Archive d’étiquettes pour : migration

~ 17 min

Les étrangers dans la Bible et dans la politique suisse

Les étrangers et les étrangers dans la Bible

La Bible, vieille de plus de 2000 ans, a-t-elle encore quelque chose à apporter à la politique migratoire actuelle ? Certes, il existe de nombreuses questions complexes dans le domaine de la migration auxquelles la Bible ne permet pas de répondre. Mais ce qu’elle dit sur les attitudes fondamentales et l’image de l’homme par rapport aux « étrangers » et aux « étrangers » vaut la peine d’être examiné de près encore aujourd’hui. Dans la première partie de ce texte, les déclarations bibliques sont sommairement résumées, dans la deuxième partie, les positions des principaux partis suisses sont présentées, et dans la troisième partie, elles sont évaluées.

AT : « Vous avez été des étrangers… »

Tout d’abord, quelque chose à propos du terme : le terme hébreu ger désignait les « étrangers » libres résidant en permanence en Israël, ou les membres d’autres peuples qui dépendaient des Israélites dans certaines régions. La plupart des lois des cinq livres de Moïse utilisent ce terme. Le terme nakhri inclut les étrangers au sens général du terme qui ne résident que temporairement avec le peuple d’Israël, principalement pour des raisons économiques. Apparemment, contrairement au premier groupe, ils n’avaient guère besoin d’être protégés par la loi1. L’abondance des dispositions de la loi concernant les gerim, les étrangers, je vais essayer de la résumer très sommairement :

1. la même loi appliquée aux étrangers qu’aux Israélites : Ils avaient en grande partie les mêmes droits et devoirs 2, ils pouvaient et devaient respecter le sabbat tout aussi bien 3, et ils étaient presque égaux dans le domaine cultuel également 4. Les Israélites étaient obligés de soutenir les étrangers qui s’appauvrissaient tout autant que leurs compatriotes 5. Il est surprenant de constater à quel point ils sont souvent mentionnés, alors qu’ils ne sont pas un sujet dans les collections de droit mésopotamien, par exemple. 6

Avec les veuves et les orphelins, les étrangers faisaient manifestement partie des personnes économiquement et socialement faibles en Israël. Ils avaient besoin de la protection de la loi contre l’exploitation et les excès 7.

3) En termes économiques, le glanage est mentionné à plusieurs reprises. Les fermiers avaient pour ordre de ne pas récolter leurs champs, leurs vignes et leurs oliveraies de manière trop abondante, afin qu’il reste quelque chose pour les veuves, les orphelins et les étrangers, et qu’ils puissent subvenir à leurs besoins8. Dans le 5e livre de Moïse, il est en outre mentionné que la dîme devait servir à subvenir aux besoins des lévites ainsi qu’à ceux des pauvres (veuves, orphelins et étrangers)9.

La justification de ces commandements est donnée d’une part par l’affirmation lapidaire « Je suis le Seigneur ton Dieu », mais souvent – surtout en ce qui concerne l’interdiction d’exploiter et de tirer profit des étrangers – également par la référence « pour vous, vous étiez étrangers en Égypte » 10. Les gens n’étaient donc pas censés supprimer leur « origine migratoire ». Au contraire, cela faisait partie de leur identité : « La terre ne doit pas être vendue pour de bon ; car la terre est à moi et vous n’êtes que des étrangers et des demi-citoyens avec moi » 11. Ils devaient ainsi développer une compréhension de la situation des étrangers et être ainsi inspirés à la solidarité.  Déjà les ancêtres Abraham, Isaac et Jacob, ainsi que Moïse, savaient ce que cela signifiait de vivre en terre étrangère avec un autre peuple 12.

Ce n’est qu’à l’époque des Juges et des Rois qu’Israël passe du statut de nation de migrants à celui de nation de conquérants. David s’émerveille de la mesure dans laquelle Dieu a assujetti les peuples étrangers à lui13. Salomon utilise les étrangers comme main-d’œuvre d’accueil dans ses gigantesques projets de construction14.

Dans les livres prophétiques, la peur des étrangers est d’abord présentée comme très réelle et bien fondée. Si le peuple d’Israël ne respecte pas son alliance avec Dieu, il est menacé que des étrangers deviennent les acteurs du jugement de Dieu, qu’ils le dominent, assurent le rendement de leurs champs et volent leurs objets de valeur15, et comme nous le savons, cela s’est effectivement produit. D’autre part, les actions impitoyables et immorales des Israélites contre leurs étrangers est l’une des raisons pour lesquelles Dieu leur annonce le jugement 16.

Après tout, on ne peut pas nécessairement présumer que nous, les Suisses, sommes issus de l’immigration, ce qui justifie le traitement miséricordieux que les Israéliens réservent à leurs étrangers. Y a-t-il néanmoins des indications que ces dispositions nous concernent également ? L’étude du Nouveau Testament est ici instructive. Tout d’abord, la Lettre aux Hébreux est un bon point de départ, car elle reprend de nombreux motifs de l’Ancien Testament.

NT : « Etrangers et voyageurs dans le monde ».

L’ancêtre Abraham devient ici le modèle de la foi. La foi lui a permis de vivre « comme un étranger dans la terre promise comme dans une terre étrangère » sous des tentes, « car il attendait la ville avec les solides murs de fondation que Dieu lui-même avait prévus et construits » 17 L’image que les patriarches et le peuple d’Israël ont d’eux-mêmes en tant qu’étrangers est donc également transférée ici aux disciples de Jésus. L’image des migrants ou des pèlerins en route vers la vraie patrie est développée dans les versets suivants 18 Paul se voit lui aussi comme quelqu’un qui vit dans un pays étranger 19.

De même, l’auteur de la Première Épître de Pierre s’adresse « aux élus qui vivent comme des étrangers dans la dispersion, dans le Pont, en Galatie, en Cappadoce, dans la province d’Asie et en Bithynie » 20. Il les exhorte, alors qu’ils sont étrangers, à vivre une vie de piété. Ils sont rachetés de leur « mode de vie insensé hérité des pères (…) par le précieux sang du Christ, l’Agneau sans tache ni défaut ». On a l’impression qu’ici la confession de Jésus et la nouvelle éthique qui en découle font des chrétiens « des étrangers et des voyageurs dans ce monde »21qui appartiennent en fait à un monde nouveau.

Et Jésus lui-même ? Il ne parle pas beaucoup des étrangers, mais là où il le fait, il est assez provocateur. Pour illustrer le commandement d’aimer son prochain, Jésus raconte la parabole du bon samaritain, donnant ainsi l’exemple au maître de la loi d’un étranger méprisé parmi les samaritains : « Va et fais de même » 22. Jésus retourne ici le commandement d’aimer son prochain en Lévitique 19, 33-34, qui dit : « L’étranger qui séjournera chez toi sera considéré comme un indigène, et tu l’aimeras comme toi-même ». Jésus va encore plus loin dans Matthieu 25 : dans la parabole des brebis et des chèvres, il s’identifie complètement aux plus faibles et aux plus méprisés parmi les hommes. Il est le nu, le malade, le prisonnier, l’étranger et le sans-abri à qui les « moutons » ont fait du bien. « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !  » Et les « chèvres » l’ont ignoré sous la forme de ces méprisés 23.

La Bible nous lance donc de nombreux défis dans le domaine de la politique et de l’éthique des migrations, et le Nouveau Testament montre que c’est aussi un aspect de notre identité : nous comprendre en tant qu’étrangers et qu’habitants d’ici, sur le chemin d’un foyer meilleur et éternel. Une telle compréhension de nous-mêmes me semble être la condition préalable pour traiter avec les migrants dans notre pays. Elle nous aidera à les considérer comme nos voisins et, pour ainsi dire, comme des camarades de destin, et à les traiter avec compassion.

