Il y a quelques mois, dans un podcast chrétien, on a nié à des représentants d’un certain courant théologique, auquel j’appartiens moi-même, toute relation personnelle avec Jésus et tout salut, et on leur a reproché d’être directement influencés par Satan. Je perçois ici une culture du débat qui m’inquiète profondément.
En juin 2026, le Conseil national et le Conseil des États ont décidé d’interdire les salaires minimaux cantonaux là où il existe des conventions collectives nationales. Cela entraîne des baisses de salaire dans les secteurs et les cantons concernés. ChristNet soutient le référendum contre cette mesure.
Dieu souhaite que tous les êtres humains puissent subvenir à leurs besoins. Deutéronome 15,4 stipule même : « Il ne devrait pas y avoir de pauvres parmi vous ». L’objectif d’une politique économique conforme à la Bible est donc d’instaurer cette situation, au moins pour toutes les personnes de bonne volonté.
Au cours des dernières années, la population de cinq cantons a adopté des salaires minimaux concrets : Neuchâtel, le Jura, le Tessin, Genève et Bâle-Ville. Dans le canton de Vaud également, ce principe a été inscrit dans la Constitution. À l’inverse, des initiatives allant dans ce sens ont été rejetées de justesse dans les cantons de Bâle-Campagne, Soleure et Fribourg. Le Parlement fédéral a désormais interdit les salaires minimaux cantonaux là où il existe des conventions collectives de travail (CCT) nationales. Cela a pour conséquence que, précisément dans les secteurs où les salaires sont bas, ce sont désormais les salaires encore plus bas prévus par les CCT qui s’appliquent à la place des anciens salaires minimaux cantonaux. Les syndicats et les partis politiques ont lancé un référendum contre cette mesure. ChristNet appelle à soutenir ce référendum.
La pauvreté malgré un emploi dans une Suisse riche ? Cela ne doit pas être le cas !
On pourrait penser qu’un salaire devrait suffire à faire vivre une famille. Or, pour beaucoup de personnes en Suisse, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique1, environ 175 000 adultes vivaient dans la pauvreté en 2024 malgré un emploi rémunéré. Ces ménages comptaient également environ 80 000 enfants, adolescents et jeunes adultes touchés par la pauvreté. En 2024, le seuil de pauvreté s’élevait en moyenne à 4’159 francs par mois pour un ménage composé de deux adultes et de deux enfants. Aujourd’hui, environ 5 % des enfants grandissent dans la pauvreté, une proportion qui n’a pas évolué depuis 2014. Un enfant sur six est en outre menacé par la pauvreté.
La nouvelle loi touche particulièrement les plus démunis
Un nombre particulièrement élevé de personnes déjà touchées par la pauvreté travaillent dans des secteurs où des baisses de salaire menacent désormais en raison de la suppression des salaires minimaux cantonaux, par exemple 15 000 personnes dans la restauration. Dans le canton de Genève, où le coût de la vie est élevé, le salaire minimal s’élève aujourd’hui à 4 475 francs par mois, à Neuchâtel à 3 886 francs et à Bâle-Ville à 4 040 francs. Si cette modification législative était adoptée, des milliers de salariés des cantons de Bâle-Ville et du Jura subiraient une baisse de salaire pour passer au salaire minimum prévu par la CCT, soit 3’713 francs, et se retrouveraient ainsi précipités dans la pauvreté, tandis que dans les cantons de Genève et de Neuchâtel, les salaires seraient gelés malgré la hausse du coût de la vie. La situation est très similaire pour les coiffeurs et coiffeuses ainsi que pour le personnel de nettoyage.
L’argument fallacieux de l’« accord privé »
La majorité parlementaire a fait valoir que les salaires minimaux cantonaux constituaient une ingérence dans les accords privés conclus entre les partenaires sociaux. Cet argument est surprenant au vu du fait que, fondamentalement, l’ensemble de la législation, tant au niveau national que cantonal, définit le cadre dans lequel s’inscrivent ces accords privés. Qu’est-ce qui prime : le bien-être des plus démunis ou l’idéologie de la non-ingérence dans le secteur privé ? Les partisans ont mis en avant le renforcement du partenariat social grâce à la nouvelle réglementation. Il faudrait être malicieux pour y voir une arrière-pensée, à une époque où, en raison de leur taux de syndicalisation en baisse, les syndicats sont régulièrement perdants dans ce partenariat. L’adoption de la nouvelle loi pourrait bien entraîner une recrudescence des conflits sociaux.
Pas moins, mais plus d’emplois grâce au salaire minimum !
L’Union des arts et métiers a estimé que de nombreuses entreprises ne pourraient pas se permettre de payer le salaire minimum et que cela entraînerait des pertes d’emplois. Or, l’économie a depuis longtemps réfuté cette thèse : au Royaume-Uni, un salaire minimum légal a été introduit en 1999, et il a été revu à la hausse chaque année. Des études scientifiques2 montrent que, globalement, cela n’entraîne pas de destruction d’emplois, mais tend plutôt à en créer davantage. En effet, les personnes à faibles revenus ne peuvent pas épargner cet argent supplémentaire, mais le dépensent généralement sur place, ce qui crée de nouveaux emplois. Des expériences similaires ont également été observées aux États-Unis3 et, à Genève, on ne constate pas non plus d’effets négatifs sur le marché du travail.
La grande majorité des cantons s’oppose à l’interdiction du salaire minimum
Lors de la consultation sur le projet de loi, tous les cantons, à l’exception d’Obwald, se sont prononcés contre la nouvelle loi. En effet, celle-ci constitue une atteinte anticonstitutionnelle à la souveraineté cantonale. Le Conseil fédéral s’y est également opposé, arguant que les CCT sont précisément des contrats de droit privé et ne peuvent donc pas, dans la hiérarchie juridique, primer sur les décisions populaires.
