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La crise du covid-19 nous a pris par surprise et a mis en lumière la vulnérabilité de notre société face à ce genre d’épidémie.

Force est de constater qu’à l’heure où j’écris ces lignes, certains États ont été beaucoup moins touchés que d’autres. Si l’impact de la maladie par pays peut s’expliquer par des facteurs dus au contexte (densité de population, pyramide des âges de la population, force du système de santé en place), l’autre aspect déterminant est lié à la réponse politique qui a été donnée et à la réaction de la population.

Des conclusions définitives ne pourront être tirées qu’une fois la crise passée, cependant les aspects suivants m’ont particulièrement frappé et constituent une base de réflexion pour la gestion d’autres crises, en particulier la crise climatique :

La grande difficulté à agir alors que les conséquences de la maladie ne sont pas directement visibles. Dans le cas présent, il y a environ deux semaines de décalage entre les causes et les effets, il est donc extrêmement difficile d’imposer des mesures alors que les effets ne sont pas encore visibles.

Dans le cas de phénomènes où la croissance du nombre de cas est exponentielle, chaque jour compte. Au début de l’épidémie, le nombre de cas doublait tous les trois jours en Suisse. L’impact pour les hôpitaux peut donc passer du simple ou double en agissant 3 jours plus tard. Le Portugal, en prenant très tôt des mesures, a limité l’impact sanitaire, alors que le Royaume-Uni a payé le prix fort de sa difficulté à agir.

Ensuite le niveau de confiance dans la communauté médicale, scientifique et les experts en général. Lors de l’arrivée du covid-19 en Suisse, le virus était très mal connu et les impacts difficiles à évaluer. Il est donc nécessaire d’avoir à disposition un panel d’experts qui puisse analyser les différents aspects de la crise sur la santé publique, le système hospitalier ou encore l’économie afin de faire une juste pesée d’intérêts en tenant compte des incertitudes.

Certains aspects sont difficiles à comprendre pour les « non-initiés », il est donc fondamental d’établir une relation de confiance entre les experts et les décideurs. Notre tendance humaine nous pousse souvent à vouloir écouter l’avis qui arrange le mieux. Il est donc d’autant plus important que les décisions politiques s’appuient sur des faits rationnels et non sur des décisions émotionnelles ou des calculs politiques.

Intimement lié à cela, on peut citer également la confiance de la population dans le gouvernement et le leadership des décideurs. Les pays où la population a suivi les recommandations ont plus facilement contenu l’épidémie. Les politiciens ont été également tiraillés entre impératifs sanitaires et économiques. L’application du principe de précaution s’est apparentée particulièrement dans ce cas à un exercice d’équilibriste.

Notons qu’un gouvernement avec un forte légitimité démocratique est plus en mesure de faire une bonne pesée d’intérêts entre les enjeux sanitaires et économiques. Par ailleurs, il est ardu de prendre des décisions dans l’urgence et il était étonnant de voir le faible degré de préparation de certains gouvernements et de l’OMS alors qu’une telle crise était prévisible.

Finalement je soulignerais le besoin de limiter nos libertés individuelles par solidarité entre les générations et les plus faibles. Il est difficile d’accepter de se limiter, de rester chez soi pour protéger les autres face à un fléau qui est peu perceptible. Nous avons rapidement entendu des voix comme celles d’André Comte Sponville qui appelaient à la liberté individuelle “laissez-nous mourir comme nous voulons”, sans se soucier des effets que pourrait avoir une vague non-maîtrisée sur la surcharge des hôpitaux.

La plupart des gens ont cependant joué le jeu, convaincus que l’on vivait quelque chose de grave qui nécessitait des actions fortes. En Suisse, il est démontré que la population a même anticipé les mesures du gouvernement. Les gens ont réussi à changer leurs habitudes. Cependant il est plus facile de se limiter pour une brève période que sur du long terme.

Il est alors possible de tirer des bonnes leçons de cette crise globale pour les autres défis auxquels nous faisons face et en particulier dans le cadre de la crise liée aux changements climatiques :

  • difficulté à mettre en place des mesures alors que les conséquences ne sont pas directement visibles
  • scepticisme face aux alarmes des scientifiques, remise en cause de l’opinion scientifique majoritaire et difficulté à anticiper la crise

  • défiance dans le gouvernement et freins dès quune mesure touche l’économie

  • limitation de nos libertés individuelles pour protéger les plus faibles

Ce que cette crise montre déjà aujourd’hui, c’est que l’action politique et la réponse de la population font toute la différence. Quelle devrait être notre apport en tant que chrétiens ?