Positions des parties suisses sur la politique migratoire

Comment les partis suisses envisagent-ils la politique migratoire dans la perspective des élections de 2011 ? Les programmes actuels des partis montrent beaucoup de choses auxquelles il fallait s’attendre, mais aussi des choses surprenantes.

SVP 24 : contre le « laisser-aller

Dans sa prise de position, l’UDC reconnaît que « les Suisses cohabitent pacifiquement avec une proportion comparativement très élevée d’étrangers. Et inversement, la majorité des étrangers se conforment sans problème à notre système juridique ».

Cependant, le parti se plaint que la négligence en matière d’asile au sein du FDJP a encore augmenté sous le successeur de Christoph Blocker. L’exécution des expulsions est insuffisante et les procédures d’asile sont trop longues, notamment en raison des diverses possibilités de réexamen et de recours. Un autre obstacle à un « système d’asile approprié » pour le parti est « les profiteurs tels que les travailleurs sociaux, les travailleurs humanitaires et les avocats spécialisés en matière d’asile ». Ils ne développent guère d’élan pour s’attaquer au problème plus efficacement, mais font plutôt partie du problème eux-mêmes. De plus, les organes judiciaires sapent délibérément les dispositions légales et même la volonté du peuple ».

L’UDC exige donc que seules les procédures de première instance avec possibilité de recours soient menées et que la loi sur l’asile, plus stricte, soit également appliquée de manière cohérente dans les cantons. L’UDC exige en outre : « Les commissions dites de secours dans les différents cantons ne font que semer la confusion et doivent être supprimées. Elle veut également lutter contre les décisions de justice « qui sapent le droit d’asile accepté par le souverain ». Ce qu’elle entend précisément par là n’est pas clair.

Elle veut également renégocier la libre circulation des personnes et réintroduire des quotas, en affirmant que l’immigration massive en Suisse est un fardeau de plus en plus lourd. L’initiative d’expulsion doit être mise en œuvre « sans si ni sans mais ». La naturalisation devrait coûter quelque chose, être liée à des conditions telles que la maîtrise des langues nationales et n’être accordée qu’à titre d’essai.

SP25 : pour l’égalité des droits et des chances

Le PS publie un document de discussion sur le thème « Patrie et migration » sur Internet. À plus long terme, elle aimerait acquérir la souveraineté sur l’interprétation de ces questions. Selon les auteurs, la patrie est une chose que nous créons ensemble et qui ne peut être déléguée aux politiciens. Bien sûr, les immigrants doivent respecter les règles qui s’appliquent ici, mais ils doivent également bénéficier des mêmes droits et possibilités démocratiques et sociaux que les Suisses. Le parti relie habilement cette question à d’autres revendications sociales-démocrates, comme des salaires suffisants pour vivre. Car ceux qui doivent travailler 16 heures par jour n’ont plus l’énergie nécessaire pour un cours de langue. Les auteurs reconnaissent que la coexistence de cultures différentes entraîne des frictions, mais qu’en fin de compte, l’acceptation mutuelle augmente. Il est également clair que « la Suisse ne peut pas offrir une place et un moyen de subsistance à tous les pauvres du monde. Il est donc d’autant plus urgent de mener une politique économique et de développement qui soutienne les pays pauvres au lieu de les exploiter et qui promeuve la démocratie au lieu de faire des affaires avec des dictateurs ». Selon le PS, les étrangers sont des criminels supérieurs à la moyenne. Toutefois, il ne s’agit pas d’une question de couleur de peau, mais plutôt de la place d’une personne dans la société et des perspectives qui s’offrent à elle. Il demande des quartiers mixtes, des écoles avec des structures de jour et un soutien à l’apprentissage de la langue pour tous les enfants, des salaires minimums, plus de juges pour enfants et, si nécessaire, plus de policiers. Des mesures d’accompagnement sont nécessaires pour la libre circulation des personnes. Il faut aussi se battre pour des logements abordables. Le parti s’engage également à l’équilibre social et matériel, ce qui est nécessaire pour que tous puissent mener une vie libre et autodéterminée.

FDP 26 : « Dur mais juste ».

Le FDP a élaboré des fiches d’information sur divers sujets, notamment sur la politique des étrangers et la politique d’asile. Ici, le principe du parti est « Dur mais juste ». La politique migratoire au sens du FDP « dit oui à l’immigration par la libre circulation des personnes et limite en retour l’immigration en provenance des pays tiers ». Cependant, trop de personnes de pays tiers viennent encore chez nous, notamment dans le cadre du regroupement familial, a-t-il dit. C’est pourquoi le FDP réclame des règles plus strictes en matière de regroupement familial. Dans le cadre de sa politique d’intégration, le PRD demande une application cohérente du système juridique suisse : « Il ne faut pas jouer avec notre système juridique et nos lois. Toutes les violations doivent être punies rapidement et sévèrement. Toute personne qui souhaite vivre ici est la bienvenue, à condition que notre culture et nos valeurs soient respectées. Ceux qui ne s’y conforment pas doivent en assumer les conséquences ». Concrètement, pour le FDP, cela signifie des sanctions rapides et cohérentes, l’expulsion des grands criminels, la formation des imams en Suisse et la surveillance des organisations extrémistes.

Pour le FDP, la libre circulation des personnes est un modèle réussi avec quelques effets secondaires problématiques. Afin d’y remédier, elle propose une série de mesures.

En matière de politique d’asile, elle appelle à la cohérence afin de dissuader les faux réfugiés. Les réfugiés reconnus doivent obtenir un permis d’établissement dans les mêmes conditions que les autres étrangers originaires de pays tiers qui ne sont pas entrés dans le pays via le système d’asile. Les procédures d’asile doivent être raccourcies autant que possible.

Sous la rubrique « Exiger et promouvoir l’intégration », le PFP propose des normes minimales uniformes et un contrôle des résultats dans toute la Suisse. Les accords d’intégration devraient tenir les étrangers responsables : Ceux qui ne s’intègrent pas devraient être sanctionnés. Seules les personnes véritablement intégrées devraient être naturalisées. Pour ce faire, des critères stricts de naturalisation et leur examen systématique seraient appliqués. Les lois strictes à cet effet sont en place. Mais quiconque reçoit une fois le passeport suisse doit être considéré comme suisse.

CVP 27 : pour « immigration contrôlée

Le PDC commence son « Document de base sur la migration » en faisant le point sur la situation : l’immigration a fourni à la Suisse une main-d’œuvre et une croissance économique dont elle a un besoin urgent. Malgré la forte proportion d’étrangers, le niveau des salaires est élevé et le chômage est faible. Néanmoins, la migration entraîne également des problèmes tels que la criminalité commise par les étrangers, une mauvaise intégration ou un chômage relativement élevé parmi les étrangers, des différences religieuses et culturelles, qui ont conduit à un « débat sur l’Islam », ainsi que des lacunes dans la politique de naturalisation et d’asile.

Le PDC est « engagé dans une immigration contrôlée et gérée ». Le PDC appelle donc à de nouvelles mesures ciblées, à des négociations et à des révisions partielles des lois. Elle rejette « les exigences et les mesures irréalistes et irréalisables qui conduisent à la xénophobie ou qui sont préjudiciables à la coexistence des populations étrangères et nationales ».

ou sont préjudiciables à la coexistence des populations étrangères et suisses », ainsi que des appels à la Suisse pour qu’elle fasse cavalier seul en matière de politique migratoire. Parmi les mesures concrètes proposées par le parti figurent des lois contre les mariages forcés et les mariages organisés, ainsi que la preuve de ressources suffisantes pour le regroupement familial. Dans le cas des personnes qui ne peuvent pas être intégrées ou qui sont difficiles à intégrer, il convient de créer si possible « une incitation (financière) à quitter le pays ».

