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La Coupe du monde de football au Qatar a débuté hier et durera jusqu’au 18 décembre 2022. Aucune Coupe du monde de football dans le passé n’a été aussi critiquée que celle organisée au Qatar. Hauke Burgarth de Livenet s’est penché sur les raisons pour lesquelles de nombreux chrétiens y participent ou non.

Le pour et le contre dans la discussion sur l’opportunité de regarder les matchs de cette Coupe du monde de football ont toutefois d’autres priorités – et sont complétés par une composante spirituelle chez les chrétiens. Quels sont donc les arguments pour ou contre le fait de regarder les matchs ?

Pour – pourquoi beaucoup de gens vont regarder la Coupe du monde

  • Le sport est au premier plan. Bien sûr, la Coupe du monde de football n’est pas réservée aux pays démocratiques, occidentaux ou chrétiens. La politique ou la religion ne sont pas au premier plan. Il s’agit de sport – en l’occurrence de football, le « plus beau passe-temps du monde ».
  • Entre toutes les nouvelles de crise et de guerre, il sera vraiment agréable de regarder des matchs de football passionnants et de vibrer le 28 novembre pour savoir si le Brésil a une chance contre l’équipe nationale suisse.
  • Une Coupe du monde de football est toujours une chance pour l’Évangile. Cela commence sous nos latitudes, où la célèbre « Bible du football » de David Kadel a été rééditée à temps pour le championnat et invite à croire en Jésus-Christ. Et cela ne se termine pas, loin de là, avec les possibilités de dialogue que les chrétiens du monde entier auront au Qatar.
  • Malgré tout, il est clair que le Qatar ne fait pas exactement partie des pays libres de la planète, mais c’est justement le fait de se concentrer sur le pays qui peut y provoquer des changements. Sans la Coupe du monde, les droits de l’homme et les conditions de travail au Qatar n’auraient certainement jamais fait l’objet d’un débat mondial.

Contre – pourquoi beaucoup ne regarderont pas la Coupe du monde

  • « Le football n’a sa place ni en hiver ni dans le désert », affirment de nombreuses personnes, faisant ainsi référence à l’absence de tradition footballistique de l’émirat, qui souhaite manifestement combler cette lacune en achetant des supporters (le journal Sportschau en a parlé).
  • De nombreux observateurs, ainsi que la justice américaine, s’accordent à dire que la Coupe du monde est arrivée au Qatar grâce à la corruption. En 2010, l’État du désert a été choisi par la FIFA de Zurich, alors présidée par Sepp Blatter. Depuis, les rumeurs selon lesquelles le Qatar aurait acheté la Coupe du monde n’ont pas cessé, des enquêtes ont été ouvertes et de nombreuses arrestations ont eu lieu en Suisse en 2015 dans ce contexte.
  • Déjà avant la Coupe du monde, la presse s’était fait l’écho de la situation des droits de l’homme et des normes de sécurité totalement insuffisantes pour les travailleurs migrants au Qatar. Entre 6’500 et plus de 15’000 personnes sont mortes lors des travaux de construction pour le Mondial. C’est plus qu’un simple déséquilibre pour un événement qui règle habituellement chaque détail selon les normes internationales. Un nombre de morts à cinq chiffres est inacceptable pour une Coupe du monde.
  • Selon les critères occidentaux, la liberté est un mot étranger au Qatar : cela commence par des droits de la femme presque inexistants et ne s’arrête pas à une liberté de la presse fortement limitée. Selon « Reporters sans frontières », le Qatar est classé 119e sur 180 dans le monde.
  • La liberté de culte dans le pays n’est possible que si l’on est un homme musulman et que l’on souhaite le rester. Selon Idea, les chrétiens étrangers présents dans le pays font régulièrement l’objet de représailles. Selon le Qatar, il ne peut guère y avoir de chrétiens locaux. Il n’est donc pas étonnant que le pays occupe le 18e rang de l’index mondial de persécution, après les nations « leaders » que sont l’Afghanistan et la Corée du Nord.

Et maintenant ?

Les chrétiens pourront-ils regarder les matchs de la Coupe du monde ? Bien sûr que oui. Qui pourrait le leur interdire – ils sont même diffusés en public. Est-ce raisonnable et juste ? C’est à chacun et chacune de décider.

Des organisations comme Amnesty International ont du mal à adopter une position claire. Amnesty a tendance à rejeter un boycott de la Coupe du monde afin de pouvoir continuer à rendre visibles les violations des droits de l’homme.

Fêter consciemment au lieu de boycotter

Le Public Viewing « Dr Bitz » à Köniz, près de Berne, fait figure de pionnier. Ses organisateurs ont décidé de ne pas boycotter la Coupe du monde et de diffuser tous les matchs de football dans une salle vide de Köniz d’une capacité d’environ 400 places. Ceux-ci seront diffusés sans pauses publicitaires ni entretiens en studio, car les organisateurs ne veulent pas offrir de plateforme aux sponsors de la Coupe du monde. « Au lieu de cela, nous voulons, en collaboration avec l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International, nous pencher activement sur la situation précaire des droits de l’homme au Qatar », explique l’organisateur Beat Wenger à la SRF. Ainsi, outre les matches, des tables rondes et une exposition de photos sur le Qatar sont prévues. En outre, les personnes intéressées pourront signer une pétition d’Amnesty International visant à obtenir des indemnités pour les travailleurs migrants au Qatar.

Wenger reconnaît qu’il a lui aussi d’abord envisagé de boycotter la Coupe du monde. « Puis j’ai pris conscience que le football peut unir les gens dans le monde entier et nous avons cherché un moyen de célébrer le sport lors de la Coupe du monde de football au Qatar malgré ses nombreux côtés négatifs ».

L’article a été publié pour la première fois sur Livenet.ch. Pour ChristNet, le début et la fin ont été légèrement raccourcis et complétés par le dernier paragraphe.

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Dieu se soucie de notre bien-être. Et de celui de notre prochain. Cela est particulièrement vrai pour les personnes qui occupent une position vulnérable sur le plan économique. Ainsi, Jacques 5.4 dit : « Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées ». 1 Timothée 5.18 ajoute : « Car l’Écriture dit : ‘Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui bat le grain’, et : ‘L’ouvrier mérite son salaire' ». Quel est le rapport avec la revendication d’un salaire minimum ?


Afin de protéger les plus vulnérables économiquement, des salaires minimums ont été fixés dans de nombreux pays. En Suisse aussi, une initiative a tenté en 2014 d’introduire un salaire minimum de 4000 francs. Mais après avoir été partiellement approuvée dans les premiers sondages, l’initiative a ensuite été clairement rejetée.

Comment pondérer la pauvreté ?

L’État ne devrait rien imposer en matière de salaire, tel était l’un des contre-arguments. Et un salaire minimum défini créerait des incitations qui rendraient la Suisse plus attrayante pour les travailleurs étrangers. Il est inquiétant que de tels arguments soient plus importants que la pauvreté dans laquelle de nombreuses familles doivent vivre. Selon l’Office fédéral de la statistique1 , un enfant sur 20 était en effet concerné par la pauvreté monétaire en Suisse en 2014 et un enfant sur six était menacé de pauvreté.

Perdre ou gagner des emplois ?