Tout d’abord être attentifs aux nouveaux besoins des laissés pour compte qui apparaissent (Jc 1:27), être prêt à renoncer si nécessaire (Ph 2:7) et ne pas céder à des réponses simplistes, mais chercher une voie qui protège au mieux la vie (Ro 12:2). Et également persévérer dans la prière pour nos autorités (1 Ti 2:1-2).

Finalement, souhaitons que ce que nous avons vécu durant ces mois puisse apporter un éclairage nouveau et des arguments solides aux défenseurs de l’environnement. Car ce que l’on constate c’est qu’il est possible de modifier certains comportements pour traverser ensemble le mieux possible une crise et que le rôle des gouvernements est déterminant.

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Entretien avec Florian Glaser, d’Églises pour multinationales responsables

CN : Depuis quand l’église est-elle impliquée dans l’initiative pour des multinationales responsables ?

FG : L’initiative a été lancée conjointement avec les milieux ecclésiastiques, qui la soutiennent encore aujourd’hui. Par exemple, dans le cadre de la Campagne œcuménique 2016 d’Action de Carême et de Pain pour le prochain, la cause et l’initiative ont déjà fait l’objet de discussions et des signatures ont été recueillies. Mais les méthodistes, les adventistes et de nombreuses autres congrégations d’églises étaient aussi déjà actives à cette époque. En 2019, l’Église évangélique réformée de Suisse, la Conférence épiscopale suisse, le Réseau évangélique suisse ont aussi décidé de soutenir l’initiative.

CN : Pourquoi cette initiative est-elle une préoccupation majeure de l’Église ?

Susanne Meier-Fuchs a interviewé Florian Glaser pour ChristNet.

FG : Ce large soutien montre clairement que l’initiative est basée sur des préoccupations qui se situent au coeur du message biblique et de la foi chrétienne : la justice, la charité et le soin de la création. L’Église et ses organisations d’entraide s’engagent sur place dans les pays du Tiers-Monde, où les entreprises suisses sont malheureusement aussi impliquées dans des activités d’exploitation des êtres humains et de la nature. Il est dès lors logique que les Églises et leurs organisations rattachées cherchent non seulement à réduire les souffrances par leur engagement, mais aussi à faire en sorte que les entreprises suisses assument leur responsabilité.

CN : Quels changements positifs attendez-vous de la mise en œuvre de l’initiative ?

FG : Si l’initiative est acceptée, les entreprises ne pourront plus fermer les yeux sur l’impact de leurs activités à l’étranger sur l’être humain et la nature. Et si des entreprises comme Glencore chassent les gens de leurs terres ou empoisonnent les rivières, elles devront en rendre compte à l’avenir. Ainsi, l’initiative a un effet préventif et garantit la réparation des dommages occasionnés.

CN : Depuis la semaine dernière, il est clair que l’initiative ne sera pas retirée et qu’un vote aura lieu à l’automne 2020 ou au printemps 2021. Églises pour multinationales responsables s’attendait-elle à cela ?

FG : Les initiant.e.s étaient prêt.e.s à discuter tout au long du processus, mais sans règles contraignantes pour les entreprises, un retrait de l’initiative était exclu. En fin de compte, le lobby des grandes entreprises a prévalu au Parlement sur tous les points, et le vote va maintenant avoir lieu.

CN : Êtes-vous prêt pour ce vote ?

FG : Oui, la question bénéficie d’un très fort soutien populaire. Il existe plus de 350 comités locaux avec plus de 13 000 bénévoles, ainsi que des comités de représentant.e.s d’entreprises et de politicien.ne.s, qui montrent que la liberté va de pair avec la responsabilité. Et les églises forment derrière cela une large alliance également. Si toutes les personnes soutenant l’initiative la promeuvent autour d’eux, nous pouvons gagner le vote.

CN : Que pouvez-vous déjà dire sur l’engagement actuel et à venir pour l’initiative ?

FG : Les églises, les organisations chrétiennes et les particuliers soutiennent activement l’initiative car cela correspond à leur compréhension de leur foi. Des tracts et des affiches sont placés dans les églises pour exprimer le soutien de l’église, et les paroisses accrochent des banderoles avant le vote pour rendre la cause visible. De nombreuses congrégations et paroisses planifient également des cultes où elles aborderont les thèmes de l’amour du prochain et de la préservation de la création. De plus, de nombreuses organisations chrétiennes publient des lettres de nouvelles ou des articles de magazines pour informer sur l’initiative.