L’extension des permis de séjour des citoyens de l’UE devrait être examinée de près et le versement des allocations de chômage devrait être limité. Le PDC est également favorable à ce que le permis d’établissement soit lié à un test linguistique, à des accords d’intégration et à des règles d’admission pour les enseignants, ainsi qu’à des restrictions et conditions de naturalisation.

En matière de politique d’asile, le régime d’urgence doit être appliqué de manière cohérente, les procédures doivent être raccourcies et les expulsions doivent être effectuées rapidement. Afin d’améliorer l’intégration sur le marché du travail, le PDC propose des programmes d’emploi et l’obligation pour les RAV de mettre les réfugiés reconnus sur un pied d’égalité avec les ressortissants suisses ou d’autres étrangers. Des contrôles accrus, un plus grand nombre de policiers et une expulsion systématique dans les cas graves devraient contribuer à lutter contre les abus et la criminalité. Enfin, en matière de politique de migration étrangère, la Suisse devrait coopérer plus étroitement avec l’UE et, par le biais de partenariats migratoires, avec les pays d’origine et augmenter l’aide aux personnes déplacées dans la région d’origine.

Parti des Verts 28 : pour une « politique humaine ».

Les Verts sont partisans d’une « politique de migration ouverte et humaine ». Ils demandent une loi sur l’intégration visant l’égalité des chances et le respect de la diversité culturelle, une loi plus libérale sur les étrangers qui ne fasse pas de distinction entre les citoyens de l’UE et ceux des pays tiers, et des permis de travail pour toutes les personnes travaillant correctement en Suisse, y compris les sans-papiers.

Ils sont également favorables à une naturalisation plus facile pour les étrangers de la deuxième génération et à une naturalisation quasi automatique pour ceux de la troisième génération. Le parti souhaite une politique d’asile efficace et équitable ; éventuellement aussi des quotas de réfugiés, comme le demande le HCR. Enfin, le parti souhaite que le gouvernement fédéral soutienne les organisations et associations à but non lucratif dans le domaine de la migration.

PPE : pour la lutte contre la pauvreté sur le terrain

A la mi-septembre, le PPE a adopté une résolution intitulée « 10 thèses sur la politique de migration »29, dans laquelle il recommande d’utiliser la marge de manœuvre existante en matière de libre circulation des personnes afin de maîtriser les effets négatifs. Comme d’autres partis et comme le chef du département, le PPE demande des procédures d’asile plus rapides et plus de ressources pour l’exécution des expulsions. La coopération en matière de migration et la coopération au développement devraient être liées et l’aide au retour devrait être étendue. Le parti ne veut pas d’une amnistie générale pour les sans-papiers, mais dans certains cas, un permis de séjour devrait être accordé, surtout si des enfants et des jeunes scolarisés sont concernés. Les chrétiens persécutés devraient se voir accorder l’asile. Et, comme par le passé, les quotas devraient être admis de temps en temps en dehors de la procédure d’asile. L’intégration signifie exiger et encourager, un permis d’établissement ne devrait être accordé que sur présentation d’une preuve d’intégration, l’État offrant en contrepartie des cours et d’autres aides. La naturalisation devrait être facilitée pour les deuxième et troisième générations. L’initiative d’expulsion est inefficace car la plupart des crimes sont commis par des étrangers sans permis de séjour. Ceux qui ont des perspectives dans leur pays d’origine ne prennent pas le risque d’émigrer, c’est pourquoi la Suisse devrait porter sa coopération au développement à 0,7 % de son PIB.

UDE 30 : pour une intégration volontaire

L’UDE s’engage en faveur d’une Suisse humanitaire qui apporte une aide aux personnes dans le besoin. Elle s’oppose à la régularisation des Sans-Papiers. Les immigrants illégaux et ceux qui n’ont pas de véritables motifs d’asile devraient être systématiquement expulsés. La position de l’UDE sur l’intégration est la suivante : « Selon l’UDE, l’intégration ne signifie pas nier ou rejeter ses racines ou son identité, mais simplement accepter et respecter consciemment et volontairement le mode de vie et les règles du jeu du pays d’accueil, ainsi que faire un effort actif pour communiquer dans la langue du pays d’accueil sous sa propre responsabilité ». L’intégration ne peut pas être imposée d’en haut, mais doit être poursuivie de manière volontaire, le pays d’accueil devant créer des conditions cadres appropriées. Dans le pays d’accueil, la liberté de croyance et de religion doit s’appliquer dans le cadre de la constitution et de la loi.

Un problème croissant dans la rencontre avec d’autres cultures est l’insuffisance de l’identité propre des Suisses. « C’est pourquoi, selon l’UDE, un engagement clair en faveur de la fondation chrétienne et d’une vie active et crédible de la foi chrétienne dans le Dieu de la Bible par notre peuple et notre société est la seule réponse efficace à l’islamisation croissante de l’Europe et de la Suisse ». Elle préconise donc le renforcement de sa propre identité comme « une condition préalable à la capacité d’intégrer les étrangers ; le manque d’identité provoque l’insécurité et la peur de l’étranger ». Il prévoit des cours de langue et d’intégration pour les immigrés, un soutien actif à l’intégration des secondsos dans la vie scolaire et professionnelle, et des accords d’intégration facultatifs.

Évaluation

L’UDC : difficile comme prévu

Comme prévu, l’UDC adopte la position la plus dure à l’égard des demandeurs d’asile et des étrangers ; elle ne veut pas non plus leur accorder de soutien dans la procédure d’asile suisse compliquée. Dans l’ensemble, leur attitude envers les étrangers est dominée par le scepticisme et la méfiance, ce qui correspond probablement à l’état d’esprit d’une grande partie de la population sur cette question. A ce stade, il convient de faire quelques remarques sur le style de l’UDC : la force du parti réside dans ses déclarations et ses polémiques, mais cela se fait souvent au détriment de la précision. Ainsi, elle fait de nombreuses affirmations sans les étayer. Juste deux exemples : « De plus, les organes judiciaires sapent délibérément les réglementations légales et même la volonté du peuple » 31 et « Les enquêtes montrent : Plusieurs millions de personnes voudraient immigrer en Suisse » 32. Ce sont deux affirmations audacieuses qui ne sont pas fondées. Qui a réalisé ce sondage et interrogé des millions de personnes désireuses d’immigrer ? En matière de statistiques, les citoyens naturalisés sont considérés au mieux comme des demi-Suisses par l’UDC, comme en page 53, où elle parle de la proportion d’étrangers en Suisse : « Sans les naturalisations en masse de ces dernières années, le chiffre atteindrait 34,3% ». Là, au moins, la vérité est grattée.

SP : proche de la Bible

Le PS reconnaît qu’il existe certains problèmes dans le domaine de l’asile et des étrangers, par exemple en matière de criminalité. Toutefois, elle n’en voit pas les causes dans leur origine, mais dans les moyens et les possibilités plus faibles de ces personnes, ou dans les problèmes structurels. Elle ne considère pas nécessairement les migrants comme un groupe distinct, mais simplement comme une partie (souvent plus faible) de la société, et dans cette société, que les sociaux-démocrates s’efforcent d’instaurer, chacun devrait se voir accorder les mêmes droits et les mêmes possibilités dans la mesure du possible. Le PS se positionne ainsi à proximité de la position biblique.

CVP : copie affaiblie de l’UDC

Les positions du CVP et du FDP diffèrent de celles de l’UDC, principalement en ce qui concerne la libre circulation des personnes, que le premier considère de manière positive et ne veut pas changer.

Sinon, cependant, le document du PDC semble être une copie affaiblie et moins claire du programme de l’UDC, même s’il contient quelques propositions en faveur des migrants. Au moins, le PDC prévoit également une aide accrue dans les régions d’origine, ce qui ne figure pas dans le programme de l’UDC et du FDP.