Une autre raison du rejet de l’initiative était également la crainte de perdre des emplois. Cette crainte est compréhensible et a été largement exploitée par les opposants lors de la campagne de votation. C’est probablement l’une des principales raisons pour lesquelles l’initiative a finalement été clairement rejetée.

Mais en y regardant de plus près, l’argument de l’emploi s’avère faux : en Grande-Bretagne, un salaire minimum légal a été introduit en 1999 et augmenté chaque année. Des études scientifiques2 ont montré que cela n’a pas détruit d’emplois, mais en a plutôt créé davantage. Cela s’explique par le fait que les personnes peu rémunérées ne peuvent pas économiser l’argent supplémentaire, mais le dépensent généralement sous peu. Des expériences similaires ont été faites aux États-Unis3.

Promouvoir l’économie pour tous

Entre-temps, cinq cantons suisses ont déjà introduit des salaires minimaux : Jura, Neuchâtel, Tessin, Genève et Bâle-Ville. Les expériences montrent que cela a eu des effets positifs. Aucune perte d’emploi n’a été signalée jusqu’à présent.

Conclusion : il est possible, en Suisse aussi, de verser des salaires dignes et suffisants pour vivre, comme le veut l’esprit biblique.Le sujet doit donc être remis sur la table au niveau politique. Dans les pays industrialisés, une promotion économique sans mesures de redistribution n’a encore jamais permis d’améliorer la situation des pauvres. Faisons donc ce qui est économiquement possible et qui a du sens pour les plus défavorisés.


1 https://www.bfs.admin.ch/bfs/de/home.assetdetail.1320142.html

2 https://www.boeckler.de/de/boeckler-impuls-grossbritannien-loehne-und-jobs-stabilisiert-10342.htm

3 https://www.letemps.ch/economie/six-enseignements-salaire-minimum

Cet article est paru pour la première fois dans le « Forum Integriertes Christsein » : https://www.insist-consulting.ch/forum-integriertes-christsein/22-3-5-arbeit-mindestloehne-sind-christlich-und-moeglich.html

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L’impôt anticipé de 35% a pour but d’inciter les contribuables, particuliers et entreprises, à déclarer honnêtement leurs bénéfices et plus-values imposables et donc à payer leurs impôts. Les 35 % ne sont remboursés qu’après avoir été déclarés conformément aux règles. Mais le lobby bancaire a obtenu du Parlement qu’il supprime l’impôt anticipé lors de l’émission d’obligations. Ceci avec l’argument qu’en raison de la charge administrative et du retrait temporaire de liquidités, les obligations seraient aujourd’hui émises à l’étranger, où les prix sont plus avantageux, et que la Suisse perdrait ainsi des emplois et de la valeur ajoutée. Parallèlement, la taxe de vente, prélevée sur le commerce de certains titres, a été supprimé, car il constituait également une entrave au marché suisse des capitaux étrangers. Un référendum a été lancé contre ce paquet.

Le trou risque de s’agrandir – au détriment de la population

Les forces motrices derrière cette baisse d’impôts affirment que l’arrivée d’emplois et de valeur ajoutée revenant de l’étranger permettrait aux cantons et aux communes de réaliser un bénéfice d’au moins 400 millions de francs par an. Mais en même temps, selon les derniers chiffres, la Confédération perdrait entre 215 et 275 millions de francs de recettes. Il s’agit d’estimations très conservatrices et probablement beaucoup trop basses. Car, premièrement, ces calculs se basent sur le niveau actuel très bas des taux d’intérêt, qui devrait toutefois augmenter dans un avenir proche. Et deuxièmement, l’industrie financière a l’habitude de dissimuler tout ce qu’elle peut pour maximiser les bénéfices. Sans contrôle, la motivation pour déclarer ces fonds fait défaut. La deuxième réforme de l’imposition des entreprises (RIE II) a déjà montré que l’industrie financière exploite toutes les possibilités de contourner l’impôt. Les pertes maximales de 933 millions de francs pour la Confédération et les cantons (indiquées dans le livret de vote lors de la votation de 2008) se sont transformées (et se transforment toujours) en 2 à 2,5 milliards de francs par an à partir de l’entrée en vigueur en 2011, raison pour laquelle les cantons ont mis en œuvre les uns après les autres des programmes d’économie drastiques dans les écoles, les hôpitaux, etc. En revanche, les actionnaires ont pu exonérer les dividendes, et les chefs d’entreprise (qui se font désormais souvent verser leur salaire d’une autre manière) de leurs revenus. Au total, entre le 1.1.2011 et le 31.11.2016, 1 billion 692 milliards de CHF ont été déclarés par 7 365 sociétés anonymes et approuvés par l’Administration fédérale des contributions pour être distribués aux actionnaires en franchise d’impôt.

Les baisses d’impôts – une mauvaise nouvelle avérée pour les plus faibles

La fable selon laquelle tout le monde s’en sort automatiquement mieux en cas de baisse d’impôts a également été réfutée depuis longtemps. C’est ce que montre de manière impressionnante l’étude d’Oxfam de 2014 : les baisses d’impôts dans le sillage du néolibéralisme ont surtout rendu les plus riches encore plus riches (et donc plus puissants) dans le monde entier, mais n’ont guère aidé les plus pauvres (donc ceux qui en auraient le plus besoin). Aux États-Unis, par exemple, le salaire moyen est resté le même entre 1984 et 2016, le revenu moyen des ménages n’a augmenté de 20 % au total, et ceci uniquement en raison de l’entrée croissante des femmes dans le monde du travail salarié. Et l’histoire de la création de la RIE II a montré de manière impressionnante qu’il ne s’agissait pas du tout des PME et encore moins de l’ensemble de la population, mais uniquement des intérêts des actionnaires.

Les services vitaux ont besoin de plus de moyens : inverser la spirale maintenant

Il est donc fort probable que la suppression de l’impôt anticipé soit une fois de plus une opération déficitaire pour la population suisse. Et pas seulement pour la population suisse, mais aussi, en fin de compte, pour les pays d’où les emplois seront drainés. La concurrence fiscale a globalement pour conséquence que les services vitaux tels que les écoles, les hôpitaux, les mesures environnementales, etc. subissent des dommages. Les classes d’école sont de plus en plus grandes, des hôpitaux régionaux sont fermés l’un après l’autre, le personnel soignant est trop peu nombreux et mal rémunéré, et les subventions pour l’énergie solaire « sont trop chères ». Dans ce système, les plus faibles et la création sont mis à mal. Il faut mettre un terme à cette évolution. D’autant plus lorsque ceux qui pourraient le mieux se le permettre sont quasiment invités à ne plus payer d’impôts.

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Poutine mène sa guerre avec le soutien de l’Eglise orthodoxe russe. Aux Etats-Unis, les chrétiens évangéliques de droite voient leur pays comme la nouvelle terre promise. Et en Suisse, nous nous opposons à tout ce qui remet en question notre souveraineté. Mais le royaume de Dieu a un tout autre horizon. Il est donc grand temps de changer de mentalité.

