie. On découvre être frère, soeur, un, en connaissant, en vivant, ce même Christ, d’une manière différente et similaire à la fois. Face à tout cela, est-ce qu’une perception différente sur le “wokisme” devrait nous faire peur? Osons échanger dans l’humilité avec nos frères et soeurs dans la foi sur les sujets sensibles et importants et cherchons ainsi à grandir en pertinence et dans l’unité en Christ.

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Photo de Chris Sabor sur Unsplash

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Dans une première partie consacrée au même sujet, publiée le 18 décembre 2025, notre auteur s’est penché, d’un point de vue sociologique, sur la question de savoir pourquoi les chrétiens soutiennent régulièrement des figures autocratiques. Il approfondit désormais le sujet d’un point de vue théologique.

Vu de l’extérieur, ce phénomène semble étrange : c’est précisément dans les milieux religieux, qui prônent l’amour du prochain, la miséricorde et les enseignements de Jésus, que les politiciens autoritaires trouvent souvent leurs plus fidèles partisans. Cela est particulièrement évident aux États-Unis, où une grande partie du mouvement évangélique considère Donald Trump comme un « instrument de Dieu ».
La question n’est pas seulement politique, mais aussi profondément théologique : pourquoi les croyants sont-ils enclins à faire confiance aux dirigeants autoritaires ? Et comment cette tendance peut-elle être examinée d’un point de vue chrétien critique ?

  1. L’attrait de l’autoritarisme : quand le pouvoir inspire confiance sur le plan religieux
    Depuis des années, les théologiens et les sociologues des religions soulignent que certaines images de Dieu influencent le comportement politique. Dans le contexte de l’Ancien Testament en particulier, Dieu apparaît comme un souverain universel, un roi qui combat, juge et exige une loyauté absolue (cf. Ps 2). Cette conception du pouvoir procure un sentiment de sécurité et d’identité – et elle est profondément ancrée dans la tradition chrétienne.
    Pour de nombreux croyants, cela crée une familiarité intuitive avec le pouvoir absolu. Pour ceux qui croient en un souverain souverain, un leader politique fort ne semble pas étrange au premier abord, mais plutôt structurellement familier. Si celui-ci utilise en outre une rhétorique religieuse, il apparaît souvent comme le représentant terrestre de l’ordre divin. Le lien entre autoritarisme religieux et autoritarisme politique n’est donc pas inévitable, mais explicable.
  2. La piété légaliste et la traduction politique de « Law and Order »
    La Torah, un système complexe de commandements, de prescriptions et de normes morales, est au cœur de la conception du monde et de Dieu dans l’Ancien Testament. La vie religieuse d’Israël était marquée par des frontières claires, des exigences morales et une structure normative forte. Le psaume 119 célèbre cet ordre divin dans de nombreux versets. Cette empreinte morale et normative se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux milieux chrétiens conservateurs. Dans ces milieux, l’action politique est évaluée sous l’angle de la préservation de l’ordre moral.
    Lorsqu’un homme politique annonce des règles claires, une application stricte et une discipline morale, il répond à un besoin familier dans le domaine religieux. La complexité et l’ambiguïté, conditions fondamentales d’une société pluraliste, sont en revanche perçues comme menaçantes ou pour le moins dérangeantes. Il en résulte une affinité pour les politiciens qui utilisent une logique manichéenne : ils semblent moralement cohérents, tandis que les politiques nuancées sont souvent perçues comme faibles ou floues.
  3. La peur comme catalyseur théologique
    Les recherches sur l’autoritarisme politique montrent que plus l’incertitude est forte, plus le désir d’ordre est grand. Les chrétiens ne font pas exception à la règle, bien au contraire : les milieux religieux réagissent de manière particulièrement sensible aux changements sociaux qui semblent remettre en question l’orientation morale, les structures familiales ou l’identité culturelle. La migration, la mondialisation, les changements moraux ou l’accélération technologique peuvent être perçus comme une menace. C’est précisément dans ces moments-là que « l’homme fort » devient attrayant. Il ne promet pas le dialogue, mais la décision. Pas des processus, mais des résultats. Pas de complexité, mais de la clarté.
    Cela rappelle fortement les expériences religieuses d’orientation et de guidance – mais sans leur profondeur spirituelle. Le parallèle est toutefois trompeur : alors que l’orientation divine se caractérise par l’amour et le pardon, la politique autoritaire repose généralement sur la peur et la ségrégation.
    Les cultures religieuses, caractérisées par une forte orientation vers la loi, des prétentions à la vérité absolue et une image hiérarchique de Dieu, ont tendance à accepter les structures autoritaires dans le monde entier. C’est pourquoi le phénomène du piège du dictateur est également perceptible dans d’autres religions et cultures, telles que l’islam ou l’hindouisme.
    Le national-socialisme en Allemagne a montré à quel point ce modèle peut être dangereux. Sous la République de Weimar, les chrétiens craignaient non seulement l’instabilité économique et politique, mais aussi la décadence morale et le chaos social. L’attitude autoritaire d’Hitler, sa promesse d’ordre et de restauration nationale ont trouvé un écho favorable auprès de nombreux chrétiens. L’« Église confessante » était minoritaire. La majorité a adhéré, activement ou tacitement, à un régime qui, d’un point de vue chrétien, contredisait sans ambiguïté l’esprit du Christ.
  4. La correction christologique : pourquoi Jésus est le contre-modèle du leader autoritaire
    Le point spirituel décisif est le suivant : l’éthique politique chrétienne ne peut être dérivée du concept de domination de l’Ancien Testament. Elle doit être fondée sur le Christ. Cela signifie que Jésus est au centre de la formation du jugement politique.Le Nouveau Testament présente un Messie
    · qui renonce au pouvoir au lieu de l’instrumentaliser,
    · qui refuse la violence au lieu de la légitimer religieusement,
    · qui recherche les groupes marginaux au lieu de les exclure,
    · qui aime ses ennemis au lieu de les détruire,
    · qui recherche le dialogue au lieu de durcir les fronts,
    · qui renonce au sacrifice au lieu d’exiger des sacrifices.Le nettoyage du temple – souvent utilisé à tort pour justifier la « colère sacrée » – est, d’un point de vue théologique, une exception et non un principe. Le pouvoir de Jésus n’est pas autoritaire, mais doux, non pas dominateur, mais au service des autres. Jésus représente ainsi un contre-modèle radical aux figures autoritaires.
  5. Conséquences pour la formation du jugement politique des chrétiensLes chrétiens sont invités à prendre des décisions politiques non pas par peur, nostalgie ou alarmisme moral, mais par maturité spirituelle. Cela signifie :
  • Auto-évaluation critique
    Quelles sont mes préférences politiques qui sont dictées par la peur ?
Lesquelles sont dictées par mon besoin de contrôle ?
Lesquelles sont dictées par mon image de Dieu ?
  • Le Christ comme clé herméneutique
    Le style de gouvernance et de vie d’un homme politique correspond-il à celui de Jésus ?
Traite-t-il les faibles avec dignité ?
Promouve-t-il la vérité, la miséricorde et la justice ?
  • Sensibilité à l’abus de pouvoir
    La foi chrétienne est fondamentalement critique à l’égard du pouvoir humain.
Quiconque accumule du pouvoir doit donc être évalué avec une attention particulière.
  • Promotion des vertus démocratiques
    Le dialogue, le pluralisme et le compromis ne sont pas des faiblesses, mais le reflet de la dignité humaine. Ils correspondent à la manière dont Jésus prend les gens au sérieux, même ses adversaires.
    Les chrétiens ne tombent pas dans le piège des dictateurs parce qu’ils seraient mauvais ou irréfléchis. Ils y tombent parce que certains modèles religieux peuvent être détournés à des fins politiques : le besoin d’ordre, le désir d’orientation et la peur de l’inconnu. Le moyen de sortir de ce piège ne passe pas par l’idéologie, mais par la théologie. Par Jésus-Christ. Par sa manière de régner. Par sa manière d’être humain. Ceux qui le suivent ne vénèrent pas le pouvoir sans discernement. Ceux qui le contemplent ne font pas de la peur leur référence, mais de l’amour. Et ceux qui le prennent au sérieux voient clair dans toute forme de séduction autoritaire.

PodcastCet article est basé sur un épisode de podcast datant de 2020.
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Un regard sur l’histoire et le présent le révèle : les chrétiens aiment suivre des dirigeants autoritaires. Quelles en sont les raisons ? Martin Benz se penche sur cette question.

Pourquoi les chrétiens aiment-ils tant élire des dictateurs ? Cette question est bien sûr provocatrice, et je ne veux en aucun cas insinuer que tous les chrétiens agissent ainsi. Il est néanmoins intéressant de constater que parmi les croyants conservateurs, nombreux sont ceux qui ont tendance à voter pour des dirigeants forts ou des autocrates, des personnes comme Trump, qui détiennent la vérité et racontent leur propre histoire.