FDP : à peine conforme à la Bible

Le FDP, pour sa part, juge les immigrants principalement en fonction de leur intérêt économique pour la Suisse et veut donc limiter sévèrement l’immigration en provenance de pays tiers. Cela est compréhensible au vu de leur devise « Pour l’amour de la Suisse », mais ne peut guère être concilié avec une image biblique de l’homme et de l’étranger. Les positions du FDP sur la politique d’immigration ont également été controversées au sein du parti après leur annonce. Le conseiller national vaudois Claude Ruey, par exemple, a déclaré que le concept était « éthiquement répréhensible ». On pourrait le résumer comme suit : « Les étrangers sont une nuisance – à moins qu’ils ne nous profitent économiquement. Il faut donc tout faire pour qu’il ne vienne pas en Suisse » 33.

Les Verts : une politique migratoire compatissante

Les Verts ont les positions les plus libérales en matière de politique migratoire de tous les grands partis, à côté du PS. Comme le PS, ils considèrent les réfugiés et les sans-papiers avant tout comme un groupe socialement vulnérable ayant besoin d’aide et de soutien, et comme un atout potentiel plutôt que comme un problème pour la Suisse. En d’autres termes, ils représentent également ce que l’on peut appeler une politique migratoire compatissante.

PPE : percevoir les zones de tension

Les positions du PPE sont en partie similaires à celles du CVP et du FDP, par exemple sur les procédures d’asile, la libre circulation des personnes et l’intégration. Sur d’autres points, elle est clairement plus sociale : elle adopte une vision différenciée du problème des sans-papiers, même si ses propositions à cet égard sont probablement difficiles à mettre en œuvre. Comme les Verts, le PPE met en discussion les quotas de réfugiés, et il est le seul parti à placer l’augmentation de l’aide au développement dans le contexte de la question des migrations. Il identifie également à juste titre la tension entre la politique de migration, qui concerne principalement les immigrants dans le cadre de la libre circulation des personnes et des réfugiés en vertu de la loi sur l’asile, et la réalité selon laquelle de nombreux immigrants de pays tiers cherchent du travail et des perspectives dans notre pays. Il faudrait ici réfléchir davantage, car pour cette zone de tension, à ma connaissance, aucun parti politique n’a encore de solution, tout aussi peu que l’exécutif (par exemple l’Office fédéral des migrations).

L’UDE : difficile mais intéressant

L’UDE a une position dure sur la politique d’asile. En matière d’intégration, cependant, elle met en jeu une approche intéressante et différenciée (voir ci-dessus). Il convient également de considérer l’affirmation selon laquelle le manque d’identité de la part des Suisses est l’un des problèmes et que le renforcement de sa propre identité est une condition préalable à l’intégration réussie de personnes issues d’autres cultures. Il serait passionnant d’approfondir ce sujet : Est-il réaliste d’espérer un retour de notre société post-chrétienne aux fondements de la foi chrétienne, comme le fait l’UDE ? Sinon, sur quoi d’autre les Suisses peuvent-ils raisonnablement fonder leur identité aujourd’hui ?

Conclusion : les chrétiens doivent s’engager à la miséricorde

Bien entendu, on ne peut pas s’attendre à ce que les partis « laïques » représentent nécessairement les valeurs bibliques dans la politique migratoire ou dans d’autres domaines. Les textes bibliques sur l’étranger, les étrangers et notre propre identité nous provoquent d’abord, nous les chrétiens, et nous interpellent : sommes-nous prêts à considérer notre origine suisse non pas comme un acquis à défendre contre les étrangers avides, mais comme une bénédiction donnée ? Et, de plus, comme un arrangement provisoire ? Pourquoi de nombreux chrétiens ont-ils peur des immigrants musulmans en particulier ? Cela a-t-il un rapport avec l’absence d’identité mentionnée par l’UDE ? Sommes-nous capables, surtout envers les étrangers du secteur de l’asile, de corriger nos préjugés et de les voir sous un jour aussi positif que la Bible et surtout que Dieu lui-même le fait 34 ?

Enfin, il serait important que les chrétiens s’impliquent politiquement dans ce domaine, car nous sommes encore loin d’une politique migratoire humaine. Par exemple, l’expression froide et nette « mieux » ou « exécution plus rapide des expulsions » utilisée par plusieurs parties cache le fait choquant que des personnes sont détenues jusqu’à 24 mois uniquement en raison de leur statut de résident non légal, et sont parfois expulsées vers leur pays d’origine sans leur famille 35.

Existe-t-il une solution simple pour ceux qui ne sont pas autorisés à rester mais qui ne peuvent pas revenir de leur point de vue ? Probablement pas, mais d’un point de vue biblique, la solution ne réside certainement pas dans un nouveau durcissement de la loi, comme le suggèrent les partis bourgeois de droite.

Martin Züllig, 11 octobre 2011

 

 


1 : http://www.bibelwissenschaft.de/nc/wibilex/das-bibellexikon/details/quelle/WIBI/zeichen/f/referenz/18557/cache/462415bb459abafc2b1998897b816779/ <05.09.2011>

2 : Ex 12:49 ; Ex 9:14 ; Ex 15:29-31

3 : Ex 20:10

4 : 3Mo 17 ; 3Mo 18:26

5 : 3Mo 25:35

6 : http://www.bibelwissenschaft.de/nc/wibilex/das-bibellexikon/details/quelle/WIBI/zeichen/f/referenz/18557/cache/462415bb459abafc2b1998897b816779/ <05.09.2011>

7 : Ex 22:20 ; Ex 23:9 ; Dt 23:16, Dt 24:19 et autres lieux.

8 : 3Mo 19:10 ; 3Mo 23:22 ; 5Mo 24:19-20.

9 : 5Mo 26:12-13.

10 : Ex 23:9 ; Dt 19:33-34 ; Dt 10:19 ; Dt 24:18.

11 : 3Mo 25:23

12 : 1 mois 26:3 ; 1 mois 35:27 ; 1 mois 47:9 ; 2 mois 2:22

13 : 2Sam 22:44-46

14 : 2 Chroniques 2:16-17

15 : Ésaïe 1:7 ; Jérémie 5:19 ; Jérémie 8:10, Jérémie 32:29 ; Ézéchiel 7:20-21, etc.

16 : Jer 7:5-7 ; Mal 3:5

17 : Hébreux 11:9-10

18 : Hébreux 11:13-16 ; voir aussi Hébreux 13:14.

19 : 2Cor 5:6-8.

Le terme diáspora, utilisé en grec, est maintenant aussi utilisé dans certains endroits pour désigner les communautés ethniques vivant à l’étranger, par exemple « la diaspora tamoule en Suisse ». Cf. par exemple Par exemple, les « études sur la diaspora » de l’Office fédéral des migrations.

21 : 1Petr 2:11

22 : Lk 10,25-37

23 : Mt 25:31-46

 

~ 2 min

Genève, 29.09.06 ? Le week-end dernier, le peuple suisse a accepté à une majorité de deux tiers les nouvelles lois sur l?asile et les étrangers. Le débat pourrait se résumer en ces termes : faut-il éviter à tout prix que des étrangers profitent de nous ou faut-il éviter que des personnes persécutées soient refusées ? Le peuple s?est prononcé sans appel en faveur d?un durcissement. L?état de la société suisse après le 24 septembre paraît inquiétant.

Sous couvert de combattre les abus, on admet que des personnes persécutées qui ne détiennent pas de document d?identité (i.e. plus que 40% de la population mondiale) ne trouveront plus refuge en Suisse. En outre, des milliers de requérants déboutés ne recevront plus d?aide sociale et finiront vraisemblablement à la rue.

Beaucoup de chrétiens ont également soutenu ces lois discriminatoires et inhumaines, soit par méconnaissance de la réalité, soit sous l?emprise de peurs, souvent diffuses. Nous nous trouvons aujourd?hui face à un formidable besoin de sensibilisation.

