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La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir émane du peuple. Cela signifie que les citoyens d’un pays peuvent décider de la manière dont ils souhaitent être gouvernés. C’est ce qu’on apprend en éducation civique. Mais cet article montre qu’il y a bien plus que cela.
Comme on le sait, il existe différentes formes de démocratie, par exemple la démocratie représentative, dans laquelle des représentants élus prennent les décisions, ou la démocratie directe, dans laquelle le peuple vote lui-même sur des questions de fond. Mais la simple existence d’élections ou de référendums ne suffit pas pour parler d’une véritable démocratie. Il faut plutôt une série de conditions préalables et de conditions-cadres fondamentales.
Accès
Une condition essentielle est l’égalité d’accès de tous les citoyens à la participation politique. Cela signifie tout d’abord que tous les citoyens doivent jouir des mêmes droits politiques. D’un point de vue historique, cela n’a pas toujours été le cas, notamment en raison de l’absence du droit de vote des femmes. Le droit de vote ne doit pas non plus être restreint de manière ciblée – par exemple en limitant le droit de vote à ceux qui ont acquis certains documents d’identité coûteux. Les distorsions structurelles, telles que le découpage électoral manipulé – ce qu’on appelle le « gerrymandering » – ne doivent pas non plus exister, car elles faussent la représentation.
Outre les droits formels, il faut toutefois aussi des possibilités réelles de participation. L’éducation joue ici un rôle décisif : seules les personnes suffisamment informées et comprenant les enjeux peuvent participer de manière constructive aux processus politiques.
Liberté d’expression
Dans une démocratie, tout le monde doit avoir la possibilité d’exprimer et de diffuser librement son opinion. L’Internet pourrait théoriquement contribuer à une plus grande liberté d’expression, mais dans la pratique, on constate que les moyens financiers jouent souvent un rôle important : celui qui investit plus d’argent peut diffuser ses messages plus largement.
Cela pose un problème particulier lors des campagnes de votation et des campagnes électorales. Lorsqu’un camp dispose de ressources financières nettement supérieures, il peut fortement influencer l’opinion publique. Il arrive souvent en Suisse que des projets, qui bénéficient depuis longtemps d’un large soutien dans les sondages, soient finalement rejetés parce qu’un camp adverse disposant de moyens financiers importants mène des campagnes intensives. La propriété des médias est également déterminante : lorsque quelques acteurs contrôlent une grande partie des médias, cela peut limiter la portée des opinions contraires. C’est pourquoi un paysage médiatique financé de manière équilibrée et la liberté de la presse sont des éléments centraux d’une démocratie qui fonctionne.
Vérité
La nécessité d’une information correcte y est étroitement liée. Les citoyennes et citoyens doivent recevoir des informations fiables et vérifiables afin de pouvoir prendre des décisions éclairées. Des instances professionnelles telles que les médias indépendants, les institutions scientifiques ou les organisations de vérification des faits jouent un rôle important à cet égard. À l’heure actuelle, le risque existe toutefois que ces voix soient étouffées ou entravées par un flot d’informations – voire par une désinformation ciblée.
Financement de la politique : des règles du jeu équitables
Un autre élément est le financement équitable des partis et de l’action politique. Lorsque certains partis ou groupes d’intérêt disposent de moyens financiers nettement supérieurs, un déséquilibre s’installe. Il est nécessaire de mettre tout le monde sur un pied d’égalité afin que tous les acteurs politiques aient une chance réelle d’être entendus. Le lobbying doit également être transparent et équilibré afin d’éviter que des intérêts particuliers n’exercent une influence disproportionnée.
Une influence équitable – pas de risque de chantage
La protection contre les menaces et les contraintes est tout aussi importante. Les décisions politiques ne doivent pas être prises sous la pression d’individus ou d’entreprises puissants. Lorsque, par exemple, des entreprises menacent de quitter un pays ou de causer un préjudice économique pour influencer des décisions politiques, les processus démocratiques sont sapés. Dans ce contexte, les inégalités matérielles jouent également un rôle : de grandes disparités économiques peuvent conduire à ce que certains acteurs aient une influence disproportionnée. Le principe « un homme, une voix » perd alors de son importance.