C’est ce que nous observons actuellement aux États-Unis, où Trump bénéficie d’un fort soutien de la part des « évangéliques blancs ». Ce groupe le soutient sans réserve et représente un important potentiel électoral. Nous avons observé le même phénomène aux Philippines avec le président Duterte, un dirigeant très rigoureux et impitoyable qui a été élu dans le pays le plus catholique du monde avec le soutien de la majorité catholique. Au Brésil, le président Bolsonaro a pu compter sur un large soutien des évangéliques pentecôtistes. Il en va de même pour Poutine en Russie, qui est soutenu par l’Église orthodoxe, ou pour le parti conservateur de droite en Pologne, en collaboration avec l’Église catholique. Malheureusement, nous retrouvons également cette tendance en Allemagne, où de nombreux chrétiens sympathisent avec l’AfD ou votent même pour ce parti.

Quelles en sont les causes ?

À quoi cela est-il lié ? Pourquoi les chrétiens sont-ils si vulnérables au « piège du dictateur » ? Voici trois explications possibles :

  1. La conception de Dieu dans l’Ancien Testament
    D’une part, cela a à voir avec notre conception de la souveraineté de Dieu, qui est fortement influencée par l’Ancien Testament. Dans ce dernier, Dieu se présente souvent comme le souverain absolu : le Dieu tout-puissant, le souverain du monde entier, qui se tient devant son peuple et détruit ou destitue les autres peuples ou dieux. Dans les Psaumes en particulier (par exemple le Psaume 2), nous trouvons des passages qui parlent de cette souveraineté illimitée. Même lorsque les peuples se rebellent, Dieu consolide son règne et met fin à la résistance. Tous doivent se soumettre ; sa volonté est absolue.
    Cette image de la souveraineté absolue de Dieu nous est familière et nous procure un sentiment de sécurité : lorsqu’on appartient à ce Dieu, on est du côté des vainqueurs. Cela a des aspects positifs, tels que la sécurité et le soutien. Mais lorsqu’on s’est habitué à cette forme de souveraineté absolue, une souveraineté terrestre qui a ce caractère « militant » ou absolu nous semble également familière. Un chrétien n’est pas aussi réticent face aux structures autoritaires sur terre. Si un dirigeant suggère en plus qu’il agit au nom de Dieu, de nombreux chrétiens se disent : « C’est un homme dont nous avions besoin. » Même si les libertés sont restreintes ou les minorités opprimées, tant que les chrétiens peuvent pratiquer leur religion, cela est accepté.
  2. Le désir de « loi et ordre »
    Une deuxième raison est que, dans l’Ancien Testament, le règne de Dieu repose fortement sur des lois, des commandements et des prescriptions. Il existe une conception morale élevée, définie par des instructions claires (la Torah). Ce principe de « loi et ordre » est loué dans l’Ancien Testament (par exemple dans le Psaume 119). Les règles sont perçues comme positives et les infractions sont sévèrement punies.
    Lorsqu’un dirigeant terrestre met l’accent sur les règles, les lois et « l’ordre public », cela convient parfaitement aux chrétiens conservateurs. Ils se sentent obligés d’élire quelqu’un qui affiche une « position claire » et qui instaure l’ordre. Un dirigeant qui semble « mou » leur inspire de la méfiance.
    C’est également un problème pour l’Église, qui a pris l’habitude de se poser en moralisatrice. Cela explique pourquoi le scandale des abus sexuels dans l’Église catholique pèse si lourd : ceux qui se présentent comme des moralisateurs et prêchent des règles strictes (par exemple en matière de remariage) perdent énormément de crédibilité lorsque des crimes sont commis dans leurs propres rangs.
  3. Le facteur peur
    Le troisième aspect est étroitement lié au deuxième : la peur. Plus nous nous sentons déstabilisés – que ce soit par le pluralisme, la mondialisation ou des conditions incertaines –, plus nous apprécions le retour de « l’ordre public ». Lorsque le monde devient chaotique et que les anciennes certitudes s’estompent, les gens réclament un « homme fort » qui leur offre une orientation. Ils acceptent que d’autres en fassent les frais, l’essentiel étant que leur propre système d’ordre soit rétabli.
    En période de crise, les pays sont particulièrement vulnérables aux dictateurs. Malheureusement, on se rend souvent compte trop tard qu’on a élu la mauvaise personne, c’est-à-dire lorsque nos libertés sont restreintes. Comme les chrétiens sont habitués à ce que Dieu leur donne des repères et une sécurité grâce à des instructions claires, ils sont moins réticents à l’égard des dirigeants qui se montrent tout aussi autoritaires.

Parallèles historiques et interreligieux

Ce « piège dictatorial » ne concerne pas seulement les chrétiens. D’autres religions ayant une image similaire de Dieu y sont également sensibles, comme l’islam conservateur (par exemple l’État islamique, l’Iran ou la Turquie). Plus les gens sont « pieux », plus ils sont enclins à accepter des formes de gouvernement absolues où la religion et l’État ne font qu’un.

Nous avons également fait cette expérience en Allemagne. Après la Première Guerre mondiale, l’instabilité économique et politique a conduit de nombreux chrétiens à tomber dans le piège du dictateur et à voter pour Adolf Hitler. Seule une minorité au sein de l’Église confessante a compris cela. Pour la plupart, l’idée d’un pouvoir absolu et d’une « ligne claire » n’était pas étrangère.

Je peux facilement dire cela aujourd’hui depuis mon bureau. Je ne sais pas comment j’aurais agi à l’époque et si je n’aurais pas suivi le mouvement. Il est donc d’autant plus important que nous réfléchissions aujourd’hui et que nous comprenions ces mécanismes afin de ne pas retomber dans ce piège.

Jésus comme modèle politique

Je pense que pour notre éducation politique, nous n’avons pas besoin de l’Ancien Testament, mais de Jésus-Christ. Jésus a vécu un tout autre type de règne. Il était modeste, doux et humble de cœur. Son attitude envers les marginaux, les faibles et les pécheurs est pour moi programmatique. Sa critique de l’establishment religieux, qui cherchait à se rapprocher du pouvoir, est également novatrice.

Certains objecteront : « Mais Jésus a chassé les marchands du temple à coups de fouet ! » C’est vrai, mais cette scène est une exception, elle ne reflète pas le programme de sa vie. Ceux qui sont fortement influencés par l’image du souverain de l’Ancien Testament se précipitent sur cette scène, car elle correspond à leur propre vision du monde. Mais en Jésus, nous rencontrons un homme doux qui rejette toute forme de domination violente. Il n’appelle pas des légions d’anges, il ne riposte pas. Il est le pivot de notre éducation politique.

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Cet article est basé sur un épisode de podcast datant de 2020.
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Il existe un dicton selon lequel toute fête peut être gâchée dès lors que l’on commence à débattre de politique ou de religion. Mieux vaut donc éviter de mélanger les deux. Mais cela vaut-il également pour notre époque mouvementée ?

Nous vivons une période troublée sur le plan politique. Cela soulève la question suivante : être chrétien de manière crédible exige-t-il aujourd’hui une conscience et un engagement politiques accrus ? La profession de foi en un Dieu qui se présente à nous comme le créateur du monde nous oblige en fait à avoir une relation consciente avec ce qui se passe dans ce monde. Et le commandement de l’amour du prochain est aussi automatiquement une question politique. Car nous ne vivons pas pour nous-mêmes, mais sommes intégrés dans une société dont la forme est toujours négociée politiquement.

Négocier le cadre politique

Pour les chrétiens, le thème de la foi et de la politique reste néanmoins un terrain miné. Nous ne pouvons nier que l’interaction entre l’Église et le pouvoir politique a engendré de la violence et souvent déformé l’Évangile de manière grotesque. Et aujourd’hui encore, la question « Que dirait Jésus à ce sujet ? » pourrait facilement donner lieu à une discussion critique sur le rôle d’un nationalisme chrétien chez des présidents tels que Poutine ou Trump.
L’espace politique décrit la diversité des processus par lesquels nous organisons notre coexistence en tant qu’êtres humains. Comme les êtres humains ne sont pas automatiquement libres, égaux et dotés d’un discernement mature, les divergences d’opinion et les déséquilibres de pouvoir sont inévitables. La négociation de ces conflits, qui n’est pas toujours pacifique, donne naissance à un système politique qui institutionnalise les rapports de force et cherche à les préserver. Les conflits se déroulent alors dans le cadre du processus politique. Si celui-ci échoue, la violence peut reprendre.

La religion, avec une interprétation sur mesure, a souvent été utilisée comme un instrument de pouvoir afin de garantir, en invoquant un « ordre divin », non seulement les sources du pouvoir – « par la grâce de Dieu » –, mais aussi la docilité des dominés. Seule la sécularisation a séparé ces sphères. Dans la mesure où les systèmes politiques garantissent la liberté de croyance et de conscience, les croyants devraient aujourd’hui non seulement respecter cela, mais aussi l’apprécier. L’interdépendance avec le pouvoir politique n’a jamais été bénéfique au message de l’Évangile.

Qu’est-ce que la politique chrétienne ?

Mais le fait de reléguer la foi dans la sphère purement privée crée une tension. La foi chrétienne n’est pas une promesse individuelle de bonheur et de salut. Elle débouche sur une éthique sociale qui découle de l’appel à une relation d’amour avec son prochain et donc aussi avec le monde. Le fait que des personnes comme Martin Luther King Jr., Dietrich Bonhoeffer, Dorothy Day et bien d’autres se soient engagées avec passion pour changer le monde, portées par leur foi, et aient parfois payé de leur vie cet engagement, en fait à juste titre des modèles. Mais la foi elle-même est souvent source de conflits politiques et de violence.

