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L’initiative contre la SSR sera soumise au vote le 8 mars. Au lieu des 335 francs actuels, la SSR ne coûterait plus que 200 francs aux utilisateurs. Cette réduction des redevances revient à laisser le pouvoir de l’information aux mains des milliardaire et ses grandes entreprises de médias.

Le recul de la démocratie dans toutes les régions du monde est également lié à la polarisation de l’information due à la concentration des médias et aux algorithmes d’Internet. Dans ce contexte, il est essentiel de maintenir une source d’information relativement fiable et répandue telle que la SSR. Car la démocratie a besoin de vérité et d’informations équilibrées.

Changement dans les médias en Suisse – L’argent et les idéologies des riches prennent-ils le dessus ?

Au cours des dernières décennies, le nombre de journaux régionaux en Suisse a diminué, principalement en raison de fusions et de rachats. Ceux qui restent sont concentrés entre les mains d’un nombre toujours plus restreint de propriétaires et sont en partie rachetés et fusionnés par des milliardaires.

  • Tamedia détient près de 50 % du marché suisse des journaux
  • AZ/NZZ détient près de 20 % en Suisse alémanique
  • Ringier et, avec lui, la maison d’édition Axel Springer concentrent également une grande partie
  • Tito Tettamanti a été le premier milliardaire à acheter la maison d’édition Jean Frey en 2001 et à changer l’orientation de son magazine Weltwoche. En 2010, c’est au tour de la Basler Zeitung, qui, malgré les dénégations de Christoph Blocher, est tombée entre ses mains. En 2018, Blocher a vendu la BaZ à Tamedia, mais a reçu en échange toute une série d’hebdomadaires gratuits qui touchent désormais plus d’un demi-million de foyers chaque semaine et véhiculent largement la propagande de l’UDC.

Dans ces conditions, le paysage médiatique s’est légèrement déplacé vers la droite au cours des dernières décennies. Les médias chrétiens sont également concernés. Eux aussi dépendent des grands donateurs et de leur opinion. Certaines voix s’élèvent pour dire que c’est une bonne chose, car les médias ont toujours été plutôt de gauche. Le mythe, volontiers entretenu par divers milieux, selon lequel les médias seraient de gauche ne résiste pas à l’analyse scientifique : une étude menée par l’Université de Zurich entre 2018 et 2023 montre un regroupement plutôt centriste, avec des écarts vers la gauche et vers la droite. La SRF n’est apparemment pas non plus de gauche. En outre, l’évaluation régulière de l’Université de Zurich sur la couverture médiatique des initiatives et d’autres votations montre que les causes de gauche ne s’en sortent généralement pas mieux… Mais la majorité des journalistes ne sont-ils pas «de gauche» ? Une enquête de la ZHAW semble leur donner raison. Cependant, ce sont apparemment les éditeurs, et non les journalistes, qui décident de la direction à prendre. L’orientation des médias est manifestement plus libérale que conservatrice, mais tout aussi libérale à droite qu’à gauche.

Un regard sur l’étranger : où cela peut mener

D’autres pays ont déjà fait un pas en avant dans ce domaine :

  • Au Royaume-Uni, Rupert Murdoch et d’autres conservateurs de droite ont racheté de nombreux médias dès les années 70 et ont réussi, grâce à leur propagande, à faire élire Margaret Thatcher et à promouvoir son idéologie de désolidarisation.
  • En France, Vincent Bolloré s’est construit au cours des 20 dernières années une position similaire à celle de Murdoch, tout comme les familles Dassault et Pierre-Edouard Stérin. Plusieurs études se sont penchées sur la concentration des médias en France. Libération résume la situation comme suit : en février 2022, 11 milliardaires détenaient 81 % des ventes de quotidiens nationaux, 95 % des hebdomadaires d’intérêt général, 47 % des parts d’audience radio et 57 % des parts d’audience télévision. Parmi les milliardaires qui dominent le marché des médias, Vincent Bolloré se distingue particulièrement. Cette concentration a entraîné un essor encore plus fort des mouvements conservateurs de droite en France que dans le reste de l’Europe occidentale.
  • Aux États-Unis, le processus de fusion des médias et de réduction de la couverture médiatique locale est en cours depuis longtemps. Aujourd’hui, seuls les milliardaires peuvent se permettre d’acheter des médias. Ceux-ci exercent désormais une influence plus forte : Jeff Bezos de Amazon a racheté le Washington Post, autrefois plutôt de gauche, et a renforcé le blocage des reportages critiques en 2025. Ces dernières années, des personnes exposés à la critique ont commencé à intenter des procès en dommages-intérêts se chiffrant en millions contre les médias qui publient des articles qui leur déplaisent (Weaponized Lawsuit), ce qui peut entraîner un « effet dissuasif », c’est-à-dire une autocensure. Le président Trump a encore accru cette pression par de nombreuses poursuites judiciaires se chiffrant en milliards, des menaces et des mesures légales. CBS a ainsi dû être vendue à l’un de ses amis. Son émission satirique très populaire avec Stephen Colbert, critique de Trump, sera arrêtée en mai 2026.

Dans le cadre de l’objectif visant à faire taire les opposants, le financement des chaînes de télévision publiques aux États-Unis a également été supprimé. Cela montre un parallèle avec la Suisse, où l’initiative SRG émane également du parti le plus proche de Trump (et dont les figures de proue, Blocher et Köppel, sont des sympathisants du président américain).

Nous avons besoin de médias indépendants et désintéressés pour lutter contre la propagande

Dans le même temps, de plus en plus de personnes s’informent sur Internet et y trouvent souvent des informations et des algorithmes appartenant à des milliardaires tels que Mark Zuckerberg et Elon Musk, qui ont parfois des intentions de propagande d’extrême droite. Ils laissent également libre cours à la désinformation, à la diffamation et à la propagande haineuse. Nous sommes passés d’une ère d’information à une ère de désinformation.
En cette période de tensions croissantes et de polarisation sociale, nous avons besoin de médias qui disposent encore de suffisamment de temps pour produire des reportages bien documentés et non motivés par des intérêts particuliers, qui, comme la SSR, doivent respecter un temps d’antenne équilibré pour tous les partis et qui sont en mesure de vérifier correctement les faits. Car si seuls les intérêts sont poursuivis, c’est la propagande qui prévaut, et non la vérité. En tant que chrétiens attachés à la vérité, nous devrions considérer cela comme une situation d’urgence.
On entend parfois dire que la SSR est « contrôlée par l’État » et fait de la propagande d’État. Or, ces accusations découlent de théories du complot et de la crainte d’un État tout-puissant (idée encouragée par les milieux économiques intéressés par une plus grande liberté). En effet, en Suisse, « l’État » n’est pas de gauche (voir le Conseil fédéral et le Conseil national) et dispose de beaucoup moins de pouvoir que dans d’autres pays, sans parler de son influence sur le contenu des programmes télévisés. Ceci contraste fortement avec les exemples susmentionnés des chaînes appartenant à des milliardaires. C’est précisément l’enjeu du vote du 8 mars 2026. Allons-nous nous laisser séduire par la réduction de 135 francs de la redevance télévisuelle ?

Photo de Ajeet Mestry sur Unsplash

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Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne, comme en témoignent de nombreux passages de la Bible. Mais ce n’est un secret pour personne que les préjugés, la méfiance ou la peur sapent cette tradition biblique. Des recherches récentes montrent toutefois que la compétence interculturelle est un processus de développement favorisé par la volonté d’aller à la rencontre de l’autre.

Depuis toujours, les gens perçoivent souvent comme un défi, voire une menace, tout ce qui est étranger, différent de leur propre culture et de leur propre expérience. De telles réactions sont tout à fait compréhensibles, mais elles peuvent notamment favoriser l’injustice envers autrui. Nous savons également aujourd’hui que les gens peuvent être confrontés à des défis non seulement en raison de la différence des étrangers, mais aussi en raison de certains aspects de leur propre personnalité qui leur semblent étrangers. Nous pouvons parfois nous sentir étrangers à nous-mêmes et ne pas comprendre entièrement nos propres traits de caractère, attitudes ou actions. Enfin, certaines personnes, par exemple celles qui ont un tempérament extraverti, ont plus de facilité à aborder les étrangers de manière ouverte et sans préjugés, tandis que d’autres, en raison de leur personnalité et de leur caractère, sont généralement plus réservées dans leurs interactions sociales. En bref, la manière dont nous traitons nos semblables qui nous sont étrangers a beaucoup à voir avec nous-mêmes.

Hospitalité et bienveillance dans la tradition chrétienne

L’exigence d’accueillir les autres avec bienveillance et hospitalité s’inscrit dans une longue tradition judéo-chrétienne. L’Ancien Testament exigeait déjà de traiter avec justice et gentillesse les personnes issues de cultures étrangères, par exemple : « Tu n’exploiteras point l’étranger. Vous savez bien ce que ressent un étranger, car vous avez vous-mêmes été étrangers en Égypte » (Exode 23,9, traduction œcuménique, 2017). Notre propre histoire, faite de fuite, d’étrangeté et de dépendance, doit nous rendre sensibles à la situation des autres. À cela s’ajoute la conviction que chaque être humain, quelle que soit son origine, possède une dignité particulière.

On trouve des exigences similaires dans le Nouveau Testament. Par exemple, les communautés chrétiennes sont exhortées à « pratiquer l’hospitalité sans murmurer » (1 Pierre 4,9, Traduction œcuménique, 2017) ! Dans une lettre adressée à des chrétiens qui subissaient eux-mêmes de fortes pressions en raison de leur foi, il était même dit ou écrit : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que certains, sans le savoir, ont hébergé des anges » (Épître aux Hébreux 13,2, traduction œcuménique, 2017) ! Cela fait notamment écho à des récits de l’Ancien Testament qui racontent des expériences personnelles d’étrangers ou des rencontres entre des hommes et des anges ou des messagers de Dieu. On raconte par exemple qu’Abraham a accueilli trois de ces messagers de Dieu (Genèse 18). L’un des messagers est traditionnellement interprété comme le représentant de Dieu lui-même. Les messagers ont promis à Abraham la naissance de son fils Isaac. L’ouverture d’esprit envers les personnes que nous connaissons, mais aussi envers celles que nous ne connaissons pas, est élevée à un niveau quasi surnaturel et spirituel. Accueillir les étrangers avec hospitalité n’est pas seulement une exigence éthique, mais permet également, dans certaines circonstances, de vivre une expérience particulière de Dieu. Le Nouveau Testament approfondit ce lien et le renforce. Le point de départ est l’amour du prochain envers l’étranger dans le besoin, indépendamment des liens ethniques ou religieux. Beaucoup pensent d’abord à la parabole du bon Samaritain (Évangile selon Luc 10,25-37). L’étranger d’une autre confession aide de manière désintéressée une personne en situation désespérée et contraste ainsi avec ses contemporains religieux qui abandonnent les personnes dans le besoin.