CN : 8 millions ont été mis sur la table par le comité d’opposition pour la campagne de votation. À votre avis, l’initiative a-t-elle une chance ?

FG : La campagne sera difficile. Mais comme dit plus haut, nous disposons d’une autre ressource : un large soutien citoyen. Mais oui, nous avons aussi besoin d’argent pour ne pas rester muet dans une Suisse remplie d’affiches d’opposition au texte, et pouvoir informer les gens.

CN : La place de la politique dans l’Église a été un sujet chaud l’automne dernier. De nombreux membres actifs de l’Église nationale, sont très favorables aux entreprises et donc plutôt opposés à l’initiative. Comment gérez-vous l’équilibre entre votre engagement en faveur de la responsabilité des entreprises et la volonté de ne pas contrarier ces membres ?

FG : L’engagement politique des Églises s’enracine dans leurs propres sources – notamment la Bible et la tradition socio-éthique. La protection des pauvres est une mission chrétienne centrale – et l’Église doit également l’apporter en politique. L’Église évangélique réformée de Suisse l’a exprimé ainsi dans sa déclaration sur l’initiative : « L’économie doit être au service de l’être humain. C’est pourquoi l’Église évangélique réformée de Suisse élèvera toujours la voix pour rappeler la Suisse à sa responsabilité à l’égard des êtres humains dans les pays du Sud ».

CN : L’un des rôles de Christnet est de sensibiliser les différentes églises évangéliques à la justice sociale. L’initiative pour des multinationales responsables est l’un de nos sujets prioritaires jusqu’au vote. Pouvez-vous imaginer un réseau/une coopération avec les églises évangéliques dans les différents cantons ? Ou cela existe-t-il déjà ?

FG : Oui, c’est même très souhaité. Certaines sont déjà actives : l’Église évangélique méthodiste, les mennonites ou encore l’Armée du Salut se sont clairement positionnées et, comme je l’ai dit, le RES également. J’espère vivement que les Églises évangéliques seront encore plus actives. Toute personne venant d’une église évangélique souhaitant devenir active est la bienvenue et peut me contacter.

Contact :
Florian Glaser
Églises pour multinationales responsables
https://www.eglisespourmultinationalesresponsables.ch

 

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La population Suisse est appelée à élire le nouveau parlement le 20 octobre prochain. Alors que les affiches se multiplient dans tous les lieux publics, que chaque parti prétend détenir les meilleures solutions aux enjeux actuels, sur quelle base pouvons-nous nous appuyer pour décider à qui accorder notre voix ? Quelques outils et références.

ChristNet soutient un engagement dans la société sous la seule motivation de l’amour du prochain, en particulier des membres les plus vulnérables. En ce temps de votation, il nous apparaît à-propos de remettre en avant le préambule de la Constitution suisse :

Au nom de Dieu Tout-Puissant!

Le peuple et les cantons suisses,

conscients de leur responsabilité envers la Création,

résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde,

déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité,

conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,

sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres,

arrêtent la Constitution que voici

Responsabilité envers la Création et les générations futures, esprit de solidarité, une communauté jugée au bien-être de son membre le plus faible : les valeurs formulées ici sonnent aujourd’hui encore avec une surprenante actualité. Alors que la crise climatique risque de forcer des millions de familles à quitter leur foyer dans le monde, que les nations tendent déjà aujourd’hui à se replier sur elles-mêmes dans la peur de l’autre et de manquer, osons-nous croire encore que « le peuple et les cantons suisses » gardent en priorité ces valeurs inscrites dans leur texte fondamental ? Nous pouvons en tout cas chacune et chacun contribuer par notre vote à ce que ces valeurs de justice, d’entraide et de paix ne soient pas que des mots vides, mais une réalité. Nous croyons que c’est également le projet de Dieu pour l’humanité tel que révélé dans la Bible, auquel il nous appelle toutes et tous à participer.