Le nombre d’interprétations contradictoires des Écritures et d’orientations théologiques rend difficile l’esquisse d’une position politique pouvant être clairement qualifiée de « chrétienne ». Dans certaines formes de ce qu’on appelle « l’évangile de la prospérité », la richesse personnelle est considérée comme une bénédiction divine et la pauvreté des autres comme un manque de bénédiction. D’autres s’inspirent de Matthieu 25,40 : « En vérité, je vous le dis, dans chaque fois que vous avez servi l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Certains chrétiens considèrent les ressources fossiles comme un don divin et leur consommation effrénée comme la volonté de Dieu. D’autres s’inspirent du commandement de préserver la création. Certains déduisent de la Bible une « solidarité inconditionnelle avec Israël », d’autres encore leur engagement en faveur des droits humains des Palestiniens.

Sans vouloir juger de la pertinence théologique respective : nous avons tendance à transposer notre vision du monde et de l’humanité, qui est souvent déjà teintée de politique, dans la Bible, puis à la laisser nous confirmer dans nos convictions. Pour justifier notre engagement politique, nous utilisons alors de manière sélective les passages qui nous conviennent.

Faut-il donc renoncer à la politique chrétienne et choisir plutôt la voie proposée par la laïcité, celle d’une foi purement privée ?

La politique de Jésus nous interpelle

Or, l’invitation à suivre le Christ ne se limite pas à une formule de confession. La vie de Jésus ne doit pas seulement nous permettre de découvrir les traits de caractère de Dieu, mais aussi, à travers son exemple, de déterminer comment nous voulons façonner notre relation à Dieu, à notre prochain et au monde. La question bien connue « Que ferait Jésus ? » ne nous fournit bien sûr pas de réponses concrètes pour toutes les situations de la vie quotidienne, y compris les questions politiques. Mais tout comme le Christ lui-même utilise souvent des paraboles et nous laisse jusqu’à aujourd’hui le soin d’en comprendre le sens profond, une foi sérieuse implique toujours de se laisser interpeller par le Christ.

Se laisser interpeller par le Christ signifie remettre en question ses propres préjugés de manière critique. La manière dont Jésus lui-même a vécu et traité ses semblables nous enseigne une éthique sociale qui devient inévitablement politique. Selon la situation, cela amènera les gens à adopter certaines positions politiques et à s’engager en conséquence. Il est possible que cela ne corresponde pas toujours à ce que d’autres en déduisent.

Éviter les durcissements

On peut le regretter, mais cette diversité exprime peut-être quelque chose de la liberté et de la vivacité de la foi. Car le défi reste de ne pas laisser une position politique fondée sur la foi se transformer en idéologie ou en programme politique rigide. Chaque fois que le christianisme l’a permis, le Christ lui a fait échec à un moment ou à un autre. Le Christ ne peut être accaparé : c’est nous qui devons être accaparés ! Cela signifie que, quelle que soit la force avec laquelle je crois être parvenu à une position politique définitive grâce à ma foi, je dois sans cesse me confronter à la nature de Dieu révélée dans le Christ. C’est un processus vivant qui ne s’arrête jamais, tout comme dans un mariage, le « oui » ne se prononce pas une seule fois lors de la cérémonie, mais doit être répété sans cesse dans la pratique.
Cela est d’autant plus vrai que la politique motivée par la religion d’autres personnes, qui ne nous convient pas, nous montre qu’il existe de nombreuses interprétations et que la probabilité que nous seuls ayons raison est plutôt faible.

La politique chrétienne n’est pas arbitraire

Même si la gauche comme la droite, la monarchie, la dictature et même les démocraties peuvent parfois se référer à la Bible, cela n’entraîne pas pour autant un relativisme politique. Avec l’humilité de savoir que nous n’avons peut-être pas toujours clairement la vérité de Dieu de notre côté, nous sommes en accord avec les passages clés de notre tradition : nous « luttons avec Dieu » comme Jacob. Nous admettons, comme Job, que beaucoup de choses nous laissent perplexes. Nous désespérons avec le Christ à Gethsémani : « Que ta volonté soit faite. » Et pourtant, Dieu ne reste pas un mystère insondable lorsqu’il s’agit de notre attitude envers le monde et notre prochain. Suivre le Christ, c’est s’inspirer autant de ses actes envers son prochain que de ses enseignements.

Un christianisme compris de manière holistique ne peut pas se soustraire aux questions politiques. Mais il ne peut pas non plus ignorer que le mélange de la foi et de la politique a souvent eu des conséquences désastreuses au cours de l’histoire, et que nous avons encore aujourd’hui tendance à choisir nos convictions politiques en fonction de notre foi. Mais s’il existe une ligne directrice qui nous corrige sans cesse, c’est bien une personne centrale : Jésus-Christ lui-même.

Cet article a été publié pour la première fois sur Insist.

Photo de couverture par Lummi.ai

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Quel rapport entre la pauvreté, la justice et les conflits armés ? Le prophète Michée apporte une réponse intéressante à cette question, comme l’écrit Salomé Richir-Haldemann, coordinatrice de StopPauvreté.

À StopPauvreté, quand nous avons choisi le thème de « Transformer les épées en socs de charrue », nous avons reçu quelques retours étonnés. Pourquoi parler tout à coup de paix ? Quel est le rapport avec la pauvreté ? Pourquoi nous éloigner ainsi de notre sujet central ? Mais la question des conflits armés est très liée avec les questions de pauvreté et de justice, et ce depuis des milliers d’années. Il y a plus de 2500 ans, les prophètes bibliques se faisaient déjà l’écho de ce lien :

1 « Un jour viendra où la montagne de la maison du Seigneur sera fermement établie au sommet des montagnes, et elle se dressera au-dessus des collines. Alors des peuples afflueront vers elle. 2 Des foules nombreuses s’y rendront et diront : “En route ! Montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob ! Il nous enseignera ce qu’il attend de nous, et nous suivrons ses chemins.” En effet, c’est de Sion que vient l’enseignement du Seigneur, c’est de Jérusalem que nous parvient sa parole. 3 Il rendra son jugement entre une multitude de pays, il sera un arbitre pour des peuples puissants, même lointains. Avec leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et avec leurs lances ils feront des faucilles. On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. 4 Chacun cultivera en paix sa vigne et ses figuiers sans que personne l’inquiète. » C’est le Seigneur de l’univers lui-même qui parle.

Ce court passage est commun aux livres d’Ésaïe (2.2-4) et de Michée (4.1-5). Les deux prophètes étaient quasiment contemporains et prophétisaient à la même époque : celle des invasions assyriennes (environ 740 à 690 av. J.-C.). Ils n’ont en revanche pas le même public. Ésaïe est un citadin et s’adresse plutôt au roi, à la cour, tandis que Michée vient de la campagne et parle aux bourgeois et au peuple.1

Michée dépeint une vision d’espérance, un avenir radieux où toutes les nations vont à la montagne du Seigneur pour qu’il leur enseigne ce qu’il attend d’elles. Et quand les nations vivent selon ce que Dieu leur a enseigné, deux marqueurs apparaissent : les peuples (même puissants) transforment leurs armes de guerre en outils agricoles, et chacun cultive en paix sa vigne et ses figuiers.

Les deux paix

Ces deux marqueurs conjuguent une vision de paix politique, mondiale : « On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. » Et une vision de paix intime, quotidienne : « Chacun cultivera en paix sa vigne et ses figuiers sans que personne l’inquiète. ». Cultiver en paix sa vigne et ses figuiers, c’est l’espoir le plus fondamental d’Israël. On le retrouve dans plusieurs autres passages de la Bible (1R 5.5, 2R 18.31, Za 3.10)

« On ne lèvera plus l’épée un pays contre l’autre, on ne s’exercera plus à la guerre. »

Ce que dit ce texte, c’est que la paix politique et la paix personnelle dépendent l’une de l’autre. Qu’il n’y aura pas de bien-être personnel sans mettre fin à la militarisation. La poursuite de la sécurité par la guerre, la quête de ressources énergétiques pour les armes, tout cela doit être démantelé pour que les rêves personnels de paix puissent se réaliser. En effet, la guerre est avide de ressources, d’argent, de nourriture, et elle ne peut exister qu’en confisquant les biens personnels qu’elle dit protéger. Et à l’inverse, les armes ont besoin d’inégalité pour être légitimes : elles servent avant tout ainsi à garantir un arrangement inéquitable, à renverser ce même arrangement, ou simplement à prendre ce qui appartient aux autres. Pour pouvoir abandonner les armes, il faut que l’arrangement de base soit équitable. Il faut donc aussi abandonner les appétits surgonflés.