D’autres se souviendront peut-être du texte poignant de l’Évangile selon Matthieu (25,31-46). Là aussi, Jésus utilise l’exemple de l’attention portée aux personnes dans le besoin. L’hospitalité et l’attention deviennent un devoir religieux, car la manière dont on traite l’étranger détermine également la fidélité à Dieu. La manière dont on traite ceux qui ont faim, ceux qui ont soif et les étrangers devient un critère du salut. Le Christ lui-même est présent dans l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (verset 35). Quiconque se montre miséricordieux envers ses semblables, consciemment ou inconsciemment, est invité à entrer dans la communion éternelle avec Dieu. Quiconque donne à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif, habille ceux qui sont dans le besoin, accueille les étrangers avec bienveillance, rend visite aux malades et aux prisonniers, confirme sa foi sincère en Dieu.

L’hospitalité et l’aide apportée à autrui doivent donc être comprises comme une miséricorde envers Dieu lui-même (verset 40). Le comportement miséricordieux envers son prochain est finalement considéré comme une conséquence de la miséricorde de Dieu.

De l’intégration à l’inclusion et à la participation

Les textes bibliques proviennent de cultures dans lesquelles l’hospitalité, les rencontres humaines et les relations interpersonnelles occupent encore aujourd’hui une place importante dans la société. Dans les sociétés occidentales également, le respect du prochain et de l’étranger est considéré comme une valeur fondamentale, en particulier l’aide caritative aux personnes dans le besoin. Cependant, ce n’est un secret pour personne que l’hospitalité et l’amour du prochain peuvent être limités par les préjugés, la méfiance ou la peur des abus. Les recherches actuelles montrent également que les contacts, les rencontres ou même les amitiés avec des personnes issues de (sous-)cultures qui nous sont étrangères peuvent réduire les réserves et les préjugés existants. Dans le débat public, le thème de la migration est traditionnellement associé avant tout à l’intégration. Les personnes issues d’autres cultures doivent apprendre la langue du pays d’accueil et s’y adapter pleinement. Cependant, il est désormais largement reconnu que la véritable participation nécessite « les deux côtés » : la société majoritaire doit également s’ouvrir pour faire place aux minorités.

Le concept d’inclusion met l’accent sur ce processus réciproque et souligne, dans l’esprit des droits humains, que la société elle-même doit se montrer accessible et prête au changement. Une simple optimisation des offres existantes ne suffit pas ; un changement fondamental du système est nécessaire. Il est bien connu que de tels changements ne réduisent pas automatiquement les tensions sociales, mais qu’ils augmentent à long terme les chances d’une participation durable. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la notion d’inclusion soit de plus en plus appliquée aux questions d’asile et de migration. Cette perspective sur l’inclusion et la participation montre clairement que la cohésion sociale ne résulte pas uniquement de réformes structurelles, mais qu’elle repose essentiellement sur l’attitude intérieure des personnes concernées. L’inclusion commence là où les gens sont prêts à remettre en question leur perception de l’autre et à réfléchir à leur propre position dans le cadre de la proximité et de l’étrangeté. C’est précisément à cette intersection que la sensibilité interculturelle entre en jeu.

Utiliser la sensibilité interculturelle

La recherche contemporaine en sciences culturelles (notamment Kumar Yogeeswaran ; Hall) souligne que les individus n’appartiennent pas à une seule culture, mais s’inscrivent simultanément dans plusieurs cadres culturels de référence. Une personne peut se sentir appartenir à une communauté religieuse, être membre d’un club sportif avec ses propres normes et valeurs et faire partie d’une famille avec une identité culturelle forte. En même temps, les individus partagent des appartenances culturelles plus larges, telles que des contextes nationaux et linguistiques. Cette pluralité culturelle constitue une base essentielle pour comprendre la surestimation culturelle et le danger des attributions simplistes. Il n’est pas rare que nous rencontrions des personnes que nous percevons d’abord comme « très différentes » en raison d’une seule caractéristique culturelle – telle que l’origine ethnique – pour constater ensuite que nous vivons dans le même village, participons aux mêmes fêtes et regardons les mêmes films. Ce qui semble étranger à première vue s’avère souvent étonnamment familier dans la vie quotidienne. Une personne peut me paraître « étrangère » en raison de ses caractéristiques physiques, mais je trouve des points communs dans ses valeurs et ses principes. L’expérience montre également que notre propre tolérance à l’égard des différences augmente lorsque nous initions nous-mêmes des rencontres interculturelles ou que celles-ci ont lieu dans des conditions que nous trouvons significatives et enrichissantes. Il en ressort clairement que la sensibilité culturelle n’est pas une caractéristique fixe, mais un processus qui dépend de la situation. Le développement de la compétence interculturelle nécessite donc une perception consciente des moments où notre propre ouverture d’esprit diminue, ainsi qu’une réflexion sur les raisons de ce phénomène. Dans ce contexte, le modèle de développement de la sensibilité interculturelle (DMIS) développé par Milton J. Bennett offre un cadre théorique solide pour comprendre comment les individus perçoivent, interprètent et gèrent les différences culturelles. Le modèle décrit la compétence interculturelle comme un processus de développement dans lequel les visions du monde évoluent progressivement de perspectives ethnocentriques vers des perspectives de plus en plus ethnorelatives. En situant les individus et les groupes le long de ce processus de développement, le DMIS permet de concevoir des processus d’apprentissage et d’intervention ciblés et adaptés au développement. Dans les domaines de l’éducation, du conseil et du développement organisationnel, le modèle peut contribuer à promouvoir systématiquement le développement de formes différenciées, adaptables et inclusives de rencontres interculturelles.

Points importants à retenir

Que pouvons-nous apprendre de la tradition chrétienne et des acquis interdisciplinaires historiques pour notre rapport personnel aux étrangers dans la société ? Nous concluons cette brève incursion par quelques points importants à retenir.

Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne. L’amour du prochain est donc une affaire de cœur, qui s’exprime toutefois par des actes concrets.
Une attitude ouverte et responsable envers les personnes issues de cultures étrangères est l’expression d’une spiritualité vivante et d’une pratique religieuse miséricordieuse, également vécue en communauté. En tant que défenseur des plus vulnérables, l’Église se range également du côté des étrangers, en particulier ceux qui sont dans une situation d’urgence existentielle et sans protection sociale suffisante.
En se référant aux textes bibliques et à la tradition chrétienne, il convient de souligner que les relations avec les étrangers doivent être structurées et responsables. Tous les êtres humains sont, d’une certaine manière, des étrangers. La réconciliation, le respect et des conditions de vie équitables pour les étrangers sont une tâche sociale universelle.

Il faut repenser la notion d’« étranger » : ce n’est pas l’appartenance à une ethnie ou à une culture particulière qui rend une personne étrangère, mais l’absence de curiosité, de respect et de volonté de rencontre. La communauté naît là où les gens établissent des liens sur la base de réalités de vie partagées, de pratiques communes et d’une attitude ouverte, et non là où ils s’en tiennent à des attributions culturelles simplistes. Les différences ne sont pas utilisées pour créer des frontières, mais sont comprises comme une invitation à rechercher des points communs dans une curiosité respectueuse.
Une communauté respectueuse repose sur la reconnaissance du fait que les cultures ne sont pas statiques, mais qu’elles changent constamment et qu’elles naissent et évoluent toujours en relation avec les rapports de force sociaux. Quiconque souhaite assumer la responsabilité de la coexistence doit tenir compte de ces dynamiques et être conscient de sa propre position. C’est seulement ainsi que la diversité culturelle ne deviendra pas une source de nouvelles inégalités, mais une ressource pour la justice, la participation et la croissance commune.

Cet article a été publié pour la première fois sur institut inklusiv.

Mark Moser

Auteur: Mark Moser

Mark Moser (*1973) est professeur de communication, de compétences interculturelles et de transformation des conflits à la Haute école d’économie de la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse. Il enseigne également en tant que professeur externe dans diverses autres universités sur les thèmes de la santé et de la culture, du bien-être spirituel dans des contextes culturellement diversifiés et dans d’autres domaines connexes.

Oliver Merz

Auteur: Oliver Merz

Oliver Merz (*1971) est théologien et a obtenu son doctorat en théologie pratique en 2015. Il est fondateur et directeur de l’« Institut Inklusiv ». Il est également conférencier invité, consultant, superviseur, expert et auteur. Ses travaux portent principalement sur la diversité et la différence, l’inclusion et la participation dans l’Église et la société, ainsi que sur la religion, la spiritualité et la santé ou la maladie et le handicap.

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Alors que les réseaux sociaux favorisent la polarisation et les bulles d’opinion, les Églises hésitent à aborder des sujets controversés par crainte de divisions. Dans cet article, Jean-David Knüsel, membre de longue date de ChristNet, propose aux chrétiens des pistes pour retrouver le plaisir d’échanger leurs opinions avec leurs frères et sœurs.

