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Défis lancés aux chrétiens évangéliques

 

De nombreuses églises évangéliques sont aujourd’hui plutôt apolitiques. La politique et l’engagement au sein de la société sont négligés pour plusieurs raisons :

 

  • L?idée prédomine que le monde sera de toute façon anéanti prochainement, alors pourquoi donc se préoccuper de politique, de société et chercher à modifier la donne ? De tous temps, les chrétiens ont cru que la fin du monde était proche. L’insécurité grandissante dans le monde, provoquée par des changements d’ordre culturel, exacerbe naturellement les peurs. Reste que même si la fin du monde s?est rapprochée du fait de la réalisation de diverses prophéties bibliques, rien ne laisse croire que le jour de la fin est pour demain. Nous croyons qu’il n’est pas de notre ressort de connaître ou chercher à interpréter le moment de la fin (Mt 24.36 : « Pour ce qui est du jour et de l?heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le fils, mais le Père seul »). Il est également écrit que Christ reviendra de façon très soudaine. Tant que la fin du monde n’est pas arrivée, nous sommes appelés à prendre au sérieux la parole de Dieu et à nous engager en faveur de notre prochain, que ce soit au travers de la politique ou de la société.
  • Certaines églises affirment par ailleurs que nous ne sommes pas de ce monde. C?est vrai, mais la Bible nous enseigne aussi que nous sommes DANS ce monde (Jean 17.14-19). Et elle nous enseigne également que nous devons pratiquer le bien à l?égard de notre prochain, que ce dernier soit chrétien ou non (voir p.ex. l?histoire du bon Samaritain).
  • Souvent, nous ne nous préoccupons que du salut de notre propre âme et guère de la mission qui nous est confiée dans la Bible d?aimer notre prochain. Bien sûr, la relation à Dieu est un élément central de notre vie de foi, mais la Bible nous enseigne également que la foi, si elle n?a pas d??uvre, est morte en elle-même (Jc 2.17).
  • L?engagement social est jusqu?à présent souvent resté l?apanage de la diaconie. La diaconie est en soi une bonne chose, mais elle ne saurait suffire. Bien trop souvent, elle agit comme un pansement, sans s?attaquer aux causes. Nous devrions modifier les structures qui suscitent l?injustice plutôt que de venir en aide aux victimes de ces structures.
  • L?engagement politique des églises libres s?est jusqu?à présent souvent limité à des thèmes moraux tels que l?avortement, l?homosexualité, etc. La Bible nous appelle pourtant à aller plus loin et à rechercher le bien-être de notre prochain sous tous ses aspects. Certains cercles ecclésiastiques rejettent ce principe en l?attribuant aux théories de l?évangile de prospérité. Celles-ci affirment qu’il suffit de croire de la bonne façon pour être béni matériellement. Il se peut qu?ils aient encore à l?esprit les théories calvinistes de la prédestination, d?après lesquelles il est possible de déduire du succès rencontré au travail si la personne est sauvée ou non. Bien entendu, Dieu nous promet ses bénédictions, mais l?idée selon laquelle il n?est pour cette raison pas nécessaire d?offrir une justice sociale et un soutien aux faibles est en complète contradiction avec l’enseignement donné dans la Bible. Dans l’Ancien Testament déjà, les prophètes se plaignaient, au sujet du peuple d?Israël, de l?oppression et de la misère dans lesquelles vivaient les pauvres et les plus faibles en raison la dureté des c?urs des Israélites. Dans Matthieu 25, Jésus explique selon quels critères se fait le jugement : il décrit clairement que le facteur décisif est la solidarité envers les pauvres, les faibles, les détenus, etc. Lorsque les premiers chrétiens ont tout partagé, ce n?était pas en vain (Ac 4.32).

 

Les églises évangéliques se trouvent donc aujourd?hui face à plusieurs défis :

 

1. Dépasser les thèmes d?ordre moral :

L?engagement en faveur des thèmes moraux est bon, mais il ne suffit pas. Nous avons également reçu pour mission de nous engager pour défendre la justice et les plus faibles : « Faites droit au faible et à l?orphelin, rendez justice au malheureux et à l?indigent » (Ps 82.3) et « Ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés » (Pr 31.8a).

 

2. Créer des structures justes au lieu de la seule diaconie :

Ce qui précède nous montre également qu?il ne suffit pas de panser les plaies par l?engagement diaconal, mais qu’il faut également combattre les causes en amont, aux niveaux politique et législatif. En voici quelques exemples :

 

3. Partager davantage : est-il normal que des personnes travaillant à temps complet n?arrivent pas à vivre de leur salaire ?

 

4. Travail en faveur des plus faibles et sécurité sociale : est-il normal que les personnes qui ne sont embauchées par aucune entreprise parce qu’elles manquent de qualifications ou sont diminuées psychiquement / physiquement soient réduites à vivre dans la pauvreté ?

 

5. Egalité des chances : est-il normal que l?égalité des chances dans la formation soit de plus en plus remise en question en raison des privatisations et du démantèlement des bourses en faveur d?enfants de familles à faible revenu et parce que certains cercles affirment que si on le veut vraiment, on peut tout atteindre par soi-même ?

 

6. Pouvoir : est-il normal que des milieux où l?argent coule à flot aient bien plus d?influence que les « malheureux et les indigents » lors de campagnes de votation ou d?élections, parce qu?ils détiennent des médias ou sont représentés par des groupes de pression au parlement ou au sein de commissions ?

 

7. Remettre en question les préjugés :

  • « Les étrangers sont privilégiés et les Suisses sont ?les dindons de la farce? ». Les étrangers possèdent en moyenne un niveau de formation largement inférieur et, partant, sont davantage touchés par le chômage et la dépendance envers l?assistance publique qui s’ensuit. Le préjugé selon lequel les étrangers nous exploitent ne tient pas la route.
  • « Les étrangers commettent davantage de crimes que les Suisses » : dans l’ensemble, le nombre d?étrangers impliqués dans des délits est effectivement supérieur à la moyenne. Mais en y regardant de plus près, l?on constate que statistiquement cela n?est dû qu?à la proportion bien plus importante de jeunes hommes parmi les étrangers que parmi les Suisses. Or, comme la criminalité, dans toutes les cultures, est avant tout le fait d?hommes jeunes, cela donne l?impression que les étrangers sont plus portés à la criminalité que les Suisses. Mais si l?on compare entre eux les catégories d?âge et les sexes, l?on constate que les étrangers ne commettent pas davantage de délits que les Suisses !
  • « Les bénéficiaires de prestations sociales sont déresponsabilisés par l?Etat » : ici aussi, il convient d?y regarder de plus près, car il ne saurait être question d’abandonner les gens à leur sort. La plupart des chômeurs et bénéficiaires de l?assistance sociale ne trouvent effectivement pas de travail, et il n’y a pas d’autre solution que de les soutenir et leur permettre de mener une vie digne. Au lieu de démanteler le système, il conviendrait d’offrir un soutien supplémentaire à la formation, afin de réintégrer ces personnes.

 

Nous devons dès lors être prêts à examiner les choses de plus près et à nous intéresser véritablement aux hommes et femmes avant d’émettre un jugement. Il est par trop facile et confortable de dire que le prochain est coupable de ce qui lui arrive, car cela nous décharge de notre responsabilité et nous évite de devoir partager…

 

8. Offrir un soutien véritable au lieu d?impératifs moraux :

Il ne suffit pas de nous prononcer par exemple contre l’avortement, contre la délinquance, pour le mariage et la famille, pour un plus grand sens des responsabilités, etc. Il nous faut également assumer notre part de responsabilités et rendre possible la réalisation de ces postulats ou soutenir les personnes concernées.

 

  • Avortement : que faisons-nous pour que des personnes dans des situations financière ou personnelle critiques ne doivent pas avorter ? Existe-t-il une aide financière globale, un soutien psychologique ou une crèche pour l?enfant ? Ou ces étapes nécessaires sont-elles à nouveau jugulées par la peur que certaines femmes puissent en profiter pour élever des enfants sans père ?
  • Délinquance : que faisons-nous pour nous attaquer aux causes de la délinquance (profondes différences sociales, matraquage publicitaire incessant, en même temps que l’absence de chances et de débouchés pour certaines couches sociales) plutôt que d’envoyer simplement les « méchants » en prison (et ensuite tout rentrera dans l?ordre) ?
  • Mariage et famille : s?ils sont indéniablement source de joie, les enfants engendrent des coûts et les familles se trouvent fréquemment plongées dans des situations financières difficiles, en particulier lorsque les parents ne peuvent pas travailler tous les deux. Que faisons-nous pour que les salaires suffisent ne serait-ce qu?à rendre possible la création d?une famille ? Il ne suffit pas de réduire les impôts des familles, surtout si la baisse est élaborée de telle façon que les familles à faible revenu n?en profitent guère, comme le prévoit à présent le parlement? (voir l?article à ce sujet sur ChristNetOnline) Et que faisons-nous pour éviter que les heures d’ouverture des magasins soient complètement déréglementées, de sorte que les familles s’en trouvent déchirées ?
  • Prise de responsabilité : que faisons-nous pour créer une véritable égalité des chances et pour renforcer la situation des chômeurs et des tributaires de l?aide sociale ?

 

9. Agir pour la Suisse, mais pas aux dépens des autres pays :

Il est bien beau d?entreprendre de prier et de nous préoccuper pour notre pays. Mais ne tombons pas dans le piège de penser que tout ce qui est bon pour notre pays l’est également aux yeux de Dieu. Nous sommes trop souvent enclins à trouver des raisons pour affirmer que ce qui est bon pour notre pays ne saurait être mauvais pour les autres. Il vaut la peine d?y penser à deux fois. Nous devons par exemple réfléchir franchement au secret bancaire, à nos exportations d’armes et à notre tendance à passer sous silence les injustices pour ne pas nuire aux relations économiques.

 

10. Intérêts propres :

Nous avons une tendance naturelle à croire davantage les théories qui nous confortent dans nos pensées que celles qui nous dérangent. Par conséquent, il nous faut prendre conscience des intérêts propres qui peuvent se cacher derrière nos opinions. Sommes-nous disposés à voter à l’encontre de nos propres intérêts ? Et à l?encontre des privilèges et intérêts de notre commune, de notre canton ou de notre pays à l?égard de ses voisins (p.ex. dans la « lutte pour attirer les riches contribuables »).

 

Lors d’élections et de scrutins, examinons attentivement quels intérêts (le plus souvent de nature financière) se trouvent à l’origine de quelles prises de position.

 

11. Tout pour Mammon ?

La prophétie de Scott Mac Leod « Missionnaires de miséricorde » (voir l?article sur ce thème sur ChristNetOnline) a tapé dans le mille. Sur les plans personnel et politique, nous sacrifions beaucoup trop aux intérêts de Mammon, sans même nous en rendre compte : nos valeurs, nos familles, nos dimanches, notre amour et notre solidarité. Allons-nous laisser encore plus de marge de man?uvre à Mammon ? Nous sommes appelés à décider qui nous voulons servir, Mammon ou Dieu. En tant que peuple et qu?église, nous avons l’occasion, de mercenaires de Mammon que nous sommes, de devenir des mercenaires de la miséricorde.

 

Les défis auxquels nous sommes confrontés sont de taille. Mais Dieu nous apporte son aide.


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L?économie et la baisse d?impôts ? par Dr. Andrew Lee

 

Personne n?aime payer des impôts. Par conséquent, toute baisse d?impôts est généralement a priori bienvenue. Je souhaite à présent me pencher principalement sur la question de l?allégement fiscal du point de vue économique. Quelles sont les théories appliquées par (certains) économistes pour justifier une baisse d?impôts? Quelles ont été les conséquences économiques des baisses d?impôts par le passé? Quelles conclusions peut-on en tirer? Je me référerai à l?article ?The Tax-Cut Con? de Paul Krugman, l?un des économistes les plus réputé au monde. (www.pkarchive.org/economy/taxcutcon.html).