Selon le témoignage biblique, Jésus-Christ est le fils du Dieu trinitaire. Il est l’initiateur et le point d’arrivée de ce que nous appelons aujourd’hui le christianisme. Il en a formulé le fondement contextuel avec son évangile du royaume de Dieu qui a commencé1 . C’est une bonne nouvelle pour le monde entier – et ce depuis 2000 ans. C’est pourquoi nous posons notre main sur la Bible : Quelle est la place du nationalisme dans cet évangile ?

Poutine : chrétien pieux ou despote conscient de son pouvoir ?

A l’occasion de la récente fête de Pâques orthodoxe, le président russe Poutine s’est une nouvelle fois aventuré à l’extérieur, du moins sous le toit de l’église. Il a participé au service religieux orthodoxe sous la direction du patriarche orthodoxe russe Kirill. Comme il se doit, il a frappé une croix au-dessus de sa poitrine. Il a ainsi confessé être le Fils de Dieu, mort sur une croix le Vendredi saint pour tous les péchés humains. Y compris pour les péchés du pieux chrétien Vladimir Vladimirovitch Poutine. Jusqu’ici, tout va bien – et c’est nécessaire.

Theodorus II, pasteur en chef des orthodoxes en Afrique, assure : « Poutine était un chrétien fervent, je le sais par expérience très proche ». Il attribue sa transformation en tyran bigot à sa frénésie de pouvoir débordante : « Il a d’abord cru être un nouveau tsar ». Entre-temps, son autocratie l’a complètement aveuglé. L’orientaliste Heinz Gstrein explique cette transformation2 entre autres par un changement d’état d’esprit désastreux, qui était déjà apparu chez le célèbre écrivain Alexandre Soljenitsyne. Purifié dans les camps pénitentiaires communistes, d’athée à chrétien orthodoxe, Soljenitsyne serait devenu à l’époque de Poutine un « nationaliste russe pseudo-religieux » qui, comme Poutine aujourd’hui, voulait délivrer la Russie de la « soi-disant pernicieuse influence occidentale ». Selon Gstrein, Soljenytsine est devenu le prophète de cette évolution en Europe de l’Est « selon laquelle la libération de la dictature communiste ne se termine pas dans la démocratie libérale, mais dans le nationalisme … ».

Le nationalisme ethnique – une erreur de parcours

Martti J Kari, spécialiste de la Russie, voit l’élément déclencheur de cette pensée dans le siège de Constantinople par le peuple des Rus en 8603 . Par la suite, les traditions de l’Empire byzantin auraient été reprises en Europe de l’Est et comprises comme un ordre de mission des Russes envers tous les peuples slaves : l’enseignement religieux orthodoxe, le conservatisme et le rapport ininterrompu à une autorité qui ne doit jamais être remise en question, car elle est donnée par Dieu. Selon Martti J Kari, la certitude « qu’un tsar fort vaut mieux qu’un dirigeant faible » s’est renforcée au cours des tumultes qui ont suivi dans l’histoire russe, au cours desquels le tsarisme a toujours été sur le point de s’effondrer. Cela s’est également vérifié après la fin de l’Union soviétique, lorsque le dirigeant faible Boris Eltsine a été remplacé par le « tsar » fort Poutine.

Ce qui donne à réfléchir au regard de l’évangile biblique, c’est le fait que ce nationalisme autoritaire est nourri par une Eglise qui se dit orthodoxe russe. Elle associe ainsi sa mission à un nationalisme défini de manière ethnique et se sent compétente partout où vivent des Russes. Il n’était donc pas étonnant que l’Eglise orthodoxe d’Ukraine se détache du centre moscovite après l’annexion de la Crimée par la Russie. En 2019, elle a obtenu l’indépendance nationale du patriarche œcuménique (mondial) Bartholomaios de Constantinople. Ce qui a été critiqué par le patriarche moscovite Cyrille comme une division. De toute évidence, le nationalisme ethnique mène à une impasse.

La Réforme ramène aux racines

Il ne faut pas oublier que des traits autoritaires s’étaient déjà répandus dans l’Église après le tournant constantinien de 313. Mais la pensée dans les catégories d’un Saint Empire romain (nation allemande) du Moyen-Âge et du début des temps modernes a été durablement remise en question grâce au mouvement de réforme de Martin Luther et de ses successeurs. La proclamation d’une compréhension biblique du sacerdoce universel de tous les croyants, associée à l’accès à la lecture de la Bible pour tous, a conduit à une offensive éducative et à une pensée qui a favorisé les Lumières ultérieures. La mise en œuvre radicale de cette approche plus individualiste de la foi par les anabaptistes a certes été rejetée comme étant dangereuse pour l’État. De même, l’application politique de l’idée d’égalité par les paysans, qui voulaient secouer leur assujettissement à la classe supérieure, ne trouva guère grâce aux yeux des réformateurs. Le mouvement contraire à l’État autoritaire ne pouvait cependant plus être arrêté.

La suite politique dans les Lumières

Le siècle des Lumières en fut l’étape suivante. Elle a culminé dans une première déclaration des droits de l’homme à la veille de la Révolution française. Là encore, les Églises ont réagi dans un premier temps avec une grande retenue. Outre les représentants critiques à l’égard de la Bible et de l’Eglise, des penseurs chrétiens ont toutefois participé dès le début au mouvement des Lumières. Alors que les philosophes des Lumières éloignés de l’Eglise ne pouvaient justifier les droits de l’homme que de manière floue par le droit naturel, les philosophes chrétiens des Lumières avaient des arguments forts. L’auteur Kurt Beutler le résume ainsi : « S’il est vraiment vrai que Dieu a créé tous les hommes à son image et que Jésus a racheté sur la croix non seulement les dix mille personnes du haut, mais même l’assassin qui était accroché à l’autre croix, alors tous les hommes sont égaux4 « .

Le médecin et chrétien anglais John Locke (1632 à 1704) a été l’un des premiers penseurs à associer les Lumières et les droits de l’homme à une vision biblique du monde. Les trois premiers droits de l’homme évoquent le droit à la vie, à la propriété et à la liberté d’expression. Selon Kurt Beutler5 , ils ont été proclamés pour tous les hommes dès le 11e siècle par l’Église catholique à l’occasion de la réforme grégorienne, en s’inspirant du droit romain. John Locke s’en serait inspiré au 17e siècle. « Il a toutefois tiré des conséquences beaucoup plus radicales que ses prédécesseurs catholiques. Il a déclaré illégaux tous les gouvernements qui n’appliquaient pas les droits de l’homme universels. Il est même allé plus loin : les gouvernements de tous les pays n’ont d’autre mission que de veiller à ce que tous les citoyens obtiennent leur droit. Dans le cas contraire, il est du devoir des

Les citoyens ont le devoir de renverser ces gouvernements et de les remplacer par d’autres ». Face à la nature pécheresse de tous les êtres humains, John Locke et ses partisans ont fait remarquer qu’en fin de compte, on ne pouvait faire confiance à aucun être humain de manière inconditionnelle. Chacun devait donc être contrôlé et son pouvoir limité dans le temps. Ils ont donc plaidé en faveur de la démocratie et de la séparation des pouvoirs pour protéger les droits de l’homme.

Les Etats-Unis ouvrent la voie

Les États-Unis d’Amérique du Nord ont été l’une des premières régions du monde où ces idées ont porté leurs fruits dans le cadre d’une nation. Selon Kurt Beutler, parmi les premiers immigrants, les partisans de John Locke étaient majoritaires dans certains États, comme les baptistes dans le Rhode Island et les quakers en Pennsylvanie, « de sorte que les premières véritables démocraties au monde y ont été fondées par ces hommes d’église libres « 6 .