Une réponse chrétienne à ce durcissement inacceptable pourrait être de s?engager concrètement à amener l?amour de Dieu aux étrangers et aux réfugiés : le besoin de bénévoles est constant dans les aumôneries auprès des réfugiés et au sein des organisations chrétiennes (CABES, Armée du salut, Centres sociaux protestants) et laïques (Elisa, Organisation suisse pour l?aide aux réfugiés) soutenant les étrangers. On peut aussi prendre contact avec le foyer municipal pour les requérants d?asile, organiser des cultes et d?autres animations en partenariat avec des étrangers.

Nous, chrétiennes et chrétiens suisses, sommes-nous prêts à nous tenir dorénavant au c?ur de la déchirure ouverte par cette votation et à agir en faveur des migrants dans notre pays par l?intercession, la parole et les actes ? Ainsi, leur séjour parmi nous pourra devenir une véritable bénédiction pour eux et pour la Suisse.

 

ChristNet a mené campagne contre les deux lois avec son dossier Internet, sa publication ChristNetInput et ses RégioForums dans différentes villes de Suisse.

ChristNet est un forum chrétien qui traite de sujets ayant trait au social, à l?économie, à l?environnement et au développement. Il s?engage également pour leur mise en ?uvre.

~ 3 min

Une loi contre l’asile

Au vu des propositions de cette loi, on peut se demander ce qu?il reste de la tradition humanitaire de la Suisse. Cette loi ressemble plutôt à une loi contre l?asile, au vu des conditions imposées aux personnes afin d?être reconnues comme requérants d?asile.

Nos politiciens se réjouissent de voir le nombre de requérants diminuer1  tout en occultant le fait que des personnes sont chaque jour en situation de danger dans leur pays d?origine et n?ont pas d?autre choix que de fuir. En agissant de la sorte, la Suisse se soustrait aux responsabilités qu?elle a prises en signant les Conventions de Genève et en s?engageant à accueillir les gens en situation de détresse.

Anne-Sylvie Giolo, janvier 2006

Crise dans l’asile : prenons du recul !

« La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres » (Constitution fédérale). Aujourd?hui, la Suisse n?est pas très forte. En effet, elle vit une crise de l?asile : les requérants d?asile ? on ne peut s?imaginer plus faible dans une société ? sont de moins en moins bien traités ; toujours moins de personnes osent encore chercher refuge chez nous ; parallèlement, la population se sent en insécurité et abusée ; les politiciens n?ont que des solutions « faciles » et dures à proposer. Il est donc temps que la Suisse prenne du recul et réfléchisse en profondeur aux questions complexes de notre identité, notre hospitalité et de l?accueil et l?intégration que nous voulons et pouvons proposer aux étrangers. La présente modification de la Loi sur l?asile ne résout aucune de ces questions tout en précipitant des choix durs aux conséquences néfastes pour beaucoup de personnes.

Certes, la révision proposée aujourd?hui est plus « soft » que sa version initiale au printemps 2005, mais la direction est la même et toujours aussi fausse : les dispositions restrictives l?emportent largement et nous rappellent étrangement l?initiative populaire UDC rejetée de justesse en 2002.

Une fois de plus, cette loi est empreinte de la peur et du sentiment d?abus. Curieusement et malgré des durcissements continuels de l?asile, ce sentiment ne s?est pas estompé au cours des ans. Il ne faut pas se leurrer : la criminalisation des requérants d?asile adoptée dans cette loi ne va pas diminuer le sentiment d?insécurité de la population. Au contraire, s?il faut traiter les « asylants » comme des criminels, ça veut bien dire qu?ils sont dangereux et veulent faire de l?abus, n?est-ce pas ?

Mais d?abord, qu?est-ce qui est un abus ? Est-ce de demander l?asile pour de « mauvaises » raisons ? Economiques, par exemple ? Ou bien, considérer que la situation dans sa patrie est encore moins supportable que la méfiance, l?humiliation et le froid (climatique et humain) qu?on subit en Suisse ?

Il faut être clair : les requérants d?asile apportent la misère de ce monde sur le seuil de notre porte. C?est une réalité ? inimaginable, insupportable ? qui nous dépasse. Mais en tant que chrétiens, il est notre défi, de « recueillir » l?étranger, car c?est en faisant ainsi que nous servons le Christ2 , « méprisé et abandonné ? dont on détourne le visage »3 . Nous imiterons notre modèle Jésus qui est toujours allé à la rencontre et à l?écoute de l?autre. Il ne nous a pas promis que se serait facile, mais Il nous a promis son soutien et son avocat, le Saint-Esprit. Si donc quelqu?un dans ce pays n?a pas d?excuses pour rejeter cette loi qui prône l?exclusion, cimente la méfiance et aggrave ainsi la misère, ce sont bien nous, les chrétiens. Combattons-la donc et ? demandons à Dieu qu?Il nous vienne en aide !

Samuel Ninck, janvier 2006



1. C?est l?un des « succès » que Christoph Blocher a célébré lors de son rapport de mi-législature en décembre. On note le glissement sémantique : il ne se réjouit pas que le nombre d?abus dans l?asile aie diminué, mais le nombre de demandes tout court.

2. Matthieu 25.35.

3. Esaïe 53.3

Photo by Karsten Winegeart on Unsplash

~ 2 min

« Tu ne maltraiteras point l?étranger, et tu ne l?opprimeras point. »  (Exode 22:21)

A plus de 100 reprises, l?Ancien Testament ordonne de protéger les étrangers. La formule récurrente « l?étranger, la veuve et l?orphelin  » montre que pour Dieu, les étrangers font partie de ceux qui ont le plus besoin de protection. La raison de cette protection est expliquée clairement à la suite du passage précité : « Car vous avez été étrangers dans le pays d?Egypte. » Or, Jacob était un immigrant économique en Egypte avec ses fils, puisqu?il y eut une famine dans le pays de Canaan (cf. Genèse 42ss.).

La raison d?accueillir l?étranger que donne l?Ancien Testament est donc de l?ordre de l?identification avec la souffrance des Israélites.

Que dit Jésus et le NT ?

On constate que l?attitude de Dieu envers l?étranger transparaît encore plus clairement dans le Nouveau Testament : l?Homme s?étant éloigné de Dieu, c?est Dieu qui rejoint sa Création en tant qu?étranger incarné en Jésus : « [Il] est venu chez les siens, et les siens ne l?ont point reçu. » (Jean 1:11)

Toute la vie de Jésus montre qu?il est étranger ; non seulement il quitte la maison de son Père céleste et vient à naître dans une bergerie puante, mais il doit aussi fuir en Egypte dès sa naissance ; il est considéré comme un enfant illégitime ; dans son ministère, on le traite constamment d?hérétique ; ses amis les plus proches ne le comprennent pas et l?abandonnent ; et finalement, il est tué. Tout cela exprime à quel point il était étranger sur cette terre.

L?appel des chrétiens

Jésus appelle ses disciples à être étrangers au même titre que lui : Comme lui, ils sont dans le monde, mais non pas du monde (cf. Jean 17:11.14).  L?Epître aux Hébreux illustre cette réalité très clairement : « [Les héros de la foi reconnaissaient] qu?ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. » (Hébreux 11:13)  Par conséquent, nous, chrétiens de Suisse, sommes des étrangers en Suisse. Cela ne devrait-il pas susciter en nous une prise de conscience du sort des étrangers, une sorte de complicité ?

Cela ne veut pas dire que les étrangers sont des saints. Ils sont des êtres humains au même titre que nous, ni meilleurs, ni pires. Malheureusement, nous tendons à les voir comme des ennemis, plutôt que des personnes qui nous ressemblent. Or, nous oublions que nous ne serons héritiers du Royaume du Père que si nous « recueillons » Jésus quand il est étranger. (Mathieu 25:35)

Face à notre peur

Notre réaction face à l?étranger est souvent fondée sur la peur : la peur de « l’Überfremdung » (la « surpopulation étrangère »), la peur que les étrangers nous prennent nos emplois, que la qualité de l?enseignement que reçoivent nos enfants diminue, que les valeurs chrétiennes soient délaissées.

