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Author: Élisabeth Rupp, fondatrice et directrice de l’association Perla, membre de l’Eglise apostolique CityLife à Vevey.

Qu’est-ce qui nous motive à nous lever chaque matin ? Quelle force nous pousse à aller de l’avant ? Cette question m’habite lorsque je pense aux grands de ce monde qui ont consacré leur vie à réaliser leurs convictions ou que je regarde les grandes réalisations de l’histoire et celles encore en cours. En ce temps de pandémie où tous nos repères sont bousculés, cette question se fait encore plus pressante. Nous pourrions être tentés de baisser les bras, en attente de la fin du monde, ou douter qu’il vaille la peine de se battre vu les forces qui prévalent, telles que l’argent et l’égoïsme.

Une vie motivée par la recherche du bonheur

Il y a deux perspectives majoritaires concernant le but de la vie, d’après le philosophe américain Charles Taliaferro, spécialisé dans la théologie et la philosophie de la religion1  : les croyants chrétiens, juifs et musulmans estiment que Dieu étant bon, ce que nous faisons et entreprenons doit refléter cette bonté de Dieu. C’est l’éternel combat entre les forces du bien et du mal. D’un autre côté, la majorité des athées ou de ceux qui ne croient pas aux valeurs objectives du bien, considèrent que le sens que l’être humain donne à sa vie lui permet de s’épanouir et de découvrir le bonheur. Ces deux perspectives se rejoignent dans un élément fondamental : la vie a un but et ce dernier est relié au bien et au bonheur.

Dans la Bible, voici à ce sujet ce qui en jalonne sa lecture et qui confirme la thèse ci-dessus : En Genèse 1 :31, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela étfait très bon ». Dans Marc 10 :45, Jésus déclare qu’il est venu pour « donner sa vie en rançon pour la multitude ». Et finalement Paul nous dit en Philipiens 3 :14 : « Je cours vers le but pour remporter le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ ». Chacun de ces textes nous encourage à vivre notre vie dans un but céleste, en pratiquant le bien et en recherchant à manifester ce qui est bon.

L’audace comme agent de réussite !

Le travail de SOS Méditerranée est exemplaire pour nous encourager à ne pas laisser les difficultés de la vie nous arrêter dans notre mission terrestre : malgré les entraves occasionnées par les enjeux politiques de la question de l’asile des réfugiés en Europe, ce qui leur a coûté leur premier bateau Aquarius en 2018, cette association n’a pas baissé les bras et s’est montrée extrêmement tenace dans son combat pour sauver des centaines de personnes dérivant à l’antre de la mort entre l’Afrique et l’Europe. Son audace consiste à avoir cru à sa mission et à avoir déployé tous les moyens possibles pour la réaliser : Une large communication sur la gravité de la situation de ces immigrants, ce qui leur a permis d’obtenir un nouveau bateau en 2019 et des soutiens étatiques. Quel modèle inspirant pour nous chrétiens, appelés aussi à être persévérants pour manifester le royaume de Dieu sur terre (Math. 11 :12), et qui manquons pourtant souvent de la force et du courage nécessaires !

Chers lecteurs, j’aimerais vraiment vous encourager à considérer le sens de votre vie. Votre présence sur terre, bien que peut-être peu de choses dans la frise du temps, n’est pas vaine. Se plaindre et broyer du noir ne servent pas la mission que nous a confié notre Créateur. Peut-être ne le savez-vous pas, mais je suis moi-même à la tête d’un mouvement, pour l’instant certes d’une faible amplitude, qui lutte pour l’abolition de la traite humaine dans le monde. Son nom est Perla. Parfois, devant l’immensité de la tâche et surtout la taille du géant combattu, je serais tentée de tout abandonner. En effet, de nombreuses forces nous opposent, que ce soit l’argent, les cartels de la drogue, la passivité des milieux politiques ou la corruption à tout niveau. Et pourtant. L’appel de Dieu, nous poussant à dénoncer cette injustice, me suffit pour me donner du courage de jour en jour. Ne sommes-nous pas sel et lumière sur terre ?

Avec Dieu à nos côtés

Pourquoi est-ce que l’audace nous fait tant peur ? craignons-nous de manquer d’humilité ? D’être arrogants en croyant pouvoir changer le monde ? Le dire, c’est déjà démontrer le contraire. En effet, Jésus a combattu le mal sur la croix, et sa victoire éclatante, mais à quel prix, en fait de nous les héritiers. Les sacrifices d’une vie consacrée à un tel combat vont clouer l’orgueil qui pourrait se manifester en nous. Par ailleurs, soyons honnêtes : ce qui nous paralyse est bien plus la peur de nous lancer dans l’inconnu ou de ne pas être à la hauteur. Le regard de l’autre finit de nous décourager d’entreprendre quoi que ce soit. Ainsi, au lieu d’associer l’audace à des notions négatives, rappelons-nous que celle-ci est tout d’abord l’expression du courage et de la foi. Le premier nous est donné par Dieu (2 Tim. 1 :7), alors que la seconde nous permet de déplacer les montagnes.