Une politique économique au service de ceux qui en ont le plus besoin
La politique économique doit profiter à ceux qui en ont le plus besoin. Si cet objectif n’est pas atteint ou si, comme dans le cas présent, on prive les plus démunis du peu qu’ils possèdent, cela peut être considéré comme un échec total de la politique. Il est alors temps de faire le point, de réorienter la politique économique, de redéfinir les objectifs et de les expliquer clairement aux acteurs concernés. La politique économique doit également s’appuyer sur des données scientifiques et non sur une idéologie. Et elle doit garder à l’esprit le nombre total d’emplois. À cet égard, les salaires minimums obtiennent de bons résultats. C’est pourquoi ChristNet recommande de signer le référendum contre la nouvelle loi au plus tard début septembre
Signez ici : Référendum « Ne touchez pas aux salaires minimums ! »
1. https://www.bsv.admin.ch/de/newnsb/VgZS118i99Abu0uAkYqUA?utm_source=chatgpt.com
2. https://www.boeckler.de/de/boeckler-impuls-grossbritannien-loehne-und-jobs-stabilisiert-10342.htm
3. https://www.letemps.ch/economie/six-enseignements-salaire-minimum
Ces dernières semaines, nous avons pu voir, sur la scène internationale, le pape Léon XIV s’opposer à la rhétorique belliciste du gouvernement américain. Cela a suscité des réactions furieuses de la part du président et de son ministre de la Défense1 .
Au même moment, j’ai entendu une interview 2 de l’ancien directeur de la CIA, Bill Burns (2021-2025), qui soulignait l’importance d’un climat permettant aux individus de communiquer des informations, même dérangeantes.
« Speaking Truth to Power » 3, comme il l’appelait, serait un principe fondamental de la CIA, qui permet au gouvernement concerné de recevoir des informations des services secrets sans filtre, même lorsque celles-ci sont dérangeantes. Selon Burns, il s’agit là d’un avantage essentiel par rapport aux États autoritaires, où exprimer des opinions indésirables peut s’avérer dangereux. Toutefois, a admis Burns, cet avantage s’amenuise actuellement, car une culture de prudence et de peur se répand de plus en plus au sein même de la CIA.
Une culture du « Speaking Truth to Power » doit relever essentiellement deux défis. D’une part, la question de savoir si quelqu’un est prêt à écouter ce qu’on lui dit. D’autre part, celle de savoir si quelqu’un est prêt à aborder un sujet critique. Les deux requièrent du courage. Et : ces deux attitudes nécessitent une culture dans laquelle cela n’est pas seulement possible, mais est même considéré comme un devoir essentiel.
Le pape Léon, un précurseur
Le pape Léon considère qu’il est de son devoir d’adopter une position claire, à savoir de se faire l’avocat de la paix et de s’opposer aux puissants de ce monde. Cela n’a pas toujours été le cas dans l’histoire de l’Église catholique. Pendant longtemps, notamment en Amérique latine, elle était connue pour se ranger du côté des dirigeants.
Cela a considérablement changé au milieu du siècle dernier. L’Église catholique s’est sentie appelée à se ranger aux côtés des pauvres et des opprimés. Ce changement a coûté la vie à de nombreux prêtres, diacres et religieux. L’une des victimes les plus célèbres fut Oscar Romero, assassiné en 1980 au Salvador pendant une messe sur ordre de l’armée locale. Romero s’était exprimé sans relâche contre l’oppression des pauvres, contre la torture et les assassinats perpétrés par le gouvernement. Cette culture avait un prix. À cette époque, la CIA jouait d’ailleurs un rôle plus que peu glorieux en Amérique latine 4
La culture dans nos Églises
Alors que la situation internationale suscite de vives inquiétudes, je me demande quelle culture nous cultivons au sein de nos Églises et de nos institutions. Sommes-nous capables d’accepter qu’on nous dise ce qu’il en est ? Cultivons-nous dans notre entourage une atmosphère où l’on peut discuter de points de vue divergents sans se « diaboliser » les uns les autres ?
En fin de compte, la question est de savoir comment nous gérons la complexité et l’incertitude. Quand quelque chose est trop complexe, nous essayons de simplifier les choses. Quand nous sommes dans l’incertitude, nous essayons de retrouver un sentiment de sécurité. C’est tout à fait compréhensible. Le danger pourrait alors être de simplifier de manière abusive et de chercher un ancrage dans ces simplifications.
Des ponts entre les groupes
Je constate que les ponts entre les différents groupes (d’écho), ces fameuses « bulles », se rétrécissent. Nous nous contentons de nous rassurer au sein de notre groupe en nous confirmant que nous sommes sur la bonne voie. Au cours de mes études, j’ai régulièrement entendu certains professeurs évoquer l’« Opinio Communis », l’« opinion dominante ». Ce qu’ils voulaient dire par là, c’était : « Moi et tous les théologiens sérieux pensons ainsi. Ceux qui ne partagent pas cette opinion ne doivent pas être pris au sérieux. »
On se sent bien et à l’aise lorsqu’on se considère comme faisant partie de l’« Opinio Communis », et très mal à l’aise lorsqu’on se pose des questions. Pourtant, avec le recul, nous constatons que même les grands savants de l’histoire n’ont perçu que des fragments de la vérité dans son ensemble. Je suis convaincu que, même aujourd’hui, nous n’avons pas encore atteint les limites de la connaissance, et je rejoins en cela Paul, qui affirme que nous ne percevons que des fragments de l’ensemble. 5
Des horizons plus vastes
Lorsque Jésus parcourait le pays avec ses disciples, il a bouleversé le monde : il a mis en lumière les angles morts et s’est occupé de ceux qui avaient été laissés pour compte. La « bonne nouvelle » était différente de ce à quoi on s’attendait : c’était un projet censé mener à la paix – entre Dieu et l’homme, entre les hommes, et entre l’homme et la nature. Là où les gens acceptaient l’idée que Dieu est plus grand que ce qu’ils avaient connu jusqu’alors, de nouveaux mondes s’ouvraient à eux.
