L’autosatisfaction et la guerre en Irak

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La bible parle souvent de « péchés ». Non pas pour nous causer des problèmes et des épreuves, mais pour nous signaler les pièges. Dieu veut nous empêcher de pécher pour que notre précieuse relation avec lui ne souffre pas et pour que nous ne nous nuisions pas à nous-mêmes ou à notre prochain. La guerre en Irak, à notre avis, a sa racine dans une combinaison de péchés.

L’avidité de l’argent

1 Timothée 6.10 dit : « ….une racine de tout mal est l’amour de l’argent, (…) ». L’emprise sur le pétrole est un moteur majeur de l’administration Bush : Bush lui-même est issu d’une famille de pétroliers, le Vice Cheney était à la tête de la plus grande entreprise d’équipement de forage pétrolier au monde (Halliburton), et Bush lui-même doit son élection, entre autres, à Exxon, qui a prêté des sommes énormes aux candidats républicains lors de la campagne électorale de 2000. En mai 2001, après la crise énergétique américaine, Cheney a déclaré que « l’amélioration de l’accès aux réserves de pétrole du golfe Persique » était une priorité nationale en matière de sécurité énergétique. L’ouverture des réserves énergétiques irakiennes pourrait signifier une réduction de moitié du prix du pétrole aujourd’hui, selon Jamani, l’ancien ministre saoudien de l’énergie. Une aubaine pour un pays qui consomme 2,5 fois plus de pétrole par habitant que les autres pays industrialisés, mais qui n’a pourtant aucune envie de faire quoi que ce soit contre cette surconsommation….

Les magnats des médias comme Rupert Murdoch ont également un intérêt énorme dans la guerre, qui fait monter en flèche les audiences et donc les profits. Le public américain est donc poussé à la guerre par les médias. Enfin, l’industrie de l’armement (les États-Unis représentent 40 % de tous les budgets d’armement dans le monde) a un intérêt dans la guerre.

L’autosatisfaction

Cependant, un autre péché important conduit à la guerre : l’autosatisfaction. « Mais que vois-tu de la paille qui est dans l’oeil de ton frère, sinon la poutre qui est dans ton propre oeil que tu ne perçois pas ? » (Luc 6.41) Plus nous nous sentons bons, plus nous nous éloignons de Dieu. Car alors, nous ne permettons plus que nos actions soient remises en question par Dieu et la sagesse du Saint-Esprit se tarit. Les Pharisiens subirent ce sort et furent jugés en conséquence par Jésus.

« Car celui qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 14.11). L’exaltation et l’autosatisfaction ont malheureusement pris un niveau dans certains cercles du christianisme évangélique qui a de plus en plus d’effets négatifs sur le monde entier. Il ne s’agit pas ici de faire de nous des chrétiens pires que les autres, mais il nous semble important de souligner le danger de l’autosatisfaction avant qu’il ne soit trop tard. Sans repentir dans ce domaine, nous risquons de devenir indignes de confiance aux yeux des non-chrétiens, voire de plonger le monde dans l’abîme. La guerre en Irak est un pas de plus vers l’abîme à cet égard.

Nationalisme

George Bush, chrétien né de nouveau, a proclamé la « lutte monumentale du bien contre le mal » et est soutenu en cela par une grande partie des églises évangéliques des États-Unis. On sait d’emblée qui sont les gentils (et cela est compris dans l’absolu) : l’Occident, et surtout les États-Unis, « le pays de Dieu », comme certains ont coutume de le dire. La « mission mania » du gouvernement américain a pris des proportions effrayantes à cet égard. Ici, le nationalisme a été mélangé à la religion de manière désastreuse, donnant lieu à un auto-agrandissement national. C’est pourquoi elle estime qu’elle n’a plus à prendre personne en considération. La subordination démocratique aux compromis multilatéraux dans le cadre international devient de plus en plus un mot étranger. Cela est apparu clairement au cours des dix dernières années, lorsque les États-Unis n’ont pratiquement signé aucun accord international affectant leurs intérêts. Dans le cas de l’Irak, l’ONU n’a été l’organe de négociation que jusqu’à ce qu’il devienne évident que l’ONU ne se plierait pas à la volonté des États-Unis. Les opposants à la guerre, tels que l’Allemagne et la France, ont alors ressenti l’agression des États-Unis par des menaces, des annulations de traités et des railleries. Ceux qui ne font pas ce que veulent les États-Unis sont punis. Est-ce la liberté dont ils parlent ?

Les forces motrices de la campagne d’Irak (Rumsfeld, Wolfowitz, Cheney, mais aussi le frère de George Bush, Jeb, et l’ancien Vice-Président Quayle) sont d’ailleurs tous cosignataires de la charte du think tank américain « The Project for a New American Century ». L’objectif de ce projet est que l’Amérique devienne le leader mondial et qu’elle exerce une responsabilité mondiale pour la paix et la sécurité par

  • Des forces militaires fortes (augmentation significative des dépenses militaires)
  • Renforcer les liens avec les alliés démocratiques et défier les régimes hostiles en fonction de nos intérêts et de nos valeurs.
  • promouvoir la liberté politique et économique à l’étranger
  • Acceptation de la responsabilité unique de l’Amérique dans le maintien et l’expansion d’un ordre international amical, en faveur de notre sécurité, de notre prospérité et de nos principes. Tous ces documents sont accessibles au public sur www.newamericancentury.org…