Martin Luther King l’a résumé ainsi : « Je veux être [assis au côté de Jésus] dans l’amour, la justice, la vérité et le dévouement à autrui, pour que nous puissions faire de ce vieux monde un monde nouveau. » 2

Alors, prêt pour l’aventure ?

1. www.askphilosophers.org/question/4453

2. https://kinginstitute.stanford.edu/king-papers/documents/drum-major-instinct-sermon-delivered-ebenezer-baptist-church, traduction par l’auteure du présent article.

 


Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1117, mars 2021, www.editions-mennonites.fr.

Photo by Tyler Lastovich on Unsplash

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Christianisme, racisme et protection de l’environnement : à première vue, ces trois grandes questions semblent n’avoir presque rien en commun. Mais quand je regarde le style de gouvernement de Jair Bolsonaro, par exemple, le lien devient très évident – et cela me rend très sensible en tant que chrétien.

Le président brésilien Jair Bolsonaro est une figure très controversée sur la scène politique internationale. D’une part, il assouplit les lois sur la déforestation et discrimine la population indigène, et d’autre part, il proclame sa foi en Jésus-Christ. Il est un modèle pour les chrétiens évangéliques, un cauchemar ambulant pour les écologistes et les militants des droits de l’homme. Pour moi, en tant que chrétien, il est difficile de comprendre comment une personne peut croire en Dieu et en même temps apparaître publiquement comme raciste et hostile à l’environnement. Mais un regard sur le passé révèle que Bolsonaro ne fait pas exception.

L’histoire commence en 1492, lorsque Christophe Colomb, au nom de la couronne espagnole, cherche une route maritime directe vers l’Inde et découvre ainsi l’Amérique. La découverte du « nouveau monde » a également suscité l’intérêt du Pape. Dans le but de faire du christianisme la religion mondiale, le pape Alexandre VI a rédigé la bulle Inter Caetera en 1493, dans laquelle il permettait aux chrétiens de s’emparer de tous les domaines qui n’étaient pas gouvernés par un souverain chrétien. Dès lors, l’Espagne a poursuivi l’objectif de conquérir l’Amérique latine et l’Amérique du Sud, de les missionner et de les intégrer dans la domination espagnole. Les objectifs politiques du pouvoir se mêlent à la pensée que la vision du monde hispano-chrétienne est la plus progressiste et la plus supérieure à toutes les autres. Mais la vision du monde de la population indigène d’Amérique du Sud et d’Amérique latine a été façonnée de manière animiste. Cela a aliéné les conquérants et les missionnaires espagnols. Leurs premiers rapports sur les indigènes étaient donc extrêmement racistes du point de vue actuel. La relation des conquérants et des missionnaires avec la population indigène a été ambivalente dès le début. D’une part, les conquérants avaient besoin de la population locale pour des voyages d’exploration à l’intérieur du pays et pour trouver des matières premières pour le commerce. D’autre part, ils ne traitaient pas les indigènes sur un pied d’égalité, même s’ils s’étaient convertis au christianisme. Ce comportement, cependant, contredit le taureau Inter Caetera et les vues de certains missionnaires qui prônent l’égalité de traitement des convertis. L’un d’eux, Bartolomé de las Casas, a défendu avec véhémence l’égalité des droits des indigènes au Mexique. Il est encore considéré aujourd’hui comme l’un des premiers militants des droits de l’homme. Pour moi, il est une grande lueur d’espoir dans ce triste chapitre de l’histoire européenne et américaine.

Les effets du colonialisme peuvent encore être ressentis globalement aujourd’hui, car le colonialisme n’a pas seulement eu lieu sur les continents de ce monde, mais aussi dans l’esprit des gens. Bien que la vision chrétienne du monde ait été remplacée par une vision naturaliste en Europe et aux États-Unis, l’idée de la « suprématie blanche » est restée au cœur de la démarche. Cette idée de supériorité a longtemps été très répandue, en particulier dans le domaine de la protection de l’environnement. Les populations indigènes ont été chassées de leurs terres pour créer des parcs nationaux. Les connaissances traditionnelles sur les animaux et les plantes ont été dévalorisées par rapport aux sciences naturelles occidentales. Les environnementalistes autochtones recevaient des salaires inférieurs à ceux de leurs collègues blancs ou n’étaient même pas autorisés à travailler sur des projets de protection des espèces dans leur propre pays. Certains de ces abus existent malheureusement encore aujourd’hui. En réponse au mouvement « Black Lives Matter », des efforts sont faits au sein de la communauté de protection de l’environnement pour éliminer ces abus une fois pour toutes et pour mieux soutenir les projets de protection de l’environnement de la population locale.