Un appel à l’humilité
J’interprète « Speaking Truth to Power » comme un appel à l’humilité. Le mot « truth » désigne ici la vérité, un point de vue ou une opinion. Cette humilité est importante non seulement pour les gouvernements et les dirigeants, mais aussi, de manière générale, pour notre vie en société. Si je sais que je ne sais pas tout, je serai plus à l’écoute. J’élargis ainsi mes possibilités de découvrir la sagesse là où je ne l’attends pas. Cela ne signifie pas que je n’ai plus de convictions. Je défends courageusement mon opinion, tout en restant conscient que ce que je défends comme conviction n’est pas tout ce qui peut être dit à ce sujet.
Je souhaite que nous instaurions, en particulier au sein de nos Églises, une culture où les gens s’écoutent mutuellement avec humilité. Paul écrit : « … dans l’humilité, que chacun estime les autres supérieurs à lui-même » 6. Cela demande un certain effort, car nous devons faire face à des incertitudes. Mais en fin de compte, c’est une expression profonde de l’amour. Et même de l’amour pour nos ennemis. C’est à cela que l’amour de Dieu veut nous rendre capables.
1. https://www.srf.ch/ news/international/après-les-critiques-du-pape-trump-publie-une-photo-de-lui-en-jésus-les-réactions. Consulté le 15 avril 2026.
2. https://www.foreignaffairs.com/podcasts/america-world-upheaval. Consulté le 15 avril 2026.
3. Le terme « vérité » doit ici être compris au sens de connaissances acquises à la suite d’analyses.
4. L’« opération Condor » en est un exemple parmi d’autres (cf. https://www.zeit.de/politik/ausland/2026-01/us-aussenpolitik-lateinamerika-kommunismus-drogen-diktatoren. Consulté le 15 avril 2026.)
5. 1 Corinthiens 13,12
6. Philippiens 2,3
Cet article a déjà été publié sur Insist et dans le magazine Bienenberg.
Photo de Mikhail Nilov, pexels
Le 14 juin, la Suisse se prononcera sur l’initiative « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants », également appelée « initiative pour la durabilité ». L’article suivant montre qu’elle est tout sauf porteuse d’avenir, mais qu’elle se contente simplement de gérer les problèmes.
Chaos routier, perte de terres agricoles, voire réchauffement climatique : l’UDC ressemble désormais « à une association écologiste radicale », comme le constate la NZZ am Sonntag. 1 Même le vieux briscard de l’UDC Christoph Mörgeli découvre son côté éco-romantique : « La nature, le paysage et ce que nous appelons notre patrie souffrent… » Et : « Lorsqu’un sol bétonné perd sa perméabilité, cela contribue autant au réchauffement climatique qu’à la perte de la biodiversité (…). » 2 Pourtant, le parti lutte également avec acharnement contre l’instrument sans doute le plus efficace pour lutter contre l’étalement urbain et préserver la nature digne d’être protégée, à savoir la loi sur l’aménagement du territoire. Si la loi révisée a finalement été approuvée par tous les partis et n’est entrée en vigueur que cette année, l’ordonnance d’application est combattue par l’UDC à coups d’une multitude d’objections.
Qu’il s’agisse de greenwashing ou d’un autre cadrage : en fin de compte, l’initiative « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants » est elle aussi une initiative anti-asile, ce que les membres de l’UDC admettent d’ailleurs eux-mêmes. 3 Elle poursuit donc le même objectif que l’initiative contre l’immigration de masse, l’initiative sur le renvoi et l’initiative sur l’application de la loi – tout comme l’initiative contre la surpopulation étrangère, déposée en 1968 par l’Action nationale sous la houlette de James Schwarzenbach.
Il est incontestable que la forte croissance démographique de la Suisse – dont 75 % provient des pays de l’UE et de l’AELE – pose des problèmes. Il est difficile de trouver des logements abordables dans certaines localités, et faire la navette cinq jours par semaine n’est pas une partie de plaisir. Mais les demandeurs d’asile n’en sont pas la cause – ou seulement dans une très faible mesure – et la solution ne consiste pas non plus à remettre le domaine de l’asile dans la ligne de mire.
Le contexte
Croissance démographique
Ces dernières années, la Suisse a connu une croissance bien plus forte que l’Allemagne, par exemple. C’est vrai ! L’immigration en provenance de l’UE a notamment été importante : aucun autre pays européen – à l’exception des petits États que sont Malte, le Luxembourg et l’Islande – n’a enregistré une augmentation aussi forte en proportion en provenance de l’UE. Il existe toutefois d’importantes disparités régionales. Ce sont surtout les agglomérations qui ont grandi, les villes elles-mêmes n’ayant connu qu’une légère croissance, tandis qu’un exode s’opère dans les régions de montagne. Une partie de la croissance dans le Mittelland est également due à la migration interne, notamment en provenance des cantons des Grisons et du Tessin.4 De plus, la Suisse se trouve sur un «îlot de croissance» européen, comme le dit le démographe Matthias Lerch. 5 En réalité, il s’agit de bien plus qu’un îlot : un vaste territoire doté de centres économiquement dynamiques, qui s’étend de Londres aux pays du Benelux, en passant par la Rhénanie allemande, le sud de l’Allemagne et la Suisse, jusqu’au nord de l’Italie, également connu sous le nom de « banane bleue ».6 Les prévisions de l’Office fédéral de la statistique tablent sur une population atteignant 10,5 millions d’habitants en 2055 dans le scénario normal – et sans les mesures de l’initiative ; dans le scénario bas, le chiffre commence à baisser légèrement à partir de 2043 après avoir atteint un pic de 9,3 millions ; et ce n’est que dans le « scénario haut » que l’on atteindra 11,5 millions en 2055. 7
Des problèmes réels sans solutions durables
L’UDC aborde certains problèmes réels liés à l’immigration. Mais l’initiative n’est pas une solution durable. Si c’était un examen de maths, on devrait sans doute lui attribuer un 3 : rédigée à la hâte et largement dépourvue de logique interne. Prenons simplement le domaine de l’asile : peut-être que, grâce à quelques astuces contraires à l’éthique, on parviendrait à réduire le nombre de demandes d’asile et à expulser les personnes admises à titre provisoire. Si le « scénario haut » se concrétisait, cela serait toutefois loin d’être suffisant. La résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes sera inévitable. La Suisse sera ainsi également exclue du système Schengen/Dublin et de la base de données européenne d’identification. Il faut s’attendre dès lors à une forte augmentation des demandes d’asile, accompagnée d’un « exode » des citoyennes de l’UE. Pourquoi ?