Parmi les crises que nous traversons se trouve une crise du dialogue. Elle se manifeste d’un côté par les bulles d’information, le fait de côtoyer principalement du contenu ou des personnes partageant nos opinions. On découvre alors beaucoup moins des points de vue ou vécus qui pourrait déstabiliser et faire grandir notre positionnement. D’un autre côté, contradictoire en apparence seulement, on assiste à des prises de positions polarisées, tranchantes, excluantes, catégorisant les personnes sur des opinions: woke – antiwoke, végan, antivax, complotiste, fasciste, … On se retrouve alors à expérimenter principalement un dialogue improductif voire violent entre personnes de bulles différentes, cela régulièrement en ligne, mais parfois aussi dans nos interactions. On perd donc de plus en plus goût et foi au dialogue humain, qui est pourtant parmi les plus belles choses à vivre pour des relations fécondes pour nos parcours et nos liens, comme pour la santé d’une démocratie.

Lors de la journée de la Plateforme du Christianisme Solidaire de 2024, un groupe de travail s’est constitué avec l’objectif de promouvoir le dialogue humain direct. Il a élaboré un flyer à imprimer chez soi, qui thématise l’enjeu et donne quelques pistes et outils pour mieux vivre le dialogue là où il est menacé. Il est disponible ici. Un outil à lire et partager pour retrouver et redonner goût au dialogue.

Impulsions données par une émission de télévision

Dans la même visée, le groupe de travail a été encouragé par une démarche audacieuse et plutôt bien réussie entreprise par une équipe de production de la RTS: la série d’expériences de téléréalité « Week-end »: « Weekend à la ferme » (sur le véganisme), « Guerre des sexes au chalet » (féminisme), et « Weekend entre ennemis » (wokisme). Chaque fois quatre personne dans chaque camps, aux profils très différents, vivent ensemble un weekend, en partageant les repas, animations et temps d’échange, pour expérimenter et donner à voir un dialogue humain. On n’y découvre pas que des arguments, mais surtout des personnes, avec leur histoire, et parfois un respect profond ou des liens innattendus qui peuvent se tisser.

Peur des divisions

Cette menace posant sur le vécu du dialogue dans la société pose aussi la question du vécu du dialogue dans l’église. La plupart des églises évitent d’évoquer directement dans les temps communs les sujets sensibles, par crainte de créer des divisions. La crainte est sans doute légitime, mais ne pas en parler est-ce une solution? Le risque n’est-il pas d’empêcher que des sujets de préoccupations importants dans la vie des fidèles ne soient pas exposés à la lumière que peut porter dessus l’évangile? D’arriver au final à une foi très abstraite, en exprimant ensemble que des mots dont le sens est déconnecté des principaux enjeux actuels? De favoriser la vulnérabilité des fidèles à toutes les idéologies circulantes?

Les Églises sont appelées à vivre l’unité dans la diversité

Pourtant les églises ont un réel potentiel de témoigner d’un dialogue fécond dans une société qui en a cruellement besoin aujourd’hui. En effet, l’église est appelée à réunir des générations différentes, des milieux sociaux et des cultures différentes, autour de la personne du Christ. Jésus a donné des bases si belles et solides pour vivre l’unité dans la diversité pour celles et ceux qui se sont mis à sa suite. En brassant des sensibilités divergentes dès la première communauté de disciples, Jésus appelle son église à expérimenter et témoigner d’une unité qu’on pourrait qualifier de surnaturelle. Pour cela il enseigne l’humilité en exigeant de demander et d’accorder quotidiennement le pardon. Il met l’amour qui se met librement au service de l’autre au-dessus de toute autre valeur. Et surtout il se donne lui-même par son Esprit à vivre dans l’intimité en communion à chaque croyante et croyant. On peut alors expérimenter dans nos relations, à travers les cultures et les générations, ce même Christ qui habite en l’autre et nous relie. On découvre être frère, soeur, un, en connaissant, en vivant, ce même Christ, d’une manière différente et similaire à la fois. Face à tout cela, est-ce qu’une perception différente sur le “wokisme” devrait nous faire peur? Osons échanger dans l’humilité avec nos frères et soeurs dans la foi sur les sujets sensibles et importants et cherchons ainsi à grandir en pertinence et dans l’unité en Christ.

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Dans une première partie consacrée au même sujet, publiée le 18 décembre 2025, notre auteur s’est penché, d’un point de vue sociologique, sur la question de savoir pourquoi les chrétiens soutiennent régulièrement des figures autocratiques. Il approfondit désormais le sujet d’un point de vue théologique.

Vu de l’extérieur, ce phénomène semble étrange : c’est précisément dans les milieux religieux, qui prônent l’amour du prochain, la miséricorde et les enseignements de Jésus, que les politiciens autoritaires trouvent souvent leurs plus fidèles partisans. Cela est particulièrement évident aux États-Unis, où une grande partie du mouvement évangélique considère Donald Trump comme un « instrument de Dieu ».
La question n’est pas seulement politique, mais aussi profondément théologique : pourquoi les croyants sont-ils enclins à faire confiance aux dirigeants autoritaires ? Et comment cette tendance peut-elle être examinée d’un point de vue chrétien critique ?

  1. L’attrait de l’autoritarisme : quand le pouvoir inspire confiance sur le plan religieux
    Depuis des années, les théologiens et les sociologues des religions soulignent que certaines images de Dieu influencent le comportement politique. Dans le contexte de l’Ancien Testament en particulier, Dieu apparaît comme un souverain universel, un roi qui combat, juge et exige une loyauté absolue (cf. Ps 2). Cette conception du pouvoir procure un sentiment de sécurité et d’identité – et elle est profondément ancrée dans la tradition chrétienne.
    Pour de nombreux croyants, cela crée une familiarité intuitive avec le pouvoir absolu. Pour ceux qui croient en un souverain souverain, un leader politique fort ne semble pas étrange au premier abord, mais plutôt structurellement familier. Si celui-ci utilise en outre une rhétorique religieuse, il apparaît souvent comme le représentant terrestre de l’ordre divin. Le lien entre autoritarisme religieux et autoritarisme politique n’est donc pas inévitable, mais explicable.
  2. La piété légaliste et la traduction politique de « Law and Order »
    La Torah, un système complexe de commandements, de prescriptions et de normes morales, est au cœur de la conception du monde et de Dieu dans l’Ancien Testament. La vie religieuse d’Israël était marquée par des frontières claires, des exigences morales et une structure normative forte. Le psaume 119 célèbre cet ordre divin dans de nombreux versets. Cette empreinte morale et normative se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux milieux chrétiens conservateurs. Dans ces milieux, l’action politique est évaluée sous l’angle de la préservation de l’ordre moral.
    Lorsqu’un homme politique annonce des règles claires, une application stricte et une discipline morale, il répond à un besoin familier dans le domaine religieux. La complexité et l’ambiguïté, conditions fondamentales d’une société pluraliste, sont en revanche perçues comme menaçantes ou pour le moins dérangeantes. Il en résulte une affinité pour les politiciens qui utilisent une logique manichéenne : ils semblent moralement cohérents, tandis que les politiques nuancées sont souvent perçues comme faibles ou floues.
  3. La peur comme catalyseur théologique
    Les recherches sur l’autoritarisme politique montrent que plus l’incertitude est forte, plus le désir d’ordre est grand. Les chrétiens ne font pas exception à la règle, bien au contraire : les milieux religieux réagissent de manière particulièrement sensible aux changements sociaux qui semblent remettre en question l’orientation morale, les structures familiales ou l’identité culturelle. La migration, la mondialisation, les changements moraux ou l’accélération technologique peuvent être perçus comme une menace. C’est précisément dans ces moments-là que « l’homme fort » devient attrayant. Il ne promet pas le dialogue, mais la décision. Pas des processus, mais des résultats. Pas de complexité, mais de la clarté.
    Cela rappelle fortement les expériences religieuses d’orientation et de guidance – mais sans leur profondeur spirituelle. Le parallèle est toutefois trompeur : alors que l’orientation divine se caractérise par l’amour et le pardon, la politique autoritaire repose généralement sur la peur et la ségrégation.
    Les cultures religieuses, caractérisées par une forte orientation vers la loi, des prétentions à la vérité absolue et une image hiérarchique de Dieu, ont tendance à accepter les structures autoritaires dans le monde entier. C’est pourquoi le phénomène du piège du dictateur est également perceptible dans d’autres religions et cultures, telles que l’islam ou l’hindouisme.
    Le national-socialisme en Allemagne a montré à quel point ce modèle peut être dangereux. Sous la République de Weimar, les chrétiens craignaient non seulement l’instabilité économique et politique, mais aussi la décadence morale et le chaos social. L’attitude autoritaire d’Hitler, sa promesse d’ordre et de restauration nationale ont trouvé un écho favorable auprès de nombreux chrétiens. L’« Église confessante » était minoritaire. La majorité a adhéré, activement ou tacitement, à un régime qui, d’un point de vue chrétien, contredisait sans ambiguïté l’esprit du Christ.
  4. La correction christologique : pourquoi Jésus est le contre-modèle du leader autoritaire
    Le point spirituel décisif est le suivant : l’éthique politique chrétienne ne peut être dérivée du concept de domination de l’Ancien Testament. Elle doit être fondée sur le Christ. Cela signifie que Jésus est au centre de la formation du jugement politique.Le Nouveau Testament présente un Messie
    · qui renonce au pouvoir au lieu de l’instrumentaliser,
    · qui refuse la violence au lieu de la légitimer religieusement,
    · qui recherche les groupes marginaux au lieu de les exclure,
    · qui aime ses ennemis au lieu de les détruire,
    · qui recherche le dialogue au lieu de durcir les fronts,
    · qui renonce au sacrifice au lieu d’exiger des sacrifices.Le nettoyage du temple – souvent utilisé à tort pour justifier la « colère sacrée » – est, d’un point de vue théologique, une exception et non un principe. Le pouvoir de Jésus n’est pas autoritaire, mais doux, non pas dominateur, mais au service des autres. Jésus représente ainsi un contre-modèle radical aux figures autoritaires.
  5. Conséquences pour la formation du jugement politique des chrétiensLes chrétiens sont invités à prendre des décisions politiques non pas par peur, nostalgie ou alarmisme moral, mais par maturité spirituelle. Cela signifie :
  • Auto-évaluation critique
    Quelles sont mes préférences politiques qui sont dictées par la peur ?
Lesquelles sont dictées par mon besoin de contrôle ?
Lesquelles sont dictées par mon image de Dieu ?
  • Le Christ comme clé herméneutique
    Le style de gouvernance et de vie d’un homme politique correspond-il à celui de Jésus ?
Traite-t-il les faibles avec dignité ?
Promouve-t-il la vérité, la miséricorde et la justice ?
  • Sensibilité à l’abus de pouvoir
    La foi chrétienne est fondamentalement critique à l’égard du pouvoir humain.
Quiconque accumule du pouvoir doit donc être évalué avec une attention particulière.
  • Promotion des vertus démocratiques
    Le dialogue, le pluralisme et le compromis ne sont pas des faiblesses, mais le reflet de la dignité humaine. Ils correspondent à la manière dont Jésus prend les gens au sérieux, même ses adversaires.
    Les chrétiens ne tombent pas dans le piège des dictateurs parce qu’ils seraient mauvais ou irréfléchis. Ils y tombent parce que certains modèles religieux peuvent être détournés à des fins politiques : le besoin d’ordre, le désir d’orientation et la peur de l’inconnu. Le moyen de sortir de ce piège ne passe pas par l’idéologie, mais par la théologie. Par Jésus-Christ. Par sa manière de régner. Par sa manière d’être humain. Ceux qui le suivent ne vénèrent pas le pouvoir sans discernement. Ceux qui le contemplent ne font pas de la peur leur référence, mais de l’amour. Et ceux qui le prennent au sérieux voient clair dans toute forme de séduction autoritaire.

