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Exposé donné lors du ForumChristNet « I.D. Suisse » le 15 juin 2002 à Berne.

Introduction

Il existe un complexe de lois s?appliquant à l?étranger en Suisse, suivant sa situation personnelle et en fonction de sa nationalité.

Les étrangers ressortissant de l?union européenne sont soumis à l?ALCP (accord sur la libre circulation des personnes). Quant aux autres, ils sont soumis soit à la LSEE (loi sur le séjour et l?établissement sur les étrangers), soit à la LASI (loi sur l?asile).

L?accord sur la libre circulation des personnes ALCP

L?accord comporte un régime transitoire, contenant un système de contingentements et de préférences aux ressortissants suisses ou travaillant déjà en Suisse, avant que la libre circulation des personnes soit effective. Ce système évolutif devra durer 12 ans et ce n?est qu?au bout de la 13ème année que la libre circulation des personne sera introduite à titre définitif. Nous rappelons que la Suisse devra se prononcer dans 7 ans sur la reconduction de ces accords.

La principale ligne directive de cet accord est l?interdiction de discriminer une personne en raison de sa nationalité, de façon directe (« cherche travailleur suisse ») ou indirecte (accepter uniquement le diplôme délivré par une institution suisse). Les exceptions au principe de non-discrimination concernent: les droits politiques (éligibilité et droit de vote reconnus aux seuls ressortissants suisses), l?aide sociale et l?administration publique (les fonctionnaires doivent être de nationalité suisse, pour certaines fonctions).

L?étranger ressortissant de l?UE aura ainsi le droit d?entrer, de sortir et de séjourner librement en Suisse. Des limitations à ce droit ne pourront être imposées que pour des raisons d?ordre public, de santé publique ou de sécurité publique. Les personnes actives recevront une autorisation déclarative (ne fait que déclarer le droit), alors que les personnes passives (étudiants, malades, retraités) recevront une autorisation constitutive (sans celle-ci l?étranger n?a pas le droit de séjourner en Suisse). Les autorisations constitutives seront délivrées, si l?étranger apporte la preuve qu?il est couvert par un assurance maladie et qu?il a les ressources nécessaires pour vivre.

Le regroupement familial est admis de manière extrêmement large. Le mari chiapanais d?une française sera mieux loti que celui d?une suissesse en Suisse!

Loi sur le séjour et l?établissement des étrangers LSEE ? Loi sur les étrangers LEtr.

La LSEE « offre » actuellement 6 permis de séjour différents, soit les permis A, B, C, L, F, G. Tous les permis sauf le permis C sont des permis causaux, c?est-à-dire qu?il sont liés à une cause (place de travail, mariage, situation de détresse etc.) et qu?en conséquence, si la cause disparaît, le permis aussi. Actuellement c?est souvent le nombre d?année de permis A qui donne le B puis le C.

La LEtr., actuellement en discussion dans les Chambres fédérales est un projet de loi tendant à asseoir juridiquement la pratique de nos autorités en matière d?immigration. Ce projet, s?il est accepté – et il risque fort de l?être – sera soumis en votation si un référendum est lancé et abouti.

Cette nouvelle loi s?appliquera à tous les étrangers ne ressortissant pas à l?UE. Elle confirme le système binaire actuellement en vigueur. Soit pour être plus clair, il y a les « bons étrangers », les ressortissants de l?UE et les « mauvais », les autres, soit plus des 4/5ème de la planète.

L?autorisation de séjour ne sera octroyée au « mauvais étranger » que si aucun ressortissant de l?UE souhaite occuper le poste et si l?étranger est un spécialiste, car « l?admission des étrangers en vue de l?exercice d?une activité lucrative doit servir les intérêts de l?économie suisse ».

Les systèmes d?autorisation ne correspondront plus strictement aux permis A, B et C. Il n?y aura plus de transformation du permis A en B et ceci parce qu? « il ne faut pas stimuler au premier chef les intérêts économiques à court terme. Les dispositions légales devraient surtout éviter que l?entrée en Suisse des nouveaux étrangers en provenance des Etats tiers ne se traduise par une nouvelle vague d?immigration de main d?oeuvre peu qualifiée, présentant des problèmes accrus d?intégration. Il convient aussi d?éviter que les étrangers nouvellement entrés dans notre pays fassent une concurrence inopportune aux travailleurs en Suisse. (…) En outre, la politique d?admission doit favoriser une immigration qui n?entraîne pas de problèmes de politique sociale, qui améliore la structure du marché du travail et qui vise à plus long terme un marché du travail équilibré. »

Le travailleur pourra se déplacer d?un canton à l?autre. Il s?agit là d?une clause qui semble plus généreuse que le texte actuel, elle est là pour ne pas poser de problème à l?employeur suisse qui souhaiterai engager un étranger muni d?une autorisation de séjour dans un autre canton…

Le regroupement familial sera admis très restrictivement, le système actuel sera endurci au point que l?officier d?état civil pourra refuser de marier deux personnes s?il se doute qu?il s?agit d?un mariage en blanc (et vive l?arbitraire!).

Aspects répressifs de la LEtr

Les étrangers qui entrent en Suisse sans autorisation de séjour ou ceux qui ont reçu une réponse négative à leur demande de permis peuvent être détenus administrativement en Suisse, pour faciliter leur renvoi. Actuellement il existe 10?000 personnes détenues dont le seul crime est d?avoir voulu travailler dans notre si beau pays.

Et puis pour garder notre belle politique d?accueil, le projet de loi tend à renforcer les mesures de contraintes, dont plusieurs apparaissent aux yeux de certains comme contraire à la CEDH (Convention européenne des Droits de l?Homme), alors même que nous en sommes partie.

Jusqu?alors, la détention en vue du refoulement suite à une décision de non-entrée en matière ne pouvait avoir lieu que s?il existait un risque d?insoumission à la décision de renvoi, dans le projet, la décision de non-entrée en matière suffit. La détention en vue du refoulement sera également possible en cas d?absence de papiers valables et si ce sont les autorités qui se chargent de récupérer ces papiers, ce qui constitue une lacune du droit actuel… La détention en vue du refoulement sera en outre possible s?il existe un risque de fuite (ce qui existe déjà), en particulier en l?absence de collaboration pour l?obtention des documents de voyage (encore une lacune du droit actuel), ainsi un comportement passif peut engendrer une détention administrative.

Il y a lieu de préciser encore que si le renvoi est possible dans les 8 j. l?étranger peut renoncer à la procédure orale (procédure juridique où il est entendu). Or pour renoncer à un tel droit, il faudrait premièrement qu?il comprenne la langue du document et secondement qu?il connaisse le droit suisse, pour savoir à quel droit il renonce, ce qui n?est à l?évidence, pour la majorité des étranger, pas le cas.

En bref, il nous semble que ces mesures sont complètement disproportionnées, contraires à la CEDH et ne font que renforcer le sentiment d?injustice de l?étranger en Suisse.

