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Le décès, en décembre dernier, de la jeune strasbourgeoise Naomi Musenga, 22 ans, après qu’une opératrice du SAMU ait pris son appel à la légère a causé beaucoup de bruit et eu nombre répercussions : enquêtes, manifestations publiques, mea culpa de la part l’opératrice, démission du directeur du SAMU strasbourgeois. Des répercussions largement causées et amplifiées par le soupçon de discrimination associé à cette affaire : l’opératrice aurait-elle en effet agi différemment – en transmettant l’appel à un médecin, comme elle aurait dû le faire au vu des types de douleurs décrites – si Naomi ne s’était pas appelée « Musenga », si elle n’avait pas été une femme ?

 

Injustices épistémiques

Certaines voix se sont ainsi élevées pour dénoncer les méfaits du « syndrome méditerranéen », biais de perception rencontré chez certains professionnels de la santé qui tendrait à considérer les expressions de douleur comme exagérées chez leurs patients originaires du sud. Que le spectre de ce triste syndrome hante encore ou non les couloirs des établissements hospitaliers, difficile à dire. En revanche, une chose est certaine : la voix des minorités, quelles qu’elles soient, continue à avoir moins de poids, à porter moins loin. Non seulement on les « entend » moins, mais, qui plus est, on leur accorde moins de « crédit ». La sociologue américaine Miranda Fricker qualifie « d’injustice épistémique testimoniale » la situation des personnes dont le témoignage n’est pas pris au sérieux du fait qu’elles appartiennent à groupes marginalisés ou en raison des stéréotypes et autres préjugés associés au groupe dont elles font partie.

 

Empowerment christique

Ces discriminations et leurs effets potentiellement mortifères doivent continuer de nous émouvoir. Ne blindons pas nos cœurs, ne fermons pas nos oreilles… Oui, mais comment (ré)agir à notre échelle ? Certains, à l’image des représentants du mouvement ATD Quart Monde, ont choisi de contribuer à renforcer la voix des « sans-voix » : en facilitant leur accès au savoir et en les aidant à se penser et à se vivre comme des êtres pensant et donc à se faire reconnaitre/à s’imposer comme tel… Un magnifique exemple d’empowerment christique. D’un point de vue individuel, que dire à part, encore et toujours, se laisser imprégner et transformer par l’exemple du Christ… Pauvres, femmes, vieillard, samaritains, supposé-e fou/lle : aucune des personnes qui ont croisé Sa route n’ont eu besoin de sortir un porte-voix pour faire entendre et reconnaitre leur voix. Vers chacune d’entre elles, il a tendu l’oreille, ouvert Son cœur, incarnant ainsi Ses célèbres paroles prononcées lors du sermon sur la montagne : « Heureux les doux car ils hériteront la Terre, heureux les pauvres car le Royaume des Cieux est à eux » (Matthieu.5 3-4)

Tribune parue sous la rubrique « Regards » dans Christ Seul (mensuel des Eglises évangéliques mennonites de France), n° 1090, août-septembre 2018, www.editions-mennonites.fr.