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Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne, comme en témoignent de nombreux passages de la Bible. Mais ce n’est un secret pour personne que les préjugés, la méfiance ou la peur sapent cette tradition biblique. Des recherches récentes montrent toutefois que la compétence interculturelle est un processus de développement favorisé par la volonté d’aller à la rencontre de l’autre.

Depuis toujours, les gens perçoivent souvent comme un défi, voire une menace, tout ce qui est étranger, différent de leur propre culture et de leur propre expérience. De telles réactions sont tout à fait compréhensibles, mais elles peuvent notamment favoriser l’injustice envers autrui. Nous savons également aujourd’hui que les gens peuvent être confrontés à des défis non seulement en raison de la différence des étrangers, mais aussi en raison de certains aspects de leur propre personnalité qui leur semblent étrangers. Nous pouvons parfois nous sentir étrangers à nous-mêmes et ne pas comprendre entièrement nos propres traits de caractère, attitudes ou actions. Enfin, certaines personnes, par exemple celles qui ont un tempérament extraverti, ont plus de facilité à aborder les étrangers de manière ouverte et sans préjugés, tandis que d’autres, en raison de leur personnalité et de leur caractère, sont généralement plus réservées dans leurs interactions sociales. En bref, la manière dont nous traitons nos semblables qui nous sont étrangers a beaucoup à voir avec nous-mêmes.

Hospitalité et bienveillance dans la tradition chrétienne

L’exigence d’accueillir les autres avec bienveillance et hospitalité s’inscrit dans une longue tradition judéo-chrétienne. L’Ancien Testament exigeait déjà de traiter avec justice et gentillesse les personnes issues de cultures étrangères, par exemple : « Tu n’exploiteras point l’étranger. Vous savez bien ce que ressent un étranger, car vous avez vous-mêmes été étrangers en Égypte » (Exode 23,9, traduction œcuménique, 2017). Notre propre histoire, faite de fuite, d’étrangeté et de dépendance, doit nous rendre sensibles à la situation des autres. À cela s’ajoute la conviction que chaque être humain, quelle que soit son origine, possède une dignité particulière.

On trouve des exigences similaires dans le Nouveau Testament. Par exemple, les communautés chrétiennes sont exhortées à « pratiquer l’hospitalité sans murmurer » (1 Pierre 4,9, Traduction œcuménique, 2017) ! Dans une lettre adressée à des chrétiens qui subissaient eux-mêmes de fortes pressions en raison de leur foi, il était même dit ou écrit : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que certains, sans le savoir, ont hébergé des anges » (Épître aux Hébreux 13,2, traduction œcuménique, 2017) ! Cela fait notamment écho à des récits de l’Ancien Testament qui racontent des expériences personnelles d’étrangers ou des rencontres entre des hommes et des anges ou des messagers de Dieu. On raconte par exemple qu’Abraham a accueilli trois de ces messagers de Dieu (Genèse 18). L’un des messagers est traditionnellement interprété comme le représentant de Dieu lui-même. Les messagers ont promis à Abraham la naissance de son fils Isaac. L’ouverture d’esprit envers les personnes que nous connaissons, mais aussi envers celles que nous ne connaissons pas, est élevée à un niveau quasi surnaturel et spirituel. Accueillir les étrangers avec hospitalité n’est pas seulement une exigence éthique, mais permet également, dans certaines circonstances, de vivre une expérience particulière de Dieu. Le Nouveau Testament approfondit ce lien et le renforce. Le point de départ est l’amour du prochain envers l’étranger dans le besoin, indépendamment des liens ethniques ou religieux. Beaucoup pensent d’abord à la parabole du bon Samaritain (Évangile selon Luc 10,25-37). L’étranger d’une autre confession aide de manière désintéressée une personne en situation désespérée et contraste ainsi avec ses contemporains religieux qui abandonnent les personnes dans le besoin.

D’autres se souviendront peut-être du texte poignant de l’Évangile selon Matthieu (25,31-46). Là aussi, Jésus utilise l’exemple de l’attention portée aux personnes dans le besoin. L’hospitalité et l’attention deviennent un devoir religieux, car la manière dont on traite l’étranger détermine également la fidélité à Dieu. La manière dont on traite ceux qui ont faim, ceux qui ont soif et les étrangers devient un critère du salut. Le Christ lui-même est présent dans l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (verset 35). Quiconque se montre miséricordieux envers ses semblables, consciemment ou inconsciemment, est invité à entrer dans la communion éternelle avec Dieu. Quiconque donne à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif, habille ceux qui sont dans le besoin, accueille les étrangers avec bienveillance, rend visite aux malades et aux prisonniers, confirme sa foi sincère en Dieu.

L’hospitalité et l’aide apportée à autrui doivent donc être comprises comme une miséricorde envers Dieu lui-même (verset 40). Le comportement miséricordieux envers son prochain est finalement considéré comme une conséquence de la miséricorde de Dieu.

De l’intégration à l’inclusion et à la participation

Les textes bibliques proviennent de cultures dans lesquelles l’hospitalité, les rencontres humaines et les relations interpersonnelles occupent encore aujourd’hui une place importante dans la société. Dans les sociétés occidentales également, le respect du prochain et de l’étranger est considéré comme une valeur fondamentale, en particulier l’aide caritative aux personnes dans le besoin. Cependant, ce n’est un secret pour personne que l’hospitalité et l’amour du prochain peuvent être limités par les préjugés, la méfiance ou la peur des abus. Les recherches actuelles montrent également que les contacts, les rencontres ou même les amitiés avec des personnes issues de (sous-)cultures qui nous sont étrangères peuvent réduire les réserves et les préjugés existants. Dans le débat public, le thème de la migration est traditionnellement associé avant tout à l’intégration. Les personnes issues d’autres cultures doivent apprendre la langue du pays d’accueil et s’y adapter pleinement. Cependant, il est désormais largement reconnu que la véritable participation nécessite « les deux côtés » : la société majoritaire doit également s’ouvrir pour faire place aux minorités.

Le concept d’inclusion met l’accent sur ce processus réciproque et souligne, dans l’esprit des droits humains, que la société elle-même doit se montrer accessible et prête au changement. Une simple optimisation des offres existantes ne suffit pas ; un changement fondamental du système est nécessaire. Il est bien connu que de tels changements ne réduisent pas automatiquement les tensions sociales, mais qu’ils augmentent à long terme les chances d’une participation durable. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la notion d’inclusion soit de plus en plus appliquée aux questions d’asile et de migration. Cette perspective sur l’inclusion et la participation montre clairement que la cohésion sociale ne résulte pas uniquement de réformes structurelles, mais qu’elle repose essentiellement sur l’attitude intérieure des personnes concernées. L’inclusion commence là où les gens sont prêts à remettre en question leur perception de l’autre et à réfléchir à leur propre position dans le cadre de la proximité et de l’étrangeté. C’est précisément à cette intersection que la sensibilité interculturelle entre en jeu.