Les chrétiens américains ont exercé une forte influence dans cet environnement politique libre en raison de leur foi biblique. Certains voyaient dans les États-Unis le nouveau peuple d’Israël qui devait apporter le salut au monde. Cette conception de soi n’est certes pas théologiquement défendable : le peuple d’Israël et la promesse qui lui est liée n’existent qu’une seule fois. Néanmoins, cette pensée perdure encore aujourd’hui chez les chrétiens évangéliques de droite. Le fait que ces cercles se soient ensuite laissés entraîner à voir leur sauveur en Donald Trump montre à quel point les attentes qui ne sont pas mesurées à l’aune de l’action du Messie unique – Jésus-Christ – sont dangereuses.

Heureusement, le nationalisme exacerbé selon la devise « America First » est passé à l’arrière-plan vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’internationalisme de l’époque a conduit les Etats-Unis à s’associer à d’autres Etats pour imposer militairement leurs valeurs démocratiques fondamentales contre des prétentions dictatoriales. Après la victoire de la Seconde Guerre mondiale, l’OTAN et l’Union européenne ont été les fruits à moyen terme de cet engagement.

Le nationalisme constitutionnel

Outre l’Angleterre et la France, les autres États européens occidentaux se sont développés au cours du 19e siècle pour devenir des États nationaux fondés sur le droit constitutionnel. Le pouvoir étatique n’émanait plus d’une élite. Il était lié à une constitution et limité par la séparation des pouvoirs. La constitution régissait la structure organisationnelle de l’État, sa division territoriale et ses relations avec les autres États. Elle ne pouvait être modifiée que dans le cadre d’une procédure démocratique particulièrement réglementée, associée à des obstacles politiques importants.

Ces États-nations n’étaient plus fondés sur une base ethnique, mais sur une base juridique et territoriale. Cela vaut notamment aussi pour la Suisse. Comme on le sait, notre État fédéral est né dans le contexte de la réorganisation de l’Europe lors du Congrès de Vienne de 1815 et a trouvé sa forme actuelle après quelques tergiversations avec la Constitution de 1848. Les anciens territoires de la Confédération et les pays germanophones n’ont pas été répartis entre les pays limitrophes, mais une nouvelle nation multiethnique avec des cantons égaux en droits a vu le jour, qui a été calmée par le sceau de la neutralité européenne par mesure de précaution.

Grâce à différentes réformes constitutionnelles, l’État fédéral a fait monter à bord de l’État national de plus en plus de groupes sociaux : en 1874, avec l’introduction du référendum facultatif, au moins une partie de la population catholique ; après la Première Guerre mondiale, avec les élections au Conseil national selon un système proportionnel, les paysans et les (futurs) sociaux-démocrates. C’est ainsi qu’est née une démocratie directe avec un fédéralisme développé, combiné avec le principe de subsidiarité jusque dans les différentes communes7 . Dans les conditions d’une pandémie mondiale, le système suisse a récemment été soumis à une rude épreuve, dont nous sommes sortis avec un œil au beurre noir – du moins pour le moment.

Moins dignes d’être imitées sont nos affaires économiques tordues sous le couvert de la « neutralité » et de la discrétion. Le déni obstiné de notre interdépendance internationale dans un monde globalisé est tout aussi décalé. Aujourd’hui, il n’y a plus de nations souveraines à l’extérieur, mais seulement des États plus ou moins interdépendants.

Le royaume de Dieu est international

Avec son message, Jésus a surmonté, du moins en partie, les frontières de l’État juif. Ses disciples ont diffusé ce message et ses valeurs dans tout le monde antique. Au cours de l’histoire de l’Eglise, malgré des développements erronés comme le colonialisme, de plus en plus de frontières ethniques et nationales ont été dépassées, de sorte que l’on peut et doit dire aujourd’hui : Les chrétiens pensent et agissent au niveau international. Ils s’intègrent ainsi parfaitement dans notre monde globalisé.

Néanmoins, il est logique qu’ils se préoccupent aussi de leur nation, de leur région et de leur lieu de résidence. Ils doivent apporter à tous les niveaux politiques des valeurs et des stratégies qui correspondent aux objectifs du royaume de Dieu et de son fondateur. Les démocraties organisées selon le droit constitutionnel, avec une séparation des pouvoirs conséquente, sont aujourd’hui en recul. Poussés par le pouvoir et l’argent, de plus en plus d’hommes autoritaires (pour la plupart) sont aux commandes, même au cœur de l’Europe « chrétienne » ; les formes de gouvernement collectivistes à la chinoise et à la russe ou les États africains orientés vers le tribalisme, qui méprisent l’individu, ont le vent en poupe.

Il est donc grand temps que, rafraîchis par le souffle de vie du Saint-Esprit, nous marquions à nouveau notre environnement, notre pays et le monde globalisé avec les valeurs et le message de l’Évangile. Et ce, sans œillères nationalistes. Nos pères et nos mères dans la foi nous ont montré ce que cela pouvait signifier.

1. Marc 1.15

2. Portail Internet Livenet, newsletter du 12.4.22

3. Le magazine n° 14 du 9.4.22, auteur : Mikael Krogerus

4. Portail Internet Livenet, newsletter du 25.4.22

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6. Portail Internet Livenet, lettre d’information du 1.4.22

7. Il stipule que le niveau de compétence réglementaire doit toujours être aussi bas que possible et aussi élevé que nécessaire.


Article initialement publié le 02 mai 2022 sur https://www.insist-consulting.ch/forum-integriertes-christsein/22-5-1-wieviel-nationalismus-ertraegt-das-evangelium.html

 

~ 4 minPourquoi nous disons oui à la loi sur les médias – même si ce n’est pas avec enthousiasme.

Un paysage médiatique sain, c’est-à-dire un éventail de maisons d’édition indépendantes et diversifiées, avec des journalistes bien formés, est essentiel pour une démocratie comme la Suisse. En effet, il doit y avoir un débat public sur les thèmes politiques afin que tout le monde puisse être entendu et que des solutions communes puissent être trouvées. C’est la seule façon de trouver ce qu’il y a de mieux pour tous nos prochains. En même temps, ce n’est qu’ainsi que l’on peut découvrir la vérité. Ou comme le magazine en ligne Republik l’a formulé de manière pertinente : « La plus grande performance d’un système médiatique sain est justement ce que beaucoup lui reprochent : la production d’un mainstream. Ce qui signifie : un ensemble de faits, de valeurs et de règles de comportement communs, sur lesquels on peut ensuite se disputer. Si le mainstream se brise, on ne se dispute plus sur différentes interprétations de la réalité, on vit dans différentes réalités ».