La séparation des pouvoirs contre la concentration du pouvoir
La séparation des pouvoirs est un principe fondamental de toute démocratie. Le pouvoir étatique est réparti entre différentes institutions, généralement l’exécutif (le gouvernement), le législatif (le parlement) et le judiciaire (les tribunaux). Cette répartition empêche la concentration du pouvoir et garantit que les différents pouvoirs se contrôlent mutuellement. Même en Suisse, cette séparation des pouvoirs n’est pas pleinement appliquée, puisque, par exemple, le Parlement élit le Conseil fédéral et le Tribunal fédéral.
Cour constitutionnelle – particulièrement importante pour les initiatives populaires
Enfin, une cour constitutionnelle joue également un rôle important. La Constitution est le fondement de la vie en société que le peuple s’est donné, et il faut une instance qui veille à ce que toutes les lois et autres actes législatifs soient conformes à celle-ci. Une Cour constitutionnelle peut abroger les lois qui violent la Constitution. En Suisse, il n’existe pas de telle cour au niveau fédéral, ce qui constitue une faiblesse du système démocratique. Actuellement, les initiatives populaires adoptées ne sont tout simplement pas mises en œuvre par le Parlement au niveau législatif.
Humilité – Personne n’a le droit de dominer les autres
Outre ces conditions structurelles, une démocratie a également besoin d’une certaine attitude de la part des acteurs, en particulier de l’humilité. Personne ne détient la vérité absolue ni le droit de passer outre les règles démocratiques, même si l’on est convaincu d’agir dans l’intérêt du pays. La démocratie se nourrit du respect des opinions d’autrui et des compromis.
Conclusion
En résumé, on peut dire que la démocratie est bien plus que de simples élections et référendums. Elle exige des conditions équitables, des citoyens informés, des institutions indépendantes et une culture politique fondée sur le respect et la responsabilité. Ce n’est que lorsque tous ces éléments sont réunis qu’on peut parler d’une démocratie véritable et fonctionnelle.
L’initiative contre la SSR sera soumise au vote le 8 mars. Au lieu des 335 francs actuels, la SSR ne coûterait plus que 200 francs aux utilisateurs. Cette réduction des redevances revient à laisser le pouvoir de l’information aux mains des milliardaire et ses grandes entreprises de médias.
Le recul de la démocratie dans toutes les régions du monde est également lié à la polarisation de l’information due à la concentration des médias et aux algorithmes d’Internet. Dans ce contexte, il est essentiel de maintenir une source d’information relativement fiable et répandue telle que la SSR. Car la démocratie a besoin de vérité et d’informations équilibrées.
Changement dans les médias en Suisse – L’argent et les idéologies des riches prennent-ils le dessus ?
Au cours des dernières décennies, le nombre de journaux régionaux en Suisse a diminué, principalement en raison de fusions et de rachats. Ceux qui restent sont concentrés entre les mains d’un nombre toujours plus restreint de propriétaires et sont en partie rachetés et fusionnés par des milliardaires.
- Tamedia détient près de 50 % du marché suisse des journaux
- AZ/NZZ détient près de 20 % en Suisse alémanique
- Ringier et, avec lui, la maison d’édition Axel Springer concentrent également une grande partie
- Tito Tettamanti a été le premier milliardaire à acheter la maison d’édition Jean Frey en 2001 et à changer l’orientation de son magazine Weltwoche. En 2010, c’est au tour de la Basler Zeitung, qui, malgré les dénégations de Christoph Blocher, est tombée entre ses mains. En 2018, Blocher a vendu la BaZ à Tamedia, mais a reçu en échange toute une série d’hebdomadaires gratuits qui touchent désormais plus d’un demi-million de foyers chaque semaine et véhiculent largement la propagande de l’UDC.
Dans ces conditions, le paysage médiatique s’est légèrement déplacé vers la droite au cours des dernières décennies. Les médias chrétiens sont également concernés. Eux aussi dépendent des grands donateurs et de leur opinion. Certaines voix s’élèvent pour dire que c’est une bonne chose, car les médias ont toujours été plutôt de gauche. Le mythe, volontiers entretenu par divers milieux, selon lequel les médias seraient de gauche ne résiste pas à l’analyse scientifique : une étude menée par l’Université de Zurich entre 2018 et 2023 montre un regroupement plutôt centriste, avec des écarts vers la gauche et vers la droite. La SRF n’est apparemment pas non plus de gauche. En outre, l’évaluation régulière de l’Université de Zurich sur la couverture médiatique des initiatives et d’autres votations montre que les causes de gauche ne s’en sortent généralement pas mieux… Mais la majorité des journalistes ne sont-ils pas «de gauche» ? Une enquête de la ZHAW semble leur donner raison. Cependant, ce sont apparemment les éditeurs, et non les journalistes, qui décident de la direction à prendre. L’orientation des médias est manifestement plus libérale que conservatrice, mais tout aussi libérale à droite qu’à gauche.