Pour fonder ce choix davantage sur la réalité et moins sur la communication souvent fallacieuse des campagnes politiques, nous recommandons encore deux outils utiles pour connaître le réel positionnement des partis et des candidats :

  • Smartvote : en 31 ou 75 questions, cet outil présente les candidats et partis les plus proches de vos opinions. https://www.smartvote.ch
  • Ecorating : plusieurs ONG actives en faveur de l’environnement ont collaboré pour évaluer chaque parti et candidat de la précédente législature en fonction de son engagement réel sur les questions environnementales lors de leurs votes au parlement. https://ecorating.ch/
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La démission de Nicolas Hulot annoncée le 8 septembre dernier sur les ondes de France Inter a bousculé la société française et même au-delà. On peut l’entendre encore dénoncer une politique insuffisante de « petits pas », déplorer sa solitude au gouvernement et le manque de soutiens citoyens, ou encore présenter la responsabilité collective de la problématique. Les nombreuses « marches pour le climat » qui ont succédé témoignent cependant d’une conscience publique toujours plus forte des enjeux. Malgré cela, l’ampleur des difficultés annoncées restent difficilement supportables.

Le constat d’une injustice climatique

Début octobre les spécialistes du climat du GIEC le rappellent dans un nouveau rapport : les menaces sont non seulement fortes – sécheresses et famines en régions fertiles, chute de la biodiversité, millions de réfugiés climatiques, tensions sociales – mais aussi inégalement réparties. Ceux qui vont le plus en souffrir sont les pays qui ont le moins contribué au réchauffement, le moins bénéficié à l’amélioration des conditions de vie liée au développement industriel, et les plus vulnérables aux instabilités climatiques. C’est le constat pesant d’une injustice climatique1 .

Alors que ces constats semblent si lourds, qu’on peut si facilement basculer dans les sentiments d’impuissance ou d’indifférence face à des défis si globaux, quelles ressources pouvons-nous trouver en Christ pour affronter la situation dans l’amour et la paix ? Comment trouver dans notre foi en lui la part que nous sommes appelés à mettre en œuvre?

Espérance de restauration

Ce contexte peut nous faire recevoir de manière particulièrement forte les paroles de l’apôtre Paul :

« Or nous savons que, jusqu’à maintenant, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’accouchement. Et ce n’est pas elle seule qui soupire, mais nous aussi, qui avons pourtant dans l’Esprit un avant-goût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la libération de notre corps. » (Romains 8:21-22)

Ce passage nous montre non seulement une souffrance partagée entre l’humanité et la Création dans son ensemble, mais aussi une espérance commune : la nouvelle naissance de notre monde, sa restauration, qui concerne l’humanité mais aussi la Création entière. Dieu nous donne ainsi une parole pour nous faire passer de la peur à la paix et même à la joie. Nous pouvons alors être plus disponibles pour chercher et manifester ce monde nouveau déjà initié en Jésus.

Ainsi, luttons contre l’indifférence et le désespoir, et faisons route avec nos contemporains pour plus de solidarité climatique, pour le respect envers la Création, en portant le témoignage d’une espérance en un monde restauré, que toute la Création désire, et qui viendra. Pour cela, demandons chacune et chacun au Seigneur à quelle place et quelles actions concrêtes il nous appelle.

 


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1093, décembre 2018, www.editions-mennonites.fr.

1.  Sur cette même problématique, une « déclaration pour la justice climatique » a été signée à Winterthour en novembre 2018 à l’occasion de la journée annuelle de StopArmut, traduite et publiée en français sur le site de la FREE : https://lafree.ch/index.php?option=com_k2&view=item&id=5258:conference-stoppauvrete-2018-une-declaration-pour-la-justice-climatique-a-lire-ici&Itemid=607

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Entraver le secours porté à une personne en danger est punissable selon le Code pénal suisse (Art. 128). La décision du Conseil fédéral de ne pas autoriser le navire humanitaire Aquarius à naviguer sous pavillon suisse à joué un rôle décisif dans sa mise en arrêt d’activité. Ainsi se retrouvent des milliers d’êtres humains privés de secours. l’Aquarius a sauvé jusqu’ici 29’000 vies humaines. Le Conseil fédéral se rend ainsi corresponsable d’un grand nombre de morts.