Facebook ne remplace pas une salle de rédaction

Celui qui s’informe principalement dans les réseaux sociaux court rapidement le risque de rester coincé dans sa propre réalité (également appelée bulle). En effet, les « nouvelles » consommées quotidiennement et affichées dans le flux de Facebook, Twitter et autres ne sont pas les mêmes contenus que ceux affichés aux voisins et autres compatriotes. Ils sont composés individuellement pour chaque utilisateur par l’algorithme d’un grand groupe. Ce ne sont pas les rédactions locales qui décident de ce qui est pertinent, mais les programmeurs d’une entreprise qui a atteint sa taille grâce aux recettes publicitaires et qui en dépend toujours. Toutefois, on peut aussi tomber dans une bulle en consommant un (toujours le même) autre média.

Le pouvoir des médias doit rester réparti

Si les nombreux médias indépendants continuent d’être repris par les quelques grands acteurs ou rachetés quasiment comme des jouets par des milliardaires, nous rendons également un mauvais service à notre système démocratique. La formation de l’opinion est alors soumise aux intérêts des groupes et de leurs actionnaires, ainsi qu’aux intérêts des propriétaires individuels. Il n’est alors plus possible d’avoir des opinions divergentes ou de critiquer certains pouvoirs et les rapports de force de la société. Ce que cela signifie lorsque les médias, et donc la formation de l’opinion, sont entre les mains d’un petit nombre de personnes devient évident dans de plus en plus de pays : nous avons pris conscience du problème avec des magnats des médias comme Rupert Murdoch, qui a aidé Margaret Thatcher à percer en Grande-Bretagne, puis avec l’empire médiatique (ou le quasi-monopole) de Silvio Berlusconi en Italie, les entreprises de médias en Europe de l’Est et maintenant aussi les groupes de médias toujours plus grands en Europe de l’Ouest. En Amérique latine également, les médias sont en grande partie aux mains de la classe supérieure conservatrice. La formation démocratique de l’opinion est ainsi déformée et des intérêts particuliers obtiennent le pouvoir d’orienter la pensée de la population dans une certaine direction ou de réprimer les opinions critiques et les minorités.

Minimiser la dépendance vis-à-vis des fonds privés

La situation est également problématique pour la démocratie locale : une étude de l’université de Zurich a montré que lors de l’initiative sur la responsabilité des multinationales, les groupes de médias suisses ont publié beaucoup plus d’articles contre que pour l’initiative. Il est évident que les groupes de médias ne voulaient pas se mettre à dos leurs annonceurs solvables, qui auraient été touchés par l’acceptation de l’initiative. On peut ainsi se demander si, à l’avenir, les initiatives qui menacent les intérêts économiques des grands groupes auront une chance. Les subventions publiques peuvent tout à fait servir à minimiser de telles dépendances.

Le meilleur possible à l’heure actuelle

Pendant des années, une solution de subventionnement a été élaborée, d’innombrables groupes d’intérêts ont influencé le travail, les propositions ont été transmises de part et d’autre, jusqu’à ce qu’il en résulte finalement ce qui nous est présenté aujourd’hui comme loi sur les médias et sur lequel nous voterons en février. Désormais, la presse suisse sera soutenue à hauteur de 180 millions de francs par an (au moins pour les sept prochaines années), contre 50 millions auparavant. Les petits médias en ligne recevront 30 millions, les grands recevront une grande partie des 70 millions destinés à la distribution, et Keystone-SDA, l’école de journalisme, le Conseil de la presse, etc. recevront 30 millions supplémentaires. Personne n’est vraiment enthousiasmé par le produit final – c’est le propre des compromis. En fait, ce sont surtout les petits médias indépendants qui devraient être financés. Mais le Parlement suisse est ainsi fait que les lobbies économiques et les grands groupes peuvent exercer une forte influence. C’est probablement aussi parce que le financement des partis n’est pas transparent – une distorsion de la législation à laquelle on s’est attaqué depuis longtemps à l’étranger. Ainsi, la présente loi est la meilleure possible dans nos circonstances non épurées, même s’il est choquant que les grandes entreprises de médias reçoivent encore plus d’argent. Mais si elle est rejetée, aucune meilleure loi ne sera possible dans un avenir proche. Et ainsi, la concentration du pouvoir dans la formation de l’opinion se poursuivra.

Notre préoccupation particulière est que le discours public ne soit pas seulement celui des plus bruyants, mais aussi celui des minorités, des personnes économiquement faibles et d’autres groupes marginalisés. La question se pose donc de savoir si la nouvelle loi sur les médias favorise ou entrave cette préoccupation. Nous pensons qu’elle atteint cet objectif. Plus ou moins.

https://www.republik.ch/2022/01/05/mediengesetz/befragung


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~ 2 minLa nicotine a un potentiel de dépendance aussi important que l’héroïne. Environ 14% de la population suisse est fortement dépendante de cette substance. La moitié des gros fumeurs meurent prématurément. Cela fait 9500 morts par an, autant que la pandémie de Covid a fait la première année – sauf que la consommation de tabac fait ce tribut chaque année. C’est donc de loin le plus grand problème de santé évitable en Suisse.

C’est aussi en raison du déçès des clients que l’industrie du tabac doit constamment en gagner de nouveaux. Parce que les jeunes ne sont pas encore en mesure d’évaluer précisément les risques de leurs actes et parce que personne ou presque ne commence à fumer après 21 ans, l’industrie du tabac concentre aujourd’hui une grande partie de ses efforts publicitaires sur les jeunes, là où ils se trouvent : Dans les festivals, sur Internet, sur les réseaux sociaux, dans les kiosques et en sortie. Ils ne sont certes pas directement visés, mais ils sont toujours concernés. La nouvelle loi sur les produits du tabac a certes légèrement limité la publicité pour les produits à la nicotine, mais elle continue à autoriser la publicité précisément dans les lieux où elle touche un nombre particulièrement élevé de jeunes. Et la recherche montre clairement que la publicité a une influence considérable sur l’initiation au tabac.

La plupart des gens ont sans doute des remords à attirer les jeunes dans une dépendance. D’un point de vue chrétien, il est d’autant plus clair que nous devons faire du bien et non du mal à notre prochain. Il devrait donc être clair que nous ne devrions pas permettre que des personnes soient entraînées dans une dépendance pour ensuite les exploiter financièrement et laisser nombre d’entre elles à la mort. D’autant plus que la plupart de ces personnes sont encore mineures au moment où elles sont séduites ! Lorsqu’il s’agit de mineurs, les producteurs ne peuvent pas se réfugier derrière le fait que chaque consommateur est responsable de ses actes. Il est donc grand temps d’interdire la publicité pour le tabac (et les autres produits à base de nicotine) qui atteint les jeunes !

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~ 3 min

Pourquoi les chrétiens en particulier devraient défendre les soins.

Pas seulement un travail difficile comme beaucoup d’autres

Ma mère a été infirmière toute sa vie. Ce n’est que pendant la période où elle nous élevait, moi et mes trois frères et sœurs, qu’elle a interrompu son activité professionnelle. Au cours de sa carrière, le manque de personnel et les contraintes de temps ont entraîné un stress croissant, une surcharge de travail et une qualité de soins insatisfaisante. Bientôt, ma mère a commencé à chercher des emplois dans des maisons de retraite où la pression était un peu moins forte. Plus tard, elle est allée jusqu’à n’accepter que des tâches de nuit pour éviter la menace du surmenage, de l’épuisement et de la frustration. Finalement, quelques mois avant son départ à la retraite, elle était tellement épuisée physiquement et mentalement qu’elle n’a vu d’autre issue que de demander une retraite anticipée. Elle n’a pas eu la force de se mettre en congé de maladie et d’accepter la confrontation avec son employeur et les éventuels experts médicaux. Le prix à payer est une réduction de la pension pour le reste de sa vie.