 

Les baisses fiscales aux Etats-Unis

 

Nous pouvons tirer des leçons de l?exemple américain, qui connaît depuis près de 25 ans une véritable ?croisade anti- impôts?. Krugman qualifie de ?fanatiques? les opposants – de plus en plus influents – aux charges fiscales. Il donne un exemple: mener une guerre est coûteux et entraîne presque inexorablement des hausses fiscales. Lors de la guerre contre l?Irak en 2003, c?est pourtant le contraire qui s?est produit: le paquet de mesures de baisse fiscale du président Bush est passé pratiquement au même moment. Mais les Républicains ont de plus fait du postulat ?des impôts plus bas? une priorité, cela alors que le déficit budgétaire avait grimpé en flèche en l?espace de quelques années et que les américains paient déjà relativement peu d?impôts en comparaison internationale. Comment en est-on arrivé là? En gros, on distingue deux principaux lobbys qui se sont imposés dans la politique américaine au cours des 25 dernières années:

 

(1) Les Supply Siders

 

Ce groupe part du principe que l?on peut baisser les impôts sans devoir recourir à des mesures draconnienne de réduction des dépenses publiques. Cette explication qui a l’air de conte de fées s?explique assez facilement en théorie. Cette réflexion s?appuie sur le principe, pratiquement accepté à l?unanimité par les économistes, que des charges fiscales élevées ont tendance à freiner l?épargne et la motivation professionnelle. La perspective de gagner un franc de plus est moins stimulante lorsque le 80% est prélevé par l?Etat que lorsqu?il s’agit du 20%. Partant, les baisses d?impôts peuvent relancer l?économie. Jusque là, pas de problème. Faut-il pour autant en conclure que les allégements fiscaux n?ont pour ainsi dire aucune incidence sur les dépenses publiques? C?est ce que soutient cette théorie. Ses partisans s?appuient sur le modèle d?Arthur Laffer, selon lequel une baisse d?impôts peut stimuler l?économie à tel point que l?assiette fiscale augmente plus vite que ne baisse le taux d?imposition, ce qui entraîne paradoxalement une hausse des recettes fiscales! Graphiquement, cela s?explique de la façon suivante.

Lorsque le taux d?imposition appliqué se trouve à droite de x%, les taux d?imposition inférieurs entraînent des recettes fiscales plus élevées (et par conséquent de plus grandes dépenses publiques, pour autant que le budget soit équilibré). Mais lorsque le taux d?imposition se situe à gauche de x%, les impôts plus bas entraînent cette fois de recettes fiscales moindres, puisque l?assiette fiscale ne croît pas suffisamment pour compenser le faible taux d?imposition. En d?autres termes, les taux d?imposition élevés doivent être abaissés lorsqu?ils se situent au delà (à droite) de x%. Il est clair qu?au sein d?un système d?impôt progressif c?est avant tout aux riches, pour qui les taux d?imposition sont les plus élevés, que cette théorie profite?

 

(2) « Laisser mourir la bête! »

 

Le deuxième lobby a avoir revandiqué avec succès des baisses d?impôts favorise cependant les faibles recettes fiscales. C?est celui qui aimerait réduire autant que possible l?importance et le pouvoir de l?Etat. Il se distingue très clairement du premier groupe. Alors que les Supply Siders partent d?une situation de win-win (impôts bas=dépenses élevées), ce deuxième groupe rejette la théorie d?Arthur Laffer: des impôts bas impliquent des recettes fiscales basses et, par conséquent, des dépenses publiques peu élevées. Or c?est justement le but visé, car il s?agit de laisser cette ?Bête? qu?est l?Etat mourir de faim et disparaître. « Less is better than more », tel est leur devise en ce qui concerne l?Etat.

 

Indépendamment de toute orientation politique, on peut toujours arguer que la fin justifie les moyens, autrement dit que tôt ou tard une baisse d?impôts profite à tous, puisqu?elle entraîne une croissance économique favorable pour l?ensemble de la population. L?expérience des 25 dernières années aux Etats-Unis montre ce qui en est.

 

L?expérience des 25 dernières années.

 

1981: le Président Reagan baisse les impôts

 

Reagan adhérait aux idées d?Arthur Laffer, qui était de surcroît membre de l?Economic Policy Advisory Board au temps des deux mandats de Reagan. (A noter que Margaret Thatcher, convaincue par la théorie de Laffer, a elle aussi réduit les impôts au Royaume-Uni.) Entre 1979 et 1983, le 1% des plus riches ménages américains a par exemple vu son taux d?imposition fédéral moyen chuter de 37% à 27,7%. Et ensuite, quid de la croissance économique? Alors que la période de 1979 à 1982 connut une récession, entre 1982 et 1989 la croissance économique annuelle moyenne atteignait 4,2%. Ce phénomène, qui semble au premier abord positif, aurait été selon les plus sceptiques le simple fruit du cycle conjoncturel classique: il est en effet fréquent qu?une forte croissance survienne suite à une période de récession. Partant, la croissance n?aurait pas été plus forte grâce à l?allégement fiscal que dans le cadre d?un cycle conjoncturel (bien qu?elle soit sortie plus rapidement de la récession).

Qu?en est-il alors selon la théorie d?Arthur Laffer? Les recettes fiscales ont-elles également augmenté? En réalité, les recettes fiscales ont baissé, ce qui ne signifie pas forcément que cette théorie soit inexacte. Les impôts américains étant relativement bas par rapport à la moyenne internationale, l?ensemble de la charge fiscale de l?économie nationale américaine se situait très probablement à gauche (et non à droite) de x% sur la courbe de Laffer, ce qui explique qu?une baisse d?impôts entraîne des recettes fiscales plus faibles. Comme nous l?avons mentionné ci-dessus, il existe toutefois aussi une catégorie de personnes qui se frotte les mains lorsque les recettes fiscales diminuent, puisque ceci implique également une diminution des dépenses publiques. Or il se trouve que malgré un taux d?imposition inférieur, le pourcentage du Produit Intérieur Brut investi en dépenses publiques à la fin des années 80 était légèrement supérieur à celui de la fin des années 70: on est encore loin d?un hypothétique anéantissement de l?Etat.

 

dès1989: hausses d?impôts des présidents Bush Sr et Clinton

 

Les faibles recettes fiscales couplées à la légère augmentation des dépenses publiques eurent pour conséquence des déficits budgétaires catastrophiques vers la fin des années 80, que George Bush Sr lui-même ne pouvait prétendre ignorer, malgré ses affirmations « Read My Lips ». Il fallait à nouveau augmenter les impôts. Ainsi entre 1989 et 1995, le taux d?imposition fédéral moyen pour le 1% des ménages les plus aisés a grimpé de 28,9% à 36,1%. La croissance économique augmenta, le chomâge recula jusqu?à son point le plus bas depuis des décennies sans provoquer d?inflation, l?essor de la productivité s?accéléra et le déficit budgétaire se transforma en exédent budgétaire. Bien que rares soient les économistes à attribuer essentiellement à la politique économique de Clinton ce bilan spectaculaire (plutôt qu?au boom de l?internet), on peut toutefois en conclure que la hausse des impôts n?a pas produit ce que bien des militants anti-impôts redoutaient, à savoir une débâcle économique.

 

dès 2001: le président Bush Jr. baisse les impôts

 

Les impôts américains furent donc à nouveau baissés en 2001. S?il est encore trop tôt pour se prononcer sur les effets de la croissance à moyen terme aux USA, ses effets à court terme se révèlent d?ores et déjà fort positifs (fait guère surprenant compte tenu de ce mélange de politiques fiscales et monétaires expansives). Cela dit, une chose est sûre: de telles baisses d?impôts profitent aux riches. S?il est vrai que ces baisses n?ont pas été ?vendues?, certaines estimations révèlent que 42% des bénéfices, réalisés sous forme d?épargne sur l?impôt grâce aux allégements fiscaux de 2001(avec pour priorités la baisse des taux d?imposition les plus élevés et l?abolition de l?impôt sur la propriété foncière) profitaient au 1% le plus riche de la population américaine. Les baisses d?impôts de 2003 (objectif: une baisse du taux d?imposition sur le revenu du dividende) sont à première vue légèrement plus modestes: le 1% le plus aisé de la population américaine n?épargne « plus que » 29,1% sur l?impôt. Comme si cela ne suffisait pas, une étude plus approfondie révèle que le 0,13% plus riche de la population reçoit 17,3% des avantages, soit plus que ne bénéficie le 70 % des plus pauvres ménages américains!

Avec de tels chiffres, il y a de quoi se demander comment ces baisses d?impôts ont été acceptées. Bien sûr, tout dépend de la façon de présenter et d?argumenter: pour faire accepter le train de mesures fiscales 2003, un seul slogan: «92 millions d?américains bénéficieront d?une baisse d?impôts moyenne de $1083». Une perspective alléchante. Et pourtant, à y regarder de plus près… Si pour 92 millions d?américains la baisse d?impôts moyenne tourne bel et bien autour de $1100, c?est sans compter les 50 millions de contribuables qui ne bénéficient d?aucun allégement fiscal. De plus, on se doute bien que la majorité de ces 92 millions bénéficiera de bien moins que $1083, cette moyenne étant faussée par les énormes baisses accordées à seulement une poignée de contribuables richissimes. Comme quoi, les choses ne sont pas toujours aussi simple qu?on pourrait le croire…

 

 

Conclusions

 

Nous venons de voir que les allégements fiscaux de ces 25 dernières années aux Etats-Unis n?ont pas produit de miracle économique (du moins à moyen terme) et que le bénéfice engendré n?était pas réparti équitablement. De plus, les baisses fiscales aux Etats-Unis n?étaient pas accompagnées d?une hausse des recettes fiscales, autrement dit pas de « free lunch » (ce qui est regrettable, car en effet qui s?opposerait à des impôts plus bas et des dépenses publiques plus élevées?)

Il convient de signaler qu?une baisse d?impôts, en tant qu?instrument de politique économique, n?a rien de mauvais en soi. Dans certains pays et dans certaines circonstances, les baisses d?impôts peuvent être bienvenues et avoir des retombées très positives. Il est d?ailleurs évident que des impôts plus bas peuvent permettre à un pays de sortir plus rapidement d?une récession. La question est plutôt de savoir si l?épargne sur l?impôt profite avant tout aux riches ou si le taux d?imposition est de toute façon bas. Dans les faits, dans des pays où les impôts sont relativement peu élevés, tels que la Suisse, les allégements fiscaux mènent certes à une croissance économique à court terme, mais à long terme soit à une réduction des dépenses publiques soit à une nouvelle hausse fiscale, afin de rétablir le budget. Selon la répartition des pouvoirs politiques au sein d?un Etat, deux options se présentent: une coupe des dépenses publiques ou une hausse des impôts. On peut donc déceler derrière chaque initiative d?allégement fiscal en Suisse toutes sortes de motivations. Il suffit de voir ceux qui sont profondément persuadés qu?une baisse des impôts permettra d?augmenter nos recettes fiscales (ce qui semble peu probable compte tenu du fait que nous payons déjà relativement peu d?impôts par rapport aux autres pays, autrement dit que nous nous situons sans aucun doute à gauche du x% sur la courbe de Laffer) ou alors ceux qui sont déterminés à laisser s?épuiser, du moins en partie, la Mère Patrie.


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GENEVE, 27.2.2004 : ChristNet est un forum de chrétien-ne-s visant à apporter une réflexion critique dans les domaines du social, de l’économie, de l’environnement et du développement. Nous aspirons à développer une politique du l’amour du prochain qui prend en considération les besoins des plus faibles, ainsi qu’à stimuler le débat au sein des Eglises évangéliques à travers un travail d’information et de sensibilisation.

Beaucoup de chrétiens se sentent impuissants face au conflit en Proche-Orient. Ils croient aux prophéties bibliques selon lesquelles Israël va revenir sur cette terre promise, ce qui suscite l’incompréhension, voir le rejet de leurs amis non chrétiens. Aussi sont-ils souvent exposé à un conflit intérieur lorsqu’ils considèrent la souffrance des deux peuples, générée par la situation actuelle. ChristNet est convaincu que la réponse divine à ce conflit est la réconciliation, à savoir la compréhension des deux peuples de la souffrance de « l’autre ».

Lorsque les prophètes de Dieu annoncent la guerre ou le jugement, cela constitue le plus souvent un appel à la repentance et à la conversion (p.ex. dans le livre de Jonas1 ). Pourtant, à travers le prophète Esaïe Dieu nous parle aussi d’une paix à venir entre l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Egypte, les territoires palestiniens et Israël2 . Dès lors, ChristNet lance un appel à la prière non seulement pour Israël, mais aussi pour les Arabes (musulmans et chrétiens), car l’avenir de ces deux peuples est indissociablement liée par l’histoire.