Il faudra probablement attendre un certain temps avant que l’idée de « supériorité blanche » ne disparaisse de l’esprit des gens. Ce que nous pouvons déjà faire aujourd’hui, en tant que chrétiens, c’est de regarder attentivement dès qu’un gouvernement comme celui de Jair Bolsonaro aborde la population indigène de son propre pays avec la même attitude xénophobe qu’autrefois les puissances coloniales européennes. Le président du Brésil peut s’identifier comme un chrétien, mais cela ne lui donne pas le droit de prendre des terres aux indigènes sous le couvert du progrès économique et de saper leurs projets de protection de l’environnement. Tout comme la protection de l’environnement en Occident, le christianisme doit également se demander où, dans ses croyances, l’idée de « supériorité blanche » s’est glissée.

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Frères et sœurs sensibles à la justice sociale, vous a-t-il déjà semblé plus simple d’aimer la requérante d’asile déboutée plutôt que le quasi-fasciste du coin ? Peut-être avez-vous ressenti bien plus d’affinités avec l’écolo de votre potager communautaire qu’avec votre frère en Christ éperdu de tours à moto ?

 

Inégalités sociales et cloisonnements

La persistance du mouvement des gilets jaunes en est une énième démonstration : tout ne tourne pas rond. Notre monde actuel comprend son lot d’incompréhensions et de révoltes, donnant matière à ériger des murs entre diverses catégories de personnes.

Le risque est grand de prendre les maux du siècle pour en faire un problème personnel. Face aux signes continuels d’inégalités frappant nos pays, prenons du recul et penchons-nous sur nos relations plus directes. Mesurons la portée de notre désir d’équité, là où l’on ne pense généralement pas en termes de « justice sociale ».

Il est tentant d’évaluer son prochain à l’aune de nos propres critères. Pourtant, en défendant les causes qui nous paraissent les plus respectables, nous avons toujours autant désespérément besoin du Dieu de miséricorde et de justice que la personne qui ne partage pas notre opinion.

 

Face à cette réalité, attardons-nous sur une vérité relationnelle de l’Évangile :

 

Un premier geste de charité : ôter la poutre de son œil

A force de travailler le bois, Jésus le charpentier en retire une image fort bien sculptée : « Comment peux-tu dire à ton frère : ‘Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil’, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. » (Lc 6.42)

C’est bien là le premier geste de charité à effectuer: savoir reconnaître ses torts. Avoir de belles idées et de bonnes valeurs ne nous dédouane jamais de la poursuite de l’humilité et de l’intégrité1 . Ces dernières nous invitent alors à interpeller l’autre sans arrogance, dans une démarche fructueuse pour les deux parties.

 

Un amour renversant

Cet aspect est révolutionnaire, ceci avant tout dans les petits détails de nos vies. L’amour mis en pratique ne comprend pas uniquement les actes de bravoure et de compassion retentissants, mais aussi toute forme d’honnêteté avec soi-même.

Alors que nous évoluons dans un climat de polarisation, de démesure et d’extrêmes, gardons-nous de mépriser autrui et agissons au contraire pour son bien, même lorsqu’il n’attire pas la sympathie. Jésus le souligne : nos engagements sociaux n’ont de valeur que s’ils sont enracinés dans un cœur et des relations transformés.

 

De Siméon Rapin 2


1.    Inspiré du livre de Tom Holladay, Les relations : le modèle de Jésus, éd. Ourania, 2010.

Image : Steve Buissinne sur Pixabay

 

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D’après un article du Monde en ligne, 3,2 millions de Français sont en risque élevé de burn-out, c’est-à-dire plus de 13% de la population active occupée1. Ces gens sont en train de dépasser leurs limites et risquent de tomber dans un état d’épuisement total, laissant parfois des traces pour le restant de leur vie. De l’autre côté, Christian Bourion, économiste spécialisé dans le domaine du travail, estime que 30% des employés sont atteints de bore-out, à savoir la démotivation totale et la maladie par l’ennui au travail. Si à cela on ajoute encore le mobbing, les conflits, les harcèlements sexuels, le workaholisme, les dénigrements, les inégalités salariales, le monde du travail ne ressemble plus à forcément à un eldorado regorgeant d’opportunités mais à une jungle vraiment dangereuse. Les chrétiens ne sont bien sûr pas épargnés.

De gros espoirs puis la désillusion ?

Et notre société aussi exige beaucoup, note le chercheur Christian Bourion : « Aujourd’hui, les gens veulent que l’emploi soit source d’épanouissement. Nous éduquons nos enfants comme cela, nous leur faisons faire de longues études. Mais lorsque ces derniers arrivent sur le marché de l’emploi, c’est la grosse désillusion. Résultat : il y a encore plus de souffrance. » Il y a une inadéquation entre les aspirations et la réalité. La réalité est la suivante : Dieu a créé l’homme et lui a confié une responsabilité consistant à prendre soin du jardin d’Eden. Or sa chute, sa révolte contre Dieu en Eden, a transformé les conditions de ce travail.

Obéir à un chef bienveillant

Comment vivre alors notre engagement dans le monde du travail en tant que chrétiens à la suite du Christ ? Voici quelques points qui me semblent essentiels.