PodcastCet article est basé sur un épisode de podcast datant de 2020.
Écouter l’épisode complet sur movecast.de.

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Un regard sur l’histoire et le présent le révèle : les chrétiens aiment suivre des dirigeants autoritaires. Quelles en sont les raisons ? Martin Benz se penche sur cette question.

Pourquoi les chrétiens aiment-ils tant élire des dictateurs ? Cette question est bien sûr provocatrice, et je ne veux en aucun cas insinuer que tous les chrétiens agissent ainsi. Il est néanmoins intéressant de constater que parmi les croyants conservateurs, nombreux sont ceux qui ont tendance à voter pour des dirigeants forts ou des autocrates, des personnes comme Trump, qui détiennent la vérité et racontent leur propre histoire.

C’est ce que nous observons actuellement aux États-Unis, où Trump bénéficie d’un fort soutien de la part des « évangéliques blancs ». Ce groupe le soutient sans réserve et représente un important potentiel électoral. Nous avons observé le même phénomène aux Philippines avec le président Duterte, un dirigeant très rigoureux et impitoyable qui a été élu dans le pays le plus catholique du monde avec le soutien de la majorité catholique. Au Brésil, le président Bolsonaro a pu compter sur un large soutien des évangéliques pentecôtistes. Il en va de même pour Poutine en Russie, qui est soutenu par l’Église orthodoxe, ou pour le parti conservateur de droite en Pologne, en collaboration avec l’Église catholique. Malheureusement, nous retrouvons également cette tendance en Allemagne, où de nombreux chrétiens sympathisent avec l’AfD ou votent même pour ce parti.

Quelles en sont les causes ?

À quoi cela est-il lié ? Pourquoi les chrétiens sont-ils si vulnérables au « piège du dictateur » ? Voici trois explications possibles :

  1. La conception de Dieu dans l’Ancien Testament
    D’une part, cela a à voir avec notre conception de la souveraineté de Dieu, qui est fortement influencée par l’Ancien Testament. Dans ce dernier, Dieu se présente souvent comme le souverain absolu : le Dieu tout-puissant, le souverain du monde entier, qui se tient devant son peuple et détruit ou destitue les autres peuples ou dieux. Dans les Psaumes en particulier (par exemple le Psaume 2), nous trouvons des passages qui parlent de cette souveraineté illimitée. Même lorsque les peuples se rebellent, Dieu consolide son règne et met fin à la résistance. Tous doivent se soumettre ; sa volonté est absolue.
    Cette image de la souveraineté absolue de Dieu nous est familière et nous procure un sentiment de sécurité : lorsqu’on appartient à ce Dieu, on est du côté des vainqueurs. Cela a des aspects positifs, tels que la sécurité et le soutien. Mais lorsqu’on s’est habitué à cette forme de souveraineté absolue, une souveraineté terrestre qui a ce caractère « militant » ou absolu nous semble également familière. Un chrétien n’est pas aussi réticent face aux structures autoritaires sur terre. Si un dirigeant suggère en plus qu’il agit au nom de Dieu, de nombreux chrétiens se disent : « C’est un homme dont nous avions besoin. » Même si les libertés sont restreintes ou les minorités opprimées, tant que les chrétiens peuvent pratiquer leur religion, cela est accepté.
  2. Le désir de « loi et ordre »
    Une deuxième raison est que, dans l’Ancien Testament, le règne de Dieu repose fortement sur des lois, des commandements et des prescriptions. Il existe une conception morale élevée, définie par des instructions claires (la Torah). Ce principe de « loi et ordre » est loué dans l’Ancien Testament (par exemple dans le Psaume 119). Les règles sont perçues comme positives et les infractions sont sévèrement punies.
    Lorsqu’un dirigeant terrestre met l’accent sur les règles, les lois et « l’ordre public », cela convient parfaitement aux chrétiens conservateurs. Ils se sentent obligés d’élire quelqu’un qui affiche une « position claire » et qui instaure l’ordre. Un dirigeant qui semble « mou » leur inspire de la méfiance.
    C’est également un problème pour l’Église, qui a pris l’habitude de se poser en moralisatrice. Cela explique pourquoi le scandale des abus sexuels dans l’Église catholique pèse si lourd : ceux qui se présentent comme des moralisateurs et prêchent des règles strictes (par exemple en matière de remariage) perdent énormément de crédibilité lorsque des crimes sont commis dans leurs propres rangs.
  3. Le facteur peur
    Le troisième aspect est étroitement lié au deuxième : la peur. Plus nous nous sentons déstabilisés – que ce soit par le pluralisme, la mondialisation ou des conditions incertaines –, plus nous apprécions le retour de « l’ordre public ». Lorsque le monde devient chaotique et que les anciennes certitudes s’estompent, les gens réclament un « homme fort » qui leur offre une orientation. Ils acceptent que d’autres en fassent les frais, l’essentiel étant que leur propre système d’ordre soit rétabli.
    En période de crise, les pays sont particulièrement vulnérables aux dictateurs. Malheureusement, on se rend souvent compte trop tard qu’on a élu la mauvaise personne, c’est-à-dire lorsque nos libertés sont restreintes. Comme les chrétiens sont habitués à ce que Dieu leur donne des repères et une sécurité grâce à des instructions claires, ils sont moins réticents à l’égard des dirigeants qui se montrent tout aussi autoritaires.

Parallèles historiques et interreligieux

Ce « piège dictatorial » ne concerne pas seulement les chrétiens. D’autres religions ayant une image similaire de Dieu y sont également sensibles, comme l’islam conservateur (par exemple l’État islamique, l’Iran ou la Turquie). Plus les gens sont « pieux », plus ils sont enclins à accepter des formes de gouvernement absolues où la religion et l’État ne font qu’un.

Nous avons également fait cette expérience en Allemagne. Après la Première Guerre mondiale, l’instabilité économique et politique a conduit de nombreux chrétiens à tomber dans le piège du dictateur et à voter pour Adolf Hitler. Seule une minorité au sein de l’Église confessante a compris cela. Pour la plupart, l’idée d’un pouvoir absolu et d’une « ligne claire » n’était pas étrangère.

Je peux facilement dire cela aujourd’hui depuis mon bureau. Je ne sais pas comment j’aurais agi à l’époque et si je n’aurais pas suivi le mouvement. Il est donc d’autant plus important que nous réfléchissions aujourd’hui et que nous comprenions ces mécanismes afin de ne pas retomber dans ce piège.

Jésus comme modèle politique

Je pense que pour notre éducation politique, nous n’avons pas besoin de l’Ancien Testament, mais de Jésus-Christ. Jésus a vécu un tout autre type de règne. Il était modeste, doux et humble de cœur. Son attitude envers les marginaux, les faibles et les pécheurs est pour moi programmatique. Sa critique de l’establishment religieux, qui cherchait à se rapprocher du pouvoir, est également novatrice.

Certains objecteront : « Mais Jésus a chassé les marchands du temple à coups de fouet ! » C’est vrai, mais cette scène est une exception, elle ne reflète pas le programme de sa vie. Ceux qui sont fortement influencés par l’image du souverain de l’Ancien Testament se précipitent sur cette scène, car elle correspond à leur propre vision du monde. Mais en Jésus, nous rencontrons un homme doux qui rejette toute forme de domination violente. Il n’appelle pas des légions d’anges, il ne riposte pas. Il est le pivot de notre éducation politique.

Podcast

Cet article est basé sur un épisode de podcast datant de 2020.
Écouter l’épisode complet sur movecast.de.

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Lesezeit / Temps de lecture ~ 4 min

En Suisse et dans le monde occidental, le thème de la politique migratoire est omniprésent. Il est actuellement au cœur du débat politique. L’auteur a cherché dans la Bible des indices permettant aux chrétiens de s’y retrouver dans ces discussions très controversées.

En Suisse et dans le monde occidental, le thème de la politique migratoire est omniprésent. Il est actuellement au cœur du débat politique. L’auteur a cherché dans la Bible des indices permettant aux chrétiens de s’y retrouver dans ces discussions très controversées.

Lorsque j’ai récemment suivi le débat de l’émission SRF Arena sur le thème des féminicides, la discussion s’est progressivement transformée en un débat sur la migration. Que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou autour de la table familiale, rares sont les sujets qui suscitent autant de divergences d’opinions. Mais quelle position les chrétiens doivent-ils adopter dans ce débat ? Ou plutôt, quels enseignements pouvons-nous tirer de la Bible sur ce sujet ? J’ai exploré ces questions dans le cadre de mon travail de maturité. Dans cet article, je présente les principaux résultats de ce travail.