Utiliser la sensibilité interculturelle

La recherche contemporaine en sciences culturelles (notamment Kumar Yogeeswaran ; Hall) souligne que les individus n’appartiennent pas à une seule culture, mais s’inscrivent simultanément dans plusieurs cadres culturels de référence. Une personne peut se sentir appartenir à une communauté religieuse, être membre d’un club sportif avec ses propres normes et valeurs et faire partie d’une famille avec une identité culturelle forte. En même temps, les individus partagent des appartenances culturelles plus larges, telles que des contextes nationaux et linguistiques. Cette pluralité culturelle constitue une base essentielle pour comprendre la surestimation culturelle et le danger des attributions simplistes. Il n’est pas rare que nous rencontrions des personnes que nous percevons d’abord comme « très différentes » en raison d’une seule caractéristique culturelle – telle que l’origine ethnique – pour constater ensuite que nous vivons dans le même village, participons aux mêmes fêtes et regardons les mêmes films. Ce qui semble étranger à première vue s’avère souvent étonnamment familier dans la vie quotidienne. Une personne peut me paraître « étrangère » en raison de ses caractéristiques physiques, mais je trouve des points communs dans ses valeurs et ses principes. L’expérience montre également que notre propre tolérance à l’égard des différences augmente lorsque nous initions nous-mêmes des rencontres interculturelles ou que celles-ci ont lieu dans des conditions que nous trouvons significatives et enrichissantes. Il en ressort clairement que la sensibilité culturelle n’est pas une caractéristique fixe, mais un processus qui dépend de la situation. Le développement de la compétence interculturelle nécessite donc une perception consciente des moments où notre propre ouverture d’esprit diminue, ainsi qu’une réflexion sur les raisons de ce phénomène. Dans ce contexte, le modèle de développement de la sensibilité interculturelle (DMIS) développé par Milton J. Bennett offre un cadre théorique solide pour comprendre comment les individus perçoivent, interprètent et gèrent les différences culturelles. Le modèle décrit la compétence interculturelle comme un processus de développement dans lequel les visions du monde évoluent progressivement de perspectives ethnocentriques vers des perspectives de plus en plus ethnorelatives. En situant les individus et les groupes le long de ce processus de développement, le DMIS permet de concevoir des processus d’apprentissage et d’intervention ciblés et adaptés au développement. Dans les domaines de l’éducation, du conseil et du développement organisationnel, le modèle peut contribuer à promouvoir systématiquement le développement de formes différenciées, adaptables et inclusives de rencontres interculturelles.

Points importants à retenir

Que pouvons-nous apprendre de la tradition chrétienne et des acquis interdisciplinaires historiques pour notre rapport personnel aux étrangers dans la société ? Nous concluons cette brève incursion par quelques points importants à retenir.

Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne. L’amour du prochain est donc une affaire de cœur, qui s’exprime toutefois par des actes concrets.
Une attitude ouverte et responsable envers les personnes issues de cultures étrangères est l’expression d’une spiritualité vivante et d’une pratique religieuse miséricordieuse, également vécue en communauté. En tant que défenseur des plus vulnérables, l’Église se range également du côté des étrangers, en particulier ceux qui sont dans une situation d’urgence existentielle et sans protection sociale suffisante.
En se référant aux textes bibliques et à la tradition chrétienne, il convient de souligner que les relations avec les étrangers doivent être structurées et responsables. Tous les êtres humains sont, d’une certaine manière, des étrangers. La réconciliation, le respect et des conditions de vie équitables pour les étrangers sont une tâche sociale universelle.

Il faut repenser la notion d’« étranger » : ce n’est pas l’appartenance à une ethnie ou à une culture particulière qui rend une personne étrangère, mais l’absence de curiosité, de respect et de volonté de rencontre. La communauté naît là où les gens établissent des liens sur la base de réalités de vie partagées, de pratiques communes et d’une attitude ouverte, et non là où ils s’en tiennent à des attributions culturelles simplistes. Les différences ne sont pas utilisées pour créer des frontières, mais sont comprises comme une invitation à rechercher des points communs dans une curiosité respectueuse.
Une communauté respectueuse repose sur la reconnaissance du fait que les cultures ne sont pas statiques, mais qu’elles changent constamment et qu’elles naissent et évoluent toujours en relation avec les rapports de force sociaux. Quiconque souhaite assumer la responsabilité de la coexistence doit tenir compte de ces dynamiques et être conscient de sa propre position. C’est seulement ainsi que la diversité culturelle ne deviendra pas une source de nouvelles inégalités, mais une ressource pour la justice, la participation et la croissance commune.

Cet article a été publié pour la première fois sur institut inklusiv.

Mark Moser

Auteur: Mark Moser

Mark Moser (*1973) est professeur de communication, de compétences interculturelles et de transformation des conflits à la Haute école d’économie de la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse. Il enseigne également en tant que professeur externe dans diverses autres universités sur les thèmes de la santé et de la culture, du bien-être spirituel dans des contextes culturellement diversifiés et dans d’autres domaines connexes.

Oliver Merz

Auteur: Oliver Merz

Oliver Merz (*1971) est théologien et a obtenu son doctorat en théologie pratique en 2015. Il est fondateur et directeur de l’« Institut Inklusiv ». Il est également conférencier invité, consultant, superviseur, expert et auteur. Ses travaux portent principalement sur la diversité et la différence, l’inclusion et la participation dans l’Église et la société, ainsi que sur la religion, la spiritualité et la santé ou la maladie et le handicap.

Foto de Alice Yamamura sur Unsplash

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Entraver le secours porté à une personne en danger est punissable selon le Code pénal suisse (Art. 128). La décision du Conseil fédéral de ne pas autoriser le navire humanitaire Aquarius à naviguer sous pavillon suisse à joué un rôle décisif dans sa mise en arrêt d’activité. Ainsi se retrouvent des milliers d’êtres humains privés de secours. l’Aquarius a sauvé jusqu’ici 29’000 vies humaines. Le Conseil fédéral se rend ainsi corresponsable d’un grand nombre de morts.