Femmes migrantes et réfugiées

Cela n?étonnera personne, la femme est encore plus discriminée que l?homme, lorsqu?elle est migrante ou réfugiée en Suisse. Premièrement il n?y a aucune disposition légale qui tienne compte de la situation particulière de la femme. Elle est toujours au bénéfice d?un permis causal, il est rare qu?une femme d?un Etat tiers vienne en Suisse pour des études ou parce qu?elle est une spécialiste dans un domaine professionnel pointu. Elle obtient donc généralement son permis grâce à celui de son mari, avec le travers qu?elle préféra être battue plutôt que divorcer et retourner dans un pays où elle n?aura pas les moyens économiques de vivre.

Elle est aussi discriminée en matière d?Asile de façon indirecte. En effet, il n?est pas entré en matière sur une demande d?Asile, si le requérant ne fournit pas de papier d?identité, or la femme des pays du Tiers Monde n?a que rarement des papiers d?identité. De même la femme qui accueille des révolutionnaires met en jeu sa vie autant que celui qui se réclame d?une opinion dissidente dans un régime totalitaire, mais elle ne serait pas considérée comme étant en danger en raison d?agissements politiques, et n?obtiendra pas l?Asile, au contraire du militant qui aura fait part de son opposition au régime en vigueur.

Voilà en quelques mots, même si trop nombreux pour n?être qu?un résumé, pour ébaucher mon opinion sur nos prétendus bras ouverts aux étrangers. Sans pouvoir proposer de solutions concrètes face aux problèmes réels liés à l?émigration, je ne puis qu?encourager à rejeter clairement cette loi,. qui me paraît précisément contraire à la CEDH, soit inhumaine.

Chloé Bregnard, juillet 2002

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Exposé donné par Roland Hardmeier (Kloten) lors de la ConferenceChristNet du 1er février 2003 à Berne.

Introduction

Autrefois, je pensais que l?Evangile de Jésus n?avait pas d?influence sur la marche du monde. Ayant grandi dans un milieu chrétien conservateur, je voyais Jésus comme un Sauveur personnel mais il ne me serait jamais venu à l?idée de le considérer comme un homme faisant de la politique ! L?idée de changer le monde était pour moi en contradiction avec l?Evangile. A mon sens, la foi n?avait rien à voir avec les affaires du monde et c?était pour moi un moyen de fuir la réalité. Si j?avais reçu, il y a quelques années, une invitation à une conférence sur le thème: ?Jésus en politique ??, j?aurais répondu: ?Ce sujet n?a pas de sens, cela ne m?intéresse pas !?.

Aujourd?hui j?ai changé d?avis. Je suis convaincu que la vie et les enseignements de Jésus apportent une réponse pertinente aux défis éthiques et sociaux de notre temps.

A la suite du 11 septembre 2001, le chancelier allemand Gerhard Schröder a fait la déclaration suivante : ?Nous savons que les attentats de New York et Washington n?ont absolument rien à voir avec la religion??. Au contraire, le théologien catholique Hans Küng affirme: ?Pas besoin d?être religieux pour prendre la religion au sérieux. Une analyse de notre époque qui laisse de côté la dimension religieuse est lacunaire??1 .

En effet, on risque de tomber dans un extrême ou l?autre : une analyse de notre époque qui laisse de côté la dimension religieuse ? comme celle que fait Schröder ? est lacunaire ; mais une foi qui laisse de côté la dimension politique est également incomplète. La foi a une dimension politique de la même manière que la politique a une dimension religieuse.

Jim Wallis, chrétien évangélique américain et militant pour la paix, montre que les vieilles catégories politiques telles que nous les connaissons sont devenues inutilisables. L?analyse qu?il fait de la politique de son pays peut également s?appliquer au nôtre :

?Le mouvement de gauche progressiste est voué à l?échec car il est incapable d?intégrer les valeurs que revendiquent les mouvements cherchant à changer la société en profondeur. Il manque à la gauche la synthèse de la notion de responsabilité personnelle et celle du désir de changer la société.?

?Au contraire, les conservateurs nient l?existence d?injustices structurelles et d?oppression sociale. Lorsque l?on prêche le retour aux valeurs familiales tout en fermant les yeux sur les effets dévastateurs de la pauvreté, du racisme et du sexisme, on ne fait que déplacer la faute sur la victime.?2

Après avoir fait le procès de la Gauche et de la Droite, il continue:

?Les deux grands courants idéologiques sont incapables de résoudre la crise sociale à laquelle nous sommes confrontés à cause de la complexité de cette crise et de ses multiples facettes.?3

Ce dont nous avons besoin, c?est de construire un pont entre la gauche et la droite, un pont qui unirait les avantages de chacun des côtés en gommant leurs défauts.

Nous avons besoin d?introduire des valeurs spirituelles dans la politique, des valeurs qui nous donnent une force morale pour mettre le bien-être commun au centre des préoccupations politiques. Je crois que l?Evangile de Jésus-Christ permet de construire ce pont, dans la mesure où il est bien compris et vécu de manière radicale.

I. La situation sociale et politique au temps de Jésus

Au moment où Jésus a commencé son ministère, le peuple juif se trouvait dans un état de discorde profonde :

Le pouvoir politique du pays était réparti entre trois camps. Premièrement, les Romains, qui détenaient le pouvoir principal et auxquels les Juifs vouaient une haine viscérale. Deuxièmement, la famille royale d?Hérode, à laquelle les Romains laissaient une grande marge de man?uvre ; mais celle-ci en abusait en exploitant le peuple selon son bon plaisir. Troisièmement, les familles des grands prêtres dont le centre névralgique se trouvait dans le Temple.

Au niveau économique, le fossé entre riches et pauvres se creusait. Dans la couche supérieure, on trouvait les familles des grands prêtres et leurs acolytes. La classe moyenne pauvre était composée de la plus grande partie de la population. C?est de cette classe que venait Jésus et probablement la majorité de ses disciples. Finalement, dans la couche la plus défavorisée, on trouvait les mendiants, les lépreux et les vagabonds. Ces derniers ne possédaient même pas le minimum vital.

Face à cette situation d?infortune, les Juifs réagissaient de différentes manières :

·        LA REVOLUTION. Les zélotes avaient choisi le chemin de la révolution. Ils haïssaient particulièrement les Romains et les Juifs « collabos ». Ils prônaient la « théologie de la libération » de leur temps.

·        LE REFUS PARTIEL DE COOPERER. Les pharisiens et les docteurs de la loi refusaient partiellement de coopérer en développant l?art du compromis. Leur tentative de changer la situation à l?aide d?une pratique religieuse très stricte tombait plutôt dans un excès de bigoterie.

·        LE REFUS TOTAL DE COOPERER. Les esséniens, dans un refus total de coopérer, avaient pris le chemin du désert. Ils vivaient dans un ghetto spirituel et refusaient de participer à la vie sociale.

·        L?ADAPTATION AU SYSTEME. Les saducéens suivaient le système. Ils étaient issus de l?aristocratie ecclésiale et se révélèrent être des opportunistes. Ils tentaient de conserver leur pouvoir et avaient une vision du monde progressiste mais modérée.

·        L?ATTITUDE ALTERNATIVE. Finalement, on trouvait également des Juifs qui s?efforçaient de suivre une voie médiane entre collaboration et refus de coopérer mais sans pour autant compromettre leur foi. Une minorité d?entre eux servaient Dieu et la société auprès des décideurs, mais la majorité menait une vie discrète.