Notre seul vrai chef, c’est le Christ ! Et il nous dit que son fardeau est léger car il le porte avec nous. Il ne veut sans doute pas nous guider ni au burn-out, ni au bore-out. Si on se sent surchargés ou en perte de sens dans notre travail, nous pouvons parler à notre chef pour obtenir son soutien et sa direction pour comment améliorer cette situation.

La dureté du travail est associée dans la Bible à l’arrivée du péché dans le monde (Genèse 3:17). On peut s’attendre à ce que nous ayons des difficultés à affronter dans ce domaine.

Initier l’espérance à venir

Mais même dans ces difficultés, notre travail peut produire un beau fruit, qui témoigne de l’amour de Dieu au service du monde. Et nous pouvons travailler aussi à ce que le respect et la dignité et de meilleures conditions de travail soient mieux garantis dans ce secteur souvent sans merci.

Et surtout, souvenons-nous qu’un jour Christ viendra supprimer les larmes, la souffrance et la frustration liées au travail !

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Comment la foi peut-elle influencer notre gestion financière ? Samuel partage son expérience. Témoignage.

Attendre sur Dieu…

Avant de travailler en tant que traducteur indépendant, j’ai été employé. Pour des raisons économiques, on m’a congédié après cinq ans. Pendant les deux années suivantes, j’ai eu le privilège de toucher aux prestations de l’assurance chômage. Lorsque je suis arrivé en fin de droit, je ne me voyais pas entrer dans un emploi de solidarité qui m’aurait amené à travailler dans un tout autre domaine sans véritable perspective de pouvoir un jour revenir à la traduction. Je me suis donc décidé de me lancer en tant qu’indépendant.

Mais face à la difficulté d’acquérir mes premiers clients, quels soucis, quelles ruminations nocturnes, quelles craintes existentielles – oui, j’avais carrément peur de mourir ! Face à cette tourmente, j’ai découvert le passage dans Proverbes 30.8 : « Ne me donne ni pauvreté ni richesse, mais accorde-moi le pain qui m’est nécessaire. » J’ai commencé à prier Dieu qu’il me donne la confiance qu’il va pourvoir à mes besoins (ni plus, ni moins). Au fil des semaines, mes peurs se sont petit à petit estompées. Parallèlement, l’acquisition de nouveaux clients rencontrait les premiers succès.

… et faire ce que je peux

Après cette phase de fondation vint celle de la prospérité : mon carnet de commandes se remplissait, mes finances s’équilibraient. Le défi consistait maintenant, toujours fidèle au verset des Proverbes, de ne pas avoir trop, de crainte de me surmener et de m’épuiser, mais d’être content avec ce qu’il me faut pour vivre. Je priais donc Dieu de « fermer le robinet » quelque peu. Ainsi, j’arrivais à un rééquilibrage qui doit toujours à nouveau être trouvé jusqu’à ce jour. Le défi reste donc d’attendre sur Dieu et, en même temps, de faire ce que je peux pour changer ma situation financière.

Paru, de façon abrégé, dans Christianisme aujourd’hui, juillet-août 2018, sous le titre « Ni trop, ni trop peu » (p. 19).

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Qu’est-ce que la vérité ?

La vérité, c’était le thème du dernier Forum « Que de l’intox ?! » de ChristNet le 11 novembre dernier. L’éthicien et théologien Michäel Gonin (HET-Pro) nous a proposé le texte téléchargeable ci-dessous comme base de réflexion. Voici un aperçu du contenu que l’on peut y trouver.

Michaël Gonin cherche à ressortir la richesse du sens de vérité dans les textes bibliques, au-delà de la compréhension classique d’un discours offrant une description adéquate de la réalité. Cette vision n’est pas fausse note l’auteur, mais insuffisante au regard de la vision biblique. Dans cette perspective, la vérité n’est pas le résultat d’un consensus humain, mais correspond avant tout à la vision de Dieu. Les êtres humains sont appelés à la chercher et à se l’approprier. Cependant, dans la Bible, il est souvent parlé de « faux-prophètes » qui s’expriment au nom de la vérité pour plaire aux puissants, mais détournent ainsi le peuple de la volonté de Dieu. La mission prophétique est alors de dire la vérité, et si elle dérange souvent, avant tout elle libère. Dans la perspective biblique, la vérité est ainsi toujours reliée au service de l’autre, à l’amour, et à la recherche de la justice.

 

Mais au coeur du développement de l’auteur, c’est la nature même de cette vérité qui est présentée, à savoir Jésus, Dieu qui s’est révélé en tant qu’être humain. Il n’est alors plus possible de concevoir la vérité comme un système de pensée, car elle ne peut se découvrir qu’au travers d’une relation vécue dans la confiance. C’est ainsi, note l’auteur, que le christianisme offre une vision de la vérité qui devrait mettre à l’abri d’une posture identitaire : nous ne possédons pas la vérité, mais nous témoignons de la vérité que nous avons découverte à travers notre relation au Christ.