Jésus est très clair : Si nous voulons obéir à Dieu, nous devons l?aimer Lui et notre prochain (cf. Mathieu 22:37-39). C?est l?amour qui nous permettra de vaincre la peur de ce qui est étranger, car « la crainte n?est pas dans l?amour, mais l?amour parfait bannit la crainte ». (1Jean 4:18)

Il est certain que Dieu ne nous abandonnera pas si nous suivons son commandement. Il a de bons projets pour nous, nos enfants, notre pays et notre monde.


Photo by Kevin Mantey on Unsplash

~ 3 min

Mesdames et Messieurs les députées et députés au Conseil national
Palais Fédéral

3003 Berne

 

Concerne : modification de la loi fédérale sur l’asile – débat au Conseil national au cours de la session d’été 2005.

 

Mesdames et Messieurs les députés au Conseil national,

 

En ma qualité de citoyen suisse je m’adresse à vous pour vous demander de sauver l’image de notre pays dans le domaine du respect des droits de l’homme et de la notion d’État de droit.

 

La loi sur l’asile doit garantir une protection aux personnes persécutées et leur permettre de vivre dignement dans notre pays, aussi longtemps qu’elles sont menacées dans leur propre pays. Quant aux personnes qui ne peuvent pas être accueillies, elles doivent pouvoir quitter la Suisse dans la dignité et le respect de leurs droits.

 

C?est avec consternation que j’ai pris connaissance de décisions prises par le Conseil des États, lors de la révision de la loi sur l’asile, en mars 2005. Dans une procédure n?ayant pas respecté les normes légales, le Conseil des États a introduit dans la révision des dispositions qu’on peut raisonnablement considérer contraires à la constitution et aux conventions internationales signées par la Suisse.

 

Je suis convaincu que, dans le domaine de l’asile, la rigueur est nécessaire et que l’angélisme est dangereux. Il demeure, toutefois, que cette rigueur doit se fonder sur le respect des droits de l’homme et sur les principes fondamentaux de notre état de droit.

 

Je dois malheureusement constater que le projet issu des délibérations du Conseil des États viole manifestement ces principes, au moins sur trois points essentiels :

 

1. L’article 32, alinéa 2 lettre a (que le Conseil fédéral, suivi par le Conseil national, proposait de ne pas changer) a, néanmoins été modifié par le Conseil des États. Ces modifications sont inconciliables avec les traités internationaux qui nous lient, notamment ceux relatifs au droit d’asile. En effet, selon elles, l’autorité suisse n’entrera plus en matière sur une demande d’asile présentée par quelqu’un qui n’a pas pu, immédiatement ou dans un délai de 48 heures, lui présenter ses documents de voyage ou ses pièces d’identité. Pour tous les requérants d’asile qui n’entrent pas en Suisse par un aéroport (donc forcément munis d’un passeport), l’ancien droit prévoyait qu’ils devaient présenter leurs documents de voyage ou des documents permettant de les identifier. Comme, dans la plupart des cas, les demandeurs d’asile persécutés dans leur propre pays, ne peuvent pas obtenir ou détenir de pièces d’identité au sens de la nouvelle disposition, la nouvelle loi permettra de refuser l’entrée en matière sur leur demande.

2. Les articles 42, alinéa 2, 44 a et 82 qui prévoient la possibilité de priver d’aide sociale et d’aide d’urgence les personnes frappées d’une décision de renvoi exécutoire constituent – et le Tribunal fédéral a confirmé cette appréciation juridique – une violation des dispositions de l’article 12 de la constitution fédérale. Comme en outre une telle disposition ne saurait avoir d’autre effet que de faire entrer dans la clandestinité une large part de ceux dont nous voudrions qu’ils quittent la Suisse, une telle décision n’est pas seulement une faute juridique elle est aussi une erreur économique et une mesure contraire à une saine politique sécuritaire.

 

3. Cette violation du droit international et de la constitution est d’autant plus grave que l’article 17, alinéa 4, ne garantit plus aux demandeurs d’asile, l’accès à une consultation et à une représentation juridique dans les centres d’enregistrement ou dans les aéroports, comme la loi précédente. Aucun pays du monde civilisé ne connaît une telle violation du droit de se défendre contre les éventuels abus de droit commis par l’État.

 

En résumé, je suis consterné de découvrir que la Chambre Haute a pu voter, dans des conditions de procédure législative incorrectes et hâtives, une révision de la loi sur l’asile violant les valeurs essentielles qui ont fait la réputation de notre pays, dépositaire, je le rappelle, des conventions traitant des droits fondamentaux des être humains.

 

Je vous demande donc instamment, de faire en sorte que ce projet soit corrigé et retrouve une forme et un fond correspondant à l’idéal que la majorité des Suisses a de la démocratie, du respect des droits de l’homme et du maintien de l’Etat de droit.

 

Je vous remercie pour votre attention et vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs les députées et députés au Conseil national, l’assurance de ma haute considération.


Photo by ia huh on Unsplash

~ 3 min

La responsabilité des chrétiens dans le contexte des récentes révisions de la loi sur l’asile.

Lors de la création de la loi sur l’asile en 1979, la Suisse a joué un rôle de pionnier sur le plan juridique et humanitaire. Aucun autre pays d’Europe ne dispose d’un droit d’asile aussi clairement structuré et ouvert. Depuis lors, d’innombrables révisions ont déformé ce modèle au-delà de toute reconnaissance. Les derniers amendements, adoptés par le Conseil des Etats lors de la session de printemps, font de notre droit d’asile, selon les termes de l’ancien Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le droit d’asile le plus restrictif d’Europe. Voici quelques mulligans [1] :

– L’expulsion systématique si un demandeur d’asile vient d’un pays dit « sûr ». pays. La liste des pays sûrs est très différente dans l’UE et en Suisse. Quels sont les pays réellement sûrs ?

– Forte réduction de l’admission humanitaire pour les demandeurs d’asile qui ne sont pas persécutés politiquement mais personnellement. Ce « petit droit d’asile » était censé offrir un refuge aux personnes qui sont en grand danger dans leur pays pour des raisons sociales, familiales et politiques non gouvernementales. Elle est désormais limitée à un « danger de mort imminent ». Qu’en est-il de la torture et du viol ?

– Une demande ne sera pas acceptée si le demandeur d’asile ne peut pas présenter une carte d’identité. Cette mesure s’applique à environ 80% des cas ! Bien sûr, il y a des cas où les demandeurs d’asile ne détruisent leurs papiers qu’après leur entrée en Suisse, mais la Suisse n’a évidemment pas encore compris que de nombreux autres réfugiés ont dû les détruire déjà dans leur pays d’origine ou en route pour des raisons de sécurité ou (surtout en Afrique) que certains d’entre eux n’ont jamais eu de papiers de leur vie.

Le quota de personnes qui reçoivent l’asile est ainsi maintenu artificiellement bas, et de nombreuses personnes persécutées passent entre les mailles du filet. Ceux-ci vont maintenant être soumis à des mesures encore plus brutales :

– Possibilité de mettre un demandeur d’asile en prison jusqu’à 2 ans si sa demande est rejetée. Cette extension des mesures coercitives est d’autant plus absurde que le rapport de la commission d’enquête parlementaire a montré que plus une personne reste longtemps en détention, plus il est impossible de l’expulser.

– Les demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée sont exclus de l’aide sociale. Ils sont en fait mis à la rue dans l’espoir qu’ils disparaissent d’eux-mêmes. L’expérience des décisions de non-entrée en matière (NEE), qui ont déjà été affectées par cette mesure, a montré que les personnes disparaissent des statistiques et de la conscience publique, mais pas de la Suisse !