On nous fait entendre que la question nécessite une solution au niveau de l’Europe entière. C’est effectivement le cas, mais il s’agit d’une visée à long terme, et d’ici qu’on l’atteigne nombreux sont celles et ceux qui mourront noyés. On entend même dans certains cercles qu’il y aurait ainsi une diminution des tentatives de traversées de la mer s’il devient attesté que la plupart meurent durant le trajet. Mais voulons-nous vraiment sacrifier à Dieu des milliers de ses créatures dans le but que moins d’étrangers viennent à nous? Il est permis d’émettre des doutes sur le Pacte de Marrakech qui vise à interdire aux pays des limitations de la migration pour motifs économiques. Nous avons le droit de décider d’accueillir uniquement les réfugiés victimes de guerre et de persécution. Mais cela nécessite d’examiner les situations de ces personnes, et non de les laisser mourir en mer. Pouvons-nous tolérer d’infliger la mort pour cause d’avoir cherché plus de bien-être ? Et considérer les réfugiés politiques morts comme des « dommages collatéraux », parce qu’il y avait également des réfugiés économiques avec eux ?

Dans Matthieu 25, Jésus nous dit sur quelle base nous serons jugés : non pas sur quelque chose de mal que nous aurions faite, mais sur le bien que nous avons accompli envers les plus petits de nos frères (il y a par ailleurs de nombreux chrétiens parmi les personnes noyées). Sami, un de mes voisins érithréens, a tout juste pu échapper de la mort par noyade grâce à l’action d’un navire humanitaire. Il flottait alors sur l’eau, inconscient. La plupart de ceux qui partageaient son embarcation sont décédés.

Nous appelons donc le Conseil fédéral à changer sa décision, et à empêcher ainsi qu’il y ait encore davantage de morts dans la Méditerranée.

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Le décès, en décembre dernier, de la jeune strasbourgeoise Naomi Musenga, 22 ans, après qu’une opératrice du SAMU ait pris son appel à la légère a causé beaucoup de bruit et eu nombre répercussions : enquêtes, manifestations publiques, mea culpa de la part l’opératrice, démission du directeur du SAMU strasbourgeois. Des répercussions largement causées et amplifiées par le soupçon de discrimination associé à cette affaire : l’opératrice aurait-elle en effet agi différemment – en transmettant l’appel à un médecin, comme elle aurait dû le faire au vu des types de douleurs décrites – si Naomi ne s’était pas appelée « Musenga », si elle n’avait pas été une femme ?

 

Injustices épistémiques

Certaines voix se sont ainsi élevées pour dénoncer les méfaits du « syndrome méditerranéen », biais de perception rencontré chez certains professionnels de la santé qui tendrait à considérer les expressions de douleur comme exagérées chez leurs patients originaires du sud. Que le spectre de ce triste syndrome hante encore ou non les couloirs des établissements hospitaliers, difficile à dire. En revanche, une chose est certaine : la voix des minorités, quelles qu’elles soient, continue à avoir moins de poids, à porter moins loin. Non seulement on les « entend » moins, mais, qui plus est, on leur accorde moins de « crédit ». La sociologue américaine Miranda Fricker qualifie « d’injustice épistémique testimoniale » la situation des personnes dont le témoignage n’est pas pris au sérieux du fait qu’elles appartiennent à groupes marginalisés ou en raison des stéréotypes et autres préjugés associés au groupe dont elles font partie.

 

Empowerment christique

Ces discriminations et leurs effets potentiellement mortifères doivent continuer de nous émouvoir. Ne blindons pas nos cœurs, ne fermons pas nos oreilles… Oui, mais comment (ré)agir à notre échelle ? Certains, à l’image des représentants du mouvement ATD Quart Monde, ont choisi de contribuer à renforcer la voix des « sans-voix » : en facilitant leur accès au savoir et en les aidant à se penser et à se vivre comme des êtres pensant et donc à se faire reconnaitre/à s’imposer comme tel… Un magnifique exemple d’empowerment christique. D’un point de vue individuel, que dire à part, encore et toujours, se laisser imprégner et transformer par l’exemple du Christ… Pauvres, femmes, vieillard, samaritains, supposé-e fou/lle : aucune des personnes qui ont croisé Sa route n’ont eu besoin de sortir un porte-voix pour faire entendre et reconnaitre leur voix. Vers chacune d’entre elles, il a tendu l’oreille, ouvert Son cœur, incarnant ainsi Ses célèbres paroles prononcées lors du sermon sur la montagne : « Heureux les doux car ils hériteront la Terre, heureux les pauvres car le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu.5 3-4)

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1090, août-septembre 2018, www.editions-mennonites.fr.

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Le 28 février 2016, nous sommes appelés à voter sur l’initiative dite «de mise en œuvre». L’objectif des initiants, c’est de donner du poids à l’initiative «sur le renvoi» acceptée par le peuple le 28 novembre 2010, d’élargir la liste des délits conduisant à un renvoi1 et d’exclure toute dérogation pour les cas de rigueur.

D’un point de vue chrétien, ce projet est inacceptable, tant pour son contenu que pour sa forme.

Ne pas regarder l’apparence

L’initiative de mise en œuvre renforce le présupposé de base déjà présent dans l’initiative sur le renvoi qui veut que les étrangers soient punis plus sévèrement que les Suisses. La Bible, au contraire, souligne que tous les humains doivent être traités équitablement par les tribunaux; il ne faut pas les juger selon des critères externes, tel que leur nationalité. C’est ce que fait le roi Josaphat, quand il réorganise la jurisprudence: «Maintenant, que la crainte de l’Eternel soit sur vous. Veillez sur vos actes, car il n’y a chez l’Eternel, notre Dieu, ni injustice, ni favoritisme, ni acceptation de pots-de-vin» (2 Chroniques 19,7).

Les livres de sagesse confirment cette pensée: «Il n’est pas bien d’être partial dans un jugement.» (Proverbes 24,23). La situation spécifique des étrangers est traitée de manière extrêmement claire dans la loi de Moïse: «Il y aura une seule loi et une seule règle pour vous et pour l’étranger en séjour parmi vous» (Nombres 15,16). Il apparaît donc clairement que le contenu de l’initiative de mise en œuvre, tout comme sa sœur ainée, l’initiative sur le renvoi, est en contradiction avec une des valeurs bibliques fondamentales.

