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Non à l’affaiblissement du service civil

Economie, Justice, Politique, Santé, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 2 min

Le 14 juin 2026, nous voterons sur une modification de la loi sur le service civil. Les partis bourgeois ont approuvé une modification législative visant à affaiblir le service civil. Un référendum a désormais été lancé contre cette mesure.

Le service civil est un modèle de réussite. Introduit en 1996 après une longue lutte, il a donné à des milliers de jeunes hommes la possibilité d’accomplir un service civil au service de la communauté plutôt que de faire leur service militaire. De plus, il permet à de nombreuses organisations d’accueil de fournir les prestations dont elles ont besoin.

Le PEV, les Verts, le PS et le PVL rejettent la révision sur laquelle le peuple suisse se prononcera le 14 juin. Diverses organisations, telles que l’association du service civil CIVIVA, ont joué un rôle déterminant dans la collecte des signatures pour le référendum.

La modification de la loi comprend six mesures :

  • Nombre minimum de 150 jours de service, même après avoir accompli une partie du service militaire.
  • Le coefficient de 1,5 jour de service civil par jour de service militaire s’applique également aux sous-officiers et aux officiers.
  • Pas de missions nécessitant des études de médecine humaine, dentaire ou vétérinaire.
  • Pas d’admission des militaires ayant 0 jour de service restant. Il n’est donc plus possible de contourner l’obligation de tir.
  • Obligation d’engagement annuel à compter de l’admission, ce qui aligne le rythme du service sur celui du service militaire et du service civil.
  • Obligation d’achever la longue mission au plus tard au cours de l’année civile suivant l’admission définitive, si la demande a été déposée pendant l’ER. Dans la législation actuelle, cela pouvait également se faire plus tard.

Ces mesures ont des répercussions diverses, mais dans l’ensemble, elles sont radicales. Le Conseil fédéral et la majorité parlementaire tablent sur une réduction de 40 % du nombre de jours de service civil grâce à ces mesures. Si cet objectif n’était atteint que de manière approximative, cela ne servirait pas non plus les intérêts de l’armée elle-même. Au contraire, le risque serait grand de voir de nombreuses personnes se rabattre sur la « voie bleue ». Le calcul de la Confédération ne tiendra donc pas la route.

Ce qui est toutefois déterminant, c’est qu’il y a et qu’il y aura aujourd’hui et à l’avenir plus qu’assez de militaires. Les chiffres de la Confédération le montrent clairement. L’effectif réel de l’armée s’élève à environ 146 700 personnes, alors que l’effectif fixé par la loi est de 140 000. La révision de la loi ne peut donc être comprise que comme une volonté délibérée de détériorer les conditions du service civil.

Notre pays a besoin d’une armée, il a besoin d’une protection civile pour les hommes inaptes au service militaire, mais surtout d’un service civil qui serve les jeunes hommes concernés et apporte le soutien en personnel nécessaire aux organismes d’affectation, notamment dans les domaines social et de la santé, de l’environnement et de l’éducation.

La solution actuelle est bonne. La conscience ne peut toujours pas être sérieusement mise à l’épreuve. Quiconque effectue un service civil 50 % plus long que le service militaire prouve que sa motivation pour le service civil est sérieuse.

19. mai 2026/0 Commentaires/par Heiner Studer
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/05/zivildienst_pexels_293819023-FR.jpg 956 1700 Heiner Studer https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Heiner Studer2026-05-19 12:03:582026-05-19 12:06:00Non à l’affaiblissement du service civil

Foi, amour, espoir – Des anciennes vertus et des nouvelles crises

Dossier : Valeurs chrétiennes - démocratie saine ?, Politique, Social, Société, Theologie
Lesezeit / Temps de lecture ~ 14 min

Depuis le début de la guerre en Ukraine, une chose est claire : les foyers de tension dans le monde ne se sont pas éteints, mais ont repris de plus belle, nous précipitant d’une crise à l’autre. Quel est le rôle des chrétiens dans ce contexte ? Et où se trouve l’espoir dans cette situation ?

Lire la suite

15. mai 2026/0 Commentaires/par Prof. Dr. Christine Schliesser
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/05/pexels-cottonbro-7243778-scaled.jpg 1440 2560 Prof. Dr. Christine Schliesser https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Prof. Dr. Christine Schliesser2026-05-15 12:20:542026-05-15 12:26:13Foi, amour, espoir – Des anciennes vertus et des nouvelles crises

Déficits démocratiques : la Suisse est elle aussi concernée

Dossier : Valeurs chrétiennes - démocratie saine ?, Justice, Politique, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 7 min

La Suisse est souvent considérée à l’échelle internationale comme un modèle de démocratie qui fonctionne. Grâce à ses instruments de démocratie directe, tels que l’initiative populaire et le référendum, le pouvoir politique semble particulièrement proche du peuple. Pourtant, un examen plus approfondi montre que la Suisse présente elle aussi divers déficits démocratiques.

Ces déficits démocratiques expliquent pourquoi les intérêts économiques l’emportent souvent sur la volonté populaire.

Financement opaque de la politique

Le financement de la politique constitue un problème central. En Suisse, les milieux disposant de moyens financiers importants, tels que les entreprises, les associations ou les particuliers fortunés, ont nettement plus de possibilités d’influencer les processus politiques. Ils peuvent soutenir les campagnes électorales et référendaires à coups de sommes considérables et ainsi influencer l’opinion publique plus fortement que d’autres acteurs. Cela conduit à des conditions inégales dans la compétition politique et fausse la volonté populaire. Le principe démocratique « une personne, une voix » s’en trouve ainsi sapé, car les moyens financiers se traduisent de facto par une influence accrue. Il est particulièrement problématique que les intérêts économiques sectoriels acquièrent ainsi un poids excessif, alors que dans une démocratie, ce sont en réalité les intérêts de la population qui devraient être au centre des préoccupations.

À cela s’ajoute la dépendance de nombreux politiciens et partis vis-à-vis des bailleurs de fonds. Quiconque a déjà bénéficié d’un soutien financier important ou en dépend pour être réélu se retrouve facilement dans une situation de dette envers ses bailleurs de fonds. Cela peut conduire à ce que les décisions politiques ne soient plus prises uniquement dans l’intérêt général, mais tiennent également compte des attentes des soutiens. Si de telles dépendances sont souvent difficiles à prouver, elles constituent néanmoins un risque structurel pour l’indépendance de la politique. Outre des personnalités politiques que je connais personnellement et qui m’ont fait part de leurs dépendances, un exemple bien connu est le revirement soudain de la PDC sur la taxe sur les bonus en 2012, après avoir reçu un don important de l’UBS.

Un autre aspect important est la transparence du financement de la politique. Depuis l’automne 2022, les partis au niveau fédéral doivent divulguer les dons supérieurs à 15 000 francs, et pour les campagnes, cela concerne les budgets à partir de 50 000 francs. Mais la résistance à une transparence totale reste forte. Les partis qui bénéficient fortement de grands donateurs, en particulier, n’ont guère intérêt à divulguer l’intégralité de leur financement. Dans le canton de Schaffhouse, la majorité parlementaire et gouvernementale a refusé pendant des années de mettre en œuvre une initiative populaire sur la transparence. Dans le même temps, l’exemple de Schaffhouse montre toutefois que la population peut tout à fait intervenir dans de tels cas et imposer sa volonté, ce qui est à son tour un signe du bon fonctionnement des mécanismes démocratiques.

Perméabilité du système aux lobbies

Outre le financement de la politique, la forte perméabilité du système politique aux groupes de pression constitue également un problème. Au niveau parlementaire notamment, les groupes d’intérêt disposant de moyens financiers importants ont un accès particulièrement facile aux décideurs par rapport à ce qui se passe à l’étranger. Un exemple souvent cité est l’influence de l’industrie du tabac, domaine dans lequel la Suisse se classe au deuxième rang mondial en termes de mauvaise performance par rapport à d’autres pays. De telles influences peuvent conduire à ce que les préoccupations de santé publique ou sociales passent après les intérêts économiques.

Un autre déficit démocratique résulte de l’influence des grands acteurs économiques, en particulier du secteur financier et des multinationales. La dépendance de la Suisse vis-à-vis de certaines grandes entreprises permet à ces dernières d’exercer une pression politique considérable et conduit régulièrement à des décisions du Conseil fédéral et du Parlement qui leur sont favorables. Lorsqu’une entreprise est considérée comme « trop grande pour faire faillite » (too big to fail) ou même « trop grande pour être sauvée » (too big to be saved), un potentiel de chantage apparaît.

Une séparation des pouvoirs imparfaite

La structure institutionnelle de la démocratie suisse soulève également des questions. La séparation des pouvoirs n’est pas pleinement mise en œuvre, car le Parlement élit à la fois le Conseil fédéral et le Tribunal fédéral.