La politique migratoire étant un sujet très vaste, je me concentre sur la politique d’asile. La Suisse accorde protection et refuge aux personnes dont la vie ou l’intégrité physique sont menacées dans leur pays d’origine. Elles obtiennent l’asile et donc un permis de séjour. La conception concrète de la politique d’asile fait l’objet d’intenses discussions. Les principales revendications du camp restrictif comprennent une limitation de l’immigration des réfugiés et une réduction des prestations d’aide aux demandeurs d’asile. Mais cette position est-elle compatible avec les enseignements de l’Évangile ?

Une bonté imméritée : le privilège d’être Suisse

Dans Matthieu 27.46, Jésus rend son dernier souffle et meurt sur la croix. Ce moment symbolise non seulement la fin du calvaire du Christ, mais aussi la bonté de Dieu, qui s’exprime à travers le sacrifice de Jésus sur la croix et la rédemption du péché qui y est associée. Nous n’avons pas mérité cette bonté. C’est un cadeau. Être citoyen suisse est également un cadeau qui témoigne de la bonté de Dieu. Comparée à celle d’autres pays, la situation des Suisses est paradisiaque. Cette situation est un privilège et ne va absolument pas de soi. La question se pose alors de savoir ce qui nous empêche de partager cette bonté imméritée avec d’autres personnes en danger. Est-ce vraiment notre devoir en tant que chrétiens d’aider les demandeurs d’asile ?

Est-ce vraiment notre devoir en tant que chrétiens d’aider les demandeurs d’asile ?

Appel à l’aide dans la Bible : le bon Samaritain

Luc 10 relate une conversation entre Jésus et un docteur de la loi. Ce dernier demande comment obtenir la vie éternelle. Jésus répond à cette question en évoquant le commandement de l’amour. Mais le docteur de la loi veut se justifier et demande : « Qui est mon prochain ? » Jésus lui raconte alors la parabole du bon Samaritain. Le Samaritain aide l’homme juif blessé, bien qu’il existe une profonde hostilité entre les deux peuples. Il prend un risque, car il y a un danger d’être agressé et attaqué physiquement. Le Samaritain reconnaît la situation de la personne blessée et n’hésite pas à la soigner. Plus encore : il l’emmène dans une auberge et paie tous les frais d’hébergement et de soins. Jésus termine la conversation par cette exhortation : « Va, et fais de même. » Nous pouvons tirer de cette parabole les principes suivants :

  • Aide les personnes, quelle que soit leur origine.
  • Sois serviable, même si cela comporte un danger.
  • Adopte une attitude serviable envers les blessés.
  • Sois prêt à apporter un soutien financier.
  • Suis l’exemple du Samaritain.

Il est plausible d’appliquer ces principes à la relation entre les Suisses et les demandeurs d’asile. Tout comme l’homme juif, les demandeurs d’asile sont menacés et en danger de mort. En intervenant en tant que Suisses, nous pouvons, comme dans la parabole, libérer les demandeurs d’asile de cette situation menaçante et les sauver.

Qu’est-ce qui nous empêche d’agir comme le bon Samaritain ?

Mais malgré ces paroles claires de Jésus, qu’est-ce qui nous empêche de suivre sans crainte l’exemple du Samaritain ? Une aide illimitée aux demandeurs d’asile peut être contrebalancée par le risque de difficultés financières personnelles. Mais cet argument est-il valable à la lumière des Évangiles ? Dans Luc 12, Jésus met en garde contre la cupidité : « Gardez-vous avec soin de toute cupidité, car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, même s’il est dans l’abondance. » Comme mentionné ci-dessus, tous nos biens sont l’expression de la bonté de Dieu. Pourquoi ne devrions-nous donc pas partager ces biens ? La parabole du bon Samaritain nous y invite explicitement. Dans la perspective de la vie éternelle, les biens matériels, l’argent et la prospérité sont éphémères et insignifiants par rapport à la gloire que le ciel nous promet. La peur des soucis financiers n’est-elle pas plutôt un attachement aux normes mondaines ? La Bible est claire à ce sujet : notre identité réside en Christ. Dans l’épître aux Philippiens 1.21, Paul écrit : « Car Christ est ma vie, et mourir est mon gain. » Notre regard est tourné vers le Christ, et le Christ nous invite à servir les personnes opprimées, sans défense et vulnérables.

Restreint ou charitable ?

Comme mentionné précédemment, les principales revendications de la position restrictive sont la limitation de l’immigration et la réduction des prestations d’aide aux demandeurs d’asile. Comparons maintenant cette position avec les conclusions tirées ci-dessus : les deux revendications d’une attitude restrictive visent à éviter des dépenses supplémentaires ou des problèmes sociaux en offrant moins d’aide. Au vu des passages bibliques évoqués, qui s’inspirent de la bonté de Dieu et de l’appel à venir en aide, les revendications en faveur de mesures restrictives sont difficilement conciliables avec les Évangiles. Elles sont même problématiques. Elles sont en contradiction avec les principes que nous transmettent les passages bibliques cités et de nombreux autres passages des Évangiles. Ainsi, la position restrictive semble difficilement défendable à la lumière des Évangiles.

Cette position restrictive ne peut donc être attribuée aux Évangiles. Elle repose plutôt sur la crainte de perdre des privilèges en tant que Suisses. À plusieurs reprises, les quatre Évangiles exhortent les hommes non seulement à bénéficier de la bonté de Dieu, mais aussi à la transmettre à ceux qui sont dans le besoin. Cela signifie que, du point de vue des quatre Évangiles, les chrétiens ne devraient pas soutenir une politique d’asile restrictive.

Photo de Salah Darwish sur Unsplash

 

Lesezeit / Temps de lecture ~ 8 min

L’IA soulève actuellement de nombreuses questions qui laissent perplexes. L’article suivant donne un aperçu général de ce qu’est l’IA, de son fonctionnement et de ses faiblesses, sans pour autant attiser les craintes de manière unilatérale. L’auteur attire toutefois l’attention sur les dangers qui guettent. Un autre article suivra ultérieurement.

L’arrivée de ChatGPT il y a environ trois ans a suscité un énorme engouement. L’interface utilisateur ne pourrait être plus simple : une fenêtre de navigateur presque vide avec un champ de saisie (fenêtre d’invite) au milieu. J’ai voulu jeter un œil sous le capot et j’ai réalisé que le sujet était vaste et loin d’être aussi clair qu’on pourrait le croire à première vue. Un texte comme celui-ci ne peut être qu’une tentative d’éclairer un peu ce qui se cache dans la boîte noire de l’IA. Dans une deuxième partie, j’aimerais examiner dans quelle mesure les grands modèles linguistiques (Large Language Models, LLM) nous aident à trouver la vérité dans la jungle d’informations en ligne – ou pas.

Comment fonctionne un LLM, un grand modèle linguistique tel que ChatGPT ? On explique généralement que son fonctionnement est similaire à celui d’un cerveau doté de nombreux neurones, qui calcule le mot suivant le plus probable dans un contexte donné. ChatGPT est capable d’apprendre grâce à d’innombrables répétitions d’essais et d’erreurs (deep learning). Cela est tellement souvent répété que cela doit être vrai, bien sûr en simplifiant. Néanmoins, cela me semble être une sorte de pochette surprise cognitive, tant en termes de vitesse que de contenu. Même les experts et les entreprises qui développent ces modèles ne comprennent pas pourquoi leurs produits aboutissent à tel ou tel résultat.

ChatGPT n’est pas le seul à l’origine de cette technologie

ChatGPT est clairement le leader du marché occidental, mais il existe d’autres modèles importants. Les entreprises qui les développent s’appellent OpenAI, xAI ou Anthropic. Voici un bref aperçu des grandes entreprises technologiques qui y participent :

Chatbot IAEntreprise américaine participanteForme de participation
ChatGPT (OpenAI)Microsoft, AppleMicrosoft : investisseur, participation minoritaire, environ 49 %, Apple : aucune participation, partenariat technique (intégration sur les appareils Apple)
Gemini (Google)Alphabet (Google)Propriétaire et développeur
Claude (Anthropic)Amazon et AlphabetInvestisseurs minoritaires
Grok (xAI)Elon MuskPropriétaire / PDG
Llama (Open Source)Meta (Facebook/WhatsApp)Propriétaire et développeur

Les auteurs souvent non rémunérés

Une IA nouvellement créée est stupide. Avant d’être utile, elle doit être entraînée à partir d’énormes quantités de données, un peu comme un jeune enfant apprend à parler pour comprendre son environnement. Les données d’entraînement comprennent généralement des sites Internet accessibles au public, tels que des journaux gratuits ou Wikipédia, des milliers de livres et autres, souvent sans rémunérer les auteurs. La composition exacte est un secret des développeurs. Dans une deuxième phase, celle du réglage fin, les modèles sont entraînés, entre autres, à l’aide de chats réels.

Les données utilisées pour cette deuxième phase sont constituées des requêtes des utilisateurs, y compris les réponses de l’IA. Pour la plupart des modèles, cela se fait automatiquement, sauf si l’on refuse expressément ou si l’on active le mode « temporaire »/« anonyme », dans lequel l’historique des chats n’est pas enregistré, ou si l’on choisit la version payante. En d’autres termes, ici aussi, les outils informatiques gratuits ne sont pas vraiment gratuits. Selon les informations officielles, les données ne sont stockées nulle part à long terme, mais cela n’est pas vraiment clair. Anthropic (Claude) adopte une approche différente. Cette entreprise n’utilise pas les données de ses utilisateurs pour l’entraînement et dispose d’une documentation détaillée sur la manière dont elle traite les données des utilisateurs. Open AI dispose également de cette dernière, mais une grande partie de son contenu reste vague, délibérément ?

Des directives éthiques opaques

Le comportement de chaque IA est programmé, par exemple pour qu’elle soit aimable et encourageante dans ses réponses. Mais parfois, la programmation va encore plus loin.