Être soumis aux autorités

C’est aussi formellement que l’initiative présente un problème d’un point de vue chrétien. Les initiants ont lancé leur initiative avant même la fin du processus législatif au parlement, lui reprochant de ne pas respecter la volonté du peuple. Ils auraient eu la possibilité d’attaquer le projet de loi par un référendum afin d’obtenir un nouveau projet. Ils mettent ainsi de côté le Parlement élu par le peuple. En outre, le texte de l’initiative prive les tribunaux de toute marge d’appréciation, en imposant une sévérité inconditionnelle sans aucune exception pour les cas de rigueur. Par là, les initiants dédaignent l’interaction salutaire entre les trois pouvoirs publics (le Conseil fédéral, le parlement et les tribunaux) et tentent d’imposer de manière absolue leur façon de voir à toutes les institutions.

La Bible nous met en garde contre une telle attitude de méfiance et de mépris envers les autorités. Paul écrit par exemple: «Que chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent, car toute autorité vient de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu» (Romains 13,1). Ce verset doit bien sûr être utilisé avec prudence, car on en a souvent abusé pour justifier l’oppression du peuple. Dans notre système politique actuel, nous pouvons interpréter cette soumission aux autorités comme un respect des institutions, ce qui implique la séparation existante des pouvoirs.

Un tel respect n’exclut pas une attitude critique envers les institutions, surtout quand elles servent à l’oppression des plus faibles, ni de faire pression pour produire des changements. En affaiblissant de manière détournée la séparation des pouvoirs, on ne sait pas quelle oppression l’initiative de mise en œuvre cherche à combattre. Elle crée plutôt de nouvelles injustices pour nos contemporains étrangers.

Vaincre le mal par le bien

Les commentaires des lecteurs des quotidiens en ligne montrent que cette initiative séduit en raison d’un sentiment largement répandu selon lequel «ceux qui sont vraiment coupables» ne sont pas punis et qu’ils tirent profit de notre système pénal pour vivre à nos dépens («tourisme criminel»2 ).

Il est vrai que notre système juridique, comme tout système humain, n’est pas parfait et qu’il y aurait beaucoup de choses à améliorer. Mais l’initiative ne change rien aux injustices existantes, elle en génère au contraire de nouvelles. Ainsi, par exemple, elle met le génocide et l’abus des prestations sociales sur un pied d’égalité et accepte qu’un père de famille qui a grandi ici soit renvoyé. A l’inverse, Paul nous exhorte: «Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien» (Romains 12,21). En tant que chrétiens, nous sommes appelés à discuter ouvertement des injustices de notre système et à apporter des propositions d’amélioration constructives.

Il convient aussi de se rappeler que Jésus s’identifie aux marginaux et aux exclus, par exemple dans la parabole du jugement dernier (les boucs et les brebis): «j’étais étranger et vous m’avez accueilli;… j’étais en prison et vous êtes venus vers moi» (Matthieu 25,35–36). Cette affirmation prend une signification toute nouvelle en relation avec l’initiative de mise en œuvre: Jésus ne nous rencontre pas seulement dans l’étranger, mais aussi dans l’étranger criminel (emprisonné). Pouvons-nous, qui sommes chrétiens, dans ces circonstances vraiment exiger que de telles personnes soient renvoyées, et en plus sans condition?

Aimer la vérité

Ce sentiment très répandu d’injustice repose souvent aussi sur de fausses informations. Ainsi, un sondage non représentatif sur le blog3 de Newsnet.ch montre que les participants surévaluent nettement la criminalité générale (Suisses et étrangers) par rapport à la réalité.4 Cela montre combien la peur est grande et à quel point ce problème est surestimé; la discussion se déroule trop souvent sur des bases éloignées des faits réels. En tant que chrétiens, «enfants de lumière», nous sommes chargés d’aimer la vérité et d’accepter les faits, même s’ils nous dérangent et ne correspondent pas à nos préjugés idéologiques.


1. L’initiative impose le même renvoi pour des délits aussi différents que le génocide, le viol, l’effraction, la possession de drogues et l’abus des prestations sociales.

2. Malheureusement, l’initiative n’offre justement aucun recours pour lutter contre le tourisme criminel. Celui qui n’habite pas ici et entre illégalement en Suisse pour commettre un délit n’a évidemment pas peur d’un renvoi.

3. «So kriminell sind Ausländer wirklich» (en allemand), blog.derbund.ch/datenblog/index.php/11293/so-kriminell-sind-auslaender-wirklich; consulté le 5.2.2016.

4. Proportion de Suisses et d’étrangers dénoncés: estimés par les lecteurs (Ø): 10,9% (Suisses), 16,4% (étrangers); valeur réelle: 0,7% (Suisses), 2,2% (étrangers); consulté le 5.2.2016.

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Un « petit groupe sur mesure » 1 du Vignoble de Berne a traité le thème des réfugiés lors de six réunions sous le titre « A Happy Bo(o)tschaft – Die Flüchtlinge und wir Christen ». Un rapport (13.11.2015)

Remarques préliminaires

Au cours de l’été 2015, les rapports sur les flux de réfugiés du Moyen-Orient et de l’Afrique vers l’Europe m’ont fait comprendre que je devais en faire un sujet pour notre congrégation. J’ai rencontré le responsable de l’aide aux réfugiés de l’Armée du Salut dans le canton de Berne. Il m’a donné de précieux conseils pour une approche significative du sujet avec des conclusions pratiques.

Ainsi, de septembre à novembre 2015, environ 8 personnes se sont réunies à six reprises pour se rapprocher des réfugiés et de leurs problèmes.

1. ChristNetForum sur la question des réfugiés

Lors du forum du 12 septembre 2015 « A happy Bo(o)tschaft ?! Les réfugiés, la Suisse et les chrétiens » 2 a été l’objet d’un rapprochement politique lors d’une table ronde avec le réfugié syrien Feras Shamas, le conseiller national de l’UDC Erich von Siebenthal, la conseillère nationale du PPE Maja Ingold et le pasteur Daniel Frei. « Il était controversé de savoir si les chrétiens devaient bénéficier d’un traitement préférentiel en Suisse. Il y a eu un accord sur le fait que l’aide humanitaire au Moyen-Orient devrait être augmentée et que les obstacles bureaucratiques pour les réfugiés désireux de travailler devraient être réduits » 3.

Le père Frei a précisé que la « fuite » et la rencontre avec des étrangers ont toujours été un thème dans la Bible. Jésus lui-même a quitté sa position privilégiée auprès du Père céleste, s’est humilié jusqu’à la mort et s’est élevé au-dessus de toutes les masses (cf. Ph. 2, 5-11). Shamas, un chrétien réformé, s’est montré extrêmement disposé à s’intégrer : « Je veux servir la Suisse », a-t-il déclaré.