De plus, il n’existe pas, au niveau fédéral, de Cour constitutionnelle chargée de vérifier la conformité des lois avec la Constitution. Il en résulte que le Parlement occupe une position très forte. Par le passé, il est arrivé à plusieurs reprises que des initiatives acceptées par le peuple ne soient pas mises en œuvre, ou seulement partiellement. Citons par exemple l’initiative de Rothenthurm, l’initiative des Alpes, l’initiative contre la publicité pour le tabac, mais aussi, à l’inverse, l’initiative contre l’immigration de masse de l’UDC. Cette pratique soulève la question de savoir dans quelle mesure la démocratie directe a réellement le dernier mot ou si, en fin de compte, c’est le Parlement qui interprète et relativise la volonté populaire. Dans le cadre de l’initiative « Enfants sans tabac », la Commission de la santé du Conseil national a déclaré ouvertement que le Parlement était l’instance suprême et non le peuple. Dans le même esprit, le Parlement a décidé en 2022 d’acheter des avions de combat F-35, alors qu’une initiative populaire s’y opposait et qu’il existait des doutes massifs quant à leur coût et à leur efficacité, doutes qui se sont confirmés par la suite.

Discrimination et exclusion de certains groupes de population

Un autre problème réside dans le niveau parfois insuffisant de l’éducation civique. De nombreuses personnes ne disposent pas des connaissances nécessaires pour comprendre les enjeux politiques complexes. Cela les rend vulnérables aux messages simplistes, à la manipulation, voire aux théories du complot. Or, une démocratie qui fonctionne repose sur des citoyennes et des citoyens informés, capables d’analyser les informations de manière critique.

De plus, certains groupes de population sont exclus de la participation politique, en particulier les étrangers et les jeunes de moins de 18 ans. Bien qu’ils soient parfois fortement concernés par les décisions politiques, ils n’ont pas le droit de vote au niveau national. Cela constitue une restriction du principe démocratique selon lequel toutes les personnes concernées devraient pouvoir participer aux décisions.

Les tendances actuelles sont également préoccupantes

Outre ces déficits structurels, on observe également des tendances récentes qui sont préoccupantes. À l’instar d’autres pays, la Suisse connaît des évolutions dans lesquelles des acteurs puissants tentent de restreindre les voix critiques.

Ainsi, en 2015, par exemple, des lois ont été renforcées, punissant la publication d’informations liées au secret bancaire d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement, soit autant que pour un homicide par négligence. Cela rend impossible le journalisme d’investigation en Suisse et entrave la mise au jour des dysfonctionnements. Cette pression sur les médias est également exercée de manière active, comme en témoignent par exemple la plainte déposée contre le Tages-Anzeiger pour son reportage sur le blanchiment d’argent d’une banque genevoise ou la perquisition effectuée dans les locaux d’« Inside Paradeplatz ».

Les possibilités de censure ont été élargies, notamment par la facilitation des décisions superprovisoires en cas d’« intérêt digne de protection » au lieu de se limiter à un « intérêt particulièrement digne de protection ». Cela permet de supprimer plus rapidement des informations, avant même qu’un débat public puisse avoir lieu à leur sujet. Dans certains cas, cela a pour conséquence que des informations politiquement pertinentes ne parviennent même pas au public, comme dans le cas des affaires concernant le conseiller d’État genevois Pierre Maudet.

Entraves à la société civile

Un autre exemple concerne le traitement réservé aux organisations non gouvernementales (ONG). À la suite du vote sur l’initiative pour des multinationales responsables, lors duquel les acteurs de la société civile ont réussi à mobiliser les citoyens avec un succès étonnant, des services du Département fédéral des affaires étrangères, proches des milieux économiques et relevant du conseiller fédéral Cassis, ont pris des mesures visant à restreindre la marge de manœuvre des ONG. Il s’agit notamment de la suppression des subventions pour le travail de sensibilisation aux causes politiques du sous-développement ou de l’interdiction pour les ONG de mener des actions de sensibilisation dans les écoles. Des organisations telles que StopArmut ont été touchées par ces mesures.

Une loi visant à exclure le travail politique des ONG de l’exonération fiscale est actuellement en discussion au Parlement. Cela entraînerait une charge administrative importante et des coûts supplémentaires, ce qui entraverait ce travail.

Surveillance et interdiction des débats politiques

Malgré la révélation de l’affaire des fiches à la fin des années 1980 et le durcissement des lois qui s’en est suivi, le Service de renseignement de la Confédération a continué de surveiller des organisations d’opposition – par exemple Public Eye ou les Verts – notamment en raison d’un « risque de radicalisation ». L’extension de cette surveillance est en cours.

Dans le canton de Vaud, le conseiller d’État Borloz a interdit les débats politiques réunissant des participants de tous les partis dans les écoles avant les élections fédérales de 2023. Deux ans plus tard, le Tribunal cantonal a donné suite à un recours contre cette interdiction. L’interdiction était illégale.

Concentration des médias et pouvoir de l’information

L’évolution du paysage médiatique est un thème clé.

  • La concentration croissante des médias traditionnels et des « réseaux sociaux » entre les mains d’un petit nombre de propriétaires peut orienter la formation de l’opinion vers l’idéologie et les intérêts de ces derniers, faussant ainsi la démocratie. Cette tendance est déjà bien avancée en France et aux États-Unis : https://christnet.ch/fr/non-a-linitiative-contre-la-ssr/
  • Les réseaux sociaux, où il n’y a plus de vérification des faits et qui offrent des possibilités illimitées à leurs propriétaires – par exemple Elon Musk –, aux industries disposant de moyens financiers importants et aux intérêts nationalistes – par exemple les bots russes –, constituent un danger pour la démocratie, car ils favorisent fortement la désinformation et l’incitation à la haine.
  • L’intelligence artificielle jouera à l’avenir un rôle clé dans l’information de la population. La création d’entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle nécessite des milliards, que seuls les super-riches peuvent réunir. Ce sont eux qui déterminent alors quelles informations l’intelligence artificielle met à disposition lors d’une requête.
  • Dans le même temps, les médias indépendants subissent des pressions politiques et économiques, ce qui peut affaiblir leur rôle d’instance de contrôle critique.

Accumulation de richesse – et donc de pouvoir

Enfin, la concentration croissante de la richesse constitue également un défi fondamental pour la démocratie. Lorsque de plus en plus de fortune se trouve entre les mains d’un petit nombre de personnes, l’influence de cette minorité fortunée sur la politique, l’économie, les médias et l’information s’accroît.

Poser dès maintenant les jalons pour la démocratie !

En résumé, on peut retenir que la Suisse, malgré sa forte tradition démocratique, est confrontée à divers défis. Ceux-ci concernent aussi bien des aspects structurels tels que le financement de la politique et la séparation des pouvoirs que des évolutions récentes dans le domaine des médias et de l’économie mondiale. Il est nécessaire de se pencher en permanence sur ces déficits démocratiques afin de garantir la qualité et la crédibilité de la démocratie à long terme.

29. avril 2026/0 Commentaires/par Markus Meury
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/04/pexels-will-chen-246349093-36074718.jpg 1013 1800 Markus Meury https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Markus Meury2026-04-29 19:21:442026-04-29 19:27:05Déficits démocratiques : la Suisse est elle aussi concernée

L’initiative sur la place financière a abouti

Economie, Politique, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 3 min

L’initiative populaire fédérale « Pour une place financière suisse durable et tournée vers l’avenir (Initiative pour une place financière durable) » a abouti avec plus de 145’000 signatures. Le nombre requis de signatures a été récolté avec succès. En collaboration avec la coalition « Chrétiens pour la protection du climat », ChristNet soutient cette initiative. ChristNet et la coalition « Chrétien.ne.s pour la protection du climat » soutiennent cette initiative.

ChristNet et la coalition « Chrétien.ne.s pour la protection du climat » soutiennent l’initiative pour trois raisons principales :

Premièrement, l’initiative exige une économie juste et écologique. Aujourd’hui encore, des capitaux en provenance de Suisse sont investis dans des projets qui nuisent au climat et à la biodiversité. Cela va à l’encontre de la responsabilité envers la création et de la dignité de toutes les personnes, en particulier de celles qui souffrent le plus des conséquences de la crise climatique.

Deuxièmement, le secteur financier dispose d’un pouvoir d’influence considérable. Les banques, les assurances et les caisses de pension peuvent, par leurs investissements, faire avancer de manière décisive la transition vers une économie durable. L’initiative garantit que cette responsabilité soit assumée et mise en oeuvre de manière transparente.