Regard sur la Grande-Bretagne
Après que les îles britanniques ont dénoncé les traités avec l’UE dans le cadre du Brexit, ce sont surtout les couches les moins aisées de la population qui ont connu des difficultés économiques. Les vols à l’étalage motivés par la détresse se sont multipliés. La migration n’a pas diminué, mais a au contraire fortement augmenté. Et elle s’est déplacée : alors que de nombreux citoyens de l’UE quittaient l’île en raison des incertitudes causées par le Brexit, davantage de personnes sont arrivées de pays hors d’Europe, comme l’Inde, le Pakistan ou le Nigeria, et le nombre de demandeurs d’asile a considérablement augmenté, avec un record de 104 000 demandes d’asile en 2024. 8 Alors qu’avant 2018, il n’y avait pratiquement pas d’arrivées par la Manche en petits bateaux, 193 000 personnes, sans compter les cas non recensés, ont emprunté cette voie entre 2018 et 2025.9 C’est aujourd’hui le populiste de droite Nigel Farage qui en profite, lui qui avait contribué à la victoire de la campagne pour le Brexit avec des promesses grandiloquentes. Pourquoi la Suisse connaîtrait-elle un sort différent, d’autant plus qu’elle est limitrophe de quatre pays de l’UE ?
Évolution démographique
La population vieillit de plus en plus, tandis que le nombre de naissances ne cesse de diminuer. Cette tendance s’observe dans toute l’Europe et est pratiquement irréversible. La pression financière sur la jeune population active s’en trouve accrue sous forme d’impôts et de cotisations sociales. Parallèlement, les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre que sont les soins aux personnes âgées et la santé en général ne pourraient guère fonctionner sans une immigration importante. À l’heure actuelle, 40 % des médecins en Suisse et 25 % du personnel soignant ont été formés à l’étranger – ce qui n’est pas non plus une situation équitable.10
Le cœur du problème de l’initiative
En 1970, James Schwarzenbach a prononcé un discours à Sempach, lieu de la légendaire bataille de 1386 : ce ne sont plus les chevaliers des Habsbourg, mais les travailleurs étrangers qui envahissent désormais l’espace restreint de la Suisse. 11 Fils d’un riche industriel du textile, admirateur de Franco et de Mussolini12 et conseiller national de l’Action nationale, il avait été le visage de l’initiative contre la surpopulation étrangère et n’avait perdu le vote que de justesse peu avant son discours à Sempach. Il savait diviser les gens et attiser leurs émotions avec des slogans tels que « nous contre eux » et « nous contre ceux d’en haut ».
« La politique démographique hiérarchise les vies, les classe par ordre d’importance. Celle des autochtones prime sur celle des étrangers, celle des vivants sur celle des enfants à naître, celle des riches sur celle des pauvres », écrit Matthias Daum dans le magazine « Die Zeit ».13 Il me semble que c’est là que réside le cœur du problème éthique.
Car c’est exactement ce que les populistes de droite veulent nous faire croire depuis toujours : les étrangers, surtout les « migrants demandeurs d’asile », sont différents.
Car c’est exactement ce que les populistes de droite veulent nous faire croire depuis toujours : les étrangers, surtout les « migrants demandeurs d’asile », sont différents. Ils seraient culturellement incompatibles avec la Suisse, un fardeau pour la société, bien plus criminels et donc un danger pour nous tous. Conclusion : nous devrions limiter leur nombre et les distinguer juridiquement autant que possible des « vrais » Suisses. De là, il n’y a qu’un pas vers la rhétorique déshumanisante du fascisme, qui rend acceptables des termes tels que « virus », « vermine » ou « plante étrangère » dans le contexte de la migration. 14 Or, les immigrés sont bien plus que cela : ce sont des travailleurs – pour autant qu’ils y soient autorisés – qui souhaitent satisfaire leur employeur ; des mères et des pères qui souhaitent que leurs enfants grandissent sans souci et bénéficient d’une bonne éducation ; des personnes avec des peurs et des rêves – comme nous tous. Étonnamment, c’est une éthique très ancienne, celle de la Torah juive, les cinq livres de Moïse dans la Bible, qui s’applique ici. À plusieurs reprises, les Israélites sont exhortés à traiter les étrangers comme leur propre peuple.15 Ils ne devaient pas être exploités et pouvaient, par exemple, bénéficier du repos sabbatique – comme tous les Israélites. Les Israélites devaient même les aimer. 16 La justification en est très intéressante : des expériences communes mènent à l’empathie et à l’égalité de traitement : « N’exploitez pas les étrangers qui vivent parmi vous. Vous savez bien ce que ressent un étranger, car vous avez vous-mêmes vécu en Égypte comme des étrangers. » 17 Cela ne s’applique-t-il pas également à la Suisse – aujourd’hui un pays d’immigration, mais jusqu’au XIXe siècle un pays d’émigration pour des raisons économiques ?
Dans ce contexte, il est difficile, en tant que chrétien ou chrétienne, de soutenir cette initiative qui vise à refuser le regroupement familial aux demandeurs d’asile et aux réfugiés reconnus18 et à priver les personnes admises à titre provisoire de toute perspective.