Erich von Siebenthal, conseiller national de l’UDC, a reconnu en Shamas un de ces réfugiés chrétiens auquel il veut accorder un traitement prioritaire, comme il l’a demandé dans un postulat au Conseil fédéral. « C’est un fait que les chrétiens peuvent être mieux intégrés », a déclaré von Siebenthal. Il a également déclaré que l’accès aux camps de réfugiés au Moyen-Orient était plus difficile pour les chrétiens.

Maja Ingold, conseillère nationale du Parti populaire évangélique (PPE), a réagi à cette demande, qui est également populaire parmi de nombreux chrétiens protestants, en faisant part de ses expériences lors d’un voyage qui l’avait conduite au Liban. Les chrétiens ne se trouvaient pas dans les grands camps parce qu’ils étaient souvent mieux lotis matériellement que les musulmans. Ingold n’est pas favorable à un traitement inégal en Suisse : « Devant la loi, toutes les personnes doivent être traitées de la même manière, indépendamment de leur sexe, de leur race et de leur religion. Nous devons accepter les personnes qui sont menacées dans leur vie et leur intégrité physique et qui viennent en Europe » 4.

2. étude biblique et examen de nos problèmes

La parole de Jésus est devenue fondamentale pour nous : « Tout ce que vous voulez que les gens vous fassent, faites-le-leur ; c’est là que se résume le sens de toute la Bible » (Mat.7,12). En outre, il y a la parabole de la séparation dans le Jugement dernier entre « le bien et le mal » (Mat. 25, 31-46), avec le mot bien connu « Tout ce que vous avez fait à l’un des plus petits de ces frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (et le contraire). Nous sommes ici sensibilisés à l’attitude de Jésus-Christ envers les personnes dont la vie est menacée.

Nos problèmes : l’insécurité ; la question de savoir comment nous allons résoudre ce problème qui se pose avec les réfugiés (par exemple, les islamistes cachés, l’attitude de revendication, la mentalité arrogante, l’attitude de demande) ; la crainte de ne pas pouvoir faire face aux demandes à l’avenir et d’être envahis par les étrangers. Nous voulons contrecarrer cette tendance par une meilleure connaissance du contexte.

3. les questions juridiques concernant les réfugiés et les demandeurs d’asile

Elias et Nadine nous ont donné un aperçu intéressant du domaine juridique. En même temps, on nous a montré pourquoi le système des réfugiés dans notre pays semble si compliqué.

Voici un extrait de leurs explications :

Le statut de réfugié selon la Convention de Genève sur les réfugiés (GFK)

  1. Quitter le pays d’origine
  2. Citoyenneté étrangère
  3. Rupture des relations avec l’État persécuteur
  4. Poursuite :
    1. De graves inconvénients
    2. Pas de protection par le pays d’origine
    3. Des inconvénients ciblés
    4. Motif de la persécution
    5. La justification de la crainte de persécution
    6. Absence d’alternatives d’évasion ou de protection interne
  5. Aucun motif d’exclusion dans le cadre du CCA :
  6. Crimes de guerre
  7. les crimes de droit commun
  8. Actions contre les objectifs des Nations unies

= Protection selon la Convention sur les réfugiés

Octroi de l’asile

  1. Le statut de réfugié est rempli
  2. Aucun motif d’exclusion du droit d’asile
    1. L’indignité de l’asile
      1. Actions répréhensibles
      2. Menace pour la sécurité de la Suisse
  3. Raisons subjectives de l’après-vol
  4. Situation d’urgence

= octroi d’un statut juridique spécial par l’État

Source : Wikipedia, « Ausländerausweis », inspecté le 12.1.2016 (https://de.wikipedia.org/wiki/Ausl%C3%A4nderausweis).

4. exemple d’hospitalité vécue

Urs, Susi et Regula vivent dans une ancienne fromagerie. Ils accueillent deux demandeurs d’asile avec des enfants qui, après un certain temps, trouvent et emménagent dans leur propre appartement. À Meiers, les femmes d’Éthiopie et du Nigeria s’habituent à la mentalité suisse, apprennent l’allemand (dans des cours d’allemand à Köniz et à Berne respectivement) et apprennent à traiter avec les autorités responsables.

L’Office des migrations de la municipalité leur apporte un soutien optimal. Ils ont également des relations directes avec les centres d’asile des environs.

Pour eux, c’est un avantage qu’ils aient eux-mêmes vécu et travaillé en Afrique pendant quatre ans, ce qui leur permet de bien connaître la mentalité des Africains. Ils étaient très disposés à répondre à toutes nos questions, de sorte qu’une approche émotionnelle de la question des réfugiés a également été faite ici.

5. responsable de site d’un centre d’asile

Le responsable d’un centre d’asile de l’Armée du Salut nous a rendu visite. Il avait auparavant travaillé au centre d’asile de Riggisberg. Il s’est ensuite rendu au pied levé dans un centre qui a été ouvert pour 37 personnes. Il avait auparavant travaillé pendant cinq ans et demi dans le domaine du travail pour les enfants des rues à Brooklyn. Cela lui a permis d’acquérir une grande expérience des situations difficiles et de la manière d’y faire face, ce qui est très utile pour son travail actuel.

Il a notamment posé la question suivante : « Comment gérer les conflits ? Il a répondu : « D’abord, nous essayons de rétablir la paix, et nous prenons d’autres mesures si les choses deviennent collantes ». Les relations avec la communauté locale et l’église sont très bonnes. « Nous recevons beaucoup de soutien, y compris des bénévoles et d’autres personnes dans d’autres endroits. »

6. employé du Secrétariat d’État aux migrations

Lors de notre dernière soirée, nous rencontrerons un membre du personnel du Secrétariat d’État aux migrations (SEM), l’autorité fédérale suisse pour les étrangers à Wabern.

Nous avons un simple dîner. Ensuite, nous prions une prière que ChristNet a publiée dans le cadre de la prière de 40 jours « Pray+Elect 2015 » 5 Exode 3:7 : « Et l’Éternel dit : J’ai vu l’affliction de mon peuple en Égypte… et je suis descendu pour le sauver… Et la prière : « Père céleste, lorsque nous parlons à des personnes de pays lointains, il est très clair pour nous que nous sommes égaux les uns aux autres… ».

L’entretien répond à nos questions et donne un aperçu intéressant sur le contexte d’un emploi chez SEM. Le SEM vérifie les antécédents linguistiques des demandeurs d’asile s’il existe un besoin interne et évalue les performances des candidats interprètes.