Ces dernières années, une sensibilité accrue en faveur d’Israël a pu être constatée dans les milieux évangéliques. Les racines juives du christianisme et l’amour pour le peuple d’Israël sont devenus des sujets d’intérêt. Certes, ceci constitue un enrichissement et un approfondissement de la théologie évangélique.

Ceci va malheureusement souvent de paire avec un soutien inconditionnel de l’Etat d’Israël. Des compréhensions spirituelles (prophéties) sont appliquées de manière schématique pour arriver à des conclusions politiques sans prendre en compte les besoins de la population locale. D’autre part, des chrétiens sensibles pour la situation catastrophique dans les territoires palestiniens s’emportent et se prononcent de façon anti-israélienne, voire anti-juive.

A travers ces prises de position le conflit au Proche-Orient est porté dans nos Eglises. ChristNet est convaincu qu’il ne s’agit pas de prendre position pour ou contre un peuple3 , mais de chercher la volonté de Dieu, révélée en Jésus-Christ, à savoir, par amour pour tous les êtres humains, être des faiseurs de paix et, par là, contribuer à la repentance et à la justice.4

Afin d’éviter une telle prise de position il nous faut le courage de nous mettre face à la souffrance des deux peuples. Les Juifs vivent avec le traumatisme d’une persécution et d’une exclusion millénaire, de la Shoah et, aujourd’hui, de l’expérience déstabilisante du terrorisme. Les Arabes, d’autre part, perçoivent l’existence de l’Etat d’Israël comme la nakba (arabe : catastrophe), puisqu’elle signifie pour eux le déracinement, la terreur militaire et la perte de leur base d’existence.

Dans ce contexte, les Arabes chrétiens sont particulièrement fragilisés puisqu’en tant que minorité, ils se retrouvent souvent entre les fronts : considérés par les leurs comme des collaborateurs et par les Juifs comme des ennemis et trop peu reconnus par leurs frères occidentaux. Ceci est aussi vrai pour les Juifs messianiques, souvent considérés par leurs concitoyens avec méfiance comme des ‘chrétiens déguisés?.

Cette attitude de ne pas prendre position trouve une expression concrète dans plusieurs initiatives de réconciliation dont une sera présentée lors de la Conférence. Ainsi nous souhaitons créer de la compréhension pour la situation des deux peuples.

Dans une vue d’ensemble, la réconciliation n’est pas uniquement le résultat d’un engagement personnel, mais s’exprime aussi dans des actions politiques. Si ces dernières cherchent à promouvoir la paix et la réconciliation, elle peut créer le cadre propice pour que les deux peuples se rapprochent. Dieu veut la paix au Proche-Orient. Il n’y a aucune raison pour que nous ne nous engagions pas à tous les niveaux pour une telle paix. Un spécialiste pour les initiatives de paix au Proche-Orient sera donc présent à la ChristNetConférence.

ChristNet est conscient du fait que l’approche proposée n’est pas évidente dans la mesure où elle suppose qu’on renonce à des schémas de pensée familiers afin de se mettre face à la souffrance des gens sans égard à leur origine ou leures croyances. Il s’agit de partager un bout de la souffrance que Dieu doit ressentir face à ce conflit et de prendre espoir que la paix au Proche-Orient est possible. Cela sera notre contribution modeste pour une paix au Proche-Orient.

 

1.  Jonas annonce le jugement sans la moindre option de se repentir : « Et Jonas commença à entrer dans la ville, le chemin d’un jour; et il cria et dit: Encore quarante jours, et Ninive sera renversée! » (3.4). Mais Dieu se laisse toucher par la sincérité des habitants de Ninive et change de projet : « Et Dieu vit leurs ‘uvres, qu’ils revenaient de leur mauvaise voie ; et Dieu se repentit du mal qu’il avait parlé de leur faire, et il ne le fit pas. » (3.10)

2. Esaïe 19.23-25: « En ce jour-là, il y aura un chemin battu de l’Égypte à l’Assyrie; et l’Assyrie viendra en Égypte, et l’Égypte en Assyrie; et l’Égypte servira avec l’Assyrie. En ce jour-là, Israël sera le troisième, avec l’Égypte et avec l’Assyrie, une bénédiction au milieu de la terre; car l’Éternel des armées le bénira, disant: Béni soit l’Égypte, mon peuple, et l’Assyrie, l’ouvrage de mes mains, et Israël, mon héritage. »

3. cf. Josué, 5.13-14 : « Et il arriva, comme Josué était près de Jéricho, qu’il leva ses yeux et vit ; et voici, un homme se tenait debout devant lui, son épée nue dans sa main ; et Josué alla vers lui et lui dit : Es-tu pour nous, ou pour nos ennemis’ Et il dit : Non, car c’est comme chef de l’armée de l’Éternel que je suis venu maintenant. »

4. cf. Jacques 3.17-18 : « La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. Le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui recherchent la paix. »

 

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Le 16 mars dernier, le Conseil national est allé un pas plus loin dans l’amputation du dimanche. Si le Conseil des Etats s’y accorde, les gares reconverties en supermarchés ouverts le dimanche feront bientôt partie de la réalité. Prions pour les Conseillers des Etats qu’ils n’acceptent pas cette modification de la loi !

 

Le dimanche ? un cadeau de Dieu

Le dimanche est un cadeau de Dieu aux hommes, à l’origine sous la forme du sabbat, dont la tradition chrétienne fit le dimanche tel que nous le connaissons. L’ordre que nous donne Dieu d’honorer le sabbat remonte aux dix commandements : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Eternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes » (Exode 20, 8-10).

 

De même que les autres commandements, il ne s’agit pas là d’une chicane, mais d’une règle existentielle ? aujourd’hui plus que jamais : le stress au travail, l’ activisme et le consumérisme sont en augmentation constante, particulièrement dans les nations industrialisées. Si nous ne prenons pas activement le temps de cultiver nos relations avec Dieu, nos familles et nos amis, ces relations sont condamnées à faire naufrage, et avec elles, notre société. L’isolement, la solitude ont pris des dimensions dramatiques, surtout dans les grandes villes, ces dernières décennies.

 

C’est pourquoi le dimanche remplit une fonction essentielle: c’est le seul jour où une majorité de la population dispose simultanément de temps libre, ce qui lui permet d’aller à l’église, de cultiver ses contacts et la vie familiale. Sans ce dénominateur commun, les familles et les associations, et avec eux le ciment de la société sont en danger ? ceci d’autant plus que la vie professionnelle durant la semaine (particulièrement dans les secteurs de l’industrie et des services) grignote de plus en plus sur les soirées.

 

C’est une des raisons pour lesquelles le peuple a rejeté en 1996 à une majorité de deux tiers une révision de la Loi sur le travail qui aurait autorisé les employeurs à faire travailler leur personnel six dimanches par année sans autre autorisation. Suisses et Suissesses adhèrent donc à l’interdiction de principe de travailler le dimanche. Ce qui n’a pas empêché le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) de multiplier les autorisations d’exception, de sorte que selon une étude du Prof. Flückiger (de l’Université de Genève), actuellement plus d’un tiers de la population travaille plus ou moins régulièrement le dimanche.

 

La bataille s’est intensifiée ces dernières années

  • Le Tribunal fédéral a statué qu’en principe, les magasins n’ont pas même le droit de faire travailler leur personnel les dimanches de l’Avent. Malgré cette jurisprudence et l’opinion publique claire, le seco entend déléguer la compétence d’autoriser les magasins à ouvrir leurs portes jusqu’à six dimanches par année aux cantons.

 

  • Un nombre croissant de stations-service offrant un assortiment complet de marchandises ouvrent le dimanche avec le plein assentiment des autorités, alors qu’elles n’ont le droit de vendre que ce qui est nécessaire pour la route. Tant le seco que les autorités cantonales restent inactifs.

 

  • Sous le même prétexte d’alimenter les voyageurs, les CFF ouvrent dans toutes les grandes villes des « Rail cities », qui en réalité constituent des centres commerciaux avec ouverture dominicale. Ici aussi, les autorités ne bougent pas et ignorent sciemment la jurisprudence du TF.

 

  • Au mois de février 2004, la commission parlementaire compétente a adressé une motion aux chambres visant à légaliser cet état de faits et à autoriser les gares à offrir un assortiment complet sept jours par semaine. Les gares, des centres commerciaux du dimanche ! Les débats doivent avoir lieu le 16 mars 2004.

 

Jusqu’où irons-nous ?

Les syndicats et une partie des Eglises font des pieds et des mains pour défendre le dimanche contre cette érosion. Car des magasins ouverts constituent le signe le plus manifeste que le dimanche est devenu un jour comme tous les autres. Il devient normal de travailler le dimanche. De plus, nombre de secteurs se voient obligés d’emboîter le pas (produits frais, stockage, transports, et finalement call-centers).

 

La pression des milieux pour lesquels le travail dominical représente une affaire juteuse est énorme, et le seco cède pas à pas. Les cantons quant à eux se livrent une espèce de concurrence, par crainte de perdre des clients et des contribuables. Allons-nous sacrifier le dimanche à Mammon ?

 

Il est certainement justifié de maintenir le dimanche des services essentiels tels que les services d’ordre, de santé et de transports publics, de même que, jusqu’à un certain point, ceux qui servent à la récréation et à cultiver nos relations. Mais où tirer le trait ? Y a-t-il un droit à faire ses achats tout de suite et en tout temps ? Ne pouvons-nous attendre jusqu’ au lundi, si notre ordinateur s’écrase un dimanche ? Nous sommes ceux qui, en leur qualité de consommateurs, décident qui doit travailler le dimanche.

 

De même, nous ne sommes pas sans influence en tant qu’électeurs et électrices quant il s’agire de déterminer quel valeur nous accordons au dimanche. Nous avons également la possibilité, en tant qu’individus ou d’ églises, de nous adresser aux autorités cantonales (offices du travail) ou fédérales (seco) et d’écrire à celles-ci que nous n’accepterons pas l’ émiettement du dimanche. De telles campagnes ne restent pas sans effet.


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Selon l?Office fédéral de la statistique, les années 90 ont vu les plus pauvres classes sociales s?appauvrir, et les plus riches s?enrichir. La fortune du 1% plus riche a même doublé. Ce calcul ne tient pas compte des charges supplémentaires telles que les primes d?assurances maladie (toujours aussi élevées pour les pauvres comme pour les riches).

 

Entre-temps, diverses études ont aussi démontré que les familles pauvres sont toujours plus nombreuses en raison des coûts élevés qu?occasionnent les enfants. Ces derniers coûtent cher et augmentent le risque de pauvreté. Si nous voulons encourager les familles, il est temps de venir en aide aux familles à bas revenus. De plus, les couples mariés paient plus d?impôts que ceux qui vivent en concubinage. D?un point de vue chrétien, c?est une raison de plus pour accorder un allégement fiscal aux couples mariés et aux familles.

 

La question de l?allégement fiscal pour les familles a également été abordée au Conseil National ainsi qu?au Conseil des Etats. Or la majorité bourgeoise au Parlement a utilisé pour son propre intérêt la demande de baisse fiscale pour les familles, qui partait d?une bonne intention, et l?a ainsi pervertie. Le paquet fiscal, décidé en juin 2003, ne profite ainsi pratiquement qu?aux familles riches au lieu des pauvres…Concrètement :

 

·         Baisse pour les couples et les familles: baisse fiscale totale de 1,22 milliard de francs. Or les deux tiers de cette somme finissent en fait dans les poches des familles ayant un revenu imposable supérieur à 100’000 francs… Les familles qui auraient le plus besoin d?un allégement sont celles qui en profitent le moins. Une famille avec un revenu mensuel imposable de 5’000 francs économise ainsi 10 francs par mois, alors qu?une famille disposant d?un revenu imposable de 20’000 francs par mois économise 80 francs par mois…Comment cela se fait-il? C?est tout simple: au lieu de déduire du calcul fiscal un montant fixe par enfant (ce que demandait la gauche), le paquet fiscal prévoit une déduction de 9’300 francs (au lieu de 5’600 jusqu?à présent) par enfant, ce qui veut dire que chaque famille passe à une classe d?imposition inférieure. En raison de la forte progressivité de l?impôt, les familles riches économisent ainsi nettement plus que les pauvres….Visiblement, pour la majorité parlementaire il ne s?agissait aucunement de décharger les familles qui en ont besoin.

 

·         A cela s?ajoute le fait qu?avec le nouveau « splitting partial » qui remplace la déduction fixe pour les revenus doubles, l?impôt étant progressif ce sont également les classes de revenu élevés qui bénéficient de la plus forte baisse fiscale.