Troisièmement, l’initiative place le bien commun au-dessus des intérêts de profit à court terme. Une politique financière durable contribue à réduire les dommages à long terme, tels que les phénomènes météorologiques extrêmes, les migrations et les conflits, et à garantir un avenir digne d’être vécu pour toutes et tous.

Une place financière à portée mondiale

La place financière suisse joue un rôle central au niveau international. L’initiative exige qu’elle aligne systématiquement ses activités sur les objectifs internationaux en matière de climat et de biodiversité. Les banques, les assurances et les autres acteurs financiers ne doivent plus investir dans les énergies fossiles ni dans d’autres projets nuisibles au climat. Les capitaux doivent au contraire être dirigés vers des projets favorisant un avenir durable. Une économie financière responsable constitue un levier essentiel pour faire face à la crise climatique et environnementale et protéger les générations futures.

« La Suisse porte une responsabilité globale avec sa place financière. Il n’est pas acceptable que des investissements continuent d’alimenter des projets qui aggravent la crise climatique et détruisent les moyens de subsistance de nombreuses personnes », déclare Yvan Maillard-Ardenti, responsable thématique pour la justice climatique auprès d’EPER.

Les exigences s’adressent aux banques, aux assurances, aux institutions de prévoyance et à d’autres acteurs du secteur financier. L’accent est mis sur les impacts tout au long de la chaîne de valeur, notamment en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre et la biodiversité.

Vivre concrètement les valeurs chrétiennes

Pour « Chrétien·ne·s pour la protection du climat », l’initiative constitue un moyen concret de traduire les valeurs chrétiennes dans l’action économique. Elle allie la responsabilité envers la création à l’engagement pour la justice globale et la solidarité.

« En tant que chrétien·ne·s, nous portons la responsabilité de préserver la création. L’Initiative pour une place financière durable est une possibilité concrète d’assumer cette responsabilité aussi dans nos pratiques économiques et de la mettre en oeuvre politiquement », explique Milena Hartmann, responsable de service et déléguée à l’environnement auprès d’oeco Églises pour l’environnement.

Le soutien à l’initiative est ainsi un signe visible d’une foi qui assume sa responsabilité envers la création et s’engage pour un avenir juste et digne d’être vécu pour toutes les personnes.

Les organisations chrétiennes sont appelées à agir

Face à la crise climatique et environnementale, les Églises et les organisations chrétiennes sont appelées à prendre position et à s’engager pour la justice, l’amour du prochain ainsi que pour une vie bonne et épanouie pour tous les êtres vivants. Dans un monde globalisé, les destins des personnes sont liés entre les différentes régions du globe. Assumer la responsabilité envers la planète et ses limites fait partie de la responsabilité de foi des chrétien·ne·s.

Source : Communiqué de presse de la coalition « Chrétien·ne·s pour la protection du climat »

20. avril 2026/0 Commentaires/par ChristNet
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/04/place-de-financiere-2931083.jpg 770 1700 ChristNet https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg ChristNet2026-04-20 09:39:552026-04-20 09:39:55L’initiative sur la place financière a abouti

Travail : une nouvelle attaque contre le dimanche sous le prétexte de la « modernisation »

Economie, Justice, Santé, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 4 min

Depuis la pandémie de «coronavirus» au plus tard, le télétravail s’est largement généralisé. Au Conseil national, les organisations patronales ont profité de cette situation pour proposer une réforme visant à assouplir le cadre du travail et le repos dominical, et présentent leur idée comme un progrès pour les travailleurs.

Mais la réalité est tout autre : la pression en faveur d’une plus grande flexibilité et d’un mélange entre vie professionnelle et vie familiale s’intensifierait en cas de mise en œuvre, et le dimanche s’éroderait massivement. Quelle valeur les Églises accordent-elles au dimanche ? Lire la suite

19. mars 2026/0 Commentaires/par Markus Meury
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/03/vitaly-gariev-bl7h_R-PKpU-unsplash-scaled.jpg 1440 2560 Markus Meury https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Markus Meury2026-03-19 12:07:512026-03-19 12:13:22Travail : une nouvelle attaque contre le dimanche sous le prétexte de la « modernisation »

La charité aussi pour les pays à faible revenu !?

Developement, Justice, Politique, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 8 min

La coopération au développement est un sujet politique récurrent dans les pays du Nord. Et ce d’autant plus depuis que Trump a procédé à des coupes radicales dans ce domaine. Mais en réalité, les flux financiers du Sud vers le Nord sont plus importants que l’inverse.

La charité en politique – qu’est-ce que cela signifie pour la « coopération au développement » ou le soutien aux pays du Sud1 ? Voici quelques chiffres généraux sur les flux financiers avant d’aborder les conséquences de la dissolution de l’agence d’aide au développement USAID par l’administration Trump.

L’argent dont disposent les gouvernements

Pour comprendre les inégalités mondiales, il est utile d’examiner la situation financière des États. Les gouvernements des pays du Sud disposent de peu d’argent par habitant (ressources publiques par habitant) :

  • Ghana : 509 USD
  • Philippines : 888 USD
  • Allemagne : 26 464 USD
  • Suisse : 30 844 USD2

Cela signifie que le gouvernement suisse dispose d’environ 60 fois plus d’argent par habitant que le gouvernement ghanéen. À cela s’ajoute une charge supplémentaire : au Ghana, environ 40 % du budget de l’État est consacré au service de la dette3 .

Coopération au développement : promesses des pays du Nord et chiffres actuels

Depuis des décennies, les pays à revenu élevé (« pays du Nord ») ont pour intention et objectif déclaré de consacrer au moins 0,7 % de leur produit intérieur brut (PIB4) à la coopération au développement. Cependant, seuls quatre pays ont atteint cet objectif : le Luxembourg, la Norvège, la Suède et le Danemark (données pour l’année 2024 ; jusqu’à récemment, l’Allemagne atteignait également au moins 0,7 %). Les États-Unis ont atteint 0,22 % et la Suisse 0,51 %. Un point important pour contextualiser les chiffres suisses : les dépenses liées à l’asile sur le territoire national sont comptabilisées dans la coopération officielle au développement5 : en 2023, environ 28 % des fonds suisses consacrés au développement, soit environ 1,3 milliard de francs, ont été affectés à l’asile en Suisse, en particulier pour les réfugiés ukrainiens.

Flux financiers internationaux et dettes

À la fin de l’année 2024, les pays dits en développement et émergents affichaient une dette extérieure record de 8 900 milliards de dollars, soit plus du double de celle de 20106 . En 2023, le service total de la dette (paiement des intérêts et remboursement de la dette) des pays en développement a atteint un niveau record de 1 400 milliards de dollars américains. Sur ce montant, 406 milliards de dollars correspondaient aux seuls paiements d’intérêts7 .

Particulièrement touchés : les pays les plus pauvres

  • Les 78 pays les plus pauvres8 sont les plus touchés :
  • Le coût du service de leur dette a triplé au cours des dix dernières années.
  • Le montant des intérêts seuls a même quadruplé.
  • Au total, ils ont versé environ 36 milliards de dollars américains en 2023.

En 2022 et 2023, les créanciers externes ont en outre reçu 535 milliards de dollars américains de plus en remboursements de dettes qu’ils n’ont accordé de nouveaux crédits. Cela signifie que ces pays dépensent plus d’argent qu’ils n’en gagnent9 . ChatGPT résume la situation comme suit :

  • Flux financiers des pays du Nord vers les pays du Sud par an : 200 à 220 milliards de dollars américains10
  • Flux financiers du Sud vers le Nord : 400 à 600 milliards de dollars américains.

Pourquoi la dette augmente-t-elle autant ?

Une raison importante est la politique mondiale en matière de taux d’intérêt. Afin de lutter contre l’inflation, les grandes banques centrales ont considérablement augmenté leurs taux d’intérêt directeurs. Cela a rendu les crédits plus coûteux, en particulier pour les pays fortement endettés à l’étranger.

La politique monétaire de la Réserve fédérale américaine joue ici un rôle central. De nombreux pays pauvres ont contracté des dettes en dollars américains. Lorsque les taux d’intérêt augmentent aux États-Unis, leur charge financière augmente directement11 .

L’exemple des Philippines

Dans le budget national 2025 du gouvernement philippin, 13,8 % étaient destinés au service de la dette (extérieure et intérieure), seulement 4,7 % aux services de santé (hôpitaux publics, centres de santé et activités sanitaires telles que les vaccinations et le planning familial) et 15,4 % aux écoles publiques et aux rares universités publiques – la plupart des « collèges » et universités sont privés, c’est-à-dire coûteux et donc inabordables pour de nombreuses familles.

Ces 13,8 % consacrés au service de la dette correspondent à 877 milliards de pesos. C’est le chiffre officiel communiqué par le gouvernement. Il n’inclut PAS le remboursement des anciennes dettes (amortissement de la dette). En réalité, en 2025, le service de la dette s’élevait à 2051 milliards de pesos12 . L’amortissement de la dette est principalement réalisé par la contraction de nouvelles dettes. C’est terrible !