Interroger la consommation

Le désarmement n’est pas le seul processus qui permet la paix. Il est également nécessaire de réduire nos attentes économiques. Le texte décrit un mode de vie simple, où chacun a ce qu’il lui faut (mais pas plus), et respecte la production agricole de son voisin. Cela implique d’être prêt à se satisfaire de son raisin et de ses figues, sans essayer de récupérer les raisins et les figues que les autres ont produits. Le prophète sait que les vignes et les figuiers de chacun ne seront hors de danger que lorsque les puissants sauront se contenter des raisins et des figues qu’ils ont eux-mêmes produits. La vision radicale de Michée comprend que détricoter nos systèmes militaires implique forcément de revoir aussi nos valeurs consuméristes.

C’est pour cela que notre plaidoyer jongle entre ces trois thèmes : revoir notre consommation (se contenter de sa vigne), soutenir la coopération internationale (permettre à d’autres de cultiver) et résister à la fausse promesse de la sécurité armée (transformer les épées en socs de charrue).

Beaucoup d’entre nous rêvent de vivre en paix sous notre vigne et nos figuiers. Dans notre société, nombreux sont ceux qui veulent essayer de conjuguer ces rêves de vie tranquille à l’ombre des figuiers avec la protection d’un système guerrier. Michée montre l’opposition profonde et irrévocable entre les épées et les lances d’un côté, et les vignes et les figuiers de l’autre.

Une promesse à double fonction

C’est vrai, cette promesse poétique de Michée décrit un futur impensable. Celles et ceux qui l’entendent (tout comme j’imagine, Michée et Ésaïe qui la transmettent), n’ont aucune idée de comment ils pourraient arriver à la réalité qui est dépeinte. Il n’y a pas de plan stratégique, pas de marche à suivre. La promesse surgit sans prévenir. Elle vient comme une interruption du présent. Et le tableau que décrit cette promesse est magnifique. Il vient toucher le cœur de ceux qui l’entendent, répondre à leurs aspirations les plus profondes : la présence de Dieu, la paix, le repos.

Cette promesse poétique a une double fonction : la première c’est qu’elle crée une bulle de liberté. Elle nous libère des calculs, des expériences de ce qui marche ou pas, de ce qui est possible ou pas, et cette libération nous permet de penser aux avenirs inexplicables que Dieu peut faire advenir. Des futurs qui vont bien au-delà de ce que les humains peuvent créer ou construire.

L’autre fonction de la promesse c’est de renverser le présent. Cette promesse, cet exercice d’imagination de ce que l’avenir pourrait être, annonce aussi que les choses peuvent changer. Le système actuel n’est pas absolu. Pour les contemporains de Michée, l’invasion de l’Assyrie, la corruption des magistrats d’Israël, la rapacité des puissants, ne sont pas absolues. Pour nous aujourd’hui, les gouvernements avec des envies d’expansion et de domination, les menaces de guerre, les inégalités grandissantes, ne sont pas absolus non plus. Ni le roi d’Assyrie, ni les dirigeants corrompus de Jérusalem, ni les présidents russe, américain ou chinois n’auront le dernier mot, et leurs puissances réunies ne pourront jamais contrôler toutes les forces à l’œuvre dans le monde.2

Puisse cette promesse nous donner de l’espérance pour demain, et un regard critique pour aujourd’hui.3


1. Est-ce que le « grand prophète » Ésaïe a emprunté l’oracle du « petit prophète » Michée ? Est-ce le petit prophète qui a plagié le grand ? Ou encore, ont-ils tous les deux puisé dans un chant plus ancien ? Il n’y a pas de consensus parmi les biblistes et personnellement j’aime cette dernière option, celle d’une origine commune.

2. J’emprunte la double fonction de la promesse poétique à BRUEGGEMANN, WALTER. « Vine and Fig Tree : A Case Study in Imagination and Criticism. » The Catholic Biblical Quarterly 43, no. 2 (1981): 188–204.

3. Cette réflexion est en partie basée sur le travail que j’ai fait autour du livre de Michée en collaboration avec le podcast bibletunes fr. J’enregistre actuellement pour bibletunes une série de podcasts hebdomadaires de 10 minutes sur Michée (le prophète qui a inspiré le « réseau Michée » auquel StopPauvreté appartient). Le premier épisode sortira le 8 septembre 2025 sur toutes les plateformes.

Cet article a été publié pour la première fois en français le 23 juillet 2025 sur www.stoppauvrete.ch.

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Depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, l’intelligence artificielle générative a connu un essor fulgurant. Cette révolution technologique ne laisse personne indifférent, pas même les communautés chrétiennes qui découvrent progressivement les potentialités et les dangers de ces nouveaux outils.

Le Global Missional AI Summit1 se donne même pour mission de montrer comment l’IA peut être mise à profit pour la croissance spirituelle et la traduction de la Bible. Face à cette transformation, une question fondamentale émerge : comment appréhender cette technologie qui bouleverse nos rapports à la connaissance, à la vérité et aux relations humaines ?

Une ambivalence fondamentale

Contrairement aux approches binaires qui présentent la technologie comme intrinsèquement bonne ou mauvaise suivant l’usage qui en est fait, la réalité s’avère plus complexe. L’IA est fondamentalement ambivalente : elle produit simultanément et inséparablement des effets bénéfiques et des conséquences délétères. Cette compréhension nous interdit toute naïveté technologique et nous oblige à regarder en face les multiples enjeux que soulève cette innovation et ses risques qui touchent aux fondements même de notre humanité et de nos sociétés.
L’IA générative défie d’abord notre rapport à la vérité. ChatGPT, malgré ses performances hors normes, reste un système probabiliste qui génère une part d’informations erronées avec une assurance déconcertante. Le risque de prendre ces sources pour fiables interroge notre capacité collective à distinguer le vrai du faux, ce qui est particulièrement préoccupant à une époque où la désinformation prolifère.

Promesse technologique, enjeux humains

Au-delà de la vérité, c’est notre rapport au temps qui se trouve questionné. Si l’IA peut nous affranchir de certaines tâches répétitives, elle nécessite parallèlement une armée de « travailleurs du clic » pour vérifier et filtrer les contenus. Cette économie cachée révèle les contradictions d’un système qui prétend libérer l’humain du labeur tout en créant de nouvelles formes d’exploitation. Derrière l’apparente dématérialisation de l’IA se cache une réalité physique considérable. L’empreinte carbone de ChatGPT et des autres IA génératives est gigantesque et croît de façon exponentielle.

L’enjeu géopolitique n’est pas moins préoccupant. L’IA cristallise les rapports de force principalement entre Américains et Chinois. Cette concentration du pouvoir technologique entre quelques mains soulève des questions démocratiques majeures.

Autre enjeu encore : comment préserver l’esprit critique et l’éducation à la réflexion quand l’IA tend précisément à affecter nos capacités de pensée critique ? Cette question devient cruciale quand on observe que les jeunes, habitués aux écrans et aux sollicitations constantes, perdent progressivement leur faculté de concentration et de lecture profonde. L’accès immédiat au résumé de n’importe quels article ou pensée d’auteur nous dispense même de la nécessité d’apprendre. Comme le souligne la chercheuse Maryanne Wolf2 , lire c’est comprendre, c’est vivre une expérience cognitive et affective qui transforme intérieurement et forme l’empathie. La disparition de cette faculté contribue à la polarisation croissante de nos sociétés et affaiblit les fondements du raisonnement critique et complexe.

Transmettre la parole à l’ère des algorithmes

Pour les chrétiens, l’IA pose des défis particuliers et soulève une question théologique fondamentale concernant la transmission de la Parole. Une IA nourrie de tous les textes chrétiens « dignes de confiance » produirait sans doute des réponses plus documentées que n’importe quel pasteur. Mais s’agirait-il pour autant d’un authentique ministère de la Parole ? La foi chrétienne repose sur une Parole qui n’est pas simple information, mais événement, rencontre, incarnation. Cette Parole divine s’est faite chair en Jésus et ne peut se transmettre que de personne à personne, dans une relation vivante. Réduire l’annonce de l’Évangile à un calcul de probabilité relèverait de la pure mascarade.

La voie de la non-puissance

Face au dilemme entre adoption et refus de l’IA, le théologien Jacques Ellul3 propose une troisième voie inspirée de l’exemple du Christ : la non-puissance. Frédéric Rognon définit cette approche comme « la capacité de le faire et le choix de ne pas le faire ». « En tant que disciples du Christ, les chrétiens sont invités à le suivre sur un chemin de non-puissance : ne pas faire tout ce qui est à leur portée, mais discerner parmi tous les possibles ce qui est connecté à la vie et à l’amour4 . »
Cette approche n’implique pas un rejet systématique de la technologie, mais plutôt que de viser toujours l’efficacité technologique, elle invite à une hiérarchisation claire des priorités. L’essentiel réside dans la qualité de la relation, la vérité de la parole échangée, la profondeur de la rencontre – dimensions irréductibles à toute optimisation algorithmique. Il s’agit de développer un regard critique sans tomber dans la technophobie, d’utiliser ces outils sans se laisser dominer par eux.
Une telle démarche passe par l’éducation, la formation de l’esprit critique, et surtout par la préservation de ce qui fait l’essence de notre humanité : la capacité de relation authentique, de créativité véritable, de parole incarnée. Dans un monde où les machines excellent dans la reproduction du « déjà-dit », notre force unique réside dans notre capacité à produire de l’inédit, du jamais-dit, du véritablement libre.