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Le royaume de Dieu : un état éphémère

Quelqu’un a dit un jour : « Jésus a prêché le royaume de Dieu. L’Église est venue » L’Église n’est pas le Royaume de Dieu sur terre. Au centre de la proclamation de Jésus de Nazareth se trouvait la nouvelle que partout où les gens s’orientent vers Dieu, des règles différentes s’appliquent, un monde nouveau voit le jour et disparaît à nouveau, ce qui est éphémère, mais façonne les personnes concernées pour toujours.

Le Sermon sur la Montagne est la « charte » du Royaume de Dieu. Là où les gens s’alignent en fonction de cela, le Royaume de Dieu a lieu. Et disparaît aussi à nouveau : c’est un État, pas une institution. Cela se passe là où Dieu le veut. Il ne peut être enregistré.

Matthieu raconte la parabole des ouvriers de la vigne (chap. 20, 1-16) pour éclairer un aspect de ce Royaume de Dieu. Là où Dieu est au centre, il n’y a plus de lien entre la récompense et la performance.

Les Suisses abolissent l’envie

L’idéaliste en moi, le théologien, le chrétien, le rêveur et le réaliste dit : « Le revenu de base inconditionnel fait de cette idée une réalité. Jésus l’a eu le premier. À l’avenir, nous nous abstiendrons de juger les gens en fonction de leurs performances ; nous les jugerons selon qu’ils apportent quelque chose à l’économie nationale ou non. Nous pourrions même, enfin, abolir le terrible mot « handicap », qui en principe n’attribue une valeur qu’aux personnes qui peuvent fonctionner. À cet égard, le flyer de cette journée est très bien fait : nous créons un morceau de paradis sur terre – certainement dans un sens protestant.

C’est pourquoi je suis favorable à ce que nous essayions. Nous avons besoin d’une nouvelle compréhension de l’économie. Elle a surtout besoin d’une nouvelle image de soi pour nous, les Suisses. Le BGE ne fonctionne que comme un projet commun. Imaginez que nous, les Suisses, abolissions l’envie !

Que l’idée soit financièrement viable ou non, qu’elle conduise à plus d’État ou moins – beaucoup de choses ont été dites à ce sujet et encore plus ont été revendiquées. Personne ne le sait vraiment. Moins de bureaux, moins d’autorités – ce serait bien. Mais personne ne sait comment ce serait vraiment.

Une occasion manquée

Mes doutes proviennent d’une toute autre considération. Je me suis fortement engagé en faveur de l’intégration des jeunes depuis des années. En 2000, nous avons fondé la Job Factory à Bâle ; en 2013, la société PerspectivePlus à Neuchâtel. Les jeunes doivent être intégrés à la puissance du marché. Nous voulons nous éloigner de l’emploi et nous orienter vers le client. Dans nos efforts pour intégrer les jeunes, il est crucial qu’ils comprennent que l’économie a besoin d’eux. Qu’ils peuvent apporter quelque chose à notre société. Qu’ils devraient apprendre à se tenir debout.

Beaucoup d’entre eux ne comprendraient pas pourquoi ils devraient faire un effort, pourquoi ils devraient être restreints pendant une période de formation, si on leur donnait simplement Fr. 2500. On ne le leur enseignerait pas parce qu’ils ne sont pas capables de se projeter mentalement dans l’avenir. Ils ne se rendraient probablement compte que vingt ans plus tard qu’ils ont manqué quelque chose. Et il serait alors trop tard.
Un engagement pour nous, les Suisses

Mais cela peut fonctionner. Comment puis-je le savoir ? Je vis déjà avec un revenu de base. Depuis plus de 30 ans. En 1977, des amis ont fondé une communauté. …une communauté appelée « Don Camillo ». Nous vivons dans la tradition des couvents. Nous le faisons à Berlin, Bâle, Berne et Neuchâtel. Dans tous ces endroits, nous sommes une partie reconnue de l’Église protestante et nous travaillons en étroite collaboration avec elle.

Nous prions les prières des heures – comme dans un monastère. Nous partageons nos revenus et les redistribuons – en fonction des besoins. Cela nous permet de lancer des projets qui sont trop importants. Le fait que nous partagions l’argent est une conséquence de la vie commune et de la foi commune. Nous vivons de nos propres revenus, mais de nombreux amis soutiennent nos projets – ils partagent aussi. Ce n’est pas si compliqué. J’ai discuté avec mes collègues de la question de savoir si le revenu de base que tout le monde a avec nous est inconditionnel. Nous sommes incertains. Tous ceux qui travaillent avec nous aiment beaucoup travailler.

Je crois que le BGE peut fonctionner. Mais il faudrait une base solide. Un engagement commun. La question centrale pour moi est de savoir si nous, en tant que Suisses, l’avons ou l’avons encore.

Questions secondaires

Enfin, une observation de la parabole de Jésus, qui n’a rien à voir avec la récompense et l’accomplissement.