Le fait que les étrangers titulaires de contrats de travail de courte durée soient exemptés du plafonnement et soient donc attractifs pour les employeurs fait craindre un retour au statut de saisonnier. Jusqu’en 2002, la Suisse a profité des saisonniers d’Europe du Sud – une « inhumanité fondamentale. On voulait le travail, pas les gens. Les mains, pas les âmes. La productivité, pas la communauté. » 19
Si ce n’est pas cela, alors quoi ?
Comment pouvons-nous atténuer les conséquences négatives de l’immigration, voire réduire le nombre d’immigrants lui-même, sans recourir aux méthodes brutales et problématiques de l’« initiative pour la durabilité » ?
C’est sans doute la question la plus difficile. Je ne suis pas spécialiste du marché immobilier, de l’aménagement du territoire ou des accords conclus avec l’UE. Mais il me semble qu’il doit bien exister des instruments qui nous aideraient à résoudre ces problèmes de manière plus humaine. Par exemple, la loi révisée sur l’aménagement du territoire, une planification intelligente et coordonnée du développement des infrastructures, éventuellement la clause de sauvegarde de l’accord sur la libre circulation des personnes, une meilleure intégration sur le marché du travail des travailleurs âgés, des chômeurs de longue durée et des personnes relevant du domaine de l’asile. Ce serait là un défi qui en vaudrait la peine pour tous les groupes de travail et les think tanks actifs en Suisse !
1. « Märchenstunde im Heidiland », NZZ am Sonntag du 29 mars 2026
2. « Massenzuwanderung heisst Wohlstandsverlust », Die Weltwoche, 9 avril 2026
3. Thomas Matter affirme ainsi que l’ALCP est « un moyen de pression pour que les choses changent réellement ». L’initiative vise principalement la migration sociale.
4. « La Suisse connaît une croissance plus forte que l’Europe ». Tagesanzeiger, 28 avril 2026
5. « La Suisse que les initiants ont en tête n’existe plus ». Watson.ch, 19 avril 2026 https://www.watson.ch/wissen/wirtschaft/469181907-initiative-zur-10-millionen-schweiz-so-entwickelt-sich-die-bevoelkerung
6. La carte suivante montre bien que le Plateau suisse est loin d’être la seule grande agglomération densément peuplée d’Europe occidentale : https://human-settlement.emergency.copernicus.eu/visualisation.php#lnlt=@50.40152,7. 12353,6z&v=301&ln=0&gr=ds&lv=10000000000000000000000000000000000000011111& amp;lo=aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa&pg=V (12/05/2026)
7. https://bevoelkerungsszenarien.bfs.admin.ch/ (12/05/2026)
8. « Après le Brexit, la Grande-Bretagne a perdu le contrôle de l’immigration. » Tagesanzeiger, 30/03/2026
9. Statistiques sur l’asile. https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/sn01403/ (12/05/2026).
10. « L’Europe et la Suisse dépendent de la migration » ; Watson.ch, 18 avril 2026
11. « Quand la liberté de circulation est devenue l’exception. » https://www.infosperber.ch/gesellschaft/migration/wie-viele-menschen-duerfen-kommen/ (11 mai 2026)
12. « L’initiative Schwarzenbach » dans : Commission fédérale des migrations : « Discours sur l’étranger », 2020
13. « Y a-t-il encore de la place ? » Zeit n° 18/2026 du 03/05/2026
14. C’est ainsi que James Schwarzenbach désignait les « travailleurs étrangers » dans une publication de 1971. « L’initiative Schwarzenbach » dans : Commission fédérale des migrations : « Discours sur l’étranger », 2020
15. Ex 12,49 ; Nb 15,15-16
16. Deutéronome 10,19 ; Lévitique 19,34
17. Exode 23,9
18. Convention européenne des droits de l’homme, https://www.coe.int/de/web/impact-convention-human-rights/right-to-family-life ; Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, https://www.unicef.ch/de/wer-wir-sind/kinderrechtskonvention ; Convention de Genève relative au statut des réfugiés
19. « Y a-t-il encore de la place ? » Zeit n° 18/2026 du 03/05/2026
Le 14 juin 2026, nous voterons sur une modification de la loi sur le service civil. Les partis bourgeois ont approuvé une modification législative visant à affaiblir le service civil. Un référendum a désormais été lancé contre cette mesure.
Le service civil est un modèle de réussite. Introduit en 1996 après une longue lutte, il a donné à des milliers de jeunes hommes la possibilité d’accomplir un service civil au service de la communauté plutôt que de faire leur service militaire. De plus, il permet à de nombreuses organisations d’accueil de fournir les prestations dont elles ont besoin.
Le PEV, les Verts, le PS et le PVL rejettent la révision sur laquelle le peuple suisse se prononcera le 14 juin. Diverses organisations, telles que l’association du service civil CIVIVA, ont joué un rôle déterminant dans la collecte des signatures pour le référendum.
La modification de la loi comprend six mesures :
- Nombre minimum de 150 jours de service, même après avoir accompli une partie du service militaire.
- Le coefficient de 1,5 jour de service civil par jour de service militaire s’applique également aux sous-officiers et aux officiers.
- Pas de missions nécessitant des études de médecine humaine, dentaire ou vétérinaire.
- Pas d’admission des militaires ayant 0 jour de service restant. Il n’est donc plus possible de contourner l’obligation de tir.
- Obligation d’engagement annuel à compter de l’admission, ce qui aligne le rythme du service sur celui du service militaire et du service civil.
- Obligation d’achever la longue mission au plus tard au cours de l’année civile suivant l’admission définitive, si la demande a été déposée pendant l’ER. Dans la législation actuelle, cela pouvait également se faire plus tard.