– Possibilité de réduire l’aide d’urgence si un demandeur d’asile déboutés ne quitte pas la Suisse à temps. Ce faisant, le Conseil des Etats défie la Constitution fédérale, qui garantit le droit à une existence digne (art. 12), droit récemment confirmé par le Tribunal fédéral.

On dit toujours qu’il faut éviter les abus dans le système d’asile. Mais les mesures proposées ici ne montrent que trop clairement que ce ne sont pas seulement les abus qu’il faut prévenir, mais aussi le droit d’asile en premier lieu. Apparemment, le but ultime est de ramener le taux d’abus à zéro, même si cela coûte à de nombreuses personnes leur dignité et leur vie. Ainsi, le droit et la justice sont foulés aux pieds.

En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas le permettre ! Tout ce que vous avez fait pour l’un de ces plus petits de mes frères, vous l’avez fait pour moi », dit Jésus (Matthieu 25:40). Le traitement des étrangers – et des réfugiés sont vraiment les moins nombreux, c’est-à-dire les plus faibles parmi les étrangers – est l’une des mesures les plus claires de la place de Jésus dans notre société.

Il est temps que l’Église en Suisse se réveille et assume son rôle prophétique pour la Suisse. Il ne s’agit pas seulement de l’avenir des réfugiés ou de notre pays. L’avenir de la communauté chrétienne est en jeu ici. Si une communauté ne perçoit plus les plus faibles comme des êtres humains, comment peut-elle encore s’attendre à ce qu’elle accepte le plus faible des faibles, Jésus ? Et comment l’église peut-elle encore regarder Jésus dans les yeux si elle ne se soucie pas des plus petits aujourd’hui ?

« Veillez à ce que chacun ait son dû ! Que la justice et la droiture remplissent la terre comme un fleuve qui ne s’assèche jamais ». (Amos 5:24)


Photo by Philipp Potocnik on Unsplash

~ 3 min

Depuis quelques mois, les médias se vantent que le nombre de demandes d?asile est en forte baisse. Parallèlement, les méthodes pour parvenir à cette baisse apparaissent au grand jour, ainsi que la valeur que nos autorités attribuent à l?être humain. Voici deux cas d?espèce et un appel à l?action.

Cas d’espèce n°1 : la mort comme faisant partie de la solution

Fin mars, le Tribunal fédéral a décidé dans un arrêt que des requérants d?asile déboutés ont droit à l?aide minimale d?urgence si, sans cette aide, leur vie et santé sont en danger. Car, argumente le TF, la Constitution protège le droit à la vie. Le chef du Département de la justice et police, Christoph Blocher, a réagi à cette décision en suggérant qu?il faudrait donc amender la Constitution : « Si la suppression de l?aide d?urgence contribue à résoudre un véritable problème, alors nous devrons nous réserver la possibilité de modifier la loi et, au cas échéant, la Constitution. »

La mort d?homme sera donc intégrée comme partie de la solution. Je crois qu?aujourd?hui, les Suisses doivent tirer la sonnette d?alarme et choisir dans leur c?ur quelle direction prendre. Est-ce que cela peut être la voie de Dieu ? Et ce d?autant plus que la procédure d?une partie des requérants d?asile déboutés n?avait aucune chance d?aboutir, car on considère automatiquement que les papiers qu?ils ne produisent pas (puisqu?ils ont dû s?en débarrasser pendant leur fuite) représentent une non-divulgation de leur identité et donc une raison de ne pas même entrer en matière?

Cas d?espèce n°2 : danger de mort comme cause de refus

Didim Teka, responsable de ChristNet Congo, voulait participer, en mars, au Forum alternatif mondial de l?eau à Genève. Or, l?ambassade suisse lui refusa l?octroi d?un visa en première instance. Cela fut justifié ouvertement par la situation politique de plus en plus incertaine en RDC ce qui augmenterait le risque que Didim Teka reste finalement en Suisse. Il ne s?agira probablement pas d?un cas isolé?

Qu?est-ce que cela révèle sur la politique d?asile suisse ? Rien d?autre que notre refus d?accueillir des personnes justement PARCE QU?elles sont en danger et pourraient se réfugier chez nous. Si on connaît les persécutions périodiques et les milliers de morts en RDC (et qui serait mieux placé que l?ambassade suisse à Kinshasa pour le savoir ?), on peut s?imaginer qu?un refus de visa peut signifier la mort. Nous fermons donc la porte aux personnes mêmes qui fuient la mort. N?avons-nous toujours rien appris de l?Histoire et de notre rejet d?accueillir les Juifs pendant la Seconde guerre mondiale ? A l?époque, les Suisses avaient comme prétexte la peur du voisin allemand et le risque de mettre en jeu sa bienveillance. Aujourd?hui, même une telle raison n?existe plus pour justifier le renvoi des gens potentiellement menacés par la mort.

Halte à la politique d?empêchement de l?asile !

Quelle hypocrisie ! Certains politiciens martèlent qu?ils veulent se débarrasser des « faux » réfugiés pour faire de la place pour les « vrais ». Les deux cas d?espèce cités nous montrent que, dans la pratique, il ne s?agit pas de privilégier les « vrais », mais bien d?empêcher tout le monde de venir chez nous ! A cette fin, nous allons jusqu?à accepter la possibilité que des gens meurent. L?argument de ces mêmes politiciens selon lequel un vrai réfugié obtiendra un visa (et que, partant, des immigrants sans papiers valables seraient de faux réfugiés) se trouve également invalidé par ces exemples. Nous-mêmes refusons le visa aux réfugiés. Ainsi, le seul chemin qui s?ouvre à eux est l?immigration illégale qui, pour le Département de justice et police, est une raison de ne pas entrer en matière pour une demande d?asile?

Il est grand temps que nous nous levions contre ces perversions. Il paraît évident que renvoyer des gens dans une situation de danger de mort est une abomination aux yeux de Dieu. Ne permettons pas que le dédain de la dignité humaine augmente en Suisse. Levons la voix pour rendre publics ces engrenages scandaleux. Ne laissons pas se reproduire les événements de la Seconde guerre mondiale avec les Juifs. Opposons à cette pratique, qui est également soutenue par certains chrétiens, les valeurs de la Bible et l?amour de Jésus. Aujourd?hui, le moment est venu !

~ 3 min

« Profiteurs du social, faux réfugiés, tricheurs AI? » Certains milieux traitent les questions de l?asile, du chômage et de l?AI principalement sous l?angle des abus potentiels. Evidemment, l?abus n?est pas bon et cette question devrait être considérée lors de l?élaboration des politiques sociales. Force est de constater que nombreux sont les politiciens qui s?appuient sur la crainte des abus afin de restreindre l?accès aux droits sociaux. Or, ceci provoque des trous toujours plus importants dans notre filet social et humanitaire.

La peur des abus est présente jusque dans nos Eglises évangéliques. Comment pouvons-nous gérer cette peur et l?éventualité que des gens abusent de notre générosité ? Les Evangiles nous permettront de comprendre quelle était l?attitude de Jésus, notre plus grand modèle, lorsque des gens ont abusé de sa générosité et sa confiance.1

Jésus et la peur de l?abus

Face à l?abus de confiance, Jésus adopte une attitude sereine, ce qui apparaît de la manière la plus impressionnante dans le fait qu?il nomme Judas Iscariot comme l?un des douze disciples. Il sait dès le début que Judas va le trahir.2  Or, la sérénité de Jésus ne concerne pas « seulement » sa propre vie, mais la vie de toute la communauté des disciples ; la trahison de Judas mettra en danger la vie de tous. Cette sérénité s?étend jusqu?au domaine pour nous si délicat des finances : Judas détournait des fonds de la caisse commune qui lui était confiée, pourtant Jésus en était tout à fait conscient.3

Il est important de constater que Jésus agit ainsi non pas par naïveté, ni parce qu?il aime et fait confiance aveuglément. Il est dit de lui qu?il « n?avait pas besoin qu?on lui rendît témoignage d?aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l?homme »4 . Il fait donc confiance en toute connaissance de cause.