Force est de constater qu?il existe beaucoup de points communs entre la société de l?époque et la nôtre. Comme aujourd?hui, il y avait au temps de Jésus un fossé entre riches et pauvres, puissants et faibles, personnes prêtes à user de la violence et pacifistes. Les nombreux parallèles entre la situation d?alors et d?aujourd?hui permettent de mieux comprendre le présent à la lumière du passé.

II. L?action radicale et révolutionnaire du Christ

Certains pensent que Jésus ne s?est jamais intéressé à la politique. Cependant, ce point de vue ne résiste pas à une analyse plus approfondie. Nous devons tout d?abord comprendre la situation particulière dans laquelle se trouvait Jésus. Il vivait dans une province romaine gouvernée par un régime dictatorial. N?ayant pas la citoyenneté romaine, Jésus n?avait aucun droit civique, ce qui rendait ses possibilités d?action politiques extrêmement limitées.

A première vue, les commandements de Jésus n?étaient pas de nature politique dans le sens où le centre de son message était la venue du Royaume de Dieu. Jésus appelait les gens à sa suite en les exhortant à mettre Dieu à la première place dans leur vie. Or, l?enseignement de Jésus est si radical qu?il possède de manière intrinsèque des implications au niveau politique. Dans la mesure où Jésus ne faisait pas de compromis et cherchait à changer le monde, il est devenu naturellement une figure politique.

?Si l?on affirme que le message messianique de Jésus à la nation juive n?avait pas de contenu politique, cela constitue une méprise dans la mesure où l?on spiritualise complètement l?Evangile et la venue du Royaume de Dieu.?4

Comment Jésus a-t-il réagi face à la situation d?infortune du peuple juif ? J?aimerais répondre à cette question en utilisant une série de mots clés accompagnés d?un verset biblique illustratif.

1. Non-violence (Matthieu 16.21-23[^i] )

Cet épisode reflète bien à quel point Jésus a été tenté d?opter pour la voie zélote. De plus, la personne et le message du Christ attiraient particulièrement les zélotes. Nous voyons, dans l?Evangile, qu?au moins un de ses disciples les plus proches était zélote. Depuis l?épisode de la tentation dans le désert jusqu?à son combat personnel précédent son arrestation, Jésus s?est battu contre l?envie de suivre l?option zélote. Le Fils de Dieu a su distinguer la voix du tentateur jusque dans les mots de Pierre le réprimandant violemment en disant: ?Arrière Satan !? lorsque ce dernier lui proposait de se battre à ses côtés.

Jésus aurait pu facilement mobiliser les Juifs contre les Romains. Les gens l?auraient suivi et les zélotes étaient prêts à se battre. La tentation d?accéder au pouvoir sans être serviteur et sans accepter la souffrance était réelle pour le Fils de Dieu. Mais Jésus avait choisi le chemin de la croix car il savait que c?était le chemin du Père. Il savait aussi que le combat armé contre les autorités romaines aurait conduit à un désastre. Effectivement, en 70 ap. J.-C., l?insurrection contre les Romains s?est soldée par la destruction de Jérusalem par les légions romaines. Ce combat n?apporta pas de grand changement à la situation du peuple juif.

Le réel obstacle à l?édification d?un monde où règne la justice et la paix est à chercher dans la nature même de l?Homme. La mission du Christ accomplie par sa mort sur la croix était de réconcilier les hommes avec Dieu et d?initier un changement profond dans le c?ur de chaque personne. Comment quelqu?un peut-il être porteur de paix lorsqu?il n?est pas en paix avec Dieu et avec ses prochains ?

2. Solidarité (Luc 4.16-19[^ii] )

Dans le « Manifeste de Nazareth », Jésus définit sa tâche. Il se savait appelé auprès des pauvres et des opprimés. Dans le Nouveau Testament, le terme de « pauvre » se réfère à deux groupes de personnes : ceux qui étaient devenus pauvres à cause du système ou suite à une catastrophe ; et ceux qui, démunis, cherchaient leur espérance en Dieu et qu?on appelait les « pauvres en esprit »5 . Dans l?Evangile de Luc, « pauvres » est un terme qui rassemble tous les types de défavorisés6 .

Jésus, dans le « Manifeste de Nazareth », se montra solidaire avec les pauvres et les opprimés. Son but était de les libérer et de les guérir. Jésus s?est toujours intéressé à chaque homme personnellement, mais il a porté une attention toute particulière à ceux qui se trouvaient en marge de la société ? que ce soit des femmes discriminées, des malades abandonnés ou autres marginaux. Jésus allait vers ces personnes, il leur rendait leur dignité, il les aimait.

Face aux marginaux, on avait à l?époque une étiquette pratique: on les appelait les « pécheurs ». Ces pécheurs étaient des prostituées, des collecteurs d?impôts, des malades, etc. Lorsque Jésus rencontrait un « pécheur », il voyait en lui un enfant de Dieu égaré. Jésus s?est attiré les foudres de l?establishment juif alors qu?il annonçait la grâce de Dieu aux « pécheurs » et qu?il annonçait le jugement aux « religieux ». Pourquoi cela ? Parce que les religieux, à cause de leur fierté, étaient devenus plus malades que les pécheurs!

Par son attitude solidaire, Jésus nous interpelle. Il a considéré les hommes de manière globale, le corps et l?âme étant autant important l?un que l?autre. Dans un même ordre d?idée, nous pouvons affirmer qu?il est faux de faire une différence entre un évangile personnel et un évangile social. Il n?y a qu?un seul Evangile, celui de Jésus7 .

Au travers de sa vie hors du commun, Jésus nous a donné un exemple concret de ce que la Bible appelle l?amour du prochain. Vivre cet amour du prochain signifie être solidaire avec les pauvres et les opprimés. Si Jésus vivait encore aujourd?hui, il élargirait certainement la notion d?amour du prochain en s?engageant en faveur des laissés-pour-compte du marché libre qui profite principalement aux riches pays du Nord et à une petite élite du Tiers Monde.

La plus grande partie de la population mondiale n?a jamais rien vu des soit-disant bénéfices de la mondialisation ? au contraire ! Aujourd?hui, nous vivons « global » : nous mangeons des bananes du Honduras, buvons du café du Brésil et portons des habits produits en Chine. Ainsi, malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, les personnes qui fabriquent ces produits de consommation sont nos prochains. Nous sommes reliés à eux par le biais du commerce mondial et sommes donc appelés à nous engager en leur faveur par amour du prochain. Celui qui veut suivre Christ de nos jours doit vivre un amour du prochain global !

3. Prophétie (Matthieu 21.12-13[^iii] )

L?épisode de l?expulsion des marchands du Temple nous montre que la violence était également une attitude possible. Le théologien mennonite John H. Yoder écrit à ce sujet dans son livre pionnier Die Politik Jesu :

« A présent, Jésus contrôle la suite des événements. Il n?aurait qu?à faire un pas de plus pour affermir ce pouvoir et se laisser porter par l?admiration des foules? Un coup d?Etat potentiel menaçait, il ne restait plus qu?à attaquer le fort romain voisin. Cependant, dans le nouvel ordre de Jésus, bien que l?ancienne nature de l?homme est honnie et doit être remplacée, il ne convient pas de le faire par les armes8 . »

Jésus suivait la ligne des prophètes de l?Ancien Testament en s?élevant contre les injustices. L?épisode de l?expulsion des marchands du Temple en est un bon exemple. La réaction du Christ constituait un acte de désobéissance civile, qui n?était pas seulement un acte religieux mais également un acte économique et politique :

C?était un acte religieux car Jésus voulait démontrer que les choses relatives à Dieu devaient rester sacrées. Le Christ était bouleversé par le fait que le Temple perde sa fonction de lieu de prière. Mais cet acte était aussi économique puisque le Temple n?était pas seulement le centre religieux mais aussi le centre économique du pays9 .

