Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne, comme en témoignent de nombreux passages de la Bible. Mais ce n’est un secret pour personne que les préjugés, la méfiance ou la peur sapent cette tradition biblique. Des recherches récentes montrent toutefois que la compétence interculturelle est un processus de développement favorisé par la volonté d’aller à la rencontre de l’autre.
Depuis toujours, les gens perçoivent souvent comme un défi, voire une menace, tout ce qui est étranger, différent de leur propre culture et de leur propre expérience. De telles réactions sont tout à fait compréhensibles, mais elles peuvent notamment favoriser l’injustice envers autrui. Nous savons également aujourd’hui que les gens peuvent être confrontés à des défis non seulement en raison de la différence des étrangers, mais aussi en raison de certains aspects de leur propre personnalité qui leur semblent étrangers. Nous pouvons parfois nous sentir étrangers à nous-mêmes et ne pas comprendre entièrement nos propres traits de caractère, attitudes ou actions. Enfin, certaines personnes, par exemple celles qui ont un tempérament extraverti, ont plus de facilité à aborder les étrangers de manière ouverte et sans préjugés, tandis que d’autres, en raison de leur personnalité et de leur caractère, sont généralement plus réservées dans leurs interactions sociales. En bref, la manière dont nous traitons nos semblables qui nous sont étrangers a beaucoup à voir avec nous-mêmes.
Hospitalité et bienveillance dans la tradition chrétienne
L’exigence d’accueillir les autres avec bienveillance et hospitalité s’inscrit dans une longue tradition judéo-chrétienne. L’Ancien Testament exigeait déjà de traiter avec justice et gentillesse les personnes issues de cultures étrangères, par exemple : « Tu n’exploiteras point l’étranger. Vous savez bien ce que ressent un étranger, car vous avez vous-mêmes été étrangers en Égypte » (Exode 23,9, traduction œcuménique, 2017). Notre propre histoire, faite de fuite, d’étrangeté et de dépendance, doit nous rendre sensibles à la situation des autres. À cela s’ajoute la conviction que chaque être humain, quelle que soit son origine, possède une dignité particulière.
On trouve des exigences similaires dans le Nouveau Testament. Par exemple, les communautés chrétiennes sont exhortées à « pratiquer l’hospitalité sans murmurer » (1 Pierre 4,9, Traduction œcuménique, 2017) ! Dans une lettre adressée à des chrétiens qui subissaient eux-mêmes de fortes pressions en raison de leur foi, il était même dit ou écrit : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est grâce à elle que certains, sans le savoir, ont hébergé des anges » (Épître aux Hébreux 13,2, traduction œcuménique, 2017) ! Cela fait notamment écho à des récits de l’Ancien Testament qui racontent des expériences personnelles d’étrangers ou des rencontres entre des hommes et des anges ou des messagers de Dieu. On raconte par exemple qu’Abraham a accueilli trois de ces messagers de Dieu (Genèse 18). L’un des messagers est traditionnellement interprété comme le représentant de Dieu lui-même. Les messagers ont promis à Abraham la naissance de son fils Isaac. L’ouverture d’esprit envers les personnes que nous connaissons, mais aussi envers celles que nous ne connaissons pas, est élevée à un niveau quasi surnaturel et spirituel. Accueillir les étrangers avec hospitalité n’est pas seulement une exigence éthique, mais permet également, dans certaines circonstances, de vivre une expérience particulière de Dieu. Le Nouveau Testament approfondit ce lien et le renforce. Le point de départ est l’amour du prochain envers l’étranger dans le besoin, indépendamment des liens ethniques ou religieux. Beaucoup pensent d’abord à la parabole du bon Samaritain (Évangile selon Luc 10,25-37). L’étranger d’une autre confession aide de manière désintéressée une personne en situation désespérée et contraste ainsi avec ses contemporains religieux qui abandonnent les personnes dans le besoin.