Ces mesures ont des répercussions diverses, mais dans l’ensemble, elles sont radicales. Le Conseil fédéral et la majorité parlementaire tablent sur une réduction de 40 % du nombre de jours de service civil grâce à ces mesures. Si cet objectif n’était atteint que de manière approximative, cela ne servirait pas non plus les intérêts de l’armée elle-même. Au contraire, le risque serait grand de voir de nombreuses personnes se rabattre sur la « voie bleue ». Le calcul de la Confédération ne tiendra donc pas la route.
Ce qui est toutefois déterminant, c’est qu’il y a et qu’il y aura aujourd’hui et à l’avenir plus qu’assez de militaires. Les chiffres de la Confédération le montrent clairement. L’effectif réel de l’armée s’élève à environ 146 700 personnes, alors que l’effectif fixé par la loi est de 140 000. La révision de la loi ne peut donc être comprise que comme une volonté délibérée de détériorer les conditions du service civil.
Notre pays a besoin d’une armée, il a besoin d’une protection civile pour les hommes inaptes au service militaire, mais surtout d’un service civil qui serve les jeunes hommes concernés et apporte le soutien en personnel nécessaire aux organismes d’affectation, notamment dans les domaines social et de la santé, de l’environnement et de l’éducation.
La solution actuelle est bonne. La conscience ne peut toujours pas être sérieusement mise à l’épreuve. Quiconque effectue un service civil 50 % plus long que le service militaire prouve que sa motivation pour le service civil est sérieuse.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, une chose est claire : les foyers de tension dans le monde ne se sont pas éteints, mais ont repris de plus belle, nous précipitant d’une crise à l’autre. Quel est le rôle des chrétiens dans ce contexte ? Et où se trouve l’espoir dans cette situation ?
La Suisse est souvent considérée à l’échelle internationale comme un modèle de démocratie qui fonctionne. Grâce à ses instruments de démocratie directe, tels que l’initiative populaire et le référendum, le pouvoir politique semble particulièrement proche du peuple. Pourtant, un examen plus approfondi montre que la Suisse présente elle aussi divers déficits démocratiques.
Ces déficits démocratiques expliquent pourquoi les intérêts économiques l’emportent souvent sur la volonté populaire.
Financement opaque de la politique
Le financement de la politique constitue un problème central. En Suisse, les milieux disposant de moyens financiers importants, tels que les entreprises, les associations ou les particuliers fortunés, ont nettement plus de possibilités d’influencer les processus politiques. Ils peuvent soutenir les campagnes électorales et référendaires à coups de sommes considérables et ainsi influencer l’opinion publique plus fortement que d’autres acteurs. Cela conduit à des conditions inégales dans la compétition politique et fausse la volonté populaire. Le principe démocratique « une personne, une voix » s’en trouve ainsi sapé, car les moyens financiers se traduisent de facto par une influence accrue. Il est particulièrement problématique que les intérêts économiques sectoriels acquièrent ainsi un poids excessif, alors que dans une démocratie, ce sont en réalité les intérêts de la population qui devraient être au centre des préoccupations.
À cela s’ajoute la dépendance de nombreux politiciens et partis vis-à-vis des bailleurs de fonds. Quiconque a déjà bénéficié d’un soutien financier important ou en dépend pour être réélu se retrouve facilement dans une situation de dette envers ses bailleurs de fonds. Cela peut conduire à ce que les décisions politiques ne soient plus prises uniquement dans l’intérêt général, mais tiennent également compte des attentes des soutiens. Si de telles dépendances sont souvent difficiles à prouver, elles constituent néanmoins un risque structurel pour l’indépendance de la politique. Outre des personnalités politiques que je connais personnellement et qui m’ont fait part de leurs dépendances, un exemple bien connu est le revirement soudain de la PDC sur la taxe sur les bonus en 2012, après avoir reçu un don important de l’UBS.
Un autre aspect important est la transparence du financement de la politique. Depuis l’automne 2022, les partis au niveau fédéral doivent divulguer les dons supérieurs à 15 000 francs, et pour les campagnes, cela concerne les budgets à partir de 50 000 francs. Mais la résistance à une transparence totale reste forte. Les partis qui bénéficient fortement de grands donateurs, en particulier, n’ont guère intérêt à divulguer l’intégralité de leur financement. Dans le canton de Schaffhouse, la majorité parlementaire et gouvernementale a refusé pendant des années de mettre en œuvre une initiative populaire sur la transparence. Dans le même temps, l’exemple de Schaffhouse montre toutefois que la population peut tout à fait intervenir dans de tels cas et imposer sa volonté, ce qui est à son tour un signe du bon fonctionnement des mécanismes démocratiques.
Perméabilité du système aux lobbies
Outre le financement de la politique, la forte perméabilité du système politique aux groupes de pression constitue également un problème. Au niveau parlementaire notamment, les groupes d’intérêt disposant de moyens financiers importants ont un accès particulièrement facile aux décideurs par rapport à ce qui se passe à l’étranger. Un exemple souvent cité est l’influence de l’industrie du tabac, domaine dans lequel la Suisse se classe au deuxième rang mondial en termes de mauvaise performance par rapport à d’autres pays. De telles influences peuvent conduire à ce que les préoccupations de santé publique ou sociales passent après les intérêts économiques.
Un autre déficit démocratique résulte de l’influence des grands acteurs économiques, en particulier du secteur financier et des multinationales. La dépendance de la Suisse vis-à-vis de certaines grandes entreprises permet à ces dernières d’exercer une pression politique considérable et conduit régulièrement à des décisions du Conseil fédéral et du Parlement qui leur sont favorables. Lorsqu’une entreprise est considérée comme « trop grande pour faire faillite » (too big to fail) ou même « trop grande pour être sauvée » (too big to be saved), un potentiel de chantage apparaît.
Une séparation des pouvoirs imparfaite
La structure institutionnelle de la démocratie suisse soulève également des questions. La séparation des pouvoirs n’est pas pleinement mise en œuvre, car le Parlement élit à la fois le Conseil fédéral et le Tribunal fédéral.