 

·         L?encouragement à la propriété: il permet aux propriétaires de bénéficier d?une baisse fiscale de 430 millions de francs. Alors qu?il y aurait lieu de se demander pourquoi au juste encourager la propriété immobilière (il s?agit vraisemblablement d?une idéologie de la propriété), ce sont à nouveau les 30% plus riches de la population qui profitent de l?allégement…

 

·         Parallèlement, en raison du déficit budgétaire, le Conseil fédéral et le Parlement veulent prendre des mesures d?économie drastiques, visant elles aussi surtout les classes sociales défavorisées. En effet, il s?agirait d?économiser entre autres sur le dos des rentiers AVS et AI.

 

Selon l?argument le plus fréquent de la majorité parlementaire, il est temps de décharger la classe moyenne. La statistique sur le revenu indique que la famille moyenne possède un revenu imposable d?environ 90’000 francs, et n?est de plus pas propriétaire. La notion de classe moyenne est donc complètement dépassée, de la poudre aux yeux pour nous faire croire que l?allégement profitera à tous. Or en réalité, plus on est riche, moins on paie d?impôts.

 

Un autre argument consiste à dire que les impôts ont déjà fortement augmenté depuis 1990 et qu?une baisse fiscale est indispensable. Mais à y regarder de plus près, on constate une disparité: ce sont avant tout la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), les cotisations AVS et les taxes qui ont augmenté. Il s?agit donc de « flat taxes » supplémentaires (TVA et AVS) qui touchent toutes les classes sociales de la même façon selon un système de pourcentage ou alors d?impôts par tête (taxes). Or à présent les partis bourgeois revendiquent surtout un allégement des impôts sur le revenu, soit des impôts progressifs, sur lesquels ce sont avant tout eux qui profitent… Même le conseiller fédéral radical Villiger l?affirmait dans son discours du 1er août 2001 : « Les plus ardents défenseurs d?une baisse fiscale sont aussi ceux qui ont le plus les moyens de payer ».

 

Soi-disant « pour le bien des familles », les cadeaux fiscaux de juin 2003 sont en réalité destinés à ceux qui en ont le moins besoin. Au bout du compte, ces mêmes familles qui peinent à joindre les deux bouts restent les mains vides. Il faudrait des mesures tout autres, comme des déductions linéaires du calcul fiscal par enfant ou alors des allocations familiales plus élevées. C?est pourquoi Christnet dit non à ce paquet fiscal. C?est seulement ainsi qu?il restera suffisamment d?argent dans les caisses de l?Etat pour pouvoir vraiment aider les familles !


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La bible parle souvent de « péchés ». Non pas pour nous causer des problèmes et des épreuves, mais pour nous signaler les pièges. Dieu veut nous empêcher de pécher pour que notre précieuse relation avec lui ne souffre pas et pour que nous ne nous nuisions pas à nous-mêmes ou à notre prochain. La guerre en Irak, à notre avis, a sa racine dans une combinaison de péchés.

L’avidité de l’argent

1 Timothée 6.10 dit : « ….une racine de tout mal est l’amour de l’argent, (…) ». L’emprise sur le pétrole est un moteur majeur de l’administration Bush : Bush lui-même est issu d’une famille de pétroliers, le Vice Cheney était à la tête de la plus grande entreprise d’équipement de forage pétrolier au monde (Halliburton), et Bush lui-même doit son élection, entre autres, à Exxon, qui a prêté des sommes énormes aux candidats républicains lors de la campagne électorale de 2000. En mai 2001, après la crise énergétique américaine, Cheney a déclaré que « l’amélioration de l’accès aux réserves de pétrole du golfe Persique » était une priorité nationale en matière de sécurité énergétique. L’ouverture des réserves énergétiques irakiennes pourrait signifier une réduction de moitié du prix du pétrole aujourd’hui, selon Jamani, l’ancien ministre saoudien de l’énergie. Une aubaine pour un pays qui consomme 2,5 fois plus de pétrole par habitant que les autres pays industrialisés, mais qui n’a pourtant aucune envie de faire quoi que ce soit contre cette surconsommation….

Les magnats des médias comme Rupert Murdoch ont également un intérêt énorme dans la guerre, qui fait monter en flèche les audiences et donc les profits. Le public américain est donc poussé à la guerre par les médias. Enfin, l’industrie de l’armement (les États-Unis représentent 40 % de tous les budgets d’armement dans le monde) a un intérêt dans la guerre.

L’autosatisfaction

Cependant, un autre péché important conduit à la guerre : l’autosatisfaction. « Mais que vois-tu de la paille qui est dans l’oeil de ton frère, sinon la poutre qui est dans ton propre oeil que tu ne perçois pas ? » (Luc 6.41) Plus nous nous sentons bons, plus nous nous éloignons de Dieu. Car alors, nous ne permettons plus que nos actions soient remises en question par Dieu et la sagesse du Saint-Esprit se tarit. Les Pharisiens subirent ce sort et furent jugés en conséquence par Jésus.

« Car celui qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 14.11). L’exaltation et l’autosatisfaction ont malheureusement pris un niveau dans certains cercles du christianisme évangélique qui a de plus en plus d’effets négatifs sur le monde entier. Il ne s’agit pas ici de faire de nous des chrétiens pires que les autres, mais il nous semble important de souligner le danger de l’autosatisfaction avant qu’il ne soit trop tard. Sans repentir dans ce domaine, nous risquons de devenir indignes de confiance aux yeux des non-chrétiens, voire de plonger le monde dans l’abîme. La guerre en Irak est un pas de plus vers l’abîme à cet égard.

Nationalisme

George Bush, chrétien né de nouveau, a proclamé la « lutte monumentale du bien contre le mal » et est soutenu en cela par une grande partie des églises évangéliques des États-Unis. On sait d’emblée qui sont les gentils (et cela est compris dans l’absolu) : l’Occident, et surtout les États-Unis, « le pays de Dieu », comme certains ont coutume de le dire. La « mission mania » du gouvernement américain a pris des proportions effrayantes à cet égard. Ici, le nationalisme a été mélangé à la religion de manière désastreuse, donnant lieu à un auto-agrandissement national. C’est pourquoi elle estime qu’elle n’a plus à prendre personne en considération. La subordination démocratique aux compromis multilatéraux dans le cadre international devient de plus en plus un mot étranger. Cela est apparu clairement au cours des dix dernières années, lorsque les États-Unis n’ont pratiquement signé aucun accord international affectant leurs intérêts. Dans le cas de l’Irak, l’ONU n’a été l’organe de négociation que jusqu’à ce qu’il devienne évident que l’ONU ne se plierait pas à la volonté des États-Unis. Les opposants à la guerre, tels que l’Allemagne et la France, ont alors ressenti l’agression des États-Unis par des menaces, des annulations de traités et des railleries. Ceux qui ne font pas ce que veulent les États-Unis sont punis. Est-ce la liberté dont ils parlent ?

Les forces motrices de la campagne d’Irak (Rumsfeld, Wolfowitz, Cheney, mais aussi le frère de George Bush, Jeb, et l’ancien Vice-Président Quayle) sont d’ailleurs tous cosignataires de la charte du think tank américain « The Project for a New American Century ». L’objectif de ce projet est que l’Amérique devienne le leader mondial et qu’elle exerce une responsabilité mondiale pour la paix et la sécurité par

  • Des forces militaires fortes (augmentation significative des dépenses militaires)
  • Renforcer les liens avec les alliés démocratiques et défier les régimes hostiles en fonction de nos intérêts et de nos valeurs.
  • promouvoir la liberté politique et économique à l’étranger
  • Acceptation de la responsabilité unique de l’Amérique dans le maintien et l’expansion d’un ordre international amical, en faveur de notre sécurité, de notre prospérité et de nos principes. Tous ces documents sont accessibles au public sur www.newamericancentury.org…

Dans la « croisade contre le mal », le schéma de la parabole de la « poutre dans son propre oeil » et de l’autosatisfaction est donc bien suivi. Déjà dans l’interprétation de l’attentat du 11 septembre, la question n’était guère posée de savoir avec quelle part l’Occident contribuait au terrorisme avec son comportement dans les pays arabes. (LIEN ?). Pourquoi exactement y a-t-il eu une telle poussée de fondamentalisme dans les pays arabes au cours des 20 dernières années ? La question de notre propre culpabilité n’a jamais été posée. Au contraire, nous restons les meilleurs. Dans la lutte monumentale contre le mal, le mal est situé « quelque part dehors » au lieu d’être à l’intérieur de nous-mêmes. La plupart des dictatures que les États-Unis combattent au Moyen-Orient ont été créées ou soutenues par les États-Unis eux-mêmes au début pour promouvoir leurs propres intérêts. Ainsi, l’autosatisfaction et l’incapacité à reconnaître sa propre culpabilité dans la montée de la terreur empêchent une véritable solution. En conséquence, la guerre en Irak continuera à alimenter la spirale de la violence : l’ignominie de la défaite (attendue) de la partie « arabe » et la piqûre de l’occupation américaine, ainsi que la haine des populations pour les dirigeants arabes qui ont suivi les États-Unis, donneront un coup de fouet massif à l’intégrisme islamique et provoqueront des renversements à moyen terme. Espérons que cela n’implique pas la puissance nucléaire pakistanaise. Avec la guerre en Irak, la terreur ne sera pas réduite, comme Bush voudrait nous le faire croire, mais elle augmentera. Cela justifiera alors l’offensive anti-terroriste de l’Occident….

La peur de la fin des temps

En hiver 2002-2003, selon un sondage américain, 72% des chrétiens nés de nouveau aux États-Unis croient que « nous assistons actuellement au début de la guerre qui mènera à l’Antéchrist et à l’Armageddon ». Peut-être que le comportement de l’Occident lui-même fera de ces déclarations une prophétie auto-réalisatrice…. Au cours des dix dernières années, l’Occident a connu un véritable boom dans l’interprétation des prophéties bibliques de fin-des-temps. Rappelons également les romans de fin d’année de Tim La Haye, dont 50 millions d’exemplaires ont déjà été vendus. Cette fièvre de la fin des temps a alimenté la peur chez les chrétiens et les pousse à réagir de façon excessive à une menace perçue, y compris la peur pour Israël. Une prophétie qui s’accomplit…. Par conséquent, dans sa manie missionnaire de l’Ancien Testament, Bush estime que les Etats-Unis doivent sauver Israël de l’Irak (géographiquement sur le site de l’ancienne Babylone). Il est possible que Bush souffle en fait pour la guerre par peur pour Israël. Ses conseillers, pour d’autres raisons, comme nous l’avons vu, ont réussi à lui mettre la puce de la peur à l’oreille…. Mais en lançant une attaque occidentale, c’est surtout la haine arabe d’Israël qui sera alimentée. Au lieu de protéger Israël, elle ne fera que le mettre encore plus en danger. La seule issue sera alors l’occupation américaine de l’ensemble du monde arabe. La spirale continue…

Dans les discours américains sur la guerre, on souligne toujours qu’il est du devoir de Dieu de diffuser les bonnes valeurs occidentales de liberté et de démocratie. Pourtant, ces mêmes cercles n’ont pas remarqué que certaines de ces valeurs ont depuis longtemps été corrompues par Mammon :

  • « Liberté » : Avec l’inégalité sociale croissante et l’exclusion toujours plus grande des indigents des conditions de vie de base telles que la santé et l’éducation, la liberté des classes inférieures devient de plus en plus une farce. Seuls les forts ont les moyens (argent et éducation) d’exploiter cette liberté. Et avec les libéralisations et les privatisations, ils obtiennent de plus en plus de libertés aux dépens des faibles. Parallèlement, l’idéologie du « qui veut, peut » est promue….
  • « Démocratie » : aux États-Unis aujourd’hui, seuls les riches ou ceux qui sont soutenus par l’économie ont le droit de vote, les autres n’ont aucune chance dans la coûteuse bataille publicitaire des élections. En l’an 2000, selon Cash, environ 500 millions de dollars ont été dépensés pour la campagne électorale, en l’an 2002 déjà un milliard de dollars, dont les deux tiers en dons électoraux de l’économie aux républicains… La formation de l’opinion est également massivement faussée par la dépendance des médias à l’égard des entreprises.