Dans la « croisade contre le mal », le schéma de la parabole de la « poutre dans son propre oeil » et de l’autosatisfaction est donc bien suivi. Déjà dans l’interprétation de l’attentat du 11 septembre, la question n’était guère posée de savoir avec quelle part l’Occident contribuait au terrorisme avec son comportement dans les pays arabes. (LIEN ?). Pourquoi exactement y a-t-il eu une telle poussée de fondamentalisme dans les pays arabes au cours des 20 dernières années ? La question de notre propre culpabilité n’a jamais été posée. Au contraire, nous restons les meilleurs. Dans la lutte monumentale contre le mal, le mal est situé « quelque part dehors » au lieu d’être à l’intérieur de nous-mêmes. La plupart des dictatures que les États-Unis combattent au Moyen-Orient ont été créées ou soutenues par les États-Unis eux-mêmes au début pour promouvoir leurs propres intérêts. Ainsi, l’autosatisfaction et l’incapacité à reconnaître sa propre culpabilité dans la montée de la terreur empêchent une véritable solution. En conséquence, la guerre en Irak continuera à alimenter la spirale de la violence : l’ignominie de la défaite (attendue) de la partie « arabe » et la piqûre de l’occupation américaine, ainsi que la haine des populations pour les dirigeants arabes qui ont suivi les États-Unis, donneront un coup de fouet massif à l’intégrisme islamique et provoqueront des renversements à moyen terme. Espérons que cela n’implique pas la puissance nucléaire pakistanaise. Avec la guerre en Irak, la terreur ne sera pas réduite, comme Bush voudrait nous le faire croire, mais elle augmentera. Cela justifiera alors l’offensive anti-terroriste de l’Occident….

La peur de la fin des temps

En hiver 2002-2003, selon un sondage américain, 72% des chrétiens nés de nouveau aux États-Unis croient que « nous assistons actuellement au début de la guerre qui mènera à l’Antéchrist et à l’Armageddon ». Peut-être que le comportement de l’Occident lui-même fera de ces déclarations une prophétie auto-réalisatrice…. Au cours des dix dernières années, l’Occident a connu un véritable boom dans l’interprétation des prophéties bibliques de fin-des-temps. Rappelons également les romans de fin d’année de Tim La Haye, dont 50 millions d’exemplaires ont déjà été vendus. Cette fièvre de la fin des temps a alimenté la peur chez les chrétiens et les pousse à réagir de façon excessive à une menace perçue, y compris la peur pour Israël. Une prophétie qui s’accomplit…. Par conséquent, dans sa manie missionnaire de l’Ancien Testament, Bush estime que les Etats-Unis doivent sauver Israël de l’Irak (géographiquement sur le site de l’ancienne Babylone). Il est possible que Bush souffle en fait pour la guerre par peur pour Israël. Ses conseillers, pour d’autres raisons, comme nous l’avons vu, ont réussi à lui mettre la puce de la peur à l’oreille…. Mais en lançant une attaque occidentale, c’est surtout la haine arabe d’Israël qui sera alimentée. Au lieu de protéger Israël, elle ne fera que le mettre encore plus en danger. La seule issue sera alors l’occupation américaine de l’ensemble du monde arabe. La spirale continue…

Dans les discours américains sur la guerre, on souligne toujours qu’il est du devoir de Dieu de diffuser les bonnes valeurs occidentales de liberté et de démocratie. Pourtant, ces mêmes cercles n’ont pas remarqué que certaines de ces valeurs ont depuis longtemps été corrompues par Mammon :

  • « Liberté » : Avec l’inégalité sociale croissante et l’exclusion toujours plus grande des indigents des conditions de vie de base telles que la santé et l’éducation, la liberté des classes inférieures devient de plus en plus une farce. Seuls les forts ont les moyens (argent et éducation) d’exploiter cette liberté. Et avec les libéralisations et les privatisations, ils obtiennent de plus en plus de libertés aux dépens des faibles. Parallèlement, l’idéologie du « qui veut, peut » est promue….
  • « Démocratie » : aux États-Unis aujourd’hui, seuls les riches ou ceux qui sont soutenus par l’économie ont le droit de vote, les autres n’ont aucune chance dans la coûteuse bataille publicitaire des élections. En l’an 2000, selon Cash, environ 500 millions de dollars ont été dépensés pour la campagne électorale, en l’an 2002 déjà un milliard de dollars, dont les deux tiers en dons électoraux de l’économie aux républicains… La formation de l’opinion est également massivement faussée par la dépendance des médias à l’égard des entreprises.

Que se passera-t-il ensuite dans ces circonstances ? Nous osons dire qu’après la rapide victoire américaine attendue, l’arrogance (dans les domaines géopolitique, mais aussi économique) va s’intensifier et l’arrogance du pouvoir continuer à se manifester. La guerre en Irak ne sera pas la dernière guerre d’agression, d’autant plus que, comme nous l’avons déjà dit, le terrorisme sera probablement fomenté par cette guerre. Le peuple américain continuera à suivre « l’homme fort ». Comment les autres pays vont-ils réagir ? Dans un premier temps, beaucoup, impressionnés par le pouvoir, vont s’allier aux États-Unis. Leur pouvoir augmentera alors encore plus. Mais beaucoup dépendra de qui contrôlera les médias. Plus l’arrogance du pouvoir se déploie, plus la résistance s’accroît. Espérons que ces résistances ne se termineront pas dans la violence, mais qu’elles seront réglées pacifiquement !

La mise en garde contre le péché n’est donc pas du moralisme, mais une préoccupation pour les conséquences du péché et pour l’amour qui est le premier à être blessé. Prions pour George W. Bush et son administration. Et que Dieu nous empêche de mener des croisades au nom de Dieu. Car nous sommes appelés à rendre l’amour de Dieu concrètement visible dans ce monde.


Photo by dx Stub on Unsplash

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