Certains crédits accordés par le passé ont été une bénédiction pour la population, d’autres une malédiction. Un exemple : la centrale nucléaire de Bataan a été financée principalement par une dette extérieure de 2,3 milliards de dollars contractée sous le régime Marcos dans les années 1970. Une partie de l’argent a fini dans des poches privées (corruption). La centrale nucléaire n’a jamais été mise en service, principalement parce qu’elle est située à proximité d’un volcan endormi et de failles sismiques. La dette n’a été entièrement remboursée qu’en 2007 et, aujourd’hui encore, environ un million de dollars américains sont dépensés chaque année pour l’entretien de ce bâtiment inutile13 .

Conséquences pour la population

Environ 3,3 milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent plus pour le service de la dette que pour les écoles publiques ou les soins de santé14 . La situation est particulièrement dramatique dans les 22 pays les plus endettés, dont la dette extérieure dépasse 200 % des recettes d’exportation. Dans ces pays, plus de la moitié de la population – 56 % en moyenne – n’a pas les moyens de s’alimenter de manière à garantir sa santé à long terme15 .

Baisse des fonds alloués au Sud

En 2024, l’aide des pays du Nord au Sud a diminué de 7 % et devrait encore baisser, car plus de neuf pays donateurs, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, ont annoncé des réductions importantes pour les années à venir.

Conséquences de la diminution des flux financiers pour la coopération au développement

Une analyse scientifique montre qu’au cours des 20 dernières années, la coopération au développement a permis d’éviter des millions de décès. L’étude conclut qu’une augmentation des fonds pourrait réduire le taux de mortalité de 23 %. Cependant, la tendance actuelle va dans le sens contraire : moins d’argent sera disponible. Si les récentes réductions budgétaires se poursuivent, l’étude estime qu’entre 6,2 et 12,6 millions de personnes supplémentaires mourront entre 2025 et 2030. Une forte réduction des fonds aurait des conséquences encore plus graves : les chercheurs prévoient alors entre 16 et 29 millions de décès supplémentaires entre 2025 et 203016 .

Les conséquences sont particulièrement évidentes dans le cas de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Selon des estimations scientifiques, les programmes financés par l’USAID auraient permis d’éviter environ 92 millions de décès entre 2001 et 2021. Compte tenu de l’arrêt brutal et récent des financements de l’USAID, on estime qu’entre 8,5 et 19,7 millions de personnes supplémentaires pourraient mourir d’ici 203017 .

La Christoffel Blindenmission rapporte ce qui suit18 :

  • La suppression soudaine de la quasi-totalité des fonds destinés à la coopération au développement et à l’aide humanitaire par l’USAID a de graves répercussions dans le monde entier. Au moins 120 millions de personnes dans plus de 100 pays sont directement touchées par la suppression de ces fonds, qui représentaient 42 % des fonds humanitaires mondiaux l’année dernière.
  • Un employé de la Mission pour les aveugles constate avec consternation : « Tout un système qui assure la survie des personnes dans les zones de crise et de catastrophe est en train de s’effondrer. »
  • Au Soudan, les cuisines communautaires qui fournissaient de la nourriture à des centaines de milliers de personnes dans les zones de guerre ont dû fermer.
  • En Ukraine, les communautés en première ligne se retrouvent sans bois de chauffage.

L’Institut tropical, où je travaille, avait reçu pour mandat de l’USAID de renforcer les soins de santé en Ukraine en collaboration avec une organisation américaine. En février 2025, une collègue m’a dit qu’elle venait de recevoir un appel téléphonique des États-Unis : le financement du projet de santé en Ukraine allait être immédiatement suspendu. J’ai également appris qu’un projet tanzanien de lutte contre le VIH financé par l’USAID et mené par l’Institut tropical devait être interrompu.

Le manque d’argent n’est pas le seul problème

Pourtant, le manque d’argent n’est pas la principale cause de la mauvaise qualité des soins de santé dans tous les pays. Ainsi, un responsable du ministère de la Santé des Philippines a indiqué qu’en général, seuls 60 à 70 % du budget alloué à la santé étaient utilisés, c’est-à-dire dépensés19 . Les contraintes non financières, telles que la pénurie de médecins ou la mauvaise gestion, peuvent constituer un obstacle plus important.

Réactions des pays du Sud

Les pays du Sud s’adaptent à la diminution de l’aide apportée par les pays du Nord. Ainsi, certains pays ont instauré des taxes sur les produits du tabac et les boissons sucrées, ce qui génère des recettes et peut améliorer l’état de santé de la population.

Je me suis récemment entretenu avec deux professeurs expérimentés de l’Institut tropical. Tous deux étaient d’avis que la diminution des fonds provenant du Nord ne devait pas nécessairement avoir des conséquences négatives. Ils observent dans plusieurs pays du Sud une volonté croissante d’assumer davantage de responsabilités et de mobiliser davantage les moyens financiers nécessaires à un bon développement dans leur propre pays.

À mon avis, une mesure complémentaire urgente serait un allègement considérable de la dette des pays fortement endettés. Dès 2000, un appel international en faveur d’un allègement de la dette des pays pauvres a été lancé, notamment en référence au Lévitique 25 (3e livre de Moïse). En 2025, le pape François a repris cette demande. Dans sa bulle jubilaire Spes Non Confundit (« L’espérance ne déçoit pas »), il a appelé les nations riches à effacer les dettes « injustes et impayables » des pays pauvres. Il a qualifié cette remise de dette de mesure nécessaire pour parvenir à une justice sociale, économique et réparatrice.

Résumé et conclusion

  • Les gouvernements des pays du Sud disposent de beaucoup moins d’argent par habitant que les gouvernements des pays du Nord.
  • Les dettes des pays du Sud, en partie contractées dans le cadre de projets douteux, ont augmenté au fil des décennies pour atteindre actuellement environ 9 000 milliards de dollars. Le service de la dette (intérêts et remboursement) fait que de nombreux pays du Sud envoient plus d’argent au Nord qu’ils n’en reçoivent.
  • Nous appartenons à un Dieu de justice. Le corps du Christ ne devrait-il pas se préoccuper davantage de cette question et agir plus activement dans ce domaine et dans d’autres domaines liés à la pauvreté et à l’injustice ?

1. Nous utilisons ici principalement l’expression « pays du Sud ». D’autres expressions sont « pays en développement » (le nombre de pays concernés est plus important lorsqu’on parle de pays en développement et émergents) et « deux tiers du monde ». La Banque mondiale utilise l’expression « pays à faible et moyen revenu ».

2. Calculs de l’auteur. Sources principales : (i) https://www.imf.org/external/datamapper/rev@FPP ; (ii) https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.MKTP.CD

3. Lien : https://www.myjoyonline.com/ghana-spent-nearly-half-of-revenue-on-debt-servicing-in-5-years

4. Valeur de tous les biens et services produits en un an à l’intérieur des frontières d’une économie nationale.

5. D’autres pays du Nord font de même : il s’agit d’une astuce comptable visant à améliorer leur image.

6. Banque mondiale. Rapport sur la dette internationale 2025. https://openknowledge.worldbank.org/server/api/core/bitstreams/b097dece-76e1-4f68-a74b-79f0a9f0e8e9/content

7. Banque mondiale. Rapport sur la dette internationale 2024. https://openknowledge.worldbank.org/bitstreams/9b3d960c-5f6e-4100-82bc-46d72d4602ad/download

8. 78 des pays les plus pauvres du monde ont droit à des fonds de l’Association internationale de développement (IDA). L’IDA est le prêteur concessionnel de la Banque mondiale qui accorde une aide financière sous forme de prêts sans intérêt ou à très faible taux d’intérêt (appelés « crédits ») ou sous forme de subventions (« dons » – environ 20 % des fonds de l’IDA). Au cours de l’exercice clos le 30 juin 2025, les engagements de l’IDA s’élevaient à un total de 33,8 milliards de dollars américains (https://ida.worldbank.org/en/ida-financing).

9. Lien : https://www.undp.org/press-releases/ballooning-debt-service-payments-poorest-countries-reach-alarming-levels-undp-warns

10. Il convient de noter que les 200 à 220 milliards ne sont pas entièrement versés au Sud : une partie de cet argent reste dans les pays du Nord, notamment pour financer l’asile (mentionné ci-dessus), les remises de dettes, les salaires et les frais des « experts » du Nord qui conseillent les gouvernements ou les organisations publiques, par exemple dans le domaine de la santé (ce qui est souvent d’une valeur discutable).