Le propriétaire du vignoble n’est pas seulement généreux. Il est aussi un très mauvais planificateur. Il passe toute la journée à embaucher de nouveaux travailleurs. Honnêtement, je ne sais pas quoi répondre à cela. Je pense que les questions sur l’argent et les salaires, sur le trop et le trop peu ne sont pas si importantes. Se pourrait-il que nous nous occupions constamment de questions secondaires ?


Heiner Schubert est pasteur et membre de la Communauté Don Camillo à Montmirail NE. www.doncamillo.org

Présentation et dessins de Heiner Schubert au ChristNetForum « Unconditional Basic Income – Heaven on Earth », le 21 mai, à Zurich.

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Témoignage de Roger Zürcher, ingénieur agronome actif dans la coopération internationale, texte tiré de son blog Titunaye.

Une histoire renversante

J’ai eu le privilège inattendu de participer à une formation à l’agriculture de conservation au Zimbabwe en novembre 2014, pays que je n’avais jamais visité et où je ne connaissais personne. Ce voyage a été renversant sur plusieurs points. J’ouvre ici une petite parenthèse: J’ai toujours aimé les renversements qui existent dans le Royaume de Dieu, « The Upside-Down Kingdom », comme on dit en anglais.

La formation était organisée par Foundations for Farming (appelé auparavant « Farming God’s Way »). Cette structure a été fondée par un paysan Zimbabwéen, Brian Oldreive, d’origine anglaise, qui a un parcours tout à fait atypique et « renversant ». Il était un grand producteur de tabac (sur plusieurs milliers d’hectares), qu’il cultivait de manière conventionnelle (c’est à dire en utilisant les techniques les plus courantes, avec labour et produits chimiques). Un jour, il a décidé de devenir disciple de Jésus-Christ. Lors d’une nuit d’insomnie, il a compris que son travail n’était plus en adéquation avec sa nouvelle vie. Il ne voulait plus produire du tabac, un produit qui asservit les gens. Il décida donc de cultiver du maïs.

Être fidèle à la terre

Malheureusement, il n’avait pas d’expérience dans cette culture, et les récoltes étaient mauvaises. A tel point qu’il a dû demander aux banques de lui prêter plus d’argent. Ces dernières étaient d’accord, à condition qu’il revienne à la production de tabac, la culture pour laquelle il était compétent, selon elles. Il a refusé et a finalement tout perdu: sa ferme et ses terres. Il a ensuite cherché du travail à Harare et finalement trouvé une ferme à louer, mais dont les terres étaient dans un état catastrophique, totalement érodées. Il a essayé tout de même de faire du maïs dans ces conditions, mais les rendements étaient faibles et il produisait à perte. La situation était critique à nouveau. Dans son désespoir il s’est alors tourné vers Dieu en lui demandant de lui enseigner comment cultiver. Etrange requête pour un paysan de génération en génération.

La forêt respecte le sol

Dieu lui a alors dit (ou lui a inspiré l’idée) d’aller en forêt. Priant dans la nature il a eu le sentiment que Dieu lui disait d’observer ce qu’il voyait. Il a réfléchi au fonctionnement de la forêt, un écosystème naturel ou « divin ». Deux principes lui sont alors apparus qu’il désignera comme les « principes de respect du sol » :

  1. Non-labour : les arbres poussent sans labour, la terre n’a pas besoin d’être retournée pour que les graines poussent.
  2. Couverture permanente du sol : la terre est couverte en permanence par des feuilles mortes et du matériel végétal en train de sécher ou se décomposer.

Brian a alors tenté d’appliquer ces principes dans ses champs. Le principe du non-labour existe depuis les années 1930 en agriculture sous le nom « d’agriculture de conservation » (approche aujourd’hui promue par la FAO1 ). Mais la méthode développée par Brian va plus loin que ce qui est généralement compris sous ce terme.

Des principes à partager

Il a commencé par un seul hectare et, encouragé par les résultats, s’est lancé ensuite dans deux hectares de maïs cultivés sans labour et avec du mulch (litière végétale). Les résultats étaient tellement bons qu’il réussissait à faire des bénéfices qui compensaient les pertes faites sur le reste de la ferme. Il a ensuite étendu sa méthode à l’ensemble du domaine et a même racheté des terres aux voisins pour finalement cultiver 3’500 hectares sans labour.

C’est là que Dieu lui a dit : « Je ne t’ai pas montré cela pour que tu t’enrichisses, mais pour que tu le partages avec tout le monde, et les pauvres en particulier ». Brian a donc commencé à organiser des cours pour les paysans et mis en place des champs de démonstration. Les résultats étaient excellents : les rendements dépassaient les 10 tonnes par hectare, alors que souvent les paysans récoltent dix fois moins, – mais ne duraient pas quand les équipiers de l’organisation quittaient la zone. Quel était le problème?