1. https://missional.ai/
2. Pour aller plus loin, cf. deux articles sur Maryanne Wolf et la lecture profonde : https://www.philomag.com/articles/maryanne-wolf-il-est-possible-que-lexperience-de-lecture-profonde-satrophie-ou-se-perde et https://www.letemps.ch/culture/livres/maryanne-wolf-le-numerique-a-deja-change-notre-facon-de-lire?
3. Jacques Ellul, qui a fait l’objet d’une journée à St-Légier VD en novembre 2024 avec le soutien de ChristNet, s’est intéressé il y a plus de 30 ans aux premières formes d’intelligence artificielle.
4. https://www.eks-eers.ch/fr/blogpost/jacques-ellul-et-lintelligence-artificielle/

Cet article a été publié pour la première fois le 23 juillet 2025 dans « Christ Seul ».

La photo de couverture provient du service d’images IA Lummi.

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Quelle forme de gouvernement est privilégiée dans la Bible ? Dans son article, le pasteur Simon Grebasch invite les lecteurs à un tour d’horizon de la Bible et esquisse ses réponses.

Principes fondamentaux de l’interprétation biblique
Dans l’interprétation biblique, il faut distinguer entre description et jugement. La Bible décrit beaucoup plus souvent qu’elle ne juge. Ainsi, il n’est pas clair si les tromperies de Jacob envers son frère Ésaü sont considérées comme acceptables ou non. Il est simplement décrit que Jacob a agi de la sorte. Parfois, la manière dont la description est faite (avec prudence et réserve) permet de déduire une éventuelle tendance à porter un jugement. C’est le cas, par exemple, du mépris d’Ésaü pour son droit d’aînesse (Genèse 25,34). Cependant, le livre de la Genèse se contente largement de décrire le frère de Jacob. L’auteur de l’épître aux Hébreux dans le Nouveau Testament est quant à lui sans ambiguïté dans son jugement (négatif) (Hébreux 12,16).
Le plus simple pour l’évaluation est bien sûr lorsque les prédicats opposés « bon » ou « mauvais », ou leurs synonymes, apparaissent explicitement. Une autre difficulté se pose lorsqu’il s’agit de savoir qui est à l’origine du texte et qui l’a évalué. Moïse n’aurait peut-être pas été du même avis que Paul concernant la « bonne » forme de gouvernement. Et en ce qui concerne l’inspiration de la Bible par l’Esprit de Dieu (cf. 2 Tm 3,16), il pourrait s’avérer difficile de faire la distinction entre l’opinion de l’auteur et la parole de Dieu. Un seul auteur biblique déclare clairement ce qui vient de lui et ce qui a été dit par le « Seigneur » lui-même (1 Co 7,10-12).

Dans le cadre de cet article, je ne peux procéder que de manière sélective, mais je vais essayer de le faire de manière exemplaire. Commençons par le premier couple humain biblique dans le jardin paradisiaque de la Création. Certains interprètes considèrent l’état antérieur à la chute comme un état idéal qui doit être rétabli dans le futur royaume de Dieu. Quelle(s) forme(s) de gouvernement pouvons-nous déduire de Genèse 1-3 ? L’État n’existait pas encore. À petite échelle, on peut dire qu’il s’agit d’une forme théocratique : Dieu donne un commandement fondamental et confie des missions. L’homme est responsable devant Dieu. Dans ce cadre, l’homme est très libre et peut décider lui-même. À l’exception d’un seul arbre, il peut consommer toutes les plantes. L’ordre au sein de cette théocratie est donc également libéral et démocratique. On ne constate pas de domination de l’homme sur la femme.

Dans Genèse 10, Nimrod représente pour la première fois une autocratie, un pouvoir humain absolu. Le fait qu’il ait été « le premier tyran sur terre » n’est pas directement évalué, mais l’utilisation du terme « violence » suggère peut-être une tendance. En raison également de sa localisation entre le déluge et la tour de Babel – un autre jugement punitif de Dieu –, on peut déduire une tendance à l’évaluation négative. Par ailleurs, la domination autocratique (arbitraire) est généralement mal vue dans la suite de la Bible.

Lors de la constitution du peuple d’Israël, il y avait le gouvernement du presbytère – le conseil des 70 anciens, qui faisaient également office de juges – avec Moïse à sa tête (Nb 11). Après la formation des 12 tribus d’Israël, on décrit une situation anarchique, sans gouvernement. Des juges sont parfois appelés pour rétablir l’ordre (critarchie).

Comme la situation ne s’améliore pas de manière significative avec les juges, le peuple réclame un roi. Ce souhait se heurte expressément à la volonté de Dieu, mais selon l’auteur du premier livre de Samuel, il est néanmoins accepté par Dieu lui-même, de sorte que la monarchie est finalement instaurée (1 Sa 8+9). C’est un exemple typique de la manière dont le règne de Dieu dans l’Ancien Testament n’est pas décrit comme dictatorial, mais comme dialogique et démocratique. Les monarques eux-mêmes étaient relativement libres d’appliquer la loi mosaïque, qui était considérée comme la loi de Dieu. Ceux qui régnaient de manière impie et arbitraire étaient mal jugés (cf. 1 Rois 16,30 : « Et Achab fit ce qui déplaisait au Seigneur »). À l’inverse, ceux qui régnaient selon les normes de Dieu étaient jugés positivement (1 Rois 15,11 : « Et Asa fit ce qui plaisait au Seigneur »). Les « bons » rois devenaient des modèles du roi du monde promis, le Messie. Des contrepoids critiques au pouvoir royal se formaient dans le sacerdoce et la fonction de prophète, qui étaient toutefois subordonnés au roi.

Après la domination assyrienne et babylonienne et la période d’exil, il n’est plus question de royauté en Israël. À la place, un État religieux est établi par les prêtres (hiérarchie ou théocratie hiérarchique).

Nouveau Testament

Si nous passons au Nouveau Testament, nous trouvons une situation relativement compliquée en raison de la domination étrangère romaine, qui était indésirable : le préfet romain, en tant que gouverneur de l’empereur de Rome, était le plus haut responsable en Judée, où le tétrarque Hérode Antipas régnait également sur les Juifs qui y résidaient. Le pouvoir religieux (sacerdotal) et judiciaire – subordonné au gouverneur romain et au tétrarque (à moitié juif) – émanait du Sanhédrin, un conseil juif composé de 71 membres, dont des prêtres, des scribes et des anciens. Le peuple n’avait aucun droit de participation, sauf s’il était consulté par les dirigeants.

On sait que Jésus acceptait les impôts pour le roi Hérode (Mt 17,27) et l’empereur romain, mais qu’il relativisait en même temps le système existant en postulant qu’il fallait rendre non seulement à César ce qui est à César, mais aussi « à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21). Il s’est attribué le titre de « Kyrios ». Il a également accepté sans contradiction d’autres titres politiques honorifiques tels que Messie, Fils de Dieu ou Roi (des Juifs). Si nous nous basons également sur une compréhension synchrone du texte, Jésus a même revendiqué la domination du monde (Mt 26,63f).

Cependant, on cherche en vain chez lui des déclarations systématiques sur les formes de gouvernement politique. Il ne s’intéressait pas à une forme particulière d’État, mais à la réalisation du royaume de Dieu avec l’éthique de l’amour au centre. Cette éthique a toutefois entraîné une démocratisation : ses disciples suivaient Jésus librement, par consentement, et non par succession, argent ou statut. Nous y trouvons d’autres traits démocratiques tels que l’égalité, les droits individuels, la participation et l’autonomisation. Jésus se définit lui-même comme un « leader serviteur » (cf. Jn 13). Cela n’exclut pas en soi les ordres hiérarchiques. Jésus lui-même a montré l’exemple en tant que leader et est attendu comme le Messie et le roi qui établira le royaume de Dieu.

Les apôtres poursuivent les tendances démocratiques de Jésus. Voici quelques mots-clés et exemples illustratifs :

  • La communauté des biens (Actes 2,42 ss), les concepts importants
  • « Koinonia » (= communauté et participation de la diversité plutôt qu’unité uniformisée)
  • « Ekklesia », le nom que se donne l’Église, qui renvoie à l’assemblée populaire démocratique grecque – à la différence près que chez les chrétiens, tous les croyants, y compris les femmes, les esclaves, les étrangers et même les enfants, en faisaient partie, ce qui était révolutionnaire à l’époque.
  • l’image du « corps du Christ », où le Christ, en tant que tête, se relie à ses membres et où tous ont besoin les uns des autres
  • l’action et le règne de l’Esprit de Dieu dans tous les croyants (Rm 8,14, 1 Co 12,4-7).

Cette dernière peut être qualifiée de « théocratie intérieure ». Il ne s’agit pas ici de soumission. D’un point de vue historique, les théocraties ont toujours eu tendance à déboucher sur la dictature. Ce n’est pas le cas du règne biblique de Dieu : la conception d’un Dieu « pluripersonnel » ou trinitaire (cf. Gn 1,26 ; 18 ; Mt 28,19 ; 2 Co 13,13) rappelle un principe démocratique inhérent à la divinité elle-même. Et la conception de l’état final dans le royaume de Dieu accompli peut être qualifiée de « monarchie démocratique ou théocratie » – avec Dieu ou le Christ-Roi à sa tête (cf. Ph 2,9-11 ; Ap 21+22).