Finalement, l?expulsion des marchands du Temple était aussi un acte politique. Par son attaque contre le matérialisme débridé qui était devenu monnaie courante dans le Temple, le Christ s?en prenait au nerf sensible de l?aristocratie religieuse. Jésus les attaquait de front en dénonçant l?injustice de laquelle ils étaient responsables.

« L?acte prophétique de l?Eglise » développé dans la missiologie oecuménique10  et récemment dans la missiologie évangélique11  est dérivé des actions des prophètes de l?Ancien Testament comme de l?épisode de l?expulsion des marchands du Temple. Cet acte stipule que la tâche de l?Eglise n?est pas seulement d?annoncer l?Evangile mais aussi de mettre en lumière les situations d?injustice. Cependant, l?acte prophétique ne constitue pas une idée nouvelle car Martin Luther, par exemple, a lui aussi clairement dit que son devoir de prédicateur était de critiquer les injustices commises par les puissants12 .

Jésus s?est également comporté de manière solidaire et a eu des gestes et des paroles prophétiques. La solidarité et la prophétie sont en fait les deux faces d?une même pièce. Dans la mesure où les puissants sont co-responsables de la misère des pauvres, la solidarité de Jésus avec les exploités prend la forme, entre autres, d?une accusation prophétique. Jésus ne s?est pas seulement limité aux actions sociales au sein de l?Eglise mais s?est aussi battu contre les causes structurelles de la misère. N?est-ce pas finalement une manière d?agir résolument politique ?

4. Critique du pouvoir (Matthieu 20.25[^iv] )

Ce verset résume bien l?analyse politico-économique de Jésus13 . Rome et ses alliés abusaient de leur pouvoir. La Pax Romana était fondée sur l?oppression et l?exploitation. Face à cela, Jésus est dans le rôle d?un prophète. Dans l?Ancien Testament, c?est sous le règne de Salomon que l?activité des prophètes est maximale. Ces derniers mettaient en lumière la face cachée de l?opulence étatique du roi. La croissance économique et la prospérité avaient changé en profondeur la société juive et à la mort de Salomon la division du royaume provoqua une rupture éthico-sociale. Les propriétaires de capitaux s?assurèrent le pouvoir économique ce qui eut pour conséquence de créer un fossé entre riches et pauvres. Poussés par l?Esprit de Dieu, les prophètes de l?Ancien Testament condamnèrent cette situation et critiquèrent le pouvoir en se mettant, au nom de Dieu, du côté des pauvres et opprimés.

On retrouve chez Jésus la même critique du pouvoir, ce que souligne Jürgen Moltman: « Jésus était folie pour les sages, source de colère pour les religieux et trouble-fête pour les puissants14 . » Le Christ a critiqué le pouvoir mais ne s?est jamais positionné contre les autorités. On observe cela dans ses célèbres paroles : « Payez à l?empereur ce qui lui appartient et payez à Dieu ce qui lui appartient » (Marc 12.17, français courant). Par ces mots, Jésus reconnaît le droit à l?empire romain de percevoir des impôts. Même si un Etat ? comme l?Etat romain à l?époque ? a des aspects totalitaires, l?autorité publique reste indispensable. L?Etat ne doit cependant pas se montrer absolu. A travers l?affirmation « payez à Dieu ce qui lui appartient », Jésus refuse aussi le culte de l?empereur.

Tant les prophètes que Jésus ont développé au travers de l?amour de Dieu, une réflexion critique du pouvoir de leur nation. Nous pouvons en tirer la conclusion suivante pour aujourd?hui : il nous faut analyser la situation de statu quo contemporaine afin de prendre une distance critique par rapport à notre contexte personnel. C?est de cette manière que nous serons dans la meilleure disposition possible pour servir notre nation.

5. Service (Matthieu 20.26-28[^v] )

Dans ces paroles, Jésus présente une alternative au pouvoir : le service. Comme nous l?avons déjà souligné précédemment, Jésus avait très peu de possibilités d?agir au niveau politique. L?unique « chemin politique » existant était la création d?une société alternative. C?est pourquoi Jésus n?a pas seulement appelé à sa suite des personnes individuellement en leur annonçant la venue du Royaume de Dieu, mais a aussi commencé à rassembler le peuple à qui ce royaume est destiné15 . C?est lorsque des personnes commencent à se laisser transformer par Dieu individuellement et vivent cette transformation ensemble, en communauté, que le monde commence vraiment à changer.

Il est intéressant de constater comment Jésus a réagi à la situation d?infortune de son peuple : Il lui a donné un nouvel état d?esprit sur le plan spirituel et social. Pour cela, Jésus n?a choisi ni le chemin de la révolution ni celui du refus de coopérer. Il ne s?est pas non plus adapté au système en place et n?a proposé aucun programme politique. Comme le rappelle Ulrich Duchrow, la stratégie de Jésus consistait à construire une société alternative contrastant avec le système en place. Jésus a commencé par transformer les relations entre les hommes en leur donnant une relation à Dieu renouvelée ; il les a appelés à changer radicalement de comportement en suivant son exemple. Et c?est cela qui change le monde !

Si l?on prend le message du Christ au sens strict, il ne s?agit pas d?un programme politique. Cependant les effets d?un tel message devraient se faire ressentir au niveau politique également.

La vie de Jésus représente le meilleur exemple de cette voie alternative visant à changer le monde. Depuis le début, le Christ a affirmé à ses disciples qu?il était venu pour donner sa vie en rançon afin d?en sauver beaucoup (v. 28) et son amour radical a été poussé jusqu?à l?extrême par sa mort sur la croix. Lui, le Fils de Dieu, sans péchés, est mort d?une mort ignoble, cloué au poteau des criminels, considéré comme un insurgé juif. Le Christ ne s?opposait pas à l?injustice avec violence. Au contraire, il était capable de la faire taire et de la dépasser avec son amour, son service et son pardon. La vie de Jésus marque le début d?un nouvel art de vivre. Au travers de son existence, le Christ a montré comment transformer la haine en amour, le pouvoir en service et la ranc?ur en pardon.

III. Conclusion : principes pour l?Eglise, la société et la politique aujourd?hui

Dans cette dernière partie, j?aimerais souligner quelques principes basés sur les idées développées jusqu?ici, qui sont applicables à l?église, la société et la politique. En me basant sur les actes du Christ, j?aimerais tenter de définir quel est notre devoir dans la situation actuelle.

1. Annoncer la Bonne Nouvelle

Tout d?abord, notre tâche principale est l?annonce de la Bonne Nouvelle et de la grâce que Dieu nous a faite en Jésus-Christ.