Sortir de la peur de l?abus

Ce comportement n?était possible que grâce à sa confiance intime dans le Père : il recevait constamment de la plénitude du Père et n?avait donc pas besoin de gratitude, ni de respect de son entourage. Ce comportement fait apparaître quel amour Dieu a pour nous : Il nous aime et Il est prêt à payer le prix, même s?Il sait que beaucoup d?hommes et de femmes abuseront de sa générosité.5

C?est cette générosité divine qui nous permettra d?abandonner la peur de manquer, mais uniquement si nous sommes prêts à l?accepter. C?est son plus grand désir de faire cadeau de sa plénitude à tous ceux qui le lui demandent, qui le cherchent et qui frappent à sa porte.6  Sommes-nous prêts à recevoir ? Si nous sommes ouverts à sa bénédiction inconditionnelle, nous deviendrons prêts à agir selon le c?ur de notre Père céleste et de rendre sa générosité visible à tous ceux qui demandent, cherchent et frappent à notre porte, à savoir les personnes ayant besoin d?une aide sociale, les requérants d?asile et les bénéficiaires de l?AI.

Le fruit de la générosité

Lorsque nous abandonnons la fausse croyance selon laquelle nous allons manquer si nous sommes généreux, nous accomplirons le commandement de l?amour du prochain. Et ce n?est pas tout : Dieu nous promet une grande bénédiction. Car Sa logique à Lui défie notre logique de la peur :

« Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. Que chacun donne comme il l?a résolu en son c?ur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. Et Dieu peut vous combler de toutes sortes de grâces, afin que, possédant toujours en toutes choses de quoi satisfaire à tous vos besoins, vous ayez encore en abondance pour toute bonne ?uvre, selon qu?il est écrit : Il a fait des largesses, il a donné aux indigents ; Sa justice subsiste à jamais. » 2 Corinthiens 9.6ss.

Prions afin que Sa justice apparaisse à nouveau dans notre pays dans les domaines du social et de l?asile ? et afin que les chrétien-ne-s suisses y jouent un rôle clé.


1. Mon analyse concerne uniquement l?abus de confiance qui peut être observé dans le social. Pour d?autres abus, en particulier l?abus de pouvoir, Jésus adoptera une attitude très différente.

2.  « Jésus leur répondit : N?est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? Et l?un de vous est un démon ! Il parlait de Judas Iscariot, fils de Simon ; car c?était lui qui devait le livrer, lui, l?un des douze. » Jean 6.70s.

3. « Un de ses disciples, Judas Iscariot, fils de Simon, celui qui devait le livrer, dit : Pourquoi n?a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ? Il disait cela, non qu?il se mît en peine des pauvres, mais parce qu?il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu?on y mettait. » Jean 12.4ss.

4. Jean 2.25

5. « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » Romains 5.8

6. Matthieu 7,7ff.

Photo by Kelly Sikkema on Unsplash

~ < 1 min

Il dit alors à l?homme qui avait la main paralysée :

– Lève-toi et tiens-toi là, devant tout le monde.

L?homme se leva et se tint là.

Luc 6, 8

Il est une langue d?Europe Centrale dans laquelle « NEM » veut dire « NON ». Tout simplement « NON ». Impossible si l?on y pense de ne pas associer alors la mesure appliquée aux demandeurs d?asile refusés dans notre pays à la plus élémentaire – mais aussi à la plus terrible – des négations. Celle de la réalité. La réalité du monde d?abord, avec ses souffrances, ses violences et ses exils. La réalité de la détresse d?hommes et de femmes ensuite, touchés par ces fléaux, et venus chercher quelque chance d?un avenir ici. Celle, enfin, de leur présence parmi nous, qui ne dépend pas de notre capacité à l?ignorer.

A l?opposé de ce refus aveugle, il est un homme qui a su prendre en compte l?entier de la réalité des personnes dont il a croisé le chemin, le Christ. De lui, apprenons à défendre et à rétablir la dignité de tout être humain, sans considération de qualités. De lui, entendons l?appel à prendre en charge la pleine réalité du monde, aussi complexe et fuyante soit-elle. Et aujourd?hui, quand il se trouve parmi nous des personnes privées de la plus rudimentaire assistance, comprenons notre responsabilité à faire le nécessaire pour que cette réalité soit assumée par les autorités de notre pays.


Photo by Kyle Glenn on Unsplash

~ 2 min

Le premier avril 2004, sont entrées en vigueur des mesures d’exclusion du système d’aide sociale qui touchent les requérants pour lesquels l’office fédéral des réfugiés n’est pas entré en matière (NEM).

Une situation dramatique

J’ai participé à 3 réunions intercantonales composées de personnes compétentes, dynamiques et bien décidées à venir en aide à ces exclus d’aujourd’hui, jusque dans la rue et dans l’hiver.

Nous avons échangé des informations sur cette situation dramatique qui touche chaque canton. Et bien, les nuits qui ont suivi ces réunions ont été difficiles pour moi. Malgré mes expériences humanitaires au milieu de la guerre, qui m’ont certes rendue plus fortes, je ne peux m’empêcher de trembler devant tant d’inhumanité avérée.

A Soleure, j’ai vu des hommes qui n’ont même pas accès à une baraque de chantier désaffectée pour se protéger et se reposer; le canton l’avait pourtant rénovée pour la transformer en « centre d’urgence » et les places disponibles ne manquaient pas.

Pour reprendre l?exemple de Soleure, les « NEM » doivent y vivre dans la rue et se débrouiller pour dormir. Ils tentent souvent de se réfugier pour dormir dans les centres d’hébergement mais ils en sont souvent chassés la nuit; jetés à la rue, ils subissent alors des contrôles « musclés » de la part de la police. Et évidemment pas d’accès aux soins, pas d’hygiène?

L’aide d’urgence accordée, 8 francs par jour et par personne pour la nourriture, l’hygiène et les vêtements, 13 francs pour le logement ne permet pas de survivre et ne correspond en rien aux moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine prévus par la Constitution.

Comme si l’horreur n’était pas suffisante, les personnes originaires d’Afrique sont régulièrement exposées aux attaques – verbales et physiques – de groupes racistes.

On sait, bien entendu, théoriquement que, dans tous les groupes de population des humains ne se comportent pas correctement. Mais si l’on décide d’attribuer la vente de drogue aux seuls africains, attribuera-t-on selon le même raisonnement la pédophilie aux occidentaux? Permettez-moi d’en douter!

Agissons pour vivre ensemble le mieux possible !

Ce que je sais c’est que je ? nous, et vous, j’en suis sûre – ne voulons pas attendre et voir que des gens souffrent et même décèdent à force de vivre dans des conditions inhumaines pour nous mobiliser et crier à nos autorités que nous ne pouvons accepter ces mesures indignes qui risquent de s’étendre à l’ensemble des requérants déboutés.

Et pourtant, l’article 12 de notre Constitution fédérale stipule que toute personne dans le besoin a le droit d?être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine.

Telles sont notre force, notre richesse et notre fierté. Ainsi, nous, Suisses et autres locataires de notre beau pays, exigeons impérativement d’une nation qu’elle garantisse à chacun le droit au respect de la personne, à celui de vivre sous un toit, au droit de se nourrir décemment.

Alors ne remettez pas à demain, faites signer la pétition de Solidarité sans frontières, c’est une manière de garder le respect des membres de cette société dans laquelle nous devons vivre ensemble le mieux possible.


Photo by Kyle Glenn on Unsplash