Que se passera-t-il ensuite dans ces circonstances ? Nous osons dire qu’après la rapide victoire américaine attendue, l’arrogance (dans les domaines géopolitique, mais aussi économique) va s’intensifier et l’arrogance du pouvoir continuer à se manifester. La guerre en Irak ne sera pas la dernière guerre d’agression, d’autant plus que, comme nous l’avons déjà dit, le terrorisme sera probablement fomenté par cette guerre. Le peuple américain continuera à suivre « l’homme fort ». Comment les autres pays vont-ils réagir ? Dans un premier temps, beaucoup, impressionnés par le pouvoir, vont s’allier aux États-Unis. Leur pouvoir augmentera alors encore plus. Mais beaucoup dépendra de qui contrôlera les médias. Plus l’arrogance du pouvoir se déploie, plus la résistance s’accroît. Espérons que ces résistances ne se termineront pas dans la violence, mais qu’elles seront réglées pacifiquement !

La mise en garde contre le péché n’est donc pas du moralisme, mais une préoccupation pour les conséquences du péché et pour l’amour qui est le premier à être blessé. Prions pour George W. Bush et son administration. Et que Dieu nous empêche de mener des croisades au nom de Dieu. Car nous sommes appelés à rendre l’amour de Dieu concrètement visible dans ce monde.


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~ 2 min

Conférence au ChristNetForum « I.D. Suisse » le 15 juin 2002 à Berne.

Le nationalisme – un grave danger pour les Suisses (chrétiens)

  • Confusion des termes : certaines traductions de la Bible parlent de nations (peuples). Cependant, la Bible ne parle pas d’états terrestres. Il s’agit d’une évolution du XIXe et du XXe siècle.
  • Si une nation se considère comme « le peuple élu de Dieu », des « effets secondaires » non chrétiens peuvent se produire (par exemple, légitimation de l’isolement, politique d’asile restrictive). À cette « élite » s’ajoute un récit mythifié du passé.
  • Calvinisme et prospérité Evangile : La richesse nationale est comprise comme une bénédiction de Dieu. Cependant, cette pensée abuse du nom de Dieu et de la Bible et promeut une théologie narcissique et antisociale ou une politique prétendument « chrétienne ».
  • Le nationalisme peut difficilement percevoir la culpabilité ; le « Rapport Bergier » est rejeté par les nationalistes comme une attaque. Ici, la Bible nous met en garde :

« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas avec nous » 1 Jean 1:8.

  • Dans un effort pour préserver notre pays « chrétien », les chrétiens tombent souvent dans l’intolérance et la xénophobie (par exemple envers les musulmans).

Conséquences : Notre identité en Jésus-Christ

En tant qu’êtres humains, nous avons sans aucun doute besoin d’identité. L’identité me donne de la valeur, de la sécurité et de la dignité. L’identité « fait de moi une personne ».

En tant que chrétiens, cependant, notre identité ne doit pas être basée sur des choses comme la profession, le sexe, la race et la nationalité.

« Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car vous êtes tous un dans le Christ Jésus » (Galates 3:28)

Mon identité première est en Jésus-Christ. C’est-à-dire que je suis un enfant de Dieu bien-aimé et adopté (Galates 2:20). Ma « patrie » première n’est donc pas ici en Suisse, mais auprès du Père céleste (Notre Père qui est aux cieux !). De même que notre citoyenneté (cf. Philippiens 3:20).

  • En Jésus-Christ, nous recevons la vraie vie. Il est le Fils de l’Homme et le Fils de Dieu. Il a vécu en dehors de toute relation avec le Père céleste, malgré toutes les tentations et le rejet des hommes.
    En Jésus-Christ, Dieu nous donne une véritable identité.
    « Fait à l’image de Dieu » – « Je suis un enfant bien-aimé de Dieu ».
  • Identité réelle et confiance en Jésus-Christ : « JE SUIS … »
  • L’identité a la personne qui peut supporter ses fautes (avouer sa culpabilité).
  • L’amour authentique du prochain surmonte la peur.
  • Ceux qui considèrent la vie comme un don de Dieu restent reconnaissants, humbles et, par conséquent, généreux.
  • Nous ne devons pas simplement banaliser le nationalisme prétendument « chrétien ». La Suisse ne doit pas se fermer, mais doit devenir une bénédiction pour les autres !
~ 5 min

Exposé donné lors du ForumChristNet « I.D. Suisse » le 15 juin 2002 à Berne.

Introduction

Il existe un complexe de lois s?appliquant à l?étranger en Suisse, suivant sa situation personnelle et en fonction de sa nationalité.

Les étrangers ressortissant de l?union européenne sont soumis à l?ALCP (accord sur la libre circulation des personnes). Quant aux autres, ils sont soumis soit à la LSEE (loi sur le séjour et l?établissement sur les étrangers), soit à la LASI (loi sur l?asile).

L?accord sur la libre circulation des personnes ALCP

L?accord comporte un régime transitoire, contenant un système de contingentements et de préférences aux ressortissants suisses ou travaillant déjà en Suisse, avant que la libre circulation des personnes soit effective. Ce système évolutif devra durer 12 ans et ce n?est qu?au bout de la 13ème année que la libre circulation des personne sera introduite à titre définitif. Nous rappelons que la Suisse devra se prononcer dans 7 ans sur la reconduction de ces accords.

La principale ligne directive de cet accord est l?interdiction de discriminer une personne en raison de sa nationalité, de façon directe (« cherche travailleur suisse ») ou indirecte (accepter uniquement le diplôme délivré par une institution suisse). Les exceptions au principe de non-discrimination concernent: les droits politiques (éligibilité et droit de vote reconnus aux seuls ressortissants suisses), l?aide sociale et l?administration publique (les fonctionnaires doivent être de nationalité suisse, pour certaines fonctions).

L?étranger ressortissant de l?UE aura ainsi le droit d?entrer, de sortir et de séjourner librement en Suisse. Des limitations à ce droit ne pourront être imposées que pour des raisons d?ordre public, de santé publique ou de sécurité publique. Les personnes actives recevront une autorisation déclarative (ne fait que déclarer le droit), alors que les personnes passives (étudiants, malades, retraités) recevront une autorisation constitutive (sans celle-ci l?étranger n?a pas le droit de séjourner en Suisse). Les autorisations constitutives seront délivrées, si l?étranger apporte la preuve qu?il est couvert par un assurance maladie et qu?il a les ressources nécessaires pour vivre.

Le regroupement familial est admis de manière extrêmement large. Le mari chiapanais d?une française sera mieux loti que celui d?une suissesse en Suisse!

Loi sur le séjour et l?établissement des étrangers LSEE ? Loi sur les étrangers LEtr.

La LSEE « offre » actuellement 6 permis de séjour différents, soit les permis A, B, C, L, F, G. Tous les permis sauf le permis C sont des permis causaux, c?est-à-dire qu?il sont liés à une cause (place de travail, mariage, situation de détresse etc.) et qu?en conséquence, si la cause disparaît, le permis aussi. Actuellement c?est souvent le nombre d?année de permis A qui donne le B puis le C.

La LEtr., actuellement en discussion dans les Chambres fédérales est un projet de loi tendant à asseoir juridiquement la pratique de nos autorités en matière d?immigration. Ce projet, s?il est accepté – et il risque fort de l?être – sera soumis en votation si un référendum est lancé et abouti.

Cette nouvelle loi s?appliquera à tous les étrangers ne ressortissant pas à l?UE. Elle confirme le système binaire actuellement en vigueur. Soit pour être plus clair, il y a les « bons étrangers », les ressortissants de l?UE et les « mauvais », les autres, soit plus des 4/5ème de la planète.

L?autorisation de séjour ne sera octroyée au « mauvais étranger » que si aucun ressortissant de l?UE souhaite occuper le poste et si l?étranger est un spécialiste, car « l?admission des étrangers en vue de l?exercice d?une activité lucrative doit servir les intérêts de l?économie suisse ».

Les systèmes d?autorisation ne correspondront plus strictement aux permis A, B et C. Il n?y aura plus de transformation du permis A en B et ceci parce qu? « il ne faut pas stimuler au premier chef les intérêts économiques à court terme. Les dispositions légales devraient surtout éviter que l?entrée en Suisse des nouveaux étrangers en provenance des Etats tiers ne se traduise par une nouvelle vague d?immigration de main d?oeuvre peu qualifiée, présentant des problèmes accrus d?intégration. Il convient aussi d?éviter que les étrangers nouvellement entrés dans notre pays fassent une concurrence inopportune aux travailleurs en Suisse. (…) En outre, la politique d?admission doit favoriser une immigration qui n?entraîne pas de problèmes de politique sociale, qui améliore la structure du marché du travail et qui vise à plus long terme un marché du travail équilibré. »

Le travailleur pourra se déplacer d?un canton à l?autre. Il s?agit là d?une clause qui semble plus généreuse que le texte actuel, elle est là pour ne pas poser de problème à l?employeur suisse qui souhaiterai engager un étranger muni d?une autorisation de séjour dans un autre canton…

Le regroupement familial sera admis très restrictivement, le système actuel sera endurci au point que l?officier d?état civil pourra refuser de marier deux personnes s?il se doute qu?il s?agit d?un mariage en blanc (et vive l?arbitraire!).

Aspects répressifs de la LEtr

Les étrangers qui entrent en Suisse sans autorisation de séjour ou ceux qui ont reçu une réponse négative à leur demande de permis peuvent être détenus administrativement en Suisse, pour faciliter leur renvoi. Actuellement il existe 10?000 personnes détenues dont le seul crime est d?avoir voulu travailler dans notre si beau pays.

Et puis pour garder notre belle politique d?accueil, le projet de loi tend à renforcer les mesures de contraintes, dont plusieurs apparaissent aux yeux de certains comme contraire à la CEDH (Convention européenne des Droits de l?Homme), alors même que nous en sommes partie.

Jusqu?alors, la détention en vue du refoulement suite à une décision de non-entrée en matière ne pouvait avoir lieu que s?il existait un risque d?insoumission à la décision de renvoi, dans le projet, la décision de non-entrée en matière suffit. La détention en vue du refoulement sera également possible en cas d?absence de papiers valables et si ce sont les autorités qui se chargent de récupérer ces papiers, ce qui constitue une lacune du droit actuel… La détention en vue du refoulement sera en outre possible s?il existe un risque de fuite (ce qui existe déjà), en particulier en l?absence de collaboration pour l?obtention des documents de voyage (encore une lacune du droit actuel), ainsi un comportement passif peut engendrer une détention administrative.

Il y a lieu de préciser encore que si le renvoi est possible dans les 8 j. l?étranger peut renoncer à la procédure orale (procédure juridique où il est entendu). Or pour renoncer à un tel droit, il faudrait premièrement qu?il comprenne la langue du document et secondement qu?il connaisse le droit suisse, pour savoir à quel droit il renonce, ce qui n?est à l?évidence, pour la majorité des étranger, pas le cas.

En bref, il nous semble que ces mesures sont complètement disproportionnées, contraires à la CEDH et ne font que renforcer le sentiment d?injustice de l?étranger en Suisse.

Femmes migrantes et réfugiées

Cela n?étonnera personne, la femme est encore plus discriminée que l?homme, lorsqu?elle est migrante ou réfugiée en Suisse. Premièrement il n?y a aucune disposition légale qui tienne compte de la situation particulière de la femme. Elle est toujours au bénéfice d?un permis causal, il est rare qu?une femme d?un Etat tiers vienne en Suisse pour des études ou parce qu?elle est une spécialiste dans un domaine professionnel pointu. Elle obtient donc généralement son permis grâce à celui de son mari, avec le travers qu?elle préféra être battue plutôt que divorcer et retourner dans un pays où elle n?aura pas les moyens économiques de vivre.

Elle est aussi discriminée en matière d?Asile de façon indirecte. En effet, il n?est pas entré en matière sur une demande d?Asile, si le requérant ne fournit pas de papier d?identité, or la femme des pays du Tiers Monde n?a que rarement des papiers d?identité. De même la femme qui accueille des révolutionnaires met en jeu sa vie autant que celui qui se réclame d?une opinion dissidente dans un régime totalitaire, mais elle ne serait pas considérée comme étant en danger en raison d?agissements politiques, et n?obtiendra pas l?Asile, au contraire du militant qui aura fait part de son opposition au régime en vigueur.