L’urgence infirmière est incontestable

Lorsque l’initiative sur les soins infirmiers a été déposée en 2017 par l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI), l’urgence infirmière était en partie controversée. On s’est demandé si la pénurie de personnel infirmier nécessitait une intervention politique. Aujourd’hui, après presque deux ans de pandémie, personne ne prétend que le marché du travail dans le secteur des soins infirmiers va se corriger. La pénurie de personnel qualifié et la surcharge de travail des infirmières et infirmiers sont devenues trop évidentes. La seule question qui reste est de savoir comment. Comment remédier à la crise des soins infirmiers ? Les exigences du texte de l’initiative sont-elles adéquates ou est-ce que la contre-proposition du Parlement est-elle suffisante ?

Comment améliorer les conditions ?

La contre-proposition ne reprend qu’une seule des trois améliorations demandées : Grâce à une offensive de formation, davantage de personnes seront attirées par les professions infirmières. Toutefois, cela ne sera pas d’une grande utilité si le problème des départs précoces de la profession n’est pas abordé : Un tiers des personnes qui quittent la profession ont moins de 35 ans. Afin de ne pas perdre ces personnes à l’avenir, l’initiative sur les soins infirmiers exige, outre les salaires, l’amélioration du ratio de soins (nombre de patients par infirmière). Cet objectif doit être atteint par une rémunération appropriée des services infirmiers. En outre, les possibilités de développement professionnel devraient être améliorées (aujourd’hui, par exemple, il n’existe pas de parcours menant du spécialiste en soins infirmiers au médecin).

Pas au détriment des pays voisins plus faibles

Le problème du manque de personnel infirmier (il y a aujourd’hui bien plus de 10 000 postes vacants, soit plus que dans n’importe quelle autre profession) est toutefois bien plus important. En raison du vieillissement progressif de notre société, 70 000 soignantes et soignants supplémentaires seront nécessaires dans les années à venir. Au lieu de former elle-même suffisamment de personnel qualifié, la Suisse – comme tant de pays occidentaux – s’est servie chez les plus faibles. Aujourd’hui déjà, un tiers du personnel soignant en Suisse est étranger. La Suisse, pays riche, laisse les pays pauvres, principalement ceux de l’UE, payer les frais de formation du personnel infirmier, puis leur arrache le personnel qualifié. Cela exacerbe la pénurie de personnel déjà précaire dans ces pays.

Les soins infirmiers – une compétence essentielle de Jésus

Pour les chrétiens, d’autres questions désagréables se posent, car Jésus-Christ était et est connu pour ses guérisons. Pas seulement pour les guérisons spectaculaires et publiques des paralysés et des aveugles. Plus remarquables encore, peut-être, sont les moments où il s’est tranquillement occupé des laissés-pour-compte : lorsqu’il a rencontré la Samaritaine au puits de Jacob, lavé les pieds de ses disciples ou raconté la parabole du bon Samaritain. Cela a marqué ses disciples jusqu’à aujourd’hui. Il n’est donc pas surprenant que l’histoire des soins infirmiers dans notre Occident soit indissociablement liée à l’histoire de l’Église.

Et une compétence clé de l’église ?

Dans ces circonstances, j’ai un peu honte que nous, chrétiens, n’ayons pas défendu beaucoup plus tôt des soins infirmiers forts. Qu’est-ce qui nous occupait au point de ne pas remarquer le sort des malades et des personnes en difficulté ? Ou avons-nous perdu notre proximité avec les soins bien plus tôt ? Que s’est-il passé à l’époque où nous avons délégué la prise en charge des malades à l’État et à des prestataires de services professionnels ? Avons-nous ainsi également renoncé à notre responsabilité de disciples de Jésus envers les malades ? Si c’est le cas, c’est l’occasion de prendre à nouveau nos responsabilités et de défendre les infirmières et les patients : avec un oui le 28 novembre 2021 et avec notre soutien et miséricorde qui vont au-delà.


Sources :
Texte de l’initiative : https://www.pflegeinitiative.ch/media/files/2021/09/2021-06-07-def-Initiativtext-f.pdf
Argumentation : https://www.initiative-soins-infirmiers.ch/arguments/
Contre-proposition avec comparaison : https://www.bag.admin.ch/bag/fr/home/berufe-im-gesundheitswesen/gesundheitsberufe-der-tertiaerstufe/vi-pflegeinitiative/vi-pflegeinitiative-gegenvorschlag.html
Etude Unia concernant la situation du personnel soignant : https://www.unia.ch/fr/monde-du-travail/de-a-a-z/secteur-des-services/soins-accompagnement/resultats-des-enquetes-sur-les-soins
Etude OBSAN sur les départs professionnels : https://www.obsan.admin.ch/fr/publications/2016-les-professionnels-de-la-sante-sorties-de-leur-profession

~ 3 minEn tant que société, nous confions une mission aux quelque 90’000 professionnels des soins infirmiers (dont près de 90% sont des femmes) et aux quelque 200’000 personnes qui travaillent dans ce domaine en Suisse : Ils sont censés prendre soin de leurs semblables malades, vulnérables, blessés, nouveau-nés et mourants (et souvent aussi de leurs proches et de leur environnement), s’occuper d’eux et être là pour eux. Il ne s’agit pas d’entretenir et de réparer ces patients afin de les intégrer le plus rapidement et le plus complètement possible dans le cycle économique de production et de consommation, mais bien de la dignité inhérente à chaque être humain. Par conséquent, les considérations de rentabilité et de profit entrent en collision frontale avec l’image de soi professionnelle et le code de déontologie des infirmières. Au sens le plus noble du terme, l’être humain dans sa globalité et son intégrité est au centre de leurs préoccupations.

La crise des soins infirmiers coûte des vies humaines

Actuellement, nous plaçons les infirmières dans un dilemme qui fait que beaucoup – très beaucoup – quittent leur profession prématurément, épuisées, frustrées, résignées. Parce que nous leur retirons les moyens de faire leur travail correctement et comme ils ont appris à le faire. En raison de la pression constante et artificielle exercée sur les établissements de soins (hôpitaux, cliniques, foyers, organisations Spitex) pour qu’ils fassent des économies, ils n’ont pas les moyens d’employer suffisamment de personnel infirmier et de lui offrir des conditions de travail décentes. C’est criminel au sens propre du terme, car il est scientifiquement prouvé (et en dehors de cela intuitivement évident) que le manque de personnel infirmier bien formé provoque des décès évitables (plusieurs centaines par an – donc comme un accident d’avion chaque année), des complications évitables et donc des admissions et des traitements hospitaliers inutiles et coûteux. Comme le dit la journaliste américaine Suzanne Gordon, spécialiste des soins infirmiers : « Les infirmières sauvent des vies et économisent de l’argent ». Notre système de santé n’est plus soumis au commandement de la miséricorde, qui est à la base du concept de « service public », mais est asservi à Mammon : les économies sont réalisées par ceux qui font réellement le travail (les coûts des soins infirmiers ne représentent pas 15% des coûts totaux du système de santé) et dépensées à pleines mains là où l’on peut gagner beaucoup d’argent.