11. Lien : https://www.srf.ch/news/wirtschaft/rekordsumme-viele-entwicklungslaender-leiden-unter-hoher-schuldenlast

12. Lien : https://hronlineph.com/2024/12/19/statement-pmcj-on-the-2025-philippine-national-budget

13. Source principale : https://debtjustice.org.uk/countries/philippines

14. Lien : https://data.one.org/analysis/net-financing-flows-remain-low

15. Lien : https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2025/12/03/developing-countries-debt-outflows-hit-50-year-high-during-2022-2024

16. Andrea Ferreira da Silva et al. Lancet Global Health 2026 : https://doi.org/10.1016/S2214-109X(26)00008-2

17. Daniella Medeiros Cavancalti et al, Lancet 2025 : https://doi.org/10.1016/S0140-6736(25)01186-9

18. Lien : https://www.cbm.org/news/news-articles/2025/usaid-aid-cuts.html

19. Lien : https://ahpsr.who.int/newsroom/news/item/26-05-2025-navigating-health-financing-cliffs-charting-a-path-forward

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6. mars 2026/0 Commentaires/par Christian Auer
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/03/naveed-ahmed-x8S8CuYs5Yw-unsplash-scaled-e1772740341359.jpg 1694 1694 Christian Auer https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Christian Auer2026-03-06 11:41:032026-03-07 14:05:10La charité aussi pour les pays à faible revenu !?

Le fonds pour le climat offre une plus grande marge de manœuvre pour s’adapter au changement climatique

Economie, Environnement, Politique, Social, Société
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Les mesures de lutte contre le changement climatique coûtent cher. Avec l’adoption de la loi sur la protection du climat en 2023, la Suisse disposera de 2 milliards de francs par an pour financer ces mesures. Cependant, pour atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050, il est urgent de trouver des moyens financiers supplémentaires. Ces derniers doivent être investis dans un fonds pour le climat, sur lequel le peuple suisse se prononcera le 8 mars 2026.

L’initiative pour un fonds pour le climat vise à créer un fonds d’investissement public dans lequel la Confédération verserait chaque année 0,5 à 1 % du produit intérieur brut (PIB). Cela correspond à environ 4 à 8 milliards de francs par an (Conseil fédéral 2026). Le fonds pour le climat vise à promouvoir les mesures nationales d’adaptation au changement climatique. Ces mesures comprennent, par exemple, le développement des énergies renouvelables, la rénovation des bâtiments, le soutien au remplacement des systèmes de chauffage fossiles par des technologies modernes (par exemple, les pompes à chaleur), la promotion de la mobilité électrique et la formation initiale et continue de personnel qualifié.

Est-ce économiquement viable ?

L’idée de financer des projets dans le domaine de la durabilité à l’aide d’un fonds d’investissement public n’est pas nouvelle. Les partisans de l’initiative soulignent que dans les années 1970, la construction de grands barrages comme celui du col du Grimsel et l’extension du réseau ferroviaire dans les années 1980 ont été financées à hauteur de 1 à 4 % du PIB. Dans les années 1990, cependant, les finances fédérales se sont tellement déséquilibrées qu’une énorme dette s’est accumulée (DFF 2024). Le Parlement et le Conseil fédéral ont convenu qu’il fallait des règles concrètes en matière de dépenses. Ce mécanisme de contrôle des dépenses totales de la Confédération est appelé « frein à l’endettement ».

Le frein à l’endettement se réfère aux recettes correspondant à la situation économique et limite ainsi les dépenses (DFF 2024). Une augmentation des dépenses n’est possible que si leur financement est assuré par des recettes ou des renoncements.

Pendant la pandémie de coronavirus, le frein à l’endettement a atteint ses limites pour la première fois depuis sa mise en place, car la Confédération a dû débloquer environ 35 milliards de francs pour atténuer les conséquences économiques (DFF 2025). Ces dettes devraient être remboursées d’ici 2035, ce qui devrait permettre de rééquilibrer le budget fédéral. La question se pose donc de savoir si les opposants à l’initiative craignent, compte tenu de la charge déjà existante du budget fédéral due à la dette liée à la pandémie, que le fonds pour le climat n’entraîne un endettement plus important et une augmentation des impôts (Conseil fédéral 2026).

Aborder l’avenir avec courage plutôt qu’avec crainte

Il est certainement judicieux de garder à l’esprit les craintes des opposants à l’initiative lorsqu’il s’agit d’introduire le fonds pour le climat. En effet, on ne peut nier que le frein à l’endettement est responsable du faible niveau d’endettement de la Suisse en comparaison internationale (DFF 2025). Par exemple, le ratio d’endettement public net n’est que de 17,2 % du PIB, ce qui est très faible. Cependant, nous devons également penser aux dépenses liées aux conséquences du changement climatique, qui augmenteront considérablement à l’avenir (Les Verts Suisse et PS Suisse 2026). On observe déjà aujourd’hui des dommages causés par la chaleur dans les forêts, le recul des glaciers et l’instabilité des versants montagneux qui en résulte, ainsi que des pertes économiques dues au manque de neige dans les régions touristiques hivernales. Les dommages causés par des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations et les glissements de terrain peuvent être considérablement réduits grâce à des mesures de protection ciblées. Le fonds pour le climat offre donc la possibilité d’éviter des dépenses importantes en cas de dommages grâce à des investissements précoces, ce qui peut avoir un effet positif sur le budget de l’État (SRF 2026). Il vaut donc la peine d’avancer courageusement vers un avenir incertain plutôt que de rester immobile, paralysé par des craintes financières.

Socialement équitable

Le projet soumis au vote prévoit également deux mesures concrètes visant à rendre le fonds pour le climat socialement équitable. Premièrement, le fonds crée et garantit des emplois (SRF 2026). En effet, la mise en œuvre des mesures de lutte contre le changement climatique nécessite des spécialistes dans différents domaines. Ces spécialistes doivent être formés et perfectionnés par le fonds. À cette fin, ils reçoivent des contributions financières pour compenser la perte de revenu pendant la période de formation.
Deuxièmement, les administrations communales, les entreprises et les particuliers peuvent déjà bénéficier aujourd’hui de subventions pour l’installation de systèmes photovoltaïques et de systèmes de chauffage durables, la rénovation énergétique de bâtiments, etc. Le site energiesuisse offre par exemple un aperçu précieux des subventions disponibles. L’acceptation de l’initiative sur le fonds climatique permettrait d’augmenter encore ces possibilités de subventions, dont pourraient également bénéficier les personnes à faibles revenus et disposant d’un patrimoine modeste (Der Zeitgenosse 2026).

Intéressant sur le plan écologique

Le renforcement de la biodiversité constitue une autre mesure passionnante qui doit être soutenue par le fonds pour le climat. Dans de nombreuses villes suisses, des arbres mobiles sont désormais utilisés en été pour fournir de l’ombre et rafraîchir les places publiques. Dans la mesure du possible, des arbres résistants à la chaleur sont plantés. Outre leur effet rafraîchissant, les arbres servent de réservoirs naturels de CO2 et d’habitat pour les insectes, les oiseaux et les mammifères.

Développement durable

Le projet de loi sur le fonds pour le climat répond aux trois piliers du développement durable : il est bien pensé et compatible sur les plans économique, social et écologique. ChristNet le salue, car nous y voyons une chance de lutter de manière préventive contre le changement climatique et d’emmener avec nous dans cette voie les personnes qui disposent de peu de ressources financières.
Indépendamment du vote, il vaut la peine de prier pour la Suisse : pour que le Parlement fédéral fasse preuve de sagesse dans la gestion de la dette, pour les personnes déjà touchées par les conséquences du changement climatique et pour que la confiance en Dieu prévale face à un avenir incertain.


Sources

Le Conseil fédéral (2026). Le portail du gouvernement suisse. Initiative sur le fonds pour le climat. Lien : https://www.admin.ch/gov/de/start/dokumentation/abstimmungen/20260308/klimafonds-initiative.html (état au 4 février 2026)

Der Zeitgenosse (2026) : Initiative pour un fonds climatique. Votation populaire fédérale, 8 mars 2026. Youtube. Lien : https://www.youtube.com/watch?v=zle0hoSHt8A (état au 28 janvier 2026).

Département fédéral des finances DFF (2024) : Le frein à l’endettement. Lien : https://www.efd.admin.ch/de/schuldenbremse (état au 13 février 2024).

Département fédéral des finances DFF (2025) : Dette fédérale. Bundesschulden. Lien : https://www.efd.admin.ch/de/bundesschulden (état au 10 février 2026).

SuisseEnergie : Contributions d’encouragement et possibilités de subventions (2026). Lien : https://www.energieschweiz.ch/foerderung/ (état au 4 février 2026).

Les Verts Suisse et le PS Suisse (2026) : Oui à l’initiative sur le fonds pour le climat. Lien : https://www.klima-fonds.ch/ (état au 4 février 2026).