Cela peut être résumé de la manière suivante :

  • L?homme est crée à l?image de Dieu et, de ce fait, il possède une dignité innée et a droit à la justice et à la liberté.
  • Cependant, l?homme est une créature déchue, coupable envers Dieu et qui a besoin de se réconcilier avec lui par l?action de Jésus-Christ notre Sauveur.
  • Jésus est mort afin que nos péchés soient pardonnés. Nous sommes appelés à sa suite à travers la conversion et la foi en lui.
  • Les chrétiens doivent élever leurs voix au sein de la société. Nous ne devons pas nous taire face aux questions comme l?avortement, l?homosexualité et devons dénoncer le matérialisme débridé, la libéralisation effrontée du marché et l?absence d?un commerce mondial équitable.
  • Dieu aime ce monde et Il lui a prévu un avenir, dans le sens où il renouvellera tout l?Univers.

Un évangile qui tait une de ces vérités est un évangile incomplet.

2. Incarner la guérison

En tant qu?Eglise, notre deuxième devoir, qui doit forcément suivre le premier, est d?incarner la guérison que nous annonçons.

Lorsque la vie d?église ne représente pas une alternative à la situation actuelle de statu quo, alors elle ne mérite pas d?être prise au sérieux. L?Eglise a un rôle important à jouer et représente plus qu?un groupement d?individus suivant le Christ. L?Evangile se manifeste vraiment au travers d?une vie véritable en communauté, le but de cette dernière étant de changer le monde. L?appel de l?Eglise devrait être de devenir une preuve visible de la guérison divine. Le plus important est de développer l?amour du prochain. Dans ce sens, l?Eglise devrait montrer l?exemple en une manière de vivre alternative. La vie de ses membres devrait témoigner qu?il est possible de vivre dans l?amour, la solidarité et la justice et ce dans la vie de tous les jours. Jésus demande à ceux qui le suivent de vivre sans compromis. Dans un monde rempli de relations brisées, l?amour des chrétiens entre eux représente un témoignage évident aux yeux de tous..

3. Laisser Jésus régner sut tous les domaines de la vie

Finalement, nous devons annoncer l?Evangile de par le monde dans le but de laisser Jésus régner sur tous les domaines de notre vie.

En se retournant sur les ?uvres accomplies au cours de sa vie, Francis Schaeffer décrit ce qui lui permis de persévérer durant toutes ces années :

« Quand Jésus est vraiment reconnu comme Seigneur, alors il doit être Seigneur dans tous les domaines de notre vie : autant dans nos réflexions d?ordre spirituel (?) que dans tous les recoins de l?existence, y compris dans les questions intellectuelles, culturelles, législatives et dans l?autorité de l?Etat16 . »

Christ doit régner dans tous les domaines de notre vie : quelles en sont les implications?

·        Dans le domaine religieux : lançons un appel à la conversion. Dieu demande à tous les hommes d?avoir une relation sereine avec lui, de laquelle dépend notre foi en Jésus-Christ et la reconnaissance de sa Seigneurie. Nombreux sont ceux qui rechignent à entendre cela ! Cependant, nous ne devons pas nous taire ! Il ne s?agit pas de mettre l?accent uniquement sur le message mais aussi et surtout sur la personne du Christ ressuscité. A quoi nous sert le sermon sur la montagne sans la personne qui l?incarne ?

·        Dans le domaine social : continuons le combat contre les injustices structurelles. Le mal ne se trouve pas seulement dans les comportements individuels, mais aussi dans certaines institutions et certaines lois. Ces dernières doivent êtres combattues et/ou améliorées. Grâce à la démocratie, nous avons des moyens de pression qui étaient inexistants par le passé.

·        Dans le domaine économique : cherchons à faire cesser l?exploitation. Le but doit être de développer un ordre économique juste dans lequel l?idée d?accumulation de biens est dénoncée comme inhumaine.

·        Dans le domaine culturel : utilisons avec enthousiasme la créativité que le Créateur a mis en l?homme tout en restant dans les limites de ses préceptes moraux.

·        Dans le domaine écologique : engageons-nous activement dans la préservation de la Création puisque celle-ci révèle le Seigneur.

L?amour radical de Jésus répond aux défis éthico-sociaux de notre époque. A travers sa vie et sa mort à la croix, le Christ nous a montré un chemin de pensée et d?action. L?amour de Dieu s?est révélé complètement dans la vie et la mort de Jésus et c?est là qu?il faut y chercher le sens et le but de nos actions. En se calquant sur Jésus, nous pourrons construire ce pont dont nous avons tellement besoin. La politique sera alors vécue à travers des valeurs spirituelles qui nous donneront la force morale de mettre le bien-être commun au centre de nos préoccupations politiques. Il faudra beaucoup de temps et d?efforts pour mettre en pratique l?Evangile et ses implications dans notre société contemporaine. Pourtant, même si le chemin est long, il en vaut la peine !

Bibliographie

Beyerhaus, Peter. 1996. Er sandte sein Wort: Theologie der christlichen Mission. Volume 1. ?Die Bibel in der Mission?. Wuppertal/Bad Liebenzell: Brockhaus/Verlag der Liebenzeller Mission.

Costas, Orlando E. 1989. Liberating News. A Theology of Contextual Evangelization. Grand Rapids: Eerdmans.

Cullmann, Oscar. 1961. Der Staat im Neuen Testament. Tübingen: Mohr (2ème éd. modif. Indications incomplètes).

Durchrow, Ulrich. 1997. Alternativen zur kapitalistischen Weltwirtschaft. Biblische Erinnerung und politische Ansätze zur Überwindung einer lebensbedrohenden Ökonomie. 2ème éd. révisée et augmentée. 1994. Gütersloh/Mainz: Gütersloher Verlagshaus/Matthias Gründewald-Verlag.

Houston, Tom. 1990. ?Gute Nachricht für die Armen?, in : Evangelisation mit Leidenschaft. Berichte und Impulse vom II. Lausanner Kongress für Weltevangelisation in Manila. Editeur : Horst Marquardt, Ulrich Parzany. Neukirchen-Vluyn: Aussaat. pp. 107-117.

Jeremias, Joachim. 1924. Jerusalem zur Zeit Jesu. Kulturgeschichtliche Untersuchung zur neutestamentlichen Zeitgeschichte. Leipzig: Pfeiffer.

Kirk, J. Andrew. 2000. What is Mission? Theological Explorations. Minneapolis: Fortress Press. (Edition originale Londres : Darton, Longman and Todd, 1999)

Kuzmic, Peter. 1986a. ?The Church and the Kingdom of God?, in : The Church. God?s Agent for Change. Editeur : Bruce J. Nicholls. Exeter: Paternoster. pp. 49-81.

Küng, Hans. 2000. Weltethos für Weltpolitik und Weltwirtschaft. München und Zürich: Piper. (Edition originale 1997)

Moltmann, Jürgen. 2002. Der gekreuzigte Gott. Das Kreuz Christi als Grund und Kritik christlicher Theologie. Gütersloh: Kaiser/Gütersloher Verlagshaus (Edition originale 1972)

Schaeffer, Francis. 1988. Die grosse Anpassung. Der Zeitgeist und die Evangelikalen. Bielefeld: Christliche Literatur-Verbreitung.

Sider, Ronald J. 1995. Denn sie tun nicht, was sie wissen. Die schwierige Kunst kein halber Christ zu sein. Moers: Brendow.