On nous fait entendre que la question nécessite une solution au niveau de l’Europe entière. C’est effectivement le cas, mais il s’agit d’une visée à long terme, et d’ici qu’on l’atteigne nombreux sont celles et ceux qui mourront noyés. On entend même dans certains cercles qu’il y aurait ainsi une diminution des tentatives de traversées de la mer s’il devient attesté que la plupart meurent durant le trajet. Mais voulons-nous vraiment sacrifier à Dieu des milliers de ses créatures dans le but que moins d’étrangers viennent à nous? Il est permis d’émettre des doutes sur le Pacte de Marrakech qui vise à interdire aux pays des limitations de la migration pour motifs économiques. Nous avons le droit de décider d’accueillir uniquement les réfugiés victimes de guerre et de persécution. Mais cela nécessite d’examiner les situations de ces personnes, et non de les laisser mourir en mer. Pouvons-nous tolérer d’infliger la mort pour cause d’avoir cherché plus de bien-être ? Et considérer les réfugiés politiques morts comme des « dommages collatéraux », parce qu’il y avait également des réfugiés économiques avec eux ?

Dans Matthieu 25, Jésus nous dit sur quelle base nous serons jugés : non pas sur quelque chose de mal que nous aurions faite, mais sur le bien que nous avons accompli envers les plus petits de nos frères (il y a par ailleurs de nombreux chrétiens parmi les personnes noyées). Sami, un de mes voisins érithréens, a tout juste pu échapper de la mort par noyade grâce à l’action d’un navire humanitaire. Il flottait alors sur l’eau, inconscient. La plupart de ceux qui partageaient son embarcation sont décédés.

Nous appelons donc le Conseil fédéral à changer sa décision, et à empêcher ainsi qu’il y ait encore davantage de morts dans la Méditerranée.

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Le décès, en décembre dernier, de la jeune strasbourgeoise Naomi Musenga, 22 ans, après qu’une opératrice du SAMU ait pris son appel à la légère a causé beaucoup de bruit et eu nombre répercussions : enquêtes, manifestations publiques, mea culpa de la part l’opératrice, démission du directeur du SAMU strasbourgeois. Des répercussions largement causées et amplifiées par le soupçon de discrimination associé à cette affaire : l’opératrice aurait-elle en effet agi différemment – en transmettant l’appel à un médecin, comme elle aurait dû le faire au vu des types de douleurs décrites – si Naomi ne s’était pas appelée « Musenga », si elle n’avait pas été une femme ?

 

Injustices épistémiques

Certaines voix se sont ainsi élevées pour dénoncer les méfaits du « syndrome méditerranéen », biais de perception rencontré chez certains professionnels de la santé qui tendrait à considérer les expressions de douleur comme exagérées chez leurs patients originaires du sud. Que le spectre de ce triste syndrome hante encore ou non les couloirs des établissements hospitaliers, difficile à dire. En revanche, une chose est certaine : la voix des minorités, quelles qu’elles soient, continue à avoir moins de poids, à porter moins loin. Non seulement on les « entend » moins, mais, qui plus est, on leur accorde moins de « crédit ». La sociologue américaine Miranda Fricker qualifie « d’injustice épistémique testimoniale » la situation des personnes dont le témoignage n’est pas pris au sérieux du fait qu’elles appartiennent à groupes marginalisés ou en raison des stéréotypes et autres préjugés associés au groupe dont elles font partie.

 

Empowerment christique

Ces discriminations et leurs effets potentiellement mortifères doivent continuer de nous émouvoir. Ne blindons pas nos cœurs, ne fermons pas nos oreilles… Oui, mais comment (ré)agir à notre échelle ? Certains, à l’image des représentants du mouvement ATD Quart Monde, ont choisi de contribuer à renforcer la voix des « sans-voix » : en facilitant leur accès au savoir et en les aidant à se penser et à se vivre comme des êtres pensant et donc à se faire reconnaitre/à s’imposer comme tel… Un magnifique exemple d’empowerment christique. D’un point de vue individuel, que dire à part, encore et toujours, se laisser imprégner et transformer par l’exemple du Christ… Pauvres, femmes, vieillard, samaritains, supposé-e fou/lle : aucune des personnes qui ont croisé Sa route n’ont eu besoin de sortir un porte-voix pour faire entendre et reconnaitre leur voix. Vers chacune d’entre elles, il a tendu l’oreille, ouvert Son cœur, incarnant ainsi Ses célèbres paroles prononcées lors du sermon sur la montagne : « Heureux les doux car ils hériteront la Terre, heureux les pauvres car le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu.5 3-4)

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1090, août-septembre 2018, www.editions-mennonites.fr.