Radio Télévision Suisse SRF (2026) : Le fonds climatique public doit rendre la Suisse climatiquement neutre d’ici 2050. Lien : https://www.srf.ch/news/schweiz/abstimmung-am-8-maerz-staatlicher-klimafonds-soll-schweiz-bis-2050-klimaneutral-machen (état au 13 janvier 2026).

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11. février 2026/0 Commentaires/par Noelia Trachsel
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/02/Gletscher-97219232397.jpg 788 1400 Noelia Trachsel https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Noelia Trachsel2026-02-11 17:33:402026-02-17 18:12:14Le fonds pour le climat offre une plus grande marge de manœuvre pour s’adapter au changement climatique

Non à l’initiative contre la SSR

Justice, Politique, Social, Société
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L’initiative contre la SSR sera soumise au vote le 8 mars. Au lieu des 335 francs actuels, la SSR ne coûterait plus que 200 francs aux utilisateurs. Cette réduction des redevances revient à laisser le pouvoir de l’information aux mains des milliardaire et ses grandes entreprises de médias.

Le recul de la démocratie dans toutes les régions du monde est également lié à la polarisation de l’information due à la concentration des médias et aux algorithmes d’Internet. Dans ce contexte, il est essentiel de maintenir une source d’information relativement fiable et répandue telle que la SSR. Car la démocratie a besoin de vérité et d’informations équilibrées.

Changement dans les médias en Suisse – L’argent et les idéologies des riches prennent-ils le dessus ?

Au cours des dernières décennies, le nombre de journaux régionaux en Suisse a diminué, principalement en raison de fusions et de rachats. Ceux qui restent sont concentrés entre les mains d’un nombre toujours plus restreint de propriétaires et sont en partie rachetés et fusionnés par des milliardaires.

  • Tamedia détient près de 50 % du marché suisse des journaux
  • AZ/NZZ détient près de 20 % en Suisse alémanique
  • Ringier et, avec lui, la maison d’édition Axel Springer concentrent également une grande partie
  • Tito Tettamanti a été le premier milliardaire à acheter la maison d’édition Jean Frey en 2001 et à changer l’orientation de son magazine Weltwoche. En 2010, c’est au tour de la Basler Zeitung, qui, malgré les dénégations de Christoph Blocher, est tombée entre ses mains. En 2018, Blocher a vendu la BaZ à Tamedia, mais a reçu en échange toute une série d’hebdomadaires gratuits qui touchent désormais plus d’un demi-million de foyers chaque semaine et véhiculent largement la propagande de l’UDC.

Dans ces conditions, le paysage médiatique s’est légèrement déplacé vers la droite au cours des dernières décennies. Les médias chrétiens sont également concernés. Eux aussi dépendent des grands donateurs et de leur opinion. Certaines voix s’élèvent pour dire que c’est une bonne chose, car les médias ont toujours été plutôt de gauche. Le mythe, volontiers entretenu par divers milieux, selon lequel les médias seraient de gauche ne résiste pas à l’analyse scientifique : une étude menée par l’Université de Zurich entre 2018 et 2023 montre un regroupement plutôt centriste, avec des écarts vers la gauche et vers la droite. La SRF n’est apparemment pas non plus de gauche. En outre, l’évaluation régulière de l’Université de Zurich sur la couverture médiatique des initiatives et d’autres votations montre que les causes de gauche ne s’en sortent généralement pas mieux… Mais la majorité des journalistes ne sont-ils pas «de gauche» ? Une enquête de la ZHAW semble leur donner raison. Cependant, ce sont apparemment les éditeurs, et non les journalistes, qui décident de la direction à prendre. L’orientation des médias est manifestement plus libérale que conservatrice, mais tout aussi libérale à droite qu’à gauche.

Un regard sur l’étranger : où cela peut mener

D’autres pays ont déjà fait un pas en avant dans ce domaine :

  • Au Royaume-Uni, Rupert Murdoch et d’autres conservateurs de droite ont racheté de nombreux médias dès les années 70 et ont réussi, grâce à leur propagande, à faire élire Margaret Thatcher et à promouvoir son idéologie de désolidarisation.
  • En France, Vincent Bolloré s’est construit au cours des 20 dernières années une position similaire à celle de Murdoch, tout comme les familles Dassault et Pierre-Edouard Stérin. Plusieurs études se sont penchées sur la concentration des médias en France. Libération résume la situation comme suit : en février 2022, 11 milliardaires détenaient 81 % des ventes de quotidiens nationaux, 95 % des hebdomadaires d’intérêt général, 47 % des parts d’audience radio et 57 % des parts d’audience télévision. Parmi les milliardaires qui dominent le marché des médias, Vincent Bolloré se distingue particulièrement. Cette concentration a entraîné un essor encore plus fort des mouvements conservateurs de droite en France que dans le reste de l’Europe occidentale.
  • Aux États-Unis, le processus de fusion des médias et de réduction de la couverture médiatique locale est en cours depuis longtemps. Aujourd’hui, seuls les milliardaires peuvent se permettre d’acheter des médias. Ceux-ci exercent désormais une influence plus forte : Jeff Bezos de Amazon a racheté le Washington Post, autrefois plutôt de gauche, et a renforcé le blocage des reportages critiques en 2025. Ces dernières années, des personnes exposés à la critique ont commencé à intenter des procès en dommages-intérêts se chiffrant en millions contre les médias qui publient des articles qui leur déplaisent (Weaponized Lawsuit), ce qui peut entraîner un « effet dissuasif », c’est-à-dire une autocensure. Le président Trump a encore accru cette pression par de nombreuses poursuites judiciaires se chiffrant en milliards, des menaces et des mesures légales. CBS a ainsi dû être vendue à l’un de ses amis. Son émission satirique très populaire avec Stephen Colbert, critique de Trump, sera arrêtée en mai 2026.

Dans le cadre de l’objectif visant à faire taire les opposants, le financement des chaînes de télévision publiques aux États-Unis a également été supprimé. Cela montre un parallèle avec la Suisse, où l’initiative SRG émane également du parti le plus proche de Trump (et dont les figures de proue, Blocher et Köppel, sont des sympathisants du président américain).

Nous avons besoin de médias indépendants et désintéressés pour lutter contre la propagande

Dans le même temps, de plus en plus de personnes s’informent sur Internet et y trouvent souvent des informations et des algorithmes appartenant à des milliardaires tels que Mark Zuckerberg et Elon Musk, qui ont parfois des intentions de propagande d’extrême droite. Ils laissent également libre cours à la désinformation, à la diffamation et à la propagande haineuse. Nous sommes passés d’une ère d’information à une ère de désinformation.
En cette période de tensions croissantes et de polarisation sociale, nous avons besoin de médias qui disposent encore de suffisamment de temps pour produire des reportages bien documentés et non motivés par des intérêts particuliers, qui, comme la SSR, doivent respecter un temps d’antenne équilibré pour tous les partis et qui sont en mesure de vérifier correctement les faits. Car si seuls les intérêts sont poursuivis, c’est la propagande qui prévaut, et non la vérité. En tant que chrétiens attachés à la vérité, nous devrions considérer cela comme une situation d’urgence.
On entend parfois dire que la SSR est « contrôlée par l’État » et fait de la propagande d’État. Or, ces accusations découlent de théories du complot et de la crainte d’un État tout-puissant (idée encouragée par les milieux économiques intéressés par une plus grande liberté). En effet, en Suisse, « l’État » n’est pas de gauche (voir le Conseil fédéral et le Conseil national) et dispose de beaucoup moins de pouvoir que dans d’autres pays, sans parler de son influence sur le contenu des programmes télévisés. Ceci contraste fortement avec les exemples susmentionnés des chaînes appartenant à des milliardaires. C’est précisément l’enjeu du vote du 8 mars 2026. Allons-nous nous laisser séduire par la réduction de 135 francs de la redevance télévisuelle ?

Photo de Ajeet Mestry sur Unsplash

2. février 2026/0 Commentaires/par Markus Meury
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/02/ajeet-mestry-UBhpOIHnazM-scaled.jpg 1440 2560 Markus Meury https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Markus Meury2026-02-02 14:50:002026-02-02 14:54:27Non à l’initiative contre la SSR

Rencontre au-delà des différences

Amour prochain, Justice, Social, Société, Theologie
Lesezeit / Temps de lecture ~ 7 min

Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne, comme en témoignent de nombreux passages de la Bible. Mais ce n’est un secret pour personne que les préjugés, la méfiance ou la peur sapent cette tradition biblique. Des recherches récentes montrent toutefois que la compétence interculturelle est un processus de développement favorisé par la volonté d’aller à la rencontre de l’autre.