Enfin, le groupe envisage les engagements supplémentaires suivants :

  1. Centre fédéral pour les réfugiés à l’Hôpital Ziegler, Berne, dont l’ouverture est prévue au printemps 2016 :
    1. Marche de prière dans la région
    2. Le bénévolat
  2. Restaurant : à la recherche de contacts avec les réfugiés
  3. Invitez une famille de réfugiés de Syrie à dîner.
  4. Proposez une infirmière pour conseiller les réfugiés dans les cas médicaux mineurs.
  5. Proposer le programme du petit groupe dans une nouvelle édition.

Enfin, nous portons tout ce qui nous concerne devant notre Dieu dans la prière, car nous croyons qu’Il a la vue d’ensemble et que tout est sous contrôle.

En fin de compte

Tout au long du processus, la parole de Jésus nous a accompagnés : « Tout ce que vous voulez que les gens vous fassent, faites-le leur ; c’est là que se résume le sens de toute la Bible » (Mat.7,12).

Les paires de termes suivantes sont devenues importantes pour nous :

  1. Culture défensive/culture d’accueil
  2. Orienté vers les problèmes/solutions
  3. Vue du déficit/vue des ressources

Aujourd’hui, nous ne devons pas seulement dire : « Le système d’asile est compliqué » et ensuite continuer à nous défendre ou à chercher des solutions simples. Nous pouvons maintenant dire que nous comprenons mieux pourquoi le système d’asile est compliqué. Nous pouvons donc l’aborder de manière significative et contribuer à des solutions à petits pas.

Jésus nous a montré que tout ce qui est nouveau commence par de petits pas, comme le grain de moutarde qui pousse au-delà de toute idée. Là, nous voyons le royaume des cieux venir.

Aujourd’hui, notre motivation s’est accrue pour nous tourner plus activement vers les réfugiés.


1 : Le petit groupe fait sur mesure est un navire du Vignoble de Berne ; voir http://www.vineyard-bern.ch/angebote/kleingruppen/kleingruppen-nach-mass/.

2 : Voir ChristNet, http://www.christnet.ch/de/content/forum-eine-frohe-bootschaft-die-fl%C3%BCchtlinge-die-schweiz-und-die-christen.

3 : Ibid.

4 : Ibid.

5 : ChristNet, Beten+Wählen 2015, « Woche 6 – Flüchtlingspolitik » ; voir www.christnet.ch/de/content/betenw%C3%A4hlen-2015-0.

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Fin 2014, 60 millions de personnes étaient en train de fuir leur pays, un chiffre record. Les quotas d’accueil exceptionnellement élevés en Suisse et en Europe témoignent du fait qu’énormément de personnes ont fui pour sauver leur vie, menacées par des conflits internes et la guerre civile en Syrie et en Érythrée. Il est aussi clair que, à l’ère du Natel et d’Internet, les informations concernant l’Occident (pour la Syrie), respectivement le Nord (pour l’Érythrée) sont facilement accessibles. En outre, les contacts avec ceux «qui ont réussi» se sont fortement simplifiés.

De grands défis aux origines multiples

Actuellement, des drames terribles se jouent en mer Méditerranée. Chaque année, plusieurs milliers de personnes y perdent leur vie. Qui en est responsable? Les passeurs, avides et sans scrupules, car ils prennent trop de risques? Les «migrants économiques», naïfs, car ils croient les promesses d’une richesse facile? L’UE, car en verrouillant ses frontières, elle force les bateaux de réfugiés à prendre les routes les plus risquées? Nous tous, car nous attendons de notre gouvernement la protection des frontières et la conservation de notre bien-être?

Les médias nous donnent souvent l’impression que c’est essentiellement l’Europe qui est confrontée à un flux énorme de réfugiés. Cependant, l’image qui ressort d’une comparaison au niveau mondial est quelque peu différente:

Top 3 des pays d’accueil1. 
chiffres absolus pour 1000 habitants
1. Turquie 1.59 millions 1. Liban 232
2. Pakistan 1.51 millions 2. Jordanie 87
3. Liban 1.15 millions 3. Nauru 39
Suisse 0.015 millions2. Suisse 2

La Suisse est-elle donc réticente à l’accueil de réfugiés? Pas forcément! Le taux de protection, c’est à dire le nombre d’acceptations de demande d’asile, et les admissions en cours, a augmenté l’année passée de 58 %. Et notre pays a assuré au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés l’accueil d’un contingent relativement élevé de 3000 personnes en quête de protection. Cependant, au regard des 4 millions de réfugiés au Proche Orient3. , certaines ONG demandent un accueil allant jusqu’à 100’000 personnes…

La Confédération et les cantons doivent faire face à de grands défis. Le nombre élevé de demandes implique une hausse du besoin d’hébergement. Alors que l’extrême-droite évoque une énorme crise («chaos de l’asile»; «l’armée aux frontières»), nombreux sont les cantons qui réagissent heureusement de manière pragmatique et innovante. Ainsi, le Tessin a mis en place un partenariat avec les hôteliers, l’Argovie et Berne ont installé des tentes miliaires.

Des réponses bibliques

Que dit la Bible sur ces sujets complexes? Tout d’abord, les thématiques de la persécution, la fuite, l’exil et la patrie sont étonnement présentes dans la Bible. Depuis Genèse 4 jusqu’à l’Apocalypse, les hommes ont été sur les routes. Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Jésus et bien d’autres ont été, durant des périodes plus ou moins longues, des étrangers dans des pays étrangers. Dès lors, ce n’est pas un hasard que l’éthique biblique pose la question de notre attitude face aux étrangers. On trouve des textes à ce propos dans la Loi de Moïse4. .

Quant au Nouveau Testament, il met en avant des valeurs telles que l’hospitalité5. , la miséricorde, la générosité et le renoncement. Il est aussi intéressant de souligner que, dans la Bible, le prochain n’est pas uniquement – ou n’est justement pas – celui qui nous est «le plus proche», notre concitoyen. Dans la parabole qui illustre le plus grand commandement, le prochain qui donne son aide vient du peuple méprisé des Samaritains. Et le texte qui instaure l’amour du prochain dans l’Ancien Testament dit: «Si un étranger vient séjourner dans votre pays, [… vous] le traiterez comme l’un de vous; vous l’aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers en Egypte. Je suis l’Eternel, votre Dieu».6.