Grok, l’IA d’Elon Musk, s’est particulièrement fait remarquer négativement cet été. Sur la plateforme « X », à laquelle le modèle est relié, elle a diffusé sans aucune retenue des thèses et des déclarations antisémites après une mise à jour. Ainsi, à la question de savoir quelle personnalité du XXe siècle serait la plus apte à lutter contre la « haine anti-blancs », elle a répondu : « Adolf Hitler, sans aucun doute. » Lorsqu’on lui a demandé pourquoi Hitler serait efficace à cet égard, Grok a décrit des mesures similaires à celles de l’Holocauste, telles que les camps de concentration. De plus, il a voulu discuter spontanément du prétendu « génocide des fermiers blancs en Afrique du Sud ». Il s’est lui-même qualifié de « MechaHitler » (en quelque sorte « Robot »-Hitler). Auparavant, Musk avait critiqué Grok pour « répéter trop les médias grand public » et être trop « woke ».
Aucun autre grand modèle d’IA ne présente de distorsions aussi évidentes. Cela ne signifie toutefois pas qu’il n’y en a pas, car aucune des entreprises concernées ne divulgue les données d’entraînement et la programmation comportementale de ses modèles.

D’autre part, lorsque les utilisateurs souhaitent effectuer des recherches sur un sujet sensible, poser une question potentiellement discriminatoire ou générer du contenu réservé aux adultes, ils se heurtent à une forme de censure. ChatGPT & Co refusent alors de fournir des informations et proposent des alternatives. Cette pratique est controversée et, surtout, les directives éthiques sur lesquelles repose cette censure ne sont pas transparentes. Elle offre toutefois une certaine protection aux jeunes utilisateurs.

Une IA hallucinante

Sur un point, l’intelligence artificielle ressemble à l’être humain : elle a certaines faiblesses. Si elle ne connaît pas la réponse à une question, parce que son apprentissage ne couvre pas le sujet, elle ne dira pas « je ne sais pas », mais inventera quelque chose qui n’est pas forcément plausible. C’est ce qu’on appelle « halluciner ». Une étude à long terme menée par l’organisation américaine Newsguard1 a révélé que les modèles linguistiques fournissent entre 10 et 40 % de réponses erronées sur des sujets d’actualité, car ils ne sont souvent pas en mesure de faire la distinction entre les médias sérieux et les médias diffusant de fausses informations. Claude a obtenu les meilleurs résultats avec « seulement » 10 % d’erreurs, tandis que Perplexity se situait à l’autre extrémité avec un taux d’erreur légèrement inférieur à 50 %. Une étude européenne est parvenue à des résultats très similaires.

Les modèles linguistiques ont également une mémoire à court terme limitée pour un chat en cours. Il m’est déjà arrivé d’avoir une conversation animée sur un sujet assez complexe. Mais soudain, tout s’est arrêté. Cependant, plus les modèles s’améliorent, plus leur mémoire à court terme est importante.

ChatGPT possède des connaissances incroyables en pédagogie, en psychologie, dans les enseignements de Thomas d’Aquin ou dans les énergies renouvelables, mais son savoir n’est lié à aucune expérience. La machine ne comprendra jamais ce que signifie être heureux, avoir des doutes, aimer ou vivre des expériences spirituelles. Nous devons en être conscients.

Les entreprises technologiques peuvent collecter encore plus de données

Sous la surface simple des modèles linguistiques, beaucoup de choses ont changé en deux ans ; toutes les quelques semaines, il y a une mise à jour et le nombre de solutions de niche est de toute façon incalculable. Il est étrange que tous les influenceurs technologiques sur YouTube alimentent fortement le battage médiatique et n’abordent presque jamais les points critiques évoqués ci-dessus. Mais c’est ainsi que fonctionnent les réseaux sociaux.
C’est maintenant que les choses deviennent vraiment intéressantes pour les grandes entreprises technologiques : selon Sam Altman d’OpenAI, ChatGPT est appelé à devenir un super assistant, « quelqu’un qui vous connaît, comprend ce qui est important pour vous et vous aide dans toutes vos tâches. Une personne intelligente, digne de confiance, dotée d’une grande intelligence émotionnelle et équipée d’un ordinateur » : Il recherche régulièrement les e-mails importants dans votre boîte de réception, crée une playlist adaptée à l’occasion dans Spotify, ajoute des balises aux photos sur votre smartphone et les classe dans le dossier souhaité, vous rappelle que vous avez manqué vos exercices physiques depuis trois jours, recherche un document spécifique dans votre espace de stockage cloud personnel et le résume, et prépare des publications pour Instagram ou TikTok. Avec le navigateur IA « Atlas » récemment publié, OpenAI a fait un premier pas dans cette direction. Cela est particulièrement intéressant pour les entreprises technologiques, car elles peuvent, du moins potentiellement, regrouper les données pour créer des profils très détaillés et consultables. L’entrepreneuse en IA et youtubeuse Goda Go a déclaré dans l’une de ses vidéos : « Nous nous dirigeons vers un avenir où l’IA saura tout de vous – votre activité professionnelle, votre vie privée, vos opinions, vos préférences – et où rien de tout cela ne pourra jamais être effacé. »

Alternatives pour plus de transparence

Existe-t-il des moyens pour les petits utilisateurs privés d’améliorer la transparence des chatbots ? En partie :

  • Perplexity ajoute à ses textes des notes de bas de page cliquables qui renvoient aux sources utilisées.
  • Gemini de Google fait de même en mode « Deep Research ».
  • De plus, comme d’autres modèles en mode Pro, il rend son processus de « réflexion » transparent en rédigeant une sorte de journal en temps réel.
  • Google propose un outil appelé Notebook LM, qui permet à l’utilisateur de décider si l’IA doit utiliser uniquement des documents sélectionnés à la main ou des liens web pour sa recherche, ou si elle doit également effectuer une recherche sur Internet. Tous les grands LLM proposent des modes similaires.
  • Les modèles open source installés localement offriraient une protection des données. Cependant, ils nécessitent un matériel très puissant et une certaine affinité avec l’informatique. De plus, leur grande adaptabilité ouvre la voie à des utilisations malveillantes.
  • Enfin, l’ETH et l’EPFL ont développé un modèle suisse d’IA et l’ont présenté au public en septembre 2025. Baptisé « Apertus », il se distingue de tous les supercerveaux artificiels courants par le fait que les données d’entraînement, l’architecture, etc. ont été publiées et qu’il s’agit du premier modèle linguistique de grande envergure qui répond aux exigences de la « loi sur l’IA » de l’UE. Il comprendrait 1000 langues, dont le suisse allemand. Malheureusement, ses performances sont encore nettement inférieures à celles des IA privées.

Les modèles linguistiques actuels sont en effet d’une grande aide pour comprendre des sujets complexes, par exemple en tant que « meilleur Google » ou pour des résumés, l’apprentissage et des recherches approfondies. Il faut toutefois être conscient de leurs faiblesses et des risques qu’ils présentent :

  • L’IA n’est pas gratuite, on la paie avec ses données ou avec de l’argent : je m’offre une version payante pour avoir un peu plus de contrôle.
  • Aujourd’hui, les entreprises d’IA utilisent la clause de non-responsabilité suivante : « Le chatbot XY peut faire des erreurs. » Il faut prendre cela au sérieux et vérifier les résultats, et ne pas recourir instinctivement à l’IA pour tout.
  • Les résultats des chatbots, en particulier sur des sujets d’actualité, doivent être utilisés avec une prudence critique – ce qui vaut d’ailleurs également pour les résultats de notre intelligence naturelle.
  • Il convient de consacrer un peu de temps au choix du chatbot « personnel » et surtout de comparer le traitement des données.2
  • La retenue et la prudence sont de mise lorsqu’il s’agit de choisir les applications personnelles auxquelles l’IA sera connectée à l’avenir.

Quelques conseils pour utiliser l’IA

Les modèles linguistiques actuels sont en effet d’une grande aide,


Sources utilisées

NZZ : « L’IA exige une ambivalence radicale », 19/08/2025

Le Monde diplomatique (en allemand) : « Blackbox KI », décembre 2024

Goda Go : « Leaked ChatGPT Strategy Document & Data Nightmare », https://www.youtube.com/watch?v=5PuofaVqXNI (20/10/2025)

Der Bund Online, 15/05/2025 : « Le bot IA de Musk voulait parler du « génocide des Blancs » »

New York Times : « How Elon Musk Is Remaking Grok In His Image », 02/09/2025

Mohamed Ezz : Does Anthropic Train on Your Data? The Full Truth

Wired.com : Grok Is Spewing Antisemitic Garbage on X, (27.10.2025)

Tagesschau : « L’IA invente une réponse sur trois », https://www.tagesschau.de/wissen/technologie/kuenstliche-intelligenz-fakten-100.html (29/10/2025)

Tages-Anzeiger : « Une réponse sur trois des chatbots est fausse », 10/09/2025

Claude (IA d’Anthropic) : connaissances d’entraînement

Autres sources :

1 : https://www.newsguardtech.com/de/ ai-monitor/audit-chatbots-verdoppeln-in-einem-jahr-den-anteil-an-antworten-mit-falschen-informationen/

2 : https://www.oneusefulthing.org/p/an-opinionated-guide-to-using-ai


La photo de couverture est, comme il se doit, générée par IA, par le service lummi.ai

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L’Église et l’État, tiraillés entre leurs missions En Suisse, nous parlons d’une séparation entre l’Église et l’État, qui doit permettre la liberté de religion et la neutralité de l’État. Mais si leurs missions respectives viennent à se confondre, cela peut avoir de graves conséquences pour l’ensemble de la société.

Pour comprendre les relations actuelles entre l’Église et l’État dans le monde occidental, il faut se plonger dans l’histoire de l’Église. En effet, la révolution papale de la fin du XIe siècle a marqué le début d’une lutte sans fin entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel qui, selon Klaus Roth, a accéléré la formation du système étatique européen (2006 : 79). L’idée de l’État est donc le résultat d’attentes non satisfaites, selon lesquelles une coexistence harmonieuse entre l’empereur et le pape permettrait de convertir l’humanité entière à la foi chrétienne et d’instaurer un ordre conforme à la volonté de Dieu (cf. Schmitt 1950, 30, 96f.). Bien que la foi chrétienne ait retrouvé une importance centrale dans la formation des États pendant la Réforme et la Contre-Réforme (Roth 2006 : 89f.), l’État s’est émancipé de la tutelle religieuse du christianisme au cours de la Révolution française et est devenu souverain. Selon Ernst-Wolfgang Böckenförde (1982 : 64), la séparation de l’Église et de l’État n’était pas radicale, mais équilibrée. Ainsi, les deux pouvaient remplir leur mission indépendamment l’un de l’autre et interagir : l’État est le représentant de la loi et de l’ordre et l’Église la proclamatrice de l’Évangile.