Voilà en quelques mots, même si trop nombreux pour n?être qu?un résumé, pour ébaucher mon opinion sur nos prétendus bras ouverts aux étrangers. Sans pouvoir proposer de solutions concrètes face aux problèmes réels liés à l?émigration, je ne puis qu?encourager à rejeter clairement cette loi,. qui me paraît précisément contraire à la CEDH, soit inhumaine.

Chloé Bregnard, juillet 2002

~ 17 min

Exposé donné par Roland Hardmeier (Kloten) lors de la ConferenceChristNet du 1er février 2003 à Berne.

Introduction

Autrefois, je pensais que l?Evangile de Jésus n?avait pas d?influence sur la marche du monde. Ayant grandi dans un milieu chrétien conservateur, je voyais Jésus comme un Sauveur personnel mais il ne me serait jamais venu à l?idée de le considérer comme un homme faisant de la politique ! L?idée de changer le monde était pour moi en contradiction avec l?Evangile. A mon sens, la foi n?avait rien à voir avec les affaires du monde et c?était pour moi un moyen de fuir la réalité. Si j?avais reçu, il y a quelques années, une invitation à une conférence sur le thème: ?Jésus en politique ??, j?aurais répondu: ?Ce sujet n?a pas de sens, cela ne m?intéresse pas !?.

Aujourd?hui j?ai changé d?avis. Je suis convaincu que la vie et les enseignements de Jésus apportent une réponse pertinente aux défis éthiques et sociaux de notre temps.

A la suite du 11 septembre 2001, le chancelier allemand Gerhard Schröder a fait la déclaration suivante : ?Nous savons que les attentats de New York et Washington n?ont absolument rien à voir avec la religion??. Au contraire, le théologien catholique Hans Küng affirme: ?Pas besoin d?être religieux pour prendre la religion au sérieux. Une analyse de notre époque qui laisse de côté la dimension religieuse est lacunaire??1 .

En effet, on risque de tomber dans un extrême ou l?autre : une analyse de notre époque qui laisse de côté la dimension religieuse ? comme celle que fait Schröder ? est lacunaire ; mais une foi qui laisse de côté la dimension politique est également incomplète. La foi a une dimension politique de la même manière que la politique a une dimension religieuse.

Jim Wallis, chrétien évangélique américain et militant pour la paix, montre que les vieilles catégories politiques telles que nous les connaissons sont devenues inutilisables. L?analyse qu?il fait de la politique de son pays peut également s?appliquer au nôtre :

?Le mouvement de gauche progressiste est voué à l?échec car il est incapable d?intégrer les valeurs que revendiquent les mouvements cherchant à changer la société en profondeur. Il manque à la gauche la synthèse de la notion de responsabilité personnelle et celle du désir de changer la société.?

?Au contraire, les conservateurs nient l?existence d?injustices structurelles et d?oppression sociale. Lorsque l?on prêche le retour aux valeurs familiales tout en fermant les yeux sur les effets dévastateurs de la pauvreté, du racisme et du sexisme, on ne fait que déplacer la faute sur la victime.?2

Après avoir fait le procès de la Gauche et de la Droite, il continue:

?Les deux grands courants idéologiques sont incapables de résoudre la crise sociale à laquelle nous sommes confrontés à cause de la complexité de cette crise et de ses multiples facettes.?3

Ce dont nous avons besoin, c?est de construire un pont entre la gauche et la droite, un pont qui unirait les avantages de chacun des côtés en gommant leurs défauts.

Nous avons besoin d?introduire des valeurs spirituelles dans la politique, des valeurs qui nous donnent une force morale pour mettre le bien-être commun au centre des préoccupations politiques. Je crois que l?Evangile de Jésus-Christ permet de construire ce pont, dans la mesure où il est bien compris et vécu de manière radicale.

I. La situation sociale et politique au temps de Jésus

Au moment où Jésus a commencé son ministère, le peuple juif se trouvait dans un état de discorde profonde :

Le pouvoir politique du pays était réparti entre trois camps. Premièrement, les Romains, qui détenaient le pouvoir principal et auxquels les Juifs vouaient une haine viscérale. Deuxièmement, la famille royale d?Hérode, à laquelle les Romains laissaient une grande marge de man?uvre ; mais celle-ci en abusait en exploitant le peuple selon son bon plaisir. Troisièmement, les familles des grands prêtres dont le centre névralgique se trouvait dans le Temple.

Au niveau économique, le fossé entre riches et pauvres se creusait. Dans la couche supérieure, on trouvait les familles des grands prêtres et leurs acolytes. La classe moyenne pauvre était composée de la plus grande partie de la population. C?est de cette classe que venait Jésus et probablement la majorité de ses disciples. Finalement, dans la couche la plus défavorisée, on trouvait les mendiants, les lépreux et les vagabonds. Ces derniers ne possédaient même pas le minimum vital.

Face à cette situation d?infortune, les Juifs réagissaient de différentes manières :

·        LA REVOLUTION. Les zélotes avaient choisi le chemin de la révolution. Ils haïssaient particulièrement les Romains et les Juifs « collabos ». Ils prônaient la « théologie de la libération » de leur temps.

·        LE REFUS PARTIEL DE COOPERER. Les pharisiens et les docteurs de la loi refusaient partiellement de coopérer en développant l?art du compromis. Leur tentative de changer la situation à l?aide d?une pratique religieuse très stricte tombait plutôt dans un excès de bigoterie.

·        LE REFUS TOTAL DE COOPERER. Les esséniens, dans un refus total de coopérer, avaient pris le chemin du désert. Ils vivaient dans un ghetto spirituel et refusaient de participer à la vie sociale.

·        L?ADAPTATION AU SYSTEME. Les saducéens suivaient le système. Ils étaient issus de l?aristocratie ecclésiale et se révélèrent être des opportunistes. Ils tentaient de conserver leur pouvoir et avaient une vision du monde progressiste mais modérée.

·        L?ATTITUDE ALTERNATIVE. Finalement, on trouvait également des Juifs qui s?efforçaient de suivre une voie médiane entre collaboration et refus de coopérer mais sans pour autant compromettre leur foi. Une minorité d?entre eux servaient Dieu et la société auprès des décideurs, mais la majorité menait une vie discrète.

Force est de constater qu?il existe beaucoup de points communs entre la société de l?époque et la nôtre. Comme aujourd?hui, il y avait au temps de Jésus un fossé entre riches et pauvres, puissants et faibles, personnes prêtes à user de la violence et pacifistes. Les nombreux parallèles entre la situation d?alors et d?aujourd?hui permettent de mieux comprendre le présent à la lumière du passé.

II. L?action radicale et révolutionnaire du Christ

Certains pensent que Jésus ne s?est jamais intéressé à la politique. Cependant, ce point de vue ne résiste pas à une analyse plus approfondie. Nous devons tout d?abord comprendre la situation particulière dans laquelle se trouvait Jésus. Il vivait dans une province romaine gouvernée par un régime dictatorial. N?ayant pas la citoyenneté romaine, Jésus n?avait aucun droit civique, ce qui rendait ses possibilités d?action politiques extrêmement limitées.

A première vue, les commandements de Jésus n?étaient pas de nature politique dans le sens où le centre de son message était la venue du Royaume de Dieu. Jésus appelait les gens à sa suite en les exhortant à mettre Dieu à la première place dans leur vie. Or, l?enseignement de Jésus est si radical qu?il possède de manière intrinsèque des implications au niveau politique. Dans la mesure où Jésus ne faisait pas de compromis et cherchait à changer le monde, il est devenu naturellement une figure politique.

?Si l?on affirme que le message messianique de Jésus à la nation juive n?avait pas de contenu politique, cela constitue une méprise dans la mesure où l?on spiritualise complètement l?Evangile et la venue du Royaume de Dieu.?4

Comment Jésus a-t-il réagi face à la situation d?infortune du peuple juif ? J?aimerais répondre à cette question en utilisant une série de mots clés accompagnés d?un verset biblique illustratif.

1. Non-violence (Matthieu 16.21-23[^i] )

Cet épisode reflète bien à quel point Jésus a été tenté d?opter pour la voie zélote. De plus, la personne et le message du Christ attiraient particulièrement les zélotes. Nous voyons, dans l?Evangile, qu?au moins un de ses disciples les plus proches était zélote. Depuis l?épisode de la tentation dans le désert jusqu?à son combat personnel précédent son arrestation, Jésus s?est battu contre l?envie de suivre l?option zélote. Le Fils de Dieu a su distinguer la voix du tentateur jusque dans les mots de Pierre le réprimandant violemment en disant: ?Arrière Satan !? lorsque ce dernier lui proposait de se battre à ses côtés.

Jésus aurait pu facilement mobiliser les Juifs contre les Romains. Les gens l?auraient suivi et les zélotes étaient prêts à se battre. La tentation d?accéder au pouvoir sans être serviteur et sans accepter la souffrance était réelle pour le Fils de Dieu. Mais Jésus avait choisi le chemin de la croix car il savait que c?était le chemin du Père. Il savait aussi que le combat armé contre les autorités romaines aurait conduit à un désastre. Effectivement, en 70 ap. J.-C., l?insurrection contre les Romains s?est soldée par la destruction de Jérusalem par les légions romaines. Ce combat n?apporta pas de grand changement à la situation du peuple juif.

Le réel obstacle à l?édification d?un monde où règne la justice et la paix est à chercher dans la nature même de l?Homme. La mission du Christ accomplie par sa mort sur la croix était de réconcilier les hommes avec Dieu et d?initier un changement profond dans le c?ur de chaque personne. Comment quelqu?un peut-il être porteur de paix lorsqu?il n?est pas en paix avec Dieu et avec ses prochains ?

2. Solidarité (Luc 4.16-19[^ii] )

Dans le « Manifeste de Nazareth », Jésus définit sa tâche. Il se savait appelé auprès des pauvres et des opprimés. Dans le Nouveau Testament, le terme de « pauvre » se réfère à deux groupes de personnes : ceux qui étaient devenus pauvres à cause du système ou suite à une catastrophe ; et ceux qui, démunis, cherchaient leur espérance en Dieu et qu?on appelait les « pauvres en esprit »5 . Dans l?Evangile de Luc, « pauvres » est un terme qui rassemble tous les types de défavorisés6 .

Jésus, dans le « Manifeste de Nazareth », se montra solidaire avec les pauvres et les opprimés. Son but était de les libérer et de les guérir. Jésus s?est toujours intéressé à chaque homme personnellement, mais il a porté une attention toute particulière à ceux qui se trouvaient en marge de la société ? que ce soit des femmes discriminées, des malades abandonnés ou autres marginaux. Jésus allait vers ces personnes, il leur rendait leur dignité, il les aimait.

Face aux marginaux, on avait à l?époque une étiquette pratique: on les appelait les « pécheurs ». Ces pécheurs étaient des prostituées, des collecteurs d?impôts, des malades, etc. Lorsque Jésus rencontrait un « pécheur », il voyait en lui un enfant de Dieu égaré. Jésus s?est attiré les foudres de l?establishment juif alors qu?il annonçait la grâce de Dieu aux « pécheurs » et qu?il annonçait le jugement aux « religieux ». Pourquoi cela ? Parce que les religieux, à cause de leur fierté, étaient devenus plus malades que les pécheurs!

Par son attitude solidaire, Jésus nous interpelle. Il a considéré les hommes de manière globale, le corps et l?âme étant autant important l?un que l?autre. Dans un même ordre d?idée, nous pouvons affirmer qu?il est faux de faire une différence entre un évangile personnel et un évangile social. Il n?y a qu?un seul Evangile, celui de Jésus7 .

Au travers de sa vie hors du commun, Jésus nous a donné un exemple concret de ce que la Bible appelle l?amour du prochain. Vivre cet amour du prochain signifie être solidaire avec les pauvres et les opprimés. Si Jésus vivait encore aujourd?hui, il élargirait certainement la notion d?amour du prochain en s?engageant en faveur des laissés-pour-compte du marché libre qui profite principalement aux riches pays du Nord et à une petite élite du Tiers Monde.

La plus grande partie de la population mondiale n?a jamais rien vu des soit-disant bénéfices de la mondialisation ? au contraire ! Aujourd?hui, nous vivons « global » : nous mangeons des bananes du Honduras, buvons du café du Brésil et portons des habits produits en Chine. Ainsi, malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, les personnes qui fabriquent ces produits de consommation sont nos prochains. Nous sommes reliés à eux par le biais du commerce mondial et sommes donc appelés à nous engager en leur faveur par amour du prochain. Celui qui veut suivre Christ de nos jours doit vivre un amour du prochain global !