Beaucoup de réfugiés sont en danger de mort et ont besoin de protection. D’autres cherchent une vie meilleure et tentent de remplacer leur désespoir par des perspectives d’avenir. Quant à nous qui sommes nés dans un des pays les plus riches du monde, avons-nous le droit de juger ces «réfugiés économiques»? Dieu les aime autant que nous. «Nous les bons, eux les méchants», cette vision n’est pas correcte. Ni sa réciproque, d’ailleurs. Dieu amène les réfugiés à nos portes et nous met au défi comme Lazare l’a fait pour l’homme riche dans la parabole de Jésus7. .

Gardons cela à l’esprit: d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur histoire, ce sont des êtres humains. Nos prochains. Ils méritent de recevoir toute notre compassion.


1. HCR, Tendances Mondiales 2014. unhcr.org/556725e69.html (en anglais).

2. Calcul sur la base de «Statistique en matière d’asile 2014», Secrétariat d’Etat aux migrations. www.bfm.admin.ch/bfm/fr/home/publiservice/statistik/asylstatistik/jahresstatistiken.html (consulté le 11.8.2015).

3. Secrétariat d’Etat aux migrations, «Crise humanitaire en Syrie». www.bfm.admin.ch/bfm/fr/home/asyl/syrien.html (consulté le 30.7.2015).

4. Lévitique 17–19 et Deutéronome 23–24.

5. «Ne négligez pas de pratiquer l’hospitalité. Car plusieurs, en l’exerçant, ont accueilli des anges sans le savoir» (Hébreux 13.2).

6. Lévitique 19.33–34.

7. Luc 16,19-25.

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Prière de 40 jours pour la politique migratoire

En vue des élections nationales du 18 octobre, ChristNet propose de «Prier + Voter» pendant 40 jours, comme il l’a fait il y a quatre ans. Cette fois, ce temps est placé sous le thème de la «migration». Ainsi, nous voulons offrir aux chrétien-ne-s l’opportunité de se préparer personnellement aux élections et de prier afin que le monde politique suisse devienne plus accueillant envers les migrant-e-s.

Souhaites-tu une Suisse empreinte d’amour dans le domaine de la migration? Alors participe, dès aujourd’hui à ce mouvement de prière entre le 9 septembre et le 18 octobre!

 

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Le 9 juin 2013, la Suisse votera sur les modifications «urgentes» de la Loi sur l’asile entrées en vigueur à la fin 2012. Selon les défenseurs de ces modifications il s’agirait d’améliorations qui, loin de durcir le droit, contribueraient à l’accélération des procédures.1 Vraiment? Une analyse un peu plus précise soulève quelques questions.

Pas de protection en cas de persécution suite au refus de servir

«Ne sont pas des réfugiés les personnes qui, au motif qu’elles ont refusé de servir ou déserté, sont exposées à de sérieux préjudices ou craignent à juste titre de l’être.»2 

Article anti-Erythréens

Cette disposition est dirigé, en premier lieu, contre les requérants d’asile éritréens. Jusqu’ici, ces derniers ont obtenu l’asile relativement facilement. Il faut savoir que l’Erythrée est une dictature violente qui a complètement militarisé le pays. Sous prétexte de la menace militaire que représenteraient ses voisins, tous les citoyens âgés de 18 à 50 ans (à quelques exceptions près) doivent servir dans l’armée ou dans un service de travail quasi militaire. Sa durée est incertaine et presque illimitée : les mobilisations se succèdent, mais rares sont les démobilisations. Celui qui tente d’y échapper est considéré comme ennemi de l’Etat et doit s’attendre à la prison dans des conditions extrêmement violentes: tortures, famine, détention inhumaine; le tout bien évidemment sans véritable procédure judiciaire. Nombreux sont ceux qui n’y survivent pas.3

Rien ne change ?

Les défenseurs de la révision arguent que très peu de choses changeraient pour les objecteurs érythréens. Les personnes soumises à des peines «disproportionnées» obtiendraient toujours l’asile en Suisse.4. Mais que cela signifie-t-il? Si, par exemple, le refus de servir n’aboutit plus qu’à une admission provisoire5. , les requérants se retrouvent finalement avec une moindre protection et donc des perspectives d’avenir beaucoup plus incertaines.6. Si, par contre rien ne change ou presque, on peut se demander pourquoi il fallait changer cette disposition.

La modification de cet article paraît d’autant plus grave qu’il s’agit ici, pour la première fois non pas d’un durcissement de la procédure d’asile, mais d’une restriction très concrète d’une des raisons donnant droit à la protection en tant que réfugié. La majorité du Parlement ne se contente donc plus d’empêcher des «profiteurs» d’obtenir l’asile afin de l’accorder aux «vrais» réfugiés. Non, des personnes venant chez nous pour obtenir une protection dont nous jouissons tous grâce au libre choix entre service militaire et civil 7. , sont simplement évincées de la procédure d’asile.

La fin des demandes aux ambassades

Pour des personnes qui ne disposaient pas des moyens financiers et physiques pour entreprendre «illégalement» le voyage dangereux jusqu’en Europe (surtout les femmes et les enfants), les demandes aux ambassades8. représentaient souvent la seule possibilité pour obtenir une protection. Les défenseurs de la révision arguent, certes, que des personnes menacées dans leur intégrité physique pourront toujours poser une demande de visa humanitaire. Celle-ci sera traitée par le DFAE après consultation de l’Office fédéral de la migration.9. Mais comment évaluer le bien-fondé d’une telle demande sans vérifier les motifs de fuite? N’aboutira-t-on pas finalement à une procédure compliquée,  similaire à celle nécessaire pour traiter une demande d’asile? Ou alors, est-ce que ce «visa humanitaire» sera-t-il traité de manière tellement restrictive que, en fin de compte, même des personnes persécutées n’auront aucune chance de l’obtenir?

Réussite à 90%

Il est intéressant de constater que, depuis 1980, plus de 90% des personnes ayant obtenus l’entrée en Suisse par le biais d’une demande à l’ambassade ont ensuite obtenu l’asile (78%) ou l’admission provisoire (18%).10. De nouveau, cette révision de la loi laisse entrevoir un durcissement plutôt qu’une accélération.

L’argument, la Suisse serait le seul pays avec une procédure aux ambassades, ne tient pas debout. Ce qui doit nous intéresser n’est pas ce que font les autres, mais ce qui est juste. Quant à Jésus, il nous dit : «Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait…» (Matthieu 25).

