Travail : une nouvelle attaque contre le dimanche sous le prétexte de la « modernisation »

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Verzweiflung im Homeoffice
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Depuis la pandémie de «coronavirus» au plus tard, le télétravail s’est largement généralisé. Au Conseil national, les organisations patronales ont profité de cette situation pour proposer une réforme visant à assouplir le cadre du travail et le repos dominical, et présentent leur idée comme un progrès pour les travailleurs.

Mais la réalité est tout autre : la pression en faveur d’une plus grande flexibilité et d’un mélange entre vie professionnelle et vie familiale s’intensifierait en cas de mise en œuvre, et le dimanche s’éroderait massivement. Quelle valeur les Églises accordent-elles au dimanche ?

Près de 40 % des actifs en Suisse travaillent au moins partiellement à domicile. Cette pratique est largement appréciée et peut également s’avérer utile pour les familles afin de concilier vie professionnelle et vie familiale.

« Afin d’assurer la sécurité juridique des salariés », les associations patronales ont désormais lancé une réforme du droit du travail1. Ainsi, le cadre dans lequel le travail quotidien peut être effectué doit être étendu à 17 heures, « afin que les pères de famille puissent encore rédiger des e-mails urgents après avoir couché leurs enfants ». Dans ce contexte, le temps de repos – c’est-à-dire l’interruption nocturne du travail – pourrait également être réduit à 9 heures. Parallèlement, le travail dominical ne devrait plus devoir être autorisé six dimanches par an, ce qui supprimerait également les indemnités supplémentaires, « afin que les salariés puissent prendre un autre jour de congé de manière flexible et travailler en contrepartie le dimanche ».

La question du pouvoir d’organisation

Les employeurs s’étonnent que ces « améliorations pour les employés » soient très mal accueillies par ces derniers et par les syndicats. Se pourrait-il que les salariés soient plus proches de la réalité ? Car une grande partie des employés est soumise à une forte pression au travail. Ils ne peuvent pas décider eux-mêmes de la quantité de travail à effectuer ni du moment où ils souhaitent le faire. Cette pression en faveur d’une plus grande flexibilité et d’une charge de travail plus importante va sans aucun doute s’accentuer avec une modification de la loi. Cela vaut d’autant plus pour les plus de 20 % de « cadres supérieurs » qui, depuis la modification de l’ordonnance par le conseiller fédéral Schneider-Ammann en 2016, ne sont plus « tenus » d’enregistrer leur temps de travail. Il s’agit donc, comme souvent, d’une question de pouvoir.

Selon la majorité parlementaire, peu de salariés seraient concernés. Or, le Conseil fédéral a confirmé que même ceux qui n’effectuent qu’une part minime de leur travail en télétravail seraient concernés par ces extensions sur l’ensemble de leur temps de travail. Soit, en réalité, des millions de personnes en Suisse. La majorité parlementaire a délibérément rejeté une proposition visant à limiter la réforme au seul télétravail et aux employés pouvant décider eux-mêmes de leur télétravail.

… et le dimanche aussi, tant qu’on y est

Dieu nous a prescrit de sanctifier le jour du sabbat2 afin de nous reposer et de cultiver la communion fraternelle. Il ne s’agit pas seulement pour chacun d’avoir un jour de congé par semaine, mais d’avoir un jour commun. Car Dieu a ordonné que tous les hommes, y compris les employés, ne travaillent pas ce jour-là. Or, le Parlement veut désormais s’en prendre au dimanche, notre variante du jour du sabbat. Où étaient donc passés ceux qui prétendent défendre la culture chrétienne ?

  • Désormais, tous les employés qui peuvent également travailler à domicile «pourront» travailler jusqu’à six dimanches par an sans qu’une autorisation soit nécessaire. La pression du travail fera en sorte que ces dimanches deviendront la norme. Ceux qui ont encore le droit de noter leurs heures de travail pourront certes prendre un autre jour de congé, mais la vie communautaire du dimanche – y compris au sein de la communauté chrétienne – aura disparu.
  • De plus, les cantons devraient pouvoir autoriser la vente le dimanche jusqu’à 12 dimanches par an (soit environ un quart de l’année). Le travail dominical sera ainsi visiblement normalisé et le dimanche deviendra définitivement un jour comme les autres.

Faire respecter la protection des personnes au lieu de la supprimer

Soit dit en passant, pour les « start-ups », aucune limite sanitaire ou sociale ne s’appliquerait plus au travail. Cela reflète la normalisation de l’assouplissement des limites qui devraient en réalité servir à protéger les personnes. Au cours des dernières décennies, de plus en plus de travail dominical et d’autres « exceptions » ont été autorisés au motif qu’ils étaient « économiquement nécessaires ».
Où en est donc le besoin humain de repos et d’une vie familiale équilibrée ? Le travail empiète de plus en plus sur la vie privée et familiale : avec les changements constants des horaires de travail, le travail « jusqu’à ce que ce soit fini » et la disponibilité pendant le temps libre, il devient de plus en plus difficile de planifier ses moments de repos.

Il s’agit désormais de faire respecter le droit du travail pour protéger les personnes, plutôt que de l’abolir « parce qu’il n’est plus d’actualité ». Si, à notre « époque », la protection des personnes n’est pas prise au sérieux, c’est une erreur de vouloir normaliser et légaliser cette situation. La « modernité » n’est pas non plus une simple fatalité : nous avons la possibilité, grâce à un cadre juridique du travail, de fixer des limites afin qu’il ne devienne pas préjudiciable aux personnes et à la société. Cela a été négligé au cours des dernières décennies sous la pression de groupes d’intérêts et par crainte pour l’emploi. Mais la pression sur la santé est désormais devenue trop forte, de plus en plus de personnes sont en burn-out, les lois de protection sont plus nécessaires que jamais.

Si l’on continue à faire passer la « nécessité économique » avant les besoins fondamentaux des personnes, nous nous dirigeons vers un esclavage moderne. Que voulons-nous encore sacrifier, et qui ? Et pour quoi exactement ? Pour encore plus de « prospérité » matérielle ? Ou parce que la Suisse n’est pas capable, malgré une richesse toujours plus grande, de fournir du travail à tous ses habitants ? En réalité, la richesse devrait nous faciliter la vie. Nous sommes sur le point d’obtenir l’effet inverse.

C’est pourquoi, dans le débat sur l’avenir de notre travail, nous ne devons pas perdre de vue les questions fondamentales !


1. https://www.parlament.ch/de/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=69306

2. Exode 20,8 et suivants

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