Depuis toujours, les gens perçoivent souvent comme un défi, voire une menace, tout ce qui est étranger, différent de leur propre culture et de leur propre expérience. De telles réactions sont tout à fait compréhensibles, mais elles peuvent notamment favoriser l’injustice envers autrui. Nous savons également aujourd’hui que les gens peuvent être confrontés à des défis non seulement en raison de la différence des étrangers, mais aussi en raison de certains aspects de leur propre personnalité qui leur semblent étrangers. Nous pouvons parfois nous sentir étrangers à nous-mêmes et ne pas comprendre entièrement nos propres traits de caractère, attitudes ou actions. Enfin, certaines personnes, par exemple celles qui ont un tempérament extraverti, ont plus de facilité à aborder les étrangers de manière ouverte et sans préjugés, tandis que d’autres, en raison de leur personnalité et de leur caractère, sont généralement plus réservées dans leurs interactions sociales. En bref, la manière dont nous traitons nos semblables qui nous sont étrangers a beaucoup à voir avec nous-mêmes.

Hospitalité et bienveillance dans la tradition chrétienne

L’exigence d’accueillir les autres avec bienveillance et hospitalité s’inscrit dans une longue tradition judéo-chrétienne. L’Ancien Testament exigeait déjà de traiter avec justice et gentillesse les personnes issues de cultures étrangères, par exemple : « Tu n’exploiteras point l’étranger. Vous savez bien ce que ressent un étranger, car vous avez vous-mêmes été étrangers en Égypte » (Exode 23,9, traduction œcuménique, 2017). Notre propre histoire, faite de fuite, d’étrangeté et de dépendance, doit nous rendre sensibles à la situation des autres. À cela s’ajoute la conviction que chaque être humain, quelle que soit son origine, possède une dignité particulière.

On trouve des exigences similaires dans le Nouveau Testament. Par exemple, les communautés chrétiennes sont exhortées à « pratiquer l’hospitalité sans murmurer » (1 Pierre 4,9, Traduction œcuménique, 2017) ! Dans une lettre adressée à des chrétiens qui subissaient eux-mêmes de fortes pressions en raison de leur foi, il était même dit ou écrit : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que certains, sans le savoir, ont hébergé des anges » (Épître aux Hébreux 13,2, traduction œcuménique, 2017) ! Cela fait notamment écho à des récits de l’Ancien Testament qui racontent des expériences personnelles d’étrangers ou des rencontres entre des hommes et des anges ou des messagers de Dieu. On raconte par exemple qu’Abraham a accueilli trois de ces messagers de Dieu (Genèse 18). L’un des messagers est traditionnellement interprété comme le représentant de Dieu lui-même. Les messagers ont promis à Abraham la naissance de son fils Isaac. L’ouverture d’esprit envers les personnes que nous connaissons, mais aussi envers celles que nous ne connaissons pas, est élevée à un niveau quasi surnaturel et spirituel. Accueillir les étrangers avec hospitalité n’est pas seulement une exigence éthique, mais permet également, dans certaines circonstances, de vivre une expérience particulière de Dieu. Le Nouveau Testament approfondit ce lien et le renforce. Le point de départ est l’amour du prochain envers l’étranger dans le besoin, indépendamment des liens ethniques ou religieux. Beaucoup pensent d’abord à la parabole du bon Samaritain (Évangile selon Luc 10,25-37). L’étranger d’une autre confession aide de manière désintéressée une personne en situation désespérée et contraste ainsi avec ses contemporains religieux qui abandonnent les personnes dans le besoin.

D’autres se souviendront peut-être du texte poignant de l’Évangile selon Matthieu (25,31-46). Là aussi, Jésus utilise l’exemple de l’attention portée aux personnes dans le besoin. L’hospitalité et l’attention deviennent un devoir religieux, car la manière dont on traite l’étranger détermine également la fidélité à Dieu. La manière dont on traite ceux qui ont faim, ceux qui ont soif et les étrangers devient un critère du salut. Le Christ lui-même est présent dans l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (verset 35). Quiconque se montre miséricordieux envers ses semblables, consciemment ou inconsciemment, est invité à entrer dans la communion éternelle avec Dieu. Quiconque donne à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif, habille ceux qui sont dans le besoin, accueille les étrangers avec bienveillance, rend visite aux malades et aux prisonniers, confirme sa foi sincère en Dieu.

L’hospitalité et l’aide apportée à autrui doivent donc être comprises comme une miséricorde envers Dieu lui-même (verset 40). Le comportement miséricordieux envers son prochain est finalement considéré comme une conséquence de la miséricorde de Dieu.

De l’intégration à l’inclusion et à la participation

Les textes bibliques proviennent de cultures dans lesquelles l’hospitalité, les rencontres humaines et les relations interpersonnelles occupent encore aujourd’hui une place importante dans la société. Dans les sociétés occidentales également, le respect du prochain et de l’étranger est considéré comme une valeur fondamentale, en particulier l’aide caritative aux personnes dans le besoin. Cependant, ce n’est un secret pour personne que l’hospitalité et l’amour du prochain peuvent être limités par les préjugés, la méfiance ou la peur des abus. Les recherches actuelles montrent également que les contacts, les rencontres ou même les amitiés avec des personnes issues de (sous-)cultures qui nous sont étrangères peuvent réduire les réserves et les préjugés existants. Dans le débat public, le thème de la migration est traditionnellement associé avant tout à l’intégration. Les personnes issues d’autres cultures doivent apprendre la langue du pays d’accueil et s’y adapter pleinement. Cependant, il est désormais largement reconnu que la véritable participation nécessite « les deux côtés » : la société majoritaire doit également s’ouvrir pour faire place aux minorités.

Le concept d’inclusion met l’accent sur ce processus réciproque et souligne, dans l’esprit des droits humains, que la société elle-même doit se montrer accessible et prête au changement. Une simple optimisation des offres existantes ne suffit pas ; un changement fondamental du système est nécessaire. Il est bien connu que de tels changements ne réduisent pas automatiquement les tensions sociales, mais qu’ils augmentent à long terme les chances d’une participation durable. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la notion d’inclusion soit de plus en plus appliquée aux questions d’asile et de migration. Cette perspective sur l’inclusion et la participation montre clairement que la cohésion sociale ne résulte pas uniquement de réformes structurelles, mais qu’elle repose essentiellement sur l’attitude intérieure des personnes concernées. L’inclusion commence là où les gens sont prêts à remettre en question leur perception de l’autre et à réfléchir à leur propre position dans le cadre de la proximité et de l’étrangeté. C’est précisément à cette intersection que la sensibilité interculturelle entre en jeu.

Utiliser la sensibilité interculturelle

La recherche contemporaine en sciences culturelles (notamment Kumar Yogeeswaran ; Hall) souligne que les individus n’appartiennent pas à une seule culture, mais s’inscrivent simultanément dans plusieurs cadres culturels de référence. Une personne peut se sentir appartenir à une communauté religieuse, être membre d’un club sportif avec ses propres normes et valeurs et faire partie d’une famille avec une identité culturelle forte. En même temps, les individus partagent des appartenances culturelles plus larges, telles que des contextes nationaux et linguistiques. Cette pluralité culturelle constitue une base essentielle pour comprendre la surestimation culturelle et le danger des attributions simplistes. Il n’est pas rare que nous rencontrions des personnes que nous percevons d’abord comme « très différentes » en raison d’une seule caractéristique culturelle – telle que l’origine ethnique – pour constater ensuite que nous vivons dans le même village, participons aux mêmes fêtes et regardons les mêmes films. Ce qui semble étranger à première vue s’avère souvent étonnamment familier dans la vie quotidienne. Une personne peut me paraître « étrangère » en raison de ses caractéristiques physiques, mais je trouve des points communs dans ses valeurs et ses principes. L’expérience montre également que notre propre tolérance à l’égard des différences augmente lorsque nous initions nous-mêmes des rencontres interculturelles ou que celles-ci ont lieu dans des conditions que nous trouvons significatives et enrichissantes. Il en ressort clairement que la sensibilité culturelle n’est pas une caractéristique fixe, mais un processus qui dépend de la situation. Le développement de la compétence interculturelle nécessite donc une perception consciente des moments où notre propre ouverture d’esprit diminue, ainsi qu’une réflexion sur les raisons de ce phénomène. Dans ce contexte, le modèle de développement de la sensibilité interculturelle (DMIS) développé par Milton J. Bennett offre un cadre théorique solide pour comprendre comment les individus perçoivent, interprètent et gèrent les différences culturelles. Le modèle décrit la compétence interculturelle comme un processus de développement dans lequel les visions du monde évoluent progressivement de perspectives ethnocentriques vers des perspectives de plus en plus ethnorelatives. En situant les individus et les groupes le long de ce processus de développement, le DMIS permet de concevoir des processus d’apprentissage et d’intervention ciblés et adaptés au développement. Dans les domaines de l’éducation, du conseil et du développement organisationnel, le modèle peut contribuer à promouvoir systématiquement le développement de formes différenciées, adaptables et inclusives de rencontres interculturelles.