Un regard sur l’étranger : où cela peut mener
D’autres pays ont déjà fait un pas en avant dans ce domaine :
- Au Royaume-Uni, Rupert Murdoch et d’autres conservateurs de droite ont racheté de nombreux médias dès les années 70 et ont réussi, grâce à leur propagande, à faire élire Margaret Thatcher et à promouvoir son idéologie de désolidarisation.
- En France, Vincent Bolloré s’est construit au cours des 20 dernières années une position similaire à celle de Murdoch, tout comme les familles Dassault et Pierre-Edouard Stérin. Plusieurs études se sont penchées sur la concentration des médias en France. Libération résume la situation comme suit : en février 2022, 11 milliardaires détenaient 81 % des ventes de quotidiens nationaux, 95 % des hebdomadaires d’intérêt général, 47 % des parts d’audience radio et 57 % des parts d’audience télévision. Parmi les milliardaires qui dominent le marché des médias, Vincent Bolloré se distingue particulièrement. Cette concentration a entraîné un essor encore plus fort des mouvements conservateurs de droite en France que dans le reste de l’Europe occidentale.
- Aux États-Unis, le processus de fusion des médias et de réduction de la couverture médiatique locale est en cours depuis longtemps. Aujourd’hui, seuls les milliardaires peuvent se permettre d’acheter des médias. Ceux-ci exercent désormais une influence plus forte : Jeff Bezos de Amazon a racheté le Washington Post, autrefois plutôt de gauche, et a renforcé le blocage des reportages critiques en 2025. Ces dernières années, des personnes exposés à la critique ont commencé à intenter des procès en dommages-intérêts se chiffrant en millions contre les médias qui publient des articles qui leur déplaisent (Weaponized Lawsuit), ce qui peut entraîner un « effet dissuasif », c’est-à-dire une autocensure. Le président Trump a encore accru cette pression par de nombreuses poursuites judiciaires se chiffrant en milliards, des menaces et des mesures légales. CBS a ainsi dû être vendue à l’un de ses amis. Son émission satirique très populaire avec Stephen Colbert, critique de Trump, sera arrêtée en mai 2026.
Dans le cadre de l’objectif visant à faire taire les opposants, le financement des chaînes de télévision publiques aux États-Unis a également été supprimé. Cela montre un parallèle avec la Suisse, où l’initiative SRG émane également du parti le plus proche de Trump (et dont les figures de proue, Blocher et Köppel, sont des sympathisants du président américain).
Nous avons besoin de médias indépendants et désintéressés pour lutter contre la propagande
Dans le même temps, de plus en plus de personnes s’informent sur Internet et y trouvent souvent des informations et des algorithmes appartenant à des milliardaires tels que Mark Zuckerberg et Elon Musk, qui ont parfois des intentions de propagande d’extrême droite. Ils laissent également libre cours à la désinformation, à la diffamation et à la propagande haineuse. Nous sommes passés d’une ère d’information à une ère de désinformation.
En cette période de tensions croissantes et de polarisation sociale, nous avons besoin de médias qui disposent encore de suffisamment de temps pour produire des reportages bien documentés et non motivés par des intérêts particuliers, qui, comme la SSR, doivent respecter un temps d’antenne équilibré pour tous les partis et qui sont en mesure de vérifier correctement les faits. Car si seuls les intérêts sont poursuivis, c’est la propagande qui prévaut, et non la vérité. En tant que chrétiens attachés à la vérité, nous devrions considérer cela comme une situation d’urgence.
On entend parfois dire que la SSR est « contrôlée par l’État » et fait de la propagande d’État. Or, ces accusations découlent de théories du complot et de la crainte d’un État tout-puissant (idée encouragée par les milieux économiques intéressés par une plus grande liberté). En effet, en Suisse, « l’État » n’est pas de gauche (voir le Conseil fédéral et le Conseil national) et dispose de beaucoup moins de pouvoir que dans d’autres pays, sans parler de son influence sur le contenu des programmes télévisés. Ceci contraste fortement avec les exemples susmentionnés des chaînes appartenant à des milliardaires. C’est précisément l’enjeu du vote du 8 mars 2026. Allons-nous nous laisser séduire par la réduction de 135 francs de la redevance télévisuelle ?
Photo de Ajeet Mestry sur Unsplash
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