De cette manière, notre société – et nous tous – devient coupable envers les personnes qui ont besoin de soins et celles qui les soignent.

Non seulement former, mais permettre des soins dignes

Des années d’efforts de la part de l’association professionnelle des infirmiers et de ses alliés n’ont pas réussi à persuader le Parlement de prendre des mesures efficaces contre la pénurie des soignants. La profession infirmière place son seul et dernier espoir dans l’initiative populaire sur les soins infirmiers, qui a vu le jour en un temps record en 2017. Contrairement au contre-projet indirect (tactique) du Parlement, qui se contente obstinément d’une offensive de formation, l’initiative s’attaque à la racine du problème : oui, nous devons absolument former plus que les 43% de personnel soignant actuellement nécessaires. Mais il ne sert à rien d’injecter des millions et des millions dans la formation si les conditions de travail ne sont pas améliorées en même temps, car sinon le personnel nouvellement formé, qui est payé très cher, continuera à quitter la profession en masse après quelques années seulement. Ou, comme l’a dit la conseillère nationale Flavia Wasserfallen dans l’Arena, c’est comme essayer de gonfler un pneu de vélo sans réparer le trou.

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~ 5 minLe vecteur central d’une politique chrétienne doit être de mettre en avant le bien-être des plus vulnérables. Cependant, les réductions d’impôts des 25 dernières années, qui ont principalement profité aux riches, ont réduit les ressources des plus vulnérables. Par exemple, des coupes ont été faites dans les subventions à l’assurance maladie, les centres d’intégration AI, la prévention d’addictions, etc. A l’inverse, les 1% les plus riches de la population suisse possèdent de plus en plus de la richesse totale, soit 43% aujourd’hui. L’augmentation de la richesse provient souvent des gains en capital. Il est donc légitime que les gains en capital soient imposés. Ou bien pensons-nous vraiment que ces sacrifices seraient encore plus grands que les sacrifices des plus faibles ? Des fonds supplémentaires sont nécessaires pour l’amour du prochain. Parce qu’en raison de la pandémie de Corona, les caisses publiques sont vides et les prochains programmes d’austérité sont à portée de main.

Avec l’amour de Dieu, l’amour du prochain est la loi la plus élevée de la Bible. Aimer son prochain signifie que l’on accorde au bien-être de son prochain la même valeur qu’au sien propre. Les membres les plus faibles de la société ont besoin de notre plus grande attention, comme l’explique de manière impressionnante la Bible dans des centaines de passages (voir https://christnet.ch/de/unser-umgang-mit-den-schwachen/). Car toutes les créatures de Dieu sont ses enfants, et nous devons les traiter comme tels. Cela signifie également qu’il faut partager suffisamment pour que leur manque soit comblé (par exemple, Deut. 15.7-8).

Les bas salaires ont stagné au cours des 20 dernières années. Et le salaire médian des employés n’a augmenté globalement que de 1 % au cours des 25 dernières années, malgré une croissance économique réelle de 30 % au cours de la même période.

Dans le même temps, les impôts des riches ont été réduits dans tous les cantons au cours des 25 dernières années, ainsi qu’au niveau fédéral, par exemple par la réduction de l’imposition des dividendes. Cela a laissé des trous dans les caisses de tous les cantons et de la confédération. Par mesure d’économie, les subsides aux primes d’assurance maladie, les aides au logement et les prestations complémentaires ont été réduites, et l’intégration des chômeurs et des bénéficiaires de l’AI a été affaiblie. En outre, des milliards ont été économisés dans les écoles, l’orientation professionnelle, la prévention des addictions et auprès des transports publics, et des hôpitaux ont été fermés (https://christnet.ch/fr/la-crise-fiscale/) . Ainsi, les ménages les plus pauvres, qui comptent un nombre supérieur à la moyenne d’enfants touchés, ont subi une pression encore plus forte.

Pour justifier les réductions d’impôts, on a fait valoir que cela stimulerait l’économie et générerait des emplois et des salaires plus élevés pour les pauvres (« trickle down »). Mais cela a échoué : les pauvres n’ont pas de meilleures opportunités d’emploi : le chômage n’a pas baissé, seulement dans les chiffres officiels. Ceux qui ne trouvent plus de travail se retrouvent maintenant tout simplement à l’aide sociale. Et les salaires les plus bas, même le salaire médian, n’ont pas augmenté non plus, tant aux États-Unis qu’en Suisse, malgré une croissance économique énorme. Le système ne fonctionne pas ainsi. L’écart croissant entre les riches et les pauvres dans le monde a été bien illustré par Oxfam dans un rapport, et même le WEF à Davos a abordé le sujet.

Mais pourquoi la population ne réagit-elle pas ? Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz décrit ce phénomène dans son ouvrage « The Price of Inequality » : La plupart des gens ne sont même pas informés de l’ampleur de l’inégalité, et ceux qui ne veulent pas changer l’évolution actuelle ont le plus grand pouvoir de marketing de leur côté. Cela se voit aussi bien lors de la votation actuelle.

Il est donc urgent d’augmenter les recettes fiscales pour soutenir les plus vulnérables et leur donner des possibilités d’inclusion. En outre, il est prévisible que le secteur public devra faire de nouveaux exercices d’austérité en raison de la pandémie de corona. Mais nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas d’argent pour financer les services et la justice pour les plus pauvres. Par exemple, en Suisse, une voiture neuve sur deux est un SUV. On ne peut donc pas sérieusement dire qu’il n’y a pas d’argent ou qu’il est déraisonnable de partager un peu plus. L’initiative ne demande que l’annulation d’une partie des réductions d’impôts passées, et seulement pour celles qui ne font pas mal. Ici, nous devons garder un œil sur la proportionnalité : Est-ce plus douloureux de n’avoir que 25 000 francs au lieu de 30 000 francs par mois à sa libre disposition ou de ne pas avoir assez d’argent pour les vêtements et les fournitures scolaires des enfants ?

Nous avons maintenant la possibilité de faire beaucoup pour les plus faibles. Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ?