Sider, Ronald J. 1997c. Rich Christians in an Age of Hunger. Moving from Affluence to Generosity. 4ème éd. révisée. Dallas: Word.

Steuernagel, Valdir. 1990. ?Die brennenden Fragen der Welt?, in : Evangelisation mit Leidenschaft. Berichte und Impulse vom II. Lausanner Kongress für Weltevangelisation in Manila, hrsg. von Horst Marquardt und Ulrich Parzany. Neukirchen-Vluyn: Aussat. pp. 149-151.

Wallis, Jim. 1995. Die Seele der Politik. Eine Vision zur spirituellen Erneuerung der Gesellschaft. München: Claudius.

Yoder, John Howard. 1981. Die Politik Jesu – der Weg des Kreuzes. Maxdorf: Agape.

 


[^i]: « Dès lors Jésus commença à faire connaître à ses disciples qu?il fallait qu?il allât à Jérusalem, qu?il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu?il fût mis à mort, et qu?il ressuscitât le troisième jour. Pierre, l?ayant pris à part, se mit à le reprendre, et dit: A Dieu ne plaise, Seigneur! Cela ne t?arrivera pas. Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre: Arrière de moi, Satan! tu m?es en scandale; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. »

[^ii]: « Il se rendit à Nazareth, où il avait été élevé, et, selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Esaïe. L?ayant déroulé, il trouva l?endroit où il était écrit: L?Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu?il m?a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m?a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, (4-19) Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, Pour publier une année de grâce du Seigneur. »

[^iii]: « Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons. Et il leur dit: Il est écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs. »

[^iv]:  « Jésus les appela, et dit: Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. »

[^v]: Il n?en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu?il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu?il soit votre esclave. C?est ainsi que le Fils de l?homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.

 


1. Küng, Weltethos für Weltpolitik und Weltwirtschaft, 167.

2. Wallis, Die Seele der Politik, 22.

3. Wallis, Die Seele der Politik, 22.

4. Sidler, Denn sie tun nicht, was sie wissen, 166.

5. Sider, Rich Christians in an Age of Hunger, 41 ; Kirk, What is mission ?, 48 ; Wenk, Community-forming Power, 211-217.

6. Houston in ?Evangelisation mit Leidenschaft?, 109-112.

7. Kuzmic in ?Evangelisation mit Leidenschaft?, 109-112.

8. Yoder, Die Politik Jesu ? der Weg des Kreuzes.

9. Jeremias, Jerusalem zur Zeit Jesu, 16, 59

10. Beyerhaus, Er sandte sein Wort, Vol. 1, 225-234.

11. Costas, Liberating News, 63 ; Steuernagel in Evangelisation mit Leidenschaft, 150-152.

12. Duchrow, Alternativ zur kapitalistischen Weltwirtschaft, 206.

13. Duchrow, Alternativ zur kapitalistischen Weltwirtschaft, 177.

14. Moltman, Der gekreuzigte Gott, 29.

15. Kittel, Der Name II, 186-187.

16. Schaeffer, Die grosse Anpassung, 189-191.

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~ 8 min

Le commandement de Dieu:

Le récit de la création, relaté dans la Genèse, décrit la création du monde et des hommes. Généralement, la place particulière donnée par Dieu à l?homme par rapport au reste de la création est la première chose mise en avant dans les différents commentaires de ce texte. Ceci est pleinement justifié par le fait que Dieu rend l?homme responsable de la création et lui donne le pouvoir de régner sur tous les animaux1 . En fait, Dieu rend l?avenir de la création soumis à la volonté des hommes et je ne veux aucunement remettre cela en cause. Cependant il est intéressant de se demander comment l?homme peut exercer son autorité sur la nature tout en restant conforme à la volonté de Dieu (ndlt : j?ai ajouté cette phrase).

Il est tout d?abord intéressant de noter que si la création de la Nature entière s?étale sur 5 « jours » ou 25 versets dans la Genèse2, celle de l?Homme ne prend qu?un jour, ou 6 versets ! Le temps nécessaire à Dieu pour créer notre environnement est donc cinq fois supérieur à celui utile utilisé pour créer l?Homme.

« Le Seigneur Dieu prit l?homme et l?établit dans le jardin d?éden pour le cultiver et le garder. »3 Dieu a donc placé les hommes au centre de sa création avec un double commandement que l?on pourrait qualifier d?appel au « développement durable » : l?homme doit utiliser le fruit de la terre pour continuer son existence. Ceci est le traît plutôt progressif (ndlt : je suis toujours pas convaincue) du commandement divin. Un autre aspect, celui-ci plutôt conservatif, est le fait que l?homme doit protéger la création. Dieu nous a donné la double autorité d?utiliser et de protéger. Dans ce sens, selon le plan divin, l?Homme ne doit pas abuser de son autorité en exploitant la création, mais l?utiliser, en tant que commanditaire et représentant de Dieu, pour satisfaire ses besoins vitaux 4. L?homme sert Dieu de ce fait aussi en protégeant Sa création.

Participer à l??uvre salvatrice

Le commandement de Dieu de protéger la création reste aussi valable après l?expulsion de l?homme du jardin d?éden. Selon l?apôtre Paul, la nature est la preuve visible de l??uvre de Dieu[5]. Toutefois, vu que la création est soumise à l?autorité de l?homme, elle sera également exposée à sa nature pécheresse et donc à la destruction. De la même manière que les hommes, toute la création doit être délivrés du péché6.

En tant qu?enfants de Dieu, il est de notre devoir de se demander comment nous pouvons préparer cette libération annoncée de la création. Une réponse possible est de s?appliquer à vivre dans la sainteté ( ???clair ??), même si nous savons pertinemment bien que cette sainteté ne sera véritablement possible que dans le Royaume des Cieux.

Participer à la réconciliation du Christ

La création dans sa totalité est si importante à Dieu que celle-ci est incluse dans son plan de salut. Au moment de la création du monde, la nature et l?homme étaient en harmonie. L?homme, en tant que représentant de Dieu, utilisait et protégeait la création, en tant qu?humble serviteur. La chute a mis fin a cette unité. L?homme se considère dorénavant comme mis à part de la création. La nature lui devient une entité séparée opposée.

En latin, natura signifie : celle qui mettra au monde. Ceci exprime la tendance de l?homme à considérer la création comme une force qui se renouvelle et se suffit à elle-même. Il la perçoit comme ennemi, mais il est également fasciné par sa nature étrange. On peut citer en exemple le nombre cultes de la fertilité des tribus primitives..

Or, le Christ est non seulement décrit comme « premier-né de la création »7, mais il est également à l?origine de toute création : « Car c?est par lui que Dieu a tout créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible? Il existait avant toutes choses et dans leur relation avec lui, toutes les parties de la création sont maintenues à leur place. »8 A travers la mort de Jésus sur la croix, la brisure entre Dieu et sa création est réparée : « [Dieu] a voulu [par le Christ] réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. »9 L??uvre de réconciliation de Dieu commence par l?homme mais s?étend également à toute la création. Le sacrifice de Jésus réconcilie non seulement les hommes entre eux mais également les hommes avec la nature.