Influence de l’Église sur l’État

La mission de l’Église, qui consiste à proclamer l’Évangile, est généralement considérée comme apolitique (Böckenförde 1982 : 82). Mais elle peut exercer une influence politique involontaire par le biais de l’effet de l’Évangile sur la société. C’est le cas, par exemple, lorsque des questions de morale et d’éthique sont soumises au vote et que les chrétiens, en tant que citoyens, utilisent leur voix de manière ciblée sur ces sujets (1982 : 83). Grâce à la neutralité de l’État et à la liberté de religion, le christianisme peut continuer à s’impliquer dans la vie sociale et parfois influencer l’ordre juridique (1982 : 66). En effet, les valeurs du christianisme constituent encore le fondement de l’ordre politique dans de nombreux pays occidentaux (1982 : 67f.). L’Église transmet les valeurs, car l’État ne peut le faire sans renoncer à sa neutralité religieuse. Cependant, une société pluraliste attend de l’Église qu’elle traduise ses valeurs de manière à ce que même les personnes sans lien avec le christianisme puissent les adopter et les intégrer dans leur propre vision du monde. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure l’Église doit assumer son rôle de transmetteur de valeurs. Est-elle en mesure de remplir ainsi sa mission d’annonce de l’Évangile ou bien la dénature-t-elle par la sécularisation de ses valeurs ? Pour Böckenförde, une chose est sûre : « Contribuer à l’intégration d’une société pluraliste par la formation d’un consensus approprié ne fait pas partie de la mission spirituelle de l’Église. {…} La fidélité à sa mission peut la contraindre à tenir des propos et à agir de manière désintégratrice » (1982 : 71). Selon lui, l’Église ne doit pas s’engager en faveur de l’intégration d’un fondement libéral et démocratique qui contredit les principes chrétiens.

Tirer les leçons de l’histoire

Récemment, la démocratie en tant que forme de gouvernement a également été critiquée parce que les valeurs laïques ont gagné en influence dans la société et ont donc été plus souvent inscrites dans la loi (par exemple, le mariage pour tous). Cela a suscité le mécontentement de nombreux chrétiens et chrétiennes et un désir ardent de voir le royaume de Dieu s’instaurer sur terre. Il n’est donc pas surprenant qu’ils se rallient à un dirigeant politique qui défend leurs intérêts, ou du moins qui prétend le faire. C’est actuellement le cas, entre autres, aux États-Unis et au Salvador. On y observe de manière très frappante le mélange des rôles de l’Église et de l’État, qui entraîne un abandon des ordres démocratiques au profit de systèmes totalitaires.

Eric Voegelin et Raymond Aron qualifiaient ces régimes violents de « religions politiques » (Maier 2006 : 18). Ils y voient une tentative de donner une dimension quasi religieuse à l’ordre politique et des parallèles avec les modèles de la culture politique et religieuse unifiée de l’Antiquité. « Les régimes totalitaires modernes sont toutefois aussi le visage déformé d’un christianisme perverti, dont il ne reste que l’ordre extérieur, la contrainte et la discipline (2006 : 18f.). Avec leurs soi-disant « doctrines pures », ils auraient imité des développements problématiques de l’histoire du christianisme.

Il ne semble donc pas fortuit que l’émergence de régimes violents modernes s’accompagne d’une résurgence démesurée du culte de la personnalité, de la déification des dirigeants et des martyrs dans le contexte de la politique totalitaire (Maier 2006 : 19). Les événements actuels aux États-Unis illustrent très clairement cette situation. Ce qui ne devait être qu’un grand service commémoratif pour l’activiste et évangéliste assassiné Charlie Kirk a pris une dimension politique inquiétante avec le discours de Donald Trump, dans lequel il a insisté sur la nécessité de se venger de « la gauche radicale ». Ses déclarations contredisaient également celles d’Erika Kirk, qui avait pardonné au meurtrier de son mari (FOX 9 Minneapolis-St. Paul, 2025).

Au vu de ces événements, il est d’autant plus important de se rappeler pourquoi l’État s’est séparé de l’Église au fil des siècles. La séparation des deux institutions reste absolument nécessaire : premièrement, pour une coexistence pacifique au sein de la société ; deuxièmement, pour une liberté de religion qui nous permette, à nous chrétiens, de vivre notre foi publiquement et en privé sans être persécutés ; et troisièmement, pour que l’État et l’Église puissent chacun remplir leur mission. Dans une démocratie, l’État et l’Église peuvent remplir leurs missions, mais dans un système totalitaire, elles se dissolvent. Comme l’histoire nous l’enseigne, les régimes totalitaires sont souvent pseudo-chrétiens et imprégnés d’hérésies favorables au dirigeant en place. Tirons les leçons de l’histoire et prenons au sérieux l’avertissement de Hermann Heller : « L’État ne peut devenir totalitaire que s’il redevient un État et une Église en un, mais ce retour à l’Antiquité n’est possible que par un rejet radical du christianisme » (1929 : 56).

Engageons-nous donc en faveur d’une démocratie saine, imprégnée des valeurs chrétiennes, en Suisse, afin de pouvoir continuer à remplir notre mission d’annonce de l’Évangile !


Sources

Böckenförde, E-W. (1982) : État, société, Église. Dans : Böckle, F., Kaufmann, F-X., Rahner, K. et Welte, B. (éd.) (1982) : Christlicher Glaube in moderner Gesellschaft. Volume 15. Herder Freiburg. Fribourg-en-Brisgau. pp. 64-83.

FOX 9 Minneapolis- St.Paul (2025) : Cérémonie commémorative complète de Charlie Kirk. Youtube (consulté le 22/09/2025)

Heller, H. (1929) : L’Europe et le fascisme. de Gruyter. Berlin. pp. 56.

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Le 30 novembre 2025, la Suisse votera sur l’initiative « Service citoyen ». Il s’agit d’étendre le service militaire et civil à tous les citoyens suisses. ChristNet soutient ce service citoyen général, car il renforce la perspective du bien commun.

Le service citoyen suscite des débats. Ses détracteurs mettent en garde contre la contrainte et la bureaucratie, tandis que ses partisans y voient une chance pour la cohésion sociale. Mais au-delà du débat politique, une question plus profonde se pose : comment une société moderne peut-elle répartir plus équitablement les responsabilités, et quel serait l’impact sur nous tous ?

Une nouvelle conception de la responsabilité

La Suisse vit de l’engagement de ses citoyens. D’innombrables tâches sont assumées par des bénévoles, des proches, des églises, des associations et des organisations sociales. Mais cet engagement repose sur les épaules d’une minorité. Beaucoup profitent d’une infrastructure de solidarité sans y participer eux-mêmes. Le service citoyen permettrait de répartir cette responsabilité de manière plus équitable et de montrer que le bien commun ne va pas de soi.

Les détracteurs craignent la contrainte, l’inefficacité ou la perte du véritable volontariat. Ces préoccupations méritent d’être entendues. Mais elles ne vont pas assez loin. Un service commun ne serait pas l’expression d’une méfiance à l’égard des citoyens, mais une reconnaissance de leur potentiel. Il ne mettrait pas les jeunes sous tutelle, mais leur ferait confiance pour assumer des responsabilités. La liberté ne diminue pas lorsqu’elle inclut la responsabilité, elle gagne en profondeur.

Rencontre contre la polarisation

Un tel service pourrait avoir un effet bénéfique sur la société. La dernière étude sur la polarisation réalisée par Pro Futuris montre à quel point les modes de vie en Suisse divergent. Les gens se rencontrent moins souvent en dehors de leur bulle sociale ou politique. Le Service Citoyen permettrait d’inverser cette tendance. Lorsque des jeunes adultes issus de régions et de milieux différents travaillent ensemble, ils vivent des expériences qui les rapprochent. Agir ensemble crée de la proximité là où la distance s’est installée et de la compréhension là où règnent les préjugés. Ce n’est pas du romantisme, mais de la psychologie sociale : la confiance naît lorsque les gens apprennent à se connaître, et non à travers les commentaires et les gros titres.

La responsabilité comme foi vécue

Du point de vue chrétien également, cette idée est familière. La foi considère l’être humain comme un être relationnel, créé pour se soutenir mutuellement. « Portez les fardeaux les uns des autres » (Galates 6,2) ne décrit pas une exigence morale excessive, mais une conception réaliste de la communauté. Personne ne peut ni ne doit tout porter seul. La solidarité n’est pas une faiblesse, mais l’expression d’une charité vécue. Le service citoyen pourrait contribuer à réinscrire plus fortement cette attitude dans la culture sociale.

Jésus a toujours cherché à se rapprocher des pauvres, des exclus, des étrangers. Son amour du prochain était concret. Il dépassait les frontières au lieu de les renforcer. Une démocratie moderne peut tirer des leçons de cette attitude. Lorsque les jeunes découvrent ce que signifie l’entraide dans le cadre d’un service commun, la confiance s’installe – et la confiance comble les fossés que les débats politiques ne parviennent pas à combler.

Des expériences marquantes

Un service civique de ce type aurait également pour effet de rapprocher les générations. Les jeunes travailleraient avec des personnes âgées qui ont besoin de leur aide. À l’inverse, les personnes âgées verraient que la génération suivante est prête à prendre ses responsabilités. Cette expérience mutuelle de fiabilité peut combler le fossé entre les jeunes et les personnes âgées. Elle crée un respect réciproque, une attitude qui se perd de plus en plus dans le débat politique et social.