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Samuel Ninck-Lehmann, co-fondateur et ancien coordinateur de ChristNet, co-auteur de La Suisse, Dieu et l’argent (éd. Je sème), revient sur une approche chrétienne de gérer l’argent. 1

Richesse et pauvreté : le principe de l’égalité

A de nombreux endroits, la Bible parle de l’argent, de richesse et de pauvreté. Depuis des millénaires, l’argent existe et la Bible ne ferme pas ses yeux sur cette réalité humaine. Cependant, Dieu ne préfère pas la richesse à la pauvreté ou vice versa. Il a une prédilection pour les gens. Et parmi les gens, il chérit particulièrement les pauvres. C’est pour cela que Jésus, en venant sur Terre, « s’est dépouillé lui-même » (Philippiens 2.7) et est né dans une étable.

Dans la Bible, l’argent, qui fait partie d’une prospérité intégrale englobant tout l’être humain – relations, santé mentale, physique, spirituelle, biens matériels… –, n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Quant à Jésus, il nous le présente comme un maître qui demande notre obéissance totale : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Luc 16.13). A nous de maîtriser l’argent et de l’utiliser d’une manière qui réponde au commandement de l’amour (Luc 10.27).

Comment donc aimer Dieu, nous-mêmes et notre prochain avec notre argent ? Selon Paul, c’est le trop-plein des uns qui doit servir à combler le manque des autres et vice versa : « Il n’est pas question de vous réduire vous-mêmes à l’extrémité pour que d’autres soient soulagés, il s’agit simplement de suivre le principe de l’égalité… » (2 Corinthiens 8.13). La prospérité des uns prend donc tout son sens si elle est utilisée pour lutter contre la pauvreté des autres. A contrario, la pauvreté des autres peut trouver un certain sens lorsqu’elle permet de susciter la générosité des uns.

Faire confiance à un Dieu qui pourvoit

La Bible parle d’un Dieu qui pourvoit. Elle raconte des histoires dans lesquelles Dieu montre sa fidélité, aussi dans le domaine matériel. Pensons au peuple d’Israël dans le désert : chaque jour, il reçoit assez pour manger. Evidemment : si Dieu a créé le ciel et la terre et qu’il nous aime et veut que nous allions bien, il se souciera aussi de notre bien-être matériel.

C’est dans ce contexte que Jésus dit : « Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez pour vivre, ni de ce dont vous habillerez votre corps » (Matthieu 6.28). Si Dieu pourvoit, nous sommes appelés à lui faire confiance. Cela nous libérera de nos peurs, en particulier de la peur de manquer. Il est notre défi de soigner cette relation confiante avec Dieu, autrement dit de chercher son royaume et sa justice. Il pourvoira alors à nos besoins, même matériels. Cherchons donc des situations dans lesquelles nous sommes obligés de faire confiance à Dieu.

Des grâces et de bénédictions à partager

Nous vivons dans une société de surabondance : selon l’Office fédéral de la statistique, un Suisse sur deux gagne plus de Fr. 6’502.-. Sur cette base, le comparateur des revenus en ligne « Global Rich List » permet de déterminer notre position en comparaison mondiale : la moitié de la population suisse fait partie du 0,31% les plus riches du monde. Dans le village global, nous vivons donc dans le coffre-fort de la banque !

Quant à l’origine de notre richesse, elle est ambigüe : n’est-il pas vrai que notre fortune est, entre autres, due à notre exploitation des ressources dans les pays du Sud ? à la fuite de capitaux d’autres pays, en particulier pauvres, vers nos banques ? la pollution engendrée par la fabrication des produits de notre luxe ? au gaspillage et au consumérisme érigé en religion de nos sociétés « développées » ? C’est ce pouvoir inique que Jésus dénonce lorsqu’il parle des « richesses injustes » (Luc 16).

D’ailleurs, la Bible nous met en garde, en soulignant que notre richesse comporte une part de malédiction : celle d’avoir déjà goûté aux plaisirs de l’abondance (Luc 6.24) et d’être éloignés du Royaume de Dieu. Pensons à la parole de Jésus concernant le chameau et le trou d’aiguille (Luc 18.25). Nous sommes mis devant le défi de détacher activement notre cœur de l’argent et de nous attacher à Dieu et à notre prochain, entre autres, par le partage de notre temps, de notre amour, de nos compétences et… de nos biens matériels.

Pas de pauvres parmi nous ?