De plus, il n’existe pas, au niveau fédéral, de Cour constitutionnelle chargée de vérifier la conformité des lois avec la Constitution. Il en résulte que le Parlement occupe une position très forte. Par le passé, il est arrivé à plusieurs reprises que des initiatives acceptées par le peuple ne soient pas mises en œuvre, ou seulement partiellement. Citons par exemple l’initiative de Rothenthurm, l’initiative des Alpes, l’initiative contre la publicité pour le tabac, mais aussi, à l’inverse, l’initiative contre l’immigration de masse de l’UDC. Cette pratique soulève la question de savoir dans quelle mesure la démocratie directe a réellement le dernier mot ou si, en fin de compte, c’est le Parlement qui interprète et relativise la volonté populaire. Dans le cadre de l’initiative « Enfants sans tabac », la Commission de la santé du Conseil national a déclaré ouvertement que le Parlement était l’instance suprême et non le peuple. Dans le même esprit, le Parlement a décidé en 2022 d’acheter des avions de combat F-35, alors qu’une initiative populaire s’y opposait et qu’il existait des doutes massifs quant à leur coût et à leur efficacité, doutes qui se sont confirmés par la suite.
Discrimination et exclusion de certains groupes de population
Un autre problème réside dans le niveau parfois insuffisant de l’éducation civique. De nombreuses personnes ne disposent pas des connaissances nécessaires pour comprendre les enjeux politiques complexes. Cela les rend vulnérables aux messages simplistes, à la manipulation, voire aux théories du complot. Or, une démocratie qui fonctionne repose sur des citoyennes et des citoyens informés, capables d’analyser les informations de manière critique.
De plus, certains groupes de population sont exclus de la participation politique, en particulier les étrangers et les jeunes de moins de 18 ans. Bien qu’ils soient parfois fortement concernés par les décisions politiques, ils n’ont pas le droit de vote au niveau national. Cela constitue une restriction du principe démocratique selon lequel toutes les personnes concernées devraient pouvoir participer aux décisions.
Les tendances actuelles sont également préoccupantes
Outre ces déficits structurels, on observe également des tendances récentes qui sont préoccupantes. À l’instar d’autres pays, la Suisse connaît des évolutions dans lesquelles des acteurs puissants tentent de restreindre les voix critiques.
Ainsi, en 2015, par exemple, des lois ont été renforcées, punissant la publication d’informations liées au secret bancaire d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement, soit autant que pour un homicide par négligence. Cela rend impossible le journalisme d’investigation en Suisse et entrave la mise au jour des dysfonctionnements. Cette pression sur les médias est également exercée de manière active, comme en témoignent par exemple la plainte déposée contre le Tages-Anzeiger pour son reportage sur le blanchiment d’argent d’une banque genevoise ou la perquisition effectuée dans les locaux d’« Inside Paradeplatz ».
Les possibilités de censure ont été élargies, notamment par la facilitation des décisions superprovisoires en cas d’« intérêt digne de protection » au lieu de se limiter à un « intérêt particulièrement digne de protection ». Cela permet de supprimer plus rapidement des informations, avant même qu’un débat public puisse avoir lieu à leur sujet. Dans certains cas, cela a pour conséquence que des informations politiquement pertinentes ne parviennent même pas au public, comme dans le cas des affaires concernant le conseiller d’État genevois Pierre Maudet.
Entraves à la société civile
Un autre exemple concerne le traitement réservé aux organisations non gouvernementales (ONG). À la suite du vote sur l’initiative pour des multinationales responsables, lors duquel les acteurs de la société civile ont réussi à mobiliser les citoyens avec un succès étonnant, des services du Département fédéral des affaires étrangères, proches des milieux économiques et relevant du conseiller fédéral Cassis, ont pris des mesures visant à restreindre la marge de manœuvre des ONG. Il s’agit notamment de la suppression des subventions pour le travail de sensibilisation aux causes politiques du sous-développement ou de l’interdiction pour les ONG de mener des actions de sensibilisation dans les écoles. Des organisations telles que StopArmut ont été touchées par ces mesures.
Une loi visant à exclure le travail politique des ONG de l’exonération fiscale est actuellement en discussion au Parlement. Cela entraînerait une charge administrative importante et des coûts supplémentaires, ce qui entraverait ce travail.
Surveillance et interdiction des débats politiques
Malgré la révélation de l’affaire des fiches à la fin des années 1980 et le durcissement des lois qui s’en est suivi, le Service de renseignement de la Confédération a continué de surveiller des organisations d’opposition – par exemple Public Eye ou les Verts – notamment en raison d’un « risque de radicalisation ». L’extension de cette surveillance est en cours.
Dans le canton de Vaud, le conseiller d’État Borloz a interdit les débats politiques réunissant des participants de tous les partis dans les écoles avant les élections fédérales de 2023. Deux ans plus tard, le Tribunal cantonal a donné suite à un recours contre cette interdiction. L’interdiction était illégale.
Concentration des médias et pouvoir de l’information
L’évolution du paysage médiatique est un thème clé.
- La concentration croissante des médias traditionnels et des « réseaux sociaux » entre les mains d’un petit nombre de propriétaires peut orienter la formation de l’opinion vers l’idéologie et les intérêts de ces derniers, faussant ainsi la démocratie. Cette tendance est déjà bien avancée en France et aux États-Unis : https://christnet.ch/fr/non-a-linitiative-contre-la-ssr/
- Les réseaux sociaux, où il n’y a plus de vérification des faits et qui offrent des possibilités illimitées à leurs propriétaires – par exemple Elon Musk –, aux industries disposant de moyens financiers importants et aux intérêts nationalistes – par exemple les bots russes –, constituent un danger pour la démocratie, car ils favorisent fortement la désinformation et l’incitation à la haine.