Points importants à retenir

Que pouvons-nous apprendre de la tradition chrétienne et des acquis interdisciplinaires historiques pour notre rapport personnel aux étrangers dans la société ? Nous concluons cette brève incursion par quelques points importants à retenir.

Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne. L’amour du prochain est donc une affaire de cœur, qui s’exprime toutefois par des actes concrets.
Une attitude ouverte et responsable envers les personnes issues de cultures étrangères est l’expression d’une spiritualité vivante et d’une pratique religieuse miséricordieuse, également vécue en communauté. En tant que défenseur des plus vulnérables, l’Église se range également du côté des étrangers, en particulier ceux qui sont dans une situation d’urgence existentielle et sans protection sociale suffisante.
En se référant aux textes bibliques et à la tradition chrétienne, il convient de souligner que les relations avec les étrangers doivent être structurées et responsables. Tous les êtres humains sont, d’une certaine manière, des étrangers. La réconciliation, le respect et des conditions de vie équitables pour les étrangers sont une tâche sociale universelle.

Il faut repenser la notion d’« étranger » : ce n’est pas l’appartenance à une ethnie ou à une culture particulière qui rend une personne étrangère, mais l’absence de curiosité, de respect et de volonté de rencontre. La communauté naît là où les gens établissent des liens sur la base de réalités de vie partagées, de pratiques communes et d’une attitude ouverte, et non là où ils s’en tiennent à des attributions culturelles simplistes. Les différences ne sont pas utilisées pour créer des frontières, mais sont comprises comme une invitation à rechercher des points communs dans une curiosité respectueuse.
Une communauté respectueuse repose sur la reconnaissance du fait que les cultures ne sont pas statiques, mais qu’elles changent constamment et qu’elles naissent et évoluent toujours en relation avec les rapports de force sociaux. Quiconque souhaite assumer la responsabilité de la coexistence doit tenir compte de ces dynamiques et être conscient de sa propre position. C’est seulement ainsi que la diversité culturelle ne deviendra pas une source de nouvelles inégalités, mais une ressource pour la justice, la participation et la croissance commune.

Cet article a été publié pour la première fois sur institut inklusiv.

Mark Moser

Auteur: Mark Moser

Mark Moser (*1973) est professeur de communication, de compétences interculturelles et de transformation des conflits à la Haute école d’économie de la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse. Il enseigne également en tant que professeur externe dans diverses autres universités sur les thèmes de la santé et de la culture, du bien-être spirituel dans des contextes culturellement diversifiés et dans d’autres domaines connexes.

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Oliver Merz

Auteur: Oliver Merz

Oliver Merz (*1971) est théologien et a obtenu son doctorat en théologie pratique en 2015. Il est fondateur et directeur de l’« Institut Inklusiv ». Il est également conférencier invité, consultant, superviseur, expert et auteur. Ses travaux portent principalement sur la diversité et la différence, l’inclusion et la participation dans l’Église et la société, ainsi que sur la religion, la spiritualité et la santé ou la maladie et le handicap.

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15. janvier 2026/0 Commentaires/par Mark Moser
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/01/alice-yamamura-iAVTikZXqR0-unsplash-scaled.jpg 1719 2560 Mark Moser https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Mark Moser2026-01-15 11:34:412026-01-15 18:55:31Rencontre au-delà des différences

Des pistes pour retrouver goût au dialogue

Amour prochain, Philosophie, Politique, Social, Société
Lesezeit / Temps de lecture ~ 3 min

Alors que les réseaux sociaux favorisent la polarisation et les bulles d’opinion, les Églises hésitent à aborder des sujets controversés par crainte de divisions. Dans cet article, Jean-David Knüsel, membre de longue date de ChristNet, propose aux chrétiens des pistes pour retrouver le plaisir d’échanger leurs opinions avec leurs frères et sœurs.

Parmi les crises que nous traversons se trouve une crise du dialogue. Elle se manifeste d’un côté par les bulles d’information, le fait de côtoyer principalement du contenu ou des personnes partageant nos opinions. On découvre alors beaucoup moins des points de vue ou vécus qui pourrait déstabiliser et faire grandir notre positionnement. D’un autre côté, contradictoire en apparence seulement, on assiste à des prises de positions polarisées, tranchantes, excluantes, catégorisant les personnes sur des opinions: woke – antiwoke, végan, antivax, complotiste, fasciste, … On se retrouve alors à expérimenter principalement un dialogue improductif voire violent entre personnes de bulles différentes, cela régulièrement en ligne, mais parfois aussi dans nos interactions. On perd donc de plus en plus goût et foi au dialogue humain, qui est pourtant parmi les plus belles choses à vivre pour des relations fécondes pour nos parcours et nos liens, comme pour la santé d’une démocratie.

Lors de la journée de la Plateforme du Christianisme Solidaire de 2024, un groupe de travail s’est constitué avec l’objectif de promouvoir le dialogue humain direct. Il a élaboré un flyer à imprimer chez soi, qui thématise l’enjeu et donne quelques pistes et outils pour mieux vivre le dialogue là où il est menacé. Il est disponible ici. Un outil à lire et partager pour retrouver et redonner goût au dialogue.

Impulsions données par une émission de télévision

Dans la même visée, le groupe de travail a été encouragé par une démarche audacieuse et plutôt bien réussie entreprise par une équipe de production de la RTS: la série d’expériences de téléréalité « Week-end »: « Weekend à la ferme » (sur le véganisme), « Guerre des sexes au chalet » (féminisme), et « Weekend entre ennemis » (wokisme). Chaque fois quatre personne dans chaque camps, aux profils très différents, vivent ensemble un weekend, en partageant les repas, animations et temps d’échange, pour expérimenter et donner à voir un dialogue humain. On n’y découvre pas que des arguments, mais surtout des personnes, avec leur histoire, et parfois un respect profond ou des liens innattendus qui peuvent se tisser.

Peur des divisions

Cette menace posant sur le vécu du dialogue dans la société pose aussi la question du vécu du dialogue dans l’église. La plupart des églises évitent d’évoquer directement dans les temps communs les sujets sensibles, par crainte de créer des divisions. La crainte est sans doute légitime, mais ne pas en parler est-ce une solution? Le risque n’est-il pas d’empêcher que des sujets de préoccupations importants dans la vie des fidèles ne soient pas exposés à la lumière que peut porter dessus l’évangile? D’arriver au final à une foi très abstraite, en exprimant ensemble que des mots dont le sens est déconnecté des principaux enjeux actuels? De favoriser la vulnérabilité des fidèles à toutes les idéologies circulantes?

Les Églises sont appelées à vivre l’unité dans la diversité

Pourtant les églises ont un réel potentiel de témoigner d’un dialogue fécond dans une société qui en a cruellement besoin aujourd’hui. En effet, l’église est appelée à réunir des générations différentes, des milieux sociaux et des cultures différentes, autour de la personne du Christ. Jésus a donné des bases si belles et solides pour vivre l’unité dans la diversité pour celles et ceux qui se sont mis à sa suite. En brassant des sensibilités divergentes dès la première communauté de disciples, Jésus appelle son église à expérimenter et témoigner d’une unité qu’on pourrait qualifier de surnaturelle. Pour cela il enseigne l’humilité en exigeant de demander et d’accorder quotidiennement le pardon. Il met l’amour qui se met librement au service de l’autre au-dessus de toute autre valeur. Et surtout il se donne lui-même par son Esprit à vivre dans l’intimité en communion à chaque croyante et croyant. On peut alors expérimenter dans nos relations, à travers les cultures et les générations, ce même Christ qui habite en l’autre et nous relie. On découvre être frère, soeur, un, en connaissant, en vivant, ce même Christ, d’une manière différente et similaire à la fois. Face à tout cela, est-ce qu’une perception différente sur le “wokisme” devrait nous faire peur? Osons échanger dans l’humilité avec nos frères et soeurs dans la foi sur les sujets sensibles et importants et cherchons ainsi à grandir en pertinence et dans l’unité en Christ.

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10. janvier 2026/0 Commentaires/par Jean-David Knüsel
https://christnet.ch/wp-content/uploads/2026/01/chris-sabor-qlaot0VrqTM-unsplash-scaled.jpg 1707 2560 Jean-David Knüsel https://christnet.ch/wp-content/uploads/2023/06/Logo-Christnet-2023-3240.svg Jean-David Knüsel2026-01-10 16:20:092026-02-09 16:02:06Des pistes pour retrouver goût au dialogue
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