Encore faut-il que nous soyons prêts à partager. Ceci est étroitement liée à notre capacité au contentement : lorsque je suis content avec un certain budget, le surplus qui m’est donné est libéré pour une autre utilisation. Paul savait être content : « Je sais vivre dans la pauvreté et je sais vivre dans l’abondance » (Philippiens 4.12). Le plus grand obstacle au contentement est l’envie et la jalousie : nous nous comparons à ceux et celles qui sont mieux lotis que nous-mêmes. Cette tendance humaine est grandement renforcée, dans notre société, par la publicité et le culte des célébrités.

Afin de fortifier notre esprit de contentement, rappelons-nous que nous ne pourrons rien « emporter du monde » (1 Timothée 6.7), pratiquons la reconnaissance de ce qui nous est confié, établissons un budget de base qui couvre nos besoins élémentaires en décidant que cela nous suffit et en étant prêts à renoncer au surplus. Jésus invite plusieurs personnes à tout vendre et à le donner aux pauvres. Par là, il fait écho au commandement biblique de base concernant l’utilisation des biens matériels : « En fait, il ne doit pas y avoir de pauvres parmi vous » (Deutéronome 15.4).

Implications sur la politique

La France a le cinquième PIB au monde, et la Suisse se situe au 10e rang mondial. Depuis 1990, le PIB par habitant a plus que doublé. Nous devenons donc toujours plus riches ! Cependant, la pauvreté persiste : env. 10% des Suisses adultes ont de la peine à joindre les deux bouts et, en France, les aides sociales ont coûté EUR 755 milliards en 2016 tout en laissant beaucoup de gens pauvres.

Et que donc penser du fait qu’au niveau mondial, 50% de la population détient moins que 1% de la fortune? Certes, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a fortement diminué (1981-2012 : de 1100 à 147 mios.). C’est un sujet de reconnaissance. Mais trop de personnes restent dépendantes d’une aide extérieure pour pouvoir simplement vivre.

Dans ce contexte, la Suisse et la France ont de la peine à mettre en place des politiques de redistribution qui permettraient un rééquilibrage: au niveau national, les politiques de baisses d’impôts et d’austérité grèvent les budgets du social, de l’éducation et de la santé publique. Au niveau international, l’aide publique au développement est sous pression : au lieu de s’approcher des 0,7% du PIB prônés par l’ONU pour éliminer la pauvreté, celle-ci a baissé, en Suisse à son plus bas niveau depuis 2013 (0,46%).

Voilà de vrais défis pour les chrétiens: comment être témoins de Jésus, amis des pauvres ? Commençons par aborder le sujet dans nos Eglises et de soutenir des pétitions qui traitent de ces questions. En tant que citoyens, les chrétiens peuvent poser la lutte contre la pauvreté comme critère lors des élections. De même, lorsque nous votons sur des sujets touchant à la politique fiscale ou la coopération internationale. Pour cela, il est essentiel de s’informer. Quant aux politiques chrétiens, prions pour leur engagement sans compromis en faveur du principe de l’équité. Pour que notre « surplus serve à combler le manque des autres ».

Lectures

  • La Suisse, Dieu et l’argent, dossier Vivre n° 36, Je sème, St-Prex, 2013.
  • Roser Dominic, Suffisance – Réflexions sur une gestion chrétienne de l’argent. ChristNet, Genève, 2007.
  • Jacques Blandenier, Les pauvres avec nous, dossier Vivre n° 26, Je sème, Genève, 2006.
  • www.stoppauvrete.ch – mouvement évangélique de lutte contre la pauvret

1. Article paru, légèrement modifié, dans Christianisme aujourd’hui, juillet-août 2018, sous le titre « Un portefeuille géré à la lumière de la Bible » (pp. 18-19).

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Qu’est-ce que la vérité ?

La vérité, c’était le thème du dernier Forum « Que de l’intox ?! » de ChristNet le 11 novembre dernier. L’éthicien et théologien Michäel Gonin (HET-Pro) nous a proposé le texte téléchargeable ci-dessous comme base de réflexion. Voici un aperçu du contenu que l’on peut y trouver.

Michaël Gonin cherche à ressortir la richesse du sens de vérité dans les textes bibliques, au-delà de la compréhension classique d’un discours offrant une description adéquate de la réalité. Cette vision n’est pas fausse note l’auteur, mais insuffisante au regard de la vision biblique. Dans cette perspective, la vérité n’est pas le résultat d’un consensus humain, mais correspond avant tout à la vision de Dieu. Les êtres humains sont appelés à la chercher et à se l’approprier. Cependant, dans la Bible, il est souvent parlé de « faux-prophètes » qui s’expriment au nom de la vérité pour plaire aux puissants, mais détournent ainsi le peuple de la volonté de Dieu. La mission prophétique est alors de dire la vérité, et si elle dérange souvent, avant tout elle libère. Dans la perspective biblique, la vérité est ainsi toujours reliée au service de l’autre, à l’amour, et à la recherche de la justice.