D’autres se souviendront peut-être du texte poignant de l’Évangile selon Matthieu (25,31-46). Là aussi, Jésus utilise l’exemple de l’attention portée aux personnes dans le besoin. L’hospitalité et l’attention deviennent un devoir religieux, car la manière dont on traite l’étranger détermine également la fidélité à Dieu. La manière dont on traite ceux qui ont faim, ceux qui ont soif et les étrangers devient un critère du salut. Le Christ lui-même est présent dans l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (verset 35). Quiconque se montre miséricordieux envers ses semblables, consciemment ou inconsciemment, est invité à entrer dans la communion éternelle avec Dieu. Quiconque donne à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif, habille ceux qui sont dans le besoin, accueille les étrangers avec bienveillance, rend visite aux malades et aux prisonniers, confirme sa foi sincère en Dieu.
L’hospitalité et l’aide apportée à autrui doivent donc être comprises comme une miséricorde envers Dieu lui-même (verset 40). Le comportement miséricordieux envers son prochain est finalement considéré comme une conséquence de la miséricorde de Dieu.
De l’intégration à l’inclusion et à la participation
Les textes bibliques proviennent de cultures dans lesquelles l’hospitalité, les rencontres humaines et les relations interpersonnelles occupent encore aujourd’hui une place importante dans la société. Dans les sociétés occidentales également, le respect du prochain et de l’étranger est considéré comme une valeur fondamentale, en particulier l’aide caritative aux personnes dans le besoin. Cependant, ce n’est un secret pour personne que l’hospitalité et l’amour du prochain peuvent être limités par les préjugés, la méfiance ou la peur des abus. Les recherches actuelles montrent également que les contacts, les rencontres ou même les amitiés avec des personnes issues de (sous-)cultures qui nous sont étrangères peuvent réduire les réserves et les préjugés existants. Dans le débat public, le thème de la migration est traditionnellement associé avant tout à l’intégration. Les personnes issues d’autres cultures doivent apprendre la langue du pays d’accueil et s’y adapter pleinement. Cependant, il est désormais largement reconnu que la véritable participation nécessite « les deux côtés » : la société majoritaire doit également s’ouvrir pour faire place aux minorités.
Le concept d’inclusion met l’accent sur ce processus réciproque et souligne, dans l’esprit des droits humains, que la société elle-même doit se montrer accessible et prête au changement. Une simple optimisation des offres existantes ne suffit pas ; un changement fondamental du système est nécessaire. Il est bien connu que de tels changements ne réduisent pas automatiquement les tensions sociales, mais qu’ils augmentent à long terme les chances d’une participation durable. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la notion d’inclusion soit de plus en plus appliquée aux questions d’asile et de migration. Cette perspective sur l’inclusion et la participation montre clairement que la cohésion sociale ne résulte pas uniquement de réformes structurelles, mais qu’elle repose essentiellement sur l’attitude intérieure des personnes concernées. L’inclusion commence là où les gens sont prêts à remettre en question leur perception de l’autre et à réfléchir à leur propre position dans le cadre de la proximité et de l’étrangeté. C’est précisément à cette intersection que la sensibilité interculturelle entre en jeu.
Utiliser la sensibilité interculturelle
La recherche contemporaine en sciences culturelles (notamment Kumar Yogeeswaran ; Hall) souligne que les individus n’appartiennent pas à une seule culture, mais s’inscrivent simultanément dans plusieurs cadres culturels de référence. Une personne peut se sentir appartenir à une communauté religieuse, être membre d’un club sportif avec ses propres normes et valeurs et faire partie d’une famille avec une identité culturelle forte. En même temps, les individus partagent des appartenances culturelles plus larges, telles que des contextes nationaux et linguistiques. Cette pluralité culturelle constitue une base essentielle pour comprendre la surestimation culturelle et le danger des attributions simplistes. Il n’est pas rare que nous rencontrions des personnes que nous percevons d’abord comme « très différentes » en raison d’une seule caractéristique culturelle – telle que l’origine ethnique – pour constater ensuite que nous vivons dans le même village, participons aux mêmes fêtes et regardons les mêmes films. Ce qui semble étranger à première vue s’avère souvent étonnamment familier dans la vie quotidienne. Une personne peut me paraître « étrangère » en raison de ses caractéristiques physiques, mais je trouve des points communs dans ses valeurs et ses principes. L’expérience montre également que notre propre tolérance à l’égard des différences augmente lorsque nous initions nous-mêmes des rencontres interculturelles ou que celles-ci ont lieu dans des conditions que nous trouvons significatives et enrichissantes. Il en ressort clairement que la sensibilité culturelle n’est pas une caractéristique fixe, mais un processus qui dépend de la situation. Le développement de la compétence interculturelle nécessite donc une perception consciente des moments où notre propre ouverture d’esprit diminue, ainsi qu’une réflexion sur les raisons de ce phénomène. Dans ce contexte, le modèle de développement de la sensibilité interculturelle (DMIS) développé par Milton J. Bennett offre un cadre théorique solide pour comprendre comment les individus perçoivent, interprètent et gèrent les différences culturelles. Le modèle décrit la compétence interculturelle comme un processus de développement dans lequel les visions du monde évoluent progressivement de perspectives ethnocentriques vers des perspectives de plus en plus ethnorelatives. En situant les individus et les groupes le long de ce processus de développement, le DMIS permet de concevoir des processus d’apprentissage et d’intervention ciblés et adaptés au développement. Dans les domaines de l’éducation, du conseil et du développement organisationnel, le modèle peut contribuer à promouvoir systématiquement le développement de formes différenciées, adaptables et inclusives de rencontres interculturelles.