Apprendre à faire du bénéfice

L’équipe de Foundations for Farming s’est rendu compte que les paysans ne manquaient pas de connaissances techniques, mais du savoir permettant d’implanter ces connaissances pour en faire une activité rentable. Brian demanda alors à Dieu de lui révéler comment sortir de là, et la réponse était: « Apprendre à faire du bénéfice ». Pour cela, quantre principes sont à respecter:

  1. on time : faire les choses à temps, non pas en retard ; c’est particulièrement important pour le semis et le sarclage.
  2. at standard : respecter les normes de qualité ; par exemple, la plante doit pouvoir se développer correctement.
  3. without wastage : la pratique des feux de brousse, par exemple, est un gaspillage incroyable de ressources qui partent en fumée, sans parler de la destruction de la structure du sol.
  4. with joy : la joie permet de dégager l’enthousiasme ; elle vient aussi d’une attitude reconnaissante et permet de rester en communion avec le Créateur.

En apparence, ces principes sont assez simples, mais ils sont tout aussi révolutionnaires que les principes de respect du sol.

Imiter la nature, respecter la Création

J’ai été émerveillé de constater à quel point les participants des différents pays africains présents à la formation étaient enthousiasmés par la méthode « Farming God’s Way ». Plusieurs d’entre eux ont même témoigné qu’ils vont démissionner un jour de leur poste dans leur organisation pour se consacrer à l’agriculture! Cela ne va pas forcément faire plaisir à leur employeur actuel, mais quel renversement! Dans un contexte où les emplois à durée indéterminée sont rares, il est vraiment surprenant d’entendre ce discours! Moi-même d’ailleurs, j’ai ma petite idée derrière la tête concernant la culture d’un lopin de terre…

Je suis étonné par la sagesse ou la façon de faire de Dieu. Depuis toujours, l’imitation de la nature a été un moteur pour l’innovation. Dans cet exemple au Zimbabwe, c’est par cette méthode qu’un « simple » paysan, conduit par Dieu, a compris comment être fidèle à la terre et comment restaurer des sols qui avaient été maltraités.

Lectures

Pour plus de renseignements, voyez le site suivant: http://www.foundationsforfarming.org.

D’autres méthodes existent, qui imitent aussi la nature, comme la permaculture : http://www.permaculture.ch/la-permaculture/.


1. Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (« Food and Agriculture Organization of the United Nations »).

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Contribution à la célébration de la Journée du Chouf-nüt 2012 à la Heiliggeistkirche de Berne.

Zachée rencontre Jésus, Lc 19,1-10 NGÜ

Quelle transformation ! Découvrons comment ce Zacchaeus se transforme. Zacchaeus vit dans la ville frontalière de Jéricho. C’est le chef des douanes. La société le regarde avec mépris comme un homme qui ramasse l’argent avec des pratiques déloyales, qui empoche un énorme salaire aux dépens des autres. La thésaurisation est son affaire. De plus, en tant que chef des douanes, il s’occupe des païens, ce qui est une épine dans le pied des Juifs pieux. En tant que larbin de l’occupant romain, il est ostracisé dans sa société.

Sa position pourrait le rendre autosuffisant et fermé, riche et rassasié. Mais non, c’est tout à fait différent. Quand il entend que Jésus marche dans la ville, dont il a entendu parler, il est curieux. Sa curiosité le pousse à se frayer un chemin à travers la foule et à trouver une place pour lui sur le mûrier. Il y monte dans l’espoir d’avoir une vue privilégiée de ce qui s’y passe, au sens où : Voir mais ne pas être vu.

Jésus continue à travers Jéricho, son objectif, Jérusalem, est bien en vue. Mais, de manière inattendue, il se laisse arrêter. Il se dirige tout droit vers Zachée, il semble bien le connaître, lui et sa nostalgie, et s’adresse à lui par son nom : « Zachée, descends vite ! Je dois être un invité dans votre maison aujourd’hui ».

En fait, c’est plutôt impudent de la part de Jésus de s’inviter comme ça. C’est ce qu’il fait, obtenir quelque chose, se faire servir un bon repas ? En tout cas, Zacchaeus est heureux et accepte rapidement l’offre. « Quoi ? Il veut venir à moi, alors que tout le monde me méprise pour mon travail et mon mode de vie de pécheur ? ! »

C’est une auto-invitation insultante.

Restons un instant sur l’auto-invitation de Jésus. Il fait simplement un pas direct vers Zachée, il lui montre qu’il est important pour lui et qu’il veut entrer dans sa vie, qu’il veut être en communion avec lui. Zachée ne ressent pas cela comme une intrusion dans sa sphère privée, mais comme une offre qu’il accepte volontiers.

La situation me rappelle quelque chose que j’ai moi-même vécu : Dans mon appartement, toute la salle de bains a dû être arrachée et refaite à l’improviste. J’étais donc assis là sans douche, et parfois même sans toilettes ni eau du robinet ! Et que pouvais-je faire d’autre que de frapper à la porte de mes voisins. « Bonjour, je peux venir prendre une douche avec vous ? » Il m’a suffi d’approcher audacieusement mes voisins et de m’inviter à prendre une douche chez eux. J’ai dû admettre mon besoin et ma dépendance et espérer leur simplicité et leur générosité. Cette auto-invitation quelque peu embarrassante était une bonne occasion de créer une relation. Il y avait toujours une bonne occasion de discuter – la situation désagréable a créé un pont avec mes voisins.