En résumé, l?homme a reçu de Dieu l?autorité sur toute la création mais en abuse depuis sa Chute. Cependant Dieu aimerait réconcilier les hommes avec leur environnement. L?homme qui a vécu et qui continue à vivre cette réconciliation avec Dieu, doit donc également rechercher à se réconcilier avec son environnement. Il ne peut pas être disciple du Fils-serviteur de Dieu et en même temps exploiter les autres créatures. C?est pour cela que nous devons « convertir » notre relation à l?environnement pour arriver à le ménager et a le gérer de manière durable.

Qui adorons-nous ?

On rencontre souvent l?argument que protéger l?environnement reviendrait à accorder à la création ce qui revient au Créateur, que cela reviendrait à commettre l?erreur d?adorer la création au lieu du Créateur[ ^10]. Il faut dire que cette attitude, effectivement assez rependue dans les milieux écolos et alternatifs, a pu prendre de l?ampleur seulement parce que les chrétiens se sont intéressés très tard aux problèmes de l?écologie et de par leur absence ont laissé le champ libre à ces pensées ésotériques. C?est justement pour cela, qu?il est important que nous, chrétiens, nous sachions pourquoi nous sommes appelés à nous mobiliser pour l?environnement.

Laissez-moi conclure par quelques remarques :

Il est clairement dit dans la Bible que Dieu a créé le monde par un acte souverain11. Dans ce sens, Dieu est le sujet et la création, et la création, l?objet. Nulle part dans la Bible, cette distinction n?est remise en cause. C?est à Dieu qu?est due l?adoration. La préservation de l?environnement ne peut donc se faire que dans le cadre cette adoration. De plus, quand nous détruisons la création, qui est un prêt de Dieu, cela ne refl`ete pas une grand estime de notre part envers le créateur ! C?est un acte d?amour pour Dieu que de la préserver.

Dans le livre de Job, ainsi que dans de nombreux Psaumes, la création est décrite comme l?expression de la toute-puissance et de la créativité de Dieu12. L?exploitation abusive de celle-ci est une marque de la folie de l?homme qui croit d?être, lui, tout-puissant. Comment pouvons-nous louer le Seigneur avec des Psaumes parlant de la beauté et de la perfection de la création divine et en même temps la gaspiller et la détruire ?

Au contraire de la nature qui est éphémère, Dieu ne change pas. Gardons-nous donc de penser que nous pouvons sauver la création. Si quelqu?un peut sauver quelque chose, c?est seulement le Christ. Nous savons que la nature a été faite parfaite mais que par la faute du péché humain, elle est corrompue et exprime effectivement un côté destructeur. Mais ne l?oublions pas, Dieu ne nous condamne pas pour notre mortalité et notre nature pécheresse. Il nous appelle plutôt à le suivre et le servir dans notre vie présente, éphémère, bien que celle-ci soit appelée à se terminer un jour. De la même manière, nous sommes appelés à préserver la création présente, éphémère, car elle appartient à Dieu. Ce qui veut dire d?utiliser de manière saine l?autorité que Dieu nous a donnée.

Dans son épître, Jacques décrit les hommes comme étant « les prémices » de la création13. Il renverse ainsi la chronologie du récit de la création. Si cela signifie que la création a été faite pour les hommes, il est toutefois clair que Dieu a créé celle-ci par amour ? puisque lui-même est amour ? et que l?homme doit utiliser en premier lieu la création pour témoigner de son amour du créateur. Ceci est le « culte raisonnable »14.

Préserver l?environnement

La création sert les hommes :

Elle permet un repos physique, psychique et spirituel.
Elle lui fournit les moyens de subsistance.
Elle les rappelle la toute-puissance de Dieu.
Dans ce sens, l?homme suit deux buts en préservant l?environnement :

Il glorifie Dieu.
Il préserve ses ressources et celles de ses enfants. En effet, ceci nous ramène au but de glorifier Dieu, puisque ce ne sont que les vivants qui célèbrent Dieu[15].
La préservation de l?environnement est pour toutes ces raisons un signe et un témoignage de notre amour pour le Créateur.

Samuel Ninck, octobre 2001

Traduit de l?allemand : Anne-Sylvie Nicollerat, décembre 2001

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1. « Dieu créa les êtres humains à sa propre ressemblance; il les créa homme et femme. Puis il les bénit en leur disant : ? Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et dominez-la: soyez les maîtres des poisons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre.? » Genèse 1.27-28

2. Genèse 1.1-25

3. Genèse 2.15

4. « Sur toute la surface de la terre, je vous donne les plantes produisant des graines et les arbres qui portent des fruits avec pépins et noyaux. Leurs graines ou leurs fruits vous serviront de nourriture. » Genèse 1.29

5. « Depuis que Dieu a créé le monde, ses qualités invisibles, c?est-à-dire sa puissance éternelle et sa nature divine, se voient dans les oeuvres qu?il a faites » Romains 1.20

6. « Le monde entier attend avec impatience le moment où Dieu révélera ses fils. Car le monde est tombé sous le pouvoir de ce qui ne mène à rien, non parce qu?il l?a voulu lui-même, mais parce que Dieu l?y a mis. Il y a toutefois une espérance: c?est que le monde lui-même sera libéré un jour du pouvoir destructeur qui le tient en esclavage et qu?il aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. » Romains 8.19-22

7. « Le Christ est [?] le Fils premier-né, supérieur à tout ce qui a été créé. » Colossiens 1.15

8. Colossiens 1.16-17, Apocalypse 3.14: « ?l?origine de tout ce qui a été créé? »

9. Colossiens 1.20

10. Cet argument associe la protection de l?environnement au passage dans Romains 1.25 : « Ils adorent et servent ce que Dieu a créé au lieu du créateur. »

11. Genèse 1 et 2

12. Job 38-41; Psaume 8,19,29,65,104,136 et al.

13. Jacques 1.18

14. cf. Romains 12.1

15. cf. Psaume 115.17

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~ 6 min

Qui aime payer des impôts ? Exactement ! C’est pourquoi nous avons tendance à demander et à accepter des réductions d’impôts lorsque cela est possible….

Que devrait faire la politique fiscale chrétienne ?

  • Financement des tâches communes
  • Un équilibre équitable, car il existe effectivement différentes possibilités et capacités de subsistance parmi les personnes. Ces dernières années, la peur des « profiteurs de notre État providence » est de plus en plus acceptée politiquement, au détriment de la solidarité avec les faibles.
  • Le partage : cet aspect est souvent négligé, même par les chrétiens.

Clair : l’efficacité de l’État doit être, et aussi la prudence qu’il dépense l’argent avec sagesse et équité

Cadre du débat fiscal actuel

Ces dix dernières années, en Suisse, les riches sont devenus massivement plus riches et les pauvres plus pauvres. Le 1% le plus riche de la population a pu doubler sa richesse, et les cadres ont augmenté leurs revenus de 20 à 50%. Dans le même temps, les salariés des secteurs à bas salaires ont subi une perte de revenus de 5 % en moyenne. Cela n’inclut pas encore l’augmentation des primes d’assurance maladie et la réduction des paiements et prestations de l’État.

Le partage et la péréquation seraient donc plus urgents que jamais, mais c’est exactement le contraire qui se produit actuellement : le partage devient de plus en plus impopulaire : ce sont précisément les impôts qui créent la péréquation qui sont réduits.