Conclusion

Bien qu’aucun système politique particulier ne puisse être privilégié dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, je pense néanmoins que l’on peut conclure que, du début à la fin de la Bible, les formes socio-démocratiques de coexistence et de gouvernement sont privilégiées, sous la supervision simultanée du bon Dieu et de son Messie ou Christ (théocratie christocentrique). Les formes autocratiques sont mal vues. Ce n’est toutefois pas le cas des ordres hiérarchiques, s’ils sont structurés de manière compétente et s’engagent à respecter l’éthique de l’amour et de la dignité égale de tous les êtres humains (cf. Gn 1,27 ; 9,6), « afin que tous en bénéficient » (1 Co 12,7).

 

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Dans mon entourage, j’observe un changement intéressant : les possessions matérielles semblent de plus en plus superficielles et non durables et sont donc décriées. Les influenceuses minimalistes comme Marie Kondo suscitent l’enthousiasme avec leur idée de réduction radicale des possessions. Renoncer à la possession devient une vertu.

Mais qu’est-ce qui le remplace ? Non pas le renoncement à la consommation, mais un changement de forme : au lieu de collectionner des choses, nous courons après des expériences – et pensons ainsi être moins orientés vers la consommation. Mais le consumérisme continue de vivre – simplement sous une nouvelle forme.

Vous êtes-vous déjà retrouvé dans l’appartement d’une personne âgée, débordant de petits objets, de souvenirs et de babioles ? Le coquillage géant artificiel de Majorque, les cadeaux des petits-enfants, le collier du chat de la famille décédé depuis longtemps, un numéro poussiéreux du magazine « Schweizer Familie » de 2014. Dans les générations précédentes, collectionner et garder était une expression de sollicitude, de souvenir et de constance.

De la consommation de possession à la consommation d’expérience

Ou bien connaissez-vous la blogueuse fitness souriante qui présente dans chaque vidéo une nouvelle tenue aux couleurs assorties, avec montre de sport et tapis de sol, et qui arrange une image impeccable ? La mise en scène va de pair avec un matérialisme plat – un idéal vissé par l’influencetum américain.

Dans mon environnement plutôt terre à terre et alternatif, il semble que l’on ait dépassé ces formes de consommation. Laisser derrière soi la superficialité du matérialisme, cela semble progressiste. Les possessions matérielles et leur exhibition sont en revanche considérées comme inauthentiques, prétentieuses, dispendieuses et même égocentriques, ce qui est absolument méprisé, surtout dans le contexte de la modestie volontiers mise en avant par une partie de la société.

Mais à la place des choses, il y a autre chose : dans l’esprit de « je suis ce que je vis », nous courons d’un temps fort à l’autre. En matière d’esprit d’entreprise, nous sommes en effet des champions, c’est du moins ce que j’observe dans mon entourage.

Une nouvelle expression du même esprit ?

Mais la consommation d’expériences est-elle vraiment une meilleure alternative, plus durable ? L’esprit de consommation qui se cache derrière n’est-il pas similaire dans les deux cas ? Car les expériences s’achètent aussi et sont mises en scène. Le « nouvel avoir » se manifeste par des moments, des photos, des expériences, des voyages et des certificats. La pression de la consommation demeure.

Dans l’esprit de « je suis ce que je vis », nous courons d’un temps fort à l’autre.

Le problème ne réside pas dans l’expérience en soi, mais dans la forte pression qui se cache derrière le fait de devoir avoir fait quelque chose de précis ou de devoir faire quelque chose tout court. Car cela va de pair avec le besoin de profiter au maximum du temps. Et il n’est pas rare que les expériences servent aussi un peu à la réalisation de soi et à la gestion de sa propre identité. Selon l’historien grec de l’Antiquité Antisthène, une conséquence générale est que ce que je possède me possède en retour1. Si je me définis par mes expériences, celles-ci commencent à me posséder en quelque sorte.

Des expériences qui consomment beaucoup de ressources

L’industrie des loisirs fait partie du système économique – la consommation reste son moteur. Selon Statista, le chiffre d’affaires de l’industrie suisse des loisirs a atteint un niveau record de plus de 20 milliards de francs en 2022. En moyenne, les personnes vivant en Suisse consacrent 2,7 heures par jour à des activités de loisirs2. Et souvent, nous consommons des expériences à cette occasion : Voyages, festivals, stations de sports d’hiver, centres de bien-être. La consommation d’expériences semble plus propre, car rien n’est ramené à la maison, mais toutes ces choses consomment de l’énergie, de l’espace et des ressources. Le souhait de laisser derrière soi un mode de vie axé sur la consommation ne peut donc pas être atteint en se détournant simplement du matérialisme. Il doit s’étendre au domaine de l’expérience.

Des sensations de bonheur avec une date d’expiration – la dispersion plutôt que la profondeur

Connaissez-vous ce sentiment : une excursion était agréable et pourtant il reste un vide ? De nombreuses expériences sont plates, éphémères, surexcitées – consommées, mais pas assimilées. Il en résulte de l’agitation, le besoin de se distraire, l’envie de passer à la prochaine activité. Nous surchargeons notre temps, mais la profondeur n’apparaît guère. Ce qui n’est pas particulier, nouveau ou intense ne nous comble pas. Le quotidien est dévalorisé.

La théorie de l’engrenage hédoniste décrit comment le sentiment de bonheur individuel des personnes change certes à court terme en raison d’une expérience positive ou négative, mais se stabilise ensuite rapidement à son niveau précédent. Cela signifie que même la plus belle expérience ne peut améliorer notre humeur générale qu’à court terme.

Ne serait-il donc pas plus judicieux, au lieu de courir d’un moment fort à l’autre, de travailler sur ce que l’on appelle le « set point », c’est-à-dire de s’occuper de l’état quotidien ? « Qui suis-je si je suis ce que j’ai et que je perds ensuite ce que j’ai ? » estimait Erich Fromm3. Qui suis-je si je suis ce que je vis et que l’expérience est ensuite passée ?

Qu’est-ce qui nous fait vraiment plaisir ?

Les expériences ne sont pas mauvaises – pas plus que les biens matériels en soi. Cependant, dans l’espoir d’un accomplissement ou d’une distraction, nous empilons souvent nos activités aussi fortement que les pages des journaux et des magazines non lus et les laissons sur cette pile de classement sans les traiter. Comme autrefois les choses, les activités servent maintenant un but qu’elles ne peuvent pas remplir. Dans le domaine de l’expérience, nous avons peut-être aussi besoin d’une Marie Kondo avec son « Keep only what sparks joy » – « Ne garde que ce qui allume la joie en toi » – qui nous aide à réduire et à faire de la place pour l’essentiel !

Car ce que nous recherchons en réalité, c’est la résonance intérieure et non le simple stimulus, la gratitude plutôt que le vide, la profondeur par la décélération plutôt que la superficialité. Le sociologue Hartmut Rosa voit la résonance (et non le ralentissement) comme une réponse à la « nécessité d’augmenter » du capitalisme moderne, dont fait également partie, à mon avis, la quête permanente d’expériences. La résonance se produit là où il y a une connexion réciproque, par exemple entre l’homme et l’environnement ou entre le corps et la psyché4. Dans ce sens, au lieu de simplement consommer des expériences, il faudrait leur donner un sens afin de générer de la résonance. Concrètement, cela peut signifier placer la communauté au-dessus des événements, créer des espaces relationnels plutôt que des espaces d’expérience ou encourager le voisinage non pas par des méga-événements, mais par des rencontres quotidiennes.

Rester dans l’être plutôt que dans le faire ou l’avoir

Celui qui est constamment en quête de sensations fortes s’agite dès qu’il ne se passe rien – même dans sa relation avec Dieu. La culture biblique du sabbat aborde précisément ce thème : elle ne met pas seulement l’accent sur le but du repos et de la détente, sur la pratique consciente d’activités spécifiques ou sur le renoncement à de telles activités, le sabbat les associe également à l’examen de ses propres racines et de son identité5. Le sabbat est donc une question d’être et non de faire ou d’avoir. Nous savons que notre plénitude vient de Dieu et non de l’expérience. La « vie en abondance » que Jésus promet en Jean 10,10, nous la trouvons dans la relation avec lui. Mais c’est justement pour cela que nous créons peu d’espace.

Un nouveau mouvement minimaliste ?

En même temps, nous ne devons pas nous laisser priver des belles choses que Dieu nous offre ou nous permet de faire. Dans sa lettre à Timothée, Paul s’oppose à la tendance à l’ascétisme en écrivant : « Car tout ce que Dieu a créé est bon, et rien de ce qui est reçu avec action de grâces n’est condamnable »6. La clé réside ici dans l’action de grâces et celle-ci, j’en suis convaincu, ne peut être sincère que si l’on a conscience de ce que l’on reçoit. Nous revenons ainsi à un principe de base de la consommation saine : la consommation consciente, y compris dans le domaine de la consommation expérientielle.