Points importants à retenir
Que pouvons-nous apprendre de la tradition chrétienne et des acquis interdisciplinaires historiques pour notre rapport personnel aux étrangers dans la société ? Nous concluons cette brève incursion par quelques points importants à retenir.
Une attitude hospitalière et serviable envers les étrangers est profondément ancrée dans la tradition judéo-chrétienne. L’amour du prochain est donc une affaire de cœur, qui s’exprime toutefois par des actes concrets.
Une attitude ouverte et responsable envers les personnes issues de cultures étrangères est l’expression d’une spiritualité vivante et d’une pratique religieuse miséricordieuse, également vécue en communauté. En tant que défenseur des plus vulnérables, l’Église se range également du côté des étrangers, en particulier ceux qui sont dans une situation d’urgence existentielle et sans protection sociale suffisante.
En se référant aux textes bibliques et à la tradition chrétienne, il convient de souligner que les relations avec les étrangers doivent être structurées et responsables. Tous les êtres humains sont, d’une certaine manière, des étrangers. La réconciliation, le respect et des conditions de vie équitables pour les étrangers sont une tâche sociale universelle.
Il faut repenser la notion d’« étranger » : ce n’est pas l’appartenance à une ethnie ou à une culture particulière qui rend une personne étrangère, mais l’absence de curiosité, de respect et de volonté de rencontre. La communauté naît là où les gens établissent des liens sur la base de réalités de vie partagées, de pratiques communes et d’une attitude ouverte, et non là où ils s’en tiennent à des attributions culturelles simplistes. Les différences ne sont pas utilisées pour créer des frontières, mais sont comprises comme une invitation à rechercher des points communs dans une curiosité respectueuse.
Une communauté respectueuse repose sur la reconnaissance du fait que les cultures ne sont pas statiques, mais qu’elles changent constamment et qu’elles naissent et évoluent toujours en relation avec les rapports de force sociaux. Quiconque souhaite assumer la responsabilité de la coexistence doit tenir compte de ces dynamiques et être conscient de sa propre position. C’est seulement ainsi que la diversité culturelle ne deviendra pas une source de nouvelles inégalités, mais une ressource pour la justice, la participation et la croissance commune.
Cet article a été publié pour la première fois sur institut inklusiv.

Auteur: Mark Moser
Mark Moser (*1973) est professeur de communication, de compétences interculturelles et de transformation des conflits à la Haute école d’économie de la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse. Il enseigne également en tant que professeur externe dans diverses autres universités sur les thèmes de la santé et de la culture, du bien-être spirituel dans des contextes culturellement diversifiés et dans d’autres domaines connexes.

Auteur: Oliver Merz
Oliver Merz (*1971) est théologien et a obtenu son doctorat en théologie pratique en 2015. Il est fondateur et directeur de l’« Institut Inklusiv ». Il est également conférencier invité, consultant, superviseur, expert et auteur. Ses travaux portent principalement sur la diversité et la différence, l’inclusion et la participation dans l’Église et la société, ainsi que sur la religion, la spiritualité et la santé ou la maladie et le handicap.
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