Il est vrai qu’au cours des dix dernières années, les impôts ont globalement fortement augmenté. Il s’agissait principalement de la TVA (principalement pour l’AVS), des déductions de salaire pour l’AI et de l’assurance chômage. En outre, il y a eu de nombreuses augmentations de taxes ainsi que des augmentations des impôts directs, en particulier dans les municipalités et les cantons. Il s’agissait donc, pour l’essentiel, d’impôts non progressifs qui touchaient tous les payeurs de la même manière en pourcentage, parfois même avec un plafond comme dans le cas de l’assurance chômage. Dans le même temps, les prestations de l’État pour les particuliers ont été réduites.

Des réductions d’impôts néanmoins principalement pour les riches

Depuis quelques années, les politiciens réclament une baisse des impôts. Le conseiller fédéral Villiger lui-même a déclaré dans son discours du 1er août, il y a un an et demi, que ceux qui crient le plus fort sont ceux qui peuvent payer le plus d’impôts…

En septembre, le Conseil national a donc adopté un paquet de réduction d’impôts qui va bien au-delà de ce qui avait été proposé par le Conseil fédéral et fonctionne selon la devise « celui qui a sera donné » :

  • une réduction de 300 millions d’euros de l’impôt sur les sociétés, même si nous avons déjà le taux d’imposition des sociétés le plus bas des pays occidentaux
  • environ 400 millions aux propriétaires, qui ne doivent plus payer d’impôts sur la valeur locative imputée de leur propre propriété
  • 760 millions d’euros aux entreprises de la bourse, qui n’ont plus besoin de payer le droit de timbre sur les transactions boursières
  • et surtout 1,3 milliard pour les couples et les familles riches. Sous le titre de soutien familial, les familles doivent être soulagées. Toutefois, dans sa forme actuelle, les trois quarts des montants sont épargnés par les couples mariés et les familles dont le revenu du ménage est supérieur à 90 000 francs. Et les familles très pauvres ne paient déjà presque pas d’impôt fédéral, si bien qu’elles ne tirent pratiquement rien des réductions d’impôts. Dans l’ensemble, ce projet de loi sur la famille n’a aucun sens, car il aide principalement les familles riches, pour lesquelles les enfants représentent une charge financière bien moindre, que les pauvres, où, comme le montrent les études, les enfants sont de plus en plus exposés au risque de pauvreté. Ce projet de loi fiscale, qui comme les autres doit encore passer par le Conseil des Etats, prévoit une déduction de 11.000 à 14.000 francs du revenu net, de sorte que les personnes mariées, et surtout les familles, doivent payer un taux d’imposition moins élevé. Le Conseil national a refusé de faire une déduction directement sur la facture d’impôt à payer, ce qui aurait profité à tous les contribuables de manière égale, et dont les pauvres auraient bénéficié autant que les riches. Dans la version actuelle, cependant, les riches en profitent beaucoup plus en pourcentage….

Dans le même temps, dans un canton après l’autre, les droits de succession diminuent, ce qui profite aux héritiers des familles riches. Et en même temps, la dernière révision de l’AVS continue à faire des économies, car il n’y a pas assez d’argent…

À mes yeux, ce sont là des exemples flagrants de l’affirmation accrue du pouvoir de l’argent en politique.

Au début, j’ai énuméré des exemples de ce que devrait faire la politique fiscale.

  • Le financement des tâches communes : aujourd’hui, celles-ci sont de plus en plus privatisées.
  • Un juste équilibre : malgré l’élargissement de l’écart salarial dans les années 1990, c’est le contraire qui se produit en matière de politique fiscale
  • Partager ? Est de moins en moins populaire…

L’argument consistant à payer moins d’impôts peut gagner chaque vote aujourd’hui. C’est pourquoi les gens mentent parfois tellement dans cette zone que les poutres se fissurent. Souvenons-nous du vote sur la taxe sur le CO2, qui a été calomniée par le lobby des entreprises comme étant une nouvelle taxe. Dans le cas des initiatives visant à abolir les droits de succession et des projets de réduction des impôts directs progressifs sur le revenu, il est aussi régulièrement affirmé que cela profitera aux pauvres, bien que ce ne soit guère vrai. Et dans le cas de l’impôt actuel sur les gains en capital, les opposants affirment également que les petits citoyens devront le payer, bien qu’en Suisse, ce soient principalement les personnes fortunées qui possèdent des actions et que les petits actionnaires avec la limite d’exonération des bénéfices de 5 000 francs par an n’aient presque jamais rien à payer.

Impôt sur les plus-values

Dans les conditions décrites et la redistribution actuelle du bas vers le haut, l’impôt sur les plus-values offre une opportunité de rétablir une certaine justice.

– Rappelons qu’en 1997, les revenus provenant de gains en capital ont été plus importants en Suisse que les revenus salariaux.

– Le marasme boursier actuel est temporaire, car même aujourd’hui, les gestionnaires d’actifs maintiennent qu’à moyen terme, les actions offrent le meilleur rendement de toutes les possibilités d’investissement.

– Le modeste impôt sur la fortune déjà en place ne remplace pas l’impôt sur les plus-values ; tout autre revenu peut également devenir une richesse et être imposé….

– Le coût et le rendement de l’impôt sur les plus-values sont bien proportionnés. Sinon, tous les autres pays occidentaux n’auraient pas déjà l’impôt sur les plus-values. D’ailleurs, les États-Unis ont pu combler leur déficit budgétaire principalement grâce à l’impôt sur les plus-values.

Mieux vaut une solidarité volontaire que des impôts ?

On dit souvent dans les milieux chrétiens qu’il vaut mieux que les gens fassent le bien volontairement que de payer des impôts forcés. Le problème est que même dans les pays où les impôts sont faibles, les dons volontaires ne représentent qu’une petite partie de la différence par rapport aux pays où les impôts sont plus élevés. Le calcul ne tient pas debout.

On dit aussi parfois que l’État doit se tenir à l’écart des tâches sociales telles que l’aide sociale et l’AVS, et que les églises doivent prendre le relais. De telles idées sont totalement mal conçues, car où les églises sont-elles censées trouver ces milliards ? Nous risquons que de nombreuses personnes soient dans le besoin et que personne ne les aide, et surtout que les églises, qui sont déjà à leur limite financière, manquent d’argent pour l’évangélisation. Ce faisant, ils auraient rendu un mauvais service au royaume de Dieu….

La progression fiscale équitable qui existe encore aujourd’hui sera supprimée en la rendant volontaire. Le partage, cependant, est un devoir biblique pour tous, et pas seulement de l’abondance. Le milliardaire qui donne gracieusement un million n’a fait que donner de son abondance (voir aussi Luc 21 et Marc 12 sur l’acarien de la pauvre veuve). Ceux qui ont de l’argent s’empressent de montrer du doigt leurs propres gains, même dans les milieux chrétiens, même si c’est Dieu qui pourvoit à nos besoins et qui nous donne aussi la force et la motivation nécessaires pour réaliser des performances de haut niveau dans les affaires. Ou bien les différences de salaire entre 2500 francs et 200 000 francs par mois sont-elles justifiées par un effort personnel ? L’argent ne rend pas les gens heureux, mais ceux qui n’en ont pas sont exclus dans la société actuelle.


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