Je pense que nous devrions appliquer les principes du minimalisme – durabilité, frugalité, réduction, libération, renoncement et espace pour l’essentiel – à notre culture des loisirs. Une réduction de la consommation dans le domaine des activités ne fait pas seulement du bien aux ressources mondiales, mais aussi à notre propre hygiène mentale. Même si la réponse à la question « Que fais-tu le week-end ? – « Tout simplement rester tranquillement à la maison » – ne semble pas (encore) très attrayante : c’est peut-être là que réside une voie vers une véritable profondeur, une résonance et un enracinement.

Cet article est d’abord paru sur INSIST.

Photo de Kamil Pietrzak sur Unsplash

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Depuis le 20 janvier, un narcissique manifeste est assis sur le trône des Etats-Unis, gouvernant selon la devise « Trump First » et utilisant son pays comme un pion pour ses jeux de pouvoir. Et ce dans un Etat où 62% de la population se déclare chrétienne. Quel spectacle est en train de se jouer ? Et quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

En fait, la population américaine avait été avertie après le premier mandat de Donald Trump, au plus tard après son refus d’accepter sa non-réélection. Et les annonces qu’il a faites avant sa réélection réussie auraient dû éveiller les soupçons. Pourtant, Trump ne fait que mettre en œuvre ce qu’il a promis. Pour cela, il s’est entouré « exclusivement de loyalistes, plus personne ne pense de travers ou ne remet en question quoi que ce soit. Son idole se voit élue par Dieu pour sa mission. Qu’est-ce qui pourrait encore aller de travers1 ? »

Le pouvoir plutôt que l’éthique

Un coup d’œil dans les médias le montre : Il y a pourtant quelque chose qui tourne mal presque tous les jours. Celui qui tente de déjouer les contrôles et les équilibres politiques de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire est peut-être un bon joueur, mais il perd tôt ou tard la partie pour une démocratie vécue. Et ce dans un pays qui était autrefois considéré comme le phare de cette forme d’État compliquée mais respectueuse de l’homme.

Celui qui abuse de la politique pour assouvir ses propres désirs de pouvoir est dangereux. Selon l’économiste germano-américain Rüdiger Bachmann, la politique économique de Trump a des « traits sadomasochistes » : « Il jouit du pouvoir de prélever des droits de douane sans passer par le Parlement et de suspendre ces droits de douane pour certaines entreprises et branches selon son bon vouloir personnel2 ». Et détruit ainsi « l’économie moderne, hautement divisée et interdépendante au niveau international ». Les hommes et les femmes, historiquement marqués par le christianisme, ne sont pas les bienvenus.

« Son idole se voit élue par Dieu pour sa mission. Qu’est-ce qui pourrait encore aller de travers ? »

Il se peut qu’il y ait aux Etats-Unis une bureaucratie débordante à laquelle une cure d’amaigrissement soigneusement réfléchie et correctement appliquée sur le plan juridique ferait du bien. Oui, les démocrates ont sans doute exagéré avec leur gugusse du genre selon la devise « qui inventera le prochain sexe ? Même ceux qui partent du principe qu’il existe deux sexes, l’homme et la femme, ne doivent pas pour autant s’en prendre aux personnes en crise d’identité. Selon Thomas Dummermuth (voir interview ci-dessous), le thème du genre a toujours été un thème secondaire pour les démocrates, plutôt dans le sens suivant : nous nous engageons pour que les hommes puissent être eux-mêmes. Et : oui, l’avortement à gogo n’est définitivement pas acceptable. Il viole les droits humains des êtres humains en devenir. Peut-être que les démocrates n’ont pas suffisamment pris au sérieux les besoins des gens ordinaires. Mais cela suffit-il pour faire dérailler un Etat constitutionnellement bien fondé ?

Il faut de l’attention, de l’éveil psychique et de la clarté spirituelle

Nous avons interrogé à ce sujet l’actuel théologien américain Thomas Dummermuth. Il a grandi dans l’Emmental et est pasteur de l’Eastridge Presbyterian Church à Lincoln, dans l’État américain du Nebraska. Il se passionne pour le dialogue entre les cultures, les confessions et les générations – et pour la tentative de rester spirituellement clair au milieu des bouleversements.

De notre point de vue européen, nous avons l’impression que Donald Trump est en train de démanteler la démocratie aux États-Unis. Comment décrirais-tu les développements depuis le 20 janvier, selon ta perception ?

Tout d’abord, je ne suis pas politologue, mais théologien, pasteur et pasteur d’âmes. Mais oui, « décomposé » correspond effectivement à mon propre ressenti. J’observe, en particulier depuis la réélection de Trump, une remise en question parfois radicale de principes qui sont centraux pour les démocraties : La séparation des pouvoirs, le respect des institutions indépendantes, un minimum de véracité dans le discours politique. L’énergie avec laquelle on brandit l’arme de la démolition me bouleverse. J’ai parfois l’impression que cet État est repris comme une entreprise en mauvais état, qu’il est démonté en pièces détachées et revendu – quasiment comme ressource pour les intérêts particuliers de certains.

A cela s’ajoute la création constante de crises – rhétoriques ou réelles – qui conduit à l’épuisement. De nombreuses personnes, y compris dans mon entourage, se sentent dépassées, impuissantes, distraites. Cela ne rend pas seulement la résistance politique difficile, mais nous affecte aussi émotionnellement et mentalement. La résistance dans ces conditions n’est pas seulement une tâche politique, mais aussi spirituelle. Elle nécessite de l’attention, de la vigilance psychique, de la clarté spirituelle.

Pour beaucoup, la réélection de Trump a été une surprise. Cela l’était-il aussi pour toi ? Ou faudrait-il dire que les démocrates ont eux-mêmes provoqué leur défaite en ne prenant pas assez au sérieux les préoccupations du grand public ?

J’ai été plus désabusé que surpris. Les dynamiques qui ont conduit à la réélection de Trump étaient perceptibles depuis des années : polarisation, méfiance envers les institutions, insécurité sociale – notamment renforcée par les suites de la pandémie.

On peut certes se demander de manière critique si les démocrates ont suffisamment répondu aux problèmes existentiels – comme l’inflation, la peur du déclassement, les désavantages structurels dans les zones rurales ou encore l’insécurité sociale liée à l’augmentation de la migration. Mais cela n’explique pas tout. Ce qui me semble plus décisif, c’est la gestion consciente des ressentiments sociaux, qui est encore alimentée par les médias sociaux.

Les soucis réels n’ont pas été résolus, mais réinterprétés culturellement : le courant dominant de la société a été présenté comme moralement corrompu, urbain, élitiste. Il en a résulté un récit de combat culturel : « Nous contre les autres ». La division n’a pas seulement été acceptée, elle a aussi été activement pratiquée.

Les médias sociaux ont radicalisé ces processus. Les algorithmes favorisent l’indignation, simplifient les réalités complexes et créent des chambres d’écho. Il en résulte une arène politique qui réagit davantage à l’identité et à l’affect qu’aux faits.

En ce sens, je ne vois pas dans la réélection de Trump un accident industriel, mais l’expression d’une profonde fracture sociale qui va bien au-delà de la politique partisane.

Manifestement, Trump a également été largement soutenu par des chrétiens évangéliques qui veulent prendre la Bible au sérieux. Comment se fait-il qu’ils aient aidé, par leurs votes, un menteur notoire imbu de lui-même et méprisant des droits de l’homme à s’imposer ?

Cette question me préoccupe beaucoup. A mon avis, beaucoup de choses ont à voir avec le récit du Kulturkampf déjà mentionné. Ces dernières années, de nombreux évangéliques ont vu leur souveraineté culturelle s’effriter. Cela génère de la peur, de l’indignation – et la nostalgie d’un leader fort.

Des termes comme « liberté de religion » sont souvent utilisés comme slogans – mais il ne s’agit souvent pas de la liberté de toutes les religions, mais de la défense des privilèges chrétiens. De même, la « protection de la vie » est souvent réduite à la question de l’avortement, sans prendre en compte les questions sociales, la pauvreté ou la violence armée.

Trump a su instrumentaliser politiquement ces thèmes et se mettre en scène comme un rempart contre la libéralisation de la société. Beaucoup l’ont compris comme une « protection de la foi » – non pas malgré, mais justement à cause de son attitude irréfléchie.

Il se présente donc comme un combattant pour les chrétiens en difficulté. Et c’est justement là que réside l’ironie amère : sa politique de Trump nuit à beaucoup d’entre eux. Par exemple aux réfugiés qui ont fui la persécution religieuse et qui sont dénigrés comme des « parasites ». Ou encore les œuvres caritatives de l’Eglise qui s’engagent en faveur de ces personnes et qui sont soupçonnées de tous les maux – comme si elles étaient des systèmes d’escroquerie ou des appareils à gaspiller. Une gifle pour tous ceux qui vivent leur foi en agissant de manière solidaire.

Pour expliquer ce décalage, on se réfère souvent au roi perse Cyrus : un « instrument de Dieu » malgré un mode de vie impie. L’historienne Kristin Kobes Du Mez a fait de nombreuses recherches à ce sujet. Dans son livre « Jesus and John Wayne », elle montre de manière concluante comment, dans les milieux évangéliques, une image de Jésus s’est imposée, inspirée des mythes américains sur la masculinité : assertif, militaire, « viril ». Cette image correspond terriblement bien à Trump.