 

Mais au coeur du développement de l’auteur, c’est la nature même de cette vérité qui est présentée, à savoir Jésus, Dieu qui s’est révélé en tant qu’être humain. Il n’est alors plus possible de concevoir la vérité comme un système de pensée, car elle ne peut se découvrir qu’au travers d’une relation vécue dans la confiance. C’est ainsi, note l’auteur, que le christianisme offre une vision de la vérité qui devrait mettre à l’abri d’une posture identitaire : nous ne possédons pas la vérité, mais nous témoignons de la vérité que nous avons découverte à travers notre relation au Christ.

Verite-ForumChristNet-MGonin_PostFORUM

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Quatre thèses suite au ForumChristNet « Que de l’intox !? » du 11 novembre 2017 à Bienne. Il s’agit d’une base de discussion sur notre site web et sera adapté ces prochaines semaines.

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1. La vérité, c’est aimer véritablement.

Etre vrai signifie être sincère et fiable. C’est une condition préalable aux relations véritables. Si nous partons de l’idée que, de toute façon, les autres mentent, la relation n’est pas possible, mais seulement le retrait, la désillusion et une attitude de franc-tireur. En Suisse, la peur de l’égoïsme des autres domine (GfS-Angstbarometer). Nous nous méfions donc de notre prochain. Cela nous pousse à nous isoler des autres et à nous comporter de manière égoïste sur le plan personnel et social.

La vérité est donc décisive pour les relations, personnelles et sociales ! Paul écrit : « [L’Amour] ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité » (1Co 13:6).

2. La vérité, c’est écouter avec discernement.

La recherche de la vérité n’est pas seulement individuelle, mais aussi un travail d’équipe. Elle se fait dans l’échange et dans la confrontation avec d’autres points de vue. Les médias sociaux et les technologies de l’information ont donné lieu à un flot d’informations sans précédent. Bien que la diversité des sources se soit accrue, le grand volume fait que nous devenons de moins en moins critiques à l’égard de l’information. Dès lors, nous privilégions ce qui nous arrange.

Normalement, ce sont les informations qui confirment notre vision du monde dont nous devrions vérifier l’exactitude tout particulièrement. Ceci est aussi vrai pour les informations « chrétiennes ». Paul nous dit : « Examinez tout et retenez ce qui est bon. » (1Th 5:21).

3. La vérité dérange.

Affronter la vérité demande du courage, parce qu’elle peut changer notre façon de penser et nos idéologies. Ce n’est pas aisé pour nous humains. Nous aimons croire ce qui correspond à nos convictions. Or, la publicité en ligne et les médias sociaux nous poussent toujours plus à vivre dans une « bulle sociale » qui éludent les opinions surprenantes, voire antagonistes. Cela vaut également pour de nombreuses bulles « chrétiennes ». Nous avons donc besoin de gens qui sont prêts à se laisser déranger, mais aussi à déranger les autres avec nos conclusions.

Être dérangé exige l’humilité de reconnaître que notre savoir et notre connaissance sont partiels (1Co 13:9). A de nombreuses reprises, Jésus nous encourage à « changer d’attitude », et Paul nous invite à renouveler nos pensées (Romains 12:2).

4. Les chrétiens devraient être des spécialistes de la vérité.

Les chrétiens sont idéalement placés concernant la vérité: ils devraient être particulièrement bien équipés pour promouvoir et revendiquer la vérité. Ils connaissent l’amour inconditionnel de Dieu (thèse 1), ils vivent la communion (thèse 2) et ils vivent la conversion (thèse 3).

Paul nous appelle : « omportez-vous donc comme des enfants de la lumière car ce que produit la lumière c’est tout ce qui est bon, juste et vrai » (Ep 5,8).

Chrétiens, faites donc quelque chose de courageux !

En tant que chrétiens, nous voulons endosser cette position de « spécialistes de la vérité ». Nous voulons apprendre à aimer le monde véritablement, à quitter notre bulle, à écouter ceux qui ont un autre avis, à nous laisser déranger dans notre vision du monde et à déranger les autres.

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