  • « Les riches paient déjà la majorité des impôts aujourd’hui ».
    Oui, c’est vrai, mais cela reflète principalement les énormes inégalités de revenus et de richesses. Et enfin, il faut voir la situation des individus : Est-ce qu’ils doivent payer de leur superflu ou de leur nécessaire? Cela rappelle l’offrande de la pauvre veuve (Luc 21) : aux yeux de Jésus, elle a donné plus que les riches.
  • « La Suisse a déjà une forte redistribution par rapport aux autres pays ».
    Non, le taux d’imposition, par exemple, est l’un des plus bas en comparaison internationale. Selon les chiffres de l’OCDE, les Suisses sont, parmi les pays industrialisés, ceux qui doivent payer la plus grande part des coûts de santé eux-mêmes. Enfin, une étude commandée par l’Administration fédérale des contributions en 2004 a révélé qu’en raison des réductions d’impôts pour les riches et des augmentations de taxes pour tout le monde, la Suisse a déjà un système « flat tax » : tout le monde paie un pourcentage similaire d’impôts sur le revenu : https://www.ecoplan.ch/download/wel_hb_de.pdf .
  • « La hausse d’impôt demandée détruit les PME et donc les emplois ».
    Non, il s’agit des plus gros patrimoines et revenus et donc à peine des emplois. Au contraire, les recettes fiscales garantissent également les emplois : La redistribution aux plus pauvres va directement dans la consommation du plus nécessaire et crée donc des emplois ! Joseph Stiglitz, en particulier, a prouvé qu’un écart élevé entre les riches et les pauvres est destructeur d’emplois.
  • « Attention au piège fiscal des jeunes socialistes ».
    En fait, il est dommage que l’initiative vienne des jeunes socialistes. Parce que c’est facile (bien que malhonnête) de se prendre à un petit groupe en marge du spectre politique au lieu de faire face au contenu. Ici, nous devons appeler à une discussion factuelle ! Le canton de Schwyz vient de démontrer qu’il est possible d’augmenter les impôts des plus riches. En effet, c’est le gouvernement lui-même qui a fait adopter par les urnes un seuil supplémentaire d’imposition pour les plus riches.
  • « Nous ne devons pas dépenser l’argent des autres qui a été gagné grâce à leurs efforts ».
    Les performances d’une personne ont souvent contribué à sa richesse. Pourtant, la plupart des gens font tout ce qu’ils peuvent et beaucoup d’entre eux n’ont toujours pas de quoi vivre. Dieu a évidemment distribué de manière inégale les dons qui peuvent être convertis en salaire. C’est pourquoi chacun a été appelé à partager. Car le système économique, tel qu’il a été démocratiquement mis en place, récompense avant tout la valeur marchande des dons et des capacités de performance. Mais cela exige aussi la solidarité avec les autres. Sinon, le système perd sa justification.

Photo de couverture : Déchirure de l’affiche de campagne

~ 3 min« Tout est absolument vain dit l’Ecclésiaste, tout est absolument vain, rien n’a de sens », ainsi commence le célèbre livre de sagesse.

Peut-on rapprocher cette affirmation au sens de l’engagement en politique à travers le parcours d’une figure politique née il y a exactement un siècle ? C’est le défi dans lequel je me lance.

Alexandre Dubcek est né dans l’actuelle Slovaquie le 21 novembre 1921 de parents communistes idéalistes, conséquents avec leurs idées. Les Slovaques sont intégrés à un nouvel Etat créé à la fin de la 1ère guerre, la Tchécoslovaquie.

Après la prise de pouvoir par les communistes en 1948, Alexandre Dubcek gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie du parti communiste, à partir du niveau local jusqu’à devenir le premier secrétaire de l’Etat autonome slovaque. Son profil est celui d’apparatchik communiste suffisamment dans le rang pour ne pas être inquiété par les purges staliniennes opérées autour de 1950.

Les choses évoluent dans les années 60 car en tant que secrétaire du parti de Slovaquie, il développe une approche libérale dans cette partie de la Tchécoslovaquie.

Fin 1967 il conteste avec d’autres la gouvernance nationale autocrate d’Antonin Novotni par voie démocratique interne au parti et affirme le besoin en réformes dans le pays. Au péril de leur vie, une équipe de courageux responsables communistes parviennent à porter au pouvoir Alexandre Dubcek comme premier secrétaire en janvier 1968.

S’ensuit le Printemps de Prague, une période de libéralisation de la Tchécoslovaquie. A la fois sur le plan politique, des médias, de la culture et sur le plan économique, la société vit un réveil. Une renaissance de la société donne à croire que l’on peut concilier communisme et humanité.

Malheureusement ce vent d’oxygène détonne nettement dans l’empire totalitaire auquel le pays appartient, et après de multiples pressions et tentatives de dialogue, les armées soviétiques et d’autres pays sous leur tutelle envahissent le pays en août 1968. Dubcek et son équipe sont contraints de signer un accord qui enclenche un processus de retour à l’ancien régime. Il reste encore 8 mois au pouvoir dans une dynamique engagée de frein avant de céder la place à une nouvelle équipe qui applique en bon élèves les directives soviétiques. S’ensuivent 20 années appelées du sombre mot de ‘’normalisation’’. Dubcek se retrouve mis au banc de la société, toutes ses relations et ses faits et gestes sont contrôlés par la police politique.

Dès 1985, à la faveur du dégel du régime soviétique de Michaël Gorbatchev qui laisse les pays socialistes jusqu’alors sous entraves s’orienter librement, le Mur de Berlin tombe et quelques semaines plus tard, la Tchécoslovaquie prend le chemin de l’émancipation dans une dynamique d’enchaînement de manifestations appelée la Révolution de Velours.

Notre héros réformateur fait un retour spectaculaire sous les acclamations d’une foule immense en joie le 24 novembre 1989. Sorti du tombeau de la normalisation, il vit une résurrection.

Dans la démocratie enfin retrouvée en Tchécoslovaquie, Alexandre Dubcek deviendra président de l’Assemblée fédérale, soit 2ème dirigeant du pays derrière Vaclav Havel écrivain dissident devenu président de la République. Du socialisme démocratique qu’il incarne depuis la fin des années 60, il était rejeté pour la part démocratique en 1968, et dès 1989 c’est le mot socialisme à l’inverse qui ne colle pas à la société dominante. Il sera largement attaqué et discrédité comme ancien communiste et comme dirigeant ayant -pour ses détracteurs- capitulé lors de l’invasion de 1968 et la signature de l’accord sous contrainte avec les Soviétiques. Ce sera une nouvelle course avec un engagement corps et âme en hypothéquant sa santé, qui se terminera par un accident de voiture dont les blessures s’ajoutant à d’autres maux l’emportent en novembre 1992.

Salomon a pratiqué tous les aspects de l’engagement dans les affaires de ce monde, politiquement et économiquement. Christ a donné un mot d’ordre central dans son Evangile en parlant de prendre sa croix et perdre sa vie pour l’Evangile plutôt que gagner le monde entier (Marc 8,34). L’être, les motivations, le cœur, le profil, les aspirations sont le fondement d’une démarche pour le Royaume. Je n’ai pas d’information sur la spiritualité de Dubcek si ce n’est que sa morale trouvait sa source dans la tradition luthérienne et les principes de ses ancêtres mais il a adopté -comme on qualifie un ancien parrain de la mafia- un comportement de repenti conséquent suite à sa conversion à la démocratie. A 2 reprises après 68 et 89, il a été diffamé, rejeté, il a nagé à contre-courant comme l’est souvent la voie des justes. Il a perdu tout statut pendant 20 ans. L’histoire relève en même temps les apports du Printemps de Prague dans la marche pour la démocratie à l’Est avant 1989 ainsi que le souci -dans la liberté retrouvée après 1989- de maintenir un équilibre entre marché et justice sociale qu’avait Alexandre Dubcek.

A.Dubcek a un parcours emprunt sacrifice, de service, d’humilité au profit d’une aspiration à des valeurs qui le rapproche de personnalités marquantes de la Bible et de l’histoire. Chacun trouvera aisément la réponse à la question du sens profond de son engagement malgré les revers subis dans sa vie.

Pour approfondir : Autobiographie. A.Dubcek « C’est l’espoir qui meurt en dernier » Fayard 1993

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1120, Juillet 2021, www.editions-mennonites.fr.

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