Mais j’ai une autre théorie. Je me demande si la théologie de nombreux évangéliques n’a pas réduit Jésus presque exclusivement à sa mort expiatoire rédemptrice et, par conséquent, la foi à un salut purement individuel. En d’autres termes, la pratique de vie de Jésus – son amour des ennemis, son attention aux marginaux, sa critique des abus de pouvoir religieux – passe au second plan.

Aux États-Unis, il existe aussi des forces évangéliques de gauche, comme les Sojourners. Pourquoi en entend-on si peu parler ?

Ces mouvements existent bel et bien – pas seulement les Sojourners, mais aussi Red Letter Christians, Faith in Public Life, The Poor People’s Campaign et bien d’autres. Ils s’engagent pour la justice sociale, la protection du climat, l’antiracisme et l’éthique de la paix. Mais ils sont moins visibles dans le discours public.

Il y a plusieurs raisons à cela : Premièrement, elles ne misent pas sur l’indignation, mais sur le dialogue et le travail communautaire. C’est moins « médiatique ». Deuxièmement, il leur manque souvent l’infrastructure médiatique : ils n’ont pas de chaîne de télévision propre et sont peu représentés dans les méga-églises ou les think tanks politiques. Troisièmement, de nombreux chrétiens progressistes se sont retirés de l’espace public au cours des dernières décennies – pour se démarquer d’une foi politiquement malmenée.

Je pense qu’il est temps d’être plus clair, même dans l’espace germanophone : La foi et la responsabilité sociale ne s’excluent pas mutuellement. Au contraire : elles trouvent une source commune dans le fait de suivre Jésus.

Que faudrait-il faire pour que Trump soit stoppé ?

Tout d’abord, il n’y a pas de levier simple, pas d’issue unique. Le chemin pour sortir du risque actuel de voir les Etats-Unis basculer complètement dans un mode autoritaire est long. Pour le parcourir, il faut toute la société civile. Cela implique des protestations non violentes, la participation aux Town Halls3 , le dialogue avec les voisins et le contact avec les représentants élus. La démocratie vit de la participation – ou elle est vidée de sa substance.

En même temps, je vois le danger que la résistance, si elle est alimentée par la peur ou l’indignation, bascule elle-même dans un mode de durcissement. Et que nous perdions la capacité d’écouter. Que nous prenions avec justesse le « bon côté » et que nous finissions par reproduire exactement ce que nous voulons combattre.

C’est précisément pour cette raison que l’aspect spirituel est pour moi indispensable. Notre attention est notre bien le plus précieux : elle doit être entretenue, protégée et sans cesse réorientée. Pas sur le prochain scandale, pas sur la prochaine vague de panique, mais sur ce qui porte : Dignité. La vérité. La compassion.

La résilience n’est pas une prestation privée – c’est une tâche commune. J’en fais l’expérience très concrètement dans un réseau d’églises local qui compte 24 communautés. Chaque année, nous organisons des « Listening Sessions » – des soirées de discussion au cours desquelles on demande : « Qu’est-ce qui te tient éveillé la nuit ? » De ces récits naissent des thèmes, un engagement commun, de nouveaux réseaux. Cela peut sembler petit. Mais je crois que le changement commence là. Lorsque les gens se prennent mutuellement au sérieux, s’organisent, concentrent leur attention et partagent leur force.

Trump peut – et doit – être stoppé politiquement. Mais il faut plus que des procédures juridiques ou des stratégies électorales. Il faut une culture qui ne se laisse pas déterminer par la peur et le cynisme. Et il faut une imagination renouvelée de ce qui est possible lorsque les gens ne se perdent pas dans la méfiance, mais se soutiennent les uns les autres. De communautés qui se soutiennent mutuellement. D’une société dans laquelle la justice ne reste pas abstraite, mais peut être vécue au quotidien.

Cet espoir n’est pas un optimisme naïf. C’est une décision – nourrie par la foi, le souvenir, la rencontre. Et elle commence là où les gens se réunissent, s’écoutent et ne se laissent pas séparer les uns des autres.


1. Christof Münger dans « Der Bund » du 26 mars

2. «Der Bund», 24 mars

3. Le town hall se base sur la conception politique de la démocratie américaine, selon laquelle (du moins en théorie !) les fonctionnaires ne doivent pas représenter leur propre opinion, mais celle des citoyens qu’ils représentent. En ce sens, les town hall (tout comme les lettres et les appels téléphoniques aux députés) jouent un rôle important. Un « town hall meeting » est une réunion publique au cours de laquelle les hommes et les femmes politiques s’entretiennent avec les citoyens. L’objectif est de répondre aux questions, d’écouter les inquiétudes et de parler de sujets d’actualité.

Cet article est d’abord paru sur Insist.

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Depuis le Forum ChristNet de janvier 2025, la démocratie est devenue le thème central de l’association. Lors de l’Assemblée générale du 8 mars 2025, ChristNet a de nouveau abordé ce thème dans l’atelier « Démocratie – comment la renforcer ?

Depuis les élections américaines de novembre 2024, le thème de la démocratie anime fortement l’association ChristNet. Alors que la question « Démocratie – en danger ou dangereuse ? » était encore à l’ordre du jour du Forum ChristNet du 18 janvier 2025, l’Assemblée générale de début mars 2025 a mis l’accent sur l’engagement individuel pour le renforcement de la démocratie en Suisse. Au cours d’un bref atelier, les participants se sont penchés sur cinq questions. Nous souhaitons partager avec toi ces questions et les réponses des participants.

Que pouvons-nous faire personnellement pour renforcer la démocratie ?

Les droits politiques, comme par exemple la possibilité de voter, doivent être exercés du point de vue des participants. Pour pouvoir se faire une opinion politique, il faut non seulement des informations, mais aussi une compréhension de base des processus et des structures politiques. Si cette formation politique est disponible, il est possible de réfléchir de manière différenciée à certains thèmes et de reconnaître et de montrer les tendances dictatoriales au sein de la politique. Une personne a proposé de rencontrer des hommes politiques comme stratégie pour gagner la confiance en la politique. Les participants considèrent la prière pour les responsables politiques comme très importante pour le renforcement de la démocratie. Quelqu’un a également mentionné la souscription d’un abonnement aux médias afin de soutenir des reportages objectifs. Les thèmes politiques étant très polarisants, les participants ont estimé qu’il était important que les chrétiens jouent le rôle de médiateurs plutôt que d’accentuer la polarisation.

Qu’est-ce qui me fait peur par rapport à l’affaiblissement de la démocratie dans le monde ?

Certains participants trouvent particulièrement inquiétante la passivité de la majorité de la population – surtout de la jeune génération – face à l’affaiblissement global de la démocratie. Ils observent que les valeurs chrétiennes sont de plus en plus marginalisées et que les personnes socialement faibles sont mises à l’écart ou subissent une dévalorisation. Deux participants sont d’avis que l’affaiblissement de la démocratie au niveau mondial conduit à un risque accru de guerre.

Qu’est-ce qui me donne du courage par rapport à la démocratie ?

Pour les participants, la résistance non violente et la force des valeurs chrétiennes font partie des encouragements face à l’affaiblissement de la démocratie au niveau mondial. Ils ont cité comme exemples concrets les développements positifs dans des pays comme la Corée du Sud, le Sénégal et la Serbie, ainsi que les Sojourners qui, aux États-Unis, élèvent courageusement leur voix contre les partisans de Donald Trump.

Qu’est-ce que je ne voudrais pas manquer de la démocratie directe en Suisse ?

La démocratie directe suisse présente de très nombreux avantages aux yeux des participants. La majorité de la population suisse a le droit de vote, les politiciens font partie du peuple et il est possible de faire bouger beaucoup de choses dans la politique communale. Les participants apprécient beaucoup la possibilité de se forger une opinion, la publication du financement des votations, la diversité des thèmes de votation ainsi que le droit de référendum et les pétitions. Ils considèrent que la démocratie directe en Suisse est clairement antidictatoriale.

Comment puis-je utiliser au mieux ma voix politique ?

Pour les participants, l’adhésion à ChristNet est une possibilité précieuse d’utiliser activement leur voix politique pour promouvoir l’amour du prochain dans la politique et la société. Tandis qu’un membre écrit volontiers des lettres de lecteurs, un autre membre publie des articles dans le Forum christianisme intégré. La participation aux votations et assemblées communales ainsi qu’aux votations et élections nationales est également mentionnée par les participants comme un moyen important de faire entendre sa voix en politique. Ceux qui souhaitent s’engager concrètement en politique pourraient par exemple adhérer à un parti, se porter candidat au conseil communal ou récolter des signatures. Dans ce contexte, les participants estiment qu’il est important d’être prêt à discuter et à aborder des thèmes tels que l’amour du prochain et la justice sociale. En tant que chrétiens, nous pouvons aussi compter sur le Saint-Esprit qui nous donne les mots justes et révèle la volonté de Dieu.

Engagement pour les valeurs chrétiennes

L’atelier a montré que, face à un affaiblissement mondial de la démocratie, les chrétiens peuvent jouer un rôle central dans la préservation des valeurs chrétiennes. Engageons courageusement notre voix politique pour les valeurs chrétiennes dans la politique et la société suisses !