Une telle auto-invitation insolente peut vraiment créer la rencontre, peut provoquer un changement dans les relations, comme Jésus et Zachée.

Quel changement !

Et quel changement cela a apporté à Zachée ! Le fait que Jésus vienne à lui, « doit rester avec lui » comme le dit le texte original grec, le fait complètement tomber de ses chaussettes. Lui, l’exclu social, le prisonnier de son mode de vie luxueux, rencontre en Jésus Dieu, « l’ami de la vie ». Dieu, devant lequel le monde entier est comme une poussière sur la balance, comme une goutte de rosée (Sg 11, 22), se tourne en Jésus vers ce Zachée. Parmi les masses, Jésus l’appelle par son nom, le prend personnellement au sérieux, dans toutes les situations compliquées de sa vie. Et cela conduit à un tournant radical dans sa vie.

Zachée, dont le travail consiste à travailler avec des chiffres et à utiliser des astuces pour obtenir quelques pour cent de plus pour lui-même, est soudain confronté à la source débordante de la vie. Et cela déclenche en lui une cascade de générosité :

« Je donnerai la moitié de ce que je possède aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je le lui rendrai au quadruple ».

Zachée, qui voulait autrement s’emparer de tous les pourcentages possibles, se trouve soudain confronté à autre chose que la logique des nombres, car il compte devant Dieu lui-même.

Il ne veut pas seulement rembourser le montant qu’il a escroqué aux autres, comme l’exige la loi de Moïse, mais quatre fois (400% !). Il ne veut pas seulement donner la dîme (10%) de ses revenus aux pauvres, comme l’exige la loi religieuse juive, mais bien plus, de son propre chef. – Dans la Suisse d’aujourd’hui, nous n’avons même pas atteint 0,7 %.

Zachée redonne quatre fois, il pulvérise un peu de la justice de Dieu dans les quatre directions. Il a été libéré de la logique de la thésaurisation parce qu’il a rencontré celui qui tient la plénitude de la vie prête pour tous. Il n’a pas besoin de continuer à en accumuler pour lui-même. Il a de l’expérience : Les meilleures choses de la vie sont gratuites : Rencontre, appréciation, affection. Zachée connaît une véritable explosion de générosité parce qu’il a rencontré l’ami de la vie qui, dans sa grâce – le latin gratia – fait des dons sans limites.

Fils d’Abraham

Ce n’est donc probablement pas une coïncidence si Jésus appelle Zachée « fils d’Abraham ». En premier lieu, cela signifie qu’il n’est pas exclu du peuple de l’alliance de l’Ancien Testament parce que Jésus lui permet de trouver un moyen de se repentir. Mais quand j’entends « Abraham », j’entends aussi les récits de la Genèse qui décrivent Abraham comme un hôte extraordinairement généreux. Vous connaissez sans doute la célèbre icône russe de Roublev, qui représente les trois hommes mystérieux qu’Abraham héberge. En eux, il a rencontré Dieu – les chrétiens ont plus tard vu en eux une prémonition de la rencontre avec le Dieu unique en trois personnes. Par sa générosité et son hospitalité, Abraham a donné de l’espace à Dieu, il a rencontré l’ami de la vie. Et ce, d’une manière si intime que les Saintes Écritures des deux Testaments et même le Coran l’appellent lui-même « ami de Dieu » (Jc 2, 23 ; Is 41, 8 ; Sourate 4, 125). Abraham aussi a échappé à la logique du nombre par la générosité de sa foi :

Dieu lui a dit : « Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu sais les compter. Et il lui dit : « Tes descendants seront si nombreux » (Gn 15, 5). C’est une entreprise désespérée que de compter les descendants qui lui sont promis aussi nombreux que le sable de la mer et les étoiles du ciel. Bien qu’il soit matériellement riche, Abraham doit reconnaître son impuissance devant Dieu. Malgré son âge et sa stérilité, Abraham a cru à la promesse de Dieu et est devenu une bénédiction et un donneur de vie pour beaucoup.

Ami de la vie

La rencontre avec l’ami de la vie, à qui Zachée et Abraham ont offert l’hospitalité dans leurs maisons, a déclenché une véritable explosion de générosité, un feu d’artifice de dons.

Ils ont tous deux vécu quelque chose de ce que le poète libanais Khalil Gibran a mis dans les mots suivants :

« Ils donnent, comme le myrte qui dégage son parfum dans la vallée là-bas.
Par leurs mains, Dieu parle,
et de ses yeux, il sourit à la terre. »


Janique Behmann est assistante pastorale à l’église catholique d’Ittigen (BE).