- L’intelligence artificielle jouera à l’avenir un rôle clé dans l’information de la population. La création d’entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle nécessite des milliards, que seuls les super-riches peuvent réunir. Ce sont eux qui déterminent alors quelles informations l’intelligence artificielle met à disposition lors d’une requête.
- Dans le même temps, les médias indépendants subissent des pressions politiques et économiques, ce qui peut affaiblir leur rôle d’instance de contrôle critique.
Accumulation de richesse – et donc de pouvoir
Enfin, la concentration croissante de la richesse constitue également un défi fondamental pour la démocratie. Lorsque de plus en plus de fortune se trouve entre les mains d’un petit nombre de personnes, l’influence de cette minorité fortunée sur la politique, l’économie, les médias et l’information s’accroît.
Poser dès maintenant les jalons pour la démocratie !
En résumé, on peut retenir que la Suisse, malgré sa forte tradition démocratique, est confrontée à divers défis. Ceux-ci concernent aussi bien des aspects structurels tels que le financement de la politique et la séparation des pouvoirs que des évolutions récentes dans le domaine des médias et de l’économie mondiale. Il est nécessaire de se pencher en permanence sur ces déficits démocratiques afin de garantir la qualité et la crédibilité de la démocratie à long terme.
L’initiative populaire fédérale « Pour une place financière suisse durable et tournée vers l’avenir (Initiative pour une place financière durable) » a abouti avec plus de 145’000 signatures. Le nombre requis de signatures a été récolté avec succès. En collaboration avec la coalition « Chrétiens pour la protection du climat », ChristNet soutient cette initiative. ChristNet et la coalition « Chrétien.ne.s pour la protection du climat » soutiennent cette initiative.
ChristNet et la coalition « Chrétien.ne.s pour la protection du climat » soutiennent l’initiative pour trois raisons principales :
Premièrement, l’initiative exige une économie juste et écologique. Aujourd’hui encore, des capitaux en provenance de Suisse sont investis dans des projets qui nuisent au climat et à la biodiversité. Cela va à l’encontre de la responsabilité envers la création et de la dignité de toutes les personnes, en particulier de celles qui souffrent le plus des conséquences de la crise climatique.
Deuxièmement, le secteur financier dispose d’un pouvoir d’influence considérable. Les banques, les assurances et les caisses de pension peuvent, par leurs investissements, faire avancer de manière décisive la transition vers une économie durable. L’initiative garantit que cette responsabilité soit assumée et mise en oeuvre de manière transparente.
Troisièmement, l’initiative place le bien commun au-dessus des intérêts de profit à court terme. Une politique financière durable contribue à réduire les dommages à long terme, tels que les phénomènes météorologiques extrêmes, les migrations et les conflits, et à garantir un avenir digne d’être vécu pour toutes et tous.
Une place financière à portée mondiale
La place financière suisse joue un rôle central au niveau international. L’initiative exige qu’elle aligne systématiquement ses activités sur les objectifs internationaux en matière de climat et de biodiversité. Les banques, les assurances et les autres acteurs financiers ne doivent plus investir dans les énergies fossiles ni dans d’autres projets nuisibles au climat. Les capitaux doivent au contraire être dirigés vers des projets favorisant un avenir durable. Une économie financière responsable constitue un levier essentiel pour faire face à la crise climatique et environnementale et protéger les générations futures.
« La Suisse porte une responsabilité globale avec sa place financière. Il n’est pas acceptable que des investissements continuent d’alimenter des projets qui aggravent la crise climatique et détruisent les moyens de subsistance de nombreuses personnes », déclare Yvan Maillard-Ardenti, responsable thématique pour la justice climatique auprès d’EPER.
Les exigences s’adressent aux banques, aux assurances, aux institutions de prévoyance et à d’autres acteurs du secteur financier. L’accent est mis sur les impacts tout au long de la chaîne de valeur, notamment en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre et la biodiversité.
Vivre concrètement les valeurs chrétiennes
Pour « Chrétien·ne·s pour la protection du climat », l’initiative constitue un moyen concret de traduire les valeurs chrétiennes dans l’action économique. Elle allie la responsabilité envers la création à l’engagement pour la justice globale et la solidarité.
« En tant que chrétien·ne·s, nous portons la responsabilité de préserver la création. L’Initiative pour une place financière durable est une possibilité concrète d’assumer cette responsabilité aussi dans nos pratiques économiques et de la mettre en oeuvre politiquement », explique Milena Hartmann, responsable de service et déléguée à l’environnement auprès d’oeco Églises pour l’environnement.
Le soutien à l’initiative est ainsi un signe visible d’une foi qui assume sa responsabilité envers la création et s’engage pour un avenir juste et digne d’être vécu pour toutes les personnes.
Les organisations chrétiennes sont appelées à agir
Face à la crise climatique et environnementale, les Églises et les organisations chrétiennes sont appelées à prendre position et à s’engager pour la justice, l’amour du prochain ainsi que pour une vie bonne et épanouie pour tous les êtres vivants. Dans un monde globalisé, les destins des personnes sont liés entre les différentes régions du globe. Assumer la responsabilité envers la planète et ses limites fait partie de la responsabilité de foi des chrétien·ne·s.
Source : Communiqué de presse de la coalition « Chrétien·ne·s pour la protection du climat »
Depuis la pandémie de «coronavirus» au plus tard, le télétravail s’est largement généralisé. Au Conseil national, les organisations patronales ont profité de cette situation pour proposer une réforme visant à assouplir le cadre du travail et le repos dominical, et présentent leur idée comme un progrès pour les travailleurs.
Mais la réalité est tout autre : la pression en faveur d’une plus grande flexibilité et d’un mélange entre vie professionnelle et vie familiale s’intensifierait en cas de mise en œuvre, et le dimanche s’éroderait massivement. Quelle valeur les Églises accordent-elles au dimanche ? Lire la suite
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