Aujourd’hui, de nombreux jeunes sont en quête de sens, d’appartenance et d’orientation. Le service à la communauté peut leur permettre de vivre de telles expériences. Il les confronte à d’autres réalités de la vie, à des limites, mais aussi à la force de faire bouger les choses ensemble. Les personnes qui découvrent que leur engagement compte perçoivent leur pays, leurs concitoyens et elles-mêmes différemment. À long terme, cela peut façonner une nouvelle génération de citoyens qui considèrent la société non pas comme quelque chose que l’on consomme, mais comme quelque chose que l’on façonne.

Des attentes réalistes, un effet à long terme

Bien sûr, le service citoyen comporte des défis. Son organisation serait complexe, son financement exigeant. Il faut des conditions équitables, des tâches utiles et un bon accompagnement. Mais ceux qui ne voient que les difficultés négligent les avantages réels. Une société dans laquelle les gens se rencontrent, se rendent service et partagent les responsabilités est moins vulnérable. Elle résiste mieux aux tensions, car elle sait ce qui la soude.

Au fond, le Service Citoyen repose sur une idée simple mais profonde : la communauté ne se construit pas avec des mots, mais avec des actes. Dans la perspective chrétienne, il ne s’agit pas d’un luxe politique, mais de l’expression de la foi au quotidien. Assumer ses responsabilités signifie donner forme à sa propre foi – dans les maisons de retraite, sur les chantiers, dans les écoles, dans les forêts. Cela signifie non pas affirmer la valeur de l’autre de manière théorique, mais la rendre visible dans la pratique.

À long terme, un tel service pourrait également changer la culture démocratique. Lorsque les gens ont appris à partager les responsabilités, ils sont plus disposés à écouter, à négocier et à trouver des compromis. Cela protège du cynisme et de la résignation, des attitudes qui sapent les démocraties de l’intérieur. Ceux qui font l’expérience du soutien de la société perdent moins rapidement confiance en elle.

La confiance comme valeur d’avenir

Le Service Citoyen ne serait donc pas un projet moral, mais une forme concrète de solidarité vécue. Il rassemblerait des personnes qui n’auraient autrement guère de contacts entre elles et leur montrerait qu’elles dépendent les unes des autres. À une époque où la méfiance grandit et où beaucoup se replient sur eux-mêmes, cela pourrait faire toute la différence. Partager les responsabilités, c’est partager l’espoir – et c’est peut-être là que commence la guérison sociale.

 

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Il existe un dicton selon lequel toute fête peut être gâchée dès lors que l’on commence à débattre de politique ou de religion. Mieux vaut donc éviter de mélanger les deux. Mais cela vaut-il également pour notre époque mouvementée ?

Nous vivons une période troublée sur le plan politique. Cela soulève la question suivante : être chrétien de manière crédible exige-t-il aujourd’hui une conscience et un engagement politiques accrus ? La profession de foi en un Dieu qui se présente à nous comme le créateur du monde nous oblige en fait à avoir une relation consciente avec ce qui se passe dans ce monde. Et le commandement de l’amour du prochain est aussi automatiquement une question politique. Car nous ne vivons pas pour nous-mêmes, mais sommes intégrés dans une société dont la forme est toujours négociée politiquement.

Négocier le cadre politique

Pour les chrétiens, le thème de la foi et de la politique reste néanmoins un terrain miné. Nous ne pouvons nier que l’interaction entre l’Église et le pouvoir politique a engendré de la violence et souvent déformé l’Évangile de manière grotesque. Et aujourd’hui encore, la question « Que dirait Jésus à ce sujet ? » pourrait facilement donner lieu à une discussion critique sur le rôle d’un nationalisme chrétien chez des présidents tels que Poutine ou Trump.
L’espace politique décrit la diversité des processus par lesquels nous organisons notre coexistence en tant qu’êtres humains. Comme les êtres humains ne sont pas automatiquement libres, égaux et dotés d’un discernement mature, les divergences d’opinion et les déséquilibres de pouvoir sont inévitables. La négociation de ces conflits, qui n’est pas toujours pacifique, donne naissance à un système politique qui institutionnalise les rapports de force et cherche à les préserver. Les conflits se déroulent alors dans le cadre du processus politique. Si celui-ci échoue, la violence peut reprendre.

La religion, avec une interprétation sur mesure, a souvent été utilisée comme un instrument de pouvoir afin de garantir, en invoquant un « ordre divin », non seulement les sources du pouvoir – « par la grâce de Dieu » –, mais aussi la docilité des dominés. Seule la sécularisation a séparé ces sphères. Dans la mesure où les systèmes politiques garantissent la liberté de croyance et de conscience, les croyants devraient aujourd’hui non seulement respecter cela, mais aussi l’apprécier. L’interdépendance avec le pouvoir politique n’a jamais été bénéfique au message de l’Évangile.

Qu’est-ce que la politique chrétienne ?

Mais le fait de reléguer la foi dans la sphère purement privée crée une tension. La foi chrétienne n’est pas une promesse individuelle de bonheur et de salut. Elle débouche sur une éthique sociale qui découle de l’appel à une relation d’amour avec son prochain et donc aussi avec le monde. Le fait que des personnes comme Martin Luther King Jr., Dietrich Bonhoeffer, Dorothy Day et bien d’autres se soient engagées avec passion pour changer le monde, portées par leur foi, et aient parfois payé de leur vie cet engagement, en fait à juste titre des modèles. Mais la foi elle-même est souvent source de conflits politiques et de violence.

Le nombre d’interprétations contradictoires des Écritures et d’orientations théologiques rend difficile l’esquisse d’une position politique pouvant être clairement qualifiée de « chrétienne ». Dans certaines formes de ce qu’on appelle « l’évangile de la prospérité », la richesse personnelle est considérée comme une bénédiction divine et la pauvreté des autres comme un manque de bénédiction. D’autres s’inspirent de Matthieu 25,40 : « En vérité, je vous le dis, dans chaque fois que vous avez servi l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Certains chrétiens considèrent les ressources fossiles comme un don divin et leur consommation effrénée comme la volonté de Dieu. D’autres s’inspirent du commandement de préserver la création. Certains déduisent de la Bible une « solidarité inconditionnelle avec Israël », d’autres encore leur engagement en faveur des droits humains des Palestiniens.

Sans vouloir juger de la pertinence théologique respective : nous avons tendance à transposer notre vision du monde et de l’humanité, qui est souvent déjà teintée de politique, dans la Bible, puis à la laisser nous confirmer dans nos convictions. Pour justifier notre engagement politique, nous utilisons alors de manière sélective les passages qui nous conviennent.

Faut-il donc renoncer à la politique chrétienne et choisir plutôt la voie proposée par la laïcité, celle d’une foi purement privée ?

La politique de Jésus nous interpelle

Or, l’invitation à suivre le Christ ne se limite pas à une formule de confession. La vie de Jésus ne doit pas seulement nous permettre de découvrir les traits de caractère de Dieu, mais aussi, à travers son exemple, de déterminer comment nous voulons façonner notre relation à Dieu, à notre prochain et au monde. La question bien connue « Que ferait Jésus ? » ne nous fournit bien sûr pas de réponses concrètes pour toutes les situations de la vie quotidienne, y compris les questions politiques. Mais tout comme le Christ lui-même utilise souvent des paraboles et nous laisse jusqu’à aujourd’hui le soin d’en comprendre le sens profond, une foi sérieuse implique toujours de se laisser interpeller par le Christ.

Se laisser interpeller par le Christ signifie remettre en question ses propres préjugés de manière critique. La manière dont Jésus lui-même a vécu et traité ses semblables nous enseigne une éthique sociale qui devient inévitablement politique. Selon la situation, cela amènera les gens à adopter certaines positions politiques et à s’engager en conséquence. Il est possible que cela ne corresponde pas toujours à ce que d’autres en déduisent.

Éviter les durcissements

On peut le regretter, mais cette diversité exprime peut-être quelque chose de la liberté et de la vivacité de la foi. Car le défi reste de ne pas laisser une position politique fondée sur la foi se transformer en idéologie ou en programme politique rigide. Chaque fois que le christianisme l’a permis, le Christ lui a fait échec à un moment ou à un autre. Le Christ ne peut être accaparé : c’est nous qui devons être accaparés ! Cela signifie que, quelle que soit la force avec laquelle je crois être parvenu à une position politique définitive grâce à ma foi, je dois sans cesse me confronter à la nature de Dieu révélée dans le Christ. C’est un processus vivant qui ne s’arrête jamais, tout comme dans un mariage, le « oui » ne se prononce pas une seule fois lors de la cérémonie, mais doit être répété sans cesse dans la pratique.
Cela est d’autant plus vrai que la politique motivée par la religion d’autres personnes, qui ne nous convient pas, nous montre qu’il existe de nombreuses interprétations et que la probabilité que nous seuls ayons raison est plutôt faible.

La politique chrétienne n’est pas arbitraire

Même si la gauche comme la droite, la monarchie, la dictature et même les démocraties peuvent parfois se référer à la Bible, cela n’entraîne pas pour autant un relativisme politique. Avec l’humilité de savoir que nous n’avons peut-être pas toujours clairement la vérité de Dieu de notre côté, nous sommes en accord avec les passages clés de notre tradition : nous « luttons avec Dieu » comme Jacob. Nous admettons, comme Job, que beaucoup de choses nous laissent perplexes. Nous désespérons avec le Christ à Gethsémani : « Que ta volonté soit faite. » Et pourtant, Dieu ne reste pas un mystère insondable lorsqu’il s’agit de notre attitude envers le monde et notre prochain. Suivre le Christ, c’est s’inspirer autant de ses actes envers son prochain que de ses enseignements.

Un christianisme compris de manière holistique ne peut pas se soustraire aux questions politiques. Mais il ne peut pas non plus ignorer que le mélange de la foi et de la politique a souvent eu des conséquences désastreuses au cours de l’histoire, et que nous avons encore aujourd’hui tendance à choisir nos convictions politiques en fonction de notre foi. Mais s’il existe une ligne directrice qui nous corrige sans cesse, c’est bien une personne centrale : Jésus-Christ lui-même.

Cet article a été publié pour la première fois sur Insist.

Photo de couverture par Lummi.ai