3. Prophétie (Matthieu 21.12-13[^iii] )

L?épisode de l?expulsion des marchands du Temple nous montre que la violence était également une attitude possible. Le théologien mennonite John H. Yoder écrit à ce sujet dans son livre pionnier Die Politik Jesu :

« A présent, Jésus contrôle la suite des événements. Il n?aurait qu?à faire un pas de plus pour affermir ce pouvoir et se laisser porter par l?admiration des foules? Un coup d?Etat potentiel menaçait, il ne restait plus qu?à attaquer le fort romain voisin. Cependant, dans le nouvel ordre de Jésus, bien que l?ancienne nature de l?homme est honnie et doit être remplacée, il ne convient pas de le faire par les armes8 . »

Jésus suivait la ligne des prophètes de l?Ancien Testament en s?élevant contre les injustices. L?épisode de l?expulsion des marchands du Temple en est un bon exemple. La réaction du Christ constituait un acte de désobéissance civile, qui n?était pas seulement un acte religieux mais également un acte économique et politique :

C?était un acte religieux car Jésus voulait démontrer que les choses relatives à Dieu devaient rester sacrées. Le Christ était bouleversé par le fait que le Temple perde sa fonction de lieu de prière. Mais cet acte était aussi économique puisque le Temple n?était pas seulement le centre religieux mais aussi le centre économique du pays9 .

Finalement, l?expulsion des marchands du Temple était aussi un acte politique. Par son attaque contre le matérialisme débridé qui était devenu monnaie courante dans le Temple, le Christ s?en prenait au nerf sensible de l?aristocratie religieuse. Jésus les attaquait de front en dénonçant l?injustice de laquelle ils étaient responsables.

« L?acte prophétique de l?Eglise » développé dans la missiologie oecuménique10  et récemment dans la missiologie évangélique11  est dérivé des actions des prophètes de l?Ancien Testament comme de l?épisode de l?expulsion des marchands du Temple. Cet acte stipule que la tâche de l?Eglise n?est pas seulement d?annoncer l?Evangile mais aussi de mettre en lumière les situations d?injustice. Cependant, l?acte prophétique ne constitue pas une idée nouvelle car Martin Luther, par exemple, a lui aussi clairement dit que son devoir de prédicateur était de critiquer les injustices commises par les puissants12 .

Jésus s?est également comporté de manière solidaire et a eu des gestes et des paroles prophétiques. La solidarité et la prophétie sont en fait les deux faces d?une même pièce. Dans la mesure où les puissants sont co-responsables de la misère des pauvres, la solidarité de Jésus avec les exploités prend la forme, entre autres, d?une accusation prophétique. Jésus ne s?est pas seulement limité aux actions sociales au sein de l?Eglise mais s?est aussi battu contre les causes structurelles de la misère. N?est-ce pas finalement une manière d?agir résolument politique ?

4. Critique du pouvoir (Matthieu 20.25[^iv] )

Ce verset résume bien l?analyse politico-économique de Jésus13 . Rome et ses alliés abusaient de leur pouvoir. La Pax Romana était fondée sur l?oppression et l?exploitation. Face à cela, Jésus est dans le rôle d?un prophète. Dans l?Ancien Testament, c?est sous le règne de Salomon que l?activité des prophètes est maximale. Ces derniers mettaient en lumière la face cachée de l?opulence étatique du roi. La croissance économique et la prospérité avaient changé en profondeur la société juive et à la mort de Salomon la division du royaume provoqua une rupture éthico-sociale. Les propriétaires de capitaux s?assurèrent le pouvoir économique ce qui eut pour conséquence de créer un fossé entre riches et pauvres. Poussés par l?Esprit de Dieu, les prophètes de l?Ancien Testament condamnèrent cette situation et critiquèrent le pouvoir en se mettant, au nom de Dieu, du côté des pauvres et opprimés.

On retrouve chez Jésus la même critique du pouvoir, ce que souligne Jürgen Moltman: « Jésus était folie pour les sages, source de colère pour les religieux et trouble-fête pour les puissants14 . » Le Christ a critiqué le pouvoir mais ne s?est jamais positionné contre les autorités. On observe cela dans ses célèbres paroles : « Payez à l?empereur ce qui lui appartient et payez à Dieu ce qui lui appartient » (Marc 12.17, français courant). Par ces mots, Jésus reconnaît le droit à l?empire romain de percevoir des impôts. Même si un Etat ? comme l?Etat romain à l?époque ? a des aspects totalitaires, l?autorité publique reste indispensable. L?Etat ne doit cependant pas se montrer absolu. A travers l?affirmation « payez à Dieu ce qui lui appartient », Jésus refuse aussi le culte de l?empereur.

Tant les prophètes que Jésus ont développé au travers de l?amour de Dieu, une réflexion critique du pouvoir de leur nation. Nous pouvons en tirer la conclusion suivante pour aujourd?hui : il nous faut analyser la situation de statu quo contemporaine afin de prendre une distance critique par rapport à notre contexte personnel. C?est de cette manière que nous serons dans la meilleure disposition possible pour servir notre nation.

5. Service (Matthieu 20.26-28[^v] )

Dans ces paroles, Jésus présente une alternative au pouvoir : le service. Comme nous l?avons déjà souligné précédemment, Jésus avait très peu de possibilités d?agir au niveau politique. L?unique « chemin politique » existant était la création d?une société alternative. C?est pourquoi Jésus n?a pas seulement appelé à sa suite des personnes individuellement en leur annonçant la venue du Royaume de Dieu, mais a aussi commencé à rassembler le peuple à qui ce royaume est destiné15 . C?est lorsque des personnes commencent à se laisser transformer par Dieu individuellement et vivent cette transformation ensemble, en communauté, que le monde commence vraiment à changer.

Il est intéressant de constater comment Jésus a réagi à la situation d?infortune de son peuple : Il lui a donné un nouvel état d?esprit sur le plan spirituel et social. Pour cela, Jésus n?a choisi ni le chemin de la révolution ni celui du refus de coopérer. Il ne s?est pas non plus adapté au système en place et n?a proposé aucun programme politique. Comme le rappelle Ulrich Duchrow, la stratégie de Jésus consistait à construire une société alternative contrastant avec le système en place. Jésus a commencé par transformer les relations entre les hommes en leur donnant une relation à Dieu renouvelée ; il les a appelés à changer radicalement de comportement en suivant son exemple. Et c?est cela qui change le monde !

Si l?on prend le message du Christ au sens strict, il ne s?agit pas d?un programme politique. Cependant les effets d?un tel message devraient se faire ressentir au niveau politique également.

La vie de Jésus représente le meilleur exemple de cette voie alternative visant à changer le monde. Depuis le début, le Christ a affirmé à ses disciples qu?il était venu pour donner sa vie en rançon afin d?en sauver beaucoup (v. 28) et son amour radical a été poussé jusqu?à l?extrême par sa mort sur la croix. Lui, le Fils de Dieu, sans péchés, est mort d?une mort ignoble, cloué au poteau des criminels, considéré comme un insurgé juif. Le Christ ne s?opposait pas à l?injustice avec violence. Au contraire, il était capable de la faire taire et de la dépasser avec son amour, son service et son pardon. La vie de Jésus marque le début d?un nouvel art de vivre. Au travers de son existence, le Christ a montré comment transformer la haine en amour, le pouvoir en service et la ranc?ur en pardon.

III. Conclusion : principes pour l?Eglise, la société et la politique aujourd?hui

Dans cette dernière partie, j?aimerais souligner quelques principes basés sur les idées développées jusqu?ici, qui sont applicables à l?église, la société et la politique. En me basant sur les actes du Christ, j?aimerais tenter de définir quel est notre devoir dans la situation actuelle.

1. Annoncer la Bonne Nouvelle

Tout d?abord, notre tâche principale est l?annonce de la Bonne Nouvelle et de la grâce que Dieu nous a faite en Jésus-Christ.

Cela peut être résumé de la manière suivante :

  • L?homme est crée à l?image de Dieu et, de ce fait, il possède une dignité innée et a droit à la justice et à la liberté.
  • Cependant, l?homme est une créature déchue, coupable envers Dieu et qui a besoin de se réconcilier avec lui par l?action de Jésus-Christ notre Sauveur.
  • Jésus est mort afin que nos péchés soient pardonnés. Nous sommes appelés à sa suite à travers la conversion et la foi en lui.
  • Les chrétiens doivent élever leurs voix au sein de la société. Nous ne devons pas nous taire face aux questions comme l?avortement, l?homosexualité et devons dénoncer le matérialisme débridé, la libéralisation effrontée du marché et l?absence d?un commerce mondial équitable.
  • Dieu aime ce monde et Il lui a prévu un avenir, dans le sens où il renouvellera tout l?Univers.

Un évangile qui tait une de ces vérités est un évangile incomplet.

2. Incarner la guérison

En tant qu?Eglise, notre deuxième devoir, qui doit forcément suivre le premier, est d?incarner la guérison que nous annonçons.

Lorsque la vie d?église ne représente pas une alternative à la situation actuelle de statu quo, alors elle ne mérite pas d?être prise au sérieux. L?Eglise a un rôle important à jouer et représente plus qu?un groupement d?individus suivant le Christ. L?Evangile se manifeste vraiment au travers d?une vie véritable en communauté, le but de cette dernière étant de changer le monde. L?appel de l?Eglise devrait être de devenir une preuve visible de la guérison divine. Le plus important est de développer l?amour du prochain. Dans ce sens, l?Eglise devrait montrer l?exemple en une manière de vivre alternative. La vie de ses membres devrait témoigner qu?il est possible de vivre dans l?amour, la solidarité et la justice et ce dans la vie de tous les jours. Jésus demande à ceux qui le suivent de vivre sans compromis. Dans un monde rempli de relations brisées, l?amour des chrétiens entre eux représente un témoignage évident aux yeux de tous..

3. Laisser Jésus régner sut tous les domaines de la vie

Finalement, nous devons annoncer l?Evangile de par le monde dans le but de laisser Jésus régner sur tous les domaines de notre vie.

En se retournant sur les ?uvres accomplies au cours de sa vie, Francis Schaeffer décrit ce qui lui permis de persévérer durant toutes ces années :

« Quand Jésus est vraiment reconnu comme Seigneur, alors il doit être Seigneur dans tous les domaines de notre vie : autant dans nos réflexions d?ordre spirituel (?) que dans tous les recoins de l?existence, y compris dans les questions intellectuelles, culturelles, législatives et dans l?autorité de l?Etat16 . »

Christ doit régner dans tous les domaines de notre vie : quelles en sont les implications?

·        Dans le domaine religieux : lançons un appel à la conversion. Dieu demande à tous les hommes d?avoir une relation sereine avec lui, de laquelle dépend notre foi en Jésus-Christ et la reconnaissance de sa Seigneurie. Nombreux sont ceux qui rechignent à entendre cela ! Cependant, nous ne devons pas nous taire ! Il ne s?agit pas de mettre l?accent uniquement sur le message mais aussi et surtout sur la personne du Christ ressuscité. A quoi nous sert le sermon sur la montagne sans la personne qui l?incarne ?

·        Dans le domaine social : continuons le combat contre les injustices structurelles. Le mal ne se trouve pas seulement dans les comportements individuels, mais aussi dans certaines institutions et certaines lois. Ces dernières doivent êtres combattues et/ou améliorées. Grâce à la démocratie, nous avons des moyens de pression qui étaient inexistants par le passé.

·        Dans le domaine économique : cherchons à faire cesser l?exploitation. Le but doit être de développer un ordre économique juste dans lequel l?idée d?accumulation de biens est dénoncée comme inhumaine.

·        Dans le domaine culturel : utilisons avec enthousiasme la créativité que le Créateur a mis en l?homme tout en restant dans les limites de ses préceptes moraux.

·        Dans le domaine écologique : engageons-nous activement dans la préservation de la Création puisque celle-ci révèle le Seigneur.

L?amour radical de Jésus répond aux défis éthico-sociaux de notre époque. A travers sa vie et sa mort à la croix, le Christ nous a montré un chemin de pensée et d?action. L?amour de Dieu s?est révélé complètement dans la vie et la mort de Jésus et c?est là qu?il faut y chercher le sens et le but de nos actions. En se calquant sur Jésus, nous pourrons construire ce pont dont nous avons tellement besoin. La politique sera alors vécue à travers des valeurs spirituelles qui nous donneront la force morale de mettre le bien-être commun au centre de nos préoccupations politiques. Il faudra beaucoup de temps et d?efforts pour mettre en pratique l?Evangile et ses implications dans notre société contemporaine. Pourtant, même si le chemin est long, il en vaut la peine !