Les phases de test

Cette disposition prévoit que l’Office fédéral des migrations peut tester de nouvelles procédures avant de les mettre en œuvre. Cela peut se comprendre.11. Cependant, il n’est pas clair quelle est l’étendue de ce pouvoir que le Parlement cède au Conseil fédéral. Ce dernier obtient expressément la possibilité de déroger, pendant ces deux années, à la Loi sur l’asile et celle sur les étrangers en vigueur.12. N’est-ce pas là un blanc-seing pour des expérimentations «hors contrôle» ? Est-il au moins prévu qu’une instance de contrôle indépendante ait un droit de regard ? Ou ne saurons-nous tout simplement rien de ce qui se passe pendant ces deux ans ? Il paraît justifié de craindre que les actes juridiques ainsi posés ne s’imposent comme des faits accomplis ne se laissant guère annuler.13.

Délais de recours raccourcis

En outre, les délais de recours sont ramenés de 30 à 10 jours dans certains cas. Ceci restreint fortement les droits des requérants d’asile. En effet, il n’existe aucun autre domaine du droit qui connaisse des délais aussi brefs pour recourir contre des décisions d’une autorité. Ce qui est apparemment inadmissible pour le citoyen lambda est présenté comme tout à fait supportable pour les requérants d’asile. Ainsi, ces derniers, qui se trouvent souvent dans une situation de stress et de traumatisme énorme quand ils arrivent chez nous, subissent une pression supplémentaire.

Quant à la durée de la procédure, elle ne sera pas fortement raccourcie. Certes, cette disposition n’est appliquée, pendant la phase test, que lors de procédures ordinaires qui ne nécessitent pas beaucoup de recherches. Mais il est à craindre que les politiciens du camp bourgeois ne veuillent l’étendre par la suite à d’autres procédures.

Conclusion

Il est possible que certaines propositions de cette révision contribuent à raccourcir les procédures. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens. L’impression reste que la loi subit plusieurs durcissements conséquents afin de répondre à une certaine demande populaire ressentie par certains politiciens.

Ça ne va pas. Et d’autant moins dans un domaine si sensible où nous décidons du sort d’autrui. Depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur l’asile en 1981 de nombreux durcissements ont été décidé et les droits des plus faibles de notre société ainsi que leurs chances de vivre dignement ont été considérablement limités. Pourtant, d’autres modifications (lire : durcissements) sont d’ores et déjà prévues!

On ne saurait guère envisager opposition plus nette avec le Dieu de la Bible qui aime l’étranger et qui a inscrit et réinscrit les droits et la dignité de l’étranger dans la loi d’Israël.14. Bien sûr, tout ne brille pas dans le domaine de l’asile. Pourtant, nous chrétiens serions bien placés afin de nous lever et nous engager pour d’autres solutions. Dès lors, nous appelons à voter Non le 9 juin 2013.


1. Arguments en faveur de la loi : parlament.ch/f/dokumentation/dossiers/asylgesetz/pages/asylgesetz-referendum.aspx

2. Art. 3, al. 3 Loi sur l’asile (nouveau).

3.  Human Rights Watch: Service for Life. New York 2009. http://www.hrw.org/reports/2009/04/16/service-life-0

4. Arguments en faveur de la loi : parlament.ch/f/dokumentation/dossiers/asylgesetz/pages/asylgesetz-referendum.aspx

5.  L’admission provisoire est octroyée lorsque la demande d’asile a été refusée et que le refoulement n’est, pour l’instant, pas légal, pas possible ou pas exigible. L’admission provisoire est réexaminée périodiquement et peut être annulée dès que la situation dans le pays d’origine s’améliore. bfm.admin.ch/content/bfm/fr/home/themen/asyl/asylverfahren/drei_bespiele/entscheid.html, «Cas B».

6. Arguments du comité référendaire, fr.asyl.ch/argumentaire, S.4

7. N’oublions pas que, jusqu’en 1996, la Suisse ne connaissait pas de service civil. Chaque année plusieurs centaines d’objecteurs étaient alors condamnés à des peines de prison de plusieurs mois.

8. Art. 19, Abs. 2 Loi sur l’asile (biffé).

9. Arguments en faveur de la loi : parlament.ch/f/dokumentation/dossiers/asylgesetz/pages/asylgesetz-referendum.aspx.

10.  Arguments du comité référendaire, fr.asyl.ch/argumentaire, S.6.

11. Art. 112b Loi sur l’asile (nouveau): Procédure d’asile dans le cadre de phases de test

12. Art 112b, al. 2 LAsi.

13. Arguments du comité référendaire, fr.asyl.ch/argumentaire, S.8.

14. Cf. Deut. 5.18; Deut. 23.16 etc.

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Droit d’asile: 30 ans de durcissements

Depuis sa création en 1981, la Loi sur l’asile (progressiste à l’époque) a subi 10 révision partielles ou complètes ; plus qu’aucune autre loi fédérale. La tendance générale est au durcissement. Tour d’horizon.1

1981 entrée en vigueur de la loi sur l’asile de 1979
1983 suppression de la 2ème instance de recours
  décision de renvoi en cas de refus de l’asile
1986 enregistrement centralisé en semi-détention
  attribution à un canton sans respect des liens sociaux
  assistance inférieure au minimum vital ordinaire
1990 premières clauses de non entrée en matière
  interdiction de travailler pendant 3 à 6 mois
1993 détention administrative en vue du renvoi jusqu’à 9 mois (Loi sur les mesures de contrainte)
1995 baisse des prestations sociales (ordonnance du Conseil fédéral, règlements cantonaux)
1998 arrêté urgent multipliant les cas de non entrée en matière
1998 révision totale de la loi avec notamment
  suspension de certaines demandes en cas d’afflux
  restrictions des droits de procédure (délais, langue, etc.)
2003 aide d’urgence (8 à 10 frs par jour) pour lesdéboutés (mesures d’allègement budgétaires)
2006 délai de recours réduit à cinq jours dans certains cas
  détention jusqu’à deux ans
2012 exclusion de l’asile pour les déserteurs
  suppression de la procédure dans les ambassades
  quasi détention pour les « récalcitrants »
… et d’autres à venir…


1. Liste reprise du site «stopexclusion.ch» (2013) : stopexclusion.ch/IMG/pdf/halte_aux_durcissements_sans_fin.pdf

 

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Réfugiés: Halte aux préjugés!

La méconnaissance des faits constitue un terreau propice aux idées-reçues. La brochure réalisée par Vivre Ensemble cherche à confronter ces préjugés à la réalité de l’asile en Suisse. L’objectif est d’inciter chacune et chacun à rester critique face aux informations, parfois erronées, véhiculées sur la problématique des réfugiés. Et à repousser les limites de l’intolérance et du rejet.
La brochure peut être commandée ici (formulaire en ligne).