Sénégal : l’espérance issue des urnes

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Le 24 mars 2024, des élections présidentielles ont eu lieu au Sénégal avec un résultat porteur d’espoir. Alain Schaeffer, en mission au Sénégal depuis début 2023, explique dans l’article le contexte. Il vit cette passation de pouvoir comme un signe de guidance divine.

Passer en l’espace de 20 jours du statut de prisonniers politiques à président et premier ministre grâce à une élection historiquement gagnée au premier tour, entendre les mots de réconciliation des cœurs, miracle, espérance lors de l’investiture du nouveau président, voir les semaines précédentes une haute instance diriger avec sagesse le cours des choses en corrigeant les écarts autocratiques qui survenaient, cette institution-là prononçant le mot « miracle » lors de la passation de pouvoir: le Sénégal a vécu ces dernières semaines un rêve imprégné d’idéal soulevant l’enthousiasme avec l’accession à sa tête de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Comment ne pas y voir la main divine, en réponse aux prières formulées intensément dans le pays et en dehors ?

Idéal incarné par des hommes droits.

Le programme des nouveaux dirigeants annonce une rupture à plusieurs niveaux : avec la corruption, avec ce qu’il convient d’appeler le néocolonialisme, avec les anciennes pratiques politiques au Sénégal l’empêchant d’être pleinement une démocratie. Ici se retrouve cette quête d’idéal qui a la dimension d’un changement de régime.
Mais qui sont ces leaders pour relever un tel défi ? Après leurs études à l’Ecole nationale d’administration (ENA sénégalaise) ils travaillent tous deux comme taxateurs à l’administration fiscale de leur pays. A l’inverse des pratiques existantes, ils demeurent blancs comme neige par rapport à la corruption. Ils dénoncent au contraire les procédés observés et fondent un syndicat, pour à la fois demander une amélioration des conditions de travail dans le secteur et donner une identité à la profession autre que l’enrichissement personnel…jusqu’à être radié de la fonction publique par le précédent président Macky Sall pour leurs engagements.
Les premiers pas du nouveau gouvernement donnent le ton dans le choix comme ministre de l’Intérieur de l’ancien chef d’état-major de l’armée qui avait refusé en 2021 l’intervention de l’armée pour réprimer des manifestations d’opposants, ce qui l’avait contraint à se retirer de ses fonctions et se retrouver confiné dans la marge. Le ministre de la Justice est l’ancien procureur qui avait pris en compte une plainte d’Ousman Sonko pour procédés viciés lors de sa mise en accusation pénale dans le but de l’écarter de la sphère politique à quelques mois des élections présidentielles où les tendances le donnaient gagnant ; le procureur avait été muté pour cette raison. Dès les premiers jours suivants la nomination du gouvernement, une lettre présidentielle envoyée à toute l’administration ministres compris contient les mots clés proclamés en wolof (la principale langue locale) : « Jub Jubal Jubanti » soit droiture, probité, exemplarité, avec un encouragement et une protection pour les lanceurs d’alerte1. La direction est donnée, visiblement dans une volonté de cessation immédiate des pratiques de corruption plutôt que progressive.

Rapport à l’Evangile

Nelson Mandela, chrétien méthodiste, était sorti de 27 ans de prison avec la conscience forgée dans cette épreuve et dans la foi que seule la voie du pardon et de la réconciliation pouvait le conduire à une libération intérieure. Ousman Sonko, Bassirou Diomaye, et leur parti ont comme devise « Le don de soi pour la patrie ». Ousman Sonko, emprisonné pour ses idées comme Nelson Mandela a été conduit une fois aux urgences, une autre fois en réanimation, en raison d’une grève de la faim en guise de protestation, et avait, comme leader de l’opposition et candidat naturel aux présidentielles, prévu les options alternatives au cas où il devait disparaître.

La Françafrique et tout ce qu’elle contient, comme influence politique, économique, militaire est quelque chose de lourd à porter pour toutes les anciennes colonies françaises dont le Sénégal. On en entend beaucoup même de la part de chrétiens matures, modérés de charactère, ici au pays où l’auteur de l’article réside. Le travail d’exposé de cette réalité doit se faire dans l’idéal par les Français eux-mêmes : ce sont avant tout aux acteurs de se pencher sur leur comportement, sur les faits pour ensuite espérer un changement de cap, des réparations, demander pardon si une grâce survient dans ce sens ; et la prière est puissante pour cela ! Pour des personnes qui ne sont pas ressortissantes des pays concernés, l’essentiel est de s’informer, écouter. Wikipédia est un bon outil comprenant dans son article en français la mention de 2 livres écrits par des Français décrivant sans complaisance les faits comme documents de référence2.

S’ajoutant à cette problématique celle de la corruption, ou encore de la répression des opposants au système en place par le régime récemment dépassé, l’Evangile est la solution, ici en terres musulmanes : l’amour du prochain, répondre au mal par le bien, ne pas se venger, le pardon, l’amour de l’ennemi, faire aux autres ce que l’on voudrait que l’on fasse à nous-mêmes,3 voilà ce qui attend à être semé. Et ces thèmes évangéliques font écho aux mots entendus le jour de l’investiture du président énoncés plus haut. Le nouveau gouvernement a un immense travail d’exécution de son programme de renouveau ; à nous chrétiens de relever le défi d’annonce de la Bonne Nouvelle de la vie renouvelée par le pardon à traves ses valeurs fortes.

Tous les hommes ou femmes politiques « n’ont pas la chance » d’avoir fait 27 ans de prison comme Mandela, puisque traduisant par là une transcendance de la foi en une cause écartant la motivation au pouvoir ou au profit personnel dans leur engagement. Croyons, prions, agissons pour que le profil de don de soi des nouveaux dirigeants sénégalais, suscitant la mémoire de l’Homme qui à l’origine a donné sa vie en rançon pour la rédemption de l’humanité, puisse conduire à une transformation des cœurs et des mentalités dans ce beau pays, propulsés dans leur nouvelle fonction le lendemain du lundi de Pâques.

1. La lettre est reproduite dans les médias, ici au bas de cet article : https://teranganews.sn/2024/04/incarner-les-principes-du-jub-jubal-jubanti-la-lettre-du-president-diomaye-faye-aux-fonctionnaires-et-agents-de-ladministration-document/

2. Article intitulé ‘françafrique’ de Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7afrique

3. Que l’on trouve essentiellement dans la Sermon sur la Montagne (Matthieu chapitres 5 à 7)

Foto von Victor Rutka auf Unsplash

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