Bibliographie

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Yoder, John Howard. 1981. Die Politik Jesu – der Weg des Kreuzes. Maxdorf: Agape.

 


[^i]: « Dès lors Jésus commença à faire connaître à ses disciples qu?il fallait qu?il allât à Jérusalem, qu?il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu?il fût mis à mort, et qu?il ressuscitât le troisième jour. Pierre, l?ayant pris à part, se mit à le reprendre, et dit: A Dieu ne plaise, Seigneur! Cela ne t?arrivera pas. Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre: Arrière de moi, Satan! tu m?es en scandale; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. »

[^ii]: « Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Esaïe. L?ayant déroulé, il trouva l?endroit où il était écrit: L?Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu?il m?a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m?a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, (4-19) Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, Pour publier une année de grâce du Seigneur. »

[^iii]: « Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons. Et il leur dit: Il est écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. »

[^iv]:  « Jésus les appela, et dit: Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. »

[^v]: Il n?en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu?il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu?il soit votre esclave. C?est ainsi que le Fils de l?homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.

 


1. Küng, Weltethos für Weltpolitik und Weltwirtschaft, 167.

2. Wallis, Die Seele der Politik, 22.

3. Wallis, Die Seele der Politik, 22.

4. Sidler, Denn sie tun nicht, was sie wissen, 166.

5. Sider, Rich Christians in an Age of Hunger, 41 ; Kirk, What is mission ?, 48 ; Wenk, Community-forming Power, 211-217.

6. Houston in ?Evangelisation mit Leidenschaft?, 109-112.

7. Kuzmic in ?Evangelisation mit Leidenschaft?, 109-112.

8. Yoder, Die Politik Jesu ? der Weg des Kreuzes.

9. Jeremias, Jerusalem zur Zeit Jesu, 16, 59

10. Beyerhaus, Er sandte sein Wort, Vol. 1, 225-234.

11. Costas, Liberating News, 63 ; Steuernagel in Evangelisation mit Leidenschaft, 150-152.

12. Duchrow, Alternativ zur kapitalistischen Weltwirtschaft, 206.

13. Duchrow, Alternativ zur kapitalistischen Weltwirtschaft, 177.

14. Moltman, Der gekreuzigte Gott, 29.

15. Kittel, Der Name II, 186-187.

16. Schaeffer, Die grosse Anpassung, 189-191.

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~ 6 min

Le commandement de Dieu:

Le récit de la création, relaté dans la Genèse, décrit la création du monde et des hommes. Généralement, la place particulière donnée par Dieu à l?homme par rapport au reste de la création est la première chose mise en avant dans les différents commentaires de ce texte. Ceci est pleinement justifié par le fait que Dieu rend l?homme responsable de la création et lui donne le pouvoir de régner sur tous les animaux1 . En fait, Dieu rend l?avenir de la création soumis à la volonté des hommes et je ne veux aucunement remettre cela en cause. Cependant il est intéressant de se demander comment l?homme peut exercer son autorité sur la nature tout en restant conforme à la volonté de Dieu (ndlt : j?ai ajouté cette phrase).

Il est tout d?abord intéressant de noter que si la création de la Nature entière s?étale sur 5 « jours » ou 25 versets dans la Genèse2, celle de l?Homme ne prend qu?un jour, ou 6 versets ! Le temps nécessaire à Dieu pour créer notre environnement est donc cinq fois supérieur à celui utile utilisé pour créer l?Homme.

« Le Seigneur Dieu prit l?homme et l?établit dans le jardin d?éden pour le cultiver et le garder. »3 Dieu a donc placé les hommes au centre de sa création avec un double commandement que l?on pourrait qualifier d?appel au « développement durable » : l?homme doit utiliser le fruit de la terre pour continuer son existence. Ceci est le traît plutôt progressif (ndlt : je suis toujours pas convaincue) du commandement divin. Un autre aspect, celui-ci plutôt conservatif, est le fait que l?homme doit protéger la création. Dieu nous a donné la double autorité d?utiliser et de protéger. Dans ce sens, selon le plan divin, l?Homme ne doit pas abuser de son autorité en exploitant la création, mais l?utiliser, en tant que commanditaire et représentant de Dieu, pour satisfaire ses besoins vitaux 4. L?homme sert Dieu de ce fait aussi en protégeant Sa création.

Participer à l??uvre salvatrice

Le commandement de Dieu de protéger la création reste aussi valable après l?expulsion de l?homme du jardin d?éden. Selon l?apôtre Paul, la nature est la preuve visible de l??uvre de Dieu[5]. Toutefois, vu que la création est soumise à l?autorité de l?homme, elle sera également exposée à sa nature pécheresse et donc à la destruction. De la même manière que les hommes, toute la création doit être délivrés du péché6.

En tant qu?enfants de Dieu, il est de notre devoir de se demander comment nous pouvons préparer cette libération annoncée de la création. Une réponse possible est de s?appliquer à vivre dans la sainteté ( ???clair ??), même si nous savons pertinemment bien que cette sainteté ne sera véritablement possible que dans le Royaume des Cieux.

Participer à la réconciliation du Christ

La création dans sa totalité est si importante à Dieu que celle-ci est incluse dans son plan de salut. Au moment de la création du monde, la nature et l?homme étaient en harmonie. L?homme, en tant que représentant de Dieu, utilisait et protégeait la création, en tant qu?humble serviteur. La chute a mis fin a cette unité. L?homme se considère dorénavant comme mis à part de la création. La nature lui devient une entité séparée opposée.

En latin, natura signifie : celle qui mettra au monde. Ceci exprime la tendance de l?homme à considérer la création comme une force qui se renouvelle et se suffit à elle-même. Il la perçoit comme ennemi, mais il est également fasciné par sa nature étrange. On peut citer en exemple le nombre cultes de la fertilité des tribus primitives..

Or, le Christ est non seulement décrit comme « premier-né de la création »7, mais il est également à l?origine de toute création : « Car c?est par lui que Dieu a tout créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible? Il existait avant toutes choses et dans leur relation avec lui, toutes les parties de la création sont maintenues à leur place. »8 A travers la mort de Jésus sur la croix, la brisure entre Dieu et sa création est réparée : « [Dieu] a voulu [par le Christ] réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. »9 L??uvre de réconciliation de Dieu commence par l?homme mais s?étend également à toute la création. Le sacrifice de Jésus réconcilie non seulement les hommes entre eux mais également les hommes avec la nature.

En résumé, l?homme a reçu de Dieu l?autorité sur toute la création mais en abuse depuis sa Chute. Cependant Dieu aimerait réconcilier les hommes avec leur environnement. L?homme qui a vécu et qui continue à vivre cette réconciliation avec Dieu, doit donc également rechercher à se réconcilier avec son environnement. Il ne peut pas être disciple du Fils-serviteur de Dieu et en même temps exploiter les autres créatures. C?est pour cela que nous devons « convertir » notre relation à l?environnement pour arriver à le ménager et a le gérer de manière durable.

Qui adorons-nous ?

On rencontre souvent l?argument que protéger l?environnement reviendrait à accorder à la création ce qui revient au Créateur, que cela reviendrait à commettre l?erreur d?adorer la création au lieu du Créateur[ ^10]. Il faut dire que cette attitude, effectivement assez rependue dans les milieux écolos et alternatifs, a pu prendre de l?ampleur seulement parce que les chrétiens se sont intéressés très tard aux problèmes de l?écologie et de par leur absence ont laissé le champ libre à ces pensées ésotériques. C?est justement pour cela, qu?il est important que nous, chrétiens, nous sachions pourquoi nous sommes appelés à nous mobiliser pour l?environnement.

Laissez-moi conclure par quelques remarques :

Il est clairement dit dans la Bible que Dieu a créé le monde par un acte souverain11. Dans ce sens, Dieu est le sujet et la création, et la création, l?objet. Nulle part dans la Bible, cette distinction n?est remise en cause. C?est à Dieu qu?est due l?adoration. La préservation de l?environnement ne peut donc se faire que dans le cadre cette adoration. De plus, quand nous détruisons la création, qui est un prêt de Dieu, cela ne refl`ete pas une grand estime de notre part envers le créateur ! C?est un acte d?amour pour Dieu que de la préserver.

Dans le livre de Job, ainsi que dans de nombreux Psaumes, la création est décrite comme l?expression de la toute-puissance et de la créativité de Dieu12. L?exploitation abusive de celle-ci est une marque de la folie de l?homme qui croit d?être, lui, tout-puissant. Comment pouvons-nous louer le Seigneur avec des Psaumes parlant de la beauté et de la perfection de la création divine et en même temps la gaspiller et la détruire ?

Au contraire de la nature qui est éphémère, Dieu ne change pas. Gardons-nous donc de penser que nous pouvons sauver la création. Si quelqu?un peut sauver quelque chose, c?est seulement le Christ. Nous savons que la nature a été faite parfaite mais que par la faute du péché humain, elle est corrompue et exprime effectivement un côté destructeur. Mais ne l?oublions pas, Dieu ne nous condamne pas pour notre mortalité et notre nature pécheresse. Il nous appelle plutôt à le suivre et le servir dans notre vie présente, éphémère, bien que celle-ci soit appelée à se terminer un jour. De la même manière, nous sommes appelés à préserver la création présente, éphémère, car elle appartient à Dieu. Ce qui veut dire d?utiliser de manière saine l?autorité que Dieu nous a donnée.

Dans son épître, Jacques décrit les hommes comme étant « les prémices » de la création13. Il renverse ainsi la chronologie du récit de la création. Si cela signifie que la création a été faite pour les hommes, il est toutefois clair que Dieu a créé celle-ci par amour ? puisque lui-même est amour ? et que l?homme doit utiliser en premier lieu la création pour témoigner de son amour du créateur. Ceci est le « culte raisonnable »14.

Préserver l?environnement

La création sert les hommes :

Elle permet un repos physique, psychique et spirituel.
Elle lui fournit les moyens de subsistance.
Elle les rappelle la toute-puissance de Dieu.
Dans ce sens, l?homme suit deux buts en préservant l?environnement :

Il glorifie Dieu.
Il préserve ses ressources et celles de ses enfants. En effet, ceci nous ramène au but de glorifier Dieu, puisque ce ne sont que les vivants qui célèbrent Dieu[15].
La préservation de l?environnement est pour toutes ces raisons un signe et un témoignage de notre amour pour le Créateur.

Samuel Ninck, octobre 2001

Traduit de l?allemand : Anne-Sylvie Nicollerat, décembre 2001

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1. « Dieu créa les êtres humains à sa propre ressemblance; il les créa homme et femme. Puis il les bénit en leur disant : ? Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et dominez-la: soyez les maîtres des poisons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre.? » Genèse 1.27-28

2. Genèse 1.1-25

3. Genèse 2.15

4. « Sur toute la surface de la terre, je vous donne les plantes produisant des graines et les arbres qui portent des fruits avec pépins et noyaux. Leurs graines ou leurs fruits vous serviront de nourriture. » Genèse 1.29

5. « Depuis que Dieu a créé le monde, ses qualités invisibles, c?est-à-dire sa puissance éternelle et sa nature divine, se voient dans les oeuvres qu?il a faites » Romains 1.20

6. « Le monde entier attend avec impatience le moment où Dieu révélera ses fils. Car le monde est tombé sous le pouvoir de ce qui ne mène à rien, non parce qu?il l?a voulu lui-même, mais parce que Dieu l?y a mis. Il y a toutefois une espérance: c?est que le monde lui-même sera libéré un jour du pouvoir destructeur qui le tient en esclavage et qu?il aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. » Romains 8.19-22

7. « Le Christ est [?] le Fils premier-né, supérieur à tout ce qui a été créé. » Colossiens 1.15

8. Colossiens 1.16-17, Apocalypse 3.14: « ?l?origine de tout ce qui a été créé? »

9. Colossiens 1.20

10. Cet argument associe la protection de l?environnement au passage dans Romains 1.25 : « Ils adorent et servent ce que Dieu a créé au lieu du créateur. »

11. Genèse 1 et 2

12. Job 38-41; Psaume 8,19,29,65,104,136 et al.

13. Jacques 1.18

14. cf. Romains 12.1

15. cf. Psaume 115.17

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